De l'art de
vivre...
Le Nord est peut-être froid mais il est heureux
- MARIE-CLAUDE LORTIE
Il faut un
mélange de richesse et d’égalité sociale pour que la recette du
bonheur fonctionne à plein.
Vous connaissez mon affection pour la Scandinavie et les pays
nordiques. Pour leur design, la « Nordic Cuisine », la très
grande civilité de ces sociétés, leur intelligence. Et pour le
hygge, ce mot danois qui parle de ce besoin qu’ont les gens du
Nord de se retrouver entre proches autour d’un café ou d’une øl
(bière), avec beaucoup de chandelles, quand la lumière dehors se
fait rare et la pluie grasse.
Eh bien! ce n’est pas le dernier rapport de l’OCDE sur les
tendances sociales qui va me faire changer d’avis. Le document
est imbibé de la réussite humaine de ces pays que rien n’arrête,
fût-ce le froid, le manque de lumière ou toutes ces contraintes
géographiques et démographiques qui, au Québec, nous pétrifient
trop souvent.
Prenez par exemple l’essentiel. Le bonheur. Ou la satisfaction
face à la vie puisque c’est ainsi qu’en parle le rapport, cette
capacité d’apprécier ce qu’on a plutôt que de passer son temps à
rêver d’une plus grosse auto ou d’un troisième écran plasma.
Devinez dans quel pays les gens sont les plus sereins face à
leur vie ? Oui, c’est au Danemark. Encore une fois – ce sont
toujours les Danois qui gagnent le concours du bonheur – le pays
de Hamlet – étrange quand même – est au sommet de l’échelle,
côté bonheur/satisfaction de la vie, suivi de la Finlande, des
Pays-Bas ( pays du Nord mais non nordique) et puis de la
Norvège.
Et le Canada ? Il est en huitième place, ce qui n’est pas mal du
tout, puisqu’il est au même niveau que la Suède et avant les
États-Unis.
Mais sommes-nous le « plus meilleur pays » dumonde, comme l’a
déjà dit l’ONU? Pas selon ce document.
Ce bonheur, il va de pair avec une mesure de civilité: la
quantité de temps libres, de loisirs qu’ont les citoyens, même
s’ils travaillent.
Qui a le plus
de temps libre chez les pays de l’OCDE? Des Scandinaves. Les
Norvégiens, cette fois, qui triomphent avec leurs 7470 heures
de loisirs par année, suivis de près par les Néerlandais
(voisins du nord de l’Europe), suivis des Danois et des
Suédois. Les derniers de la liste? Les Américains.
Tout ça n’est pas anodin, sachant que plus on a de temps
résiduel, donc non consacré au travail, plus on a de chances
d’être heureux (toujours selon le rapport). Remarquez, le
temps de loisir est aussi en lien avec le revenu national,
donc, direz-vous, ce sont les riches qui ont du temps de
loisir et qui sont donc heureux. Nuance : il faut, toujours
selon le rapport, un mélange de richesse et d’égalité sociale
pour que la recette du bonheur fonctionne à plein.
Autre qualité norvégienne : c’est dans ce pays que l’écart
entre la quantité de temps de loisir des hommes et celui des
femmes est le plus petit. Les Norvégiens ont plus de temps de
loisir que les Norvégiennes, mais la différence est de moins
de 10 minutes par jour, en moyenne, une nuance anecdotique,
note le rapport.
En Italie, en revanche, pour marquer le contraste, les hommes
ont en moyenne 1h20 de plus de loisirs par jour que les
femmes, puisque les femmes ont plus d’activités de travail non
rémunérées (et vous vous doutez bien qu’activité de travail
non rémunéré rime pas mal plus avec lavage, cuisine, ménage,
etc. qu’avec aller au spa ou lire dans son bain.)
Par contre, les Italiens, avec les Japonais, les Néo-Zélandais
et les Français (grands champions du temps passé à table et à
dormir), sont dans le peloton de tête des pays où l’on passe
le plus de temps à manger et à boire.
Si c’est ça ne pas être champion du bonheur, ça va aussi.
HEUREUX COMME UN CANADIEN - Louise
Leduc
Le Canada
compte toujours parmi les pays où l’on est le plus satisfait
de sa qualité de vie – il arrive au 8e rang – mais selon
l’OCDE, il serait aussi l’un des cinq pays, avec le Portugal,
la Hongrie, les États-Unis et le Japon, où il y aurait eu un
recul à ce chapitre entre 2000 et 2006.
La régression est mince, à peine 0,1 point sur une échelle de
11, mais avant 2006 – donc avant la récession, faut-il
préciser –, l’indice de bonheur progressait pas mal partout
dans l’OCDE sauf chez nous.
Selon l’étude intitulée Panorama de la société 2009, le Canada
se positionne bien, par ailleurs, dans la catégorie du revenu
national net par habitant où il est au cinquième rang. Il
affiche une performance mitigée quant à la satisfaction au
travail – 9e rang sur 20 pays – et 18 pays font mieux que le
Canada en ce qui a trait au taux de pauvreté.
On se positionne mieux, par ailleurs, pour l’un des principaux
indicateurs d’égalité entre les hommes et les femmes, à savoir
le temps de loisir. Ainsi, les hommes du Canada auraient
environ 25 minutes quotidiennes de plus de loisirs que les
Canadiennes (ce qui nous place au 6e rang), ce qui est
nettement plus égalitaire qu’en Italie, dernier de classe, où
les hommes ont pas moins de 79 minutes de plus pour faire la
dolce vita que leur douce.
Du point de vue des loisirs de façon générale, les Canadiens
traînent quand même un peu la patte. Ils leur consacrent en
effet 23,7% de leur journée moyenne, comparativement à 27,7%
pour les Belges, qui arrivent ici au premier rang.
Par ailleurs, au Canada, on dort suf f i samment. Au moins
huit heures par nuit en moyenne. Les Français, qui arrivent à
se réserver près de neuf heures de sommeil quotidien, sont les
champions à ce chapitre. Les Français ressortent aussi – sans
surprise – comme étant ceux qui font le plus honneur à la
table, y passant carrément deux fois plus de temps que les
Américains, les Mexicains et les Canadiens.
Le Canada
arrive par ailleurs au 9e rang des pays présentant les plus
hauts taux d’obésité. Le triste gagnant de cette catégorie ?
Eh oui ! les États-Unis. Les Japonais, les Coréens et les
Suisses présentent à l’inverse les meilleurs poids santé.
Fait intéressant, c’est la Grèce qui détient le premier rang
du pays où les enfants intimident le plus les autres, suivi de
l’Autriche. Le Canada arrive en milieu de peloton.
Tout de même, n’est-ce pas surprenant de voi r l ’ OCDE
inclure, dans une même étude, des données comparatives sur des
questions aussi diverses que l’obésité, les inégalités
sociales ou l’intimidation?
Tout économiste soit-il, John Helliwell, professeur à
l’Université de la Colombie-Britannique, salue ce rapport de
l’OCDE qui, de façon impressionniste, tente de dépeindre
chacun des pays de façon plus complète qu’à la seule aune, par
exemple, des plus classiques données comme celles du chômage.
Cela ne va pas, cependant, sans obliger l’OCDE, à son avis, à
y aller d’une certaine gymnastique quand il s’agit de traiter
de données sur des notions aussi neuves que la qualité de vie
et de concilier de façon aussi scientifique que possible des
collectes de données faites de façons très différentes d’une
agence nationale à l’autre.
Ainsi, parce que l’OCDE a dû tenter de concilier des données
de sondages avec des données de Statistique Canada pour ce qui
est de 2000 à 2006, M. Helliwell, grand spécialiste au pays
des questions de qualité de vie, trouve que l’OCDE s’est
avancée un peu. Un peu trop.
« Ce sur quoi je travaille davantage, ce sont les sondages
GALLUP des années 2006 à 2008 et selon eux, le Canada arrive
au 6e rang des pays de l’OCDE en moyenne. Mais quelles que
soient les études, le Canada se situe toujours parmi les 10
premiers pays, alors que le voisin, les États-Unis, avec un
PNB pourtant supérieur, arrive plutôt généralement entre le
10e et le 20e rang » en ce qui a trait à la qualité de vie.
M. Helliwell vient d’ailleurs de faire une présentation plus
spécifique à Statistique Canada sur le sujet. Selon son
analyse s’appuyant sur les plus fraîches données de
Statistique Canada, entre les provinces, il n’y a pas de
grands écarts entre l’évaluation que les gens font de leur
qualité de vie. « Terre-Neuve arrive au premier rang, le
Québec et l’Ontario sont plutôt au milieu de la courbe et
c’est en ColombieBritannique que l’on arrive en dernier. Là où
les différences sont les plus marquées, c’est entre les
villes. Diverses études démontrent que les gens semblent plus
heureux dans des villes de taille moyenne comme Québec ou
Granby que dans les grandes métropoles du pays. »
MOINS DE TEMPS DE LOISIR - Louise
Leduc
La mauvaise
nouvelle : au Canada, le temps que l’on peut consacrer aux
loisirs n’a de cesse de reculer. Gilles Pronovost, professeur de
sociologie à l’Université du Québec à TroisRivières, n’est pas
étonné que le Panorama de la société 2009 de l’OCDE indique que
les Canadiens aient moins du quart de leur journée à consacrer
aux loisirs. « Plus on avançait dans le XXe siècle, plus le
temps consacré au travail reculait. À l’inverse, le saut dans le
XXIe siècle a été catastrophique, observé particulièrement à
partir de 2005. Même au Québec, la population active a
aujourd’hui moins de temps libres que dans les années 80. Cette
intensification du travail est très marquée – et inquiétante –
chez les jeunes pères et chez les jeunes mères. »
L’étude de l’OCDE avance que les Canadiens consacrent 34% de
leurs temps libres à l’écoute de la télévision et de la radio
(comparativement à 47% chez les Japonais et 44% chez les
Américains) et 21% de leurs loisirs à rendre visite à leurs
amis, ce qui nous rend parmi les plus sociables de l’OCDE. Seuls
les Néo-Zélandais et les Turcs se consacreraient davantage que
nous aux relations amicales.
L’OCDE n’a pas tenu compte des différences entre les
provinces. Mais selon Statistique Canada, les Québécois
passeraient cependant toujours trois heures de moins au travail
(ou en déplacement vers le boulot) que le Canadien moyen – 46,3
heures comparativement à 43,2 heures. « En gros, les Québécois
arrivent à dormir une heure de plus que les Canadiens en général,
ils ont une heure de plus de temps libre et ils passent une heure
de plus à faire des tâches ménagères », explique M. Pronovost.
En regardant la liste des pays qui se situent le mieux dans
l’équilibre travail/loisirs, Paul Bernard, professeur de
sociologie à l’Université de Montréal, constate de nouveau à quel
point les Scandinaves, dont les pays présentent d’excellents
niveaux de productivité, parviennent quand même à ne pas faire des
heures de fou au boulot.
Ce qui interpelle toutefois particulièrement M. Bernard, c’est
cette statistique bien pointue, perdue dans un tableau. Selon l ’
OCDE, le Canada arriverait au 4e rang (derrière l’Italie, la
Grande-Bretagne, l’Espagne et le Canada) des pays où les jeunes
hommes ne sont ni au travail ni aux études. « Que 8% des jeunes
hommes canadiens soient oisifs, c’est préoccupant. Encore une
fois, dans les pays nordiques, même si on privilégie un bon
équilibre de vie, la norme sociale veut que chacun soit au travail
ou aux études. Le Québec a déjà compris qu’il doit pousser dans
ces mesures d’incitation au travail et de formation continue et
cette donnée de l’OCDE démontre bien qu’il ne faut surtout pas
relâcher la garde. »
La mauvaise excuse- MARIE - CLAUDE LORTIE
Il est 22h et le
soleil est en train de se coucher avec cette lumière typique,
orangée, qui donne à tout des allures de star. Il fait frais. Un
petit samedi soir de fin de mai relax à Stockholm.
PHOTO MARIE-CLAUDE LORTIE, LA
PRESSE
Les Scandinaves s’adaptent de
différentes façons au froid. Comme ici, où ces jeunes femmes
profitent de couvertures et de radiateurs sur les terrasses
pour leur permettre de rester dehors même quand le fond de
l’air est frais.
Pour rentrer à l’hôtel, après le souper, je considère mes
options. Je suis sur l’équivalent de l’île Sainte-Hélène (à
Djurgården) et je dois me rendre à l’équivalent de Sherbrooke–
Saint-Laurent, (près de Sturplan). Soit j’enfourche un Citybike
(le Bixi local) et je rentre en prenant le pont et les pistes
cyclables. Soit je prends le chemin des écoliers et je saute sur
un petit bateau qui m’amène, disons, au quai des Éclusiers
(Gamla Stan) et de là, je termine mon chemin en roulant jusqu’à
l’hôtel.
Pour le plaisir de la balade sur l’eau, je décide d’embarquer
sur le ferry et de voguer au bercail.
Sur le pont du petit navire, programmée comme tous les
Montréalais à envier ces villes qui n’ont pas à subir des hivers
violents, avec glaces et tempêtes, je contemple le paysage avec
jalousie, en me disant que les Suédois sont donc chanceux, eux,
de pouvoir se permettre ces navettes flottantes...
Quand je raconte mon expérience à une Stockholmoise, « Ah! que
vous en avez du pot, vous, blablabla... », elle me coupe
brusquement la parole. « Attendez! Il y a de la glace partout
l’hiver ici. Les bateaux arrêtent. Quand il fait trop froid.
C’est fini. On range tout. »
Quoi? Vous voulez dire que l’hiver est dur, mais ne vous fige
pas le cerveau toute l’année durant?
Quand la dame m’a dit ça, j’ai pensé à un responsable de la
Ville de Montréal. Personne en particulier. Juste ce
fonctionnaire/politicien classique et interchangeable qui nous
répète depuis toujours, en toutes circonstances, que peu importe
le projet, ce n’est pas possible, parce que... Parce que
l’hiver.
L’hiver et le déneigement, l’hiver et son froid, l’hiver et sa
neige. L’hiver et le sort qu’il jette sur la Ville.
Des bateaux sur le fleuve pour faire la traversée de la Rive-Sud
vers Montréal? Ben non! L’hiver!
Des cafés-terrasses sur le bord de l’eau? Mais non, l’hiver!
Des immeubles avant-gardistes, des toits verts, des
esplanades plantées de marronniers, des restaurants et des jardins
suspendus? Mais non, l’hiver!
Des ralentisseurs dans nos rues? Mais non, l’hiver! Des fleurs
dans les parcs? Du mobilier urbain allumé? Des passerelles et
autres folies architecturales? Ben voyons, l’hiver!
En revenant à Montréal, j’ai appelé l’urbaniste Gérard Beaudet
pour lui parler de ce vaste blâme, de cette immense responsabilité
pétrifiante que tout le monde fait porter sur la saison froide. «
Oui, c’est une contrainte, lance-t-il, une contrainte
biogéographique. Mais une contrainte comme toutes les villes en
ont. Pensez à celles qui doivent vivre avec les pluies de la
mousson ou du désert à leurs portes. »
Cette dynamique antihiver ne date pas d’hier, dit-il. Dès que les
colons sont arrivés – il n’y a pas si longtemps que ça,
historiquement parlant – avec leurs modèles urbains issus de leur
climat européen, la lutte pour imposer coûte que coûte des façons
de faire non adaptées a commencé. Et cet esprit de bataille et de
déni s’est installé. « Et en fait, dit-il, on ne s’en est jamais
remis. »
Et comme les cultures autochtones étaient plutôt campagnardes,
explique l’urbaniste, les colons n’ont pas su tirer de leur savoir
des connaissances utiles au développement de nouveaux modèles
citadins. De plus, assez rapidement, la technologie – pétrole,
électricité, etc. – est venue donner les moyens de poursuivre la
lutte contre l’hiver.
Les Scandinaves, eux, ont toujours évolué avec l’hiver.
AuMoyenÂge, ils n’avaient pas le choix que de composer avec
l’hiver. Pas de chauffage central. Pas de souffleuses. Et de la
même façon que, par exemple, les Méditerranéens ont su concevoir
des villes adaptées à la chaleur de leur climat, ils ont su
développer des modèles urbains en symbiose avec le temps.
Aujourd’hui, les Scandinaves s’adaptent de différentes façons au
froid. Parfois ils le mettent de leur côté, en troquant le vélo
contre le ski de fond pour se déplacer. Parfois, ils le côtoient
avec réalisme, en ajoutant par exemple des couvertures et des
radiateurs sur les terrasses pour permettre à tous de profiter de
la lumière même quand le fond de l’air est frais.
Parfois, ils ferment boutique durant les mois les plus froids – en
arrêtant les ferrys, par exemple –, mais ne laissent pas cela
définir tout le restant de l’année. Et c’est ainsi que, dès que le
temps se réchauffe, les cafés et les buvettes temporaires
apparaissent sur les places et les parcs et les quais.
Certains répondront sûrement que notre climat et le leur ne sont
pas comparables. Que l’hiver de Stockholm, par exemple, n’est pas
aussi froid ni aussi enneigé qu’ici. C’est vrai. Mais la
différence n’est pas gigantesque. Et le fait est que, là-bas,
comme ici, le thermomètre descend au-dessous de zéro en hiver et
qu’il y a de la neige dans les rues et parfois des tempêtes en
avril.
Un proverbe suédois dit qu’il n’y a pas de mauvais temps,
seulement de mauvais vêtements. J’ajouterais : et de mauvaises
excuses.
Espérons que les candidats à l’hôtel de ville aux élections de
l’automne prendront le temps de parler de tout cela.
Comme en Irlande - Marie-Claude Lortie
J’ai hâte
qu’il fasse beau pour cesser d’entendre tout le monde se
plaindre.
J’ai hâte que le beau temps arrive. Pas pour aller à la plage
Doré me faire bronzer avec du super écran solaire bio
brésilien sans paraben et moi sans parapluie.
Les
parapluies ont été un accessoire à la mode en juillet, mois
pendant lequel Montréal a établi un record pour le plus bas
nombre d’heures d’ensoleillement.
Pas pour me promener en Bixi dans les rues de la métropole –
dans les quartiers qui ont droit au service, on s’entend –
sans risquer un déluge féroce m’obligeant à me blottir sous
une marquise avec d’étrangers fumeurs.
Pas pour pouvoir m’asseoir dans mon jardin, sans imper, à lire
mon journal, sur papier ou sur écran, tout en sirotant une
limonade maison aux framboises écrasées.
Non, j’ai hâte qu’il fasse beau pour cesser d’entendre tout le
monde se plaindre.
Pour ne plus avoir à endurer cette litanie incessante de
rouspétage anti-météo qui nous inonde et nous imbibe depuis le
début du mois de juin. Je n’en peux plus de cette complainte
du Montréalais lésé qui, à l’entendre, aurait un droit
inaliénable à un certain nombre de semaines de gros soleil et
de grosses chaleurs par été. La Provence angle De Lorimier et
Rachel en échange de tous ces mois à endurer neige et verglas.
Montréal l’été ne sera jamais Manosque ni Gordes. Ni même
Avignon ou Aix. Montréal, c’est l’Irlande, c’est Dublin,
Limerick, c’est le Donegal... D’où les arcs-enciel
omniprésents qui trônent sur les autoroutes et les parcs
endormis. D’où ces spectaculaires ciels tourmentés aux airs
bibliques. D’où la verdure grasse et chlorophyllée au max.
D’où les pommes de terre nouvelles qui goûtent la rosée et
d’où, sûrement, bien que je ne les ai en a eu aussi beaucoup.
Assez pour faire fuir les truites en tout cas. D’accord,
souvent, il jouait à cache-cache derrière des nuages blancs
ou, disons-le, charbon. Souvent, certes, les journées de beau
temps étaient ponctuées d’averses lourdes qui nous obligeaient
à rentrer nous cacher.
Mais rien de
tout cela ne mérite qu’on en parle autant et qu’on en reparle
encore comme si nous étions victimes d’une injustice jamais
vus, quelques leprechauns cachés sous tous ces trèfles saoulés
par ce climat d’abondance...
Je reviens, je tiens à le préciser, de vacances passées en
majeure partie au Québec, à la campagne. Non, il n’a pas fait
un temps andalou, et de la pluie froide, on en a vu. Mais du
soleil, il y collective d’une bassesse infinie.
À nous entendre, nous sommes tous des agriculteurs, parmi les
seuls qui ont, eux, le droit légitime de râler contre le temps
quand il y a trop de quelque chose ou pas assez d’une autre.
Le maïs est court. Les tomates encore vertes. Et il a fallu, à
certains endroits, sortir les pommes de terre vite la semaine
dernière pour fuir le mildiou. Pour eux, oui, les statistiques
d’été pourri ont un sens. Et il est normal qu’ils ne trouvent
pas d’un humour infini les geais bleus ridiculisés par leurs
plumes mouillées, faisant quand même sous les trombes le
va-etvient du nid à la mangeoire.
Cela dit, les fermiers en ont vu d’autres.
J’ai croqué la semaine dernière des artichauts miniatures
d’une élégance exquise qui venaient de passer à travers le
même temps que vous et moi et ont trouvé quand même le tour de
grandir en toute sérénité. Et vous ai-je parlé de petits pois
mange-tout violets poussant dans une ferme découverte au
hasard d’un jogging? Je ne les ai pas entendus se plaindre,
eux, de cet été qui n’est pas comme il le devrait...
L’été le plus pluvieux, le plus froid, le plus nul? L’été,
surtout, du plus grand et du plus inutile chialage collectif.
10 suggestions (sans garantie) pour terminer l’été en râlant
moins - Marie-Claude Lortie
1
C’est août, c’est le début des récoltes et même s’il a plu,
ça a poussé. C’est le début de l’abondance. Poivrons,
aubergines, courgettes, maïs, tomates nouvelles et je ne
sais plus quoi sont partout dans les fermes autour de
Montréal et nous attendent. Suffit d’aller voir.
2Vous
n’avez pas eu besoin d’installer la clim’ cet été? Une telle
économie doit se célébrer: un repas dans un bon resto ou une
nouvelle paire d’escarpins ?
3Vous
êtes déçu de ne pas avoir eu l’occasion de montrer votre
nouveau maillot de bain? C’est le temps d’investir dans un
très cool imper et, évidemment, de bonnes bottes de pluie
adorables.
4
La pêche, la pêche et la pêche sont trois activités qui
adorent la pluie, surtout la fine, l’incessante, la douce et
brumeuse…
5
Quand il pleut, on n’est pas obligé de rentrer à
l’intérieur, juste de s’abriter. Vive les bâches suspendues,
les préaux, les marquises, les auvents. On mange dehors
quand même. Et on joue au Monopoly aussi.
6Les
Scandinaves allument des bougies tout le temps, partout. Dès
le matin, de la cuisine à la salle de bain. Ça fait partie
de leur façon de narguer la noirceur de l’hiver et le gris
de la pluie. On essaie?
7
Les Scandinaves (encore eux) ont toujours des couvertures
légères sous la main – idée, on en stocke une grosse pile
dans le coffre de l’auto – car toute occasion est bonne de
rester dehors, quand la pluie cesse, même s’il fait
frisquet. Ça marche. Et tant pis si la guimauve fondue colle
dessus.
8
Vous tenez à fuir : il fait beau et sec au Texas. Pire
sécheresse depuis 50 ans. Là-bas, ils ne trouvent pas ça
drôle du tout.
9
Autres possibilités de voyages, quelques exemples : Maroc (
48 º C à Agadir la semaine dernière), sud de l’Espagne,
Victoria ou Vancouver, où on a battu des records de chaleur
la semaine dernière. Ce n’est pas vous qui vous plaignez
toujours de manquer de temps? Pas le temps de revoir tous
les films de
10
Louis de Funès avec les enfants. Pas le temps de vous
remettre au tricot. Pas le temps d’apprendre à préparer de
vrais bons pina colada. Pas le temps d’aller dans les
galeries d’art. Pas le temps d’aller à la bibliothèque avec
les petits leur faire découvrir Fifi Brindacier, le Petit
Nicolas et Sol et Gobelet. Eh bien voilà. Il reste deux
belles semaines d’août pour vous éclater. Et parions que le
jour où vous vous mettrez, finalement, à décaper cette rampe
d’escalier que vous promettez de faire depuis toujours, il
se mettra à faire un temps radieux.
À quoi rêve Montréal? - Rima Elkouri
Àquoi rêve
Montréal ? C’est la question qu’on vous a posée en mai.
Envoyez-nous vos rêves tricotés en 100 mots, pas plus, vous
a-t-on dit. Et assurezvous que ces rêves soient réalisables et
contribuent au rayonnement de la ville.
Ce qui ressort de ce remueméninges préélectoral, dont vous
pouvez lire les résultats dans le cahier Plus, c’est que les
Montréalais ne manquent pas de bonnes idées pour leur ville.
Si seulement on les écoutait davantage. Si seulement Montréal
avait à sa tête un leader capable de mettre en valeur
l’extraordinaire potentiel de la ville. Si seulement on
arrivait à empêcher qu’autant de bonnes idées finissent par se
perdre dans le dédale bureaucratique municipal.
Cela dit, en épluchant les 381 propositions reçues et en
s’attardant aux propositions irréalisables qui n’ont pu être
retenues par le jury d’experts, on constate au fond que bien
des rêves montréalais ont peu à voir avec la politique
municipale. Aux yeux de plusieurs, le principal défaut de
Montréal, ce ne sont ni ces affreuses autoroutes qui balafrent
la ville, ni le manque d’espaces publics ou de rues piétonnes,
ni ce dos tourné au fleuve. Aux yeux de plusieurs, l’ennemi
public numéro un de Montréal, c’est son hiver interminable.
Les Montréalais qui ont un rapport névrotique avec l’hiver –
j’en suis – rêvent sans tuque. Ils veulent que Montréa l
devien ne une immense terrasse chauffée. Une lectrice
frileuse, Aurelia Garcia, propose même d’implanter un système
de chauffage de la ville au complet. Tout, tout, tout serait
chauffé, les rues, les trottoirs, les abribus, les cours
d’école...
L’idée semble
farfelue, mais au fond, elle ne l’est pas tant que ça. Trop
souvent, les Montréalais subissent l’hiver plutôt que de le
vivre. Notre plan d’urbanisme fait comme si on vivait à
Acapulco. Alors que chez les Scandinaves, par exemple, on
s’efforce davantage d’apprivoiser l’hiver plutôt que de
l’endurer. Avec des trottoirs chauffants ou encore des abribus
chauffés, comme le propose Mme Garcia, mais aussi des
boulevards moins larges et des rues en lacets pour éviter les
corridors de vent, une culture urbaine moins centrée sur
l’automobile, des cours de patin à l’école, etc.
Pour certains rêveurs montréalais, la solution scandinave ne
semble toutefois pas satisfaisante. Ils ne veulent pas se
contenter d’apprivoiser l’hiver. Ils rêvent carrément de
mettre une cloche de verre sur la ville pour qu’elle puisse
vivre son déni de l’hiver en toute impunité. Certains
proposent de couvrir d’un dôme le Vieux-Port ou encore l’île
Sainte-Hélène, transformée en « île de la joie » où il fait
toujours beau.
Dans la catégorie « Je hais l’hiver » , la palme revient sans
doute au rêve de Michel Turgeon, un lecteur qui dit avoir
trouvé le dernier hiver particulièrement long. Que
propose-t-il ? La création d’un genre de Biodôme pour êtres
humains où le Montréalais pourrait s’épanoui r dans son
habitat naturel rêvé. On pourrait y marcher dans le sable
chaud en plein mois de février. Il y aurait de la verdure et
de la lumière à profusion pour contrer la déprime saisonnière.
Bref, un endroit où l’on pourrait mettre une fois pour toutes
l’hiver à la porte. Plus qu’un rêve, cela semble relever d’un
fantasme bien montréalais.
Maintenant, assez rêvé. Je vous invite à aller voter sur
cyberpresse.ca pour le projet pragmatique qui vous plaît le
plus parmi les 10 présentés dans notre dossier Rêvez Montréal.
Les idées les plus populaires seront ensuite soumises aux
candidats à la mairie.