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11
Historical Geniuses and Their Possible Mental
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Famous People Who Struggled with Mental Illness
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Winston Churchill and Mental Illness
Winston Churchill and his “Black Dog” that Helped Win
World War II
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Why Was Steve Jobs Sometimes So Mean?
15
Celebrities With Mental Health Disorders
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Entrevue avec Guy
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DÉPISTER LE BURNOUT
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À Montréal contre la maladie mentale
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Traitement
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Mythes
tenaces - Jacques Hendlisz
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La dépression des moins de 3 ans n’est pas à
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Fraudeurs et psychopates : SANS AUCUN
REMORDS - Martin Croteau
Earl Jones : L’HOMME DERRIÈRE LE
MASQUE - Catherine Handfield
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parlant d'économies, gare aux fraudeurs !...
et Y
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LE
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SOUS TOUTES LES COUTURES - Mathieu
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Régression (psychanalyse)
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La Bourse, Google, CNN : mélange peu productif -
Mathieu Perrault
Ceux qui font
plusieurs choses en même temps auraient plus de difficulté à
passer d’une tâche à l’autre
Une étude attaque la mode du multitâche, déjà la cible de
nombreuses critiques. Des sociologues de l’Université Stanford
ont découvert que les adeptes du multitâche ont plus de
difficulté que la moyenne à passer d’une tâche à l’autre.
«C’est très ironique», explique Clifford Nass, l’auteur
principal de l’étude, publiée dans la revue Proceedings of the
National Academy of Sciences. «Le multitâche vise justement à
faire plusieurs tâches en même temps, à passer rapidement
d’une tâche à l’autre. Si on met plus de temps à regagner
notre concentration quand on se tourne vers une nouvelle
tâche, c’est contre-productif.»
Le multitâche consiste par exemple à écouter la radio ou la
télévision tout en faisant une recherche sur l’internet.
«Cette habitude peut être nuisible si elle cause des goulots
d’étranglement cognitifs », explique M. Nass
Pour son
étude, le sociologue californien a divisé 262 cobayes – des
étudiants de Stanford – en deux groupes, selon qu’ils
pratiquaient peu ou beaucoup le multitâche. Il a constaté que
les fervents du multitâche étaient beaucoup moins bons pour
écarter les distractions et qu’ils mettaient beaucoup plus de
temps à passer d’une tâche à l’autre. L’expérience qui
mesurait ce délai consistait à mettre en ordre des lettres,
puis des chiffres. La différence entre les deux groupes
atteignait quatre secondes.
Deux explications
Deux explications sont possibles. «Soit le multitâche diminue
la capacité de passer d’une tâche à l’autre, dit M. Nass. Soit
les gens qui ont des difficultés à passer d’une tâche à
l’autre sont, pour une raison mystérieuse, attirés par le
multitâche. Peutêtre pensent-ils erronément améliorer leur
performance. Quoi qu’il en soit, il faut tenir compte de cet
effet pour éviter que certaines catégories de personnes soient
désavantagées dans un monde qui met de plus en plus l’accent
sur l’efficacité et la flexibilité. La nécessité de répondre
rapidement aux courriels oblige les gens à surveiller sans
cesse leur boîte de réception. Sacrifier la performance dans
notre tâche principale pour pouvoir surveiller d’autres
sources d’information n’est pas nécessairement un bon calcul.»
Pour déterminer si ces difficultés cognitives sont causées par
le multitâche, ou si les gens qui ont ces difficultés sont
plutôt attirés par le multitâche, M. Nass va faire cet automne
une expérience par imagerie neurologique. « Nous verrons
quelles régions du cerveau sont activées. S’il s’agit de
régions qui changent peu à l’âge adulte, on peut considérer
que le multitâche n’est pas responsable des difficultés
cognitives. Mais s’il s’agit de régions très plastiques, le
multitâche est alors coupable et devrait être évité. »
Mythes tenaces - Jacques Hendlisz
Dans une
lettre publiée le 11 août dans La Presse, une citoyenne de
LaSalle fait le récit d’une agression dont elle a été témoin.
Elle dénonce un événement déplorable et pose des questions
pertinentes.
Elle présume que l’agresseur – surnommé « fou » et «
hurluberlu » – souffre d’un problème de santé mentale parce
qu’il se trouvait proche de l’Institut universitaire en santé
mentale Douglas. Elle sous-entendquelespersonnes aux prises
avec un problème de santé mentale sont violentes et suggère un
coupable: la désinstitutionnalisation.
Encore une fois, nous constatons que les mythes entourant les
maladies mentales ont la couenne dure.
Une personne
sur cinq souffre ou souffrira d’un problème de santé mentale
au courant de sa vie: Alzheimer, anxiété, dépression,
anorexie, boulimie, schizophrénie, troubles bipolaires, etc.
On ne choisit pas de souffrir d’une maladie mentale comme on
ne choisit pas de souffrir d’un cancer. Les personnes malades
méritent mieux que de se faire traiter de fou et d’hurluberlu.
Elles méritent notre compassion et notre soutien. Les préjugés
sont tels qu’une personne malade préférera souffrir en silence
et voir sa santé s’aggraver plutôt que d’aller chercher de
l’aide.
L’événement regrettable que mentionne l’auteure de la lettre
et le rapprochement qu’elle tente de faire avec celui – plus
dramatique – de l’homme schizophrène paranoïaque qui a
décapité un passager à bord d’un autobus l’année dernière,
n’aident en rien à nous débarrasser de cette perception que
les personnes souffrant de maladies mentales constituent des
risques pour la société. Pourtant, les faits dévoilent une
autre réalité.
Moins de 4% des interactions entre les citoyens et les
services policiers concernent des personnes ayant des
problèmes mentaux graves et, parmi toutes les personnes
suspectes d’un délit, seulement 0,7% auraient un problème de
santé mentale grave. La plupart du temps, ce sont elles qui
sont victimes d’actes d’agressivité. « Le risque que pose la
société pour la personne qui a un problème de santé mentale
est plus élevé que le risque que pose la personne qui a un
problème de santé mentale pour la société », rappelle la
chercheuse Anne Crocker, de l’Institut Douglas.
Heureusement, les gens qui souffrent de problèmes de santé
mentale ne vivent plus dans les hôpitaux. Grâce aux percées
scientifiques et à l’amélioration des thérapies, l’époque
asilaire – l’institutionnalisation – est depuis longtemps
révolue. Partout dans le monde, ils vivent dans la communauté.
Ainsi, ils se portent mieux, ils ont plus de chances de se
rétablir, de mener des vies productives et de contribuer à la
société.
La dépression des moins de 3 ans n’est pas à
négliger
— La
dépression chez les enfants de 3 ans n’est pas un état
grincheux passager, mais une maladie grave. Une étude
américaine montre pour la première fois qu’une dépression
profonde peut être chronique, même chez les plus petits,
contrairement à l’idée largement admise de la prétendue
insouciance de l’enfance.
Jusqu’à très
récemment, « les gens ne prêtaient pas vraiment attention aux
troubles dépressifs des moins de 6 ans. Ils ne pensaient pas
que cela puisse arriver, les enfants de moins de 6 ans étant
affectivement trop immatures pour éprouver cela », explique la
principale auteure de l’étude, Joan Luby, psychiatre à
l’Université de Washington, dont l’équipe de recherche a suivi
pendant deux ans 200 enfants âgés de 3 à 6 ans, dont 75 chez
lesquels avait été diagnostiquée une dépression grave. Parmi
les enfants initialement déprimés, 64% l’étaient toujours ou
vivaient un épisode dépressif récurrent six mois plus tard, et
40% connaissaient toujours des problèmes deux ans plus tard.
Au total, près de 20% souffraient d’une dépression persistante
ou récurrente, au vu des résultats.
Fraudeurs et psychopates : SANS AUCUN
REMORDS - Martin Croteau
Le criminel en
cravate a souvent un profil de psychopathe
Les criminels en cravate sont-ils plus nombreux qu’auparavant
? Chose certaine, les crimes financiers retiennent l’attention
des médias et du public plus que jamais. En entrevue avec La
Presse, le psychiatre Robert Hare, auteur de Snakes in Suits :
When Psychopaths Go to Work, dévoile des détails troublants
sur la psychologie des fraudeurs. « Le psychopathe commet des
crimes parce que c’est dans sa nature. Et sa nature,
essentiellement, est d’utiliser les autres pour son propre
avantage. »
QExiste-
t-il un profil type du criminel financier ? R Ils sont tous
différents, mais il y a certaines caractéristiques communes,
les mêmes qu’on trouve chez d’autres criminels. Un certain
égoïsme, un souci de son propre bien-être au détriment de
celui des autres, un sentiment qu’on mérite les choses. Le
criminel en cravate a le sentiment qu’il est correct
d’enfreindre la loi pour satisfaire ses propres besoins.
QQu’est-
ce qui pousse un homme d’affaires aisé à commettre ce genre de
crime ? R Certaines personnes vont être poussées au crime par
un concours de circonstances. Elles peuvent avoir un problème
de jeu ou un problème familial et en venir à commettre des
crimes. Dans le cas d’individus psychopathes, le sujet de
notre livre, il s’agit du type de criminel le plus dangereux
et le plus problématique pour la société parce que, pour ces
personnes, ça fait partie de leur personnalité d’utiliser et
de manipuler les autres pour atteindre leurs fins.
QL’actualité
regorge de criminels en cravate par les temps qui courent.
S’agit-il de criminels « ordinaires » ou de « psychopathes » ?
R Pour déterminer s’ils sont psychopathes ou pas, il faut une
évaluation scientifique détaillée. Chose certaine, toutefois,
pour manipuler, frauder, détruire des centaines de vies sans
la moindre apparence de remords ou de souci, cela est
caractéristique des psychopathes. QVotre
livre
s’intitule Des serpents en cravate : quand les psychopathes
vont au travail. Comment comparez-vous ces individus aux
criminels plus « conventionnels », par exemple des braqueurs
de banque? R Pour plusieurs criminels ordinaires, le crime est
un travail. Ce sont des professionnels qui comprennent les
risques, mais qui choisissent de les courir pour profiter
d’une manne au bout du compte. Les psychopathes, eux, sont
différents. Ce ne sont pas des gens qui vont calculer les
risques et les récompenses. Ils croient qu’ils ont droit à
l’argent qu’ils pillent. Que les autres humains sont des
objets qui n’ont ni sentiments ni droits. Un criminel
professionnel peut avoir une conscience, une loyauté face aux
autres, par exemple envers sa famille. Un psychopathe n’a de
loyauté envers personne sauf lui-même. QDonc,
un criminel psychopathe, tel que vous le décrivez, ne ressent
pas le moindre remords par rapport à ses actes ? R Le
psychopathe ne commet pas des crimes parce qu’il vit un
problème. Il le fait parce que c’est dans sa nature. Et sa
nature, essentiellement, est d’utiliser les autres pour son
propre avantage. Vous pouvez avoir un criminel en cravate qui
pille l’épargne de ses investisseurs. Pour lui, peu importe si
ses victimes sont des membres de sa famille, des amis ou de
parfaits étrangers. Il peut faire cela sans éprouver le
moindre trouble de conscience. Le seul moment où il ressent du
remords, c’est lorsqu’il se fait arrêter. QNe
sait-il pas qu’il va se faire prendre ? R Nous faisons tous la
même chose. Dans votre vie ordinaire, vous pouvez commettre
des actes qui sont, disons, un peu « à la limite », sans
nécessairement être illégaux. Vous pouvez faire des choses que
vous ne voulez pas que votre femme sache, vous pouvez acheter
une bouteille de whisky même si votre médecin vous l’interdit.
Normalement, on évalue le risque pour déterminer s’il y a des
chances d’être découvert. Dans le cas du psychopathe, des
choses qui pourraient arriver dans le futur ne comptent pas
vraiment, c’est une abstraction. Ils se disent : « De toute
façon, je suis brillant, je peux m’en tirer. » Ils pensent aux
récompenses et non au risque qu’ils soient démasqués. QLes
fraudes financières ne datent pas d’hier. Comment cette forme
de criminalité évolue-t-elle ? R Je ne sais pas s’il y a plus
de psychopathes qu’auparavant, mais c’est devenu beaucoup plus
facile pour ces personnes de commettre des crimes. Il est
possible de faire toutes vos transactions mobilières ou
bancaires par téléphone ou sur l’internet. Il est possible
d’envoyer un courriel à 100 000 internautes avec un clic de
souris. L’internet procure aux criminels plusieurs nouveaux
moyens pour faire de l’argent. Je reçois moi-même une
cinquantaine de pourriels chaque jour. Il suffit qu’une ou
deux personnes vulnérables répondent pour que le criminel
puisse agir.
L’HOMME DERRIÈRE LE MASQUE -
Catherine Handfield
Après des
semaines de recherche, le conseiller financier Earl Jones
s’est livré aux policiers lundi. Il a été libéré mardi. Le
lendemain, sa société a été mise en faillite. Bientôt, l’homme
qui menait jusqu’au printemps un train de vie de luxe sera
offici
« Earl se comportait comme s’il n’avait jamais tort. Et
malheureusement, nous l’avons tous cru. »
La dernière fois que Bevan Jones a vu son frère Earl, c’était
le matin du 9 avril. Earl Jones était passé au domicile de
Bevan et de sa conjointe, dans les Laurentides, pour leur
demander de l’argent.
Earl
Jones à sa sortie du palais de justice mardi dernier. Le
conseiller financier a tout perdu en quelques jours :
réputation, amis, famille, entreprise...
Earl Jones leur a expliqué qu’un de ses bons amis souhaitait
qu’on lui avance quelques milliers de dollars pour s’acheter
un bateau. Cet ami attendait un important versement et, bien
entendu, il les rembourserait avec un taux d’intérêt
appréciable.
Ce matin-là, Bevan Jones, un retraité de 70 ans, a senti que
quelque chose clochait. Earl Jones se raclait constamment la
gorge, comme il le faisait, enfant, lorsqu’une affaire le
tracassait. Mais Bevan a gardé ses doutes pour lui. Et sa
femme, Frances Gordon, a remis à Earl Jones les derniers 13
000 $ qu’il lui restait dans son compte. Les seuls dollars
qu’elle n’avait pas encore confiés au soi-disant conseiller
financier.
Une histoire inventée
Aujourd’hui, Frances Gordon et Bevan Jones réalisent qu’Earl
Jones avait inventé de toutes pièces cette histoire de bateau.
Et que l’homme charmant, généreux, aimable et volubile qu’ils
ont connu n’était peut-être pas le vrai Earl. « Aujourd’hui,
nous réalisons que sa vie n’est qu’un tissu de mensonges »,
résume Bevan Jones, rencontré cette semaine dans sa jolie et
modeste maison de Montcalm, dans les Laurentides.
« Jamais, jamais , jamais » Bevan Jones ne s’est douté du
présumé stratagème de son frère, accusé cette semaine de vol
et de fraude. L’Autorité des marchés financiers (AMF) le
soupçonne d’avoir détourné de 30 à 50 millions de dollars
grâce à une combine « à la Ponzi », une fraude qui consiste à
verser à l’investisseur des rendements fictifs obtenus à même
la contribution de nouveaux investisseurs.
Les gens qui l’ont connu sont unanimes : Earl Jones semblait
avoir une très grande confiance en lui et ne pouvait
qu’inspirer la confiance. « Earl se comportait comme s’il
n’avait jamais tort, dit Frances Gordon. Et malheureusement,
nous l’avons tous cru. »
Une rapide ascension
Cadet d’une famille composée d’une fille et de trois garçons,
Earl Jones a grandi dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce, à
Montréal, dans un milieu de classe moyenne. Son père était
graveur, et sa mère, femme au foyer. Earl Jones était un
garçon discret et sportif, selon son frère Bevan.
Il a poursuivi ses études à l’école secondaire West Hill, où
il a rencontré Maxine, qui deviendra plus tard sa femme. Earl
Jones a ensuite suivi une formation en finances à l’Université
Concordia, d’où il a obtenu son diplôme vers 1967.
Le jeune financier a commencé sa carrière au service de
gestion de patrimoine de Montréal Trust. Sa femme et lui se
sont acheté une maison modeste à Beaconsfield. C’est à cette
période que le couple a eu ses deux filles : Kimberley, qui
souffre d’une légère déficience intellectuelle et habite à
Cape Cod au Massachusetts, et Christine, qui demeure à
Montréal.
C’est vers la fin des années 70 qu’Earl Jones a décidé de se
lancer à son compte. Dès lors, sa fortune a commencé à
croître. Le financier s’est acheté une maison dotée d’une
plage privée dans le croissant huppé de Gables Court, à
Beaconsfield. Puis un appartement à Boca Raton, en Floride, et
un cottage à Mont-Tremblant, situé sur le terrain du club de
golf Le Maître.
Le goût du
luxe
Earl Jones a pris goût au luxe, selon plusieurs de ses
proches. Il possédait une Mercedes qu’il faisait laver et
cirer fréquemment. Maxine, elle, voyageait en BMW.
Excellent golfeur, il est membre du club de golf Royal
Montréal à L’ Î leBizard, le club privé et prestigieux des
hommes d’affaires anglophones où il faut verser 20 000$ pour
être membre, sans compter les frais annuels d’environ 6000$.
Le mariage de sa fille Christine y a d’ailleurs été célébré
avec faste en 2003. Jones est aussi un habitué des pentes de
Tremblant.
Earl Jones aime les bons vins et mangeait plusieurs fois par
semaine au restaurant. Maxine incitait son mari à verser de
généreux pourboires, selon Danielle Octeau-Manouvrier, une des
personnes fraudées. « Earl ne regardait jamais les prix,
ajoute Frances Gordon. Ce mot ne faisait tout simplement pas
partie de son vocabulaire. »
Il n’hésitait pas à payer la tournée à ses proches, selon
Charlie Washer, qui aurait également été fraudé. Il y a
quelques années, Earl Jones a invité M. Washer à une réception
dans une salle de Westmount. « Il avait payé la facture des 10
personnes assises à notre table », se souvient Charlie Washer,
qui voyait Earl Jones comme un homme « toujours bien habillé »
et « flamboyant ». « Dans la famille Jones, tout le monde
parle beaucoup. Mais c’est Earl qui parlait le plus, renchérit
Bevan Jones. Il riait et jouait des tours constamment. »
Earl Jones est également réputé être « un homme à femmes »,
selon Wendy Nelles, une proche de la famille qui lui a
également confié ses économies. Le couple s’est déjà séparé
pendant quelques mois avant de revenir ensemble.
Un bon père
Au dire de plusieurs, Earl et Maxine Jones aimaient beaucoup
voyager. Wendy Nelles se souvient que le couple est allé à
Londres en avril, et qu’il revenait d’Acapulco quand le
scandale a éclaté. Tous deux voyageaient, surtout en Floride
et à Cape Cod, pour visiter leur fille Kimberley qui habite
dans une école pour déficients intellectuels.
« Ils allaient la visiter fréquemment, parfois de deux à trois
fois par mois », dit Bevan Jones. Au début du mois de juillet,
Earl Jones est d’ailleurs allé voir Kimberley au
Massachusetts. Était-ce pour s’assurer qu’elle ait tout ce
qu’il faut advenant son arrestation?
« Earl adorait ses filles et les trois garçons de Christine.
C’est un très bon père, a convenu Bevan Jones. Quand il était
introuvable, en juillet, je savais qu’il n’était pas loin. Il
n’aurait jamais quitté ses enfants. »
Bevan Jones ignore si Maxine, Christine et Kimberley se
doutaient du présumé stratagème d’Earl Jones, qui semblait le
rattraper ces dernières années. En 2006, il a hypothéqué son
appartement de Dorval et son cottage de Mont-Tremblant pour
800 000 $, a révélé The Gazette cette semaine. Depuis deux
ans, il versait moins assidûment les supposés intérêts à ses
investisseurs, selon Bevan Jones.
« J’imagine que la crise économique faisait en sorte qu’il
trouvait de moins en moins de clients. Earl devait être
complètement désespéré », ajoute Bevan, qui n’excuse en rien
ses présumés agissements.
LE RIRE SOUS TOUTES LES COUTURES -
Mathieu Perrault
Les blagues
étaient de rigueur lors de la réunion des vendeurs d’une
entreprise finlandaise. Le directeur des ventes était toujours
celui qui lançait la première blague et ses subordonnés
riaient à tout coup. Mais ces derniers se servaient aussi de
l’humour pour exprimer leurs insatisfactions – à propos des
produits de leur entreprise, des mauvaises habitudes de leur
patron ou de leurs collègues. Mais quand des clients
potentiels, britanniques, ont joint la réunion, l’atmosphère
s’est faite plus sérieuse. Finies les blagues sur les défauts
des produits et les moqueries pas toujours gentilles. Seuls
subsistaient quelques lieux communs amusants sur les
différences culturelles entre les deux pays.
Cette description, faite par une philologue de la faculté
d’économie de l’Université d’Helsinki dans la revue académique
Negotiation Journal, illustre bien le pouvoir de l’humour. Le
rire est une manière d’établir la hiérarchie. Dans plusieurs
cultures, les dirigeants (d’une entreprise ou d’une tribu) se
servent du rire pour montrer leur dominance: quand ils rient,
leurs subordonnés doivent rire aussi. Depuis une vingtaine
d’années, les études scientifiques sur le rire se sont
multipliées.
« Le rire est un descendant direct des jeux de bataille des
animaux, explique Robert Provine, psychologue de l’Université
du Maryland qui a publié le livre Le rire, sa vie, son oeuvre.
Il est fondamental pour reconnaître les amis des ennemis. Et
il joue un rôle central dans le processus de séduction de la
femme par l’homme. »
Le psychologue américain avance que le « ha-ha » du rire
reflète le halètement durant l’effort physique. Et plus
précisément, le halètement durant les jeux de bataille
auxquels se livrent tous les animaux, même les hommes, quand
ils sont petits.
« Le contact physique qu’ont deux amis qui se chamaillent est
fondamental pour leur amitié. On retrouve un peu ce phénomène
dans le sport, chez les adultes. On n’a qu’à penser aux
chatouillements, qui ne sont agréables que s’ils sont faits
par des parents et amis. Comme il est difficile de faire
semblant de rire, c’est un mécanisme important pour déterminer
l’honnêteté d’une personne. Rire peut servir à inclure ou à
exclure. »
Le parallèle
entre le rire et les batailles rituelles est d’autant plus
évident quand on pense à la séduction. « Les hommes font
beaucoup plus rire les femmes que les femmes les hommes, dit
M. Provine. Je ne pense pas que ce soit seulement dû à des
normes sociales imposant le sérieux aux femmes. Les hommes les
plus populaires, les mâles alpha, sont aussi ceux qui font le
plus rire les autres. »
Les femmes ont plus tendance à sourire qu’à rire que les
hommes, probablement parce que ces derniers utilisent leur
présence physique – y compris leur voix et le rire – comme une
menace ou un instrument de défense, selon John Moreall,
philosophe du College of William and Mary en Virginie qui
consacre sa carrière au rire (son cinquième livre sur le
sujet, Comic Relief : A Comprehensive Theory of Laughter, sera
publié en septembre) et a fondé la Société internationale
d’études sur l’humour. « Dans plusieurs cultures, les femmes
ne doivent pas rire bruyamment, dit M. Moreall. C’est une
expression inacceptable de masculinité. »
Et pourtant, les femmes sont plus susceptibles que les hommes
de réagir à l’humour, selon une étude publiée en 2005 par des
psychiatres de l’Université Stanford. Placés devant des
dessins animés, les hommes utilisaient moins que les femmes la
partie du cerveau responsable de la compréhension du langage.
Les chercheurs californiens avançaient que les hommes
s’attendaient trop à rire, alors que les femmes abordaient les
vidéos avec un oeil plus critique qui les rendait
paradoxalement plus réceptives à leur humour.
Le rire fascine l’homme depuis l’Antiquité. Platon jugeait
qu’il s’agissait trop souvent de moqueries et le bannissait de
sa cité idéale, alors qu’Aristote voulait s’en servir pour
enseigner les pratiques vertueuses aux masses en humiliant les
mauvais citoyens. Darwin estimait au contraire que le rire
était toujours signe de joie. « On apprend beaucoup sur une
société en étudiant comment elle traite le rire, dit Robert
Provine. Dans le film Ridicule de Patrice Leconte, par
exemple, rire était vulgaire, même si les mots d’esprit
étaient très bien considérés. Les Français de cette époque,
sous Louis XVI, avaient d’ailleurs une très mauvaise opinion
de l’habitude qu’avaient les Anglais de rire à gorge déployée.
»
Cette emphase sur l’humour est de toute façon mal placée. «
Seulement 10% à 20% du temps que nous passons à rire est une
réponse à des blagues, affirme M. Provine. Le reste du temps,
il s’agit de signaux sociaux qu’on envoie à d’autres personnes
pour signifier notre désir d’entrer en communication, par
exemple quand on rit un peu en disant "quelle belle journée",
ou quand on rit par nervosité. Le rire n’est pas toujours lié
à l’humour. »
Les usages sociaux du rire intéressent d’ailleurs beaucoup les
psychologues. « Il y a de plus en plus d’études sur la
contribution du rire à la stabilité familiale et maritale »,
explique Glenn Weisfeld, psychologue de l’Université Wayne au
Michigan. « Certains chercheurs s’inquiètent d’ailleurs que le
fait que les enfants passent de moins en moins de temps à
jouer de manière non structurée avec des amis mènera à une
génération de personnes qui ne savent pas se servir du rire
comme d’un instrument d’intégration et de communication. »
LES BIENFAITS DE LA RIGOLADE
Bon pour le
coeur, pour le lait maternel, pour le système immunitaire,
pour les schizophrènes, mais aussi élément déclencheur de
crises d’asthme: le rire a un impact direct sur la santé
physique, qui intéresse de plus en plus les chercheurs.
« Rire un bon coup est aussi bon pour le coeur que faire de
l’exercice aérobique », affirme Michael Miller, directeur du
centre de cardiologie préventive de l’Université du
Maryland, qui a publié plusieurs études sur les effets
cardiovasculaires du rire. « Rire contrecarre les effets du
stress mental, qui rend les parois des vaisseaux sanguins
plus rigides. »
Le Dr Miller a montré des extraits de la comédie King Pin,
des frères Farrelly, à 20 volontaires, et des scènes
violentes de Saving Private Ryan à 20 autres cobayes. Le
flot sanguin augmentait en moyenne de 22% après la comédie
et décroissait de 35% après le film de guerre.
Le
cardiologue américain a eu l’idée de son étude après avoir
constaté que les cardiaques avaient moins d’humour dans leur
vie quotidienne que la moyenne. « Je voulais vérifier si
c’était la maladie qui les rendait sombres, ou le contraire.
Il est d’ailleurs possible qu’une partie de l’effet négatif
de la dépression sur le coeur soit dû au manque de rire. »
N’est-il pas possible d’avoir une crise cardiaque en riant
trop fort? « Non, en général les cardiaques s’arrêtent de
rire parce qu’ils manquent de souffle avant de risquer
l’infarctus. »
D’autres études ont montré que le rire améliore le système
immunitaire en réduisant la production des hormones du
stress et en augmentant la production de globules blancs,
que les mères japonaises qui regardent une comédie (Charlie
Chaplin) avant de donner le sein à leur bébé ont plus de
mélatonine dans leur lait, ce qui réduit les symptômes de
l’eczéma, que les schizophrènes israéliens sont moins agités
quand ils regardent régulièrement des comédies, et que le
tiers des crises d’asthme chez les enfants australiens sont
dues à des séances prolongées de rires.
DES MILLIONS D’ANNÉES
Quel est l’âge
du rire? Probablement 10 à 16 millions d’années, selon des
primatologues britanniques, qui ont mis un terme à cette
question épineuse en prouvant que le rire humain et celui des
grands singes ont un schéma de fréquences similaire. En
analysant 11 caractéristiques du rire de 25 jeunes primates,
dont 3 bébés humains, les chercheurs de l’Université de
Portsmouth ont constaté que plus les singes étaient
génétiquement proches de l’homme, plus leurs rires étaient
similaires.
LES QUATRE RIRES
Il existe quatre
types de rires, ont démontré des psychologues allemands et
britanniques : le bonheur, le rire incontrôlable provoqué par un
chatouillement, le ricanement agressif et le ricanement qui se
réjouit du malheur d’autrui. Cela confirme que le rire est un
mécanisme de communication complexe, qui peut transmettre
plusieurs émotions en même temps. Les chercheurs ont montré à 24
cobayes des séquences de rires faites par des comédiens
professionnels, qui devaient suivre ces quatre catégories. Les
émotions étaient reconnues avec justesse dans 37% à 50% des cas,
les ricanements agressifs étant les plus faciles à identifier.
UNGAZ HILARANT POUR ARME
Une
entreprise américaine d’armements propose de fabriquer des
munitions non mortelles moins dures que les balles en
caoutchouc, mais qui seraient aussi efficaces parce qu’elles
contiendraient un gaz hilarant rendant un soldat ennemi
incapable de se défendre parce qu’il serait en train de
s’esclaffer. L’objectif est d’avoir une balle qui est
sécuritaire même si la cible est proche du soldat – les balles
en caoutchouc ordinaire peuvent causer des blessures graves à
courte portée. L’entreprise californienne Agentai a reçu 100
000$US de l’armée américaine pour étudier la faisabilité du
concept en 2002 et travaille aussi à l’utilisation de « gaz
incapacitants » non mortels, hilarants ou malodorants, dans
les obus d’artillerie, selon le magazine britannique
QUAND LES VACANCES SONT UNE SOURCE DE STRESS
- Émilie Côté
Vous stressez
plus qu’autre chose en voyant les vacances arriver? Vous avez
l’impression que vous ne réussirez pas à terminer tout le
travail qui traîne sur votre bureau? La Presse s’est
entretenue avec différents experts en gestion de temps. Si
l’arrivée
Vendredi soir, sortie du bureau à 19h. Vous êtes crevé. Vous
voudriez terminer tel dossier pour avoir l’esprit libre, mais
vous devez rentrer à la maison. Il faut faire les bagages et
remplir la voiture: vous avez promis aux enfants de partir à
5h le lendemain matin en direction des plages du Maine.
PHOTO ROBERT SKINNER, LA
PRESSE
Difficile de décrocher du boulot ?
Certains acceptent de s’éloigner du travail... à condition
de pouvoir rester en contact permanent avec le bureau. Même
confortablement installés sur une plage.
Deux semaines de vacances et dépenser 2500$? Et avoir deux
fois plus de travail quand ce sera le temps de retourner au
boulot? Pour certains parents, l’arrivée des vacances est une
source de stress. Pour d’autres, cela n’en vaut même pas la
peine.
Un sondage mené au printemps dernier par Expedia indique que
39% des Québécois et 53% des Canadiens ne profitent pas de
tous les jours de vacances qui leur sont accordés. Si 28% des
Québécois ont du mal à faire fi du stress relié au bureau
quand ils sont en vacances, 5% affirment qu’ils ont trop de
responsabilités au travail pour s’arrêter. Parmi les Québécois
sondés, 17% ont déjà annulé des plans de vacances en raison du
travail.
Marie Claude Lamarche, psychologue spécialisée en santé
psychologique au travail, cite en exemple le cas hypothétique
d’un jeune travailleur qui vient de faire des investissements
importants pour ouvrir un bureau et travailler à son compte. «
Le concept de vacances pour les travailleurs autonomes, c’est
de l’argent qui n’entre pas. Partir deux semaines, c’est 5000$
de dépenses et 5000$ de perte de revenus, donc 10 000$ sur la
marge de crédit », souligne-t-elle.
Dans les milieux compétitifs, des gens peuvent craindre
d’avoir « un couteau dans le dos » à leur retour,
poursuit-elle. Tandis que chez les nouveaux parents, partir
loin de la maison peut être synonyme de complications plutôt
que de repos.
Quand sa fille avait 4 mois, Mme Lamarche et son conjoint sont
partis en voiture vers les plages de la côte Est américaine,
comme ils en avaient l’habitude. « Elle a hurlé jusqu’à
Kennebunk », raconte Mme Lamarche.
Il existe des formules simples pour décrocher, fait valoir la
psychologue. Dans un camping familial situé à 45 minutes de la
maison, par exemple. Tout est une question d’organisation et
de planification.
Organiser son départ du bureau
Luc-Richard
Poirier est le président fondateur d’intelligenceSanté, qui
offre aux entreprises une conférence intitulée « Osez se
décrocher de vraies belles vacances ». Il remarque que des
gens stressent à l’idée d’être en vacances, car ils mettent le
pied sur l’accélérateur quand ils sont en congé.
Ils remplissent leur agenda, ce qui les empêche de lâcher
prise. « On a tendance à prendre notre modèle professionnel
structuré, axé sur la performance, et à l’appliquer à nos
vacances. Je dis à ces gens-là : les plus beaux soupers, ce
sont les soupers imprévus. »
C’est aussi une question de personnalité, souligne-t-il. « Il
y a des gens qui ont de la difficulté à déléguer. Il y a aussi
des workaholics, qui ne sont pas capables de décrocher. Je
leur dis : votre entreprise va continuer à rouler si vous
n’êtes pas là. »
Partir en vacances, ça s’organise au bureau, ajoute M.
Poirier. « Avez-vous cherché quelqu’un pour vous remplacer ?
Il y a des gens qui disent: je reviens et j’ai 364 courriels.
Avez-vous mis une réponse automatique disant que vous êtes en
vacances ? Avez-vous averti vos plus importants clients? »
Il faut aussi prévoir du temps pour se reposer pour arriver au
bureau frais et dispos. Revenir de voyage le dimanche soir à
23h et retourner au bureau le lundi matin à 7h, ce n’est pas
une bonne idée.
Et le BlackBerry ou le cellulaire, on l’emporte avec soi ou on
le laisse à la maison? Selon Marie Claude Lamarche, son
propriétaire doit se demander si le besoin de décrocher est
plus important que la demande du patron ou l’occasion d’avoir
un nouveau client. « Physiquement, la personne est à la plage,
mais mentalement, elle est revenue au bureau », indique-telle.
D’un autre côté, « il y a des gens qui ne partiraient pas
s’ils ne pouvaient pas être en contact ».
Mais peut-être que la personne n’a pas vraiment le choix. « Il
y a beaucoup de gestionnaires à sensibiliser, signale M.
Poirier. L’été est une période à risque pour les entreprises,
car les gens sont en vacances et se demandent : " Est-ce que
j’aime mon travail ?" »
C’est à l’image d’une personne qui a des doutes sur son couple
et part en voyage pour voir si elle s’ennuiera de son conjoint
ou non, illustre Marie Claude Lamarche.
« Pour décrocher de ton travail, il faut que tu y sois
accroché. Il faut que tu l’aimes », conclut Luc-Richard
Poirier.
Avoir du temps : Une question de planification -
Émilie Côté
« Le monde du
travail d’aujourd’hui, où tout va vite, nous empêche d’adopter
des comportements qui sont guidés par l’efficacité. Comme si
un pompier passait son temps à éteindre des incendies, sans
voir qu’il y a un pyromane derrière lui. »
Rares sont les gens qui n’ont jamais l’impression de manquer
de temps. Mais ce n’est pas seulement une impression.
Selon une étude de Statistique Canada publiée en avril
dernier, le nombre moyen d’heures travaillées des couples
canadiens a augmenté de 13% depuis 30 ans.
Une autre étude réalisée il y a deux ans a révélé que le tiers
des Canadiens se considèrent comme des bourreaux de travail.
Non seulement ils sont plus stressés que les autres
travailleurs quand ils manquent de temps (71%, contre 58%),
ils regrettent de ne pas passer suffisamment de temps avec
leur famille (70%, contre 45%).
« Plus du tiers des Canadiens peuvent être classés dans la
catégorie des personnes fortement stressées, principalement à
cause de leur travail », peut-on lire dans une troisième
étude, que Gilles Pronovost, professeur à l’Université du
Québec à Montréal, a réalisée à partir des enquêtes de
Statistique Canada. « Tout indique que nous vivons dans une
société malade du temps », écrit le chercheur.
François Gamonnet, le fondateur de l’Institut de gestion du
temps, a même trouvé un nom pour les gens qui ont l’impression
constante que 24 heures ne suffisent pas dans une seule
journée: la « tempsdinite ». « On sous-évalue le temps et on
surévalue ses capacités », résume celui qui est une sorte de «
docteur du temps ».
Pourtant, dit le consultant qui ne jure que par le logiciel
Outlook, « une journée est bien assez longue pour une personne
organisée ».
À l’ère des BlackBerry et des portables, pourquoi cette
obsession du temps? « Ce qui a changé depuis 30 ans, c’est le
concept de vitesse des communications. Nous sommes loin de la
vitesse de l’homme qui marche, ironise François Gamonnet. Nous
avons des outils qui nous permettent d’aller vite. Mais est-ce
que nous savons piloter à la vitesse de nos outils? Non. »
« Le monde du travail d’aujourd’hui, où tout va vite, nous
empêche d’adopter des comportements qui sont guidés par
l’efficacité, poursuit-il. Comme si un pompier passait son
temps à éteindre des incendies, sans voir qu’il y a un
pyromane derrière lui. »
Cinq symptômes
Selon la méthode Gamonnet, la tempsdinite se traduit par cinq
symptômes. Il y a la « lofophilie », soit l’incapacité à
réaliser des tâches dans les délais prévus. Il y a aussi la «
chronophagie », qui concerne les gens qui se sentent
constamment dérangés par les autres et leur environnement. «
Le cellulaire, les collègues de travail, les visiteurs, le
BlackBerry », énumère François Gamonnet.
Il y aussi la « ouite », qui touche les travailleurs qui
disent oui à tout. Le fondateur de l’Institut de gestion du
temps leur conseille de négocier avec leurs collègues en leur
disant, par exemple : « Je peux remettre cela demain, mais
l’autre devra attendre à la semaine prochaine. »
Enfin, il y a la « réunionite » et la « courrielite », qui
affectent les gens qui ont l’impression d’être constamment en
réunion ou de ne jamais voir le fond de leur boîte de
courriels.
Le spécialiste en gestion de temps demande d’abord à ses
clients de noter tout ce qu’ils font : 15 minutes de
courriels, 5 minutes au téléphone avec tel client, 10 minutes
dans le bureau du patron, etc. « Les gens prennent conscience
de la durée prévue et de la durée réelle pour accomplir une
tâche. Au bout du compte, ils vont récupérer du temps gaspillé
en ayant conscience de leur comportement. »
Doit-on nécessairement interrompre une tâche pour répondre à
un courriel ? La rédaction de tel document qui n’était pas
urgente valait-elle vraiment deux heures de travail ? « Il
faut être efficace et efficient, et établir le budget du temps
nécessaire et suffisant à telle tâche, et juger si cela est
une priorité », résume François Gamonnet.
Il faut même prévoir du temps pour gérer son temps. « Il ne
faut pas y passer toutes ses journées, mais ne pas le gérer
prend encore plus de temps. »
« Chaque personne peut perdre facilement une heure par jour,
dit François Gamonnet . Le travai l est un sport d’équipe,
mais les règles du jeu sont individuelles. C’est pour cela que
tout le monde court dans tous les sens. »
Alerte aux surdoués - Youri Courmier
Qualifier un
enfant de « génie » peut avoir des conséquences négatives sur
son développement intellectuel et social
Dire à un enfant « tu es capable de tout, tu es un génie »
peut être aussi grave que de lui dire « tu n’es capable de
rien, tu es imbécile ».
L’auteur est doctorant au King’s College de Londres et ancien
professeur de relations internationales au Center for Talented
Youth, à l’Université Johns Hopkins, à Baltimore.
PHOTO NATHAN DENETTE,
ARCHIVES PC
Brandon Yepez, âgé de 12 ans, a des
aptitudes disons particulières pour résoudre le cube Rubik.
Il est venu à bout du casse-tête en 1m27:68.
Jean-Jacques Rousseau était d’abord et avant tout un gourmand
paresseux qui dormait à longueur de journée, mais qui avait
parfois des élans de génie sur papier. Wayne Gretzky est un
génie sur la glace, pas nécessairement dans la cuisine. Un
politicien moyen, au QI moyen, offrant une vision de société
parfois inférieure à la moyenne, peut tout de même être génie
de la rhétorique.
Pour la même raison que savoir lire à 3 ans ne fait pas de
quelqu’un le futur Nobel de la littérature, le fait d’être
propre à 8 mois ne devrait pas être pris pour une
prédisposition à devenir médecin ou avocat.
Donc, si l’on peut être génial sans être génie et avoir du
génie sans être génial, à quoi sert le terme? Àforcede
qualifier un enfant de surdoué, est-ce qu’on lui rend service?
Aumême titre que de catégoriser les gens d’idiots ou
d’imbéciles peut dépersonnaliser des troubles de
l’apprentissage, utiliser des superlatifs positifs comme
«génie» peut avoir des conséquences négatives sur le
développement intellectuel et social d’un enfant.
Ayant enseigné les relations internationales aux Center for
Talented Youth (CTY) de l’Université Johns Hopkins de 2006 à
2007, des enfants dits surdoués, j’en ai vu. La majorité de
mes étudiants étaient curieux, motivés et surtout, se
moquaient d’être « talentueux » et comprenait la différence
entre ce qu’ils ressentent et perçoivent, et ce que les tests
peuvent bien en dire.
D’autres, moins chanceux, vivaient mal l’expérience: burn-out
à 14 ans sous la pression de performance provenant des
parents; sinon, perte de confiance soudaine, dès qu’un concept
difficile venait bousiller l’attente que tout doit être facile
quand on est « génial ».
Dire à un
enfant « tu es capable de tout, tu es un génie » peut être
aussi grave que de lui dire « tu n’es capable de rien, tu es
imbécile ». D’abord, l’un ou l’autre implique qu’on lui impose
un cadre analytique extérieur, impersonnel et universel, qui
le définit, plutôt que de créer un espace dans lequel l’enfant
peut se définir lui-même. Mais plus grave encore, on entre
dans un système de pensée circulaire, par lequel les attentes
et les exigences sont conçues pour valider ad absurdum une
prémisse boiteuse. Ainsi, le con déconne et le brillant
brille.
Au-delà des effets de l’étiquetage, posons-nous la question
plus fondamentale : si aucun d’entre nous n’arrive à définir
de manière crédible le phénomène de l’intelligence, pourquoi
autant de personnes croient-elles pouvoir le mesurer? La
réponse est simple: il n’y pas de mesure véritable, seulement
une décision d’accorder à certaines capacités intellectuelles
le statut de « preuve » du génie.
Par exemple, pour être admis au Ivy League ou au CTY, il faut
performer sur les tests standardisés SAT, qui vérifient les
connaissances en mathématiques et le vocabulaire des jeunes.
Aucune garantie que l’un ou l’autre de ces talents alimentera
nécessairement un bon travail en relations internationales.
Avec ces tests, on ne mesure pas l’intuition, l’imagination,
la persévérance, l’aptitude en recherche ou la créativité. Les
tentatives de comptabiliser le génie n’obéissent aucunement
les trois plus importants piliers de la science: il faut une
hypothèse claire pouvant être prouvée fausse, il faut des
données mesurables se rapportant directement à l’hypothèse, et
la règle d’or, il ne faut jamais baser de grandes
généralisations sur les résultats.
Avant même de chercher le génie, ceux qui
écrivent les tests se disent l’avoir déjà trouvé. Ensuite,
on calcule des données disparates généralement tachées par des
prédispositions culturelles et de classe sociale, et
finalement on utilise cette pseudo-science pour prédire (et
valider à coup de beaux diplômes) l’avenir et les compétences
des jeunes.
Le génie n’existe pas à l’état pur, en suspension dans
quelques neurones attentives. Quant à moi, un enfant qui peut
réciter une vignette entière des Têtes à claques est aussi
brillant que celui qui régurgite une longue liste de mots à
quatre syllabes ou des expressions latines comme ad absurdum.
Mais bon, ce n’est pas moi qui écris les tests.
D’ailleurs, si j’avais un tel luxe, je ne choisirais que
des questions auxquelles je saurais répondre. Preuve
ultime que le concept est ridicule.
Des jeunes (pas tout à fait) comme les autres - Sylvia
Galipeau
C’est clair,
votre fils est un génie. Qui sait, peut-être deviendra-t-il
astronaute et succédera-t-il à David StJacques? Il a une
imagination débordante, c’est le prochain Xavier Dolan ? La
Presse est allée investiguer du côté de l’enfance de quelques
sur
Pascale Lefrançois avait à peine 3 ans quand, assise auprès de
sa mère qui lui lisait une histoire, elle a lancé: « Maman,
lis pas! » Et la petite puce haute comme trois pommes a
continué la lecture. Toute seule. Comme une grande.
Colin,
12 ans, Renaud, 10 ans, et Élise, 7 ans, font leurs devoirs
sous le regard de leur petit frère. Les trois enfants vont à
l’école Fernand-Seguin, une école publique de la CSDM pour
enfants doués. Ils sont imbattables aux échecs, dévorent les
romans (à raison de 900 pages par semaine chacun !), et
Renaud est même le plus fort de son équipe de soccer.
« Je ne sais pas comment elle a fait son affaire, mais elle
est arrivée en maternelle et elle savait déjà lire! »
s’éblouit encore son père, René Lefrançois, rencontré dans sa
chic demeure de Cartierville.
C’est la même petite bonne femme qui, 13 ans plus tard, allait
émerveiller le Québec en gagnant, à 16 ans, la dictée de
Bernard Pivot.
Les experts le confirment, un enfant qui apprend tout seul à
lire a de bonnes chances d’être parmi les 2 à 10% (selon les
estimations) de jeunes doués. Car qu’est-ce que
l’intelligence, sinon « la facilité à apprendre », rappelle
Françoys Gagné, professeur à la retraite du département de
psychologie de l’UQAM et auteur d’une théorie sur les
fondements de la douance et du talent.
Évidemment, quand c’est notre enfant, le seul de surcroît,
comment savoir s’il est précoce ou non? « Tout le monde nous
disait qu’elle n’était pas comme les autres ! » Pensez-y:
toute petite, vers 2 ans, Pascale Lefrançois entrait dans le
cabinet de dentiste de son père et chantait l’hymne national.
Tous les couplets. Sans faute.
Bien sûr, c’était aussi une enfant comme les autres. Le samedi
matin, elle regardait Le Petit Castor à la télé. Son père, de
son côté, l’accompagnait en feuilletant des livres d’art. Très
vite, c’est toutefois la fillette qui s’est mise à accompagner
son père : « Papa, on va regarder la Pinacothèque de Munich? »
Elle connaissait le titre des oeuvres par coeur. « Tout était
un jeu pour elle », confie-til : apprendre le nom des
capitales de l’Afrique à 6 ans, tout comme les dynasties des
rois de France à 10 ans. Une vraie éponge.
Résultat, il a fallu alimenter sa curiosité. Nourrir sa soif
d’apprendre. Par souci pédagogique, mais aussi par nécessité.
« Elle avait une longueur d’avance sur les autres, alors il
fallait l’occuper ailleurs. » En maternelle, ses parents
l’inscrivent donc à des cours de piano. Sans surprise, elle
excelle.
Une forme de « handicap »
Pour en avoir
le coeur net, ils lui font passer un test d’intelligence. Mais
ils ne lui diront pas le résultat. Jamais. « On ne le lui a
jamais dit parce qu’on voulait qu’elle soit une fille comme
les autres. On ne voulait pas la pousser. Surtout, ne pas
faire d’elle un chien savant, dit son père. Surtout pas ça: un
chien savant. »
Car au risque de « se plaindre le ventre plein », oui, la
douance est une forme de « handicap », croit-il. « Il y a
d’autres exigences, mais il faut tout autant les satisfaire. »
À noter, la petite, par ailleurs si éveillée
intellectuellement, a toujours été discrète, timide et surtout
très sensible. « Quand on lui chantait bon anniversaire, ça la
bouleversait. À tel point qu’on est allés consulter. On
pensait qu’elle avait un acouphène ! »
De là à conclure que tous les enfants doués sont ainsi timides
et sensibles, il y a un pas que plusieurs dénoncent. Au
contraire, il n’y a pas de profil type, précise Serge Larivée,
professeur de psychoéducation à l’Université de Montréal et
auteur d’un livre sur le quotient intellectuel. Et tant qu’à
déboulonner certains mythes, ce ne sont pas non plus des
jeunes mal dans leur peau, des décrocheurs asociaux, et ils
n’ont pas plus de problèmes de comportement que la moyenne des
enfants de leur âge, ajoute-t-il. « Ce sont des enfants comme
les autres ! »
Des enfants comme les autres qui ont le don de surprendre
leurs parents. Suzanne Savignac se souvient encore du jour où
son fils Renaud, aujourd’hui âgé de 10 ans, lui a demandé: «
Maman, trois fois deux, ça fait six? » Il avait 4 ans. Deux
ans plus tard, dans une Rôtisserie St-Hubert, sa mère commande
trois menus pour enfants à 4,95$ et deux assiettes pour les
parents. « Maman, s’il y avait juste nous trois, ça coûterait
14,85 $ ? »
« À ça, on ne sait pas trop quoi répondre », confie-t-elle.
Pourtant, son aîné, Colin, avait déjà préparé le terrain. À 8
mois, il prononçait ses premiers mots; à 18, des phrases
complètes; et à deux ans et demi, il connaissait la moitié de
l’alphabet. « Mais on ne l’a jamais poussé! Il jouait avec les
lettres aimantées sur le frigo ! »
Aujourd’hui, les deux garçons, tout comme leur petite soeur Él
i s e , vont à l ’ école Fernand-Seguin, une école publ ique
de la CSDM pour enfants doués. Ils sont imbattables aux
échecs, dévorent les romans ( à raison de 900 pages par
semaine chacun!), et Renaud est même le plus fort de son
équipe de soccer.
« C’est sûr que ça me donne un peu le vertige, confie la mère,
ingénieure, qui a arrêté de travailler à la naissance de son
quatrième enfant. Je me questionne tout le temps : est-ce que
je leur permets d’exploiter leur plein potentiel ? »

Gare à la surstimulation, prévient toutefois Serge Larivée. «
Ma crainte, dit-il, c’est qu’on vole leur enfance à ces
enfants. Laissons-les être des enfants. Cela fait de meilleurs
adultes. »
COMPRENDRE LA DOUANCE Les experts
ne s’entendent pas - Mathieu Perrault
Mozart n’avait
aucun talent particulier. Il était simplement très travailleur,
notamment grâce à son père, qui lui imposait un régime de piano
extrêmement exigeant.
Telle est la thèse d’Anders Ericsson, psychologue de
l’Université d’État de Floride, qui divise le monde de la
recherche sur les surdoués depuis une décennie. Sa théorie selon
laquelle l’excellence ne dépend que de l’effort, pas des
aptitudes intellectuelles, vient de séduire la presse grand
public. Un journaliste du New York Times, Daniel Coyle, et un
autre de la revue Fortune, Geoff Colvin, viennent de publier
deux livres basés sur les thèses d’Ericsson, respectivement The
Talent Code et Talent is Overrated.
Les critiques n’ont pas tardé à fuser. « Je pense que l’analyse
des données est trop limitée », explique Ellen Winner,
psychologue de l’Université de Boston qui a publié une critique
de cette théorie dans un livre édité par M. Ericsson. « Personne
ne nie que l’intelligence ne suffit pas, qu’il faut aussi
travailler. Mais dire que le travail suffit, c’est absurde. Ça
montre qu’on n’a jamais rencontré un surdoué et qu’on n’a jamais
essayé d’enseigner le piano cinq heures par jour à un enfant
normal. »
L’explication
de Mme Winner et des aut re s c r i t iques de M. Ericsson est
simple : les surdoués travaillent davantage que les autres
parce qu’ils ont facilement des succès. « Travailler cinq
heures de temps au piano n’est possible que si on a de la
facilité et donc du plaisir, dit Mme Winner. Statistiquement,
une association n’est pas nécessairement causale: si la
douance et le travail sont associés, ça peut aussi bien
signifier que la douance pousse à travailler. Personnellement,
je trouve que c’est beaucoup plus probable. »
M. Ericsson n’en démord pas. « Ellen et moi sommes d’accord
qu’un travail acharné est essentiel pour le succès
international. Mais je n’ai jamais vu de preuve que les
aptitudes intellectuelles facilitent ce type de travail. À
part la taille et la masse dans plusieurs sports, je ne
connais aucun trait génétique qui limite l’atteinte des plus
hauts sommets dans un domaine. »
Mme Winner a indiqué à La Presse que des équipes sont en train
d’analyser plus finement les données de M. Ericsson, pour
montrer que le lien entre le travail et le succès n’est pas
proportionnel – et donc qu’il est douteux.
D’autres inf luences, notamment familiales, entrent en jeu
pour comprendre la douance. « Pour atteindre les sommets dans
une discipline, particulièrement quand il s’agit de créativité
et de compétences sociales, il faut être né ou bien dans une
fami l le except ionnel lement intellectuelle, ou alors dans
un milieu très difficile », estime un autre critique de M.
Ericsson, Miha ly Csi kszentmiha lyi , psychologue à l ’
Université Cla r emont en Ca l i f ornie . « Même si on est
surdoué, si on n’a pas des parents qui nous poussent à aller
au bout de nos capacités, ou alors un milieu dont on veut
s’échapper à tout prix, on ne fera généralement pas les
efforts nécessaires pour atteindre le sommet. »
L’ÉCOLE DES SURDOUÉS
Les multiplications à trois chiffres à 5 ans, les équations
du second degré à 10, un cours de mathématiques pour les 3 ans: la
clientèle du Center for Talented Youth de l’Université John
Hopkins, à Baltimore, est vraiment exceptionnelle. Près de 10 000
personnes suivent les cours par internet et ont accès à des
tuteurs qui peuvent les aider en ligne. Chaque été, un camp de
deux semaines à Baltimore permet de passer aux expériences
pratiques. La clientèle est surtout américaine mais s’étend à
l’ensemble des pays où il existe suffisamment d’anglophones (aucun
Québécois n’est inscrit). Lors d’une visite, La Presse a demandé
comment les enfants de 3 ans pouvaient suivre un cours par
internet. « Tous nos élèves lisent, écrivent et savent utiliser
l’ordinateur pour copier/coller, attacher des fichiers aux
courriels », a répondu le relationniste. — Mathieu Perreault
UN QI DE 228
Elle a un nom prédestiné. Marilyn vos Savant, une Américaine
née de parents d’origine allemande et italienne, a le plus haut QI
au monde, 228. Les résultats de son premier test de QI, passé à
l’âge de 10 ans (son âge mental correspondant était alors de 23
ans), lui a ouvert les portes du Livre Guinness des records.
Maintenant âgée de 62 ans, elle a trouvé une curieuse application
à son intelligence : depuis plus de 20 ans, elle écrit un courrier
des lecteurs pour plus de 400 journaux et magazines américains, «
Ask Marilyn ». Elle est mariée à Robert Jarvik, l’inventeur du
coeur artificiel, qui a décidé de lui faire la cour en 1985, après
voir vu un article sur son intelligence dans un magazine. La
presse de la Grosse Pomme les avait alors surnommés « le couple le
plus intelligent de New York ». — Mathieu Perreault
COMBIENDE SURDOUÉS?
Quelle proportion de la population est surdouée ? Les études
ne s’entendent pas sur cette question, les réponses allant de 2% à
10%. L’Association nationale des enfants doués des États-Unis a
démontré l’an dernier que ce flou laisse probablement des milliers
d’enfants sans aide. Les données par État vont de 1,1 % des
enfants au Vermont à 13,9% en Carolinedu-Sud. Même en regroupant
les États par région, pour effacer les différences de
gouvernement, la proportion allait de 3,34% dans le nord-est des
États-Unis à 7,46% dans le Sud. Au Canada, il n’existe pas de
données provinciales à ce sujet. — Mathieu Perreault
TROUBLES ENVAHISSANTS DU DÉVELOPPEMENT Québec augmente ses
services - Ariane Lacoursière
EXCLUSIF
Les enfants qui souffrent de troubles envahissants du
développement (TED) pourront, sous peu, profiter de meilleurs
services grâce à la création du Centre d’excellence en
troubles envahissants du développement de l’Université de
Montréal (CETEDUM).
Au Québec, entre 0,2% et 1,1% de la population souffre de TED,
dont le plus fréquent reste l’autisme. Le nombre de cas n’est
pas en hausse dans la province, selon le directeur
scientifique du CETEDUM, le Dr Laurent Mottron, mais la
demande pour de meilleurs services est forte.
« Dans nos conseils d’administration, qui sont publics, plus
de 50% des questions du public touchent l’autisme et les
services offerts », confirme le président de l’Agence de la
santé et des services sociaux de Montréal, David Levine.
En plus de
faire de la recherche et de l’enseignement sur les TED, le
CETEDUM offrira des soins cliniques. La création d’un guichet
unique, dont le numéro de téléphone sera connu sous peu,
permettra entre autres aux familles d’obtenir des services
plus rapidement.
Le CETEDUM veut aussi analyser des problèmes qui touchent les
personnes vivant avec un TED comme le logement, la résolution
de crises et l’hospitalisation.
Le centre d’excellence est déjà en train d’uniformiser les
protocoles de détection des TED chez les enfants de 0 à 5 ans.
« Avant, chaque établissement avait ses méthodes d’évaluation,
explique le Dr Mottron. On uniformise le tout pour corriger
les biais dans les diagnostics. »
LeCETEDUMsera situé dans les deux lieux, à l’hôpital de
Rivièredes-Prairies et au Centre hospitalier universitaire
Sainte-Justine. Les régions pourront aussi profiter de
services améliorés. « Notre but est qu’un enfant deGaspé qui
souffre d’un TED reçoive d’aussi bons services que s’il était
à Montréal », dit le doyen de la faculté de médecine de
l’Université de Montréal, Jean-Lucien Rouleau.
Diagnostic des enfants autistes ou atteints de TED Les
psychologues critiquent la directive
Les psychologues
québécois sont les seuls en Amérique du Nord à ne pas pouvoir
diagnostiquer si un enfant est atteint de troubles envahissants
du développement ( TED). Le diagnostic d’un pédopsychiatre pour
obtenir des services spécialisés est impératif. La Presse a
appris que le gouvernement s’apprête à émettre une directive
pour que l’évaluation d’un psychologue soit suffisante. Mais ce
n’est qu’« un diachylon sur le bobo », dénoncent certains. Le
Québec est le seul endroit en Amérique du Nord où les
psychologues ne peuvent diagnostiquer un enfant atteint de
troubles envahissants du développement (TED). Le Réseau d’action
Autisme/TED a lancé une pétition – signée 5000 fois – pour que
le projet de loi 21, qui prévoit une révision du Code des
professions, leur donne ce droit réservé aux pédopsychiatres.
Bientôt,
les parents d’un enfant autiste n’auront plus besoin d’un
diagnostic médical pour obtenir les services d’un centre de
réadaptation spécialisé.
À l’heure actuelle, le Réseau estime que, seulement à Montréal,
600 familles se morfondent sur une liste d’attente pour
rencontrer un pédopsychiatre et obtenir un diagnostic TED.
Ensuite, ils doivent patienter entre six mois et deux ans pour
avoir les soins intensifs appropriés dans un centre de
réadaptation en déficience intellectuelle et en troubles
envahissants du développement (CRDITED).
Mais bientôt , les parents n’auront plus besoin d’un diagnostic
médical pour obtenir des services pour leur enfant. L’évaluation
d’un psychologue suffira, a annoncé à La Presse Harold Fortin,
attaché de presse de Lise Thériault, ministre déléguée aux
Services sociaux.
Déjà trois centres de réadaptation acceptent des enfants «
évalués » et non « diagnostiqués » TED, a-t-il précisé. Une «
directive administrative » sera émise sous peu par le Ministère.
« C’est en processus. Ce n’est pas encore partagé dans le réseau
», confirmeBrigitteBédard, conseillère en communication à la
Fédération québécoise des centres de réadaptation en déficience
intellectuelle et en troubles envahissants du développement
(FQCRDITED).
Mais pour les psychologues et des organismes comme le Réseau
d’action Autisme/TED, ce n’est pas assez. Ils réclament que le
projet de loi 21 (voir capsule), déposé en mars dernier, soit
amendé de façon à donner aux psychologues spécialisés en
troubles envahissants du développement le droit de le
diagnostiquer.
Québec ne compte pas aller jusque-là. Pourquoi? Le gouvernement
s’appuie sur le rapport Trudeau sur la santé mentale, déposé en
2005, qui définit clairement les champs d’exercices des
professionnels des différentes disciplines, répond Harold
Fortin.
Le Dr Martin Drapeau, vice-président de l’Ordre des psychologues
du Québec, précise que l’autisme n’est jamais diagnostiqué par
un seul spécialiste. Mais il ne croit pas que l’on doive aller
jusqu’à modifier le projet de loi afin que les psychologues
puissent « entériner » ou « endosser » un diagnostic.
Pour les
psychologues dont la clientèle est TED, c’est une évidence. «
Le diagnostic TED est un diagnostic psychologique et
fonctionnel, et non médical », plaide Katherine Moxness,
directrice des services professionnels aux centres de
réadaptation Lisette-Dupras et de l’ouest de Montréal.
Des représentants du ministère de la Santé et des Services
sociaux ont par ailleurs dit à la psychologue qu’avec la
nouvelle directive, les enfants « évalués » TED auront droit à
moins de services que les enfants « diagnostiqués » TED. « Le
fait qu’on accélère la procédure ne change rien au fait que
l’enfant doit faire l’objet d’un diagnostic pour avoir le
traitement approprié », confirme Harold Fortin, attaché de
presse au ministère de la Santé et des Services sociaux.
Pour Nathalie Garcin, directrice des services professionnels
au service de réadaptation L’Intégrale, le gouvernement ne
fait que mettre « un diachylon sur une partie du bobo ».
L’enfant simplement TED n’aura pas accès à l’Intervention
comportementale intensive (ICI) de 20 heures par semaine, tel
que recommandé en 2003 par le gouvernement de Jean Charest. Et
ses parents n’auront pas droit à la prestation de la Régie des
rentes de 171$ par mois.
Pour Diane Guerrera, coprésidente du Réseau d’action Autisme/
TED, c’est inadmissible. « Donnera-t-on juste un peu de
chimiothérapie à quelqu’un qui a le cancer? lance-t-elle. Les
enfants doivent pouvoir recevoir immédiatement tous les soins
nécessaires. »
« La littérature démontre l’importance de l’intervention
précoce pour les enfants TED », renchérit la psychologue
Katherine Moxness.
Patience et angoisse
En 2003, le gouvernement Charest a lancé la politique Un geste
porteur d’avenir, pour développer des services prioritaires
aux enfants âgés de 0 à 5 ans. Six ans plus tard, « la liste
d’attente demeure un défi à relever », dit le communiqué de
presse de la Fédération québécoise des centres de réadaptation
en déficience intellectuelle.
En date du 31 mars dernier, le délai d’attente moyen pour un
premier service était de 160 jours pour les enfants âgés de 0
à 4 ans. Mais les listes d’attente sont beaucoup plus longues
pour que l’enfant TED puisse avoir le service d’ICI. Cela peut
prendre jusqu’à deux ans, estime le Réseau d’action
Autisme/TED.
Catherine Kozminski, dont la fille de 5 ans est autiste, a
passé des journées au téléphone pour obtenir des rendez-vous.
D’abord pour avoir un diagnostic, puis pour des services en
centre de réadaptation. En attendant, le parent se meurt
d’angoisse, dénonce-t-elle. « Même au privé, il y a des listes
d’attente. J’étais prête à payer 200$ l’heure pour que ma
fille voie un orthophoniste », raconte la coauteure de
L’autisme un jour à la fois. « Le système a des lacunes et les
parents n’en peuvent plus », conclut-elle.
Autisme : DES ENFANTS AUX SENS FRAGILES - Émilie Côté
LE NOMBRE
D’ENFANTS QUÉBÉCOIS SOUFFRANT DE TROUBLES ENVAHISSANTS DU
DÉVELOPPEMENT (TED) A AUGMENTÉ EN CINQANS DE 143% AU
SECONDAIRE ET DE 92% AU PRIMAIRE. LEURS PARENTS MANQUENT DE
RESSOURCES, COMME EN TÉMOIGNENT LES 600 JEUNES AUTISTES QUI
SONT SUR LA LI
L’inconnu effraie ces petits êtres anxieux. C’est pourquoi ils
doivent constamment être rassurés sur l’horaire de la journée
et le déroulement des activités.
Àl’école À pas de géant, dans CôteSaint-Luc, les enfants ne
voient pas le monde comme les autres. Le regard hagard, ils
semblent parfois perdus dans leurs pensées, mais c’est plutôt
leurs sens qui sont trop sensibles à tout ce qui les entoure.
Quand ils vivent un trop-plein d’informations, ils crient ou
se mettent en boule dans un coin.
Chez
les enfants autistes, les messages que les sens transmettent
au cerveau sont mal interprétés, ce qui entraîne une sorte
de « trop-plein » d’informations.
L’inconnu effraie ces petits êtres anxieux. C’est pourquoi ils
doivent constamment être rassurés sur l’horaire de la journée
et le déroulement des activités.
Âgés de 4 à 21 ans, anglophones ou francophones, les élèves
qui fréquentent À pas de géant sont autistes. « J’ai plus de
personnel que d’élèves : 100 employés pour 70 enfants, indique
la directrice générale, Jocelyne Lecompte. Chaque élève a son
éducateur, sans compter les orthophonistes, les
musicothérapeutes, les spécialistes en développement des
habiletés sociales ou en gestion des comportements. »
« Notre programme est hautement individualisé. Il n’y a pas
deux élèves qui ont le même programme et le même horaire »,
souligne la directrice.
Jocelyne Lecompte est pédiatre de formation, spécialisée dans
la toxicomanie périnatale. Son fils, John, a fréquenté l’école
À pas de géant. Comme tous les parents d’enfants autistes, Mme
Lecompte a été atterrée d’apprendre que son fils ne serait
jamais comme les autres. « J’ai même pensé à me tuer avec mon
enfant, mais j’avais un autre bébé », confie-t-elle.
« Il y a des parents, surtout des mères, qui se suicident,
souligne la directrice, en poste depuis cinq ans. Il y a le
choc, la peine, l’inquiétude pour l’avenir, mais surtout la
culpabilité. Même s’il n’y a pas de base rationnelle, tu ne
peux pas t’empêcher de te dire : "Qu’est-ce que j’ai fait ?" »
À 3 ans, le fils de Jocelyne Lecompte était capable de faire
un casse-tête de 100 pièces en deux minutes et demie. Mais
l’évaluation faite à l’époque par un neuropsychiatre n’était
pas aussi encourageante : John ne parlerait jamais, ne serait
jamais propre et ne pourrait pas aller plus loin que la
troisième année du primaire.
Le médecin n’avait pas vu juste. Aujourd’hui, John a 17 ans.
Il a remporté plusieurs honneurs scolaires, et même gagné des
prix d’art oratoire. « Mais si John étudie en physique
nucléaire, il n’est pas capable de s’acheter des souliers. Il
n’est pas capable de faire du vélo, mais il pratique le karaté
», explique sa mère.
Collation et atelier en mouvement
Lundi, 10 h 30. C’est l’heure de la collation à l’école À pas
de géant. Philippe, petit blond aux yeux bleus, couvre
constamment ses yeux avec son avantbras. « C’est une façon
pour lui de faire un shut-down de tout ce qui se passe »,
explique son éducatrice.
Son voisin, Laurent, 10 ans, a l’air d’un petit ange à
lunettes. Mais subitement, il se met à donner des coups sur la
table. Dans le jargon, on dit qu’il est un « non-verbal ». «
Il ne parle pas, mais il fait du vélo de montagne, du ski et
du catamaran », indique son éducatrice.
De son côté, Charles-Édouard est loin de ne pas pouvoir
s’exprimer. Avec son accent français et sa voix bien portante,
on dirait même qu’il est dans une pièce de théâtre. « C’est
pas vrai, c’est pas vrai, j’ai perdu mon sang-froid,
lance-t-il. Estce qu’on va jouer au cricket? Tu frappes avec
un marteau et ça passe à travers un tunnel. »
Charles-Édouard est atteint du syndrome d’Asperger qui, comme
l’autisme, fait partie des troubles envahissants du
développement ( TED). Son intelligence et son langage se
développent normalement – même de façon trop poussée –, mais
il a des problèmes de socialisation.
Les jumelles
Zoé et Hélène ont 6 ans. Assises devant leur enseignante,
elles doivent faire une série d’exercices, dont chanter Frère
Jacques en massant leur poitrine et reconnaître leur visage
sur une photo. L’éducatrice Andréanne O’Brien est émue de voir
Hélène serrer Zoé pendant une comptine en chantant « Est-ce
que ça va bien? ». « Au début de l’année, elles n’avaient pas
vraiment conscience l’une de l’autre », note l’éducatrice.
Hélène se met alors à fixer la table en récitant l’alphabet
machinalement. C’est de l’écholalie, nous explique-t-on.
L’enfant répète des choses entendues précédemment.
Il faut constamment capter, et capter de nouveau l’attention
des jumelles. « C’est comme s’il y avait tellement de choses
dans leur tête qu’elles ne sont pas capables de se concentrer
sur une seule, illustre Andréanne O’ Brien. Elles perçoivent
toutes les informations de leur environnement. Nous, il faut
les allumer. »
Le prochain atelier s’intitule « Atelier en mouvement ». Les
jumelles passent à travers des cerceaux et des cylindres,
roulent sur elle-mêmes ou sur un tabouret, puis elles doivent
coller sur un dessin les lettres et les chiffres appropriés. «
Le but, c’est de leur apprendre à rester concentrées en
bougeant » , explique Andréanne.
Des jeux fermés
Chez les enfants atteints de TED, les messages que les sens
transmettent au cerveau sont mal interprétés. Leur vision de
l’environnement est confuse. « L’autiste peut piquer une crise
parce que quelqu’un a éternué. Ils peuvent même percevoir les
ultrasons d’un système de sécurité », souligne Jocelyne
Lecompte.
Dans 80% des cas, l’intelligence des enfants TED est normale
et peut même être supérieure à la moyenne.
Ce sont des êtres très anxieux. Ils doivent connaître les
tenants et aboutissants d’une situation : le début et la fin,
et les différentes étapes entre les deux. Quand vient le temps
de jouer, oubliez les mises en situation du genre: « Tu fais
le papa et je fais la maman. » « Les enfants aiment faire des
jeux fermés comme des mathématiques, car c’est prévisible.
Sinon, ça les rend anxieux, explique Jenny Haines, qui
supervise l’atelier de jeux et de socialisation. Ils peuvent
avoir peur que le jeu dure toute la journée. »
Le jeu préféré des élèves de Mme Haines : celui de la carte de
métro de Montréal, que la spécialiste a créé. Avec des billets
et des correspondances, les enfants doivent déterminer quelles
stations séparent un point A d’un point B. « Des enfants
connaissent tous les noms de stations par coeur,
souligne-t-elle. C’est un jeu qu’ils aiment, car il a du sens
et un but. »
Jessie et Paul en musicothérapie
Un petit garçon accourt vers nous. Avec ses oreilles
légèrement décollées, ses longs cils et ses fossettes,
impossible de ne pas être attendri. « As-tu vu mon chandail de
Spider-Man ? » lance-t-il avec fierté.
Paul, 4 ans, et Jessie, 5 ans, sont à leur atelier de
musicothérapie. « La différence entre la musique et la
musicothérapie, c’est le fait d’être en lien et d’ouvrir un
canal de communication avec l’autre », nous explique leur
enseignante, Marianne Béchard.
Pour le premier exercice, Paul et Jessie doivent répéter le «
né-na-na-na » d’une chanson jazz manouche. Ensuite, les deux
bambins doivent chanter une comptine en tapant sur un tambour
à tour de rôle au moment approprié. « Il y a comme objectif
que le corps et la voix soient dynamiques. Il y a aussi
l’anticipation, savoir quand c’est son tour. »
Les
jumelles Zoé et Hélène développent leur rapport à l’autre
pendant leur atelier de musicothérapie.
Peu de temps après, Jessie se met à crier, car elle ne veut
pas s’asseoir. Son éducatrice lui demande d’exprimer son
mécontentement au « je ». – Je ne veux pas cet oreiller. – Je
ne veux pas ce plancher. Son éducatrice lui demande de souf f
ler pour se calmer. Après, c’est Paul qui est turbulent, au
point de devoir sortir de la classe. Quelques minutes plus
tard, il revient en pleurant. « Désolé, je veux de la musique
», chigne-t-il, déçu que l’atelier soit terminé.
Stacey Scourse, son éducatrice, écrit sur une petite feuille
les dessins des événements qui ont causé son expulsion.
– Paul, regarde-moi. Est-ce que Stacey est contente?
– Non, répond le garçon, qui retrouve rapidement le sourire.
Manque de ressources
En avril dernier, Catherine Kozminski, auteure du livre
L’autisme, un jour à la fois, déplorait dans nos pages Forum
les « listes d’attente interminables » qui angoissent les
parents d’enfants autistes.
Selon les chiffres dévoilés en mars dernier par le ministère
de l’Éducation, le nombre d’enfants souffrant de troubles
envahissants du développement ( TED) a augmenté en cinq ans de
92% au primaire et de 143% au secondaire. De 2003-2004 à
2007-2008, le nombre de cas a bondi de 1721 à 3307 au
primaire, et de 805 à 1957 au secondaire. Au Ministère, on
explique ces hausses importantes par le fait que le dépistage
est plus précis qu’auparavant.
À l’école À pas
de géant, la liste d’attente est de 600 enfants. « Je n’appelle
pas ça une liste d’attente, mais un stationnement », se désole
Jocelyne Lecompte.
À pas de géant est un établissement privé pleinement
subventionné. Le gouvernement verse environ 25 000 $ par élève,
la fondation de l’école 15 000$ (grâce à plusieurs campagnes de
financement) et le parent doit débourser 5000 $. « Jamais on ne
refuse un enfant sur la base du revenu de ses parents », dit la
directrice.
Quand la pédiatre a pris la direction de l’école, À pas de
géant/Giant Steps avait la réputation d’être « fermée sur
elle-même ». Elle a alors voulu inculquer sa philosophie de
médecin en centre hospitalier universitaire. « Je voulais miser
sur le transfert d’expertise. Ici, nos enfants sont chanceux et
la communauté est généreuse avec nous. Nous avons une mission
sociale et je voulais nous donner une raison autre d’exister. »
Mme Lecompte a fait de l’école une unité pédiatrique
universitaire, qui a des partenariats de recherche avec les
universités montréalaises. Un centre de ressources a également
été mis sur pied, « où toute l’expertise de l’école est
concentrée ». Les écoles, les commissions scolaires, les
enseignants et même les parents qui viennent d’apprendre que
leur enfant est autiste peuvent joindre la coordonnatrice, Marla
Cable. « Nous pouvons nous déplacer pour des consultations, des
ateliers et des formations, indique-t-elle. Nous pouvons aussi
prêter des livres ou organiser des activités. »
Les services du centre de ressources sont gratuits. Il en va de
même quand l’enfant commence à réintégrer son école régulière
quelques jours par semaine avec son éducateur. « L’école reçoit
toute l’expertise À pas de géant. L’enfant n’est pas un poids
additionnel, car il vient avec une ressource », souligne Mme
Lecompte.
À pas de géant accueille des enfants et adolescents autistes de
tous les niveaux, mais pas ceux qui ont une déf icience intel
lectuel le sévère. « Il faut que l’enfant ait déjà développé un
peu d’attention et de réciprocité. Il faut qu’on sente qu’on va
faire une différence pour l’enfant. Le but ultime est que
l’enfant réintègre complètement son école de quartier. »
Mais Jocelyne Lecompte n’a pas fini de refaire la réputation de
son école. Une mère très engagée dans la cause de l’autisme au
Québec a affirmé à La Presse que « Giant Steps ne choisit que
les beaux cas ».
Si À pas de géant ne fait pas l’unanimité, plusieurs experts
louangent l’établissement privé dont les cas sont notamment
recommandés par les commissions scolaires. En fait, nous avons
constaté qu’il y a plusieurs écoles de pensée – voire plusieurs
camps – concernant l’autisme au Québec. « C’est certainement le
domaine de la médecine où il y a le plus de conf lits et de
désaccords », souligne le Dr Laurent Mottron, médecin psychiatre
qui dirige une chaire de recherche sur l’autisme à l’ Université
de Montréal.
Quoi qu’ i l en s oit , Mme Lecompte plaide en faveur de l’union
des forces. « Il faut une interdisciplinarité, un lien entre la
science fondamentale et le plan clinique. Il faut enlever les
barrières entre les anglophones et les francophones, entre le
privé et le public. Il faut travailler ensemble », conclut la
directrice générale d’À pas de géant.
Voici Joseph S’il
prend ses médicaments et est bien suivi, un schizophrène
peut être fonctionnel sans être dangereux
Malheureusement, il arrive que, dans les médias, l’image de la
schizophrénie soit éloignée de la réalité.
L’auteure réside à Sherbrooke.
Esther
Charrette est stagiaire en technique de travail social dans
une résidence pour personnes atteintes de schizophrénie.
Je vous présente Joseph. À 18 ans, le médecin lui a annoncé
qu’il souffrait d’une maladie incurable. Quatre fois par jour,
il doit prendre plusieurs types de médicaments afin de ne pas
trop ressentir les effets de sa maladie. Oui, il a déjà essayé
d’arrêter sa médication, mais chaque fois il a dû être
hospitalisé d’urgence, ce qui fait qu’il a appris sa leçon.
Présentement, Joseph travaille 18 heures par semaine sur un
plateau de travail au CHUS. Il s’occupe de la récupération du
papier. Il réalise aussi plusieurs autres tâches connexes.
Là où il habite, on l’a embauché pour tondre la pelouse l’été,
pour pelleter l’hiver et pour aider à tout autre travail
d’entretien. À plusieurs reprises, on l’a invité à parler de
sa maladie au cégep ainsi qu’à l’université.
Parfois, il lui arrive de se fatiguer plus rapidement que
d’autres. Il doit alors se reposer et faire une sieste.
Néanmoins, son ménage est toujours fait, il est propre, les
ordures sont au chemin toutes les semaines, le chat est nourri
et la litière est nettoyée. Sans oublier le lavage et toutes
les autres tâches domestiques qu’il effectue sans difficulté
et avec entrain.
Bien que toutes ces activités occupent beaucoup Joseph, il
trouve le temps de se détendre en s’adonnant à plusieurs
passe-temps. Il dessine des portraits, cuisine, fait de la
marche, mange au restaurant, va à la piscine et visite sa
famille. a eu plusieurs expériences de travail qui ont été
très positives selon moi, comme la conciergerie ou l’entretien
des terrains.
Bien que cet
homme ait un peu de difficulté à articuler, si un jour vous
cognez à sa porte, il s’empressera de faire connaissance avec
vous. Qu’est-ce que Joseph pourrait bien vous raconter durant
cette discussion?
Si on lui demande un service, il s’empresse d’offrir son aide.
Son plus cher désir est de travailler à temps plein et de
s’intégrer totalement dans la société. De plus, Joseph
Il serait possible qu’il vous explique que, malgré tout ce
qu’il fait, il souffre d’une maladie mentale. En fait, il est
atteint de schizophrénie.
Surpris ? Est-ce à cela que vous vous attendiez ?
Je suis stagiaire en technique de travail social dans une
résidence pour personnes atteintes de schizophrénie. Vous avez
lu le fait vécu d’une personne atteinte de ce trouble de santé
mentale. Chaque jour, cet homme prend ses médicaments et il
est suivi par des psycho-éducateurs, des psychiatres et des
travailleurs sociaux. Contrairement à certaines croyances, il
n’est pas dangereux pour la population et il n’est pas un
clochard. La santé mentale peut prendre bien des visages, dont
celui d’une personne tout à fait fonctionnelle.
Malheureusement, il arrive que, dans les médias, l’image de la
schizophrénie soit éloignée de la réalité. Pensons au cas de
Vice Li, qui a décapité un passager dans un autocar au
Manitoba. Ces faits sont véridiques, mais auraiton omis de
mentionner que, dans ces situations extrêmes et tragiques, ces
gens ne prenaient pas leur médication et qu’ils étaient
laissés à eux-mêmes, sans encadrement adéquat ?
J’espère que cette lettre vous aura permis de jeter un nouveau
regard sur la schizophrénie et que d’autres actions concrètes
seront prises pour valoriser ces personnes en soulignant leurs
bons coups et leurs réussites. L’auteure de la lettre de la
semaine, Esther Charrette, recevra une copie laminée de cette
page.
Toxicomanie et maladie mentale sont liées
REMISEDES PRIX
DE LA FONDATIONKAISER
Quand Gilbert (nom fictif) s’est présenté à sa première
thérapie de groupe pour combattre sa dépendance aux drogues,
il a été incapable de prendre la parole.
Les
lauréats des prix de la fondation Kaiser (de gauche à
droite, rang du haut) : Terry McGurk (directeur de COAST,
Ontario), Karen Minden (PDG de l’Institut Pine River,
Ontario), André Picard ( journaliste au Globe and Mail), Dre
Liz Whynot (ancienne présidente de l’hôpital des femmes de
la Colombie-Britannique) Michel Perron (PDG du Centre
canadien de lutte contre l’alcoolisme et les toxicomanies,
Ontario), Loryn Marcellus (membre du AADAC, Alberta). Rang
du bas : Cherill Greening, Rena Alec et Shannon Alec
(Spirits of Burns Lake, Colombie-Britannique).
Gilbert voulait pourtant « se prendre en main », comme lui
répétaient sans cesse ses proches. Mais, en plus de sa
toxicomanie, il souffrait de troubles psychotiques qui le
rendaient méfiant envers les autres. La thérapie de groupe
n’était pas adaptée à sa condition. Il n’y est plus jamais
retourné.
Le cas de Gilbert n’est pas unique. Entre 50% et 70% des gens
qui souffrent de problèmes de santé mentale ont aussi un
problème de toxicomanie, selon les observations rapportées par
les cliniciens québécois. Ces gens ont souvent besoin d’un
traitement adapté pour s’en sortir. Et surtout, ces malades
ont besoin que l’on reconnaisse leur toxicomanie comme un
véritable problème de santé.
Hier soir, ceux qui travaillent pour faire avancer les causes
de la toxicomanie et de la maladie mentale étaient à l’honneur
à l’hôtel Fairmont Reine-Elizabeth.
Fondation Kaiser
Montréal a été choisi cette année pour accueillir la quatrième
remise des prix de la Fondation Kaiser, seuls honneurs
nationaux qui récompensent le travail réalisé dans ces deux
domaines.
Sept personnes
et organisations de partout au Canada ont été honorées, dont
Michel Perron, le président-directeur général du Centre
canadien de lutte contre l’alcoolisme et les toxicomanies.
André Picard, journaliste au Globe and Mail, a également été
récompensé pour des articles sur la maladie mentale publiés en
juin 2008.
« Ces gens nous aident à atteindre le but que nous nous sommes
fixé il y a 25 ans: faire reconnaître la toxicomanie et la
santé mentale comme des problèmes de santé publique, et non
comme de simples problèmes moraux », a dit hier Edgar F.
Kaiser, président de la Fondation Kaiser.
En effet, la toxicomanie est étroitement liée à la santé
mentale, selon Rémi Quirion, vice-doyen à la recherche de la
faculté de médecine de l’Université McGill et membre du
conseil d’administration de la Fondation Kaiser.
« Les recherches démontrent de plus en plus de liens entre les
deux domaines », a expliqué le Dr Quirion, hier, en marge de
la cérémonie. Les gens qui souffrent de dépression, de
schizophrénie et d’anxiété ont davantage de risques de
présenter des dépendances, souligne-t-il.
Comment expliquer ce lien? Selon une théorie, les gens
affectés mentalement tentent d’atténuer leurs symptômes avec
de l’alcool ou des drogues. L’hypothèse socio-économique
suggère quant à elle que les gens qui souffrent de problèmes
psychologiques proviennent plus souvent de milieux
défavorisés, où l’accès aux drogues est plus facile.
Certains chercheurs vont plus loin: ils considèrent la
toxicomanie comme une maladie mentale à laquelle les gens sont
prédisposés génétiquement.
Mais peu importe les causes, les gens qui souffrent des deux
problèmes ont souvent besoin de ressources spécialisées pour
les aider. Et à ce chapitre, il reste encore du travail à
faire, estime Rémi Quirion.
Percée québécoise en insomnie
« Après un suivi
d’un an, plus de 80% des patients ont des améliorations, et 68%
n’ont plus d’insomnie chronique. »
Des psychologues de l ’ Université Laval ont mis au point un
traitement révolutionnaire contre l’insomnie. Un an après le
traitement, plus des deux tiers des patients sont guéris.
Ce t t e ava ncée c on f i r me qu’utiliser à long terme des
somnifères ne règle pas ce type de problème. Pendant six
semaines, le patient prend un somnifère tous les soirs et suit
une fois par semaine une séance de groupe de psychothérapie
comportementale ; puis durant cinq mois, il rencontre le
psychothérapeute individuellement chaque mois, sans prendre de
somnifères.
« Les résultats sont très intéressants », a expliqué l’auteur
principal de l’étude parue dans le Journal de l’association
médicale américaine, Charles Morin. « Après un suivi d’un an,
plus de 80% des patients ont des améliorations, et 68% n’ont
plus d’insomnie chronique. Ce sont des taux de succès qui
commencent à avoir de l’allure. Peut-être que ça va convaincre
les gouvernements d’allouer davantage de ressources aux
traitements non pharmacologiques. »
L’étude visait au départ à évaluer l’utilisation de somnifères
en combinaison avec la psychothérapie. Des études antérieures,
notamment certaines de M. Morin, montrent qu’un traitement
comportant seulement des somnifères n’était pas efficace.
Les chercheurs de Québec ont recruté 160 adultes souff rant
d’insomnie chronique qui avaient consulté l’hôpital
universitaire. Ils devaient mettre plus de 30 minutes à
s’endormir, ou rester 30 minutes éveillés au milieu de la nuit,
au moins trois nuits par semaine. Leur problème devait perdurer
depuis plus de six mois, mais en moyenne il datait d’au moins 10
ans.
La
psychothérapie comportementale leur enseignait l’ABC du sommeil
– par exemple, il faut dormir dans un endroit sombre et calme,
faire des activités calmes avant le coucher, et ne pas se servir
de son lit pour autre chose que la sexualité et le sommeil, même
pas regarder la télé.
La moitié des adultes ont suivi la psychothérapie de six
semaines, et l’autre moitié la combinaison
psychothérapie-somnifères de six semaines. Par la suite, la
moitié du premier groupe n’a plus reçu de traitement, et l’autre
moitié a eu la psychothérapie mensuelle. Le deuxième groupe, qui
recevait toujours la psychothérapie mensuelle, a aussi été
séparé en deux: une quarantaine de cobayes ne prenaient plus du
tout de somnifères, et les autres recevaient une dizaine de
somnifères par mois qu’ils pouvaient utiliser n’importe quand. À
la fin de chaque mois, ils devaient remettre les somnifères non
utilisés et en recevaient 10 autres. Tous les traitements
cessaient après six mois.
Après six autre mois sans traitement – donc un an après le début
de l’intervention – les résultats ont été évalués. Le groupe
ayant eu le plus de succès était de loin celui qui avait eu la
thérapie combinée suivie par la psychothérapie mensuelle sans
somnifère: 81% avaient des améliorations significatives de leur
insomnie, et 68% n’en faisaient plus du tout. Les insomniaques
ayant eu seulement la psychothérapie hebdomadaire, puis la
psychothérapie mensuelle, avaient des résultats comparables à
ceux qui avaient eu la thérapie combinée, puis des somnifères
occasionnels : 63% d’amélioration, et 44% de rémission complète.
« Nous pensons que s’ils n’ont plus du tout de somnifères, les
patients mettent plus d’énergie dans les changements à leur
comportement », estime M. Morin.
Cela signifie que les médecins qui donnent à leurs patients des
somnifères à utiliser au besoin font fausse route. « C’est
approprié si l’insomnie est passagère, par exemple lors d’un
divorce, d’une mise à pied, dit M. Morin. Mais en présence
d’insomnie chronique, il faut absolument commencer par les
changements comportementaux. »
Un mal nécessaire
Les familles
aux prises avec la maladie mentale doivent pouvoir intervenir
devant l’imminence du danger.
L’auteure est directrice générale de la Fédération des
familles et amis de la personne atteinte de maladie mentale
(FFAPAMM). Au Québec, dans le régime actuel, lorsque quelqu’un
a des motifs sérieux de croire que l’état mental d’une
personne présente un danger pour elle-même ou pour autrui, il
peut avoir recours à Loi P-38.001. Il s’agit de la Loi sur la
protection des personnes dont l’état mental présente un danger
pour elles-mêmes ou pour autrui.
Lorsque les familles se voient contraintes d’utiliser cette
loi pour amener contre son gré un proche atteint de maladie
mentale, c’est qu’il y a là assurément une notion d’urgence.
La famille, par différents moyens, a tenté d’obtenir sans
succès la collaboration et le consentement de la personne afin
de la conduire dans un centre de santé et de services sociaux.
Dans une telle situation, deux scénarios sont envisageables :
la garde provisoire ou la garde préventive. Dans un cas comme
dans l’autre, il est important de mentionner que les membres
de l’entourage font ces démarches à contrecoeur. Ils s’y
résignent afin d’éviter de voir leur proche s’enfoncer dans la
psychose et ainsi aggraver sa maladie mentale. Il s’agit de
démarches éprouvantes, au point où les familles ont le
sentiment que la terre s’effrite sous leurs pieds, la détresse
de l’un s’entremêlant à celle de l’autre.
Les parents
utilisent le système judiciaire après avoir épuisé tous les
moyens pour convaincre leur proche de se faire traiter. Ils ne
s’ingèrent pas de gaieté de coeur dans la vie de la personne
et ne la considèrent pas non plus comme un adversaire. Les
membres de l’entourage qui accompagnent une personne atteinte
de maladie mentale sont souvent médusés devant l’alliance
obligée du système juridique et de celui de la santé.
L’application de la Loi est certes problématique à plusieurs
égards mais chose certaine, ce n’est pas en restreignant la
définition de la dangerosité que l’on favorisera le
rétablissement de la personne qui vit une crise. Il faut
maintenir cette notion dans un sens large et préciser les
critères afin que les professionnels basent leur évaluation
sur des critères objectifs. Par ailleurs, la notion
d’immédiateté du danger devrait laisser place à l’imminence du
danger, en raison d’une intervention préventive qui
permettrait d’intervenir lorsque la personne en
désorganisation manifeste des symptômes avant-coureurs d’une
crise.
Les familles aux prises avec la maladie mentale luttent pour
l’amélioration de la qualité de vie de leur proche. Loin
d’elles l’idée de revenir au système asilaire où l’individu «
subissait » souvent à outrance un traitement qui lui était
infligé.
Aujourd’hui, les nouveaux traitements médicaux et les services
de soutien dans la communauté permettent d’aspirer au
rétablissement. Cependant, il y a des jours où rien ne va plus
et malgré le fait que la Loi soit contraignante, elle devra
toujours être disponible et accessible pour pallier des
situations ambiguës et ainsi protéger la personne et son
environnement; elle est malheureusement un mal nécessaire.
Bon courage ! - Liliane Laverdière
Il faut
beaucoup de patience pour changer la mentalité d’un itinérant
atteint de maladie mentale
L’auteure est la mère d’un fils schizophrène et habite à
Montréal.
Ce ne
sera pas facile de motiver les gens atteints de maladie
mentale à rester en appartement et éviter de se retrouver
dans la rue.
Pour faire suite à l’article de Katia Gagnon intitulé « 300
sans-abri bientôt maîtres de leur logis » (lundi 24 août), je
suis abasourdie par cette nouvelle. Non pas parce que
plusieurs millions de dollars seront octroyés à un projet de
recherche pour sauver ces personnes atteintes de maladie
mentale qui vivent dans la rue, mais plutôt de la façon dont
cela se fera.
Mon fils est schizophrène depuis 8 ans. Sa maladie a débuté à
l’âge de 17 ans. Vous ne pouvez imaginer par où ma famille est
passée.
Premièrement, cela a pris un an pour avoir le diagnostic que
peut-être il souffrait de maladie mentale. La médication a été
prescrite sans information pour la famille alors que mon fils
ne savait même plus comment il s’appelait à l’époque.
Il devait se trouver un toit : il est passé de la rue à chez
nous. Pendant quatre ans, j’ai essayé de trouver de l’aide
pour lui et pour moi. Les intervenants de la santé se
relançaient la balle. Il a habité pendant un an dans des
appartements supervisés. C’est à ces endroits qu’il a commencé
à consommer bières et drogues. On l’a jeté dehors parce qu’il
ne cadrait pas avec le groupe.
E n su ite, j ’a i t rouvé u n organisme qui soutient les
personnes atteintes de maladie mentale pour que mon fils
retrouve sa dignité en travaillant, même si c’était une ou
deux journées par semaine. Cet organisme nous a aidés et nous
aide encore, bravo !
Puis j’ai aidé
mon fils à se trouver un appartement convenable. La famille
lui a donné un coup de main pour lui dénicher des meubles et
tout le reste. Cela n’a pas marché: après trois ans en
appartement, il est revenu chez nous pour quatre mois.
Aujourd’hui, il est de retour dans un appartement, mais il ne
va pas bien. Je le motive pour qu’il trouve de l’aide afin
qu’il ne se retrouve pas à la rue encore une fois. Je lui paie
ses médicaments tous les mois pour m’assurer qu’il les prend!
Alors, je suis sceptique que cette nouvelle façon de faire du
milieu avec les itinérants portera ses fruits ! Si la famille
n’avait pas été là pour mon fils, il serait déjà mort. Depuis
8 ans, je m’efforce de le comprendre, de l’aimer, de le
soutenir dans ses démarches avec l’équipe en santé mentale.
Avec 0 $ en poche (toutes mes économies y passent).
Vous allez sans doute me dire que mon fils a de la chance
d’avoir une famille qui l’aide, donc qu’il n’a pas besoin de
plus, car les personnes à la rue sont souvent seules. C’est
vrai, mais si l’aide financière et psychologique avait été
donnée à ces familles au moment où elles en avaient besoin
pour leur fils ou leur fille, il y aurait sans doute moins
d’itinérance dans notre ville.
Certaines familles n’en peuvent plus d’essayer de trouver des
solutions pour leur fils ou leur fille atteint de maladie
mentale. Parfois, elles n’ont pas d’argent, car elles vivent
sous le seuil de la pauvreté. Après plusieurs tentatives pour
l’aider, elles lâchent et laissent leur enfant à lui-même. Il
se retrouve ainsi à la rue et débute un long processus
d’itinérance. Sans médicament parfois, c’est difficile de
retrouver sa dignité et ses idées!
Je souhaite bonne chance et bon courage à l’équipe qui sera
choisie pour essayer de changer les choses. Vous en avez de la
chance, car vous débutez avec plusieurs millions de dollars en
poche! Tout cela pour cacher l’itinérance d’une ville avec ses
problèmes. Il vous faudra avoir beaucoup de patience pour
changer la mentalité d’une personne atteinte de maladie
mentale, vivant dans la rue, seule, sans travail, sans lien
social, et l’inciter à demeurer dans un appartement.
Le pouvoir des potins - Mathieu Perrault
Ceux qui
vivent difficilement avec les potins manquent souvent
d’intelligence sociale, de « puissance douce ».
« Si elle s’imagine que nous allons respecter ses diktats,
elle se trompe. » Pendant plus d’un an, le sociologue Tim
Hallett, de l’Université de l’Indiana, a épié les potins dans
une école primaire de cet État. En échange de l’anonymat de
l’école, il a pu disséquer des dizaines de réunions
officielles et informelles dans l’école qui ont montré la
puissance des potins dans les relations entre la directrice et
les enseignants.
« Les potins jouent un rôle crucial dans les organisations,
explique M. Hallett en entrevue téléphonique. C’est une
manifestation de la "puissance douce" des subordonnés quand
ils ont épuisé les canaux officiels de protestation contre
l’autorité. Ils peuvent miner l’autorité légitime impunément.
D’autres chercheurs ont avancé que les potins sont simplement
un outil de coercition sociale, de conformisme. Je pense
plutôt qu’ils servent aux faibles contre les plus forts, même
quand ces derniers ont raison et sont dans leur bon droit. »
L’école où a travaillé le sociologue américain avait une
nouvelle directrice qui devait mettre de l’ordre dans les
pratiques administratives – le budget de photocopies était
incontrôlable – et d’enseignement – les élèves en difficulté
n’étaient pas suivis de manière systématique. Mais son style
dictatorial a rapidement suscité une levée de boucliers. Les
enseignants ont déposé une plainte formelle contre la
directrice, qui a été rejetée après enquête de la commission
scolaire. Impuissants, les enseignants ont alors décidé de se
traîner les pieds et ont multiplié les commentaires assassins
en apparence anodins.
« La
directrice a décidé d’adoucir son ton après l’enquête, mais
les enseignants pensaient qu’elle était simplement hypocrite,
dit M. Hallett. Il a fallu la nomination d’un directeur
adjoint d’expérience, qui partageait les objectifs de la
directrice mais savait comment se faire accepter et apprécier
par les enseignants, pour que les réformes s’accomplissent. »
Néfastes?
Cela signifie-t-il que les potins sont néfastes ? Dans le New
York Times, cet automne, une employée d’une i mprimerie du
Montana , PrintingForLess, a vanté les mérites de la politique
interne interdisant les potins. « À mon dernier travail, les
potins étaient nombreux, a-t-elle écrit. Cela permettait aux
gens qui avaient une attitude négative de répandre leurs
mauvaises ondes. »
Tim Hallett pense qu’une telle approche est contre-productive.
« Les potins ne sont pas seulement nuisibles, ils constituent
également une source d’information pour qui sait les lire,
ainsi qu’une manière pour les gens qui se sentent muselés de
communiquer leurs sentiments réprimés en public. Ceux qui
vivent difficilement avec les potins manquent souvent d’intel
l igence sociale, de "puissance douce". Il ne suffit pas
d’être plus élevé dans la hiérarchie pour se faire obéir, mais
également de convaincre que nos instructions méritent le
respect. Dans l’école que j’ai étudiée, certains enseignants
se plaignaient du temps que leur faisaient perdre les potins
dans les réunions. Mais il s’agissait de gens qui auraient
préféré faire leur travail sans interactions avec autrui, sans
interactions autres que professionnelles, à tout le moins. Or,
il est très rare que seules les compétences professionnelles
comptent quand il s’agit de travail d’équipe. La personnalité
des gens de l’équipe compte aussi. »
POURQUOI LES POTINS SUR LES CÉLÉBRITÉS SONTILS SI POPULAIRES ?
Parce que
l’omniprésence des vedettes nous donne l’impression qu’on les
connaît bien et qu’un réflexe ancestral nous pousse à chercher
à acquérir le plus d’information possible sur nos proches.
Cette théorie du psychologue Robin Dunbar, de l’Université de
Liverpool en Angleterre, expliquée dans son livre Grooming,
Gossip and
the Evolution
of Language, explique que dans la préhistoire, les contacts
sociaux se limitaient souvent aux membres d’une même tribu,
qu’il fallait chercher à connaître le mieux possible afin de
survivre dans un environnement sauvage et hostile. En quelque
sorte, les potins sont l’ancêtre de l’« intelligence sociale »
décrite comme l’un des principaux atouts des bons
gestionnaires et des personnes qui connaissent du succès dans
leur carrière.