Éducation
| LA PRESSE & COMPAGNIE |
AUTRES MÉDIAS |
|
Supprimer
les additifs, et constater les résultats
La vérité cachée
sur le système scolaire
L’école
de demain ? Elle existe déjà à Tokyo
Sommes-nous
une société civilisée ?
Lecture : la méthode syllabique
écrase la méthode globale
Ken Robinson : Comment échapper à
la vallée de la mort de l’éducation.
Choisir
d’être mère à la maison
André
Stern : “L’enfant n’a pas besoin qu’on lui fixe de
limite”
André
Stern, 42 ans, jamais allé à l'école
Build a School in the Cloud
Pas d'ordi à l'école pour les enfants des cadres de
Google ou d'eBay
La douance adulte, une
force handicapante - Fabrice Bak - Mensa France
Et si on éduquait nos enfants à la joie?
Bhoutan
: au pays du bonheur national brut
L’école
n’est
pas un siège auto
Les
enfants
organisés - Stéphane Laporte
Laissez
vos
enfants s’ennuyer pour développer
leur créativité
L'enfant, le jeu libre et la créativité
Des garderies publiques cinq étoiles: un aperçu du
modèle scandinave
Méditation
et éducation
L'instinct
de survie contre les TDAH
La
complaisance
La pierre de Rosette
Faire
la
classe à la maison - «Il faut réinventer l'école»
Canadian
universities must reform or perish - Globe Editorial
Conseil
canadien
sur l'apprentissage - Le Canada fait figure de cancre en
éducation
Virages
bon
marché
Les
cégeps en chiffres
Alberta's education system offers lesson in competition -
Tom Flanagan
Are we serving the public or the providers? - JEFFREY
SIMPSON
Universities get an F for failing undergrads - Jeffrey
Simpson
Ontario education: More teachers college does not a
teacher make
L'ÉCOLE
DE
LA
VIE
Le petit Monet de Holt
Longer teacher training is not better - Globe editorial
Why Alex can’t add (or subtract, multiply or divide) -
MARGARET WENTE
Teaching the Khan way - MARGARET WENTE
Inside
the
entitlement generation - MARGARET WENTE
Unskilled, unmarried, unwanted …
Is
our
students learning? - Margaret Wente
Stop shafting
undergrads, get profs back into the class - Jeffrey
Simpson
When
state
education
fails
us
-
Neil
Reynolds
Les
maths
s’apprennent
dès
l’âge
de
1
an
Apprendre,
un
jeu
d’enfant
?
Mathématiques:
l'hypothèse
du pragmatisme
Choc
des
générations
Vade retro, Satana…
Heading back to school? Hope you’ve memorized the
Copyright Act
Professionnaliser la profession
Hausser
les
salaires,
mais
abolir
la
sécurité
d’emploi
L’éducation
doit
être
la
«
priorité
nationale
»
,
dit
Legault
Du pain sur la planche
Falcon
first
to focus on social-policy issue for future
Handled carefully, merit pay for teachers might work
It’s time to change our outdated school calendar
LA
RÉCRÉ
EST
TERMINÉE
S’incliner devant les rois
Give youths access to the working world
L’Université McGill punie pour sonMBA à 30000$
Étude
du
CIRANO - Rentable, l'université
Comment apprendre autrement...
Une fin des classes tout en musique
Et si l'on se donnait la peine de repenser un peu les
objectifs que nous avons fixées à nos programmes
d'enseignement ?
Pourquoi faire l’autruche ?
La
Déséducation,
une websérie en 16 épisodes - Le coup de gueule d'un
enseignant désillusionné
La
fin
d’un tabou
UNE
INTÉGRATION
CONTROVERSÉE
La
ministre
Beauchamp
pourrait
«
bousculer
»
le
milieu
scolaire
Et si l'on se mettait à envoyer l'argent là où il devrait
aller, et donc dans les écoles, plutôt que dans la
bureaucratie, et notamment dans les commissions scolaires
?...
Les
coûts
de gestion grimpent plus vite que ceux de l'enseignement
Un
cercle vicieux - Jean Falardeau
Les
écoles
réclament
plus
de
moyens
Et si l'on se donnait la peine de réévaluer nos programmes
d'enseignement dans leur ensemble, de leurs objectifs
jusqu'à leur financement ?...
Médecins et techniciens
Doit-on s’inspirer du modèle finlandais ?
La société- viaduc
Why build half an engineer?
Without access to
education, wealth disappears
Les
«vraies
affaires»
-
Alain Dubuc
LA
priorité
- André Pratte
À
la recherche du prof idéal
Le rêve fou d'une jeune maman
Free money you've never heard of
Et comment la performance de nos jeunes se compare-t-elle
donc à celle des jeunes de toute la planète ?...
The
good,
the
bad
and
the
ugly
education
facts
-
Jeffrey
Simpson
Du
bon
usage des tests
Des
bonnes
nouvelles de nos ados
On
est
vraiment
très
bons
Canada
is
not
becoming
outclassed
-
Jeffrey
Simpson
La barre est placée haut
La
réforme
contestée,
mais
efficace
Et s'il arrivait aux enseignants de parfois manquer
eux-mêmes d'un certain savoir-vivre, pour ainsi dire ?...
Moyens de pression des enseignants: céleri, iPod et
lunettes fumées
«La
vraie
négociation commence»
Grève: plus de 300 000 élèves en congé forcé
Teachers
protest
outside premier's office
Québec restera ferme
devant la journée de grève de la FAE, dit Courchesne
Entente
en
éducation - Les enseignants devront faire preuve de
davantage de souplesse
Le gouvernement Charest se moquerait-il carrément de
l'éducation ?...
Négociations:
la
grogne s'installe dans les écoles
Un
C
pour
la
ministre
Courchesne
-
Rima Elkouri
Bons
en
éducation,
pourris
en
innovation
-
Claude Picher
La locomotive du Québec
Feu
la
culture
-
Mario Roy
Les coûts de la non-scolarisation
Quoi ?..
A good idea badly marketed
Le
retour
tranquille de la religion - Michèle Ouimet
Modification
du
calendrier scolaire: le tollé se poursuit
Accommodement
-
Le lobbyiste des écoles juives était militant du PLQ
Nouveau calendrier scolaire: les parents ignorés
La
grogne
s'amplifie contre le règlement de la ministre Courchesne
Calendrier
scolaire:
la ministre Courchesne s'explique
Écoles
juives:
le gâchis - André Pratte
Critics
decry
Quebec
plan
on
religious
schools
La
grogne
s'amplifie contre le règlement de la ministre Courchesne
Un
décret
sur mesure pour les écoles juives
Y aurait-il donc quelque chose qui cloche aussi dans notre
cher système d'éducation ?....
Un
prof
sur quatre veut changer de métier
Détresse psychologique - Les enseignants montrent la
réforme du doigt
Et notamment, ce pourrait-il donc que notre cher système
présente de graves signes d'inefficacité, comme peut-être
tout système public, par ailleurs ?...
CEGEP
bailout
shows poor planning
Quebec
must
fix CEGEP shortfall now!
... et que dire d'ailleurs de nos chères commissions
scolaires ?...
Lettres
-
L'intimidation à l'école serait quasi universelle
Avenir
des
commissions scolaires - L'enjeu dépasse la question
d'argent
Les
commissions scolaires : une institution à réformer
Le
couperet
Les
commissions
scolaires entendent simplifier leur administration
Gestion
douteuse
Centrale
des
syndicats
du
Québec
-
«On
n'arrête
pas
de
casser
du
sucre
sur
le
dos
des
professeurs,
mais
les
écoute-t-on
?»
Les
commissions
scolaires
fustigent
Legault
Comptables
recherchés
Rapport
du
Vérificateur général - Les commissions scolaires
pourraient réduire leurs dépenses
Des
dépenses
trop élevées dans les commissions scolaires
Holding
school,
municipal votes on same day is bad idea
School-board
election
idea deserves serious debate
ÉLIMINONS
LES
COMMISSIONS SCOLAIRES - Jean-François Allard
& Luc Paquin
Voir aussi Un
gaspillage
? Non !...
Décentraliser la gestion des écoles: des idées venues
d’ailleurs
Se pourrait-il donc que Jean Charest ne comprenne rien
à l'éducation ?...
Putting education in a straitjacket
Les
écoles
à vocation particulière menacées?
L'école
au
temps du «Petit Nicolas» - Marie-Claude Lortie
Adieu,
semaine
de quatre jours à l'école?
NÉGOCIATIONS DANS LE SECTEUR PUBLIC Les
enseignants
choqués par les propositions patronales
-
Ariane Lacoursière
Sauvez
cette
école, SVP - Rima Elkouri
Règles budgétaires en éducation : Des
projets spéciaux en péril - Ariane
Lacoursière
... ou se pourrait-il tout au moins que le gouvernement
Charest n'ait pas vraiment d'autre vision pour l'éducation
que d'en augmenter les frais ?...
Peut-on vraiment prétendre accorder de l'importance à
l'éducation tout en laissant nos universités se voir
sous-financées ?...
Secteur
scientifique
- «Il faut donner aux universités les moyens de
concurrencer ce qui se passe ailleurs»
L'avenir de l'éducation peut-elle vraiment faire autrement
que de passer par l'augmentation des frais de scolarité,
ne serait-ce qu'entre autres choses ?...
At
last:
fresh ideas on financing universities
Les
grandes
universités s'enfoncent dans le rouge
Les
droits
de scolarité grimpent dans sept provinces
Financement
des
universités - Les remèdes du Dr Breton
Quebec
should
keep its nose out of McGill's MBA program
Des
universités
de qualité pour l'avenir du Québec
Hausse
des
droits de scolarité - Une véritable barrière
Un écart intolérable - ROBERT LACROIX
Retards
alarmants
-
LUCIEN BOUCHARD
Maintenant
ou
jamais
-
André Pratte
Bouchard,
tuition
fees
and
post-secondary
'segregation'
Droits
de
scolarité
-
Place
au
débat!
Lettres - Faire payer les étudiants ou les banques?
Pacte pour le financement concurrentiel des universités -
Qui devrait en faire les frais?
Universities'
plight
shows Quebec model's failings has failed our universities
Universités:
pour
l'équité
-
Yves
Boisvert
Le volant et le souriceau - Lysiane Gagnon
Lettres
-
Quel gel des frais de scolarité ?
Le
club
des ex - Michèle Ouimet
Des chiffres qui laissent place à l'interprétation
Sous-financement
des
universités - Aux étudiants de renflouer les coffres, dit
Lucien Bouchard
Et d'ailleurs, de la gratuité aux frais exorbitants, quel
modèle de financement devrait-on donc établir pour
l'éducation ?...
Mme
Courchesne
contre
M.
Charest
-
André Pratte
Rémunérer
les
élèves?
-
Lysiane Gagnon
L'université
accessible:
n'imitons pas le modèle américain
Lettres
-
Université ouverte aux talents confirmés
Lettres
-
Pour régler le sous-financement
Le
coup
de force de McGill - Alain Dubuc
Un gel
inacceptable - Lysiane Gagnon
Lettres
-
Éducation : l'impossible choix
Et se trouve-t-il à quelque part une voix pour défendre
l'accessibilité à l'éducation ?...
L'accès
à
l'éducation, la priorité nationale
Lettres
-
Pourquoi une hausse des droits de scolarité?
Droits
de
scolarité - Une manif nécessaire
Du
banal pas-dans-ma- cour
The
crushing weight of student debt
Des
raisons
de
s’indigner
Droits
de
scolarité - De quoi vociférer
Droits
de
scolarité - La part inéquitable
Le
gouvernement
est tombé sur la tête
Où
ira
l’argent
?
Without access to
education, wealth disappears
Car comment pourrait-on trouver un quelconque fondement à
des commentaires ne pouvant mener qu'à faire payer toujours
plus les étudiants ?...
Une bataille d’arrière-garde
Jean Charest irait-il jusqu'à se moquer du droit
des jeunes à une éducation équitable et de qualité ?...
Sauvez cette école, SVP - Rima Elkouri
Écoles défavorisées 105 écoles « gagnent »,
150 « perdent » - Marie Allard
Plus de 300 écoles changent de statut -
Marie Allard
Se pourrait-il que tous les jeunes ne soient pas égaux dans
notre système d'éducation ?...
Il manque de professionnels, clame un syndicat
DES
CHOIX
BÊTES
Autisme
-
Le meilleur ami du TED
Élèves
en
difficulté - Socio 101
Analphabètes
et
isolés
L'école
du
centre Mackay: l'intégration à l'envers
La
petite
enfance oubliée des orthophonistes
Dyslexie:
querelle
autour d'un diagnostic
Quel
que soit leur handicap, les enfants déficients
devraient profiter de services équitables et de
qualité
MANQUE D’ORTHOPHONISTES La CSDMpaie pour la
consultation au privé
Voir aussi... Au
sommet…
grâce à l’école publique - Juan José
Hernandez
Mais l'égalité des chances devrait-elle pourtant
justifier que l'intégration des enfants en difficulté se
fasse n'importe comment ?...
Pour une classe spéciale performante
UNE
PRESSION
POUR
LES
ENSEIGNANTS
NON À L’EXCLUSION
Le
dogme
de
l’inclusion
Pour
une
inclusion
partielle
Adapter les solutions pour chacun
Meeting special needs needs special care
Plaidoyer
pour
les
classes
spéciales
Élèves
en
difficulté: les syndicats pressent le Ministère d'agir
Grève:
plus
de 300 000 élèves en congé forcé
CPE:
les
limites de l'intégration
Obtention de subventions: un processus long et laborieux
Les géantes - Rima
Elkouri
Notes
éducatives
-
Pierre Foglia
Suite éducative - Pierre
Foglia
Davantage
de
classes spéciales pour les élèves en difficulté
L'intégration
des
élèves handicapés suscite des questions
Et en bout de ligne, que faire, au juste, avec les élèves en
difficulté ?...
Des « voies de garage » pour élèves en difficulté?
... et que penser du calendrier scolaire ?...
Calendrier
scolaire:
Courchesne fait marche arrière
L'école
du
samedi - Lysiane Gagnon
LAISSEZ-NOUS RESPIRER - HÉLÈNE
REEVES
Calendrier
scolaire
- Confusion
Le
calendrier
scolaire revu et corrigé
Si les profs pouvaient... - STÉPHANE
LAPORTE
CSDM
:
Un plan ambitieux pour « stopper l’hémorragie »
- Marie Allard
Violence
à
l'école:
les
profs
au
bout
du
rouleau
Le plaisir de faire mal
Sondage
sur
la violence à l’école : Personne n’y échappe -
Daphné Dions-Viens
Au
sommet…
grâce à l’école publique - Juan José
Hernandez
For troubled teens, a visit to a place called hope -
Margaret Wente
Décrochage
It's in everyone's interests to keep kids in school
Grosse
fatigue
Objectif
: persévérance
Pourquoi
décrochent-ils?
Des
ordinateurs
pour
motiver
les
élèves
Un
coup
de
pouce
contre
le
décrochage
scolaire
Deux
élèves
sur
cinq
ne
terminent
pas
leur
secondaire
en
cinq
ans
Des
pistes
pour
réduire
le
décrochage
Baisse
artificielle
du
décrochage
Milieux
défavorisés:
le MELS n'a pas atteint ses cibles
Décrochage:
un
plan inefficace
Décrochage
scolaire:
le Canada fait piètre figure
Un
Canadien
sur cinq abandonne l'école avant ses 19 ans
Groupe
d'action
sur la persévérance et la réussite scolaires - L'objectif
: faire passer de 69 à 80 %, d'ici 2020, le taux
d'obtention d'un diplôme d'études secondaires
Contrer le décrochage, parce que c’est
notre relève - Jacques Nantel
Des jeunes tannés de vivre en groupe
- Nathalie Latrémouille
Message
paradoxal
- NATHALIE COLLARD
Décrochage : Un problème de valeurs, pas de dollars
- ALAIN DUBUC
Un plan attendu - NATHALIE COLLARD
DÉCROCHAGE : UN PLAN AMBITIEUX, UN ACCUEIL TIÈDE
Où est le progrès ? - Michèle Ouimet
PROMESSE NON
TENUE - Marie Allard
La
CSQ
presse la ministre d’agir - Marie Allard
PAUVRE
MONTRÉAL!
- JACQUES MÉNARD
Le tourbillon de la rentrée - NATHALIE
COLLARD
... et formation professionnelle...
Student
dropout
rate too high? Let’s try child labour
Pourquoi
décrochent-ils?
Et notre lutte au décrochage pourra-t-elle finalement
s'avérer un succès ?...
Les garçons décrochent moins au Québec
Le mythe du cancre
La qualité de l'enseignement serait-elle donc véritablement
menacée au Québec, et ce surtout au niveau supérieur ?...
Université de Montréal: le dernier cri d'alarme du recteur
Québec doit aider McGill à rester un pôle mondial de
savoirs
Des
acquis
fragiles
Sous-financement des universités - Aux étudiants de
renflouer les coffres, dit Lucien Bouchard
«Le Québec a mal à ses universités»
Université de Montréal - Affaire de chiffres
Levée
de
boucliers contre les droits de scolarité au collégial
-
Ariane Lacoursière
Prêts et bourses : Un comité estime l’indexation de 0,4 %
insuffisante
Importante chute du nombre de cégépiens en vue
- Marie Allard
Un problème à résoudre - Roxanne
Lajoie
Le
déclin
de l’université québécoise - YVES BOISVERT
Universités québécoises : LOIN DU
DÉCLIN - Louise Roy
Gel de
l’embauche à l’UdeM
ÉCOLES DE LA CSDM Une clientèle de plus en plus
pauvre
Qui
s’instruit s’enrichit? - Ariane
Lacoursière
Et que dire de cette bonne vieille Réforme ?...
Lettres
-
Bravo les filles!
Enfants
de
la réforme au cégep: pas moins bons, mais différents
Rentrée
des
étudiants de la réforme - Les cégépiens ne s'inquiètent
pas, mais guident la ministre
Promising
results
from provincial finals
Résultats
aux
examens
ministériels:
les
meilleurs
en
cinq
ans
Génération
réforme
(1) - Meilleurs ou pas, les finissants du secondaire?
Une
réforme
réussie
Réforme:
l'ADQ
demande à Courchesne d'arrêter de louvoyer
Détresse
psychologique
- Les enseignants montrent la réforme du doigt
L'urgence
-
André Pratte
Réforme : Des élèves « peu autonomes » -
Ariane Lacoursière & Marie Allard
ÉCOLES
SECONDAIRES
Le Québec toujours aussi mauvais élève - Ariane
Lacoursière
Un immense gâchis - Joseph Facal
UN DÉTOURNEMENT - LOUIS DION
« Mauvais anniversaire » à la réforme
scolaire
Promus à l’école secondaire malgré de graves lacunes
- Marie Allard
Un nouveau programme pour faciliter le passage à la
grande école - Marie Allard
Dans
un
piètre état : La réforme scolaire n’a rien fait pour
améliorer l’enseignement des sciences au primaire et au
secondaire
Les grands débats de société -
Pierre Foglia
... Mais revenir en arrière peut-il pourtant être considéré
comme une solution digne de ce nom ?...
Offensive en faveur de la réforme
Le
bulletin
unique et chiffré est reporté
La
vie
est parfois un vrai pique-nique
La
vraie
progression
Bulletin
scolaire
- Un autre virage...
Retour
au
bulletin unique à l'école
Secondaire:
le
milieu craint le plan de la ministre
Réforme
de
l'éducation - Le refus d'«avancer en arrière»
La
réforme
réformée - Nathalie Collard
Exit
les
compétences, place aux connaissances
Apprendre autrement - NATHAN BÉCHARD
Un non-sens - ROCH TURBIDE
... et parlant de la Réforme, que dire aussi du maquillage
de résultats ?...
Maquillage
permanent
-
Rima Elkouri
La
réussite
bidon
(bis)
-
Rima Elkouri
La
pédale
douce
pour
les
enfants
de
la
réforme
Élèves de la réforme: on est loin du «grand drame»
appréhendé
PAUVRE
MONTRÉAL!
- JACQUES MÉNARD
Décrochage et pauvreté - Richard
Latulippe
DÉCROCHAGE
:
UN DRAME HUMAIN - L. JACQUES MÉNARD
Éducation
:
une invitation pour la ministre - MICHÈLE OUIMET
Quels
gérants
d’estrade ! - Jacques Ménard
Quand l'enseignement fait rien de moins que de petits
miracles...
Dernière journée d'école: des pleurs à Clarenceville
Sauvez
cette
école, SVP - Rima Elkouri
La
persévérance : la priorité absolue - Marie
Allard
Projet
Déclic
Le succès de l’école de la dernière chance - Marie Allard
L’école
des
« raccrocheurs » LYSIANE GAGNON
Un
an
de plus pour terminer son secondaire
Malgré
une
subvention, les écoles ne se bousculent pas
Et pourquoi les anglophones semblent-ils donc devoir réussir
mieux que les francophones, de façon générale ?...
Pourquoi
l'Ontario
réussit-il mieux en lecture?
Diplomation
universitaire
- Pourquoi un bonnet d'âne aux francophones?
Diplômes:
l'écart
anglos-francos perdure
CSDM - « Pourquoi les jeunes
Montréalais réussissent-ils moins bien que les autres ? »
MOINS
DE
DÉCROCHAGE À ENGLISHMONTREAL - Michèle Ouimet
Louis-Joseph-Papineau,
la
planète
francophone
- MICHÈLE OUIMET
À
John F. Kennedy, la majorité s’accroche malgré tout
- MICHÈLE OUIMET
Douance : Des jeunes (pas tout à fait) comme les autres -
Sylvia Galipeau
COMPRENDRE
LA
DOUANCE
Les
experts
ne
s’entendent
pas
Et pourquoi pas un petit débat "public-privé", pendant qu'on
y est ?...
Réussite
des
élèves - L'école privée est meilleure que l'école publique
L’école des marques - Nathalie Petrowski
La culture du PPCD - ALAIN DUBUC
École privée vs publique : la guerre des chiffres
est relancée - André Duchesne
Controverse à l’école Mont-Royal -
MARIE ALLARD
L’école
dans
tous ses états - MICHÈLE OUIMET
Les
écoles
privées réclament plus d’argent - Marie Allard
Le choix du
privé - NATHALIE COLLARD
LE PRIVÉ OU LE PUBLIC ? Un choix de société
Des
millions
au privé, des miettes au public - Karim
Benassaieh
Voir aussi UNE
MANNE DONT TOUS VEULENT PROFITER
Hydro-Québec se fixe des règles -
Isabelle Audet & Catherine Handfield
La faute
de Thierry Vandal - MICHÈLE OUIMET
Voir aussi Charest
aurait-il
un petit problème avec l'éthique ?...
ainsi que Pas
de vie culturelle sans Hydro - Nathalie
Petrowski
Stopper l’ingérence d’Hydro
Hydro-Québec
désamorce
une éventuelle controverse - André Noël
Subvention
à
un collège privé : Québec met le holà à Hydro
- André Noël
Un don de
250000$ d’Hydro-Québec - André Noël
L’école
publique
en
chute
libre
L'enseignement
n'est
pas toujours évalué
L’école
publique
pour un enfant de la Mission de l’Esprit-Saint
La ségrégation subventionnée, non merci - Rima Elkouri
Québec
cessera
de financer trois écoles juives
DES
ÉCOLES
JUIVES ENCORE ILLÉGALES
Jusqu’à
septembre
pour se conformer à la loi
Une
école
juive hassidique clandestine à Napierville -
Marie Allard
Voir aussi LES
FRANCOPHONES
MANQUENT
À
L’APPEL
Malbouffe
-
Une histoire grasse
Fast-food
autour
des écoles - Entre interdiction et éducation
Sherbrooke
-
L'université estrienne brille aux prix Octas
Le bac se déprécie
Et la liberté d'expression existe-t-elle toujours dans notre
système d'éducation ?...
UQAM: des étudiants à la défense d'un prof
La légitimité des recteurs de l'UQAM et de l'UdeM ébranlée
Les
diplômés
remboursent leurs prêts plus rapidement qu’avant - DETTES
D’ÉTUDES
Lettre d'une enseignante révoltée !...
Un (rare) hommage à l’école publique
Finir l’année scolaire en chantant
- Marie Allard
Transformation
extrême
d’un service de garde - SYLVIA
GALIPEAU
Documentaires
-
PIERRE FOGLIA
Impacts de
l'emploi étudiant
Devoirs
au
primaire - Faux gage de réussite
Maudits devoirs! - Rima
Elkouri
Une
majorité
de parents favorables aux devoirs
Un
guide
sur les devoirs en septembre
Y aurait-il quelque chose qui cloche avec nos
commissions scolaires ?...
Peur d'avoir peur - Ariane Krol
... de même qu'avec ce cher Ministère de l'Éducation, des
Loisirs et des Sports ?...
Son
stage
complété avec succès, on lui refuse son brevet
Reste-t-il encore quoi que ce soit de
moindrement utile dans le curriculum de nos élèves ?...
La
culture
générale, la grande oubliée?
Le
sexe
à l'école-
Stéphane Laporte
L'école
de
la tolérance
Examens
de
français au cégep: pire taux d'échec en 10 ans
Les anglophones réussissent mieux -
Ariane Lacoursière
À
court d’histoire ANDRÉ PRATTE
Ça manque à ma culture… -
NATHALIE PETROWSKI
Réussite vs compétence
Le grand malaise
La jungle des services financiers
Analphabètes de l’argent
Au pays des illettrés financiers
- Sophie Cousineau
Requiem pour le cours d’économie
Test de français plus difficile : Hécatombe en vue
chez les futurs profs
Voir aussi LE drame -
CLAUDE PICHER
Aller se former à Vancouver... et y enseigner
- Marie Allard
DE PLUS EN PLUS DE PROFS SANS PERMIS - Marie
Allard
Plus
de
femmes
que
d’hommes
décrochent
leur
diplôme
Les hommes se font plus rares - Marie Allard
À l’école, p’tit gars ! - Mario Roy
OUI > Il faut tenir compte des
différences d’apprentissage entre garçons et filles
Choix de carrière: est-ce que tout se joue au secondaire ?
LA PERFORMANCE À OUTRANCE - MICHÈLE OUIMET
Des examens jugés « trop stressants » - Ariane
Lacoursière
LES LAISSÉS-POURCOMPTE DU PRIVÉ - Marie
Allard
EXPULSÉ
POUR
UNE MOYENNE DE 64,5% - Ariane Lacoursière
Lectures scolaires: Kafka ou Twilight?
Difficile pour les profs de choisir des livres
De la paresse - ROXANE SICOTTE
Des livres endormants - ÉRIC ST-ONGE
NIVELLEMENT PAR LE BAS - LIARA BRAULT ET ANDRÉE
HAMMOND
De Twilight à Kafka - ANNIE CONTANT
Non
à
la malbouffe culturelle à l'école! - Rima Elkouri
Oui
à
l'effort - Nathalie Collard
La passion des
livres - Nathalie Collard
L’échec scolaire, un luxe de trop
Dévalorisée, usée, écrasée
J’EN
AI
MARRE
Je
suis
un résidu
Une
profession
dévalorisée
-
MICHEL LEBEL
Un titre professionnel pour les enseignants
- Marie Allard
Le
crochet
du
décrochage
-
JEAN-PAUL JACQUES
Deux profs par classe - Martin Lépine
Des intervenants dénoncent une culture de l'absentéisme
Le
bateau
prend l'eau
Fermetures d'écoles
Entente
à
l'UdeM: le semestre des étudiants est sauvé
UdeM:
qui
doit bouger?
Les chargés de cours de l'UdeM rejettent les offres
patronales
UdM: les étudiants se battent pour leur trimestre
Branle-bas de combat dans les écoles
Plaidoyer
pour
garder les brevets d'enseignement
Formation d'enseignants d'anglais: l'autorisation a tardé
Music-teacher decision strikes the wrong chord
La
CSDM
présente
ses
excuses
aux
élèves
refusés
aux
cours
d’été
Des examens du Ministère pourraient ne
pas compter - Marie Allard
Liste des
fournitures scolaires : La démesure
Nous sommes uniques
Une
étudiante
de la TELUQ se sent flouée
Révision de notes: les dés sont pipés, croit un cégépien
Sortie
de
classe
-
Stéphane Laporte
Les
nouvelles
- Pierre Foglia
Descartes
-
Pierre Foglia
Promising results from provincial finals
Taux
de
réussite - L’incrédulité
Des
élèves
sans recours
Évaluation des enseignants
Les
anglophones
bonifient déjà le salaire des enseignants
Un
ordre professionnel s’impose
Improductif
UNE
« EXPÉRIENCE UNIQUE » QUI TOURNE AU DÉSASTRE
En Ontario, l’ordre des enseignants est très actif
IMPOSER
L’EXCELLENCE
Doit-on
tolérer l'incompétence en éducation?
Handled carefully, merit pay for teachers might work
Des « mercenaires de l’éducation » ?
Et comment repenser l'enseignement ?...
La persévérance ne suffit pas
Querelle
autour
de l'enseignement en maternelle - Experts et enseignants
sont divisés sur l'aide à apporter à un nombre grandissant
d'enfants en difficulté
Et surtout, pourra-t-on enfin concevoir qu'il nous faille
développer d'autres compétences que celles qui peuvent être
prescrites par le curicculum traditionnel, ou par les
orientations traditionnelles de l'enseignement ?...
La vie après la philosophie
42
ans
plus tard - Le rapport Rioux suscite toujours le débat
Les
arts
à l'école - La société québécoise gagnerait à enseigner
davantage la danse en milieu scolaire
Voir aussi : Psychologie
|
LE DEVOIR
THE GAZETTE
Quebec
is
being both cowardly and interfering
Teachers and parents deserve an A on this one
GLOBE AND MAIL
***
L'ACTUALITÉ
Vaincre le décrochage, c’est
possible ! - Pierre Fortin |
Michèle
Courchesne
aux Francs-Tireurs
The
Homework
myth
|
|
Retards alarmants - LUCIEN BOUCHARD
La remise à
flot de nos universités passe par une réévaluation des droits
de scolarité
Malgré tous les efforts de nos gouvernements, l’université
québécoise est dangereusement sous-financée.
C’est par l’éducation que s’est construit le Québec moderne:
c’est à elle que nous devons la formation de nos artistes,
animateurs sociaux, innovateurs technologiques, créateurs
d’emplois, travailleurs spécialisés. Bref, c’est grâce à elle
que nous disposons aujourd’hui des atouts qui fondent l’espoir
que nous nourrissons pour l’avenir de nos enfants.
Mais il faut bien constater aussi que notre système
d’éducation a maintenant, plus que jamais, besoins d’efforts
renouvelés. Ses déficiences actuelles ont été maintes fois
signalées par de nombreux éducateurs et observateurs. Pensons
par exemple au phénomène du décrochage des garçons au niveau
secondaire.
Autrement dit, la restauration d’un système d’éducation
performant, ouvert et humaniste est l’un des grands chantiers
où nous devons nous activer, dans la solidarité, la lucidité
et l’efficacité.
Nous souhaitons plus spécialement attirer l’attention de nos
concitoyens et concitoyennes sur les graves difficultés
qu’affronte présentement l’enseignement universitaire. On ne
peut sousestimer l’importance cruciale des institutions de ce
niveau dans l’édification d’une société, le développement des
esprits et la transmission des connaissances. En dépendent la
place que la génération qui monte prendra dans le monde ainsi
que son épanouissement personnel et collectif.
Nous vivons dans un univers de plus en plus changeant et de
plus en plus compétitif. C’est dire que nos universités
doivent se maintenir à un niveau de qualité et de performance
qui donne à nos jeunes les outils qui leur seront nécessaires
pour oeuvrer avec confiance et succès dans une économie basée
sur le savoir.
Or, malgré
tous les efforts déployés par nos gouvernements, l’un après
l’autre, l’université québécoise est dangereusement
sous-financée par rapport à celles du Canada et de l’Amérique
du Nord, avec lesquelles, ne l’oublions pas, elle est mesurée.
Cette précarité financière a atteint la cote d’alerte. Si rien
n’est fait, ce sont les étudiants qui en souffriront d’abord
et, bien sûr, inévitablement, l’ensemble de la société
québécoise. N’allons surtout pas penser qu’on peut facilement
rattraper les retards que nous sommes en train d’accuser.
La proposition que nous soumettons aujourd’hui à la
considération de tous vise à opérer le redressement
nécessaire. Nous sommes bien conscients que toute initiative
doit s’inscrire dans une juste répartition des efforts requis
pour relever l’ensemble des défis qui nous interpellent, qu’il
s’agisse des investissements à faire à d’autres niveaux de
notre système d’éducation ou de ceux attendus dans la santé,
les infrastructures, l’environnement. La situation est
d’autant plus sérieuse que ces investissements massifs devront
s’effectuer dans le contexte de nos inquiétantes finances
publiques.
C’est pourquoi nous faisons valoir qu’au-delà d’un effort
soutenu de l’État, la remise à flot de nos universités passe
nécessairement par une réévaluation des droits de scolarité.
La proposition que nous soumettons à la discussion cherche à
conjuguer des valeurs d’équité et de réalisme. Un étudiant qui
retire d’une formation universitaire plus coûteuse et plus
lucrative devrait être appelé à contribuer davantage, mais à
l’intérieur d’un régime prévoyant des mesures pour venir en
aide à ses camarades défavorisés.
Au moment où les moyens financiers de notre État battent de
l’aile, nous ne pouvons tout simplement pas continuer à faire
cavaliers seuls dans les réseaux universitaires canadien et
nord-américain, en maintenant un niveau de droits de scolarité
qui condamne nos universités à l’étiolement et les empêche de
remplir leur indispensable mission de préparation de l’avenir.
Il serait tragique de se résigner par l’inaction à la dilution
des réussites et des niveaux d’excellence atteints dans
plusieurs disciplines et secteurs de recherche.
Nous
ne sommes ni des élus ni des acteurs politiques ni des
représentants mandatés. C’est donc une démarche citoyenne que
la nôtre et c’est ainsi que nous souhaitons voir perçu et reçu
cet appel convivial que nous lançons à la population, à la
classe politique et, plus spécifiquement, au gouvernement
chargé de la lourde responsabilité de prendre les difficiles
décisions qui s’imposent.
LAISSEZ-NOUS
RESPIRER
- HÉLÈNE REEVES
De l’école la
fin de semaine, non et encore non !
Plutôt que de rajouter des heures, on devrait contrer le
décrochage en mettant plus de ressources d’aide au primaire et
au secondaire.
Madame la ministre, en mon nom, et au nom de la dizaine de
parents à qui j’ai parlé le week-end dernier, je vous dis: non
à l’école la fin de semaine ! non ! non ! et encore non !
Assez, c’est assez !
Nous courons toute la semaine entre les devoirs, les lunchs à
préparer, les activités, les projets spéciaux de l’école et
nos propres réunions de bureau qui ont lieu à tout moment du
jour et du soir. Être parents de trois enfants et avoir tous
les deux des carrières professionnelles, c’est un rythme
infernal. Le samedi et le dimanche, nous voulons pouvoir
respirer et laisser nos enfants respirer. Nous en avons plus
qu’assez de la performance démentielle que le rythme de
travail impose et de celle que nous imposons à nos enfants.
Est-ce que les gens savent que depuis que vous avez rallongé
les heures d’école au primaire, les enfants débutent leur
journée scolaire à 7h50 lematin? Ce qui oblige des enfants de
5 ans à se tenir sur le coin de l’autobus le matin à 7h en
hiver, alors qu’il fait encore nuit et qu’on gèle... C’est
absurde! C’est faire preuve d’un manque d’humanité des plus
élémentaires envers des enfants si petits.
Est-ce que les gens savent que vos bulletins chiffrés sont une
rigolade et qu’en fait, les enseignants notent encore en
lettres et ne font que convertir des lettres en chiffres, ce
qui donne des écarts de sept points entre les notes possibles
? Les enfants ont soit 87, 80 ou 73… gros écart, non? Encore
une fois, c’est absurde. Mais le gouvernement libéral ne
craint pas les absurdités pourvu que les apparences soient
sauves. La population pense que si on revenait au bon vieux
temps, des bulletins chiffrés, ce serait mieux? Le Parti
libéral leur donne des bulletins chiffrés.
Il faut
cesser de penser que le décrochage est dû à la paresse des
enfants et à la réforme scolaire. Il faut cesser de penser que
si on revenait aux méthodes du bon vieux temps, tout cela se
réglerait. Il faut cesser de faire comme Lucien Bouchard ou
Joseph Facal et jeter des pierres aux enfants en les traitant
de paresseux. Il faut cesser de faire des enjeux en éducation
des bonbons électoraux de libéraux.
Ce n’est pas de quantité d’heures à rajouter dont il faudrait
parler pour contrer le décrochage, mais de redonner une
motivation à ceux qui décrochent. Il y a longtemps que ceux
qui décrochent ont été largués par le système, car il y a
unmanque d’accompagnement flagrant dans ce système, un manque
d’humanisme.
Pourquoi faut-il que des parents en soient rendus à poursuivre
en justice des commissions scolaires, comme ils le font
actuellement, pour obtenir des services en orthophonie et en
orthopédagogie? Un enfant qui traîne des difficultés depuis le
primaire est forcément plus à risque de décrocher un jour...
Le seul moyen de contrer le décrochage est de mettre plus de
ressources d’aide au primaire et au secondaire.
Cessons de penser en terme punitif et coercitif, cela ne donne
strictement rien si le désir et le plaisir d’apprendre ne sont
pas au rendez-vous. Oui, il faut mettre plus des ressources en
éducation pour que cela fonctionne, pas plus d’heures...
Madame la ministre, j’en ai plus qu’assez de vos mesures qui
prennent mes enfants en otages pour vous faire du capital
politique. L’école le samedi, c’est non!
ÉLIMINONS LES COMMISSIONS SCOLAIRES -
Jean-François Allard & Luc Paquin
Leur existence
prive l’école publique de ressources vitales
Les auteurs sont des enseignants à l’école secondaire publique
à Montréal. La semaine pour l’école publique est un moment
propice pour s’interroger sur cette institution qui est trop
souvent laissée dans l’ombre des comparaisons avec l’école
privée.
PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES
LA PRESSE
Il faut offrir à l’école publique les
moyens qui lui font défaut pour convaincre ceux qui pensent
qu’on fait mieux au privé.
La gouvernance en matière d’éducation au Québec est trop peu
souvent remise en question. Les sommes colossales investies
dans l’éducation par les Québécois méritent d’être allouées
aux élèves et aux intervenants de premières lignes dans les
écoles publiques. Le Québec mérite une école privée de
gaspillage. Pour mettre en oeuvre des changements profonds, il
importe que l’État québécois prenne en charge la gouvernance
de l’éducation.
L’État québécois ne doit plus laisser l’éducation en
sous-traitance aux commissions scolaires. Ces structures
archaïques ont été mises en place au XIXe siècle pour gérer
l’éducation «religieuse» alors que l’État était minimaliste.
Aujourd’hui, l’État québécois à le devoir de prendre en charge
la gestion du réseau scolaire. Il n’y a plus lieu de conserver
la commission scolaire tel qu’elle existait jadis d’autant
qu’elle n’a plus la légitimité démocratique d’exercer son
pouvoir fiscal depuis fort longtemps.
L’existence même des commissions scolaires prive et dérive les
écoles publiques des ressources dont elles ont tant besoin.
Pour être efficace et adaptée à son milieu, l’école a besoin
de liberté Les Québécois contribueront ainsi à l’éducation de
l’ensemble de la jeunesse du Québec sans l’intermédiaire des
commissions scolaires. Cette réorganisation radicale de
l’école québécoise lui offrira enfin les moyens qui lui font
défaut pour convaincre ceux qui pensent qu’on fait mieux au
privé.
Une source
supplémentaire de financement pour l’école publique doit aussi
provenir du transfert des subventions accordées à l’école
privée vers le secteur public. Un sondage CROP effectué en
août dernier révèle que 67% des
Avec des subventions à la hauteur de 60%, sans compter les
crédits d’impôt, l’école privée est en voie de devenir une
école publique payante et n’a de privé que le nom. Cette
iniquité est incompatible avec le système scolaire gratuit et
universel que s’est donné le Québec et qui est un principe
fondateur de notre système d’éducation.
Le secteur public doit cependant tirer des leçons du succès
que l’école privée a connu ces dernières années: l’argent y
est investi et géré plus efficacement, le ratio
gestionnaires/enseignants/élèves est plus équilibré, chaque
établissement possède une autonomie qui facilite l’adaptation
de l’école à son milieu et enfin, la promotion du sentiment
d’appartenance à l’école est importante pour le personnel,
pour les étudiants et pour la communauté.
Nous sommes devant un choix décisif. Soit nous poursuivons sur
la route de la privatisation de l’enseignement et nous
privilégions une éducation à deux vitesses au prix d’une
fracture sociale. Soit nous optons pour la solution qui fera
en sorte que tous (riches, pauvres et endettés) puissent
s’assurer que l’école publique québécoise soit l’unique clef
de la réussite collective et aussi le seul moyen par lequel
chaque individu s’affranchit de l’ignorance.
NÉGOCIATIONS DANS LE SECTEUR PUBLIC
Les
enseignants choqués par les propositions patronales
- Ariane Lacoursière
Alor s que débutent l es
négociations dans le secteur public, les deux principaux
syndicats de l’enseignement du Québec ont été choqués, hier,
par les premières offres patronales. Selon les syndicats, le
gouvernement « n’apporte aucune solution » aux problèmes vécus
dans les écoles et fait même preuve « d’arrogance à l’égard
des enseignants ».
La Fédération autonome de l’enseignement (FAE) qualifie de «
gifle au visage » les propositions déposées hier matin par le
Comité patronal de négociation pour les commissions scolaires
francophones du Québec (CPNCF).
« On parle depuis longtemps des problèmes vécus dans le milieu
de l’éducation. Mais aujourd’hui, on voit que le gouvernement
n’écoute pas le cri de détresse de ses enseignants », affirme
le président de l a FAE, Pierre St-Germain.
« Leur dépôt reflète leur méconnaissance totale de la réalité
des profs », ajoute la présidente de la Fédération des
syndicats de l’enseignement (FSE), Manon Bernard.
Pour
diminuer la lourdeur de la tâche des enseignants, les
syndicats veulent freiner l’intégration d’élèves en
difficulté dans les groupes réguliers et diminuer le nombre
d’élèves par classe. De son côté, le gouvernement ne propose
aucune solution concrète pour diminuer la lourdeur de la
tâche des enseignants, selon M. St-Germain.
Le président du CPNCF, Bernard Tremblay, affirme que la
partie patronale se « concentre sur le meilleur enseignement
pour la réuss i t e des élève s » . « L e s conventions
collectives ont commencé il y a 40 ans, souligne-t-i l . I l
faut les actualiser pour nous permettre d’offrir le meilleur
enseignement. »
« Avec les proposit ions patronales, on a l’impression que
la réussite des élèves ne repose que sur nos épaules,
réplique Mme Bernard. C’est vraiment une déception. »
Le gouvernement se donne jusqu’au 31 mars pour en arriver à
une entente avec les syndicats. Pour M. StGermain, cet
objecti f est irréaliste. « On est aux antipodes
actuellement », dit-il.
Mme Bernard croit qu’il faudra travai l ler très fort pour y
arriver. « Le gouvernement devra nous écouter sérieusement.
Parce qu’on ne peut pas se retrouver dans une situation pire
qu’actuellement », juge-t-elle.
Règles budgétaires en éducation : Des projets
spéciaux en péril - Ariane Lacoursière
Plusieurs
établissements scolaires du Québec craignent que les nouvelles
règles budgétaires imposées par le gouvernement ne les
empêchent dorénavant de mener à terme leurs projets spéciaux,
dont d’importants travaux de rénovation. Car les nouvelles
règles qu’a adoptées au printemps dernier le ministère de
l’Éducation (MELS) changent radicalement la manière dont les
écoles peuvent utiliser leurs surplus.
À l’école Notre-Dame-del’Assomption dans le quartier
Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal, certains parents craignent
que leur cour d’école ne soit pas rénovée cette année comme
prévu. C’est que les nouvelles règles budgétaires du
gouvernement obligent maintenant les écoles à redonner leurs
surplus budgétaires à leur commission scolaire, qui donne à
son tour les surplus au gouvernement.
À l’école Notre-Dame-del’Assomption, des surplus budgétaires
de 17 000$ avaient été réservés pour rénover la cour d’école,
selon un parent engagé dans le dossier. Mais cette année,
l’école a dû redonner les 17 000$ accumulés, ajoute le parent.
La directrice de l’école Notre-Dame-de-l’Assomption n’a pas
rappelé La Presse. Le porte-parole de la Commission scolaire
de Montréal (CSDM), Alain Perron, reconnaît que les nouvelles
règles obligent les écoles à retourner leurs surplus. Il
assure toutefois que tous les projets de rénovations de cours
d’école auront lieu. « Au lieu d’être conservé à l’école,
l’argent sera conservé au Conseil du Trésor. Cet argent
appartient quand même à l’école. Oui, il est pris, mais pour
être redonné », explique M. Perron.
Le président de l’Association montréala ise des directions
d’établissements scolaires (AMDES), Gaétan Neault, affirme que
« les gens ne savent pas sur quel pied danser » depuis
l’adoption des nouvelles règles budgétaires. « On a des
informations au compte-gouttes. On craint de ne plus voir la
couleur des surplus », dit-il.
M. Neault
explique que certaines écoles accumulent depuis des années
leurs surplus pour mener un projet d’envergure. « Des fois,
des équipes-écoles se sont serré la ceinture longtemps. La
ministre de l’Éducation dit elle-même que chaque école est la
mieux placée pour répondre aux besoins de ses élèves. Mais si
on nous restreint trop, on ne sera plus capables de faire des
projets spéciaux et de mobi l iser notre monde », dit-il.
Le printemps dernier, la Fédération des commissions scolaires
du Québec ( FCSQ) avait fait une sortie publique en disant
justement craindre que l’argent accumulé par les écoles
pendant des années ne soit perdu. « On trouve que c’est un
signal négatif du gouvernement de ne pas nous laisser
administrer nos surplus, dit la présidente de la FCSQ, Josée
Bouchard. On avait prévenu que ça empêcherait la mise en place
de certains projets. »
Le président de l’Association des directeurs généraux des
commissions scolaires du Québec ( ADIGECS), Serge Pelletier,
af firme qu’avec les nouvelles directives, les commissions
scolaires « n’ont pas le droit d’utiliser plus de 10% des
surplus ». « Et il faut s’entendre sur comment on utilise ces
surplus », ajoute M. Pelletier.
Par exemple, si une commission scolaire avait 4 millions de
surplus, elle doit maintenant n’en utiliser que 400 000$ pour
des projets spéciaux. M. Pelletier précise que les nouvelles
règles « changent les façons de travailler ». « Il va falloir
s’entendre sur la façon de dépenser les surplus. Mais dans la
pratique, je ne pense pas que ça va changer tant de choses...
Ça alourdit simplement le processus. »
Le ministère de l’Éducation n’a pas rappelé La Presse.
Écoles défavorisées 105 écoles « gagnent », 150 «
perdent » - Marie Allard
Écoles
défavorisées
Saviez-vous qu’il y a quatre types d’écoles défavorisées au
Québec? Certaines ont droit au lait-école, d’autres aux
subventions d’Agir autrement, d’autres aux classes réduites en
première et deuxième années, d’autres en troisième et
quatrième années. Aussi étrange que cela puisse paraître,
toutes ces mesures ne sont pas accordées selon les mêmes
critères de « défavorisation », a constaté La Presse.
PHOTO MARTIN CHAMBERLAN,
ARCHIVES LA PRESSE
Québec verse 40,3 millions pour aider
778 écoles défavorisées cette année grâce au programme Agir
autrement.
Québec verse 40,3 millions pour aider 778 écoles défavorisées
cette année grâce au programme Agir autrement, a i ndiqué Kim
Ledoux, attachée de presse de la ministre de l’ Éducation. Ces
subventions sont accordées aux 30% d’écoles les plus
défavorisées selon l’indice de milieu socioéconomique ( I
MSE), calculé avec la proportion de mères sans diplôme et de
parents chômeurs. Celles qui sont aux rangs 8, 9 et 10 y ont
droit; le faible revenu des parents n’est pas pris en compte.
Pour la première fois, cet indice s’appuie sur les données du
recensement canadien de 2006 (avant, c’était celui de 2001).
Autre changement : la carte qu’utilise le Ministère se base
désormais sur 3500 « unités géographiques » au lieu de 1500.
Résultat : 105
écoles ont « gagné » le droit de toucher l’argent d’Agir mais…
150 l ’ont perdu, a appris La Presse. Pour amoindrir le choc
des « perdantes », Québec leur donne cette année la moitié des
subventions reçues l’an dernier, soit 3,1 millions.
Quant à la baisse du nombre d’élèves par classe en troisième
et quatrième années du primaire, elle n’est offerte qu’aux 20%
d’écoles les plus défavorisées selon l’IMSE (rangs 9 et 10).
Les 10% d’écoles de rang 8, suffisamment défavorisées pour
avoir l’argent d’Agir autrement, ne le sont donc pas assez
pour obtenir des petites classes.
Plus compliqué encore, la réduction des ratios prof-élèves en
maternelle, première et deuxième années s’applique aux écoles
de rangs 9 et 10… mais aussi à celles qui sont listées dans la
convention collective des enseignants. Cette dernière prend en
compte le faible revenu des familles et le recensement de…
1996. Résultat : 950 bâtiments primaires (une école peut
compter plus d’un bâtiment) ont droit aux petites classes en
première et deuxième années, tandis que 627 y ont droit en
troisième et quatrième années, comme l’a révélé La Presse à la
fin du mois de septembre.
Ce n’est pas tout : Québec verse 6,8 millions pour le
laitécole, 7,45 millions pour des mesures alimentaires au
secondaire en milieu défavorisé et 6,4 millions pour des
mesures particulières à Montréal. Cet argent est distribué
dans les écoles « en fonction de l’indice du seuil de faible
revenu, car cet indice mesure la pauvreté financière des
parents des élèves », a expliqué Mme Ledoux. Impossible de
savoir combien d’écoles en bénéficient. « Le choix des mesures
aliment aires appartient aux commissions scolaires », a-t-elle
souligné.
Plus de 300 écoles changent de statut - Marie
Allard
Le faible
revenu des parents n’entre plus en compte pour déterminer
quelles écoles sont « défavorisées »
EXCLUSIF Plus de 300 écoles primaires du Québec ne sont plus
considérées comme « défavorisées » par le ministère de
l’Éducation, a appris La Presse. Juste avant que la baisse du
nombre d’élèves par classe en troisième et quatrième années en
milieu défavorisé n’entre en vigueur à la rentrée, ces écoles
ont su qu’elles ne se qualifiaient plus pour cette nouvelle
mesure.
Éducatrice
spécialisée
à l’école Saint-Louis de Terrebonne, Diane Latour ne
comprend pas que son établissement ne soit plus considéré
comme défavorisé. « J’aimerais tellement que la ministre
vienne passer une journée dans ma classe, pour qu’elle voie
la vraie vie ! » a-t-elle dit. L’école Saint-Louis compte
700 élèves, dont 140 ont des difficultés si grandes qu’il
font l’objet d’un « plan d’intervention ».
C u r ieusement , ces 32 3 « bâtiments avec la présence
d’élèves de niveau primaire », dans le jargon du Ministère,
ont toujours droit aux ratios réduits en maternelle ainsi
qu’en première et deuxième années. Défavorisés quand ils sont
petits, leurs élèves ne le sont soudainement plus quand ils
atteignent la troisième année, vers 8 ans.
«C’est tragique», a dit Diane Latour, éducatrice spécialisée à
l’école Saint-Louis de Terrebonne, qui n’est officiellement
plus défavorisée, au grand étonnement de son personnel.
Conséquence: l’école a perdu le droit aux classes réduites en
troisième et quatrième années, et son budget supplémentaire
(accordé en vertu du programme Agir autrement) a fondu de 85
000$ à 40 000$.
« Pou rta nt, la sit uation socio-économique est loin de s’a
méliorer da ns notre milieu », ont fait valoir la directrice
de l’école SaintLouis et la présidente de son conseil
d’établissement dans une lettre envoyée à la ministre de
l’Éducation.
«Il n’y a pas eu de changement de clientèle ou de construction
autour de l’école, a confirmé à La Presse Maud Mercier,
enseignante à Saint-Louis depuis 1997. Les gens vivent dans
des immeubles à logements multiples, ils sont démunis.»
Le faible revenu n’est plus pris en compte
L’explication ? Le Ministère ne prend plus en compte l’indice
de faible revenu (basé sur la proportion de familles avec
enfant mineur sous le seuil de quasi faible revenu) pour
dresser la liste des écoles défavorisées qui ont droit aux
baisses de ratio. Il ne considère que l’indice de milieu
socio-économique (basé sur la proportion de familles avec
enfant mineur où aucun parent ne travaille et de celles où les
mères n’ont pas de diplôme d’études secondaires). Autre
changement : les données sont tirées pour la première fois du
recensement de 2006.
« On ne
fonctionne plus qu’avec l’indice de milieu socio-économique
parce qu’il est davantage axé sur la réussite scolaire, a fait
valoir Kim Ledoux, attachée de presse de la ministre de
l’Éducation. L’indice du seuil de faible revenu, qui mesure la
pauvreté économique, est davantage utilisé pour les mesures
alimentaires. »
Résultat du nouveau calcul : 323 écoles primaires ont perdu
leur place parmi la liste des écoles défavorisées. Et seules
180 s’y sont ajoutées.
La FSE dénonce la situation
« Il y a des milieux dont la situation n’a pas changé, mais
qui n’ont plus les ressources prévues l’an dernier, a dénoncé
Manon Bernard, présidente de la Fédération des syndicats de
l’enseignement (FSE). Nous, ce qu’on veut, c’est que la baisse
de ratios en milieux défavorisés réponde aux besoins. »
« Selon la nouvelle carte de défavorisation, ces bâtiments ne
sont plus défavorisés, donc ils n’ont pas droit aux baisses de
ratio en troisième et quatrième années », a tranché Mme
Ledoux. Si les baisses de ratio sont ma i ntenues en
maternelle, première et deuxième années, « c’est parce que
c’est dans la convention collective des enseignants », at-elle
expliqué.
Au grand total, 950 écoles primaires ont donc droit, cette
année, aux classes réduites en maternelle, première et
deuxième années, tandis que 627 y ont droit en troisième et
quatrième années, comme le confirme la Liste des bâtiments en
milieux défavorisés retenus pour la baisse des ratios en
troisième et quatrième années du primaire selon les paramètres
initiaux 20 09-2010, que La Presse a obtenue.
« J’entends la ministre parler de contrer le décrochage et de
statistiques, a dit Mme L atou r, de l ’é c ole S a i n
tLouis. Sait-elle que, dans la vraie vie, nous avons cette
année une classe de troisième a n née de 29 élèves, dont 14
ont un plan d’intervention ? » Si les ratios avaient été
réduits com me prévu , il y aurait eu 24 élèves au maximum.
Les petits miracles quotidiens
Quel
que soit leur handicap, les enfants déficients devraient
profiter de services équitables et de qualité
Huit élèves pleins de potentiel pour une enseignante au bord
de
la crise de nerfs. Très loin du ratio un pour un de l’école
pour autistes !
L’auteure habite à Montréal.
Je suis la mère d’un petit garçon non oral de 5 ans atteint
d’une malformation cérébrale qui n’a rien à voir avec
l’autisme. Il fréquente une école spécialisée en déficience
physique du réseau de la CSDM (école primaire Victor-Doré).
Notre fils Thomas bénéficie de services d’orthophonie,
d’ergothérapie et de physiothérapie. C’est un enfant qui a
des besoins particuliers nécessitant des services
professionnels afin de lui permettre de se développer avec
ses déficiences. Notre garçon a été diagnostiqué en mars
2005 et il a été pris en charge par le Centre de
réadaptation Marie-Enfant en octobre 2006. Dix-neuf mois
d’attente alors qu’il était en plein développement...
Thomas fréquente la maternelle depuis septembre 2008. Depuis
la rentrée, il a fait d’immenses progrès. C’est un
privilégié de son école, car il est ambulant. La titulaire
de sa classe a à son bord huit enfants handicapés, dont
quatre en fauteuil roulant. C’est une classe turbulente,
nécessitant une compréhension du diagnostic de chacun des
enfants. Plusieurs, dont le nôtre, souffrent d’un déficit
d’attention sévère accompagné d’hyperactivité, d’impulsivité
et pour finir le plat, d’une déficience intellectuelle
légère. La professeure, pour maintenir le navire à flot, est
accompagnée d’une préposée qui lui donne un coup de main
pour les soins d’hygiène corporelle. Un titulaire pour huit
enfants avec diagnostic sévère. Huit élèves pleins de
potentiel pour une enseignante au bord de la crise de nerfs.
Très loin du ratio un pour un de l’école ÀPas de Géant pour
autistes!
Et je ne vous parle pas des écoles en déficience
intellectuelle que j’ai visitées l’année dernière. Des
ratios tout aussi élevés. Pas de service en ergothérapie ou
en physiothérapie. Alors que les besoins sont plus que
nécessaires pour plusieurs enfants handicapés intellectuels.
De l’orthophonie? Vous voulez rire... Le privé ainsi que le
milieu de la santé se les arrachent. Pensez-vous qu’une
orthophoniste fraîchement diplômée sera attirée par la
déficience intellectuelle? Si elle s’y dirige, elle n’y
restera que quelques mois. Frustrée de la qualité des suivis
et de l’apport qu’elle peut donner à ses enfants qui ont des
besoins criants, mais qu’elle ne peut voir que minimalement
(et parfois uniquement que pour une première évaluation).
Frustrant et surtout désolant aussi pour les parents démunis
qui voudraient aider leur enfant non oral. Le pire dans tout
ça: l’enfant.
La perception du public à l’égard du trouble envahissant
du développement (TED) est malheureusement trop souvent
généralisée par une forme rare d’autisme: le syndrome
d’Asperger. Physiquement, ce sont tous des enfants qui ont une
apparence normale. Il ont une facilité remarquable en
mathématiques. En fait, ils font des choses extraordinaires,
des accomplissements souvent dignes du livre des records.
Rappelez-vous du jeune autiste de haut niveau Xavier Charland
qui a remporté un stage dans un cabinet comptable à l’émission
Le Banquier. Ou encore deDustin Hoffman dans le film Rainman
qui lisait deux pages simultanément.
Pour toutes ces raisons, les autistes ont la faveur du public.
En plus d’être beaux, ils sont surdoués... La réalité est
pourtant très loin de ce mythe. Leurs rapports avec les autres
ne sont pas simples. Et leur handicap, car c’en est un, les
exclut de la société.
Aux yeux du public, nos enfants handicapés physiquement et/ou
intellectuellement ne feront jamais de choses extraordinaires
avec leur corps brisé ou leur cortex amoché. Ils ne
deviendront jamais coureurs automobiles, sauteurs à la perche
ou Prix Nobel en chimie. Et pourtant. Ces enfants-là
accomplissent des petites merveilles tous les jours.
Malheureusement, seuls les parents et les intervenants sont
témoins de cette petite cour aux miracles.
Pour que le petit train aille encore plus loin, les décideurs
de ce pays doivent aller de l’avant et mobiliser les
ressources en rendant l’accès aux services plus facile, en
maintenant des services de qualité de façon équitable quel que
soit le handicap de l’enfant et en soutenant les parents
d’enfants différents qui se sentent bien esseulés et surtout,
essoufflés.
Démontrer enfin pour vrai que le Québec est fou de ses enfants
même les plus différents!
MANQUE D’ORTHOPHONISTES La CSDMpaie pour la
consultation au privé
La
Commission scolaire de Montréal (CSDM) a envoyé une
cinquantaine d’élèves consulter des orthophonistes en bureau
privé, à ses frais, depuis septembre, a appris La Presse. «
C’est une pratique qui a lieu étant donné la pénurie
d’orthophonistes », a confirmé Alain Perron, porte-parole de
la CSDM.
En milieu scolaire, les
orthophonistes évaluent les difficultés de parole et de
langage des enfants, puis mettent en oeuvre un traitement
pour les aider. Mais ils se plaignent de ne pas avoir le
temps de bien le faire et craignent d’être écartés.
Six postes d’orthophoniste sont actuellement à combler à la
CSDM. « Quand on n’a pas un de nos orthophonistes sous la
main, on va se tourner vers le privé », une pratique qui a
lieu depuis quatre ans, a expliqué M. Perron. Le coût est de
500$ à 800$ par enfant. « Peu importe la pénurie, aucun
élève n’est laissé sur la touche », a-t-il assuré.
P e t i t e d i f f é r e nc e à la Commission scolaire
MargueriteBourgeoys ( CSMB), où une firme privée « vient
dans nos écoles trois ou quatre jours par semaine », a
indiqué Brigitte Gauvreau, sa porte-parole. Cette «
sous-traitance » existe depuis trois ans, « mais c’est la
première année qu’on y recourt jusqu’à quatre jours par
semaine », a-telle précisé. Le coût: 450$ par jour, soit 30%
plus cher que pour le personnel interne.
Neuf orthophonistes de la CSMB sont en congé (souvent de
maternité), ce qui a forcé le recours au privé. Des postes
temporaires ont aussi été créés. Malgré tout, trois postes
demeurent vacants, si bien qu’il a fallu former à l’interne
« une équipe volante qui va combler les besoins urgents des
milieux », a dit Mme Gauvreau.
Pénurie relative
Quant à la pénurie d’orthophonistes, elle est...
relative, selon Marie-Pierre Caouette, présidente de l’Ordre
des orthophonistes et audiologistes du Québec. « Le paradoxe,
c’est que tous les endroits qui disent ne pas arriver à
recruter des orthophonistes en trouvent en pratique privée,
a-t-elle observé. Techniquement, il ne manque plus tant que ça
d’orthophonistes. Mais il y a certainement un problème au
niveau de la gestion et de l’organisation des postes. »
« Les conditions de travail expliquent en bonne partie la
pénurie d’orthophonistes en mi l ieu scolaire » , a indiqué
Jean Falardeau, président de la Fédération des professionnels
de l’éducation du Québec. Passer le clair de son temps en
voiture pour aller dans 10 écoles différentes est moins
intéressant que de travailler dans un seul centre de
réadaptation ou en pratique privée, illustre-t-il.
« C’est un choix de qualité de vie et de qualité de pratique,
pour faire des interventions qui vont être efficaces et
changer la vie des gens, a dit Mme Caouette. On remarque cette
tendance-là de façon assez importante. »
En milieu scolaire, les orthophonistes évaluent les
difficultés de parole et de langage des enfants, puis mettent
en oeuvre un traitement pour les aider. Mais ils se plaignent
de ne pas avoir le temps de bien le faire et craignent d’être
écartés.
« On cherche présentement à savoir qui pourrait faire les
évaluations du langage et les traitements à la place des
orthophonistes, a dénoncé Mme Caouette. On veut priver la
population de l’accès aux personnes les plus compétentes pour
le faire. »
Si les profs pouvaient... - STÉPHANE LAPORTE
C’est en
septembre que ça se décide. Parfois même dès le premier cours.
La cloche sonne. Trente élèves s’assoient à leur pupitre.
Soixante paires d’yeux fixent la porte de la classe.
Impatients de savoir de quoi a l’air le prof. Parfois sa
réputation le précède et elle entre en premier. Les jeunes ont
déjà peur. Les plus vieux leur ont dit qu’ils allaient passer
par là. Ça peut aussi être le contraire. Les jeunes sont déjà
turbulents. Baveux. Les plus vieux leur ont dit que c’était un
mou.
Le professeur arrive, les élèves l’analysent. Ils le scannent
de la tête aux pieds. Sa démarche, son habillement, ses
cheveux, son poil aux oreilles, son manucure, ses mèches, son
parfum, son accent, ses tics. Ils n’ont que ça à faire. Le
regarder. Durant toute la période. Alors ils le font. Quand le
premier cours est terminé, leur idée est faite. Ils vont aimer
ou pas le français, les mathématiques, la chimie, la biologie,
la géographie ou l’éducation physique selon qu’ils aiment ou
n’aiment pas M. Proulx, Mme Boily, M.Dutil ou Mme Bernier.
Je me demande à quel point les profs sont conscients que
l’école c’est eux. Ce sont eux les stars. Ils sont les Guy A.
Lepage, Julie Snyder, Marc Labrèche, Louis-José Houde de leur
matière. Ce sont eux qui l’animent. Ce sont eux qui y donnent
vie. Qui rendent ça intéressant ou ennuyant. Qui partagent
leur passion. Si le prof est sur le pilote automatique, le
cours va crasher, c’est sûr. Mais si le prof fait de la haute
voltige à la Luchini, en récitant des vers ou en déclamant ses
dictées, les élèves seront au septième ciel. Bien sûr,
personne n’est condamné à être génial. Les profs sont comme
les sportifs, les politiciens, les plombiers, les
chroniqueurs, ils font ce qu’ils peuvent avec ce qu’ils ont.
Mais on ne devient pas cuisinier si on n’aime pas manger.
Alors on ne devient pas professeur si on n’aime pas enseigner.
Si on n’aime pas donner un cours. Donner une représentation.
Pas besoin que le cours de physique devienne un spectacle du
Cirque du Soleil, il faut juste que les élèves sentent que
leur maître trippe sur la matière. Ça prend de l’entrain. De
l’enthousiasme.
Combien d’heures j’ai passé à dessiner des bonshommes dans mon
cahier parce que le prof lisait ses notes sans lever les yeux.
Monotone. Fatigué. Résigné. Le courant ne passait pas parce
que le prof était en panne. D’inspiration. Il n’y a qu’une
seule façon d’apprendre, c’est en aimant. Si on ne fait pas
aimer aux élèves ce qu’on leur demande de retenir, ils ne s’en
souviendront jamais. L’indifférence n’a pas de mémoire.
Si j’aime autant écrire, c’est beaucoup à cause de M m
Lamoureux au primaire, M. Saint-Germain au secondaire et de M.
Parent au cégep. Des profs qui l’avaient. Ce n’était pas des
bouffons. Oh que non. Mais leur vocation était sincère et bien
visible. Car c’est de cela que l’on parle. Tenir assis sur des
sièges une trentaine de ticuls pendant toute une journée, faut
le faire. Même les parents ont de la misère à captiver leurs
enfants durant un week-end. Imaginez durant une semaine, des
étrangers se relayent pour essayer de transmettre
connaissances, culture et savoir-vivre à un auditoire qui ne
rêve qu’aux vacances de Noël. Faut le faire.
Et il n’y a
qu’une seule façon de le faire. Pour intéresser, il faut être
intéressant. Bien sûr, il y aura toujours des cancres qui
resteront insensibles à un cours d’anglais même si c’était
Angelina Jolie ou Brad Pitt (c’est selon) qui l’enseignait.
Mais la grande majorité des élèves ne demandent pas mieux que
d’embarquer. Encore faut-il que le monsieur ou la dame en
avant veuille les mener plus loin que la fin du cours. Plus
loin que la charge de travail imposée.
Le Québec est le royaume du décrochage. C’est peut-être parce
que les jeunes ne sont jamais accrochés. C’est plate, mais
c’est aux adultes de le faire. Les médecins ont la
responsabilité de guérir les patients. Les profs ont le devoir
d’intéresser les élèves. C’est bête de même. C’est beau de
même.
C’est sûrement la plus noble des tâches. Permettre à un
individu de grandir. Dans tous les sens du terme.
Si c’est le devoir des profs de stimuler leurs élèves, c’est
le devoir de la société de stimuler les professeurs. En
valorisant leur tâche. En structurant les écoles autour de
leur talent. En leu r permetta nt d’être imaginatifs.
Un professeur peut changer la vie de quelqu’un. Peu de gens
ont ce pouvoir. Il peut être un allumeur de réverbères. Comme
il peut être un éteignoir.
C’est en aidant les professeurs à être meilleurs que les
élèves le seront. C’est la seule réforme possible.
L’école, qu’elle s’appelle l’école Champlain, l’école Élan ou
l’école Sainte-Jeanne-D’arc, c’est l’école Pierre Dubois,
c’est l’école Mlle Provencher, c’est l’école Virginie. C’est
l’école des professeurs.
Quelqu’u
n dev rait l’apprendre aux directeurs de commissions scolaires
et aux sous-ministres.
Un écart intolérable - ROBERT LACROIX
Les
universités québécoises reçoivent 3350$ de moins de chaque
étudiant, comparativement au reste du Canada
Les subventions des gouvernements provinciaux ont été
systématiquement plus élevées au Québec.
Le sous-financement chronique des universités
québécoises depuis plus de 15 ans n’est plus tolérable. Nous
nous berçons d’illusions en pensant, année après année, que
nous pourrons maintenir la qualité relative de nos
institutions alors que les revenus qu’elles retirent pour
financer leurs dépenses de fonctionnement sont maintenant
inférieurs de quelque 3000$ par étudiant à temps complet à
ceux des universités du reste du Canada.
La contribution des étudiants
québécois sous forme de droits de scolarité et de frais
afférents permet-elle de maintenir la qualité de nos
institutions ?
Mais d’où provient cet écart persistant et croissant? Pour
répondre à cette question, nous avons comparé sur une période
de huit ans, à savoir de 2000-2001 à 2007-2008 (dernière année
pour laquelle nous avons des données comparables), la
situation du Québec à celle du reste du Canada.
Nous pouvons regrouper en trois sources les revenus permettant
de financer les dépenses de fonctionnement des universités :
les subventions des gouvernements provinciaux ; la
contribution des étudiants sous forme de droits de scolarité
et de frais afférents ; les autres revenus incluant ceux des
fondations. Au cours de ces huit années, les universités
québécoises ont reçu en moyenne et annuellement 2483$ de moins
par étudiant à temps complet que leurs concurrentes et
partenaires du reste du Canada. Cet écart négatif est non
seulement persistant tout au long de cette période, mais
croissant aussi puisqu’il atteint les 3000$ en 2007-2008.
Cela veut dire qu’en moyenne au cours de ces huit années, les
universités québécoises avaient chaque année 452 millions de
dollars de moins que les institutions du reste du Canada pour
tenter d’aussi bien former la relève scientifique et
professionnelle du Québec. Cet écart approche maintenant les
600 millions.
D’où provient
cet écart? Pour le savoir, il suffit d’examiner chacune des
trois sources de revenus énumérées précédemment.
Les subventions des gouvernements provinciaux ont été
systématiquement plus élevées au Québec que dans le reste du
Canada. En moyenne au cours de la période couverte, la
subvention gouvernementale québécoise par étudiant à temps
complet a dépassé celle des autres provinces de 1304$. Cela
veut dire qu’en moyenne sur cette période, le gouvernement du
Québec versait à ses universités chaque année, toute
proportion gardée, 250 millions de plus que les gouvernements
des autres provinces.
La situation est bien différente pour la contribution des
étudiants sous forme de droits de scolarité ou de frais
afférents. Au cours de la même période, chaque étudiant
québécois à temps complet versait, chaque année, 3350 $ de
moins que ses collègues du reste du Canada. Pour les
universités québécoises, il s’est donc agi d’un manque à
gagner annuel de 620 millions.
Pour ce qui est des autres sources de revenus, le manque à
gagner s’élève à quelque 80 millions par année. Au fur et à
mesure que se développe la philanthropie au Québec et que la
valorisation de la recherche universitaire augmentera, cet
écart devrait graduellement disparaître.
Deux conclusions nous semblent s’imposer. Nous ne devons plus
tolérer le sous-financement de nos universités et il importe
de rouvrir maintenant le dossier des droits de scolarité.
Un plan ambitieux pour « stopper l’hémorragie »
- Marie Allard
Pour réduire
de 20% son taux de décrochage scolaire d’ici cinq ans, la
Commission scolaire de Montréal (CSDM) a lancé hier son plan
Réussir. Alors que 1760 jeunes Montréalais sont sortis du
secondaire sans diplôme en 2006-2007, il y en aura 350 de
moins si la cible est atteinte en 2015.
PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE
« Notre cible est que tous nos élèves
sachent lire à 6 ans, bien lire et écrire à 12 ans et qu’ils
sachent lire et écrire parfaitement à 16 ans », a dit hier
Diane De Courcy, présidente de la Commission scolaire de
Montréal, accompagnée de Gilles Petitclerc, directeur
général de la CSDM.
« Nous ne ferons pas de miracle, car nous savons que, depuis
quelques années, le taux de décrochage est en c roissa nce da
n s nos éco - les, a dit Diane De Courcy, présidente de la
CSDM. Il nous faudra d’abord stopper l’hémorragie. »
Un budget de 6,6 millions en cinq ans – qui s’ajoute aux
subventions de Québec pour lutter contre le décrochage – est
prévu pour y arriver. Deux grandes priorités sont fixées :
améliorer la réussite du français et le soutien aux élèves au
x besoi ns pa r tic u l iers . Fait rare, les syndicats (dont
l’A llia nce des professeu rs de Montréal) et comités de
parents appuient ce plan d’action aux objectifs chiffrés, une
première pour la CSDM.
L’heu re est grave : seuls 40,7 % des élèves obtiennent un
diplôme après cinq ans au secondaire, un taux que la CSDM veut
hausser à 50 % d’ici cinq ans. Après six ans d’études,
l’obtention d’u n diplôme passera de 48,2 % à 60 % et après
sept ans, de 55,9 % à 70 %. « C’est un plan qui vise haut et
qui visera juste, ce que nous pourrons vérifier dans cinq ans
», a indiqué Mme De Courcy.
Bilan public en juillet 2011
Un comité –
appuyé par Marc-André Deniger, professeur à la faculté des
sciences de l’éducation de l’Université de Montréal – sera
responsable du suivi du plan. D’ici janvier, chacune des 155
écoles de la CSDM devra avoir fixé ses propres cibles, qui
seront aussi publiées.
« Une reddition de comptes annuelle et publique viendra
illustrer les progrès réalisés dans les établissements de la
commission scolaire », a a n noncé Gilles Petitclerc ,
directeur général de la CSDM. Il faudra toutefois attendre
juillet 2011 pour cette première confession publique. En cas
de recul dans une école, il n’y aura « personne à l’amende »,
a dit Mme De Courcy, mais l’accompagnement sera resserré.
Crédit d’impôt pour parents bénévoles
Impossible de savoir à quoi servi ront les 6 , 6 m illions
alloués : cela sera déterminé avec les écoles. Pour améliorer
la réussite en français, « des programmes d’éveil au monde de
l’écrit, des bibliothèques plus a nimées, l’utilisation
d’approches pédagogiques diversifiées et le dépistage précoce
des difficultés en lecture et en écriture », sont évoqués par
la CSDM. Quant au soutien aux élèves en difficulté, il passera
par une souplesse accrue dans la formation des classes, un
suivi individualisé et une aide aux allophones qui dépasse le
modèle des classes d’accueil, jugé insuffisant par Mme De
Courcy.
D ’a u t r e s m e s u r e s s o n t annoncées, comme un suivi
plus minutieux des absences et la création d’une ligne
d’information pour les raccrocheurs au 514-596-8800. Quant aux
parents, la CSDM demande au gouvernement de leur allouer des
congés pour qu’ils puissent faire du bénévolat dans les
écoles, voire un crédit d’impôt pour ceux qui y consacrent
beaucoup de temps !
« Il s’agit d’un réel passage à l’action », a dit Lynda
Laurencelle, présidente du Comité central des parents de la
CSDM.
Sondage sur la violence à l’école : Personne n’y échappe
- Daphné Dions-Viens
Dans le cadre
de son plan d’action pour lutter contre la violence à l’école,
le ministère de l’Éducation a demandé à un groupe de
chercheurs de faire un croquis de la situation dans les écoles
québécoises, en recoupant des données existantes. Le Soleil a
obtenu cette enquête, par une demande d’accès à l’information.
PHOTO MARTIN TREMBLAY,
ARCHIVES LA PRESSE
Selon la plus vaste enquête réalisée à
ce jour sur la violence dans des écoles québécoises, 50 %
des élèves du primaire se font insulter, 30 % se font
menacer et 20 % ont subi une agression physique.
D’abord, un bémol importa nt. L a méthodologie est imparfaite,
si bien que les résultats ne peuvent être étendus à l’ensemble
du Québec. Mais avec 180 000 élèves et 16 000 membres du
personnel interrogés, ces données représentent présentement «
la source de référence la plus complète» sur la violence
scolaire dans la province. Un portrait qui constitue « une
première au Québec » malgré ses imperfections, peuton lire
dans le document daté de janvier 2009.
L’enquête, réalisée par le Groupe de recherche sur les env i
ron nements scola i res (GR ES) de l’ Université de Montréal,
s’attarde d’abord au quotidien des élèves de la quatrième à la
sixième année dans 117 écoles primaires francophones, qui ont
participé volontairement à l’exercice.
Sans surprise, la violence est bien présente entre les murs
des écoles québécoises. Au primaire, les élèves interrogés
sont principalement victimes de leurs camarades de classe.
Près de la moitié d’entre eux (44 %) se sont déjà fait
insulter au moins une fois au cours des deux semaines
précédant l’enquête, dont 23% l’ont été deux fois ou plus. Un
élève sur trois (29 %) s’est fait menacer au moins une fois.
Environ 20% affirment s’être fait voler ou agresser
physiquement. Parmi eux, 8% ont vécu une agression physique au
moins deux fois, toujours au cours des deux semaines
précédentes.
Quant aux menaces armées et au taxage, 6 à 9% des élèves
affirment en avoir été victimes. On leur demandait alors si un
élève les avait menacés avec un objet pour leur faire mal et
si un élève les avait menacés ou forcés à lui donner des
objets, de l’argent ou des vêtements.
Pour Michel Janosz, professeur à l’Université de Montréal et
directeur du groupe de recherche, l’interprétation de ces
résultats reste un exercice très subjectif. « Oui, il y a de
la violence à l’école, dit-il. Mais l’école est un microcosme
de la société. Et il y a de la violence dans la société. Je
n’ai pas eu de surprises. On n’est pas très différents des
autres sociétés occidentales. »
Puisque cette
enquête ne permet pas de documenter l’évolution de la violence
à l’école, il est par ailleurs impossible de dire si la
situation empire ou, au contraire, s’améliore.
Témoins de la violence
L’étude s’attarde aussi à la violence perçue par les élèves.
S’ils ne sont pas tous victimes de violence, les enfants sont
toutefois beaucoup plus nombreux à être témoins de railleries,
d’insultes ou de coups donnés quand l’enseignante a le dos
tourné.
Entre les murs de l’école, les insultes sont occasionnelles ou
fréquentes, selon 90 % des écoliers. Environ 75 % affirment
avoir assisté à des bagarres à l’occasion et 15 % indiquent
avoir été témoins d’incidents raciaux.
Les effets pervers de la violence à l’école sont bien
documentés. Dans certains cas, les railleries ou les menaces
peuvent mener au décrochage. Mais on sait maintenant que la
violence a aussi des effets sur ceux qui en sont témoins, pas
seulement sur ceux qui en sont victimes.
«Deux enfants qui se battent dans la cour d’école, ça a un
impact pour ces enfants-là mais aussi pour les 20 autres qui
les regardent, affirme M. Janosz. »
Le mauvais exemple vient-il d’en haut ?
Il y a les
bagarres dans la cour d’école et les railleries échangées
dans le fond de la classe. Mais parfois, des adultes font
aussi preuve d’une certaine forme de violence envers les
enfants.
Selon l’enquête réalisée par le Groupe de recherche sur les
environnements scolaires (GRES), 16 % des élèves au primaire
rapportent s’être sentis ridiculisés ou insultés par un
membre du personnel. Environ 9% disent avoir été victimes
d’une agression physique intentionnelle par un adulte à
l’école. On leur a alors demandé si un adulte de l’école
s’est moqué d’eux ou leur a dit des mots blessants au cours
des deux semaines précédant l’enquête. Au secondaire, cette
proportion grimpe à... 29%.
Michel Janosz, directeur du GRES, souligne toutefois qu’il
faut manipuler ces données avec précaution. De quel type
d’agressions physiques parle-t-on ? À quel type d’insultes
les élèves font-ils référence? Impossible à dire pour
l’instant.
Mais ces chiffres ne doivent toutefois pas être banalisés,
ajoute-t-il.
Des profs
parmi les victimes
Les élèves ne sont pas les seuls à être victimes de violence
à l’école. Les professeurs doivent aussi faire face à leur
lot d’insultes, de menaces et même de vols. Au banc des
accusés, les élèves, bien sûr, mais aussi des collègues et
des parents.
Au primaire, 29% des profs affirment avoir été insultés par
des élèves. Près de 20 % ont été menacés et 15%, agressés
physiquement. De 16% à 20% ont été aussi insultés, mais par
leurs collègues ou des parents.
Au secondaire, le poids des mots est encore plus lourd. Près
de 40 % affirment avoir été insultés par un élève au moins
une fois depuis le début de l’année scolaire et 3%, attaqués
par un élève. Rappelons qu’au secondaire, l’étude a été
réalisée majoritairement dans des écoles en milieu
défavorisé.
Contrer le décrochage, parce que c’est notre
relève - Jacques Nantel
En
collaboration avec HEC Montréal, nous reprenons aujourd’hui
notre chronique hebdomadaire sur les défis auxquels font face
les entreprises sur le plan de la gestion.
I l y a quelques mois, le Groupe d’action sur la persévérance
scolaire déposait un rapport étoffé et percutant sur la
question de la relève. On y démontrait toute l’importance
d’entreprendre une démarche structurée afin de contrer ce qui
s’avère être l’un des plus grands problèmes auquel le Québec
fait face. Visiblement, alors que 30 % de nos jeunes célèbrent
leur 20e anniversaire sans avoir complété un diplôme d’études
secondaires, nous devons nous sentir i nterpellés chacun à
notre niveau.
PHOTO ANDRÉ PICHETTE,
ARCHIVES LA PRESSE
Le projet Fusion Jeunesse, auquel
collaborent toutes les institutions universitaires
montréalaises, vise à rapprocher les étudiants
universitaires de ceux des écoles secondaires.
Si cette situation s’adresse à tous, elle offre un défi
particulier aux collèges et aux universités qui se voient
ainsi privés d’un bassin d’étudiants dont un bon nombre
pourrait s’avérer d’excellents étudiants. Déjà, certaines
initiatives visant à rapprocher étudiants universitaires et
écoles secondaires ont vu le jour, dont le projet Fusion
Jeunesse, auquel collaborent toutes les institutions
universitaires montréalaises, dont HEC Montréal.
Le décrochage scolaire est un phénomène complexe qui résulte
de nombreux facteurs. Les recherches sur ce sujet en
identifient plusieurs, dont l’une en particulier, soit le
désir oppressant de certains élèves à vouloir lancer leur
propre entreprise .
Or, une telle cause interpelle de manière directe une
institution comme HEC Montréa l . Alors que les recherches en
matière d’ent r epreneurship suggèrent que les principales
qualités des entrepreneurs demeurent leur témérité, leur
audace et souvent leur réticence à emprunter les chemins les
plus f r équentés, d’autres recherches démontrent que le
principal facteur d’échec de ces jeunes entrepreneurs demeure
leur manque de formation.
Bref, pour les jeunes décrocheurs qui, séduits par l’idée de
devenir leur propre patron et qui ne peuvent souffrir plus
longtemps de demeurer sur les bancs d’école, HEC Montréal
pense pouvoir apporter une partie de la solution.
Ainsi, dès
cette année, des étudiants de HEC Montréal, de c o ncer t a ve
c F u s i o n Jeunesse, s ’ i mpl iqueront auprès de jeunes du
secondaire afin de les aider à lancer leur propre initiative
au sein de leurs écoles, et ce tout en poursuivant leurs
études. Déjà, une expérience pilote a démontré l’année
dernière qu’une t el l e i mpl i c at i on parascolaire de la
part d’élèves du secondaire diminuait sensiblement leur taux
d’absentéisme tout en augmentant leur taux de diplomation.
En plus de son implication au sein de ce premier projet, HEC
Montréal s’emploiera à contrer un problème tout aussi
sensible, celui du raccrochage scolaire. Dès l’hiver 2010, HEC
Montréal, de concert avec différentes organisations, verra à
permettre à de jeunes entrepreneurs bénéficiant d’une
expérience en entreprise, mais à qui une formation en gestion
fait défaut, de s’intégrer au sein d’un programme de
certificat en gestion, avec une aide financière et un
encadrement particulier.
L’idée est de permettre à un certain nombre de décrocheurs,
quelques années après avoir quitté les bancs d’école, de r
eprendre de manière encadrée une formation qu’ils jugent
eux-mêmes nécessaire.
Grâce à une telle approche, nous croyons que HEC Montréal,
aidée en cela par la communauté d’affaires, saura permettre à
un certain nombre de décrocheurs de reprendre et de terminer
leur formation. Pour ma part, je suis certain que nous
retrouverons parmi ceux-ci certains des meilleurs
entrepreneurs de demain, qui sauront à leur tour en aider
d’autres.
Mentionnons que de tels projets ne sont possibles que grâce à
l’aide de la communauté d’affaires du Québec. Le financement
nécessaire proviendra des profits du Gala du Commerce HEC
Montréal qu’ont t rès généreusement accepté de coprésider
madame Jacynthe Côté, chef de la direction de Rio Tinto Alcan,
ainsi que monsieur Jacques Ména r d , président BMO Groupe
financier (Québec) et président du conseil BMO Nesbitt Burns.
Il va sans dire que la communauté de HEC Montréal, et en
particulier les étudiants qui participeront ou bénéficieront
de ces programmes, leur est reconnaissante.
Message paradoxal - NATHALIE COLLARD
Cette semaine,
en plus du plan de lutte contre le décrochage scolaire de la
ministre de l’Éducation, on a également lancé une campagne de
sensibilisation qui veut encourager la population à
s’intéresser à l’école.
C’est l’infatigable banquier Jacques Ménard, président du
Groupe d’action sur la persévérance et la réussite scolaires,
qui mène l’opération.
La campagne radio, en ondes depuis mardi dernier, met en
vedette des stars québécoises comme Normand Brathwaite,
Marie-Michèle Desrosiers, Kent Nagano, Céline Dion et son
agent-mari René Angélil.
En gros, ils incitent les auditeurs à poser des questions aux
jeunes, à s’intéresser à ce qu’ils font à l’école. Bien qu’on
puisse se questionner sur l’impact d’un tel message,
l’équivalent de « Mange tes légumes, c’est bon pour la santé
», il faut saluer la participation bénévole de ces
personnalités qui ont mis leur notoriété au service de
l’éducation. C’est fort louable et personne ne leur
reprochera. On sait l’influence que les vedettes peuvent avoir
sur tout un pan de la société québécoise.
Mais le choix
de faire uniquement appel à des artistes de la scène et de la
chanson pour promouvoir la persévérance scolaire est
paradoxal.
Voilà une belle brochette d’individus dont la réussite n’a
absolument rien à voir avec le travail scolaire. Au contraire,
Céline Dion a regretté publiquement, et à plusieurs reprises,
de ne pas avoir terminé ses études secondaires. Bien sûr, elle
dira aux jeunes qu’il est important de ne pas abandonner mais
il demeure qu’aux yeux des Québécois, elle est LE symbole de
la réussite et qu’elle est arrivée au sommet sans l’école.
Contradictoire comme message.
C’est d’autant plus dérangeant qu’aujourd’hui, beaucoup de
jeunes semblent croire que pour réussir dans la vie, il faut
être connu, reconnu, célèbre. Et il est évident qu’à leurs
yeux, la notoriété à laquelle ils aspirent ne se construit pas
sur les bancs d’école, mais bien par un coup de baguette
magique. C’est, du moins, ce que les médias, la télévision en
particulier, leur font miroiter. En leur faisant croire qu’on
« arrive » quelque part non pas à la suite d’un long voyage
semé d’efforts et d’embûches, mais plutôt après avoir
participé à une niaiserie télévisuelle à la Loft Story.
On comprend que les concepteurs de cette campagne aient misé
sur la notoriété et l’amour du public pour Simple Plan et
Céline Dion afin de faire passer le message. Mais pourquoi ne
pas avoir ajouté à ce groupe quelques individus qui brillent
dans la société à cause de leur travail intellectuel ? Julie
Payette par exemple, au faîte de sa gloire cette année. Ou,
plus près des jeunes, India Desjardins, auteure-vedette
d’Aurélie Laflamme, qui gagne sa vie en écrivant des livres.
Enfin, pour que cette campagne atteigne vraiment sa cible, il
faudrait des témoignages de gens qui ont décroché et qui en
souffrent, des gens qui occupent des jobines démotivantes et
qui regrettent d’avoir abandonné. Leur message serait sans
doute plus percutant que celui d’une décrocheuse devenue
multimillionnaire.
Au sommet… grâce à l’école publique
- Juan José Hernandez
Montréal
Vous me direz que rien n’est plus banal qu’un père qui est
fier de son fils. Mais je suis également fier de l’école
secondaire publique dont il est issu. Par les temps qui
courent, voilà qui est moins commun.
Tout au long de son enfance sur l’avenue Querbes, Juan
Miguel a suivi des cours privés de violon. À
l’adolescence, il a choisi l’alto. Mais à ce niveau plus
élevé, les leçons toujours plus longues des professeurs
privés de plus en plus spécialisés devenaient sans cesse
plus coûteuses. Rien ne le motivait comme la musique.
Sans le programme de musique de l ’é c ole s e c ond a i
re publ ique Pierre-Laporte, mon fils aurait bien pu
grossir les ra ngs des déc ro - cheurs. Grâce à ce
programme, mon aîné s’est mis à prendre l’école de plus en
plus au sérieux. Sa progression allait plus tard lui
valoir des appuis financiers sans lesquels il n’aurait j
amais pu poursuivre ses études collégiales et
universitaires. Juan Miguel (www.hernandezjm. com) est un
pur produit de ce que les sociaux-démocrates appellent
l’égalité des chances.
Le 4
septembre dernier, à l’âge de 24 ans, Juan Miguel a
remporté le prem ier pr i x du prestig ieu x concours
international Johannes Brahms (2009.brahmscompetition.
org), à Pörtschach, en Autriche. Vo i l à q u i d e v r a
i t n o u r r i r la réflexion des technocrates qui, il y
a quelques années, auraient mis la clé sous la porte de
l’école PierreLaporte si cette intention froidement
comptable et à courte vue n’avait pas suscité une
vigoureuse levée de boucliers.
Oui, les impôts sont plus élevés au Québec qu’ailleurs sur
notre continent, mais la justice sociale y est plus
grande. Et mon fils est la preuve vivante que notre
société y trouve son compte. C’est ça aussi le modèle
québécois.
B r avo , J u a n M ig uel ! B r avo , Québec !
Des jeunes tannés de vivre en groupe
- Nathalie Latrémouille
Gatineau On
voud ra it bien contrer le déc roc hage scola i re en
déployant des plans à court terme, à long terme, visant les
milieux défavorisés, accordant aux écoles du secteur public
certains attraits réservés jusque-là aux écoles du secteur
privé. On veut, ça, c’est sûr.
Mais il y a un aspect du problème qui n’a j amais, j e crois,
été soulevé. J’ai 64 ans. J’ai acquis ma scolarité (un bac en
éducation secondaire) entre 1951 et 1966. J’ai fréquenté
l’école pendant 15 ans et j e dois avouer que j ’en avais ma
claque. Les parents de nos j eunes décrocheurs qui ont un
diplôme universitaire ont fréquenté les institutions scolaires
pendant 18 ans puisqu’on a ajouté la maternelle et le cégep.
Je suis certaine qu’ils étaient bien contents, eux aussi, de
passer à autre chose.
Nos jeunes commencent à fréquenter les institutions dès la
naissance ou presque. Il n’est pas rare de voir arriver des
bébés de 4 mois en pouponnière. Il est fréquent de recevoir
des bambins de 12 mois en garderie. Rien de grave qui puisse
relier ce phénomène au décrochage scolaire, me direz-vous. Eh
bien moi, je pense que oui.
Ces j eunes enfants vivent en groupe jusqu’à la maternelle. I
ls conti nuent à recevoir des consignes, à respecter un
règlement, à n’être pratiquement j amais seuls avec eux-mêmes.
Parce que, avant la rentrée et après la sortie des classes,
ils vont à la garderie scolaire. Et l’été, c’est le camp de
jour où, là encore, il y a des règlements, un horaire, des
moniteurs qu’il faut écouter.
Le décrochage
scolaire est un problème qui se situe généralement en
troisième secondaire. Faites le calcul. L’adolescent qui
décroche en a assez : ça fait 14 ou 15 ans qu’il est dans
l’engrenage. Il veut de l’air. Souvent, pour adoucir la
situation, il va commencer à travailler. Pour aller au
travail, une auto serait très utile. Pour payer cette auto, il
doit travailler davantage. Et c’est le début de la fin.
Le problème du décrochage scolaire est un problème de société.
Quant à moi, nos jeunes de 15 ou 16 ans sont fatigués de ce
mouvement dans lequel ils entrent sans le savoir, dès la prime
enfance.
Il faut cependant se demander pou rquoi nos jeu nes ma rc hent
vers leu r école secondaire les yeux fixés au sol, les épaules
courbées et les pieds qui peinent à avancer.
Peut-être vivent-ils ce que nous vivions à quelques mois
d’atteindre notre diplôme. Mais eux, ils ne voient pas la
lumière au bout du tunnel.
Un problème de valeurs, pas de dollars - ALAIN
DUBUC
La ministre de
l’Éducation, Michelle Courchesne, a déposé son très attendu
plan de lutte au décrochage scolaire. Les critiques n’ont pas
tardé. Trop peu, trop tard. Et surtout, un doute. Pourquoi la
ministre réussirait là où tous ses prédécesseurs ont échoué?
On ne le sait pas et on ne peut pas le savoir. La lutte contre
le décrochage scolaire est un processus long et complexe. Les
résultats, on les connaîtra en 2020, le temps que se donne la
ministre pour atteindre son objectif de porter à 80% le taux
de succès des étudiants du secondaire. Cet horizon dépasse
largement la durée de vie d’une ministre, le mandat d’un
gouvernement ou la capacité de concentration des citoyens.
Cela explique sans doute pourquoi les commentaires sur ce plan
d’action ont eu tendance à se rabattre sur ses éléments
tangibles et mesurables – la quantité d’argent frais, le
nombre d’élèves par classe. La réflexion collective se
transforme alors en fastidieux débat comptable.
La vérité, c’est que ce ne sont ni le gouvernement, ni la
ministre, ni le réseau d’éducation qui en viendront à bout. Le
décrochage n’est pas un problème scolaire. C’est un problème
de société. Et c’est dans la société, et par la société, qu’il
pourra être résolu.
Le fait que
le nombre de jeunes qui quittent l’école trop tôt soit
particulièrement élevé au Québec, plus qu’ailleurs, est
d’abord une conséquence de la pauvreté, et c’est aussi
l’expression des valeurs d’une société qui attache trop peu
d’importance à l’éducation.
Et si un certain espoir est permis, s’il est possible que Mme
Courchesne – et ensuite ses successeurs – puisse réussir là où
les autres ont échoué depuis 20 ans, c’est en bonne partie
parce que le Québec s’est transformé, que la réflexion sur le
décrochage a progressé, et que son plan d’action est le reflet
de cette évolution. On comprend mieux les liens entre la
pauvreté et l’insuccès scolaire, on est davantage conscients
de l’importance d’intervenir dès la petite enfance, tandis que
le déclin démographique ajoute un sentiment d’urgence. Tant et
si bien que le décrochage est maintenant bien plus haut dans
l’échelle des priorités de la classe politique, tant au
gouvernement que dans l’opposition.
Mais surtout, la prise de conscience de la gravité du
décrochage a commencé à dépasser le cercle des initiés. Le
fait qu’un groupe de travail, présidé par un dirigeant
d’entreprise, Jacques Ménard, ait décidé de se pencher sur la
question, illustre ce changement. Certains ont bêtement
reproché à M. Ménard d’agir en amateur et de jouer au gérant
d’estrade. Mais justement, c’est quand la question sortira du
cénacle des spécialistes, que les amateurs s’en mêleront,
qu’on s’approchera de la solution.
Et donc, ce qui est important dans ce plan d’action, c’est
moins les dollars, le nombre d’ortho-ceci ou d’ortho-cela, les
calendriers de mise en oeuvre, le ratio maîtres-étudiants,
qu’une façon d’aborder le problème. Le fait qu’on sorte du
monde de l’éducation, et qu’on fasse appel aux autres, aux
parents, aux communautés, au monde des affaires, aux régions.
Le fait qu’on aille en amont, pour amorcer l’intervention au
moment de la petite enfance. Le fait qu’on ne propose pas une
solution, mais une palette d’interventions, à toutes les
étapes du cheminement de l’enfant. Le fait qu’on quitte le
mur-à-mur classique.
Mais
l’essentiel,
c’est qu’on reconnaisse la gravité du décrochage, suicidaire
au plan économique pour une société en déclin démographique,
inacceptable au plan moral parce qu’elle perpétue les
inégalités sociales, aberrant au niveau des finances
publiques, dramatique pour tous les jeunes décrocheurs qui
seront mal préparés pour la vie. Quand ce message sera
entendu, compris et partagé, une grande partie du travail aura
été fait.
Un plan attendu - NATHALIE COLLARD
Le plan contre
le décrochage scolaire présenté hier par la ministre de
l’Éducation était très attendu. Il ne comportait toutefois pas
de grandes surprises. En gros, Michelle Courchesne adhère aux
conclusions du rapport Ménard, rendu public il y a six mois,
selon lesquelles l’école, seule, ne peut mener la lutte contre
le décrochage. La communauté doit s’impliquer. Cette approche,
mise à l’essai dans la région du Saguenay–Lac-SaintJean, a
donné des résultats positifs.
La ministre demande donc à chaque commission scolaire de se
fixer des objectifs, et à chaque région de se mobiliser pour
soutenir ses écoles. Les parents et le milieu de l’emploi sont
également interpellés.
Parmi les
actions proposées, on veut diminuer le ratio d’élèves dans les
classes du primaire (une vieille promesse), améliorer l’aide
aux devoirs et accorder plus d’attention aux élèves de 4e et
5e secondaire, en particulier dans les milieux défavorisés.
L’objectif est d’atteindre un taux de réussite de 80% d’ici
2020 (rappelons qu’en 1995, on visait 85% pour 2010…).
La proposition la plus importante vise toutefois les plus
jeunes enfants. On le sait, les racines du décrochage sont
profondes et c’est pourquoi il faut porter une attention
particulière aux tout-petits. Il faut se souvenir du rapport
désolant de la Direction de la santé publique, en 2008, qui
rappelait que 35% des petits Montréalais n’avaient pas la
maturité nécessaire lorsqu’ils entraient à la maternelle. Le
plan Courchesne propose donc un arrimage entre les centres de
la petite enfance et les écoles. Le problème, c’est que les
enfants les plus vulnérables ne fréquentent pas nécessairement
les CPE. Pour toutes sortes de raisons (le coût, mais aussi la
peur de certains parents d’être « détectés » par les services
sociaux), ces enfants sont gardés à la maison jusqu’à la
maternelle. Ce sont eux qu’il faut intégrer le plus tôt
possible dans le système d’éducation. Devraiton instaurer une
maternelle à 3 ans ou encore, rendre les services de garde
entièrement gratuits aux familles défavorisées ? Le plan
n’aborde malheureusement pas cette question. I l ne pr é c i s
e pas non plus quel sera le rôle des CPE une fois qu’ils
auront identifié des cas problèmes. Offrira-t-on des services
professionnels ciblés à ces enfants ? Et si oui, qui
déterminera la nature des services dont ils ont besoin? À
notre avis, il aurait fallu mettre davantage l’accent sur
l’aide aux très jeunes enfants.
Il
y
avait un grand absent, hier, à la conférence de presse:
le premier ministre, Jean Charest. C’est lui le
responsable du dossier jeunesse au Conseil des
ministres. Sa présence aurait donné du poids au plan
Courchesne en confirmant que le gouvernement québécois
faisait de l’éducation LA priorité des priorités. Or
Québec consacrera moins de 200 millions$ par année à la
lutte contre le décrochage alors que l’Ontario en
investit 1,3 milliard. Une priorité? Vraiment?
UN PLAN AMBITIEUX, UN ACCUEIL TIÈDE - Marie
Allard
La ministre de
l’Éducation Michelle Courchesne est bien décidée à s’attaquer
au décrochage scolaire. Pour y parvenir, elle propose un plan
qui repose sur « 13 voies de réussite ». Bien que personne ne
remette en question la pertinence d’augmenter le taux
Pour hausser à 80% le t aux d’obtention de diplôme des jeunes
de moins de 20 ans d’ici 2020, la ministre de l’Éducation Mic
hel l e Courc hesne a dévoilé hier son très attendu plan
d’action contre le décrochage. Un total de 13 « voies de
réussite » sont proposées par Québec pour diplômer 8 0 0 0
élèves de plus par an. Gros hic: rien ou presque ne s’applique
avant septembre 2010.
PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA
PRESSE
Dix millions de plus par an sont
annoncés pour augmenter l’offre d’activités parascolaires
dans les écoles. « Je sais que les gars qui jouent au
soccer, au football restent à l’école », a dit la ministre
Michelle Courchesne, entourée de joueurs des Aigles
d’Honoré-Mercier.
Env i r on 16 0 mi l l i ons par an d’argent frais seront
injectés par le gouvernement dans ce plan à terme, soit dans
trois ans, a annoncé Mme Courchesne. Pour l’an procha i n, «
ce n’est pas loin de 100 millions », a-telle précisé. Déjà,
Québec investissait près de 885 millions par an dans la lutte
contre le décrochage, sans grand résultat.
L’objectif est ambitieux : le taux d’obtention de diplôme chez
les moins de 20 ans n’était que de 72,2 % en 2007-2008, tout
de même en progression de 2,8% par rapport à l’année
précédente. Pour s’assurer d’une amélioration, la ministre met
sur pied un comité de vigie dont font notamment partie le
banquier Jacques Ménard, le Dr Gilles Julien et Gaston Laf
leur, du Conseil québécois du commerce de détail. Chaque
commission scolaire devra également se fixer des cibles « qui
seront connues publiquement », a souligné Mme Courchesne.
Milieux défavorisés
Les 13 voies de réussite du plan intitulé « L’école, j’y tiens
! » mettent l’accent sur les moments cruciaux du cheminement
de l’élève, soit son entrée à l ’ école, son passage au
secondaire, sa fin de secondaire ou le moment où i l quit tera
it l’école sans diplôme.
Une réduction plus importante que prévu du nombre d’enfants
par classe dans les écoles primaires défavorisées est
annoncée. D’ici la rentrée 2012, ils seront un maximum de 20
par classe, contre 26 dans les écoles régulières, ce qui
coûtera 115 millions par an. Rien n’est ment ionné pour le
secondaire, alors que les l ibéraux ava ient promis d’y
réduire aussi la taille des groupes.
200
enseignants-ressources
L’embauche de 200 enseignants-ressources au secondaire est une
autre nouveauté, au coût de 11 millions par an. Aucun
professionnel ( psychologue, orthophoniste, etc.) de plus
n’est au menu, les écoles devant se tourner vers le réseau de
la santé, selon Mme Courchesne.
L’offre d’activités parascolaires sera, quant à elle, bonifiée
avec 10 millions de plus par an.
La stratégie Agir autrement, qui a coûté plus de 200 millions
en sept ans sans vraiment porter des fruits, est reconduite. «
Avec plus d’encadrement », a toutefois averti la ministre.
Accueil favorable de Ménard
« Le plan d’action de la ministre témoigne d’une plus grande
ouverture du Ministère au sein de la société civile et ça, je
trouve que c’est une bonne nouvelle », a commenté Jacques
Ménard, qui avait présenté son propre plan contre le
décrochage en mars dernier.
« Soyez assurés que notre groupe sera très vigilant, a-t-il
précisé. On sera là pour suivre de près la mise en application
des mesures annoncées, qui va dans bien des cas nécessiter la
négociation d’ententes avec les commissions scolaires, avec
les directeurs d’école, avec les enseignants, avec les groupes
communautaires. »
Les 13 voies de réussite
1. Valoriser
l’éducation par des campagnes de promotion, une tournée de la
ministre et un engagement des employeurs: 1million par an. 2.
Établir des cibles de réussite pour chaque commission scolaire
et en assurer le suivi : 0 million. 3. Multiplier les actions
régionales contre le décrochage : 10 millions par an, payés à
moitié par la Fondation Chagnon (déjà annoncé en mars dernier).
4. Préparer l’entrée à l’école des enfants de milieux
défavorisés ou en difficulté : 40 millions par an, payés à 60%
par la Fondation Chagnon.
5. Réduire le
nombre d’élèves par classe au primaire à un maximum de 20 en
milieu défavorisé et de 26 en milieu non défavorisé d’ici au
mois de septembre 2012: 115millions par an (à terme, dans trois
ans, moins cher d’ici là). 6. Améliorer l’aide aux devoirs et
accompagner individuellement les élèves qui échouent en lecture
et en maths: 0million. 7. Renforcer la stratégie Agir autrement
avec le suivi serré de 133 écoles et la mise sur pied de deux
projets inspirés des programmes Pathways to Education et Check
and Connect: 1,25million en 2010. 8. Ajout de 200
enseignants-ressources au secondaire: 11 millions par an. 9.
Augmenter l’offre d’activités parascolaires : 10 millions par
an. 10. Réaliser des projets communautaires destinés aux jeunes
à risque au secondaire dans les quartiers défavorisés de
Montréal : 1,5 million par an. 11. Repérage systématique des
élèves de quatrième et cinquième secondaire en voie d’abandonner
les études : 0 million. 12. Faciliter l’accès à la formation
professionnelle : 0 million. 13. Raccrocher le maximum de
décrocheurs : 0 million.
« J’en attendais beaucoup plus »
Les
réactions au plan de la ministre Courchesne sont mitigées
Le plan présenté par la ministre de l’Éducation, du Loisir
et du Sport, Michelle Courchesne, ne fait pas l’unanimité.
Les intervenants sur place lors de l’annonce se réjouissent
de la volonté du gouvernement de s’attaquer au décrochage
scolaire, mais certains s’interrogent sur les moyens mis de
l’avant.
« J’en attendais beaucoup plus sur les questions de la
pauvreté et de l’aide aux élèves en difficulté, qu’on
n’attaque pas de plein front », a dénoncé Pierre St-Germain,
président de la Fédération autonome de l’enseignement. Il
revendiquait plutôt la prématernelle à temps plein pour les
enfants de 4 ans en milieu défavorisé.
La question des services aux enfants du préscolaire préoc
cupe aus si Réjean Pa rent , pré s ident de la Centrale des
syndicats du Québec. « On va envoyer des professionnels
détecter les enfants de 2 ans qui ont des difficultés, mais
encore fautil ne pas les laisser traîner trois ans avant de
s’en occuper », a-t-il affirmé.
L a pr é s i dent e de la Fédération québécoise des
directions d’établissement d’enseignement, Chantal Longpré,
a elle aussi accueilli froidement le plan présenté par la
ministre Courchesne. « C’est un plan dans lequel on devient
coincés, où toutes les écoles devront agir de la même façon.
Ça ne sert à rien. »
Enfin, pour
le critique du Parti québécois en matière d’éducation,
Pierre Curzi, le plan de la ministre Courchesne « manque
d’ambition et de moyens ». Il suggère que des mesures « plus
radicales » pour lutter contre le décrochage scolaire soient
financées en augmentant ou la dette – comme le gouvernement
le fait pour les infrastructures routières – ou la TVQ.
« Si, en tant que gouvernement, on ne consent pas à faire un
investissement majeur et à prendre des mesures fortes, j e
pense qu’on risque de se ramasser avec un résultat mitigé »,
a-til expliqué.
Un plan « possible »
L a pr é s i de n t e d e la Fédération des commissions
scolaires du Québec croit pour sa part que la concertation
entre le milieu scolaire, les services de santé à
l’extérieur de l’école et le milieu communautaire portera
des fruits. « C’est possible, a affirmé Josée Bouchard. Je
ne me souviens pas d’avoir vu une telle concertation autour
d’un ministre de l’Éducation. Je pense que c’est très
encourageant. »
Des actions dès la petite enfance
Le
ministère de la Famille et des Aînés espère faire adopter
au cours des prochaines semaines le projet de loi pour la
création du Fonds pour le développement des jeunes
enfants. Ce fonds de 400 millions en 10 ans soutiendra les
tout-petits afin de mieux les préparer à l’école.
La Fondation Lucie et André Chagnon versera 250 millions à
l’enveloppe. Québec se chargera d’allonger les 150
millions restants. « La forme exacte des actions qui
seront prises grâce à ce fonds n’est pas encore
déterminée, mais elle visera les enfants en milieu
défavorisé », explique Isabelle Mercille, attachée de
presse du ministre Tony Tomassi.
Québec
entend aussi établir des liens entre les services de garde
en petite enfance et les écoles. « Il est possible de
connaître les jeunes à risque dès le préscolaire, et faire
en sorte qu’ils soient pris en charge dès la première
journée d’école », souhaite le ministre Tomassi.
Le Dr Gilles Julien, reconnu pour sa pratique de la
pédiatrie sociale au Québec, croit pour sa part que ce
lien entre les CPE et les écoles est « intéressant » et
qu’il s’agit d’un « bon premier pas ». « Par contre, on
n’atteindra pas les enfants les plus vulnérables, qui ne
fréquentent pas les CPE, ajoute-t-il. Il faudrait aussi
faire participer les organismes communautaires qui, eux
aussi, font du dépistage précoce. »
Où est le progrès ? - Michèle Ouimet
Il y avait
du monde, beaucoup de monde, hier, à la conférence de
presse-fleuve de la ministre de l’Éducation, Michelle
Courchesne, qui dévoilait son plan de lutte contre le
décrochage.
Son fameux plan. Depuis le temps qu’elle nous le promet.
Elle a pris son ton exalté pour expliquer les 13 « voies
de réussite » qui forment le coeur de son plan.
« Je suis très, très touchée d’être ici ce matin »,
a-t-elle lancé devant une centaine de personnes réunies
dans la bibliothèque de l’école secondaire Honoré-Mercier,
située dans l’ouest de Montréal.
Pourquoi touchée ? Allez savoir.
Treize voies de réussite pour contrer le décrochage, donc.
Treize idées, petites et grandes.
Mais parlons d’abord de chiffres. La ministre était fière
d’annoncer que le taux d’obtention de diplôme chez les
moins de 20ans avait grimpé de 69% en 2006 à 72% en 2007.
Un bond de trois points en un an. Prodigieux ? Pas
vraiment. En 1992, le ministre de l’Éducation, Michel
Pagé, avait lancé un plan de lutte contre le décrochage :
classes plus petites, titulariat, meilleur encadrement.
À l’époque, le taux d’obtention de diplôme était de… 72%.
Il voulait le hisser de quinze points en cinq ans. En
2000, huit ans et une quarantaine de millions plus tard,
le taux stagnait toujours à… 72%.
La ministre aurait dû le préciser, hier. Un peu de
perspective historique n’aurait pas fait de tort. En 2002,
le taux d’obtention de diplôme a dégringolé à 67%. Le
retour aux 72% en 2007 est donc une victoire.
Mais la réalité, la vraie, c’est que depuis 15 ans, les
écoles subissent un grand et désespérant piétinement: 72%
en 1992, 72% en 2007. Où est le progrès ?
Je ne
veux pas vous assommer avec les statistiques, mais
rappelons que ce 72% englobe l’ensemble des jeunes de
moins de 20 ans. Il inclut donc tous ceux qui ont
abandonné leur secondaire et terminé leurs études à
l’éducation aux adultes où les exigences sont moins
fortes. Des diplômes au rabais.
Prenons les vrais chiffres, soit le nombre de jeunes qui
sortent avec un diplôme après avoir passé cinq ans au
secondaire. En 2005, seulement 55,8% des élèves de la
province avaient obtenu leur diplôme; 54,4% en 2008. À
peine un sur deux. La ministre s’est bien gardée d’en
souffler mot.
Hier, Mme Courchesne a annoncé que le « taux de
diplomation » des moins de 20 ans grimpera à 80% en 2020
grâce à ses 13 voies de réussite. Je n’ai pas pu
m’empêcher d’avoir une pensée pieuse pour tous les
ministres de l’Éducation qui l’ont précédée et qui ont
fixé avec enthousiasme des cibles qui n’ont jamais été
atteintes.
Parlons un peu du plan de Mme Courchesne. Rien d’original,
mais des mesures incontournables et nécessaires : baisser
les ratios dans les classes au primaire en commençant par
les milieux défavorisés. Coût : une centaine de millions
par année.
Ajout de 200 « enseignantsressources » au secondaire.
Coût: 11 millions par année.
Création d’un fonds pour le développement des jeunes. But:
aider les enfants d’âge préscolaire qui viennent de
milieux défavorisés. Coût : 4 0 0 mi l l ions sur 10 ans .
Quelles mesures seront adoptées avec tous ces millions ?
Impossible d’obtenir des réponses claires. Le fonds est
entouré d’un flou artistique.
La ministre a aussi annoncé la création d’un comité de
vigie qui sera formé de tout le monde et son père, y
compris des élus municipaux. Un comité de gérants
d’estrade, comme s’il n’y avait pas déjà assez de monde
dans la grande galère de l’école. Leur mandat : suivre
l’évolution des taux de réussite, analyser des moyens
d’intervention et proposer des ajustements. Misère.
Mme Courchesne a parlé de contrôles fréquents. Elle veut
s’assurer que l’argent sera bien dépensé. Un but
honorable. Le problème, c’est que les directeurs d’école
vont être englués dans une bureaucratie tatillonne.
Hier, la présidente de la Fédération québécoise des
directions d’établissement d’enseignement, Chantal
Longpré, était dans tous ses états. Elle en avait
quasiment les larmes aux yeux. Les directeurs d’école sont
débordés, ils doivent rendre des comptes pour chaque sou
dépensé. « À chaque nouveau programme, on est enterrés
sous la paperasse, a-t-elle dit. Et là, on nous en
rajoute. »
Au total, le gouvernement injectera une centaine de
millions en 2010 et en 2011, puis 160 millions par année à
partir de 2012. Cap sur 2020 et la cible de 80%.
En
2020, Mme Courchesne ne sera plus là. Ce sera à son tour
d’avoir une pensée pieuse pour le ministre de l’Éducation
qui annoncera de nouvelles cibles.
Le tourbillon de la rentrée - NATHALIE COLLARD
Ils étaient
des centaines, cette semaine, à arpenter les allées des
grandes surfaces à la recherche des paquets de cahiers Canada,
du stylo pointe fine Pilot Hi-Tec 0,5 ou de la gomme à effacer
de marque Staedler. L’air un peu hébété sous la lumière crue
des néons, certains parents, liste en main, rageaient
silencieusement en cherchant le cahier spirale ligné de 108
pages dans la pile de cahiers de 80, 90 100, et 200 pages…
C’est la rentrée. Avec son lot d’angoisses, de stress et de
nostalgie des jours de vacances bénis où le réveille-matin
était, lui aussi, en dormance.
C’est la rentrée avec ses feuilles à remplir, ses horaires
d’autobus à mémoriser, ses fiches d’inscription à retourner.
Un retour à l’école qui compte un degré de stress
supplémentaire cette année. Car à la menace de poux qui
revient invariablement chaque automne s’ajoute désormais celle
d’une épidémie de grippe A (H1N1) qui pourrait, dans le pire
des scénarios, faire fermer des écoles. Boîtes de mouchoirs et
savon antibactérien seront-ils suffisants? Croisons les
doigts.
C’est la
rentrée, ce qui signifie pour de nombreux parents la
confection des lunchs qui recommence. À la liste déjà longue
d’aliments interdits (trop sucré, trop salé, gras trans, noix,
arachides, amandes…) il faut ajouter (si ce n’était pas déjà
fait depuis la crise de la listériose) un sérieux
avertissement concernant les charcuteries, néfastes elles
aussi. Une complication supplémentaire…
Personne n’échappe complètement au tourbillon. Les pages
d’agenda se noircissent avant même qu’on ait terminé de
défaire les valises, les surfaces des frigos disparaissent
sous un amas de feuilles, la vie « normale » reprend ses
droits.
On voudrait renouer avec l’excitation des rentrées scolaires
de notre enfance mais la réalité est tout autre. Cette année,
le grand retour risque d’être morose. L’école québécoise ne va
pas bien. Son toit coule et ses élèves décrochent. Ses murs
auraient besoin d’une bonne couche de peinture et ses
enseignants, une bonne dose d’encouragement.
Sans
compter
qu’il est difficile de conduire nos enfants à l’école le coeur
léger quand on voit les récents résultats des élèves du
secondaire aux examens du Ministère, publiés au beau milieu de
l’été, alors que tout le monde était en vacances. Il est clair
que la réforme ne livre pas les résultats escomptés. Il s’agit
en fait des pires résultats depuis 1992, à l’exception de
l’année 2006. Et que dire de cet accablant rapport du
ministère de l’Éducation qui dresse le portrait des élèves de
la réforme: difficultés en français, manque d’autonomie,
difficulté à se concentrer. Les jeunes qui entreront au cégep
l’an prochain auront de graves lacunes. Sera-t-il trop tard
pour payer les pots cassés? C’est une autre question que les
parents se posent en accompagnant leur enfant à l’école ces
jours-ci.
PROMESSE NON TENUE - Marie Allard
Québec disait
vouloir diminuer la taille des classes à la rentrée
En ce jour de rentrée scolaire, les élèves de troisième année
du primaire trouveront des classes un peu moins bondées. Il y
a maintenant un maximum de 26 enfants par groupe, contre 27
l’an dernier. Mais c’est le statu quo pour les autres degrés.
Le gouvernement a décidé de reporter la réalisation de sa
promesse de baisser de 10 % la taille de toutes les classes
jusqu’en cinquième secondaire, ce qui déçoit les enseignants.
Des classes moins bondées. C ’est que qu’a prom is la m i n
istre de l’ É ducation , Michelle Courchesne, lors de la der n
ière c a mpag ne électorale, avec une baisse de 10 % du nombre
d’élèves dans toutes les classes, de la troisième année du
primaire jusqu’à la cinquième secondaire. « Si on peut le
faire pour septembre 2009, on va le faire, avait-elle dit à La
Presse. On va procéder selon le rythme des commissions
scolaires, mais je pense que ça va être possible, dans une gra
nde proportion , dès la prochaine rentrée. »
En ce jou r de rentrée scolaire, la réalité est plus
décevante. Seules les classes de troisième année primaire
seront moins peuplées cette année, avec un maximum de 26
élèves plutôt que 27. R ien n’a cha ngé pou r le s autres
degrés dans les écoles ordinaires.
« Ça nous déçoit, ce ne sera pas une baisse significative, a
dit hier Manon Bernard, présidente de la Fédération des
syndicats de l’enseignement. C’est un élément important, les
baisses de ratio. Il y a des gens qui disent qu’un ou deux
élèves en moins, ça ne fait pas de différence, mais ce n’est
pas vrai ! »
C’est la crise économique qui aurait poussé le gouvernement à
étaler sur plusieurs années la réalisation de cette promesse,
dont le coût avait été évalué à 56 millions par an pour
l’embauche de 1000 profs supplémentaires.
En milieu défavorisé, le nombre maximal d’enfants passe de 27
à 2 4 en troisième année et de 29 à 24 en quatrième année.
Rien n’est prévu en cinquième et sixième année, alors qu’une
diminution de 20 % avait été annoncée avant les dernières
élections.
Plus d’enfants doivent changer d’école
Autre hic : même minimes, ces baisses ne seront peutêtre pas
appliquées partout, faute de locaux ou de budget. « On
procède, a assuré Josée Bouchard, présidente de la Fédération
des commissions scolaires du Québec (FCSQ). C ’est u ne mesu
re qui est bien accueillie dans certains milieux mais qui a eu
des effets pervers dans d’autres puisqu’elle amène une
réorganisation des classes. »
Que fa i re
ave c le 27e enfant d’une classe de troisième année,
soudainement de trop ? « Dans les petites commissions
scolaires et en région rurale, les baisses de ratio ont
entraîné plus de transferts d’une école ou d’un village à
l’autre, a indiqué Mme Bouchard. Ça a amené du mécontentement
chez les parents. »
À Montréa l aussi , des en fa nts dev ront c ha nger d’école.
La commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB), qui couvre
l’ouest de Montréal, « a choisi de gérer les baisses de ratio
avec des transferts administratifs d’élèves qua nd il y a des
dépassements », a confirmé à La Presse Brigitte Gauvreau,
porte-parole de la CSM B. Environ 80 transferts étaient prévus
en date de mardi à la CSMB.
Pénurie de salles de classe
Autre problème : à SaintL au rent et Sa i nte-A n
nede-Bellevue, il y a pénurie de salles de classe. Ce sera
bientôt réglé à Saint-Laurent, avec l ’ouver t u re de deu x
nouvelles écoles en 2 010, ma is aucu ne construction n’est
prévue à Sainte-Annede-Bellevue. « On attend de voir l’effet
du ralentissement économique sur la construction immobilière
», a expliqué Mme Gauvreau.
Même situation à SaintAmable, où les écoles sont pleines. «
Cette année, ça va, a dit Pierre Laverdure, porteparole de la
commission scolaire des Patriotes. Mais si le nombre d’élèves
d’autres deg rés ba isse évent uel lement, il faudra des
locaux supplémentaires. »
Dans la région de Vaud r e u i l , où il y a un boom de
population , « ça n’a pas été catastrophique, a indiqué
Colette Frappier, porte-parole de la commission scolaire des
Trois-Lacs. Présentement, tout le monde est placé. C ’est
plutôt au préscolaire qu’il y a beaucoup de demande. »
À la Com m ission sco - laire de Montréal, la baisse de ratio
ne posera pas de problème d ’espace ou de recrutement de
personnel, a dit A lain Perron, porteparole de la CSDM. Même
optimisme aux commissions scolaires de Laval, MarieVic tor i n
et des G ra ndesSeigneuries (CSGS). « Nous prévoyons pouvoir
baisser les ratios, a indiqué Fannie Desc ha mps , por te-pa
role de la CSGS. Nous saurons environ une semaine après la
rentrée si nous sommes à même de le faire. »
Aucune sanction pour les récalcitrants
Rien
n’empêche les écoles de dépasser les nouveaux ratios dans
leurs classes, a dénoncé hier Manon Bernard, présidente de
la Fédération des syndicats de l’enseignement. « On n’a pas
de recours s’il y a dépassement des nouveaux ratios,
a-t-elle dit à La Presse. Ça ne nous rassure pas. »
Cherchez
l’erreur : dans une école défavorisée de Montréal, on
prévoit cette a n née 27 enfants dans une classe de
troisième année, alors que le maximum autorisé est de 24! «
Le maximum n’est pas ce que vous croyez, il peut être
dépassé », a indiqué un enseignant de cette école, sous le
couvert de l’anonymat. Il est toujours possible de
transférer des élèves ou d’ouvrir une nouvelle classe après
la rentrée, mais rien n’est garanti.
Les ratios (nombre d’élèves par enseignant) en vigueur dans
les autres degrés – les mêmes que l’an dernier – peuvent
aussi être dépassés. Mais dans ce cas, les enseignants
reçoivent une compensation financière. En 2006-2007, le
ministère de l’Éducation a dû verser 11,6 millions à 2000
professeurs dont les classes comptaient plus d’élèves que le
maximum prescrit.
De 32 à 36 élèves par classe
Benoit
Houle, enseignant à l’école secondaire du Tournesol, à
Windsor, est déçu de constater que la taille de ses
classes n’a pas été réduite cette année. Dans les écoles
secondaires publiques, le maximum prévu – souvent dépassé
– demeure de 32 élèves par groupe.
PHOTO PATRICK SANFAÇON,
ARCHIVES LA PRESSE
En troisième année du primaire, le
nombre maximal d’élèves passe cette année de 27 à 26.
Mais comme le déplorent les syndicats, rien n’empêche
les écoles de dépasser ces nouvelles limites.
« Si on veut contrer le décrochage scolaire et améliorer
la réussite de nos jeunes, les baisses de ratio sont un
pas dans la bonne direction, estime le professeur de
mathématiques. Il s’agit d’une solution très concrète, qui
peut améliorer le climat de classe. »
Pire au
privé
Dans les écoles privées, il y a souvent 36 élèves par
classe. C’est trop, selon Pierre Lemay, qui enseigne dans
une école privée de la RiveSud de Montréal. « Si on
réduisait pour la peine le nombre d’élèves par classe, on
économiserait à long terme en réformes de toutes sortes,
indique-t-il. Donnez-moi du temps pour les enfants, et
chacun de ces en fa nts ava ncera . J ’a i 3 6 élèves pa r
classe, à raison d’u ne heu re par jour, ou à peu près.
Faites le calcul. Combien ai-je de minutes par élève ? »
La promesse du gouvernement de réduire de 10 % la taille
des classes ne s’applique toutefois qu’aux écoles
publiques.
La CSQ presse la ministre d’agir - Marie Allard
À la veille de
la rentrée, Réjean Parent, président de la Centrale des sy nd
icats du Québec (CSQ), a demandé «un plan global qui touche
plus d’un ministère» pour relever le taux d’obtention du
diplôme d’études secondaires, qui stagne à 70%. L’Ontario a
haussé son taux à 78% en 2008-2009. «Au Québec, on a le même
taux depuis 1991», a-t-il dénoncé, hier, en conférence de
presse.
Pour le relever, « il faut mettre fin à l’éparpillement du
ministère de l’Éducation, qui gouverne en multipliant les
plans d’action, dont certains se font cruellement attendre,
comme celui sur le décrochage scolaire », a précisé M. Parent.
Attendu ces jours-ci, le plan d’action contre le décrochage de
la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, « ne pourra
pas être appliqué cette année », a déploré le président de la
CSQ. L’année scolaire se prépare des mois à l’avance, at-il
fait valoir.
Il faut
embaucher 10 0 0 professionnels supplémentaires « de façon u
rgente » pour aider les élèves qui ont des problèmes, a récla
mé Jea n Fala rdeau , président de la Fédération des
profession nels de l’éducation (F PPE-CSQ). Depuis trois ans,
seuls 178 professionnels (psychologues, orthophonistes, etc.)
ont été ajoutés dans les 72 commissions scolaires, ce qui est
insuffisant, a-t-il dit.
Qua nt au x enseigna nts, ils espèrent que la baisse du nombre
d’élèves par classe se concrétisera, a dit Manon Berna rd ,
présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement
(FSE-CSQ). « De plus, on s’attend à ce que la ministre
établisse des limites à l’intégration des élèves en difficulté
dans les classes dites ordinaires, qui seront effectives dès
cette a n née », a - t-el le pré c i s é . Troisième demande :
que les contenus des programmes de la réforme soient recentrés
sur les connaissances.
Diane Cinq-Mars, présidente de la Fédération du personnel de
soutien scolaire (FPSS-CSQ), a enfin dénoncé « l’absence de
services » à l’éducation des adultes. « Les élèves y sont
souvent laissés à eux-mêmes au niveau des troubles
d’apprentissage », at-elle souligné.
PAUVRE MONTRÉAL! - JACQUES MÉNARD
Les leaders de
la région doivent faire pression pour que les plans de soutien
à la persévérance scolaire soient financés décemment
Montréal est pauvre. À l’échelle des gra ndes villes nord-a
méricaines du moins. Les infrastructures de la métropole
reflètent un degré de pauvreté qu’on n’arrive plus à cacher.
Jamais on ne tolérerait de telles scènes de décrépitude au
centre-ville de Québec, à Ottawa ou à Toronto.
PHOTO ROBERT MAILLOUX,
ARCHIVES LA PRESSE
Nous en sommes peut-être rendus à
devoir conserver encore quelques années des infrastructures
qui nous font honte afin de consacrer nos maigres ressources
dans ce qui est plus prometteur : l’éducation de nos
enfants.
Cela est d’autant plus troublant que nous sou haitons vend re
au monde entier l’image de Montréal, ville du savoir, de la
connaissance, de l’innovation. Fort bien. J’achète volontiers
cette orientation. Mais, il y a un gouffre entre nos désirs et
la réalité.
Juste un exemple. Selon l’économiste Claude Séguin, le taux de
diplomation universitaire montréalais dépasse à peine la
moitié de celui de Boston (26 % contre 47 %). Or, si nous
avions le même taux de diplomation universitaire que Boston,
les revenus des citoyens de la Ville de Montréal seraient plus
élevés de 12 milliards par année. L’écart entre le revenu
moyen des citoyens de Montréal et celui de Toronto serait
réduit d’au moins 50 %. La recette est connue, si vous voulez
être plus riche, investissez en éducation.
Cet été, quand j’ai lu le slogan Des fondations pour réussir
sur le bord des routes du Québec, j e me suis dit, ça y est.
On a décidé d’investir massivement en éducation. Eh bien non.
On parlait plutôt de rebâtir les ponts, les viaducs et de
repaver les routes du Québec. C’est sûr que, là aussi, le
besoin est criant. Je ne mets pas ça en doute.
Le problème
c’est que, lorsqu’on est pauvre, il faut faire des choix
souvent déchirants. Des choix qui peuvent opposer des
investissements dans les infrastructures sociales et
éducatives d’une part, et le pavage de bouts de routes d’autre
part. Nous en sommes peut-être rendus à devoir conserver
encore quelques années des infrastructures qui nous font honte
afin de consacrer nos maigres ressources dans ce qui est plus
prometteur. Il faudrait nous attaquer davantage aux causes et
aux déterminants de la pauvreté plutôt qu’à ses effets, hélas
trop visibles chez nous. Ce n’est pas ce qu’on fait quand les
plans de soutien à la persévérance scolaire, ou si vous
préférez à la lutte contre le décrochage, sont continuellement
remis aux calendes grecques, parce qu’on a mis l’argent
ailleurs. On creuse notre tombe.
Bien sûr, personne ne se lève le matin en pensant à des plans
diaboliques pour couler Montréal. Chacun fait ce qu’il peut
avec les moyens qu’on lui donne, malgré le fouillis qui règne
dans l’organisation de la région. Mais quand on reporte sans
cesse l’allocation des fonds pour lutter contre le décrochage
scolaire et qu’on nie qu’il y ait catastrophe lorsque
seulement 35 % des gars réussissent à obtenir leur diplôme
d’études secondaires en cinq ans à la commission scolaire de
Montréal (48,2 % chez les filles), on perpétue le long déclin
de Montréal.
La rentrée scolaire est à nos portes. Il faudrait que tous les
leaders de la grande région de Montréal fassent la pression à
la bonne place pour que les plans de soutien à la persévérance
scolaire soient financés décemment. Ça presse ! Le jour où
toute la communauté s’est levée à l’instigation de la Chambre
de Montréal pour clamer haut et fort que Montréal, c’est
spatial, on a vu le résultat. L’agence spatiale a atterri dans
notre région, avec toutes les retombées inhérentes.
Aujourd’hui, il faut nous lever pour réclamer que l’État donne
à la région de Montréal de vraies « fondations pour réussir ».
Et, les fondations les plus solides pour réussir, c’est en
éducation qu’on les retrouve. Ça commence par des jeunes qui
réussissent à l’école et dont les qualifications et les
talents attireront les meilleures entreprises du monde entier.
Quand ce sera fait, ce sera tellement plus facile de reboucher
les trous dans le tunnel Ville-Marie et de rajeunir nos
infrastructures désuètes. Souhaitons seulement que nos
dirigeants et leurs hauts fonctionnaires toléreront moins
longtemps le décrochage de nos jeunes que le décrochage des
tuiles dans nos tunnels…
Levée de boucliers contre les droits de
scolarité au collégial - Ariane
Lacoursière
Les
associations étudiantes de tout le Québec ont tour à tour
dénoncé, hier, l’intention du Parti libéral du Québec
(PLQ) d’imposer des droits de scolarité aux élèves des
cégeps. Selon plusieurs, mettre ainsi fin à la gratuité
freinerait da ngereusement l’accessibilité des études
alors que le Québec a justement de plus en plus besoin de
maind’oeuvre spécialisée.
Réunis en conseil général ce week-end à Drummondville,
quelques centaines de militants libéraux ont voté en
faveur d’une résolution visant l’imposition de droits de
scolarité au collégial.
« C’est une aberration. Le P LC ne comprend pas ce qui se
passe dans sa société. O n a be soi n de plu s de tec h n
ic ien s spéc ia l isés et de plus de monde dans les
universités. Il fait comme si l’éducation postsecondaire
était un luxe. Mais ça fait au contraire partie de la
réponse aux besoins de main-d’oeuvre spécialisée du Québec
», dit la vice-présidente de la F édération nationa le des
enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ-CSN),
Micheline Thibodeau.
L a
Fédération étudia nte collégiale du Québec (FECQ) juge que
la décision du PLQ est « inacceptable ». « Ce serait un
recul économique et social h istorique. P résentement , 70
% des étudiants des cégeps travaillent en moyenne 17,5
heures par semaine. Ça leur demande parfois d’allonger
leurs études d’un trimestre ou deux. Leur parcours
scolaire serait encore plus long si des droits de
scolarité leur étaient imposés », commente le président de
la FECQ, Xavier Lefebvre-Boucher.
L e porte-pa role de la Centra le des syndicats du Québec
(CSQ), Ma rio Beauc hem i n , a f fi r me que « toutes les
études à quelques exceptions près mont rent que les droits
de scolarité sont des freins à l’accès » aux études
postsecondaires. « Le Québec aura bientôt besoin de
combler des milliers d’emplois, dont plusieurs techniques.
Pourquoi changer les règles du jeu ? » dema nde M.
Beauchemin.
À l’Association pour une solidarité syndicale étudiante
(ASSÉ), on prône la gratuité scolaire jusqu’à
l’université. « Les libéraux justifient leur décision en
disant qu’il y a une crise économique. Oui, il y a une
crise, mais ce n’est pas à la classe moyenne de payer la
note. On va nuire à l’accès aux études », croit la
secrétaire au x commu n ications de l ’A S S É ,
Anne-Marie Provost.
Prêts et bourses : Un comité estime l’indexation de 0,4
% insuffisante - Marie Allard
L’aide
financière aux études – mieux connue sous le nom de prêts
et bourses – n’est indexée que de 0,4 % cette a n née.
Cela risque d’être insuffisant, estime le Comité
consultatif sur l’accessibilité financière aux études dans
un avis rendu public hier. La preuve : l’an dernier,
l’aide financière n’a été indexée que de 1,4 % (selon
l’Indice des prix à la consommation prévisionnel), moins
que l’inflation réelle de 2 %.
«Le recours à un taux prévisionnel ne permet pas de
garantir le plein maintien du niveau de vie», a souligné
le Comité. Il s’est dit inquiet «des effets à long terme»
que cela peut avoir chez les bénéficiaires des prêts et
bourses. Pour les protéger, le Comité recommande à la
ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, d’ajuster
annuellement le taux à la réalité observée pour l’année de
référence.
Il y a pire pour les portefeuilles étudia nts : l’aide
financière n’a pas été indexée à 12 reprises depuis
1995-1996. Le manque à gagner découlant de ces années de
nonindexation est estimé à plus de 60 millions par le
Comité, qui réclame une indexation annuelle automatique.
Que prévoient les prêts et bourses ? Qu’un étudiant à
temps plein ne résidant pas c hez ses pa rents dépense 743
$ par mois en frais de subsista nce cette a n née, contre
740 $ l’an dernier. S’il a un enfant, il dépense 228 $ par
mois additionnels pour sa subsistance, soit 3 $ de plus
qu’en 2008-2009.
Pas de
réponse de Courchesne
Très occupé par le plan de lutte contre le décrochage qui
sera dévoilé ce matin, le cabinet de Mme Courchesne n’a pu
faire part de sa réaction hier.
« Nous sommes satisfaits des recommandations dans
l’ensemble, a commenté Jean G régoi re, président de la
Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ). Pour
préserver le pouvoir d’achat des étudiants, ce serait
notamment une excellente chose de prévoir un ajustement en
fin d’année.»
Dansunsecondavis,leComité demande à Mme Courchesne de
surseoir à l’augmentation des droits de scolarité facturés
aux étudiants étrangers dans les cégeps, qui entre en
vigueur cette année. Il est prévu que ces droits bondiront
de 6,56% par an de 2009-2010 à 2011-2012.
Le Comité recommande «à partir de maintenant d’annoncer un
an à l’avance les hausses qui s’appliqueront pour une
période de trois ans». Les droits supplémentaires exigés
des étrangers inscrits à temps plein dans les cégeps ont
totalisé 4,9 millions en 2006-2007.
Importante chute du nombre de cégépiens en vue
- Marie Allard
Plus de 169
000 étudiants sont inscrits cet automne dans les cégeps du
Québec, une hausse de 3,2% par rapport à l’an dernier.
Autour de Montréal, l’augmentation est particulièrement
marquée à Laval (+ 7,2%) et en Montérégie (+ 5%). Mais des
jours sombres guettent les collèges, avec une chute prévue
de 31 000 élèves d’ici 2021. « C’est énorme », a dit Gaëtan
Boucher, président-directeur général de la Fédération des
cégeps, en rencontre éditoriale à La Presse.
Il faut dire que le taux de passage au collégial des
diplômés du secondaire stagne à 60% depuis 10 ans. « Il y a
certainement quelque chose à faire », a reconnu M. Boucher.
Le décrochage demeure aussi élevé dans les cégeps, avec 28%
des étudiants du secteur préuniversitaire et 38% de ceux de
la formation technique qui ont quitté le cégep sans diplôme
en 2005-2006.
« Il faut
que nos taux de diplomation augmentent, a dit le président.
Particulièrement en formation technique, parce qu’il y a une
pression du marché du travail. » Attirer davantage
d’étudiants étrangers et d’adultes en formation continue
sont deux autres pistes de solution envisagées par les
cégeps pour peupler leurs salles de classe.
Contre l’abolition des cégeps
Dès la semaine prochaine à l’Assemblée nationale, la
Fédération des cégeps va aussi demander des modifications
majeures au projet de loi 44 sur la gouvernance. Sa mise en
oeuvre coûterait 15 millions par an « et accentuerait la
bureaucratie », a dénoncé M. Boucher. Déjà, il est interdit
aux collèges de faire des déficits « et il faut quasiment
demander l’autorisation à Québec pour réparer une toilette
», a-t-il illustré.
La proposition des jeunes de l’ADQ d’abolir les cégeps
inquiète moins M. Boucher. « Ils prétendent économiser un
milliard, mais c’est de la mauvaise comptabilité, il n’y a
pas d’économie à faire là, a-til tranché. S’ils
entreprennent ce combat, ils vont nous trouver sur leur
route. »
CÉGEP: SEULS61% DES JEUNESYVONT
> 61% des
jeunes Québécois ont accédé au collégial en 2006-2007, soit
2,7% de moins
qu’en 1996-1997 > 27,8% des cégépiens de la formation
préuniversitaire ont décroché en 2005-2006 > 38,4% des
cégépiens de la formation technique ont décroché en
2005-2006 > Un élève prend en moyenne 2,4 ans d’études à
temps plein pour obtenir un diplôme collégial
préuniversitaire
(durée
prévue: 2 ans) > Un élève prend en moyenne 3,9 ans
d’études à temps plein pour obtenir un diplôme col
légial technique (durée prévue : 3 ans)
Un problème à résoudre - Roxanne
Lajoie
Un étudiant
peut-il réussir ses cours au cégep tout en travaillant 25
heures par semaine?
L’auteure est enseignante au collégial et mère de famille. En
cette veille de rentrée scolaire, alors que la réussite des
élèves est un sujet préoccupant, voici une réflexion à faire,
sous forme de résolution de problème.
Marc-Antoine, Mélissa, Guillaume et Ariane se préparent à
entamer leur première année au cégep après un repos estival
bien mérité pendant lequel ils ont tous travaillé à temps
plein. Cela a permis à Marc-Antoine de gagner suffisamment
d’argent pour acheter sa première voiture et à Mélissa de
diminuer une partie de ses dettes de crédit. Guillaume a mis
de côté une somme importante afin de s’offrir un voyage en
Europe avant son entrée à l’université. Quant à Ariane, ses
payes régulières ont servi à financer sa vie sociale très
active.
Puisque l’année scolaire est sur le point de commencer, ils
ont dû demander à leur patron de diminuer leurs heures de
travail, ce que ces derniers ont accepté, un peu à
contrecoeur. Ainsi, ils travailleront en moyenne 25 heures par
semaine. Ils ont reçu leur horaire de cours qu’ils se sont
empressés de modifier, moyennant des coûts de 20$, afin de
pouvoir l’arrimer à celui que leur a remis leur patron.
Marc-Antoine étudie en communication et cinéma. Il a sept
cours à son horaire, soit 22 heures de cours par semaine,
auxquelles s’ajouteront les 19 heures qu’il devra consacrer
aux devoirs et à l’étude à la maison. Mélissa étudieen gestion
de commerce, a sept cours à son horaire, soit 24 heures par
semaine, et devra consacrer 16 heures aux devoirs et à l’étude
à la maison. Guillaume, quant à lui, étudie en santé animale,
il a huit cours à son horaire, soit 30 heures de cours par
semaine, sans compter les 17 heures qu’il devra consacrer aux
devoirs et à l’étude. Quant à Ariane, ses études en sciences
humaines et mathématiques l’obligeront à passer au minimum 23
heures par semaine au collège, car elle a sept cours à son
horaire, et à trouver du temps pour consacrer 17 autres heures
aux devoirs et à l’étude à la maison.
Étant donné
qu’ils travailleront en moyenne 25 heures par semaine, à
l’exception de Guillaume qui a paniqué en voyant sa charge de
travail scolaire et demandé à son patron de limiter sa
contribution à la bonne marche de l’entreprise à 20 heures par
semaine:
1) Lequel de ces élèves aura le temps d’étudier, de faire tous
ses devoirs et de dormir ?
2) Lequel n’abandonnera aucun cours? 3) Lequel réussira tous
ses cours? Loin de moi l’idée de prétendre que le problème
réside uniquement dans le peu de temps consacré par les élèves
à leurs études, mais il ne faut pas non plus négliger cette
raison quand nous nous interrogeons pour trouver des solutions
au décrochage et autres fléaux scolaires.
Moins exigeant
Je suis
étudiante au collégial en sciences humaines et je ne suis pas du
tout en accord avec les propos de Mme Lajoie. Je viens d’une
école secondaire où j’ai reçu un enseignement très rigoureux.
Lorsque je suis arrivée au cégep, j’ai constaté que le degré de
difficulté et la charge de travail étaient franchement moindres.
Le nombre d’heures qu’on est censé accorder aux travaux à la
maison est largement surévalué. Les efforts à fournir pour
obtenir des résultats équivalents sont également moindres au
collégial qu’au secondaire. L’an dernier, j’ai eu le temps de
travailler et de m’engager dans un des comités tout en
conservant une vie sociale qui est indéniablement un élément
majeur de la vie de cégépien. Une autre des caractéristiques du
collégial est la multitude de « trous » dans l’horaire. Bien
utilisés, ces moments de temps libre entre les cours peuvent
réduire grandement le nombre d’heures d’études à la maison. Je
ne vois donc pas vraiment d’objection au fait de travailler
durant le cégep, une période d’émancipation où la vie sociale
devient de plus en plus coûteuse. en sciences humaines au
collège André-Grasset
Question de maturité
J’étudie
présentement pour passer mon examen de l’Ordre des comptables
agréés. Depuis mon cégep, je n’ai jamais coulé un cours et j’ai
toujours travaillé autour de 25 heures par semaine. Il est
possible de travailler autant tout en étudiant suffisamment pour
passer ces cours avec de bonnes notes. L’étudiant doit avoir une
certaine maturité et de la motivation à l’école. Lui seul peut
décider s’il est en mesure de faire autant d’heures. Il est
certain qu’un étudiant qui va à reculons au cégep trouvera dans
son emploi un moyen de s’éloigner de ses études. Par contre, ce
n’est pas tout le monde. Beaucoup d’étudiants ne montrent pas
assez de maturité à leur entrée au cégep. Ils ne savent pas ce
qu’ils veulent faire, alors pourquoi se démener? Dans l’article
de Mme Lajoie, on parle de 15 à 17 heures par semaine pour faire
les devoirs et les travaux. J’aimerais bien que vous me
présentiez quelqu’un qui étudie autant (sauf en sciences).
Les études d’abord
Je n’ai pas
voulu que mes enfants travaillent plus de 12 heures par semaine
pendant les périodes de classe. C’est important, le repos et les
loisirs, pour bien réussir ses cours. Plusieurs de leurs amis
travaillaient parfois plus de 20 heures par semaine, souvent
pour se payer du luxe. Nous avons payé leurs études au complet,
alors ils n’avaient pas ce souci que plusieurs ont. Ils
travaillaient beaucoup l’été pour ramasser des sous pour leur
auto. Ils ont fait de longues études. Nous avons toujours dit
que les études passaient avant le travail, car c’est à temps
plein, les études. Le temps consacré aux études est important,
mais travailler un peu, c’est possible.
La norme
Je suis
allée au cégep ÉdouardMontpetit de 1989 à 1991 et je
travaillais en moyenne 25 heures par semaine, tout comme la
plupart de mes amis. C’était la norme à cette époque, dans
mon entourage du moins, de se trouver un petit boulot dès 16
ans et de travailler à temps partiel tout au long de ses
études. Je n’ai jamais échoué à un cours ni même remis un
travail en retard. De plus, je faisais partie de l’équipe de
basketball collégial AA et j’avais des entraînements tous
les lundis et mardis soirs. Si c’était possible à cette
époque, pourquoi cela serait-il impossible aujourd’hui?
Pour joindre les deux bouts
Ma fille de
24 ans est retournée aux études au cégep après avoir été sur
le marché du travail. Elle demeure encore avec moi. Mais
elle déménagera bientôt dans un appartement. En plus de ses
études en cinémacommunication, elle devra travailler de 15 à
20 heures par semaine pour joindre les deux bouts, malgré
mon aide financière. Comme elle veut aller à l’université,
je lui ai dit d’attendre ce moment pour faire une demande de
prêt-bourse. Il sera toujours temps de s’endetter. Je suis
retraité et je ne peux assumer toutes ses dépenses. Son
emploi ne lui laissera pas vraiment beaucoup de temps pour
ses travaux. Quand j’étais aux études, je ne travaillais que
durant l’été. Nos jeunes d’aujourd’hui vivent dans une
société de consommation, comme les adultes. Les droits de
scolarité ont augmenté de même que les frais afférents.
Comment se fait-il que même si mes parents étaient pauvres,
j’ai pu faire des études universitaires et que mes enfants
peinent?
Le déclin de l’université québécoise
- YVES BOISVERT
Non seulement
les universités québécoises (sauf peut-être McGill) ne sont
plus en mesure d’attirer des chercheurs internationaux de très
haut calibre, mais elles en perdent.
Qui décroche au Québec, les ados ou les adultes ? Ça se voit à
l’oeil nu: les Québécois ne sont pas si intéressés que ça par
l’éducation.
La Presse faisait cette semaine le bilan des coûts de
rénovation des universités québécoises, mal entretenues : 1,5
milliard de dollars.
Ce n’est qu’un nouvel exemple, en béton et en métal, du
sous-financement des universités québécoises, singulièrement
les universités francophones.
Mais qui se soucie vraiment des universités au Québec ?
C’éta i t peut-êt re la plus déprimante constatat ion du
rapport Ménard, sur la « persévérance scolaire » : il y a une
différence marquée entre le reste du Canada et le Québec qua
nt à l ’ i mpor t a nc e de l’éducation.
On a posé la question suivante partout au Canada : diriez-vous
qu’il est extrêmement important d’assurer une bonne
connaissance de la lecture, de l’écriture et des mathématiques
?
La majorité a répondu « oui » à 81% au Québec... 94% dans le
reste du Canada.
Autre question : diriez-vous qu’il est extrêmement important
de développer une attitude disciplinée par rapport aux études?
Oui, ont dit 61% des répondants québécois. C’était 80% dans le
reste du Canada.
Tout part de là, sans doute...
L’Université de Montréa l semble maintenant incapable de
concurrencer non pas avec Toronto ou les grandes universités
américaines... mais avec McGill.
L’hiver dernier, la faculté de droit a perdu deux de ses
chercheurs les plus prestigieux : Bartha Knoppers, experte des
biotechnologies, et François Crépeau, spécialiste du droit
international et de l’immigration. McGill leur offre non
seulement de meilleures conditions, mais des fonds de
recherche, un budget pour participer aux rencontres avec les
meilleurs au monde ou les faire venir à McGill. Cela grâce à
des donations.
On parle de deux universités québécoises, donc soumises aux
mêmes limites sur les droits de scolarité. Mais la faculté de
droit de McGill veut récolter 30 millions en cinq ans des
sociétés et des diplômés. Quand son vis-àvis à l’UdeM encaisse
1 million en dons, c’est une bonne année.
Il y a quelque
chose qui ne tourne pas rond, ou bien dans les méthodes de
collecte de fonds, ou bien chez les diplômés.
On a su s’inventer des riches comme on n’en avait guère il y a
50 ans. Mais pas assez de philanthropes.
En 2003, on estimait la part du financement universitaire
ontarien provenant du secteur privé à 7,7%... comparativement
à 3,5% au Québec. Et ce, même si les droits de scolarité sont
beaucoup plus élevés en Ontario.
Il n’y a pas encore de réelle tradition de dons aux
universités chez les francophones, même chez un grand nombre
de ceux qui ont réussi grâce à leurs études supérieures.
Manque-t-il un sens de l’appartenance ? Manque-t-il la simple
conviction d’appartenir à une communauté, d’être aussi le
produit d’une institution qui est là pour faire avancer la
société, pour la suite un peu meilleure et éclairée du monde?
S’il y a une tranche de la population, pourtant, qui devrait
comprendre l’importance de l ’ éducation supérieure, qui
devrait savoir combien cela leur a été économiquement et
personnellement rentable, ce sont bien les diplômés.
On mettra sans doute sur le dos de la différence de richesse
relative cet écart entre le Québec f rancophone et le reste du
Canada, mais elle est loin de tout expliquer.
Ajoutez à cela un gel des droits de scolarité qui a été tout
légèrement modifié, quelques aventures administratives
désastreuses, l’intérêt très modéré des politiciens... et vous
avez une recette pour le déclin intellectuel et scientifique
relatif d’une nation.
Sans compter un gouvernement conservateur qui investit
massivement dans les infrastructures pour relancer l’économie,
mais qui comprime les dépenses en recherche fondamentale.
Exactement le contraire de ce que veut faire la nouvelle
administration américaine.
Non seulement les universités québécoises (sauf peut-être
McGill) ne sont plus en mesure d’attirer des chercheurs
internationaux de très haut calibre, mais elles en perdent.
Et quand l’ Université de Montréal veut vendre un immeuble
(l’ancien Mont-Jésus-Marie) à un promoteur immobilier, on
l’accuse de brader du patrimoine, on voudrait la forcer à le
rénover, alors qu’elle croule sous les dettes. Les écureuils
sont quand même chanceux, eux au moins ont des amis .
L’université ? Qu’elle paye!
L’administration du recteur Luc Vinet , qui se termine l’an
prochain, ressemble à un désastre, quelle qu’en soit la cause.
La campagne de financement quinquennale est retardée. L’UQAM,
de son côté, se relève du cauchemar immobilier qu’on sait. Et
partout, on est dans le rouge...
Pendant ce temps-là, n’est-ce pas le comble de l’absurde, on
voit apparaître un pavillon de l’Université de Sherbrooke. . .
à Longueuil. C’est assez pour servir d’alibi à l’indifférence
généralisée.
C’est pourtant de la jeunesse et de l’avenir du Québec qu’il
est question. Ça devrait intéresser les gens d’affaires et les
autres au moins autant que la vente du Canadien, me semble...
Universités québécoises : LOIN DU DÉCLIN
- Louise Roy
Les
universités québécoises contribuent à l’avancée des
connaissances sur la scène internationale
L’Université de Montréal figure au palmarès des 100 meilleures
universités au monde.
L’auteure est chancelière de l’Université de Montréal. Elle
réplique à la chronique « Le déclin de l’université québécoise
» d’Yves Boisvert qui a été publiée le 12 juin.
Qui se soucie vraiment des universités au Québec ? La question
que pose Yves Boisvert dans sa chronique est fort pertinente.
Après tout, il est vrai que les universités, qui contribuent
avec force au développement social, économique et culturel du
Québec, font plus souvent qu’à leur tour l’objet de critiques
et de demandes aussi multiples que contradictoires.
Pourtant, malgré toutes les difficultés qu’elles connaissent,
les universités québécoises, l’Université de Montréal en tête,
sont loin du déclin qu’évoque M. Boisvert. Au contraire, elles
offrent une formation de très haute qualité et contribuent à
l’avancée des connaissances sur la scène internationale.
C’est pour ces raisons que le Québec accueille annuellement
près du tiers de tous les étudiants étrangers au Canada et que
l’UdeMfigure au palmarès des 100 meilleures universités au
monde, établi par le prestigieux magazine Times Higher
Education.
Il ne fait pas de doute que la compétition entre les
universités dans le monde est féroce. Les chercheurs les plus
productifs et les plus innovateurs ont la possibilité de
poursuivre leur carrière là où ils obtiennent les conditions
les plus favorables à leur épanouissement. Encore là, l’UdeM
n’a pas à rougir de son bilan: de nombreux chercheurs, parmi
les plus brillants de leur domaine, ont choisi de se joindre à
notre campus au cours des dernières années. Au total, les
arrivées surpassent en nombre les départs et notre université
affiche un solde migratoire positif de matière grise.
Le hasard a
voulu que la chronique de M. Boisvert soit publiée au moment
même où nous annoncions un don de 5 millions de la Fondation
Jean et Marcelle Coutu à notre Institut de recherche en
immunologie et en cancérologie ( IRIC). Nos donateurs
connaissent bien la valeur des activités d’enseignement et de
recherche menées au sein de notre établissement et leur
soutien ne se dément pas, en dépit d’une conjoncture
économique peu favorable. Ce don généreux s’ajoute à d’autres
provenant notamment de la communauté anglophone, comme celui
de la Fondation Cole, qui a versé 2,5 millions ce printemps
pour favoriser la venue de jeunes chercheurs prometteurs à
l’IRIC.
Le véritable enjeu concerne le sous-financement dramatique des
universités québécoises, une réalité que reconnaît l’ensemble
des observateurs du monde de l’éducation. Dès 2002, le
ministère de l’Éducation et la Conférence des recteurs et des
principaux des universités du Québec chiffraient à 375
millions de dollars par année l’écart de revenus entre les
établissements du Québec et ceux des autres provinces
canadiennes. Depuis, le fossé n’a cessé de se creuser. Et le
dégel partiel des droits de scolarité au Québec n’est venu en
rien corriger la situation. Concrètement, l’UdeM dispose
annuellement de 2700$ de moins par étudiant que les grandes
universités de recherche du Canada auxquelles elle se compare,
soit près de 90millions de dollars par année. Année après
année.
Les conséquences de ce sousfinancement se font sentir sur les
campusdesuniversitésquébécoises par le manque de professeurs,
mais également par le manque d’espace et le piètre état de
certaines des infrastructures existantes. Sur ce dernier
volet, les gouvernements fédéral et provincial viennent de
mettre sur pied d’importants programmes d’infrastructures du
savoir, qui devraient permettre de résoudre en partie le
déficit d’entretien des campus québécois. Ce déficit est
évalué à 1,5 milliard, dont 350 millions uniquement pour
l’Université de Montréal.
En dépit de ces contraintes bien réelles, la formation
qu’offre l’UdeM se compare très avantageusement à ce qui se
fait ailleurs au Canada et dans le monde. L’UdeM a remis au
printemps 421 diplômes de doctorat, du jamais vu au Québec,
dont le taux de diplomation aux cycles supérieurs est encore
trop faible par rapport à bien d’autres régions du monde.
L’UdeM concurrence les meilleures universités internationales
dans plusieurs domaines et tient haut la position d’université
de recherche au Canada. C’est tout le contraire d’une
université en déclin!

Imaginons un instant tout ce que les universités québécoises
pourraient accomplir si on leur donnait véritablement les
moyens de réaliser leur mission!
Gel de l’embauche à l’UdeM
Les profs
craignent pour la qualité de l’enseignement
« Nous perdons des étudiants aux études supérieures en grande
partie parce que les professeurs ne peuvent plus tous les
superviser. »
Au cours de la dernière année, 18,5 postes de professeurs
réguliers ont été abolis à l’Université de Montréal. Et au
prochain trimestre, aucun nouveau poste ne sera créé. Une
situation alarmante qui menace la qualité de l’enseignement,
selon le Syndicat général des professeurs et professeures de
l’Université de Montréal (SGPUM).
En
2008-2009, 42 nouveaux professeurs ont été engagés par
l’UdeM, mais 60,5 départs à la retraite ont été enregistrés,
estime le Syndicat général des professeurs et professeures
de l’Université de Montréal.
« Les tâches des professeurs s’alourdissent de plus en plus.
Les suppressions de postes ne peuvent plus durer », estime le
secrétaire du SGPUM, Michel Seymour.
En 2008-2009, 42 nouveaux professeurs ont été engagés par
l’institution située sur les flans du mont Royal. Mais 60,5
départs à la retraite ont été enregistrés. L’attrition est
donc bien réelle, martèle M. Seymour.
Confrontée à un déficit récurrent de 15 millions de dollars,
l’Université de Montréal a aussi gelé toute embauche pour les
sept prochains mois. « Et si le gel s’étale sur un an, 60
nouveaux postes seront abolis », calcule M. Seymour.
Le vice-recteur aux af faires académiques de l’ UdeM, Jacques
Frémont affirme plutôt que seulement 10,5 postes disparaîtront
jusqu’en 2010. « Les postes qui étaient affichés pour la
prochaine session ont été comblés. Le corps professoral compte
environ 1300 membres. La baisse de 10,5 postes est donc
marginale. »
Au cours des
prochains mois, l’UdeM tentera de trouver des solutions à ses
problèmes de financement. « Le gel de l’embauche n’est pas une
tendance. Les grandes universités de recherche ne peuvent pas
survivre sans développer leur corps professoral », assure M.
Frémont.
En attendant, le SGPUM s’inquiète. « Nous perdons des
étudiants aux études supérieures en grande partie parce que
les professeurs ne peuvent plus tous les superviser », dit M.
Seymour. Ce dernier craint d’ailleurs qu’un cercle vicieux ne
s’installe. Car si l’UdeM perd des étudiants, elle aura moins
d’argent pour engager des professeurs et elle attirera donc
moins d’étudiants...
Le SGPUM, dont la convention collective est échue depuis un
an, est actuellement en négociations. Le syndicat demande
entre autres l’ajout de 150 nouveaux postes de professeurs à
l’UdeM.
Dans une lettre ouverte publiée hier dans La Presse, la
chancelière à l’Université de Montréal, Louise Roy, explique
que si les universités québécoises sont obligées de supprimer
des postes de professeurs, c’est à cause de leur problème de
sous-financement. « Concrètement, l’UdeM dispose annuellement
de 2700$ de moins par étudiant que les grandes universités de
recherche du Canada auxquelles elle se compare, soit près de
90 millions par année », écrivait-elle.
M. Seymour est du même avis. « L’Université de Montréal a un
déficit depuis plusieurs années. Le problème est là depuis
longtemps. Mais c’est la première fois qu’elle décide
officiellement de couper en diminuant le nombre de postes de
professeurs », nuance M. Seymour.
Dans une lettre envoyée en avril dernier au rectorat de
l’UdeM, des directeurs de départements de la faculté des arts
et des sciences dénoncent le manque de professeurs. «
Plusieurs disciplines de notre secteur doivent dorénavant
faire appel au bénévolat de professeurs actifs ou de
professeurs à la retraite pour arriver à respecter leurs
obligations envers leurs étudiants. Les ressources qui nous
sont attribuées sont insuffisantes pour leur assurer une
formation de qualité », écrivent les signataires.
UNIVERSITÉS
« Montréal a une sérieuse pente à remonter »
Montréa l doit cesser de se « conter des histoires » et
regarder les choses en face : la ville dénombre beaucoup moins
de diplômés universitaires que ses concurrentes nord-américaines
et ses institutions sont gravement sous-financées.
C’est l’un des
constats dressés hier par Marcel Côté, associé fondateur de
SECOR Conseil, et Claude Séguin, vice-président principal chez
CGI. Ils présentaient une liste de « chantiers » pour sortir la
ville du marasme économique, devant la chambre de commerce du
Montréal métropolitain.
«
Aujourd’hui , les emplois vont où là où sont les gens et non
l’inverse, a lancé M. Séguin. Avec un taux de diplômés
universitaires équivalent à la moitié de celui de Boston,
Washington ou San Francisco, Montréal a une sérieuse pente à
remonter pour espérer avoir des revenus équivalents. »
Le taux de diplômés s’établit à 26% de la population à
Montréal, comparativement à 31% à Vancouver, 33% à Toronto et
45% à Boston, ont souligné les experts. Une proportion assez
faible, considérant que la métropole québécoise se situe au
premier rang pour le nombre d’étudiants par habitant en
Amérique du Nord.
Sous-financemen chronique
Le sous-financement est chronique, a fait valoir Claude
Séguin. Les quatre universités montréalaises reçoivent en
moyenne 20% moins de fonds par étudiant que leurs concurrentes
canadiennes, si bien que, « cette année, Toronto dépassera
vraisemblablement Montréal pour l’attrait de fonds de
recherche, nous reléguant au second rang ».
Pour réduire l’écart de moitié, Québec doit faire preuve de «
courage politique » et dégeler les droits de scolarité pour
les ramener au même niveau que la moyenne canadienne, a avancé
Marcel Côté. I ls atteignent aujourd’hui 1870$ dans la
province, comparativement à 5870$ dans le reste du Canada.
Montréal et l’État québécois doivent par ailleurs attaquer
plus vigoureusement le problème du décrochage scolaire, au
point d’en être « obsédés », ont insisté les conférenciers.
Quelque 32% des gens de 20 ans n’avaient pas de diplôme
d’études secondaires à Montréal en 2007.
La question de l’éducation devrait être centrale dans la
campagne municipale qui opposera l’actuel maire Gérald
Tremblay à l’ex-ministre péquiste Louise Harel (tous deux
présents hier). « Si Montréal veut être une ville prospère, le
maire doit y penser », a lancé Marcel Côté, en marge de la
conférence.
« Cacophonie
perpétuelle »
L’autre frein majeur à l’essor économique de Montréal est sa
surgouvernance, véritable « cacophonie perpétuelle » qui
bloque la prise de décisions, ont martelé les experts. Avec
ses divers arrondissements et villes autonomes, la communauté
métropolitaine compte pas moins de 101 maires !
Les conférenciers prônent la création rapide d’un groupe de
travail indépendant pour réviser les structures de gouvernance
de la région. Le comité, formé de gens qui ont occupé des
postes « de haut niveau », devrait aussi revoir la structure
de revenus de la métropole, trop axée selon eux sur l’impôt
foncier.
Marcel Côté et Claude Séguin suggèrent aussi de mieux «
prioriser » les dépenses d’infrastructures. Il s’investit en
moyenne entre 5 et 7 milliards de dollars en infrastructures
chaque année à Montréal, mais pas toujours de la bonne façon.
« Le meilleur exemple, c’est qu’on veut couvrir l’autoroute
Ville-Marie pour 300 à 400 millions, mais est-ce que ça
devrait être la priorité par rapport au lien ferroviaire vers
l’aéroport ? » a demandé M. Côté.
Il faut enfin revoir l’ordre d’importance des divers projets
et surtout simplifier le processus d’approbation qui décourage
de nombreux promoteurs, selon M. Séguin.
« Réaliser un projet d’envergure à Montréal semble relever de
l’exploit. En fait, les processus d’approbation correspondent
plus à une course à obstacles qui nous fait penser au jeu
Échelles et serpents où, après plusieurs étapes, le promoteur,
privé ou public, se fait emporter par une longue glissade. »
Marcel Côté et Claude Séguin présentaient hier une « synthèse
personnelle » des propositions qui ont émergé d’un congrès sur
les grandes villes, organisé il y a un mois par l’Association
des économistes québécois.
UQAM : « L’ère de difficultés est terminée
» - Marie Allard
L’UQAMadopte un
plan de retour à l’équilibre étalé sur sept ans
« Nous sommes très heureux de recevoir le plan de redressement
de l’UQAM, a commenté l’attachée de presse de la ministre de
l’Éducation. Nous constatons tout le travail fait par l’UQAM. »
L’UQAM a franchi un pas important vers sa relance en adoptant un
plan stratégique et un plan de retour à l’équilibre étalé sur
sept ans. « L’ère de difficultés qui s’est ouverte avec la mise
au jour de la dérive immobilière de l’UQAM est maintenant
terminée » , a assuré le recteur Claude Corbo, qui a reçu La
Presse hier dans son bureau.
« Nous
sommes entrés dans une période de développement, plutôt que de
s’arracher les cheveux à cause de développement immobilier mal
conçu », a dit hier à La Presse Claude Corbo, recteur de
l’UQAM.
La situation n’est pas parfaite: le budget 2009-2010 de l’UQAM
anticipe un déficit de 16,7 millions, supérieur de 6 millions à
celui de cette année. « Sur un budget de 350 millions, c’est 5%
», a nuancé le recteur. Une baisse des effectifs étudiants
(recul de 435 étudiants équivalent temps plein), peut-être liée
à la grève des professeurs qui a affecté l’université ce
printemps, explique en partie ce déficit. Neuf millions devront
aussi être déboursés pour couvrir la dette obligataire de 150
millions.
Quant au retour à l’équilibre, il n’est pas envisagé pour dans
cinq ans, tel que demandé par Québec. Deux ans de plus sont
nécessaires pour y arriver, a plaidé M. Corbo. « Une entreprise
qui contrôle ses revenus peut les faire varier à la hausse et se
rapprocher plus rapidement de l’équilibre, a-t-il dit. Si nous
contrôlions les frais de scolarité, je ne dis pas qu’on les
augmenterait, mais théoriquement ce serait possible. » Or, c’est
Québec qui fixe les droits de scolarité et les subventions
consenties aux universités.
Plus d’étudiants, plus d’argent
« Même si la chose apparaît paradoxale, pour arriver à
l’équilibre il faut consentir des dépenses », a fait valoir le
recteur. Le gouvernement l’a bien compris, selon lui, en
finançant 135 nouveaux postes de professeurs ainsi que des
hausses de salaire, lors de la signature de la convention
collective des professeurs.
« On évalue à environ de 13 à 15 millions les revenus
supplémentaires annuels générés » par ces mesures, d’ici trois
ans, précise un document déposé au conseil d’administration de
l’UQAM mercredi soir. Comment ? Plus de professeurs pourront
encadrer plus d’étudiants – 1340 nouveaux aux cycles supérieurs
par an, d’ici sept ans – qui généreront plus de revenus.
Vers la vente
des résidences et stationnements?
L’UQAM s’est déjà serré la ceinture : une cinquantaine de
programmes ont été fermés depuis 2000, de même qu’un bar et le
magasin Bureauphile. Cinq édifices ont été vendus ( bibliothèque
Saint-Sulpice, ancien pavillon des sciences, édifice La Patrie,
domaine de Mascouche et un autre édifice de la rue
Sainte-Catherine) et le potentiel de vente des résidences, des
stationnements et du centre écologique la Huardière, de
Saint-Michel-des-Saints, est évalué.
Reste à boucler les négociations avec les 2400 employésétudiants
de l’UQAM, dont la convention collective est échue depuis le 31
mai 2008. « Nous sommes optimistes de parvenir à un règlement
dans un avenir rapproché », a dit M. Corbo.
Déficit cumulé de 116 millions en 2015-2016
Enf i n, qua nd l e budge t annuel de l’ UQAM générera un
surplus ( de 1,5 million) en 2015-2016, il restera à s’attaquer
au déficit cumulé. I l atteindra alors 116 millions. « Nous
rejoindrons l’ensemble des universités québécoises, c’est un
problème que nous ne sommes pas les seuls à avoir », a souligné
le recteur.
« Nous sommes très heureux de recevoir le plan de redressement
de l’UQAM, a commenté Kim Ledoux, attachée de presse de la
ministre de l’Éducation. Nous constatons tout le travail fait
par l’UQAM. Nous analyserons les documents et nous verrons les
suites à lui donner. »
L’îlot Voyageur sera vendu incessamment
L’îlot
Voyageur, vaste chantier immobilier abandonné depuis deuxans
à l’angleBerri et Ontario, sera vendu incessamment. « C’est
exact », a confirmé Claude Corbo, recteur de l’UQAM.
« À l’heure actuelle, l’ î lot Voyageur ne constitue plus un
problème pour l’UQAM », a-til souligné. Une fiducie de 200
millions a été créée par Québec en novembre dernier, afin de
rembourser les frais que l’UQAM doit payer en attendant la
vente du projet. « Tant que ce ne sera pas fait, nous serons
techniquement, juridiquement et financièrement responsables,
a reconnu le recteur. Mais en réalité, ce n’est plus un
problème. »
C’est le ministère des Finances qui négocie actuellement
avec la firme Busac, partenaire d’affaires de l’UQAM et
propriétaire de l’îlot Voyageur. « On est à pied d’oeuvre,
on travaille très fort pour trouver une solution, a dit
Anne-Sophie Desmeules, attachée de presse du ministre des
Finances. On est toujours en négociation. »
L’UQAM
envisage de poursuivre au civil l’ex-recteur Roch Denis,
l’ex-vice-recteur responsable des affaires financières Mauro
Malservisi et l’ex-directeur du développement, Nicolas
Buono. « Cette question est toujours à l’étude », a indiqué
Francine Jacques, porte-parole de l’UQAM.
Depuis une douzaine de jours, l’îlot Voyageur a repris
partiellement vie : les autobus se stationnement dans la
nouvelle gare, libérant l’espace extérieur qu’ils occupaient
au nord de la Grande Bibliothèque. Bien que les chauffeurs
aient accès à des locaux au deuxième étage du nouvel
édifice, les passagers ne peuvent entrer dans le chantier.
Ils doivent continuer d’utiliser la vieille station
d’autobus.
« On se réjouit, comme l’ensemble de la communauté, de voir
que toutes les conséquences du malencontreux projet de
l’îlot Voyageur sont derrière nous », a commenté Éric
Demers, président du Syndicat des étudiants employés de
l’UQAM.
30ANSDENÉGLIGENCE COÛTERONT 1,5 MILLIARD -
Karim Benassaieh
Les
infrastructures universitaires québécoises sont victimes des
outrages du temps. À elles seules, les universités McGill, Laval
et de Montréal ont besoin d’un milliard, selon une étude obtenue
par La Presse. État des lieux.
«Quand des blocs de ciment commencent à tomber et qu’on doit
fermer le pavillon, il faut absolument agir », reconnaît Denis
Brière, recteur de l’Université Laval et viceprésident de la
Conférence des recteurs et des principaux des universités du
Québec (CREPUQ).
Systèmes de ventilation moribonds ou désuets, façades qui
perdent des morceaux, toits qui fuient. Négligé depuis une
trentaine d’années, l’entretien des universités québécoises
s’est transformé en gouffre financier de 1,5 milliard de
dollars, selon un rapport que La Presse a obtenu et qui détaille
les besoins de chaque institution.
« C’est extrêmement di f f ici le, reconnaît Denis Brière,
recteur de l’Université Laval et vice-président de la Conférence
des recteurs et des principaux des universités du Québec
(CREPUQ). On atteint un point de non-retour avec certaines de
nos infrastructures. Quand des blocs de ciment commencent à
tomber et qu’on doit fermer le pavillon, il faut absolument
agir. »
Au total, le rapport commandé par le ministère de l’Éducation
énumère 5751 interventions que les 18 universités jugent
nécessaires. Les données datent de 2007. Elles ont été compilées
par un groupe de travail mis sur pied par la CREPUQ, qui a remis
le rapport à Québec en février 2008. Il n’avait jamais été rendu
public avant que La Presse l’obtienne grâce à la Loi sur l’accès
à l’information.
À elles seules, les vénérables universités McGill, Laval et de
Montréal auraient besoin de près d’un milliard, et ce, de façon
urgente. Les deux tiers des travaux répertoriés dans cette étude
doivent en effet être réalisés immédiatement ou d’ici deux ans.
La moitié des travaux de réfection sont classés sous la rubrique
« services » : on y trouve notamment les problèmes de
ventilation, de climatisation et d’électricité. L’autre domaine
important, avec 19% des interventions, est classé sous «
superstructure et enveloppe » et regroupe la réfection des
façades et des toits.
Une autre statistique, peu connue du grand public, reflète
cependant mieux la décrépitude des universités : c’est l’«
indice de l’état des installations ». Grosso modo, on l’obtient
en comparant le coût des travaux de réfection vitaux à la valeur
des bâtiments. Le seuil critique est établi à 10%.
Or, la moyenne québécoise a pratiquement doublé en sept ans,
passant de 11% à 20,4%, selon ce rapport. La moyenne canadienne
se chiffre à 13%. C’est l’université McGill qui est la plus mal
en point à ce chapitre, avec un indice de 46%. Elle devrait
investir 622 millions dans l’entretien de ses édifices, dont la
valeur est estimée à 1,3 milliard. L’École polytechnique, avec
44,8%, et l’Université de Montréal, avec 23,9%, occupent les
deux autres marches de ce podium peu glorieux.
« Ce n’est pas surprenant, dit Jim Nicell, vice-principal de
l’Université McGill. De mémoire, depuis 30 ans, on n’a jamais
investi ce qui était nécessaire en réfection, et c’est un
problème chronique avec les universités publiques. Nous avons
beaucoup de priorités: nos étudiants, nos employés, les
ressources éducationnelles, la recherche. On doit faire des
choix. »
« C’est sûr que
les coupes qu’il y a eues dans l’enseignement postsecondaire,
dans les subventions gouvernementales, nous ont poussés à faire
des choix difficiles », renchérit Denis Brière.
Coûteux, le patrimoine
Le cas de McGill est particulier: même si elle dispose d’un
solide réseau de donateurs, l’université peine à trouver les
millions nécessaires à la réfection de ses édifices souvent
patrimoniaux. Les fonds sont plus faciles à trouver pour des
projets de recherche prestigieux que pour remplacer une toiture,
de toute évidence. « Réparer un escalier devant un édifice, on
ne fait pas ça pour 3000$, mais 150 000$, surtout s’il y a des
ouvrages en pierre ou en métal, explique le vice-principal.
Regardez nos toitures. S’il y a du cuivre ou de l’ardoise, on
n’achète pas ça à la quincaillerie du coin. »
L’autre cas étonnant, c’est l’École polytechnique, dont le
bâtiment principal date d’à peine un demi-siècle et qui aurait
besoin de travaux de 133 millions. « C’est un vieux bâtiment,
bâti en différentes étapes avec différentes technologies,
explique la porte-parole Annie Touchette. On se retrouve avec un
pavillon qui est très complexe à rénover: on a par exemple 170
systèmes différents de climatisation et de ventilation, parce
qu’il a été construit en plusieurs phases à différentes époques.
»
Après des décennies de compressions, Québec a délié les cordons
de sa bourse depuis trois ans. Les fonds consacrés à la
rénovation des bâtiments sont passés de 22 millions en 2005 à 42
millions cette année. Ils devraient se stabiliser à 45 millions
par année en 2012. Pour éviter que les infrastructures se
dégradent, le gouvernement Charest a également bonifié les
budgets récurrents pour l’entretien, qui passeront graduellement
à 83 millions dans trois ans. Ils étaient de 21 millions en
2001.
Ottawa a renchéri en janvier dernier avec la promesse de verser
deux milliards en deux ans pour les infrastructures
postsecondaires. Les universités québécoises s’attendent à
recevoir quelque 350 millions de cette manne. Elles ont soumis
300 demandes de subvention par l’intermédiaire du gouvernement
du Québec, précise-t-on à Industrie Canada. Ottawa n’en a encore
officiellement accepté aucune.
« Il y a une bonne compréhension des deux ordres de
gouvernement, surtout au provincial, estime Denis Brière.
Graduellement, on va réussir à rénover nos pavillons. »
Paradoxalement, alors qu’elles réclament des centaines de
millions pour des rénovations, les grandes universités ont
multiplié les investissements dans de nouveaux pavillons depuis
quelques années. Du côté de la CREPUQ, on n’y voit aucune
contradiction. « Si on arrête de construire, on recule encore
plus, assure M. Brière. Il faut avoir un bon équilibre entre la
construction et la rénovation de nos infrastructures existantes.
Ce sont des enveloppes complètement différentes et qui ne sont
pas interchangeables. »
Une longue liste de réparations - Ariane Lacoursière
Les tunnels
reliant certains pavillons de l’Université de Montréal ont
un besoin évident de réparations.
À
l’Université de Montréal, deux poubelles sont installées
en quasipermanence pour collecter l’eau qui coule du
plafond dans ce passage. Les concierges les ont même
recouvertes de grilles car ils en avaient assez d’enlever
les déchets que les gens y mettaient.
Une simple visite dans les universités de Montréal permet de
noter l’ampleur des rénovations à effecteur. Ici, des
escaliers de pierre tremblent au passage des étudiants. Là,
un mur risque de s’effondrer. Et là, des poubelles
recueillent l’eau d’un plafond qui fuit depuis deux ans.
Mais vu l’énorme fardeau financier que représentent ces
travaux, les universités doivent chaque année se contenter
de parer au plus urgent.
La situation est particulièrement critique à l’Université
McGill. Les quelque 150 immeubles de l’institution ont
jusqu’à 200 ans d’âge. « Ça coûte très cher à entretenir et
il y a toujours quelque chose à faire », confie le directeur
général de la gestion des immeubles, Ron Proulx.
Cette année, M. Proulx, a choisi de remplacer les 1000
fenêtres du pavillon de dentisterie. Le coût de l’opération
est important, principalement parce que l’Université devra
mettre des fenêtres ayant l’apparence des originales. «
Depuis un peu plus d’un an, la Ville nous oblige à toujours
rénover en respectant l’aspect d’origine, explique M.
Proulx. C’est très coûteux. »
Parexemple, alorsqueconstruire un escalier en béton coûte
environ 80$ le pied cube, McGill doit refaire ses escaliers
en pierre, qui coûtent jusqu’à 200$ le pied cube. Et le
campus compte des dizaines de ces escaliers.
Plusieurs des toits de l’Université McGill sont aussi faits
d’ardoise. Alors que des toits traditionnels pour ce type de
bâtiment coûtent environ 15$ le pied carré, l’ardoise coûte
150$. « On est toujours en discussion avec la Ville pour
essayer de trouver des compromis afin d’entretenir nos
structures en respectant le patrimoine tout en évitant les
coûts astronomiques », commente M. Proulx.
Pendant ce temps, il a fallu condamner un pavillon de McGill
parce qu’un mur risque de s’effondrer. Près de la faculté de
droit, une immense terrasse de béton est si gondolée qu’il
faut la refaire. « On a toujours des choses à réparer. Mais
on n’a pas l’argent pour tout faire. Il faut faire des choix
», commente M. Proulx.
Depuis que Québec a lancé une série de chantiers de
construction pour relancer l’économie, les entrepreneurs de
la province sont en demande. Ils ont augmenté leurs tarifs.
Les universités en subissent les effets. « Quand les gars de
fondation et de béton acceptent de venir ici, ils demandent
beaucoup plus cher, note M. Proulx. On a un peu moins de
latitude à cause de ça. »
Solution? Poubelles !
À
l’Université de Montréal, des travaux sont actuellement en
cours pour rénover 14 salles de classe dans le pavillon
JeanBrillant. Autant de salles de toilettes ont récemment
été rénovées, pour 1,3 millions. « Quand le pavillon a été
bâti, dans les années 60, il y avait plus de garçons que de
filles à l’université. Plus maintenant. Il a fallu revoir la
configuration des toilettes », explique la directrice des
relations médias de l’Université de Montréal, Sophie
Langlois.
Mais ces quelques rénovations ne sont qu’une goutte d’eau
dans l’océan d’infrastructures à réparer à l’Université de
Montréal. En se promenant dans les corridors, on remarque
que plusieurs endroits sont défraîchis. Dans le passage qui
relie le pavillon Jean-Brillant au pavillon Roger-Gaudry,
deux poubelles recueillent l’eau qui coule du plafond. «
Elles sont là depuis deux ans. Les concierges ont même mis
des grilles sur les poubelles parce qu’ils étaient tannés
que les gens y jettent des déchets ! » remarque le
secrétaire général de la Fédération des associations
étudiantes du campus de l’Université de Montréal (FAECUM),
Nicolas Descroix.
Dans l’aile du département de physique, certains
laboratoires ont besoin de restauration. Deux appareils
analytiques neufs, toujours emballés, sont entreposés dans
le corridor. « On ne peut pas les mettre dans les
laboratoires, qui ne sont pas encore configurés pour les
accueillir », affirme M. Descroix.
La liste de travaux à entreprendre est longue. Et comme si
ce n’était pas assez, l’Université de Montréal doit aussi
décontaminer certains de ses murs, qui contiennent de
l’amiante.
À l’École polytechnique, c’est plutôt le système de
chauffage et de ventilation qui cause des maux de tête.
Dans la centrale thermique de l’école, trois immenses
chaudières bleues alimentent un système de chauffage à la
vapeur. Les trois chaudières n’ont jamais été remplacées
depuis la construction du bâtiment principal... en 1957.
L’École polytechnique effectue des rénovations sur une base
régulière. Mais dans certains secteurs, l’établissement sera
bientôt « à un point critique », dit la porte-parole de
l’établissement, Annie Touchette. « Les besoins et les
normes changent, et il faut s’y adapter », explique le
responsable du secteur énergie de Polytechnique, Michel
Lareau.
Plusieurs salles de classe ne sont toujours pas climatisées.
« Avec les ordinateurs, aujourd’hui, ça n’a plus de sens »,
croit M. Lareau.
Le nouveau pavillon Lassonde de l ’ École poly t echnique,
construit en 2005, est lui aussi alimenté par la centrale
thermique du pavillon principal. Un système sophistiqué de
collecte de la chaleur a été mis en place, augmentant du
coup le rendement énergétique du nouveau bâtiment. Mais si
un pépin survient dans les chaudières d’origine, c’est toute
l’école qui en subirait les conséquences.
Les universités montréalaises ont beaucoup à faire pour
remettre leurs installations en état. « Et à travers tout
ça, on doit aussi penser à des agrandissements parce que
notre clientèle augmente », affirme Mme Touchette.
UNE MANNE DONT TOUS VEULENT PROFITER -
Karim Benassaieh
Après le
privé, les écoles publiques québécoises découvrent
depuis quelques années les charmes des fondations. Mais
si des géants comme le collège Jean-de-Brébeuf peuvent
récolter les dons à coups de centaines de milliers de
dollars – comme celui d’Hydro-
Pratiquement inexistantes il y a 10 ans, les fondations
mises sur pied par les institutions d’enseignement au
Québec, des écoles primaires publiques aux universités,
représentent aujourd’hui une mine d’or de dizaines de
millions de dollars.
Certaines écoles privées ont
reçu plus d’un million de dollars en dons en 2008. À
l’autre bout du spectre, une fondation comme celle de
la Commission scolaire de Montréal, qui redistribue
les dons à plus de 200écoles et centres de formation
de l’île, n’a recueilli que 167 185$ en 2008.
Selon une compi lation faite par Statistique Canada à la
demande de La Presse, les Québécois ont donné 60
millions à des organismes de bienfaisance travaillant en
« éducation et recherche » en 2007. C’est dans cette
catégorie que sont placées les centaines de fondations
mises sur pied par les établissements d’enseignement
pour solliciter les donateurs.
Plus de 200 écoles et 135 collèges ou cégeps se sont
enregistrés officiellement en tant qu’organismes de
bienfaisance à Revenu Canada. Ces statistiques ne
comprennent pas les fondations qui n’ont pas gardé le
mot « école » ou « collège » dans leur nom, comme la
Fondation du patrimoine de Jean-de-Brébeuf. À la
Fédération des cégeps, on confirme que 47 des 48
établissements ont mis sur pied leur fondation – mais on
ignore combien elles rapportent. Même les commissions
scolaires – 37 sur 72 – ont opté pour la mise sur pied
d’une fondation pour obtenir leur part du gâteau.
Des 60 millions donnés en charité par les Québécois,
presque la moitié, soit 26,1 millions, sont allés aux
universités, selon les Statistiques de l’éducation de
2007 publiées par Québec. La tendance de ce côté est
révélatrice : en 2001, les universités québécoises n’ont
récolté que 13,4 millions grâce à leurs fondations, un
bilan qui a doublé en moins de six ans.
Les
données sont moins précises en ce qui concerne les
écoles, même si tous les acteurs conviennent que les
fondations sont de plus en plus présentes. « On ne les a
pas colligées, dit Josée Bouchard, présidente de la
Fédération des commissions scolaires du Québec. Mais il
reste qu’on sait que c’est un courant, c’est vraiment
quelque chose qui a pris de l’ampleur ces dernières
années. »
À la Fédération des établissements d’enseignement privé
(FEEP), on ignore le nombre de fondations mises sur
pied, mais une étude a permis d’en savoir plus sur la
destination des fonds. « Bon an, mal an, les écoles
privées membres de la Fédération versent cinq millions
de dollars en bourses d’études aux élèves, pour
permettre l’accès à l’école privée à des jeunes qui
autrement ne pourraient pas la fréquenter », dit Auguste
Servant, porteparole de la FEEP.
La Commission scolaire de Montréal (CSDM) a établi
récemment que 36 de ses 166 écoles primaires et
secondaires s’étaient dotées d’une fondation. « Il n’y a
pas de progression depuis 2004, note Alain Perron,
porte-parole de la CSDM. C’est quand même fastidieux,
monter une fondation, et la commission scolaire s’est
dotée d’une politique claire en matière de commandite. »
Il est « plausible », selon M. Perron, qu’en raison de
ces règles plus restrictives, les donateurs montréalais
choisissent davantage la Fondation de la CSDM que celle
des écoles. Effectivement, en 2008, la Fondation de la
CSDM a reçu 167 185$ en dons déductibles d’impôts, qui
ont été redistribués aux écoles. En 2004, elle n’avait
reçu que 21 275$.
La
Fédération québécoise des directions d’établissement
d’enseignement ( FQDEE) est un des rares organismes à
avoir dressé un portrait québécois de la situation,
grâce à un sondage maison mené le printemps dernier
auprès de ses membres. La FQDEE représente quelque
2400 directions d’établissement, essentiellement des
écoles primaires et secondaires.
Le tiers des écoles se seraient dotées d’une fondation
depuis 1997, année depuis laquelle la Loi sur
l’instruction publique leur permet d’aller chercher du
financement privé, selon l’estimation sommaire de sa
présidente, Chantal Longpré. En s’enregistrant à titre
d’organismes de bienfaisance, les écoles peuvent
remettre des reçus d’impôts à leurs donateurs, qui à
leur tour peuvent récupérer auprès du fisc jusqu’à 50%
de leur don.
La raison principale ? Le sous-financement des écoles,
tout simplement. « C’est triste à dire, mais les
écoles n’arrivent pas à offrir tout ce qu’il faut aux
élèves, affirme Mme Longpré. Il faut donc pallier un
manque, et on est alors obligé de faire appel à une
fondation. Ça veut alors dire que l’école n’a pas la
marge de manoeuvre nécessaire financièrement pour
obtenir ce qu’il y a de mieux pour les élèves. »
L’initiative provient souvent de parents qui
souhaitent s’engager et donner un coup de pouce à
l’école de leurs enfants. Les commerçants locaux, des
institutions et les directions d’école se greffent
ensuite au conseil d’administration. « Au départ, les
gens dans les écoles avaient des craintes par rapport
aux fondations. On pensait que ça apporterait plus de
travail. Finalement, ça roule tout seul. C’est géré
par les parents, par la communauté. Tout ce dont on
s’occupe, c’est d’offrir plus pour les élèves et ça,
personne ne peut être contre ça! »
Ces fondations, au départ, servaient essentiellement à
récolter des fonds pour des activités éducatives
complémentaires. Le hic, ajoute la présidente de la
FQDEE, c’est que leur rôle semble s’élargir. « Par les
temps qui courent, il n’est pas rare de voir des
établissements recourir aux fondations pour acheter,
entre autres, du mobilier. On les utilise aussi pour
l’aménagement de cours d’école, pour l’achat de
dictionnaires. Selon moi, c’est inacceptable et
inadmissible qu’on doive se tourner vers une fondation
pour obtenir des outils qui sont essentiels à la
réussite des élèves. »
Il y a un danger que les fondations se substituent aux
responsabilités gouvernementales, estime Mme Longpré.
« J’espère qu’il n’existe pas de fondations qui paient
l’embauche de personnel ou de professionnels ! Ce
serait assez catastrophique. »
Même son de cloche du côté de la Fédération des
commissions scolaires, où on note que les fondations
vont souvent répondre aux exigences des parents. « Il
y a une pression qui s’est manifestée sur notre
système, dit Josée Bouchard. On a souvent parlé de la
recrudescence des inscriptions au système privé. En
fait, les demandes sont venues des parents, qui
avaient l’impression qu’il y avait plus de projets
dans les écoles privées. »
Différend sur la hausse des frais afférents
- Marie Allard
Un
étudiant à la maîtrise s’estime lésé par les frais de
rédaction que l’Université de Montréal lui facture
EXCLUSIF
Marc-André Lacasse, étudiant à la maîtrise en
mathématiques, est outré. Les frais de rédaction que lui
facture l’Université de Montréal étaient de 312$ l’été
dernier. Depuis, ils ont grimpé à 337$ aux trimestres
d’automne et d’hiver et à 349,50$ à l’été 2009. Une
augmentation de 37,50$ en un an.
Marc-André Lacasse dénonce la
hausse de 37,50$ en un an des frais institutionnels
obligatoires à l’Université de Montréal, contraire au
règlement du ministère de l’Éducation, selon lui. « Je
m’interroge quant à savoir si l’Université est d’une
étonnante mauvaise foi ou si elle présente de graves
lacunes de lecture ou de calcul », a dit l’étudiant à la
maîtrise en mathématiques.
Or, le ministère de l’Éducation ne permet qu’une hausse de
12,50$ – trois fois moins – par rapport à l’été dernier,
plaide l’étudiant. L’Université facture donc 25$ en trop.
« Ce qui me trouble, me choque et me sidère, c’est que
l’UdeM n’admette pas le fait qu’elle ne respecte pas la
règle budgétaire ministérielle, a souligné M. Lacasse. Je
me sens littéralement trahi. »
L’Université est d’un autre avis. « Cette année, il y a
euunepremière hausse des frais institutionnels
obligatoires (FIO) de 12,50$ en juin et il y en aura une
autre à la session d’automne », a annoncé Alexandre
Chabot, vice-recteur adjoint à la vie étudiante de l’UdeM.
C’est légal, selon lui, puisque Québec permet à
l’Université d’augmenter ses FIO (ou frais afférents, dont
font partie les frais de rédaction) de 25$ dans l’année et
de 50% de cette somme durant l’été.
Québec confirme
La politique ministérielle semble ambiguë. « Concernant le
trimestre d’été, la hausse maximale applicable à ce
trimestre est égale à 50% de la limite annuelle permise »,
précise un communiqué daté du 6 mai dernier. Mais un autre
passage donne raison à l’étudiant : « Les FIO auxquels on
doit référer pour déterminer si une hausse respecte les
dispositions de la règle budgétaire sont ceux de l’année
universitaire qui précède l’année concernée par la hausse,
c’est-à-dire les FIO applicables au trimestre d’été
précédent s’il s’agit de FIO facturés à l’été. »
La hausse
de 12,50$ à l’été 2009 doit donc être calculée par rapport
au prix facturé à l’été 2008, et non pas à l’hiver 2009.
Ce qui signifie que les étudiants devraient payer chacun
25$ de moins.
Confronté à ce passage du règlement, M. Chabot a dit «
qu’il faudrait poser la question directement au ministère
de l’Éducation (MELS) ». Il a aussi fait valoir que les
autres universités font comme l’UdeM.
« Les frais de l’été sont comparés à ceux de l’été
précédent, a réitéré à La Presse Pierre Noël, porte-parole
du MELS. Les frais des trimestres de l’automne et d’hiver
sont comparés à ceux des trimestres d’automne et d’hiver
précédents, indépendamment de l’été. »
Remboursement
Reste à savoir si l’UdeM devra rembourser les étudiants. «
Le Ministère analyse présentement les rapports financiers
des universités, lesquels permettent d’établir la hausse
des FIO à laquelle chacune d’entre elles a droit, a
indiqué M. Noël. Nous ne sommes donc pas en mesure
actuellement de confirmer si la hausse à laquelle vous
faites référence est juste ou non et si elle contrevient à
la règle ministérielle encadrant les FIO. »
Déjà, en septembre dernier, l’UdeMadû rembourser 600 000$
facturés en trop aux étudiants, à la suite de la
modification rétroactive de la réglementation
ministérielle des FIO. Il est à noter que la hausse des
FIO est indépendante du dégel des droits de scolarité et
de l’augmentation des cotisations automatiques non
obligatoires. Au total, les étudiants doivent payer trois
sortes de frais pour fréquenter l’Université de Montréal.
La ministre Courchesne rappelle l’UdeM à
l’ordre
La
ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, a envoyé une
lettre à l’Université de Montréal « pour lui demander de
corriger sa façon de faire relativement aux cotisations
automatiques non obligatoires ». Comme l’a révélé La
Presse, l’UdeM a doublé la cotisation pour les frais
technologiques et de soutien, passée de 60 $ à 120 $ par
trimestre à temps plein. De plus, l’Université a retiré la
possibilité de se désister de ce paiement non obligatoire
par l’internet.
« Les
étudiants qui le souhaitent doivent pouvoir exprimer plus
facilement leur volonté de ne pas payer la cotisation non
obligatoire », a indiqué hier Kim Ledoux, attachée de
presse de la ministre. Cette hausse de frais – alors que
les droits de scolarité et les frais afférents
obligatoires sont plafonnés par Québec – est aussi
dénoncée par Mme Courchesne.
« L’Université de Montréal ne peut pas faire indirectement
ce que la réglementation l’empêche de faire directement »,
a souligné Mme Ledoux.
UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL Difficile de ne pas payer les
frais non obligatoires
EXCLUSIF
L’Université de Montréal a doublé le montant de la «
cotisation automatique non obligatoire » facturée aux
étudiants pour les « frais technologiques et de soutien
». Depuis cet été, elle est passée de 60$ à 120$ par
trimestre à temps plein. Fait plus grave, il est
désormais impossible de se désister par l’internet, ce
que l’ombudsman considère comme « une entrave sérieuse »
à la liberté de choix des étudiants de souscrire ou non
à la cotisation, a appris La Presse.
L’Université de Montréal facture
automatiquement aux étudiants « une cotisation non
obligatoire » de 120$ par trimestre à temps plein pour
les frais technologiques et de soutien. « En plus
d’avoir doublé le montant, l’Université a enlevé la
possibilité de se désister en ligne », dénonce Nicolas
Descroix, 24 ans, secrétaire général de la FAECUM.
Pour ne pas payer les 120$ facturés automatiquement, les
étudiants doivent se rendre à un bureau, en personne,
alors qu’auparavant cela se faisait par l’internet. Même
les procurations sont interdites. « Qu’arrivera-til à
l’automne, quand il y aura 33 000 étudiants sur le
campus? » a demandé hier Nicolas Descroix, secrétaire
général de la Fédération des associations étudiantes du
campus de l’Université de Montréal (FAECUM). De longues
files d’attente sont à prévoir, selon lui.
Alexandre Chabot, vice-recteur adjoint à la vie
étudiante de l’UdeM, a confirmé que le désistement par
l’internet n’était plus possible. « On a adopté une
approche similaire aux autres établissements », a-t-il
fait valoir.
Pas pour limiter les pertes financières, assure l’UdeM
Cette décision n’a pas été prise pour empêcher un trop
grand nombre d’étudiants de ne pas payer, d’après M.
Chabot. « Selon les derniers chiffres de cet été, le
taux de désistement est similaire à l’an dernier »,
at-il assuré.
Il
reste que ce changement brime le droit de ne pas payer
des étudiants incapables « de se déplacer aux heures
prévues pour le désistement en personne » , parce
qu’ils travaillent, sont handicapés ou en stage à
l’étranger, a souligné Pascale Descary, ombudsman de
l’UdeM, dans une lettre datée du 14 mai. Elle a
recommandé le rétablissement du désistement via
l’internet, sans succès jusqu’à maintenant.
Pour contourner le plafond des droits de scolarité
« L’Université est en train de rire dans la face de la
ministre de l’Éducation, qui a essayé d’encadrer
l’explosion des frais sur les campus, a dit M.
Descroix. Il va falloir que Mme Courchesne réagisse et
encadre ces frais non obligatoires. »
Au total, les étudiants québécois paient trois sortes
de frais pour fréquenter l’université. Déjà, le
ministère de l’Éducation réglemente la hausse des
droits de scolarité, qui est de 100 $ par an. Depuis
20082009, les « frais institutionnels obl igatoi res »
, qui couvrent divers services, sont aussi régis afin
d’éviter les augmentations trop importantes. L’UdeM,
par exemple, ne peut les augmenter que de 25$ en
2009-2010. Rien n’est toutefois prévu dans le cas des
cotisations non obligatoires, vers lesquelles semblent
se tourner les universités en mal de revenus.
À l’UdeM, la hausse des « frais technologiques et de
soutien », qui passent de 4$ à 8$ par crédit, est
justifiée, selon M. Chabot. Les 4$ supplémentaires
servent à payer des frais technologiques (1$), à
bonifier les collections des bibliothèques (1$) et à
améliorer la vie étudiante sur le campus (2$).
ÉCOLES DE LA CSDM Une clientèle de plus en plus
pauvre
EXCLUSIF
Les écoles primaires et secondaires de la Commission
scolaire de Montréal (CSDM) reçoivent une clientèle de
plus en plus pauvre, révèlent les plus récentes données
du ministère de l’Éducation du Québec (MELS). En
2008-2009, huit écoles montréalaises se sont ajoutées à
la liste des établissements scolaires les plus pauvres
de la province.
PHOTO: DAVID BOILY,
ARCHIVES LA PRESSE
En 2007-2008, déjà 37 écoles
primaires et 13 écoles secondaires de la Commission
scolaire de Montréal se situaient au sommet de
l’échelle de défavorisation du gouvernement.
En 2007-2008, déjà 37 écoles primaires et 13 écoles
secondaires se situaient au sommet de l’échelle de
défavorisation du gouvernement. Aujourd’hui, 40 écoles
primaires et 18 écoles secondaires sont dans la même
position.
Dans un document intitulé Indices de défavorisation par
école 2008-2009 publié au début du mois, le MELS a
mesuré deux indices pour chaque école du Québec, soit le
seuil du faible revenu des familles et l’indice de
milieu socio-économique. Les écoles du Québec sont
classées sur une échelle de 1 à 10, le rang 10 étant
considéré comme le moins favorisé.
À la CSDM, près de 90% des écoles primaires ont un
indice de défavorisation de 9 ou de 10. Et 97% des 34
écoles secondaires sont dans la même position. La
situation est semblable, quoique un peu moins marquée,
dans les autres commissions scolaires de l’île. « Et on
voit aussi qu’il y a des poches de pauvreté qui
grandissent à Laval », note le porte-parole de la
Fédération autonome de l’enseignement, Pierre
St-Germain.
Le
problème de la pauvreté dans la région de Montréal est
« récurrent » selon le secrétairetrésorier de la
Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Daniel B.
Lafernière. « Les plans provinciaux de lutte contre la
pauvreté ne sont que des façades, dit-il. Les
résultats se font toujours attendre. Et on sait que la
pauvreté a des effets négatifs sur l’apprentissage. »
Au cabinet du ministre de la Solidarité sociale, Sam
Hamad, on réplique que la pauvreté diminue au Québec.
« On n’a pas la prétention d’avoir éliminé la
pauvreté, mais beaucoup a été fait », dit l’attaché de
presse du ministre, Alexandre Boucher. Ce dernier
mentionne que, depuis 2003, la province compte 64 000
prestataires de l’aide sociale de moins. « Et même en
tenant compte des hausses tarifaires, il y a 140 000
personnes de moins sous le seuil de la pauvreté depuis
2003 », mentionne M. Boucher.
Mais pour M. St-Germain, les écoles montréalaises
doivent tous les jours composer avec les conséquences
de la pauvreté. « Les enfants plus pauvres ont une
alimentation plus carencée, ont plus de problèmes de
développement et plus de troubles d’apprentissage »,
dit-il.
Selon lui, différentes mesures pourraient réduire
l’incidence de la pauvreté sur l’éducation. « Il faut
ouvrir des maternelles 4 ans partout à Montréal et des
maternelles à temps partiel pour les enfants de 3 ans,
avance M. St-Germain. Ça permettrait aux jeunes d’être
stimulés en ayant accès à des livres et à des experts
capables de décoder rapidement leurs difficultés. »
M. Lafrenière ajoute que le financement doit suivre. «
Nos voisins de l’Ontario reçoivent 750 millions de
plus par année pour mettre en place des mesures
favorisant la réussite », dit-il. Diminuer le nombre
d’élèves par classe, améliorer les services de soutien
à l’apprentissage et favoriser l’éducation des adultes
aideraient aussi, selon M. Lafrenière.
Qui s’instruit s’enrichit? - Ariane
Lacoursière
Plusieurs
Québécois seraient d’accord pour que les élèves soient payés
pour récompenser leur réussite scolaire
EXCLUSIF
Plusieurs Québécois souhaiteraient que les élèves soient payés
par le gouvernement pour leur présence assidue à l’école et
pour leurs bons résultats scolaires. Une telle initiative
financière existe dans certaines écoles américaines et
canadiennes et les citoyens québécois y sont intéressés,
révèle un sondage Angus Reid réalisé exclusivement pour La
Presse.
La firme Angus Reid a interrogé 800 adultes québécois sur leur
perception de l’éducation au Québec. Le sondage, qui présente
une marge d’erreur de 3,5%, 19 fois sur 20, s’est surtout
attardé à la question du décrochage scolaire.
Avec un taux de décrochage de 31%, le Québec est l’une des
pires provinces canadiennes à ce chapitre. Quand on leur
demande pourquoi leur province fait si piètre figure, 29% des
Québécois estiment que les politiques provinciales en matière
d’éducation font fausse route.
« Ça ne m’étonne pas du tout. On sait que le taux de
décrochage est mauvais depuis des années au Québec, mais rien
ne change. Le gouvernement doit retrousser ses manches et
s’attaquer au problème », dit la présidente de la Fédération
des syndicats de l’enseignement (FSE), Manon Bernard.
Pour les autres répondants, le fort taux de décrochage du
Québec est plutôt imputable au manque d’engagement des parents
(19%), au programme éducatif dépassé (12%), au trop fort
nombre d’élèves par classe (12%) ou au manque d’argent dans
les écoles (9%). « Présentement, il manque une vision
cohérente pour l’éducation. Le gouvernement met plein de
mesures en place, mais sans résultat. Ça prend un seul plan
global, qui marche », croit Mme Bernard.
Pour le président du groupe de travail sur le décrochage,
Jacques Ménard, il est impossible de cibler un seul coupable.
« L’éducation est moins valorisée ici. Mais on ne peut pas
dire que c’est la faute seulement des parents ou du
gouvernement. Tout le monde est responsable, dit-il. Oui, les
programmes d’études pourraient être un peu plus stimulants,
mais il n’y a pas juste une explication. »
Incitatifs financiers
Pour près de
la moitié des Québécois qui ont des enfants dans le système
scolaire ou qui fréquentent eux-mêmes des institutions
scolaires, une bonne solution pour lutter contre le décrochage
serait de rémunérer les élèves pour leur présence et leurs
bons résultats. Les répondants qui n’ont pas de lien avec les
institutions scolaires sont un peu moins enthousiastes envers
cette initiative, qu’ils n’appuient qu’à 43%.
Le quartier très défavorisé de Regent Park à Toronto a déjà
adopté une politique pour diminuer le décrochage en « payant »
les élèves. Le programme, chapeauté par l’organisme Passeport
pour ma réussite Canada, est en place depuis septembre 2001.
Depuis, les résultats sont spectaculaires. Le taux de
décrochage des élèves de Regent Park est passé de 56% à 10%.
L’absentéisme est tombé de moitié et le nombre d’inscriptions
à l’université est passé de 20% à 80%.
Au Québec , l ’ organi sme Toujou r s en s emble mène depuis
2007 un projet semblable auprès de 127 élèves de Verdun. Le
porte-parole de Toujours ensemble, Mathieu Sage, explique que
le programme ne « paie pas directement les élèves ». « Pour
chacun, on met de côté 500$ par année du secondaire. Quand ils
finissent leur cinquième secondaire, chacun a 2500$ de côté.
Mais cet argent ne leur est donné que s’ils continuent leurs
études. C’est un peu comme une bourse », illustre-t-il.
Le programme offre aussi du tutorat et un soutien social et
financier (de l’aide pour l’achat de matériel scolaire, par
exemple). En tout, environ 3500$ par élève sont dépensés
chaque année. Il est encore trop tôt pour dire si le programme
remporte un franc succès. « Mais les professeurs remarquent
déjà que nos jeunes font mieux leurs devoirs et qu’ils sont
mieux organisés », note M. Sage.
Québec pour rait-il songer à appliquer des programmes comme
celui de Toujours ensemble à la grandeur de la province ? «
Pas nécessairement, dit M. Sage. Parce que c’est très coûteux.
Mais dans certains quartiers, c’est sûr que ce serait
bénéfique. »
Pour Jacques Ménard, l’argent ne devrait pas être le seul
incitatif à la scolarité. Il cite en exemple l’Ontario, qui a
légiféré pour faire passer l’âge obligatoire de scolarité de
16 ans à 18 ans. « Au Québec, on n’est pas forts sur les
incitatifs. C’est pourtant une avenue intéressante », plaide
M. Ménard.
La ministre de l’Éducation, MichelleCourchesne, a récemment
annoncé qu’elle veut faire passer le taux de décrochage
scolaire de 31% à 20% d’ici 2020. Pour ce faire, Québec
investira 25 millions de dollars au cours des cinq prochaines
années. Récemment, la ministre Courchesne a toutefois repoussé
l’annonce de son Plan d’action national de lutte contre le
décrochage scolaire, qui devait être présenté ce printemps, à
l’automne prochain.
Réforme : Des élèves « peu autonomes » -
Ariane Lacoursière & Marie Allard
Les élèves
de la réforme sont peu autonomes, éprouvent des
difficultés en français et peinent à se concentrer
longtemps dans les cours magistraux. Mais ils sont aussi
excellents pour travailler en équipe et pour formuler
leurs opinions révèle un nouveau rapport du ministère de
l’Éducation du Québec (MELS).
Le docu ment prépa ré par le Comité d’analyse du Programme
de formation de l’école québécoise visait à préparer la
transition pour la rentrée de 2010, alors que les premiers
élèves issus du renouveau pédagogique (la réforme) feront
leur entrée au collégial. On voulait entre autres savoir
avec quel bagage les élèves arriveraient au cégep.
Dans son rapport, le ministère dresse le portrait type des
élèves issus de la réforme. Parmi les principales
caractéristiques relevées, on voit que « le jeune
d’aujourd’hui fait preuve d’ouverture et de curiosité »,
qu’il préfère les « tâches concrètes et significatives à
ses yeux », qu’il a « une capacité de communication accrue
» et qu’il « n’a pas de difficulté à exprimer ses idées ».
En revanche, « la qualité de son français,
particulièrement à l’écrit, laisse à désirer ». S’il est «
responsable dans les travaux d’équipe », « il manque
d’autonomie lorsqu’il doit travailler seul ».
L’élève de la réforme est « stimulé par la diversité des
activités », mais lors des cours magistraux, « il a de la
difficulté à se concentrer sur une longue période ».
Le président-directeur général de la Fédération des
cégeps, Gaétan Boucher, se dit préoccupé par la situation.
Mais il ne veut pas porter de jugement hâtif. Déjà
l’automne dernier, « j’avais dit combien j’étais préoccupé
par l’arrivée de cette cohorte dans les collèges en 2010
», dit-il.
Son propre
petit-fils, actuellement en quatrième secondaire, a été
formé selon le renouveau pédagogique. « Je demande à mon
fils : Alex sera-t-il prêt à entrer au collège? Il ne le
sait pas. »
C’est à l’hiver 2011, quand les premiers résultats des
élèves issus de la réforme sortiront, « qu’on saura en
regardant les taux de réussite », a indiqué M. Boucher. Il
y a là quelque chose de très préoccupant ».
« Pas à la hauteur »
Dans son rapport, le MELS reconnaît que l’autonomie des
élèves issus du renouveau pédagogique « n’est pas à la
hauteur des attentes des enseignants ni des exigences du
Programme de formation de l’école québécoise ». Le
Ministère avance même que les enseignants pourraient «
pallier, le cas échéant, les manques de connaissances »
des jeunes, « sans toutefois niveler leur enseignement
vers le bas ».
Pour ce faire, le Ministère suggère aux enseignants de
mener des tests en début d’année afin « d’évaluer le
niveau de connaissances et d’apprendre à connaître les
forces et les faiblesses des élèves ».
Cette proposition choque le président de la Fédération des
enseignantes et des enseignants de cégeps, Mario
Beauchemin. « Ça va ajouter à la lourdeur de notre tâche.
Comment faire ça alors qu’on a 40 à 45 élèves par classe?
» demande-t-il. Selon M. Beauchemin, si ces tests
diagnostiques deviennent obligatoires, il y aura « une
petite révolte » chez les enseignants du collégial.
ÉCOLES SECONDAIRES Le Québec toujours aussi mauvais
élève - Ariane Lacoursière
Les résultats
des élèves des écoles secondaires du Québec ont encore une
fois baissé cette année. Selon des statistiques dévoilées hier
par le ministère de l’Éducation (MELS), la moyenne aux examens
ministériels de juin dernier a été de 72,8%. Depuis 1992,
seule la cohorte de 2006 avait obtenu de pires résultats, avec
une moyenne de 72,6%.
PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES
LA PRESSE
Le taux global de diplomation sur sept
ans est actuellement de 72% au Québec, révèlent les données
du Ministère. Quand on sait que le rapport Ménard sur le
décrochage scolaire souhaite faire passer ce taux à 80%,
l’objectif paraît ambitieux.
Les données du Ministère s’appuient sur les 18 examens de fin
d’année obligatoires que les 160 000 élèves de quatrième et
cinquième secondaire de la province ont suivis en juin
dernier. La réussite de ces épreuves est essentielle pour
obtenir un diplôme d’études secondaires.
Depuis une dizaine d’années, les élèves du Québec réussissent
de moins en moins bien à ces examens. Cette année, le taux de
réussite a été de 84,2%, soit 0,2% de moins que l’an dernier.
Le taux global de diplomation sur sept ans est actuellement de
72% au Québec, révèlent les données du Ministère. Quand on
sait que le rapport Ménard sur le décrochage scolaire souhaite
faire passer ce taux à 80%, l’objectif paraît ambitieux.
Même si le
MELS a précisé par voie de communiqué que « les tendances
qui ressortent de l’analyse des résultats aux épreuves
uniques doivent être interprétées avec prudence », personne
n’était disponible, hier, pour commenter les données. « Tous
les chiffres sont dans le communiqué », s’est contenté de
dire la porte-parole du Ministère, Ahissia Ahua. La ministre
de l’Éducation, Michelle Courchesne, est également en
vacances et n’a pas pu commenter les résultats.
Par régions
Mais en analysant les chiffres du MELS, on remarque que les
régions du Québec ne sont pas toutes égales devant le succès
scolaire. Le Nord-du-Québec affiche un taux de réussite de
55% et la Côte-Nord fait légèrement mieux avec 74%. Ces
régions ont toutefois fort à faire pour rejoindre la
meilleure région du Québec, la Capitale-Nationale, qui a un
taux de réussite de 87%.
Alors qu’elle affiche un taux de réussite de 85%, Montréal
se classe bien sur la scène provinciale. Mais sur le
territoire même de la métropole, certains établ i ssements
réussissent mieux que d’autres. Alors que l’école
Honoré-Mercier présente un taux de réussite de 68%, l’école
Lucien-Pagé affiche un taux de réussite de 58% et l’école
Louis-Joseph-Papineau, 66%. L’École internationale de
Montréal arrive en tête de liste avec 98%.
Comme chaque année, les résultats des élèves des écoles
privées du Québec ont aussi été plus étincelants que ceux de
leurs vis-à-vis du public. Alors que le taux de réussite aux
épreuves ministérielles a été de 82% au public, 95% des
élèves du privé ont réussi leurs examens.
Apprendre autrement - NATHAN BÉCHARD
L’auteur est un étudiant en enseignement au secondaire à
l’Université Laval. Il réagit à l’opinion de Joseph
Facal, intitulée « Un immense gâchis », publiée le 19
janvier, et extrait de son livre Quelque chose comme un
grand peuple (Boréal). Joseph Facal semble oublier un
élément très important de la société d’aujourd’hui: elle
n’a rien à voir avec la société d’hier, et c’est tant
mieux!
Autrefois, les élèves apprenaientpar coeur des centaines
de mots, expressions, conjugaisons, déclinaisons,
théorèmes, formules pour finalement les oublier après
quelque temps. Dans la plupart des cas, seulement après
quelques jours… Qu’estce que les étudiants en ont
retiré? Malheureusement pas grand-chose et il faut
admettre que l’enseignement traditionnel (fondé sur des
méthodes éprouvées, selon M. Facal) n’a pas réussi à
retenir les élèves jusqu’à l’obtention d’un diplôme.
Il y a quelques années, un hurluberlu très érudit est
arrivé avec une théorie ahurissante: le
socioconstructivisme. Il faisait état, entre autres, de
l’enseignement et de la pédagogie axés sur l’étudiant
plutôt que la transmission des savoirs des maîtres et il
plaçait l’élève au centre de son apprentissage. Il
poussait loin la note en faisant de l’étudiant le
principal acteur de sa réussite…
Parallèlement, on a commencé à parler d’enseignement par
compétences ; de savoirfaire plutôt que de savoir tout
court. C’est là que le discours de M. Facal fait preuve
d’un manque de jugement. L’étudiant d’aujourd’hui ne
doit plus savoir «par coeur» autant d’informations
qu’avant, il doit s’efforcer de développer des
compétences pouvant lui être utiles dans la résolution
de problèmes.
Avec internet, un élève n’a pas besoin de connaître la
capitale du Chili. Par contre, si on lui demande de
trouver la réponse, il doit être en mesure de trouver
cette information. Cemême élève ne doit pas seulement
connaître le théorème de Pythagore, mais il doit être
capable de l’utiliser pour résoudre de nouveaux
problèmes.
On
délaisse donc la formation d’étudiants experts au
secondaire pour former de futurs citoyens capables
d’interagir dans un monde en changement où ils sauront
vraisemblablement confrontés à des situations nouvelles
qu’ils devront apprécier avec un regard critique. Là est
le véritable enjeu de la réforme et c’est là que M.
Facal semble avoir arrêté son raisonnement.
La véritable gangrène du système d’éducation, à l’heure
actuelle, est l’entêtement de certains enseignants déjà
en place. Une réforme amène inévitablement son lot de
mécontentements, d’adaptations nécessaires et
d’insécurités.
Il est évidemment difficile de faire «avaler la pilule»
aux parents si tous les professionnels du système
éducatif n’emboîtent pas le pas avec ouverture. Les gens
concernés sont déboussolés et craignent l’inconnu.
En tant qu’enseignant, on se doit d’agir de manière
professionnelle et de tenir une ligne de conduite
collégiale pour assurer une mise en oeuvre harmonieuse
des changements visés.
Il serait plus adéquat, à mon avis, de regarder dans
cette direction pour résoudre les problèmes liés à cette
réforme plutôt que de s’acharner sur ses fondements qui
prennent racine dans de nombreuses recherches
internationales dans le domaine de l’éducation.
Un non-sens - ROCH TURBIDE
La
ministre exige le retour des connaissances… déjà
enseignées pour vérifier les compétences des élèves
Nos enfants sont-ils moins importants qu’une
transmission de voiture ? Je commence à en avoir
peur.
L’auteur est un professeur de français et chargé de
cours à l’UQAM.
Vous jugez mon histoire
improbable, voire loufoque. Et pourtant… c’est ce
qui est en train de se passer dans le monde de
l’éducation.
Imaginez : àl’école des mécaniciens, les apprentis
connaissent les diverses parties d’une transmission,
en reconnaissent 80% des pièces dans un plan et sont
capables de décrire en 250 mots l’effet d’une petite
roue d’engrenage sur une plus grande. Allez-vous
confier la réparation de la transmission de votre
voiture à ces mécaniciens, même s’ils n’ont jamais
mis les mains dans l’huile ? Bien sûr que non!
Pourtant, ils ont les connaissances. Mais voyons,
répondrez-vous, ce n’est pas parce que quelqu’un a
passé l’examen théorique qu’il est en mesure de
réparer une transmission: il doit passer un examen
pratique.
Puis, les enseignants de mécanique, qui n’avaient
toujours évalué leurs apprentis qu’à partir de leurs
résultats aux différents tests écrits, vont se
plaindre aux journalistes lorsqu’un patron des
ateliers leur annonce qu’il leur faut faire passer
un examen pratique. Les journalistes rapportent
alors leurs propos. C’est effrayant : les examens
qui vérifiaient ce que savaient les apprentis sont
éliminés parce que les connaissances ne sont plus
importantes : les futurs mécaniciens n’ont plus qu’à
passer un examen pratique. Quel nivellement vers le
bas ! Vous vous diriez encore une fois: mais voyons!
Pour passer l’examen pratique, ce futur mécanicien
devra bien posséder les connaissances. Il ne pourra
pas réparer une transmission sans en connaître
toutes les pièces et leur fonctionnement. Cela va de
soi!
Plus encore, imaginez que le nouveau président de
l’Ordre des mécaniciens, qui réglemente toutes les
pratiques des mécaniciens, décrète que l’examen
pratique n’est plus nécessaire, car dans son temps,
les mécaniciens, avec un peu de savoir, devenaient
efficaces en travaillant dans l’atelier. Vous
descendriez dans les rues, encore plus vite lorsque
vous vous souviendriez que ce même président de
l’ordre n’a jamais été mécanicien : puisqu’il a déjà
possédé une voiture, cela lui a suffi pour
comprendre les enjeux.
Vous
jugez mon histoire improbable, voire loufoque. Et
pourtant… c’est ce qui est en train de se passer
dans le monde de l’éducation.
Parce que certains réfractaires au renouveau
pédagogique le leur avaient dit, les journalistes
ont rapporté que l’enseignement des connaissances
avait été évacué pour faire place à l’enseignement
des compétences. Tout le monde l’a cru et la
ministre a réagi : elle exige le retour des
connaissances, même si, dans tous les programmes,
toutes les connaissances dont les élèves ont besoin
pour arriver à se montrer compétents y ont toujours
été énumérées et prescrites.
Et puis, aussi absurde que cela apparaissait dans
notre exemple des mécaniciens, oubliez ce que le
renouveau nous avait enf in donné, oubliez les
vérifications de l’utilisation de ces connaissances
par les élèves, car c’est bien ce dont il s’agit
quand on parle de l’évaluation des compétences que
la ministre s’apprête maintenant à faire disparaître
en catimini.
Bref, quand il s’agit de mécanique, on voit tout de
suite le non-sens. Mais quand il s’agit d’éducation,
on perd notre lucidité. Est-ce à dire que nos
enfants sont moins importants qu’une transmission de
voiture ? Je commence à en avoir bien peur.
Un immense gâchis - Joseph Facal
L’école
québécoise a été livrée à des apprentis sorciers
Rebaptiser « renouveau pédagogique » cette réforme pour
essayer de mieux la gérer politiquement ne change rien au
fond de l’affaire.
L’école québécoise, malgré de nombreuses exceptions, ne va
pas bien, pas bien du tout, nonobstant la trajectoire en
apparence sans problèmes majeurs de la majorité des enfants
et le dévouement des dizaines de milliers de personnes qui
oeuvrent en son sein. Ce n’est pas seulement une question
d’intérêt bien compris que d’y voir, mais aussi
d’authentique justice sociale, la vraie, celle qui refuse
que les circonstances de la naissance ou la médiocrité
érigée en système empêchent le développement des talents de
chacun.
Pour contrer les effets de la
réforme, il faut revenir aux méthodes éprouvées.
La plupart des enfants obtiendront certes leur diplôme
d’études secondaires. Mais on peut se demander s’il est
normal, comme le notait la journaliste Michèle Ouimet, «
qu’à peine arrivés au cégep, des milliers de cégépiens
doivent s’inscrire à des cours de rattrapage en français et
en mathématiques afin d’apprendre ce qu’ils devraient
pourtant savoir : les rudiments de l’algèbre et de la
géométrie, les règles de grammaire, la syntaxe et
l’orthographe. Même si ces étudiants détiennent un diplôme
d’études secondaires, ils sont incapables d’additionner deux
fractions et d’accorder les participes passés. »
Ce qui donne envie de hurler est qu’elle a écrit cela… en
1992, avant qu’on ne livre l’école québécoise aux
élucubrations de la dernière fournée d’apprentis sorciers.
Et encore ne parlait-elle que de l’insuffisante maîtrise des
rudiments de la langue et du calcul.
Quand on fréquente les jeunes qui amorcent un parcours
universitaire, on est aussi frappé par leur extrême
difficulté à digérer une certaine quantité de documentation,
à se l’approprier, à dégager une problématique qui leur
appartienne vraiment, à mener une réflexion proprement
personnelle plutôt qu’à coudre ensemble des citations dans
le désordre.
Qu’on
comprenne bien où je loge: depuis la fin des années 90 se
déploie au Québec une réforme de l’éducation animée par une
philosophie antihumaniste, autoritaire et
pseudo-progressiste, qui repose sur des théories très
douteuses et dépourvues de fondements empiriques solides et
dont on se demande si elles n’ont pas pour but, comme l’a
déjà dit Lise Bissonnette, de nous faire tolérer l’ignorance
en la dissimulant. Les enseignants, que le bon sens n’a pas
encore désertés et qui, pour la plupart, aiment les enfants
et leur métier, résistent du mieux qu’ils le peuvent. Et
rebaptiser « renouveau pédagogique » cette réforme pour
essayer de mieux la gérer politiquement ne change rien au
fond de l’affaire.
Il faut, selon moi, liquider les idées funestes qui fondent
cette réforme, dénoncer les fantasmes idéologiques qu’elles
dissimulent et les complicités politiques qui leur
permettent de sévir, tordre le cou à cette langue de bois
prétentieuse des milieux éducatifs qui intimide les parents,
clarifier les enjeux et les priorités, bannir
l’improvisation, revenir aux méthodes éprouvées, s’armer de
prudence devant les nouveautés sans s’y fermer, et repartir
avec énergie, enthousiasme et les moyens appropriés. Voilà.
Il faut cesser également de faire passer tous les critiques
de cette réforme pour des élitistes nostalgiques des
collèges classiques, que ni moi ni la très grande majorité
de ceux qui n’aiment pas ce qu’ils voient en ce moment
n’avons connus. Qu’on cesse aussi de réduire le débat à une
« querelle de chapelles pédagogiques » (Josée Boileau, Le
Devoir, 21 juin 2006) afin de renvoyer dos à dos les
protagonistes, alors qu’il s’agit ici non seulement d’un
débat sur les meilleures méthodes d’apprentissage, mais
aussi sur les finalités de l’école, et que, de surcroît,
s’accumulent rapidement les preuves de l’immense gâchis qui
se déploie sous nos yeux.
Depuis l’introduction de cette réforme, nos taux d’abandon
scolaire au niveau secondaire, qui étaient déjà effarants
depuis des décennies, ont en effet continué à augmenter,
alors qu’on prétendait qu’elle renverserait la vapeur. Dans
les classements i nternationaux mesurant les apprentissages
aux niveaux primaire et secondaire, brièvement évoqués au
deuxième chapitre, nous glissons également.
Nous
reculons
aussi par rapport à nous-mêmes. Une comparaison des taux de
réussite aux épreuves obligatoires d’écriture en français de
6e année du primaire en 2000 et en 2005 montre que le taux
de réussite en orthographe est tombé de 87% à 77%, qu’il est
tombé de 83% à 73% en syntaxe et ponctuation et que le taux
global de réussite, lui, a chuté de 90% à 83%. (...)
UN DÉTOURNEMENT - LOUIS
DION
En 1995,
les états généraux sur l’éducation ont servi de prétexte
pour implanter une réforme qui ne correspondait pas aux
consensus
Personne ne réclamait que l’on parle désormais de
compétences. Nous étions assez heureux de tout faire
pour évaluer des habiletés.
C’est comme suite aux états généraux su r l ’ éduc at
ion , lancés en 1995 par le ministre Jean Garon, qu’est
venue la réforme tant décriée. Et avec raison. Car cette
réforme a été un détournement des conclusions des États
généraux. Les réformateurs ont en effet pris prétexte
des états généraux pour introduire des changements
reposant sur une philosophie de l’éducation que
n’appelaient nullement les consensus réalisés alors.
Les états généraux ne demandaient rien d’autre que le
renforcement des matières dites de base, l’élimination
de matières superflues (introduites le plus souvent sous
la pression politique de groupes intéressés) et la
révision des programmes dans une perspective
d’enrichissement culturel.
Ces correctifs auraient très bien pu être opérés sans
l’introduction du socioconstructivisme dépoussiéré par
des pédagogues de l’Université de Sherbrooke et l’école
coopérative prônée par la CEQ (aujourd’hui CSQ). Il
n’était surtout pas nécessaire (et ce n’était pas et
n’est toujours pas son rôle) que le ministère de
l’Éducation décrète les moyens valables à utiliser
(travail coopératif, apprentissage par projets…).
Les états généraux réclamaient des ajustements faciles à
opérer dans le cadre des orientations mises de l’avant à
partir de 1980. Nous voulions des changements de nature
pédagogique. Les réformateurs en ont profité pour
imposer une révolution en profondeur de nature beaucoup
plus sociale que pédagogique. Leur réforme a échoué
parce qu’elle ne correspondait pas à ce que voulaient la
population et les éducateurs et qu’elle n’a en rien
permis une réduction du décrochage scolaire.
La solution est assez simple. Il faut revenir à l’esprit
des orientations et des programmes de 1980. Les
directeurs et enseignants ont mis beaucoup d’énergie à
reformuler ces programmes (beaucoup plus clairs que les
programmes-cadres issus du rapport Parent) pour évaluer
des habiletés (savoir-faire) en plus des connaissances
(savoir).
Restait
à préciser comment évaluer les attitudes (savoir-être).
Des efforts inouïs ont été déployés pour améliorer nos
façons d’évaluer les apprentissages. Les enseignants
adhéraient pour la plupart à cette nouvelle approche qui
mettait l’accent plus sur l’apprentissage (ce que
l’élève apprend) que l’enseignement (ce que l’enseignant
enseigne).
Surtout , ils restaient entièrement libres des moyens à
utiliser pour aider les élèves à apprendre. Personne ne
réclamait que l’on parle désormais de compétences . Nous
étions assez heureux de tout faire pour évaluer des
habiletés.
En français, par exemple, nous mettions l’accent sur la
composition (que nous appelons désormais production
écrite), car c’est l’habileté à écrire que nous voulions
développer et non pas uniquement la mémoire par
l’acquisition de connaissances grammaticales qui, de
toute façon, ne sont vraiment intégrées que dans le
contexte de l’écriture.
Personne enfin ne réclamait la révolution
socioconstructiviste qui fut ni plus ni moins imposée.
Dans ce contexte, il aurait été faci le de satisfai re
les at tentes des États généraux: renforcer les
apprentissages de base en éliminant les matières
inutiles, redonner leur place à l’histoire et aux
connaissances générales. Nous aurions même pu réfléchir
au concept de compétences transversales qui n’est pas en
soi une mauvaise idée. Ces modifications auraient pu
être introduites sans la révolution en profondeur qui
fut décrétée.
Quant
au décrochage scolaire, on se rend bien compte qu’ i l
s’agit d’une problématique qui déborde l ’école e t
qu’aucune réforme pédagogique ne pourra résoudre seule.
Le déc rochage scolaire concerne toutes les forces vives
de la société et ne saurait diminuer sans une
revalorisation du rôle de l’école.
« Mauvais anniversaire » à la réforme scolaire
Des centaines
de personnes se réuniront ce matin à Montréal pour souhaiter «
mauvais anniversaire » à la réforme de l’éducation, dont les
grandes orientations ont été rendues publiques par le ministre
de François Legault le 8 juin 1999. La Fédération autonome de
l’enseignement (FAE) et la coalition Stoppons la réforme
remettront symboliquement au ministère de l’Éducation un
bulletin de ses performances des 10 dernières années – qui
s’annoncent médiocres – et un plan d’intervention « parce que
c’est un élève qui éprouve vraiment beaucoup de difficultés
d’apprentissage », a ironisé hier le président de la FAE,
Pierre Saint-Germain. LaFAEaffirmeque les 10dernières années
ont eu un effet dévastateur sur la qualité de l’enseignement
dans les écoles du Québec. « On a complètement échappé une
cohorte. Les enseignants voient arriver en deuxième et en
troisième secondaires des élèves plus faibles que jamais
auparavant », dit M. SaintGermain. La FAE demande à la
ministre Michelle Courchesne de revoir rapidement les
programmes afin de remettre l’accent sur l’acquisition de
connaissances plutôt que de compétences. « C’est un gros
chantier, mais on ne peut pas se permettre de ne rien faire »,
juge M. Saint-Germain.
Promus à l’école secondaire malgré de graves lacunes -
Marie Allard
« Vous
n’avez pas idée des élèves qui vont au secondaire sans
avoir les acquis de base », souligne une enseignante.
Faire redoubler six de ses élèves : c’était la
recommandation de Sophie, enseignante de sixième année du
primaire à Montréal, l’an dernier. « Ils étaient
pratiquement analphabètes », fait-elle valoir. Mais au bal
des finissants du primaire, en juin, « ils étaient tous
là, triomphants », se souvient-elle. Aucun n’a redoublé.
Décision de la direction et des parents.
« Plusieurs élèves passent au secondaire sans avoir les
acquis et je ne parle pas de petites faiblesses, dénonce
Sophie. Je parle de graves lacunes. » Seules « les
moyennes artificiellement gonflées pour ne pas décourager
les pauvres ti-pits » sauvent les apparences. « Je ne vois
pas comment ces enfants vont s’en sortir dans la jungle du
secondaire », s’inquiète l’enseignante, qui a demandé de
taire son véritable prénom de peur de représailles.
Même constat d’échec chez Colette (prénom fictif), une
autre enseignante de sixième année qui a contacté La
Presse. « Vous n’avez pas idée des élèves qui vont au
secondaire sans avoir les acquis de base, souligne-t-elle.
Plusieurs échouent aux examens du ministère de l’Éducation
(MELS) de sixième année, en plus d’avoir végété durant
l’année, mais se retrouvent tout de même au secondaire
régulier l’année d’après! »
Que valent les examens du Ministère ?
C’est
vrai: un élève qui coule les examens du Ministère peut
néanmoins être promu au secondaire régulier. « C’est
l’école qui décide de la place des notes à l’épreuve
obligatoire dans le résultat final de l’élève », indique
Pierre Noël, porte-parole du Ministère. « C’est du cas par
cas, ce n’est pas instauré », ajoute Alain Perron,
porteparole de la Commission scolaire de Montréal (CSDM).
« On vit actuellement les conséquences du début de la
réforme, où il n’y avait pas d’échec possible », résume
Chantal Picotin, responsable des dossiers pédagogiques au
Syndicat de l’enseignement de la région de Laval. Depuis
leur entrée au primaire, les enfants ont été promus
automatiquement sans recevoir suffisamment d’aide pour
combler leurs lacunes, explique-t-elle. « Là, ça a changé,
mais les profs de sixième année ont aujourd’hui des élèves
de niveau du premier cycle, du deuxième cycle et du
troisième cycle dans leurs classes, parce qu’ils n’ont
jamais redoublé. » À l’école primaire des Quatre-Vents,
dont la clientèle est défavorisée, pratiquement la moitié
des finissants s’en vont en classes spéciales pour élèves
en difficulté au secondaire l’an
prochain, selon Mme Picotin.
Seuls 2% des élèves de sixième année redoublent
Le taux de redoublement de la sixième année est minime: à
peine 2% dans l’ensemble du Québec, encore moins dans la
région de Montréal (voir encadré). Les écoles primaires
préfèrent envoyer les élèves faibles dans une panoplie de
classes spéciales du secondaire. À la CSDM, plus de 1300
élèves du secondaire y suivent carrément le programme du
primaire, en groupes dits de « cheminement particulier ».
« Dans
toutes nos écoles secondai res, on prévoit des mesures
pour aider les jeunes qui seraient en difficulté »,
souligne Alain Perron de la CSDM. L’école
Joseph-François-Perrault offre, par exemple, le «
programme 2.5 » qui permet de rester en deuxième
secondaire un an de plus.
« Les écoles seconda i res travaillent aussi en amont »
, indique-t-il. Dès janvier, les directions d’écoles
primaires sont rencontrées pour identifier les besoins
des élèves qui entreront au secondaire en septembre
suivant.
« Les enseignants de sixième année déterminent vers quel
type de classe ils vont diriger les élèves, reconnaît
Nathalie Bouchard, conseillère à la Fédération autonome
de l’enseignement. Mais ce qu’ils recommandent n’est pas
nécessairement retenu par les directions, pour des
raisons d’organisation scolaire. »
Redoublement: interdit ou pas ?
Même au secondaire régulier, la situation n’est pas
rose. « Qu’estce que le jeune apprend dès qu’il met les
pieds en première secondaire? Que personne ne redouble,
tout le monde passe en deuxième secondaire. Résultat :
beaucoup de procrastination », observe un enseignant du
secondaire comptant 15 ans d’expérience.
Faire redoubler la première année du secondaire, est-ce
réellement interdit? « Ce n’est pas permis », confirme
Alain Perron de la CSDM, il faut attendre la fin de la
deuxième secondaire pour envisager une reprise d’année.
Surprise: le Ministère affirme le contraire. Même si ce
n’est pas inscrit dans le régime pédagogique, convient
Pierre Noël du MELS, « le redoublement de la première
secondaire est toujours possible ». Les commissions
scolaires de Laval et de la Pointe-de-l’Île n’ont pas
répondu aux questions de La Presse.
Un nouveau programme pour faciliter le passage à la grande
école - Marie Allard
« Il
est bien vrai que certains jeunes passent du primaire
au secondaire sans avoir les acquis nécessaires,
indique Nadia Desbiens, professeure à la Faculté des
sciences de l’éducation de l’Université de Montréal.
Mais il en a toujours été ainsi. »
Le redoublement, qui « ne permet pas de rattraper le
retard ni de vivre du succès dans le cheminement
scolaire », n’est pas une solution, selon el le. Mme
Desbiens propose plutôt « des changements importants
tant dans l’organisation des services que dans les
pratiques d’intervention, qui reposent entre autres
sur un meilleur arrimage et une continuité entre le
primaire et le secondaire ».
En collaboration avec les cinq commissions scolaires
de l’île de Montréal et le ministère de l’Éducation,
la professeure met au point un programme de formation
continue du personnel scolaire portant précisément sur
ce passage. Le programme « Soutien à la transition du
primaire vers le secondaire des élèves ayant des
besoins particuliers » doit « débuter au cours de la
prochaine année scolaire » , a-t-elle précisé.
Excès de promotion automatique, selon un expert
Égide Royer, de la Faculté des sciences de l ’
éducation de l’Université Laval, convient de
l’inefficacité du redoublement. « Mais on est tombés
dans l’autre excès, en faisant quasiment une religion
de la promotion automatique, dénonce-t-il. C’est là
que le bât blesse. »
À
force de faire passer des enfants en échec scolaire
sans les aider, la situation est devenue difficile en
première secondaire, confirme le professeur. «
Présentement, des jeunes arrivent au secondaire avec
des niveaux de compréhension de lecture de cinquième,
de quatrième, de t roisième, par fois de deuxième
année du primaire », dit-il.
La situation est particulièrement critique à Montréal,
puisque 30% des élèves – souvent les meilleurs – vont
au secondaire privé et que bien d’autres s’inscrivent
dans les programmes élitistes du public. Conséquence:
le secteur régulier se retrouve avec une forte
concentration d’élèves en difficulté. « La situation
est en train d’empirer », estime M. Royer.
La solution : se concentrer sur la lecture
Que faire? « Il faut intervenir de manière très
précoce et puissante dès qu’on s’aperçoit qu’un jeune
commence à développer un retard au primaire »,
conseille-t-il.
Quant aux élèves qui sont déjà en première secondaire
avec de grandes lacunes, « il faut en faire des
lecteurs fonctionnels le plus rapidement possible »,
selon l’expert. Quitte à tasser toutes les autres
matières – sauf l’éducation physique – pour se
concentrer sur la lecture, avec l’aide
d’orthopédagogues.
Au x en s e i g na nt s d e sixième année du primaire,
M. Royer recommande « de donner l ’ heure juste par
rapport au niveau d’habileté en lecture des jeunes et
de leurs difficultés de comportement ». Bien
renseignées, les écoles secondaires pourront
intervenir dès la rentrée suivante. « Sinon, le jeune
va commencer à développer des échecs et de
l’absentéisme », prévient-il, ce qui mène tout droit
au décrochage.
Dans
un piètre état : La réforme scolaire n’a rien fait pour améliorer
l’enseignement des sciences au primaire et au secondaire
Depuis 2002, on
refuse au bachelier en biologie, en physique ou en chimie
d’enseigner sans subir une longue formation en sciences de
l’éducation.
L’auteur est président de l’Association des communicateurs
scientifiques du Québec (acs.qc.ca), qui tiendra son congrès
annuel le 21 mai à la salle Jean-Desprez de Radio-Canada.
Aux
prises avec les disciplines de base de la réforme scolaire,
les enseignants n’ont guère la tête à expliquer la différence
entre un virus et une bactérie.
Votre enfant vous a-t-il parlé de son cours de science
récemment? Non? C’est probablement parce qu’il n’en a pas eu. Ou
qu’il n’en a rien retenu.
Plus de 80% des élèves du primaire ont devant eux « un
enseignant qui n’a pas une formation moindrement significative
en sciences », dit un rapport sur l’enseignement des sciences au
Québec, qui sera bientôt déposé à l’UNESCO dans le cadre d’une
enquête mondiale sur la question.
L’auteur, le didacticien Jesus Vazquez-Abad, de l’Université de
Montréal, estime que l’enseignement des sciences, au Québec, est
dans un piètre état, tant au primaire qu’au secondaire. Si rien
n’est fait pour corriger le tir, on pourrait voir se creuser le
fossé entre les besoins de l’économie du savoir et la formation
des jeunes.
La réforme scolaire, qui terminera en 2009-2010 son
implantation, n’a rien fait pour améliorer les choses. Au
contraire, les écoles primaires ont réduit le nombre d’heures
consacrées aux sciences. Alors que cette matière devait être
enseignée de 60 à 90 minutes par semaine avant la réforme, elle
ne fait plus l’objet aujourd’hui d’aucune directive précise.
L’approche socioconstructiviste préconise plutôt un enseignement
« intégré », c’est-àdire un saupoudrage dans les autres
matières. Inutile de dire que les enseignants, déjà aux prises
avec les objectifs des disciplines de base, n’ont pas la tête à
expliquer la différence entre une cellule et un atome ou entre
un virus et une bactérie...
Depuis2002,
on refuse aubachelier en biologie, en physique ou en chimie de
devenir enseignant dans une école primaire ou secondaire sans
subir une longue formation en sciences de l’éducation. Aux
yeux du ministère, il vaut mieux être un pédagogue
professionnel qu’un scientifique pour enseigner les sciences.
Cela provoque une pénurie aux effets désastreux. Les écoles
doivent recourir aux « tolérances » pour pousser devant des
classes de science des personnes sans permis d’enseigner. Le
tiers des 2345 enseignants sans permis dans le réseau scolaire
(2007) se retrouvent en mathématiques, sciences et
technologies.
Cela se déroule au moment où l’enseignement des sciences
devient un enjeu mondial. Plusieurs pays d’Europe, d’Asie et
d’Amérique ont participé à l’état des lieux de l’UNESCO auquel
le professeur Vazquez-Abad joue un rôle de coordination. Ces
travaux devraient, à terme, donner des lignes directrices sur
la matière et la méthode à préconiser, tant dans les pays
industrialisés que dans ceux en développement.
Les États-Unis n’ont pas attendu pour agir. Dans un discours
remarqué, le 27 avril, le président américain Barack Obama a
signalé qu’il voulait doter les écoles de tout le pays de
meilleurs programmes scientifiques. En annonçant une hausse du
budget de 5 milliards au Secrétariat à l’éducation, le
président a mis au défi les États de trouver le moyen
d’améliorer la réussite en mathématique et en science.
Cela dit, le Québec a obtenu d’excellents résultats dans des
concours internationaux. Souvent citée, le quatrième rang (sur
57 pays) des Québécois de 15 ans au Programme international
d’acquis des élèves ( PISA) laisse croire que la formation
scolaire est adéquate. Il ne faut pas oublier que ce résultat
exclut forcément les 30% de jeunes qui ont quitté le réseau
scolaire, ce qui crée en quelque sorte une sélection des
meilleurs à la fin du secondaire. De plus, le dernier PISA a
été administré avant l’implantation de la réforme. Que
révélera la prochaine édition?
Au cours des dernières années, on a abondamment traité des
effets du Renouveau pédagogique sur l’enseignement du
français, de l’anglais, de l’histoire et de la culture
religieuse. Il est temps que l’on se penche sur l’enseignement
des sciences et des technologies. Car il se trouve que, bien
enseignées, celles-ci sont les plus vivantes qui soient.
Certains y voient même un antidote au décrochage scolaire des
garçons. Mais de façon générale, c’est la culture scientifique
des citoyens de demain qui est en jeu.
Décrochage et pauvreté - Richard
Latulippe
L’auteur
habite Lac-Mégantic
On parle beaucoup du décrochage scolaire et de ses effets
désastreux, qui semblent – avec raison – être une
préoccupation profonde pour bien des gens. Tous ont le
problème à coeur et cherchent des solutions à court terme. «
Le problème doit se régler vite », nous préviennent les
experts dans leurs tours de verre. Il me semble qu’on passe
trop rapidement sur l’analyse des causes profondes du
décrochage. Un consensus émerge pourtant, qu’on énonce du bout
des lèvres : les jeunes des milieux défavorisés sont plus
nombreux à décrocher.
La pauvreté : qu’il est difficile d’appeler les choses par
leur nom. On sait tous que le décrochage scolaire n’est qu’une
mani festat ion pa rmi bien d’autres de la pauvreté. Mais qui
s’en préoccupe vraiment? À quand le dernier plaidoyer contre
la pauvreté de la part d’un de nos chers décideurs? Les
courbes de niveau socio-économique, d’échec scolaire et même
de santé sont identiques.
Tant qu’un
questionnement en profondeur sur les mécanismes de répartition
de la richesse ne sera pas fait, tant qu’on ne prendra pas des
décisions en conséquence, ces courbes continueront de se
suivre et nous continuerons de parler pour ne rien dire, et
surtout, ne rien faire. La jeune mère monoparentale
décrocheuse d’aujourd’hui verra donc probablement ses enfants
et ses petitsenfants faire comme elle et sa mère avant elle,
soit essayer d’aller gagner quelques dollars pour survivre et
lâcher l’école qui, de toute façon, n’amenait qu’exclusion et
échecs par-dessus échecs.
La réalité de l’environnement nous force aujourd’hui à poser
des gestes concrets et les choses commencent à changer. Le
même phénomène se produira vraisemblablement pour la santé
(merci Pierre Lavoie de nous en avoir si bien parlé
dernièrement).
Ferons-nous un jour quelque chose contre la pauvreté ou si
nous continuons de croire, comme nos dirigeants, que seul
compte l’éloge de la richesse?
DÉCROCHAGE : UN DRAME HUMAIN - L. JACQUES MÉNARD
Au-delà des
chiffres, la lutte contre le décrochage scolaire est une affaire
de coeur
La dure réalité, aujourd’hui, c’est que la vie est difficile
pour les non-diplômés et leur famille.
L’auteur est président du conseil d’administration de BMO
Nesbitt Burns et président de BMO Groupe financier, Québec. Il a
présidé les travaux du Groupe de travail sur la persévérance
scolaire. Ce texte est extrait de son livre, « Au-delà des
chiffres... une affaire de coeur ». L’ouvrage sera disponible
dans toutes les succursales de BMO Banque de Montréal au Québec
à compter de mardi et sur le site www4.bmo.com/francais.
Les
départs à la retraite des baby-boomers vont se multiplier ces
prochaines années. On prévoit qu’environ 700 000 emplois
seront à combler au Québec d’ici trois ans. Des emplois
qualifiés, bien sûr.
D’entrée de jeu, je tiens à préciser un point important. Mes
réflexions ne constituent, en aucune façon, un jugement de
valeur sur les personnes qui n’ont pas de diplôme. J’en connais
plusieurs qui contribuent de façon exceptionnelle au
développement de notre société. Des gens qui élèvent des
familles heureuses et qui constituent des modèles dans leur
milieu.
Je veux seulement attirer votre attention sur les dangers qui
guettent les jeunes qui s’apprêtent à se lancer dans la vie
dépourvus de formation sanctionnée par un diplôme. Ce qui était
possible il n’y a pas si longtemps, ne l’est plus. Ou l’est de
moins en moins. Les emplois non qualifiés disparaissent
rapidement. On prévoit qu’environ 700 000 emplois seront à
combler au Québec d’ici trois ans. Des emplois qualifiés, bien
sûr. Raison? Les départs à la retraite des baby-boomers vont se
multiplier et la technologie a ses exigences. Ces exigences
passent par la formation. Pas besoin, pour autant, que tous et
toutes se précipitent à l’université. Mais un urgent besoin que
tous et toutes se donnent une formation dans un domaine qui leur
convient. Que ce soit pour être plombier, camionneur, infirmière
ou chercheur en physique nucléaire.
La dure réalité, aujourd’hui, c’est que la vie est difficile
pour les nondiplômés et leur famille. Des revenus plus faibles,
plus souvent en chômage, une espérance de vie plus courte et
plus souvent des personnes sujettes à la dépression à l’âge
adulte. Ça, c’est chiffré, prouvé, documenté.
Je ne veux pas entrer dans les détails, mais les gens sur le
terrain me disent aussi que non seulement les non-diplômés
vivent souvent moins longtemps que les autres, mais qu’ils
vivent en moins bonne santé. Pas étonnant tout ça. La pauvreté
est un des déterminants les plus importants de la santé. C’est
reconnu par les autorités de la Santé publique. C’est une des
constatations qui nous a sauté aux yeux au cours des travaux
d’un autre groupe que j’ai présidé et qui portait, celui-là, sur
le financement des services de santé et de services sociaux.
L’abs ence de
diplôme mène souvent à la pauvreté. Et la pauvreté va de pair
avec une moins bonne santé. Pas toujours? Non. Mais trop
souvent.
A u - de l à de s chiffres, surtout une réalité de vie souvent
difficile à porter. Des difficultés que n’ont pas le choix de
partager tous les membres de la famille.
En plus, il arrive que le décrochage se transmette souvent des
parents aux enfants.
Le drame du décrocheur, c’est aussi de se faire dire « non »
plus souvent qu’à son tour, même si l’emploi qu’il convoite est
disponible. C’est de ne pas se sentir tout à fait au même niveau
que les autres parce qu’on comprend mal certaines indications,
des modes d’emploi, des directives. Le drame humain, c’est de
voir rejeter son CV sans même qu’on l’ait lu, parce qu’il s’en
va grossir la pile des « ne répond pas aux exigences ». Le drame
humain, c’est en quelque sorte de ne pas avoir les moyens de
suivre le rythme d’une société qui évolue à toute vitesse.
C’est de tout ça dont je parle quand je dis que le décrochage,
c’est un véritable drame humain. Vous comprenez pourquoi
j’affirme que, au-delà des chiffres, la lutte au décrochage,
c’est une affaire de coeur.
Objectif > un taux de réussite de 80%
L’Ontario a
réussi un pareil
tour de force. Il a haussé l’âge de la fréquentation scolaire
obligatoire à 18 ans.
Passer de 69% à 80% de taux de diplomation ne se fera pas tout
seul. Je ne crois pas beaucoup à la pensée magique.
Particulièrement quand ça fait plus de 20 ans que malgré tous
les efforts déployés, on ne soit pas encore arrivé à faire
bouger l’aiguille. Me faire raconter qu’on serait les champions
du raccrochage ne m’émeut guère. Pour atteindre l’objectif, ça
prend un plan de match. On en a développé un. On s’est inspiré
de ce qui se fait de meilleur ailleurs et de nos bons coups au
Québec.
Ambitieux, dites-vous ? Pas tant que ça. L’Ontario vient tout
juste d’annoncer, avec une fierté que je comprends très bien,
que leur taux de diplomation vient d’atteindre 77%, alors qu’il
était de 68% il y a cinq ans à peine. Comment a-t-on réussi un
pareil tour de force ? En travaillant fort, de façon structurée,
en plaçant l’éducation parmi les grandes priorités. Des
centaines de projets ont jailli des communautés. Plusieurs de
ces projets regroupent les caractéristiques dont je viens de
parler.
Le gouvernement ontarien a pris la chose très au sérieux en
investissant des sommes importantes dans plusieurs projets, un
financement suffisant, soutenu et prévisible. Autre chose aussi
: le gouvernement ontarien a haussé l’âge de la fréquentation
scolaire obligatoire à 18 ans (16 ans au Québec) et il a mis en
application une série de mesures pour faire pression sur les
jeunes. Par exemple, des conditions attachées à l’octroi d’un
permis de conduire avant 18 ans si le jeune ne se conforme pas à
certaines obligations en matière scolaire. Y a-til quelque chose
de plus important que de « chauffer un char » à cet âge-là ?
La carotte et le
bâton? Eh bien oui . C’est souvent les bonnes vieilles méthodes
qui produisent les meilleurs résultats. L’Ontario vient de le
démontrer en matière de lutte au décrochage. Ils ont déjà
presque atteint l’objectif que nous nous fixons pour 2020.
N’allez pas me dire que nous sommes trop ambitieux! Parce qu’il
ne faut surtout pas croire que les autres vont s’asseoir sur
leurs lauriers et attendre bien sagement que nous les
rejoignions. Eux aussi vont continuer à tout faire pour
améliorer leurs performances.
Il ne faut pas exclure une réévaluation de notre objectif en
cours de route. Peut-être hausser cet objectif de 80% à 85%
éventuellement.
Mais pour l’instant, quand ça fait deux décennies qu’on n’est
pas arrivé à faire bouger l’aiguille et qu’on reste collé à des
taux de diplomation qui avoisinent les 70%, il faut quand même
demeurer réaliste. Quand 80% de nos jeunes fêteront leur 20e
anniversaire avec leur diplôme, on pourra commencer à célébrer.
Éducation :
une invitation pour la ministre - MICHÈLE OUIMET
Ça sent la
bureaucratie et les compétences transversales. Si on pouvait
décrocher transversalement, je suis convaincue que les
fonctionnaires s’empresseraient de pondre un programme.
École publ ique LouisJoseph-Papineau, quartier Saint-Michel dans
le nord de Montréal. Beaucoup d’immigrants, de classes d’accueil
et de groupes de cheminement particulier. Nombre d’élèves en
difficulté : 40%. Taux de décrochage : 58%.
15h55, la cloche sonne. Les élèves de Christine Laniesse ferment
leurs livres et les rangent en vitesse dans leur sac à dos. En
deux minutes, la classe se vide.
Mme Laniesse a 19 élèves. Ils éprouvent tous de graves problèmes
d’apprentissage ou de comportement. Dix-neuf élèves, 19 petites
bombes qui demandent une attention soutenue, un encadrement
serré. Mme Laniesse enseigne plusieurs matières et elle passe la
journée avec eux.
Sa tâche va au-delà des leçons de français ou d’anglais. « Je
m’occupe de leurs bobos de l’âme, dit-elle. Je dois jouer au
travailleur social, au docteur, au papa et à la maman. Ils ont
tellement de lacunes! Le soir, je suis épuisée. »
Ses collègues arrivent dans sa classe, un à un, curieux de
rencontrer la journaliste qui passe quelques jours dans leur
école, avides de parler de leur travail qui les passionne, de
leurs élèves qui en arrachent.
« C’est nous, les fous du cheminement particulier ! » lance un
prof en entrant dans la classe.
Il faut en effet être un peu fou pour enseigner au cheminement
particulier, pour tenir à bout de bras ces jeunes qui veulent
apprendre, mais qui rament parce qu’ils sont dyslexiques,
poqués, maganés, hyperactifs, terriblement en retard dans leur
cheminement scolaire ou simplement ingérables.
Ces profs débordés, ces fous du cheminement particulier, doivent
relever un nouveau défi depuis quelques années : la réforme.
« La pédagogie par projets, c’est beau, mais ça ne fonctionne
pas avec nos élèves, explique Christine Laniesse. Ils ne sont
pas assez autonomes et ils ont des trous énormes dans leur
formation. Ils ne savent pas lire, écrire, raisonner. La réforme
n’est pas adaptée pour eux et les examens sont trop durs. »
Autre handicap: les élèves de Louis-Joseph-Papineau ( LJP) ne
sont pas riches. Au palmarès de la pauvreté,
Louis-JosephPapineau se classe 5e sur les 90 écoles secondaires
de l’île de Montréal, la première étant la plus pauvre.
Un élève qui fréquente une école publique nantie a une fois et
demie plus de chances d’obtenir son diplôme qu’un élève d’une
école défavorisée. Et si l’élève va au privé, il a six fois plus
de chances qu’un jeune d’une école pauvre.
La barre est haute pour les jeunes de LJP.
« Si seulement
on avait moins d’élèves dans nos classes », soupire Christine
Laniesse.
Les fous du cheminement particulier de Louis-JosephPapineau
aimeraient bien que la ministre de l ’ Éducat ion, Michelle
Courchesne, passe une semaine dans leur classe. Avec leurs
élèves, les décrocheurs de demain. Pas une heure ou deux
vite-vite coincée entre deux rendez-vous et suivie par une armée
de relationnistes et de journalistes. Non, non, une semaine, une
vraie, sur le plancher des vaches.
Et si jamais la ministre a faim pendant les cours, qu’elle ne
s’inquiète pas, les enseignants ont toujours de la nourriture
cachée dans une armoire au fond de leur classe. Ils l’achètent
avec leur argent. Quand un élève a trop faim, ils lui glissent
discrètement un peu de bouffe.
Parlons maintenant du rapport Ménard* sur le décrochage, un
document de 70 pages lancé en grande pompe en mars et encensé
par le gouvernement.
« Je n’ai pas appris grandchose », laisse tomber Diane De
Courcy, présidente de la CSDM, la plus grosse commission
scolaire du Québec. Même réaction mitigée du directeur général
de la Commission scolaire English Montreal, Antonio Lacroce.
I l n’y a ef fectivement pas grand-chose de nouveau dans ce
document, sauf les exemples de réussite de lutte contre le
décrochage dans certaines villes comme Toronto et Philadelphie.
Une bonne idée.
Mais le reste ? Un copier-coller de statistiques glanées dans
les différentes études publiées sur le décrochage. Non seulement
n’y a-t-il rien de neuf dans ce ramassis de chiffres
archiconnus, mais le groupe Ménard oublie aussi des données
fondamentales : l’écart ahurissant entre les garçons et les
filles, la présence de l’école privée qui vampirise le public et
fait exploser ses taux de décrochage et la réalité
socio-économique – riches et pauvres – qui a une incidence
majeure sur les taux de décrochage. On finit sagement son
secondaire dans une institution privée de Westmount, mais on
décroche à pleines portes à Pierre-Dupuy, une école publique du
Centre-Sud.
Le rapport Ménard a été écrit par des gérants d’estrade qui se
permettent de faire la leçon. Le ton des recommandations est
hérissant. Faites ceci et faites cela, des millions par-ci et
des millions par-là, et bonsoir la visite !
Le décrochage est plus compliqué, n’en déplaise à l’homme
d’affaires Jacques Ménard, qui a eu l’idée de pondre ce rapport.
Comment réagirait-il si Diane De Courcy écrivait un document
pour lui expliquer comment mener son institution financière ?
La ministre Courchesne était tout ébaudie devant le rapport. Le
premier ministre Charest aussi . Le gouvernement va encore une
fois jeter des millions dans le trou sans fond du décrochage
sans d’abord faire le ménage dans tous les programmes qui se
sont empilés pendant des années.
Ça sent la bureaucratie et les compétences transversales. Si on
pouvait décrocher transversalement, je suis convaincue que les
fonctionnaires s’empressera ient de pondre un programme.
Mme Courchesne a été invitée par les enseignants de
LouisJoseph-Papineau. Une occasion en or pour elle de sortir de
son bureau et de se frotter à la réalité toute nue.
Mme Courchesne, l’invitation est lancée. À vous d’y répondre.
Oserez-vous ?
Quels gérants
d’estrade ! - Jacques Ménard
Ces personnes
engagées au quotidien dans la lutte contre le décrochage, que
vous qualifiez de gérants d’estrade, méritent notre plein
respect, voire notre admiration.
ML’auteur est président du groupe d’action sur la persévérance
et la réussite scolaires. ichèle Ouimet a rédigé un bon
dossier sur le décrochage scolaire. Bravo ! Certains points de
sa chronique publiée le 6 mai méritent cependant des mises au
point.
Des
gens ont compris que le décrochage scolaire constituait un
défi de société et que l’école, à elle seule, ne pouvait
régler le problème.
Le rapport Savoir pour pouvoir ne serait pas à la hauteur des
attentes de MmeOuimet. Ce rapport est issu d’une initiative
citoyenne mise de l’avant par des personnes inquiètes du taux
de décrochage scolaire chez nos jeunes. Des gens qui ont
compris que le décrochage constitue un défi de société. Des
gens qui réalisent que l’école, à elle seule, ne peut régler
le problème. Des gens qui n’ont pas attendu que l’État leur
confie un mandat pour agir. Des gens qui ont décidé,
bénévolement, d’apporter leur contribution, dans le plus grand
respect des prérogatives et des expertises de chacun des
intervenants dans ce problème tellement complexe qu’est le
décrochage scolaire.
Le Groupe a donc analysé plus d’une dizaine d’initiatives (au
Québec, ailleurs au Canada et aux États-Unis) qui remportent
des succès incontestables et dont les interventions font
l’objet d’un suivi rigoureux et d’une documentation précise.
Des dizaines de rencontres ont été tenues avec des experts,
dont certains responsables des initiatives étudiées. Le groupe
a aussi regardé de près ce qui se fait au Québec. Et, il s’en
fait beaucoup, avec générosité et dévouement.
C’est à partir de ce travail considérable que des propositions
d’action ont été structurées et offertes aux intervenants de
tous les niveaux. Je dis bien offertes. Personne n’impose rien
à personne. Personne ne donne de leçon à quiconque. À chacun
ses libertés. D’autant plus que notre rapport insiste sur le
fait qu’il n’existe pas de recette magique pour contrer le
décrochage. Chaque région, chaque ville, chaque quartier
présentent des caractéristiques propres. Les déterminants du
décrochage varient même d’un décrocheur à l’autre. Pourquoi ne
pas essayer d’apprendre de l’expérience des autres, tout en
nous méfiant des généralisations illusoires?
Des
personnes dévouées
Pa r ai l leurs , Mme Ouimet affirme que notre rapport a été
écrit par des gérants d’estrade.
Il faut au moins réaliser que Savoir pour pouvoir a été conçu
et écrit avec l’aide d’un comité de pilotage qui compte près
d’une trentaine de personnes dévouées et qui consacrent
beaucoup d’énergie à lutter contre le décrochage. Plusieurs
travaillent sur le terrain, quotidiennement, à aider les
jeunes. Ils peuvent vous en raconter long comme ça sur ce qui
motive ou pas ces jeunes à poursuivre leurs études. Sur ce qui
les amène à décrocher ou à persévérer. Ce sont toutes ces
personnes et les organismes qu’elles dirigent que vous
désavouez en les qualifiant de gérants d’estrade. Juste pour
vous donner une idée, voici de qui il s’agit: le Dr Gilles
Julien qui travaille avec les jeunes de Côte-des-Neiges et du
quartier Hochelaga-Maisonneuve, le promoteur convaincu de
l’importance de la pédiatrie sociale; le DrMichel Perron,
fondateur du Conseil régional de prévention de l’abandon
scolaire au SaguenayLac-Saint-Jean (CRÉPAS), et Marie-Claude
Côté, du même organisme qui obtient des résultats très
intéressants depuis sa fondation en 1996; Michèle Glémaud, du
Carrefour contre le déc rochage scolai re ; André Caron et
Pâquerette Gagnon, de la Fédération des commissions scolaires
du Québec ; Bineta Ba et Jean-François Lapointe, du
Regroupement des organismes communautaires québécois de lutte
au décrochage; Lyse Brunet, de Québec Enfants; Michèle
ThibodeauDeguire et Claude Masse, de Centraide ; Pierre Côté,
de Toujours Ensemble ; JeanMarc Chouinard et Sophie Harnois,
de la Fondation Lucie et André Chagnon; Jean-Pierre Hotte, de
l’Association des centres jeunesse ; et sept sous-ministres de
ministères directement concernés par le décrochage.
Ces personnes engagées au quotidien dans la lutte contre le
décrochage méritent notre plein respect, voire notre
admiration. Des gérants d’estrade comme eux, souhaitons qu’ils
s’en manifestent aux quatre coins du Québec, car c’est la
seule façon de réussir notre combat contre le décrochage
scolaire.
La persévérance : la priorité absolue - Marie Allard
« La
persévérance scolaire, c’est ma grande priorité », a dit Josée
Bouchard, nouvelle présidente de la Fédération des commissions
scolaires du Québec, en entrevue à La Presse hier.
Le taux d’obtention de diplôme au secondaire, en 2003, dévoilé
discrètement en juillet, a de quoi l’inquiéter. À peine 54,4%
des jeunes du réseau public ont eu un diplôme après cinq ans
d’études, soit 62,1% des filles et… seulement 47,1% des
garçons.
Quand on leur demande pourquoi i ls persévèrent
à l ’école, les adolescents « retiennent la qualité de
la relation qu’ils ont avec les enseignants et le
parascolaire » , a souligné Mme
Bouchard. Ce sont là des pistes de solution, à retrouver dans
le plan d’action sur la persévérance scolaire promis pour la
rentrée par la ministre de l’Éducation, espère-t-elle.
« Mon autre
grande priorité, c’est la valorisation de notre réseau public
», a indiqué Mme Bouchard. À la rentrée, cette année, les
commissions scolaires accueilleront 18 376 élèves de moins que
l’an dernier, en raison de la baisse démographique et de
l’attrait du privé.
La solution? Geler les subventions publiques aux écoles
privées, puis les éliminer d’ici cinq ans. « J’ai envoyé mes
enfants à l’école publique et j’y suis allée, a indiqué Mme
Bouchard. Je voulais être avec tout le monde. » Le don de 250
000 $ qu’Hydro-Québec avait prévu faire au collège Notre-Dame
l’a outrée. « Il va falloir que notre élite prenne conscience
que la clé de voûte du développement du Québec, c’est le
réseau public. »
L’automne sera aussi marqué par le début des négociations,
souvent houleuses par le passé, en vue de renouveler les
conventions collectives dans le secteur de l’éducation. « On a
beaucoup de choses à partager, les syndicats et nous, a assuré
Mme Bouchard. On est sur la même longueur d’onde. On a à coeur
la réussite des élèves. »
Projet Déclic Le succès de l’école de la dernière
chance - Marie Allard
C’estune
écoleoùla cloche ne sonne jamais. Il y a des tables de billard,
des jeux de baby-foot et des télés câblées dans les salles de
classe. Deux professeures y enseignent toutes les matières et
font un suivi serré de leurs 17 élèves, à haut risque de
décrocher. Cette école – quin’enestpasvraimentune– c’est
leprojet Déclic, installédepuisl’automnedansunemaison de jeunes
d’Hochelaga-Maisonneuve.
PHOTOROBERTMAILLOUX, LA PRESSE
Alaric Pelletier, 16 ans, a trouvé sa
voie à Déclic, une école originale pour jeunes à risque de
décrocher. En septembre, il commencera un diplôme
professionnel en pose de systèmes intérieurs. « Avant, je ne
savais pas que ça prenait juste un secondaire 3 pour y aller,
dit-il. Tu trouves le temps moins long après ça, quand tu sais
que tu vas pouvoir être sur le marché du travail bientôt. »
Déclic est une réussite: un seul élève a abandonné en cours
d’année. « Pourtant, tous manquaient fortement de motivation et
avaient des difficultés à l’école, dans leurs notes ou leur
comportement, dit Patricia Bouchard, l’enseignante instigatrice
du projet. On a vraiment essayé de faire l’école autrement, pour
qu’ils se trouvent un but. »
Chomedey-De Maisonneuve, leur école d’origine, a un maigre taux
de promotion de 50,3%, selon le dernier palmarès. Bien qu’ils
soient âgés de 15 à 17 ans, les élèves deDéclic y étaient
inscrits en troisième secondaire. Ils ont suivi le programme
normal à Déclic, à deux différences près. Les arts ont cédé leur
place à un cours sur les problèmes du quartier, dans le cadre
duquel les jeunes ont fait du bénévolat.
Quant aux sciences, elles ont été remplacées par un cours
d’exploration professionnelle, qui a mené à un stage de quatre
jours dans une école de métier. Alaric Pelletier, 16 ans, y a
trouvé sa voie: dès le mois de septembre, il suivra un programme
professionnel en « pose de systèmes intérieurs ».
« Je vais poser des murs, des plafonds, des planchers, des
escaliers, énumère-t-il. Avant, je ne savais pas que ça prenait
juste un secondaire 3 pour y aller. Tu trouves le temps moins
long après ça, quand tu sais que tu vas pouvoir être sur le
marché du travail bientôt. Je vais construire ma maison, ça va
rocker! »
Encadrement
constant
ÀDéclic, les élèves travaillent « deux, trois fois plus fort
qu’à l’école », indique Alaric. « Le vendredi après-midi, on
n’a pas de cours si on a fini ce qu’on a à faire, précise
Alexandre Cadieux-Bouchard, 15 ans. Ça nous motive. »
« L’avantage, ici, c’est qu’on connaît bien les élèves,
souligne Mme Bouchard. Quand ils ne sont pas là deux jours,
c’est sûr qu’on appelle à la maison. C’est difficile pour eux
de se pousser! » Chaque semaine, on rencontre les jeunes en
privé pour faire le point sur leur évolution. Et une
éducatrice spécialisée vient à la rescousse trois après-midi
par semaine pour les problèmes plus lourds. « On a réglé des
situations qui, à l’école, auraient explosé », estime Mme
Bouchard.
« Je ne connais plus personne qui va à l’école »
Les jeunes mesurent leur chance. « Je ne connais plus personne
qui va à l’école, souligne Mathieu Patterson, 16 ans. Être
ici, ça m’a permis d’être moins dans la merde puisque j’étais
surveillé. » Après avoir raté sa troisième secondaire l’an
dernier, Mathieu a eu des notes de 75% et 80% à Déclic. « Ça a
passé vite », constate-t-il avec étonnement. L’adolescent
compte obtenir un DEP de machiniste l’an prochain, tout en
finissant quelques cours de quatrième secondaire.
« Ils sont tristes de partir, confie Katia Valcourt, l’autre
enseignante. Le lien qu’ils ont avec nous est fort. C’est
impossible de reproduire ça en classe. » Un prof du secondaire
a, normalement, six groupes de 32 adolescents à voir dans la
même semaine.
L’école des
« raccrocheurs » LYSIANE GAGNON
Serait-ce dans
des recettes de grand-mère que se trouve une partie de la
solution au problème du décrochage?
Saisissant, ce reportage que publiait hier La Presse sur l’école
privée SaintJoseph… qui est en train de faire la preuve que la
meilleure façon de permettre aux élèves en difficulté de se «
raccrocher » à l’école serait de revenir à l’organisation
scolaire d’avant la Révolution tranquille !
Cette école de Saint-Hyacinthe a hérité de ses soeurs
fondatrices la mission de récupérer les élèves qui n’arrivent
pas à suivre, qui redoubleraient chaque année si c’était permis,
et qui s’en vont tout droit vers le décrochage. Le tiers de ses
élèves entrent dans cette catégorie.
On leur offre deux programmes. « Un premier, explique notre
collègue Marie Allard, leur permet de faire leurs deux premières
années du secondaire en trois ans, les six premiers mois du
programme étant presque entièrement consacré à rattraper les
retards accumulés au primaire. Le second programme suit le
rythme normal, mais en augmentant le nombre de cours dans des
matières de base. »
On est revenu à l’époque d’avant le rapport Parent, le fameux
rapport qui a créé les polyvalentes, ces grosses usines
impersonnelles où vont se noyer les enfants fragiles. L’école
Saint-Joseph, en effet, c’est l’antipolyvalente.
Au lieu de galoper d’un local à l’autre, les élèves restent
toujours dans la même salle; ce sont les enseignants qui se
déplacent. Chaque groupe a un professeur titulaire, premier
responsable des enfants et interlocuteur des parents. Autant de
détails qui créent un sentiment d’appartenance, qui fournissent
un ancrage à des élèves désemparés.
Avec l’accord du syndicat, on a laissé tomber les horaires
réguliers, particulièrement épuisants pour les élèves dont la
capacité de concentration est faible : on a donc six périodes de
60 minutes par jour au lieu de quatre périodes de 75 minutes, ce
qui permet d’ajouter, selon les besoins, des cours
complémentaires.
Les élèves sont
encadrés comme dans l’ancien temps: les deux parties du
secondaire sont physiquement séparées, les « grands » occupant
un pavillon distinct de celui des plus jeunes. Ces derniers
n’ont pas le droit de sortir le midi, de même que les élèves du
2/3 (deux années en trois ans), qui ne pourront sortir le midi
qu’une fois en troisième, et encore seulement deux jours par
semaine.
Cette école va à contre-courant de tous les dogmes en vigueur.
Ainsi, les élèves sont séparés en fonction de leurs capacités,
l’école ayant également une section « internationale » pour les
« forts » et un programme régulier pour les « moyens ».
La constitution de classes homogènes s’inscrit en faux contre
l’idée dominante qui veut que les élèves faibles sont plus
stimulés s’ils sont intégrés à des classes régulières, et qu’ils
risquent d’être stigmatisés s’ils sont « étiquetés » comme
faibles.
À l’école Saint-Joseph, cette mauvaise étiquette est fortement
compensée par le fait que ces élèves gagnent une meilleure
estime d’eux-mêmes à mesure qu’ils font des progrès. Et ils en
font! Les trois quarts des élèves du 2/3 s’intègrent sans
difficulté à la troisième année du programme régulier, et malgré
que le tiers des élèves soient moins doués, le taux de réussite
général de l’école dépasse de 14 points la moyenne provinciale !
Les ados interviewés ne cachent pas leur satisfaction. Ils osent
exprimer leurs difficultés de compréhension, alors
qu’auparavant, on leur laissait sentir qu’ils « retardaient » la
classe. Au chaud dans ces classes-incubateurs, à l’abri du
regard des « bolés », ils peuvent maintenant poser des questions
au prof sans risquer de faire rire d’eux ou de déclencher un
mouvement d’impatience chez l’enseignant pressé de couvrir son
programme…
Serait-ce dans ces recettes de grand-mère que se trouve une
partie de la solution au problème du décrochage?
Un an de plus
pour terminer son secondaire
« Au primaire, le professeur n’avait jamais le temps de
répondre à mes questions. Là, je ne me suis jamais sentie
pressée. »
Thomas Bolestridge a commencé le secondaire avec deux
prises contre lui : il n’avait aucune chance d’obtenir son
diplôme dans les délais prévus par le ministère de
l’Éducation.
Thomas Bolestridge fait partie de la vingtaine d’élèves
qui décident chaque année de se lancer dans un parcours
scolaire inusité qui leur permet de faire en six ans les cinq
années du secondaire. Dans le programme 2/ 3 de l’école
Saint-Joseph de Saint-Hyacinthe, les première et deuxième
secondaires s’échelonnent sur trois ans, plutôt que deux dans
la plupart des autres établissements de la province. Les six
premiers mois du programme sont presque entièrement consacrés
à combler les retards accumulés au primaire.
Alors que le ministère de l’Éducation favorise
l’intégration des élèves en difficulté dans des groupes
réguliers, l’école Saint-Joseph rassemble donc ses élèves de
façon plus homogène en fonction de leurs forces. Cette
position va à l’encontre des théories mises au point par les
pédagogues voulant que la présence des élèves forts dans une
classe permette de tirer vers le haut les plus faibles. Mais
elle semble ravir les adolescents.
« Au primaire, le professeur n’avait jamais le temps de
répondre à mes questions. Il fallait qu’il aille vite pour
faire progresser les plus forts et c’était tant pis pour moi.
Là, je ne me suis jamais sentie pressée », se souvient
MarieÈve Adam, une finissante du programme 2/3.
« Je n’osais jamais poser de questions dansma classe
parceque j’avais toujours peur de faire rire de moi. Je
restais dans mon coin, renchérit Sandrine Letendre, 14 ans.
Maintenant, c’est moi qui en pose le plus. »
Les élèves du 2/3 doivent parfois affronter les préjugés
des élèves des autres programmes et des autres écoles.
L’encadrement est aussi plus strict. Les élèves n’ont pas le
droit de sortir le midi avant la troisième année du programme,
et encore, ils ne pourront le faire au plus que deux fois par
semaine.
Pourtant, les parents de Thomas Bolestridge n’ont pas eu
besoin d’insister pour le convaincre de faire le saut.
Quand il termine son primaire à 12 ans, à l’âge où tous
les rêves sont permis, Thomas a une vision bien sombre de son
avenir. Son estime personnelle est au plus bas: sur une
échelle de 0 à 10, elle obtient tout juste un 2. « J’aurais dû
redoubler chaque année au primaire: je coulais dans toutes les
matières, sauf en anglais, en musique et en éducation
physique. J’étais en route pour décrocher », laisse-t-il
tomber en entrevue à La Presse.
Mais voilà que dans cette classe où tous les élèves ont
connu des difficultés d’apprentissage, Thomas respire un peu
mieux. Il progresse. Ses notes s’améliorent, les succès
s’accumulent.
« Nous accordons beaucoup d’importance à la motivation,
explique Simone Leblanc, directrice des services pédagogiques.
Ce sont des jeunes pour qui apprendre, ce n’est jamais facile,
et ils peuvent se décourager rapidement. Il faut absolument
veiller à leur faire vivre régulièrement des petites
réussites. »
« J’ai misdutempsàme convaincre que j’avais vraiment
pris la bonne décision. Perdre un an… et tous ses amis qui
s’en vont au régulier, ce n’est pas une perspective agréable
», dit Thomas. Mais à 18 ans, il s’apprête à faire le saut au
cégep en septembre et songe déjà au moment où il poursuivra
ses études en informatique à l’université.
Malgré une
subvention, les écoles ne se bousculent pas
ACCUEIL DES ÉLÈVES ENDIFFICULTÉ
Pour inciter les écoles privées à accueillir les élèves en
difficulté, le ministère de l’Éducation a offert une nouvelle
subvention, l’an dernier. « Pour être admissible, un
établissement doit admettre au moins 10% d’élèves en retard
scolaire à l’entrée au secondaire », indique Stéphanie Tremblay,
porte-parole du Ministère. Parce qu’ils ont redoublé, ces élèves
ont 13 ans en entrant au secondaire, plutôt que 12 ans.
Les écoles privées ne se bousculent pas pour recevoir ces
élèves jugés plus faibles : seules 35 touchent cette subvention
cette année, sur un total de 273 collèges privés au Québec. L’an
dernier, c’était à peine mieux, avec 43 écoles privées
bénéficiant de cette mesure.
Résultat : seulement 715 000$ ont été versés en 2008-2009,
faute d’intérêt, alors qu’un million est disponible.
« L’objectif, c’est de rendre les écoles privées plus
responsables des élèves qui ont des difficultés, dit Pierre
Duclos, directeur de l’école Saint-Joseph. C’est de faire que
des projets comme le nôtre puissent essaimer. »
Ça ne s’est pas réalisé jusqu’à maintenant. Auguste
Servant, directeur des communications de la Fédération des
établissements d’enseignement privé, fait valoir que le réseau a
besoin de temps.
Les écoles privées en réflexion
« Cette mesure cherchait d’abord et avant tout à permettre
aux établissements qui accueillaient déjà des jeunes en retard
scolaire à embaucher du personnel spécialisé pour mieux
accompagner ces jeunes, plaide-t-il. C’est tout nouveau dans
notre réseau et c’est une certaine culture à développer. »
Si huit écoles privées en moins, cette année, ont au
minimum 10% d’élèves en retard, ce n’est rien de marquant, selon
lui. Le Ministère se base sur la moyenne des trois dernières
années, et quelques élèves en retard demoins peuvent
disqualifier soudainement une école, explique-t-il.
Il reste que « la Fédération se questionne de plus en plus
sur la contribution du privé à la persévérance scolaire, et
interpelle de plus en plus ses établissements membres à
contribuer à la réussite du plus grand nombre », assure M.
Servant. Déjà, le privé lutte contre le décrochage avec ses
résidences, ses programmes spéciaux, ses « milieux de vie qui
développent le sentiment d’appartenance donc la rétention »,
énumère-t-il.
« Peut-on en faire davantage? demande le porte-parole des
écoles privées. C’est à ce type de réflexion que nos membres
seront conviés. »
CSDM
- « Pourquoi les jeunes
Montréalais réussissent-ils moins bien que les autres ? »
Le portrait des
90 000 jeunes qui fréquentent la Commission scolaire de
Montréal (CSDM) a beaucoup évolué au cours des dernières
années. L’immigration et la pauvreté prennent de plus en plus
de place. Pendant ce temps, les résultats scolaires
périclitent. Pour renverser la vapeur, 400 intervenants se
sont réunis, hier, à Montréal.
L’objectif de la journée était de répondre à la question
suivante: « Pourquoi les jeunes Montréalais réussissent-ils
moins bien que les autres et quels sont les facteurs
responsables de cette situation? »
À la CSDM, le taux d’obtention de diplôme au secondaire
dépassait à peine les 40,7% de 2002 à 2007. Pour la commission
scolaire, ces faibles résultats s’expliquent par trois
facteurs qui ont eu « un effet négatif sur la réussite
scolaire des jeunes ».
Le premier changement est l’immigration. Le nombre d’élèves
dont la langue maternelle est le français est passé de 53,6%
en 2003-2004 à 50,6% en 20082009, a expliqué la directrice
générale adjointe des services corporatifs de la CSDM, Lucie
Lalande. Certains quartiers sont plus touchés. À
Parc-Extension, le taux d’élèves dont la langue maternelle est
le français n’est que de 5%. À Côte-des-Neiges, il est de 11%.
Selon Mme
Lalande, les écoles doivent changer leurs façons de faire
pour « s’enrichir de la diversité culturelle, faciliter
l’intégration des élèves et adapter leurs situations
d’apprentissage » et ainsi avoir de meilleurs taux de
réussite.
À la CSDM, de plus en plus d’élèves vivent dans des familles
monoparentales ou recomposées. « On ne compte plus le nombre
d’élèves qui partagent leur temps entre deux maisons et qui
ont quatre grands-parents », illustre Mme Lalande. Selon le
directeur général de la CSDM, Gilles Petitclerc, les écoles
doivent donc « adapter leurs attentes envers les parents à
cette réalité ».
La défavorisation s’est accentuée ces dernières années à la
CSDM. Le territoire de Côte-desNeiges compte à lui seul 9436
familles sous le seuil de faible revenu. Dans les quartiers
d’Hochelaga-Maisonneuve et de Pointe Saint-Charles, plus de
50% des familles sont monoparentales. « Et 59% d’entre elles
vivent sous le seuil de faible revenu, dit Mme Lalande. Cela
a des conséquences sur les budgets des écoles, qui doivent
dépenser plus d’argent en soutien alimentaire. »
D’après M. Petitclerc, l’exercice d’hier a permis « de
dresser le portrait de la réalité montréalaise ». « On
repart avec la conviction que nos actions sont bonnes, mais
qu’il faut des ajustements », dit-il.
MOINS
DE DÉCROCHAGE À ENGLISHMONTREAL - Michèle Ouimet
Les c h i f
f res sont renversants : 42,5% des élèves de la Commission
scolaire de Montréal (CSDM) obtiennent leur diplôme d’études
secondaires en cinq ans, comparativement à 71,4% à la
Commission scolaire English Montreal (CSEM), un écart
vertigineux de 29 points.
Pourquoi ? Les ex per t s avouent leur ignorance. « Ce n’est
pas un phénomène sur lequel on s’est penché », explique
Pierre Potvin, professeur au département de psychoéducation
à l’Université du Québec à Trois-Rivières.
Le directeur général de la CSEM, Antonio Lacroce, et la
présidente de la CSDM, Diane De Courcy, sont tout aussi
perplexes.
C’est peut-être un effet de la loi 101. La CSEM n’a pas le
droit d’accueillir les enfants des immigrants qui n’ont pas
étudié en anglais au Canada. Les jeunes qui arrivent de
partout dans le monde aboutissent donc dans les classes
d’accueil de la CSDM. Ils sont souvent sous-scolarisés.
Les écoles secondaires de la CSEM n’ont aucune classe
d’accueil. La CSDM en a 74, dont la moitié reçoit des élèves
sous-scolarisés.
Autre
réalité : l’écart économique entre les anglophones et les
francophones. Les élèves de la CSEM proviennent de familles
plus riches que ceux de la CSDM. Chaque année, le comité de
gestion de la taxe scolaire classe les 90 écoles secondaires
de l’île selon un indice de défavorisation. Sur les 30
écoles les plus pauvres, 18 appartiennent à la CSDM, 6 à la
CSEM.
Les élèves des écoles favorisées ont une fois et demie plus
de chances d’obtenir leur diplôme qu’un élève d’une école
pauvre.
La présence massive des écoles privées joue aussi un rôle.
La CSEM perd 14% de ses élèves dans le délicat passage entre
le primaire et le secondaire. La plupart des élèves perdus
s’inscrivent au privé. À la CSDM, ce taux est deux fois plus
élevé, soit 30%.
Là encore, les statistiques parlent : un élève du privé a
cinq fois plus de chances d’obtenir son diplôme qu’un élève
du public.
L’abîme entre les anglophones et les francophones se limite
à Montréal. En Estrie, 44,3% des élèves de la Commission
scolaire Eastern Townships obtiennent leur diplôme,
comparativement à 50% pour les trois commissions scolaires
francophones. En Outaouais, 60% des élèves de la Commission
scolaire Western Quebec décrochent leur diplôme en cinq ans,
alors que les quatre commissions scolaires francophones de
la région affichent des taux légèrement inférieurs, qui
oscillent entre 53 et 58%.
Les anglophones n’ont donc pas un cerveau plus performant
que celui des francophones.
Louis-Joseph-Papineau, la planète francophone
- - MICHÈLE OUIMET
Deux écoles
secondaires publiques de Montréal : Louis-Joseph-Papineau et
John F. Kennedy. Une francophone, une anglophone. Deux écoles
qui se situent en queue de peloton dans le palmarès de
l’Institut économique de Montréal. Plantées au coeur d’un
quartier dur, Saint-Michel. Taux de décrochage : 58% à
Louis-Joseph-Papineau, 28% à John F. Kennedy. Pourquoi une
telle différence ? Notre journaliste Michèle Ouimet a passé
trois jours dans chaque école.
L’é c ole L oui s - Jos ephPapineau ressemble à un bloc de
béton échoué au milieu d’un champ. Un bunker sans fenêtres,
blanc délavé.
«
Plusieurs élèves travaillent à l’extérieur, certains la
nuit. Il n’y a pas une classe où tu ne trouves pas deux ou
trois élèves endormis sur leur pupitre. Les parents sont
dépassés », affirme un professeur de français de l’école
Louis-Joseph-Papineau, Claude Belcourt.
La cour est tapissée d’asphalte. Un bout de gazon et quelques
arbres maigres s’étiolent dans cet univers gris. Une immense
dalle de béton sur pilotis protège les élèves du crachin qui
tombe sur la ville. Les jeunes grillent une cigarette en
attendant l’ouverture des portes à 8h45.
– Je la trouve cool, mon école, lance un élève. – Pourquoi ? –
Ben, parce que je la trouve cool, man.
À l’intérieur, de longs couloirs gris et orange succèdent à de
longs couloirs gris et orange. Il n’y a aucune fenêtre. Au
soussol, les élèves attrapent à toute vitesse leurs livres
entassés pêlemêle dans leur casier. Dans cinq minutes, des
grilles métalliques vont bloquer l’accès aux casiers jusqu’à
midi. Quatre surveillants, le directeur et des enseignants,
équipés de walkie-talkie, poussent dans le dos des
retardataires, toujours les mêmes. « Allez! Allez! Vite! Vite!
» Louis-Joseph-Papineau n’est pas une école facile. Plantée au
coeur du quartier Saint-Michel, réputé pour ses gangs de rue,
elle est fréquentée par 1100 élèves. À peine le quart a le
français comme langue maternelle. L’école a 12 classes
d’accueil, dont la moitié regroupe de grands ados
sous-scolarisés, et 13 classes de cheminement particulier
peuplées d’élèves qui ont des problèmes graves de comportement
ou d’apprentissage. Taux de décrochage: 58%. Plusieurs parents
fuient LouisJoseph-Papineau (LJP). Ils préfèrent envoyer leurs
enfants au privé ou dans une école à vocation particulière.
Louis-Joe, comme l’appellent affectueusement les élèves et les
profs, se retrouve avec les cas difficiles.
« Ici, c’est le dernier recours, affirme un professeur de
français, Claude Belcourt. Quand tu es refusé à Sophie-Barat
ou au privé, tu viens à LJP. Plusieurs élèves travaillent à
l’extérieur, certains la nuit. Il n’y a pas une classe où tu
ne trouves pas deux ou trois élèves endormis sur leur pupitre.
Les parents sont dépassés. » L’enfer, travailler à Louis-Joe?
« Non, répond Claude Belcourt. On a des bons jeunes et ils ne
se promènent pas avec des couteaux. »
Ce n’est pas, non plus, le paradis. L’atmosphère est tendue,
électrique. Tout peut déraper. « Beaucoup d’enfants ont de
gros problèmes. Parfois, les fils se touchent », explique
Claude Belcourt.
La police est
très engagée à LJP. Deux agents, toujours les mêmes, viennent
régulièrement. Ils arpentent les couloirs de l’école et
parlent avec les jeunes. Ils savent tout. Lorsque la
Commission scolaire de Montréal (CSDM) a finalement accepté de
me laisser passer trois jours à LJP, les policiers Charles
Dubois et Evens Guercy l’ont su le jour même.
Les nouvelles courent vite, dans Saint-Michel.
« Parfois, les jeunes se disent : aujourd’hui, c’est la
journée "tape sur la gueule", raconte l’agent Evens Guercy. Le
mot court sur Facebook ou sur les cellulaires. Ça va très
vite. Il y a aussi des élèves qui nous préviennent lorsqu’une
bagarre se prépare après l’école. On envoie deux voitures de
patrouille. Si on ne venait pas à LJP souvent, on serait
incapable de désamorcer ces crises. » Oui, il y a des gangs de
rue à Saint-Michel, et non, l’école n’est pas déconnectée du
quartier.
« Il y a 12 ans, c’était très dur ici, ajoute Charles Dubois.
La mauvaise réputation de l’école remonte à cette époque-là.
On essaie de changer son image. »
Le d i rec teur, Géra rd Jeune, défend LJP. I l a toujours
voulu y travailler. Il a dirigé une petite école tranquille de
la CSDM pendant des années, tout en lorgnant du côté de
Louis-Joseph-Papineau.
« Ça me scandalisait d’entendre ce qu’on disait sur LouisJoe,
dit-il. Les gangs de rue, les élèves paresseux, sauvages, une
école ingérable, dangereuse. Ça éclaboussait ma communauté. »
Gérard Jeune est né et a grandi en Haïti. Il a fait ses études
secondaires à Port-au-Prince dans une école publique. Ses
parents n’avaient pas assez d’argent pour l’envoyer au privé.
Aîné de sept enfants, il a souvent pris le chemin de l’école
le ventre vide. Il en a connu, des « journées sans pain ».
Près de 20% des élèves de LJP ont le créole comme langue
maternelle. Quand Gérard Jeune se promène le long des
« Mes
élèves n’aiment pas la semaine de relâche. Ils n’ont rien
à faire et ils sont entassés dans de petits logements. À
l’école, ils mangent et ils ont des amis. »
casiers le matin, les élèves d’origine haïtienne le
regardent avec respect.
La professeure Christine Laniesse
dirige sa classe de cheminement particulier avec humour
et fermeté. Elle enseigne à l’école
Louis-Joseph-Papineau depuis 18 ans. Elle adore son
école et ses élèves, mais à la fin de la journée, elle
est épuisée.
« Si je veux vraiment toucher un élève, je lui parle en
créole », précise-t-il.
Pas facile pour un journaliste de rentrer à Louis-Joe.
Échaudée par des reportages sur la violence à l’école, la
CSDM était extrêmement réticente. Elle m’a d’ailleurs
collé un chaperon que j’ai vite semé. Par contre, aucun
problème pour aller à l’école anglaise John F. Kennedy. Un
coup de fil à la Commission scolaire English Montreal,
puis un deuxième au directeur de l’école et l’affaire
était dans le sac. « You’re welcome. »
Pourtant, JohnF. Kennedyaussi a une réputation
rock’n’roll.
Dans la classe d’accueil de Diane Nasr, à
Louis-JosephPapineau, à peine la moitié des 19 élèves
seront prêts à intégrer une classe ordinaire en septembre.
Ils viennent de partout: Mexique, Haïti, Russie,
République démocratique du Congo, Sri Lanka, Chine… Tous
les jours, la planète a rendez-vous dans la classe de Mme
Nasr.
Ils ont entre 12 et 17 ans. La plupart baragouine le
français. Certains passeront un an en classe d’accueil,
d’autres deux ans, certains trois. Même s’ils y restent
plusieurs mois, leur maîtrise du français reste limitée. «
La grande difficulté, c’est l’écriture », explique Mme
Nasr.
Six des douze classes d’accueil regroupent des élèves
sous-scolarisés qui accusent au moins trois ans de retard.
Plusieurs ne réussiront pas à décrocher leur diplôme
d’études secondaires. Ils vont grossir les rangs des
décrocheurs. Les statistiques sont impitoyables: un élève
qui entre au secondaire avec un an de retard a trois fois
moins de chances d’obtenir son diplôme. Imaginez trois
ans. « L’immigration a changé, dit la directrice adjointe,
Hélène Claing. Au début des années 2000, les immigrés
étaient plus scolarisés ; ils venaient notamment d’Europe
de l’Est. Aujourd’hui, ils proviennent surtout du Mexique
ou d’Haïti et ils sont souvent sous-scolarisés. »
Sous-scolarisés et pauvres. « Mes élèves n’aiment pas la
semaine de relâche, affirme un prof en classe d’accueil ,
Mohammed. Ils n’ont rien à faire et ils sont entassés dans
de petits logements. À l’école, ils mangent et ils ont des
amis. »
Steve danse sur un pied, puis sur l’autre pour se
réchauffer. Il est 8h15 et il fait froid. Il attend
l’ouverture des portes. Grand, corps athlétique, yeux
bleus. Il a 16 ans et il est en formation professionnelle.
Il veut devenir briqueteur.
« Quand j’étais petit, j’écoutais pas en classe, je
niaisais, avoue-t-il. – Que font tes parents? – Ils sont
morts. Les deux. – Comment? – Ma mère s’est pendue.
J’avais 9 ans. Mon père est mort d’un cancer quelques
années plus tard. »
C’est lui qui a découvert le corps de sa mère.
Un peu plus loin, Clément se dandine, la tuque enfoncée
sur la tête. Il ne tient jamais en place, toujours en
train de bouger. Il prend du Ritalin depuis des années. Il
est en cheminement particulier. Il a 14 ans.
« Ma mère veut que je sois mécanicien, mais moi, je veux
être joueur de sport. – Joueur de sport? – Ben oui, tu
joues pis tu gagnes des millions par année. – Et quel
sport t’intéresse ? – Football! Clément est petit, frêle,
ses longs cheveux blonds traînent sur ses épaules. Il vit
seul avec sa mère, qui a la sclérose en plaques.
Francis est à la cafétéria. Grand, grosses lunettes sur le
bout du nez, il attend le début des cours. Il a redoublé
sa troisième secondaire trois fois. Il a 17 ans.
–
Qu’est-ce que tu veux faire plus tard?
– Archéologue scientifique ou chimiste.
– Il faut que tu réussisses ton secondaire.
– Je le sais, je fais de mon mieux. Je vais aller aux
adultes s’il le faut. »
Son père est parti avant sa naissance, il ne l’a jamais
connu. Sa mère? « Elle est sur le BS, dit-il avec une
pointe d’agressivité. Elle est chiante, elle arrête pas de
gueuler. »
Les 13 classes de cheminement particulier de
Louis-JosephPapineau sont peuplées de Steve, de Clément et
de Francis. Des parcours difficiles, des retards scolaires
importants.
Christine Laniesse dirige sa classe de cheminement
particulier avec humour et fermeté. Clément fait partie de
son groupe. Elle enseigne plusieurs matières, dont
l’anglais. Les élèves passent la journée avec elle. Ils
sont en première secondaire.
Elle leur montre comment faire des phrases en anglais avec
des verbes au passé. Toutes les deux minutes, elle doit
rétablir le calme à coups de « Chut ! Youhou! Stop ! Hé!
Silence! »
Il y en a toujours un qui parle, quibouge, qui sedéplace
ou qui est affalé sur son pupitre. Clément est tellement
turbulent que Mme Laniesse finit par l’expulser.
« Qu’est-cequeçaveutdire, annoyed? demande-t-elle.
– Tu te fais noyer ? » répond un élève. Mme Laniesse
enseigne à LouisJoseph-Papineau depuis 18 ans. Pas
question d’aller ailleurs. Elle adore son école, elle
adore ses élèves. Mais à la fin de la journée, elle est
épuisée.
Tous ces jeunes ont peu de chances d’obtenir leur diplôme.
Là encore, les statistiques sont impitoyables : seulement
le tiers des élèves en cheminement particulier réussissent
à décrocher leur diplôme avant l’âge de 20 ans.
Steve, Clément, Francis. Ils sont là, les décrocheurs.
À John F.
Kennedy, la majorité s’accroche malgré tout - MICHÈLE
OUIMET
Deux écoles
secondaires publiques de Montréal : LouisJoseph-Papineau et
John F. Kennedy. Une francophone, une anglophone. Deux
écoles plantées au coeur d’un quartier dur, Saint-Michel.
Taux de décrochage : 58% à Louis-JosephPapineau, 28% à John
F. Kennedy
11h35, M. Muoio commence son cours dans le brouhaha. Il
enseigne l’anglais en première secondaire. Il a 18 élèves,
18 cas lourds: troubles du langage, dyslexie, syndrome de la
Tourette, handicap intellectuel, hyperactivité, troubles du
comportement...
John F. Kennedy a la réputation
d’être une école dure. Vingt-huit pour cent des jeunes qui
la fréquentent décrochent, mais 72% s’accrochent.
Les élèves en difficulté sont regroupés dans des classes
plus petites. Maximum 18 élèves. En principe. Mais en
réalité, les classes débordent.
Environ 20% des 670 élèves de l’école John F. Kennedy (JFK)
ont des problèmes graves d’apprentissage ou de comportement.
Ils sont inscrits en cheminement particulier.
« Chut ! CHUT ! » répète M. Muoio toutes les deux minutes.
La classe est agitée, c’est la dernière période avant le
dîner. Les élèves ne tiennent pas en place. Ils parlent,
bougent, poussent leur chaise qui racle le plancher avec un
bruit sourd, rient ou somnolent affalés sur leur bureau. M.
Muoio, qui a une voix de stentor, réussit à capter leur
attention quelques minutes. Pas plus. Mais ces quelques
minutes sont une victoire pour lui.
« On ne peut pas leur demander de rester assis et de lire du
Shakespeare, explique M. Muoio. J’ai trois élèves qui ont un
niveau de deuxième année du primaire. Ils ne pourraient pas
être dans une classe régulière, tout irait trop vite. »
JFK offre des classes de cheminement particulier en
première, deuxième et troisième secondaire. En quatrième et
cinquième, il n’y a que des groupes réguliers ou enrichis.
La plupart des élèves en difficulté ne sont pas prêts à
intégrer le régulier. Plusieurs échouent et grossissent les
rangs des décrocheurs.
Nathalie Cloutier, elle, enseigne les sciences en quatrième
secondaire. Un groupe régulier. Il fait chaud, le soleil
tape sur les toiles défraîchies qui ornent les fenêtres.
Pendant qu’elle a le dos tourné, les élèves parlent, se
lèvent ou regardent le plafond.
Au loin, une porte claque et une fille crie « You fucking
ass ! » Deux filles, assises dans le fond de la classe, se
lancent une bouteille vide pendant que Mme Cloutier écrit
une formule chimique au tableau. Une blonde trop maquillée
passe son temps à ricaner.
Imperturbable, Mme Cloutier poursuit son cours. Elle retient
l’attention d’une partie de ses élèves, la moitié peut-être.
C’est déjà beaucoup.
À l ’ étage supérieur, Joe Vitantonio n’a aucun problème de
discipline. Un simple regard cloue ses élèves dissipés sur
leur banc. M. Vitantonio a de la poigne, mais aussi un
groupe enrichi de mathématiques de quatrième secondaire. Les
« bolés » de l’école. Ici, il n’y a pas de décrocheurs.
M. Muoio, Mme Cloutier, M. Vitantonio. Trois univers, une
école, John F. Kennedy, située au coeur du quartier
Saint-Michel. Une école publique anglophone de la Commission
scolai re English Montreal qui se situe en queue de peloton
dans le palmarès de l’Institut économique de Montréal : 457e
sur 477, la 477e étant la plus faible. LouisJoseph-Papineau,
sa voisine francophone, est 434e.
JFK est une école à l’architecture classique : un long
couloir avec des classes de chaque côté dotées de grandes
fenêtres où le soleil entre à flots. Rien à voir avec
Louis-Joseph-Papineau, située dix coins de rue plus loin: un
bunker sans fenêtre planté dans un champ près du boulevard
Saint-Michel.
En apparence, les deux écoles sont semblables : réseau
public, quartier pauvre, aucune sélection de clientèle,
élèves faibles, atmosphère électrique. Dans les faits, un
abîme les sépare. Le taux de décrochage de
Louis-JosephPapineau est de 58%, celui de John F. Kennedy
plafonne à 28%.
Pourquoi ? Aucune idée, avouent les experts.
Natha l ie
Clout ier et Joe Vitantonio sont découragés. Ils enseignent
en quatrième secondaire et, pour la première fois de leur
carrière, ils héritent des enfants de la réforme.
Ces élèves pataugent dans la réforme depuis le primaire:
compétences transversales, bulletin descriptif où l’élève
n’est jamais comparé au reste de la classe, pédagogie par
projet, fin du redoublement.
« C’est la première fois que je vois des enfants aussi
perdus, affirme Nathalie Cloutier. Entre les élèves de
cinquième secondaire qui n’ont pas connu la réforme et ceux
de quatrième, c’est le jour et la nuit. Ils sont beaucoup
plus faibles, c ’est incroyable ! Il leur manque des notions
fondamentales. Quand j’ai vu ce que la réforme avait fait
d’eux, j’ai eu un choc. »
« Ils ont de la difficulté à résoudre des problèmes
mathématiques, dit Joe Vintantonio. Ils lisent mal et ils ne
comprennent pas une question dès qu’elle a trop de mots. Et
les mentalités ont changé depuis que le redoublement a été
éliminé. Les élèves se disent : "Pourquoi se forcer puisque,
de toute façon, on va passer." »
« J’ai des moyennes de 30%, je n’ai jamais vu ça, ajoute Mme
Cloutier. Les profs stressent. On veut que nos élèves
réussissent et obtiennent leur diplôme. On leur dit : " You
need to pass!" Ils nous répondent: "Oh! Relax man, relax!"
Si le ministère de l’Éducation ne baisse pas ses exigences
pour les examens de fin d’année, le taux d’échec va grimper
en flèche. »
Le taux d’échec et, forcément, le taux de décrochage.
La conseillère en orientation Betty Stamatakos est débordée.
Elle me montre son agenda. Les pages sont remplies d’une
écriture fine. Ce sont les noms des élèves qui veulent la
rencontrer.
« Ils ont des problèmes avec leurs parents ou leurs amis,
raconte-t-elle. Certains se font intimider. Ils sont anxieux
et ils n’ont pas confiance en eux. Ils ont besoin de parler.
C’est pour ça qu’il y en a tant qui viennent me voir. »
L’atmosphère est parfois électrique. Les élèves expulsés de
leur classe font la queue devant le bureau du directeur et,
le soir, la salle de retenue ( Detention Hall) est pleine à
craquer.
Le McDonald’s du coin en a jusque-là des élèves de JFK. «
Ils squattent le restaurant, se plaint le gérant adjoint,
Nicolas Goyette. La semaine dernière, il y a eu une grosse
bataille à l’extérieur, des Asiatiques contre des Italiens.
Certains avaient des barres de métal. »
« Avec leurs cellulaires, ils envoient des textos, explique
un surveillant, David. Dans le temps de le dire, 50 élèves
se retrouvent à l’extérieur de l’école, prêts à se battre. »
David a 31 ans. Il a travaillé plusieurs années à la DPJ.
Les ados de JFK ne lui font pas peur. Avec trois collègues,
il arpente les couloirs de l’école, un talkiewalkie dans les
poches. Il jette un oeil dans les classes et les toilettes
et va parfois faire un tour au McDo, histoire de calmer le
jeu quand les esprits s’échauffent.
« Nous sommes plus que des surveillants, précise David. On
tisse des liens avec les élèves, on leur enseigne la vie
dans les corridors. Ils pleurent parfois sur notre épaule.
On a toujours une boîte de Kleenex. »
« Je connais le nom des élèves, leur background, leurs
parents, poursuit un collègue de David, Dwight, un athlète
de six pieds six, ancien champion de basketball qui a
participé aux Jeux olympiques de Séoul en 1988. Un colosse
qui dépasse les élèves d’une bonne tête.
John F. Kennedy a la réputation d’être une école dure.
Vingt-huit pour cent des jeunes décrochent, mais 72%
s’accrochent. Ils le doivent un peu à David et Dwight.
L’école des marques - Nathalie Petrowski
Les
premières dix minutes des Enfants du palmarès, u n doc u
menta i re su r l’enthousiasme des Québécois pour
l’école privée, sont franchement insupportables, pour ne
pas dire indécentes.
On y voit et on y entend des parents se plaindre du
stress, de l’anxiété et de l’angoisse que leurs « pôvres
» enfants, petits rois nantis et bien nourris, vivent
lors des examens d’admission aux grandes écoles privées.
C’est d’ailleurs après avoir vécu ce stress avec son
fils Laurent que la réalisatrice Marie-Josée Cardinal,
fille de l’ex-ministre de l’Éducation Jean-Guy Cardinal,
a décidé d’explorer le sujet. N’empêche. Voir tous ces
gens de la petite bourgeoisie décapante ou de la
banlieue prospère prendre des airs de victimes, et
traiter d’inhumain un système qui invite à l’effort et
au dépassement, est affligeant.
Pourtant, Les enfants du palmarès, qui sera diffusé
demain à 19h à Canal D, est un film important. Parce
qu’il décrit magnifiquement bien l’état des choses dans
le Québec d’aujourd’hui. Son constat est simple et
brutal: les Québécois qui en ont les moyens, et même
ceux qui ne les ont pas, ne jurent plus que par l’école
privée, qui est devenue un symbole de statut social, un
gage de réussite, sinon le fantasme collectif d’un
avenir radieux assuré.
I
nversement, plus l’école privée prend du galon, plus
l’école publique est boudée, dépeuplée et perçue comme
usine sale, pauvre et pestiférée qui fabrique des
décrocheurs et des drogués à la chaîne. Or, le film de
Cardinal a le mérite de poser une question toute simple:
comment en sommesnous arrivés à cette vision manichéenne
qui ne tient pas toujours compte de la réalité ? Oui, c
’est vrai que l’école publique a de moins en moins de
moyens alors que l’école privée, qui encaisse aussi bien
les subventions du gouvernement (60 %) que le fric des
parents (40 %), nage dans le luxe avec ses gymnases
rutilants, ses locaux vastes et éclairés, ses
ordinateurs tout neufs.
Il n’en demeure pas moins que ces différences
matérielles ne font pas de meilleurs avocats,
architectes ou médecins. Selon des statistiques obtenues
par la réalisatrice, les étudiants qui réussissent le
mieux à l’université proviennent à parts égales du privé
et du public.
Alors, la question demeure : comment se fait-il que
l’école publique ait si mauvaise réputation et que
l’école privée soit si convoitée ? La réalisatrice
avance que le palmarès des écoles du magazine
L’actualité est en partie responsable du déséquilibre.
Peut-être, mais ce palmarès ne saurait à lui seul
expliquer le phénomène de société. Il y a forcément
autre chose. La prof d’une école alternative avance une
hypothèse qui offre un début de réponse. Avec la société
de consommation comme point d’ancrage, elle évoque «
l’esprit de magasinage» qui a envahi toutes les sphères
de la vie des Québécois. Surgit alors l’image de parents
qui magasinent des écoles comme ils magasinent des
marques. Comme ils ont peu d’enfants, ils veulent le
meilleur pour eux. Et comme ils ont plus d’argent, ils
magasinent les meilleures marques pour eux. Des marques
comme Brébeuf ou Jean-Eudes sont ainsi perçues comme la
Cadillac des écoles. Et tant mieux si l’admission y est
difficile et sélective. Plus la marque est inaccessible,
plus elle fait rêver ses clients.
Quant
aux enfants dans cette histoire, passifs et ballottés
par papa, mais surtout par maman qui pousse pour qu’ils
réussissent à tout prix leur vie, ces enfants font
figure d’écrans blancs sur lesquels leurs parents
névrosés projettent leurs propres ambitions. D’ailleurs,
si la plupart sont si stressés quand ils se tapent trois
examens d’admission dans la même fin de semaine, ce
n’est peut-être pas tant à cause des examens que des
attentes stressantes de leurs parents. Le film se
termine sur un ardent plaidoyer pour l’école publique,
parfois carrément miraculeuse pour les enfants,
allergiques à la performance à outrance du privé et qui
ont la vie devant eux pour se rattraper. Ce plaidoyer
est rafraîchissant à entendre. Il nous aide à
relativiser les choses et surtout à nous libérer du
navrant esprit de magasinage.
La guerre des chiffres est relancée
- André Duchesne
La
Fédération autonome de l’enseignement (FAE) a décidé de
profiter de la Semaine pour l’école publique pour relancer
la guerre des chiffres concernant le financement des
écoles privées.
La FAE estime qu’en mettant fin au financement public des
écoles privées, le gouvernement économiserait 86 millions
de dollars par an et 50% des jeunes fréquentant les
institutions privées du Québec retourneraient sur les
bancs publics. Cette hypothèse de 50% s’appuie sur ce qui
s’est passé en Ontario quand le financement des écoles
privées a été supprimé.
Mais on
ne peut comparer le Québec et le riche Ontario, estime la
Fédération des établissements d’enseignement privés du
Québec (FEEP). Selon son président, Jean-Marc St-Jacques,
un désengagement de l’État dans le privé se traduirait par
un exode beaucoup plus important que 50% des jeunes. Et,
comme les institutions publiques sont financées à 100% du
coût de formation et que le privé est subventionné à 60%,
plus le retour vers le public serait élevé, moins le
gouvernement ferait d’économies.
Au-delà des chiffres, le président de la FAE, Pierre
StGermain, souhaite récupérer une partie du financement du
privé qui irait au soutien des jeunes en difficulté. Selon
lui, l’école publique y gagnerait aussi en rapatriant dans
ses rangs de jeunes élèves talentueux qui serviraient de
modèles dans leur milieu.
Jean-Marc St-Jacques réplique que ce n’est pas en
s’attaquant aux écoles privées que les défenseurs du
système public vont résoudre leurs maux. « Dans certaines
régions du Québec, l’école privée offre une structure qui,
autrement, serait absente», dit-il.
Controverse à l’école Mont-Royal -
MARIE ALLARD
L’établissement public veut devenir une école internationale
sélective malgré l’opposition
EXCLUSIF
Comité de parents et syndicat d’enseignants s’opposent au
projet, qui écarte les élèves plus faibles ou incapables de
payer de 550$ à 750$ en frais annuels.
Pour concurrencer le privé et attirer l’élite, la commission
scolaire Marguerite-Bourgeoys veut transformer l’école
secondaire MontRoyal en école internationale. Déjà, 51
élèves y ont été refusés en première secondaire cette année
(seuls des groupes d’éducation internationale ont été
ouverts) et aucun ne sera admis en première et en deuxième
année l’an prochain, a appris La Presse.
Michelle Courchesne, la ministre de l’Éducation, n’a
pourtant pas encore approuvé le changement de statut de
l’établissement, qui soulève la controverse. « La demande
est présentement en traitement et aucune décision n’est
encore prise », a dit Pierre Noël, porte-parole du ministère
de l’Éducation, qui a reçu la requête fin avril. Comité de
parents et syndicat d’enseignants s’opposent au projet, qui
écarte les élèves plus faibles ou incapables de payer de
550$ à 750$ en frais annuels.
Cinquante pour cent des élèves de l’école secondaire
Mont-Royal sont nés hors du Canada, et la plupart n’habite
pas à MontRoyal. Jusqu’à cette année, quatre programmes leur
étaient offerts : le régulier, l’éducation internationale,
les classes avec appui (pour élèves en difficulté) et
l’accueil (pour les immigrés récents).
C’était une réussite : « Le taux de décrochage scolaire à
l’école secondaire Mont-Royal, même dans les classes
ordinaires ou de mesures d’appui, est nettement plus faible
que dans les autres écoles de milieu socioéconomique
comparable », lit-on dans un document adopté par le conseil
d’établissement le 4 février dernier.
Mieux desservir Mont-Royal
« L’école a décidé de se recentrer et de desservir les gens
de Mont-Royal, a expliqué Brigitte Gauvreau, porte-parole de
la commission scolaire MargueriteBourgeoys. Dans le désir de
mettre en place une école vouée à l’éducation
internationale, il y a aussi le désir de desservir la
communauté de Mont-Royal. »
C’est pour
cette raison qu’il n’y a que des classes internationales en
première secondaire cette année: des 51 candidatures au
secteur régulier, à peine cinq élèves venaient de
Mont-Royal, a précisé Mme Gauvreau. « Ce n’est pas assez
pour ouvrir une classe », a-t-elle dit. Le scénario va
sûrement se répéter l’an prochain, si bien que le régulier
ne sera plus offert que de la troisième à la cinquième
année. « Une école ne peut pas refuser des élèves réguliers
avant d’avoir obtenu son statut d’école particulière », a
pourtant affirmé M. Noël.
Les élèves réguliers ou faibles qui sont déjà à Mont-Royal
pourront y rester jusqu’à la fin de leur secondaire « en
autant que les services offerts » correspondent à leurs
besoins, lit-on dans un autre document adopté par le conseil
d’établissement. Or, la baisse du nombre d’élèves (liée à la
fermeture du programme régulier, disent les opposants au
projet) a entraîné un déficit de 140 000$. Des postes ont dû
être supprimés.
Selon les prévisions obtenues par La Presse, en devenant une
école entièrement internationale, MontRoyal ira chercher
48,2% de ses élèves parmi ceux de l’école SaintLaurent,
42,1% au privé et le reste dans d’autres écoles publiques
des alentours. Pour être sélectionnés, les élèves devront
réussir un examen d’admission et n’avoir aucun problème de
comportement.
Seul un tiers des parents favorables
À l’unanimité, le Comité central des parents de
Marguerite-Bourgeoys s’est opposé au projet, le 30 avril. «
Nous avons l’obligation de représenter l’ensemble des
parents, et seul un tiers sont favorables », a expliqué
Jocelyne Bénard, présidente du comité. Seulement 247 parents
de l’école (de 760 élèves) ont signé la lettre d’appui au
changement de vocation. Le Syndicat de l’enseignement de
l’Ouest de Montréal s’est aussi « prononcé en défaveur », a
dit Andrée Aubut, sa présidente.
Quant aux enseignants, ils sont partagés. Certains jugent le
projet élitiste, discriminatoire et cavalier, tandis que
d’autres y voient la possibilité d’offrir de l’excellence
dans le secteur public et de concurrencer le privé.
Le conseil des commissaires de Marguerite-Bourgeoys se
prononcera à nouveau sur le projet le 29 juin, a indiqué Mme
Gauvreau. Déjà, le 10 mars dernier, le conseil avait adopté
un « avis d’intention » demandant à la ministre Courchesne
d’approuver la transformation de Mont-Royal en école
internationale à partir « du 1er juillet 2009 ».
REPRODUIRE LE SUCCÈS DE SAINT-LOUIS
La commission scolaire MargueriteBourgeoys, qui couvre
l’ouest de l’île de Montréal, a déjà une école secondaire
exclusivement internationale : le collège Saint-Louis à
Lachine. Forte d’une excellente réputation, cette école
publique élitiste refuse des centaines de candidats chaque
année. Si elle devient aussi internationale, l’école
Mont-Royal propose que le collège Saint-Louis et elle aient
chacune un territoire distinct.
L’école dans tous ses états - MICHÈLE OUIMET
« Aucune
école, y compris les écoles internationales, ne peut
exiger des frais annuels pour des services réguliers
d’enseignement », a répondu Pierre Noël, le responsable
des relations avec la presse au ministère de l’Éducation.
Encore une école internationale. À partir de juillet,
Mont-Royal, une école secondaire publique située dans
l’arrondissement de Mont-Royal, va changer de vocation et
devenir internationale. Au menu: sélection féroce des
élèves et imposition de droits de scolarité annuels
variant entre 550 $ et 750$.
« Pas des droits de scolarité, mais une contribution
financière demandée aux parents », a précisé la
porte-parole de la commission scolaire
Marguerite-Bourgeoys, Brigitte Gauvreau.
Cette précaution oratoire ne change rien à la réalité:
exiger de tels frais est illégal. L’école publique est
gratuite, point à la ligne. L’article 3 de la Loi sur
l’instruction publique est clair : « Tout résident du
Québec a droit à la gratuité des services éducatifs. »
Ce n’est pas illégal, car les parents font un choix, a
répliqué la commission scolaire. S’ils ne veulent pas
payer, ils n’ont qu’à inscrire leur enfant au secteur
régulier. Faux. J’ai posé la question au ministère de
l’Éducation. La réponse ne laisse place à aucune
ambiguïté: « Aucune école, y compris les écoles
internationales, ne peut exiger des frais annuels pour des
services réguliers d’enseignement », a répondu Pierre
Noël, le responsable des relations avec la presse.
Les parents qui ont payé des droits de scolarité pour
inscrire leur enfant dans une école intersolutions :
multiplier les écoles à vocation particulière : musique,
sport, arts, etc., sans oublier les écoles
internationales, qui, elles, recrutent les meilleurs
élèves, la crème de la crème.
Selon le CSE, le Québec comptait 93 écoles secondaires
internationales en 2005-2006, la plupart dans le secteur
public. Combien exigent une « contribution financière » ?
Le Ministère l’ignore. Le président de la société qui
regroupe les écoles internationales aussi.
En juin 1992, le principe de la gratuité a été inscrit
dans la Loi sur l’instruction publique. Les articles 256.1
et 258 stipulaient que « tout service d’enseignement qui
se donne entre le premier et le dernier jour du calendrier
scolaire doit être gratuit ». clarifiés. Ils précisent
notamment que le matériel didactique doit être gratuit.
Articles 7 et 230.
La notion de matériel didactique est large: « Lorsqu’un
objet est soit spécialisé, soit coûteux, et, dans tous les
cas, requis pour un cours spécifique ou un programme
précis, il s’agit nécessairement de matériel didactique
qui doit être fourni gratuitement par la commission
scolaire, sinon cet objet ne peut être que facultatif*. »
Est-ce que cette définition inclut les instruments de
musique, l’équipement sportif ou tout autre matériel que
les parents paient de leur poche ?
« Si les enfants sont inscrits dans un programme enrichi,
c’est le choix des parents. Il y a nationale pourront-ils
demander un remboursement?
« Je ne
peux pas répondre à cette question », a dit Pierre Noël.
Dans un avis publié en avril 2007, le Conseil supérieur de
l’éducation (CSE) a fait le tour des écoles à vocation
particulière, dont le nombre a explosé depuis une
vingtaine d’années. Les écoles publiques cherchent
désespérément une façon de concurrencer le privé. Une des
En 1994, un groupe de parents a décidé de ne plus payer
les frais de 500$ exigés par une école internationale de
la défunte CECM. Devant le bras de fer qui opposait les
parents à la commission scolaire, le Ministère a consulté
ses avocats. Conclusion: l’école a agi dans l’illégalité.
En 1997, le gouvernement a adopté une nouvelle Loi sur
l’instruction publique. Les articles touchant la gratuité
ont été donc des coûts qui s’ajoutent », a répondu M.
Noël.
N’empêche, la loi est limpide : le matériel doit être
gratuit . Pourquoi les parents doivent-ils payer ?
Pour concurrencer le privé, l’école publique est prête à
tout, ou presque, même à brader ses principes. Comment la
blâmer? Le privé la gruge de plus en plus. La situation
est particulièrement aiguë à Montréal.
En 1995, 24% des élèves de Montréal f réquentaient une
école privée. Dix ans plus tard, ce chiffre avait grimpé à
31%. Un élève sur trois, comparativement à un sur quatre
dans les années 90.
Le public essaie de se battre avec les armes du privé pour
conserver ses bons élèves : multiplication des projets à
vocation particulière, sélection des plus doués dans des
programmes d’élite… et imposition de droits de scolarité.
Cette course effrénée à la clientèle entraîne des dérives.
Le système d’éducation est schizophrène, écartelé entre le
privé, lourdement subventionné par l’État, et le public,
de plus en plus affaibli par le privé.
Il y a quelque chose de pourri dans le royaume de
l’éducation. La solution passe par l’abolition des
subventions au privé, mais le sujet est tabou. L’immense
majorité des pol iticiens refuse de soulever cette
question. Mais pendant que Québec se met la tête dans le
sable, le système, lui, devient de plus en plus
schizophrène. * Groupe de travail sur les frais exigés des
parents. Ministère de l’Éducation, août 2004.
Les écoles privées réclament plus d’argent
- Marie Allard
Pour
accueillir davantage d’élèves en difficulté, les
écoles privées demandent plus d’argent de Québec. Dans
un mémoire présenté à la ministre de l’Éducation
obtenu par La Presse, la Fédération des établissements
d’enseignement privés (FEEP) fait valoir que la moitié
de ses 182 membres comptent plus de 5% d’élèves en
retard scolaire en 4e secondaire. Cela ne leur donne
droit à aucune subvention spéciale, déplore-t-elle.
Actuellement, seuls les collèges privés comptant 10 %
ou plus d’élèves en retard y ont droit. « On peut
comprendre qu’à défaut de pouvoir atteindre rapidement
le seuil requis pour être admissibles à l’aide
financière d’appoint, ils veuillent en limiter le
nombre pour le moment », lit-on dans le mémoire.
Un
financement accru est aussi demandé pour les 23
pensionnats du Québec, « une solution de remplacement
beaucoup moins coûteuse pour les services publics que
la famille d’accueil », selon la FEEP. Une nouvelle
allocation pour réduire la taille des classes – tel
que proposé au primaire public par le gouvernement –
est aussi réclamée. Enfin, au moins trois écoles
privées (comptant un taux d’élèves en retard égal ou
supérieur à la moyenne du Québec) devraient avoir
droit au financement d’Agir autrement, plaide la
Fédération.
Le taux de persévérance de la 1re à la 5e secondaire
des élèves fréquentant le réseau privé atteint 73,3 %,
comparativement à 67 % six ans plus tôt (MELS, juin
2008).
Le choix du privé - NATHALIE COLLARD
Les
subventions accordées par Hydro-Québec à des
établissements d’enseignement privé ont réanimé le
débat école publique-école privée.
Une des premières à sauter dans l’arène aura été la
nouvelle présidente de la Fédération des commissions
scolaires du Québec (FCSQ), Josée Bouchard. Cette
dernière a profité de la controverse pour rappeler à
quel point il est crucial de faire la promotion du
système public. Personne ne la contredira sur cette
question. On ne redira jamais assez l’importance pour
le Québec d’avoir un excellent réseau d‘écoles
publiques.
Si nous sommes d’accord avec le constat de Mme
Bouchard, nous le sommes beaucoup moins avec son
analyse, cependant. Selon elle, les parents québécois
choisiraient l’école privée pour une question d’image.
«Nous vivons dans une société de consommation et si
les parents choisissent l’école privée, c’est parce
qu’elle est un symbole de leur réussite matérielle.
Ils veulent montrer qu’ils ont réussi dans la vie.»
Cette
analyse est non seulement simpliste, elle frôle le
mépris pour tous ces parents qui se serrent la
ceinture en voulant offrir à leurs enfants ce qu’ils
jugent être la meilleure éducation possible.
Bien sûr qu’il existe d’excellentes écoles publiques,
au même titre qu’on trouve aussi de moins bonnes
écoles privées. Mais le fait est que bien des parents
issus de la classe moyenne, las des essaiserreurs du
réseau public, du ratio élève-enseignant trop élevé
ainsi que du manque d’encadrement, font le choix du
privé.
Bon nombre d’entre eux ne sont pas riches. Ils font
partie de la classe moyenne, paient le maximum
d’impôts ainsi que leurs taxes scolaires qui servent à
financer le réseau public. Mais ils décident malgré
tout de débourser quelques milliers de dollars
supplémentaires pour envoyer leur enfant au privé.
Parmi eux, bon nombre ne roulent pas sur l’or et
nombreux sont ceux qui rognent dans les dépenses et se
privent de vacances pour que leur enfant fréquente une
bonne école. Non pas pour épater les voisins mais
plutôt parce qu’ils font de l’éducation une priorité.
Et qu’ils souhaitent offrir à leurs enfants un milieu
stimulant où le mot excellence (et non pas
performance, la nuance est importante) n’est pas une
insulte ou un mot tabou.
Ces parents seraient sans doute enchantés de mettre
cet argent dans leurs poches et d’envoyer leur enfant
à l’école publique si on pouvait leur garantir un
aussi bon encadrement, des enseignants ayant la
réputation d’être motivés et motivants ainsi qu’un
cadre d’apprentissage stimulant. Pour l’instant, ils
ont perdu confiance. Et ce n’est pas en les jugeant
qu’on les fera revenir sur leur position. La mauvaise
réputation de l’école publique s’appuie sur des
perceptions, c’est vrai. Mais elle s’appuie également
sur de nombreux faits. Si on veut rétablir la
confiance des parents à l’endroit du réseau public,
qu’on commence par l’améliorer plutôt que blâmer ceux
qui ont choisi l’école privée.
LE PRIVÉ OU LE PUBLIC ? Un choix de société
L’éditorial
de
Nathalie Collard, intitulé « Le choix du privé », qui a
été publié samedi dernier, nous a valu des dizaines de
courriels de lecteurs. Parents et enseignants, soucieux
de l’éducation de leurs enfants et élèves, nous ont fait
parvenir leurs réactions, fort partagées, sur la
question de l’école publique et de l’école privée.
Tous les parents, sinon la majorité, veulent améliorer
leur sort et offrir la meilleure éducation possible à
leurs enfants. Et aussi afficher leur réussite
matérielle ! Envoyer un enfant à l’école privée semble
donc une excellente façon de faire tout cela. C’est un
symbole très visible de réussite sociale. C’est aussi
beaucoup une question d’image.
Quand vient le moment de choisir
une école pour leurs enfants, de nombreux parents sont
partagés entre le système public ou le système privé.
Quant au fait de se serrer la ceinture, il est
remarquable de constater la très forte corrélation, dans
les palmarès publiés dans le magazine L’actualité, entre
le classement des écoles secondaires et le revenu des
familles : plus l’école a un rang élevé, plus le revenu
familial est élevé ! Alors, ne mettons pas trop l’accent
sur le fait que des familles se serrent la ceinture dans
ce débat ! Si je peux me permettre de caricaturer la
situation : les gens aisés envoient leurs enfants à
l’école privée, et les gens qui voudraient être aisés
envoient aussi leurs enfants à l’école privée, dans un
souci de réussir leur ascension sociale et de devenir ou
paraître aisés (ce qui est tout à fait normal et
justifié, soit dit en passant).
En attendant que le réseau des écoles publiques
s’améliore, les gens n’auraient vraiment d’autre choix
que d’envoyer leurs enfants à l’école privée ? Alors,
que font donc tous ces gens pour améliorer l’école
publique ? Rien ! Comment s’impliquent-ils pour
améliorer ce réseau? Aucunement!
Ma
femme et moi sommes tous deux professionnels, nous
gagnons plutôt bien nos vies. Nous vivons dans un
milieu relativement aisé, entourés d’un ensemble
d’écoles privées de très bonne qualité (en
Montérégie). Mais nous avons choisi sciemment
d’envoyer nos enfants à l’école publique du quartier,
à la fois parce que cette école est de bonne qualité,
et aussi comme choix de société, voulant favoriser et
encourager le secteur public, avec ses qualités et ses
défauts.
Nous voulions agir de l’intérieur, en participant,
plutôt qu’agir comme spectateur, de l’extérieur, qui
attend que quelqu’un d’autre s’occupe d’améliorer le
secteur public.
Nous n’avons pas regretté ce choix, ni nos enfants
d’ailleurs. Par contre, il est intéressant de noter
que nous nous sommes souvent sentis obligés de
justifier ce choix étrange, auprès de voisins et
connaissances, dans notre milieu aisé. Quel gaspillage
éhonté de talents ! Comment oser jeter des enfants
dans un milieu où il n’y a tellement pas
d’encadrements (n’est-ce pas?, selon des parents qui
n’ont jamais mis les pieds dans ce dangereux milieu)?
Il y a de la place pour les deux réseaux, et je suis
fortement en faveur du secteur public. Et si on veut
vraiment améliorer la société et offrir le vrai
meilleur choix possible à tous les enfants, il est
essentiel d’améliorer le réseau public.
Des miracles avec des riens
J’oeuvre à titre d’enseignante depuis plus de 10
ans. Les enseignants que je côtoie dans le secteur
public font des pieds et des mains pour rendre leurs
cours intéressants et pour motiver leurs élèves. Ils
sont engagés, ils ne comptent pas les heures passées à
l’école pour terminer des projets ou pour soutenir
leurs élèves. Parfois, ils payent eux-mêmes le
matériel nécessaire à leurs cours. Effectivement, les
enseignants sont démotivés dans les écoles publiques,
mais pas par leur enseignement. Ils sont démotivés de
voir chaque année leur classe remplie au maximum et
d’avoir des élèves en difficultés, sans services pour
les soutenir. Ils sont démotivés de voir les budgets
coupés année après année, de se demander où ils
devront couper l’an prochain (technicien en
informatique, psychoéducation, bibliothécaire…) et
comment ils pourront faire davantage avec moins. Ce
qui manque incontestablement à l’école publique, c’est
le financement. Sa mauvaise réputation ne
provient-elle pas des médias, qui publient des
palmarès où les écoles publiques et les écoles privées
rivalisent ? C’est David contre Goliath ! Si des
journalistes prenaient le temps de visiter quelques
écoles publiques, ils se rendraient compte à quel
point les enseignants du secteur public font des
miracles avec des riens.
Plus stimulant
Les deux filles de ma conjointe sont allées au
privé au secondaire, non pas parce que ça faisait
«chic», mais bien parce que le milieu est beaucoup
plus stimulant, les professeurs connaissent mieux les
jeunes et les étudiants sont beaucoup plus encadrés.
Je ne dis pas que certaines écoles publiques ne
peuvent pas s’approcher de la qualité du privé ; c’est
d’ailleurs pourquoi notre plus vieille fréquente le
cégep Bois-de-Boulogne, car nous y avons retrouvé un
peu le même genre d’encadrement et de services qu’au
privé. Jamais, au grand jamais, nous n’avons indiqué
dans notre c.v. que nos filles allaient dans un
collège privé ou encore mentionné à tous ceux qu’on
rencontrait que nos filles fréquentaient le privé. On
n’est pas si imbéciles que ça. Tout ce que nous
voulions, c’était le bien-être de nos enfants, en leur
fournissant ce que nous croyions, à l’époque, être les
meilleurs outils disponibles sur le marché. C’est beau
de tirer des roches sur le privé mais il faudrait
peut-être qu’on regarde tout ce qui peut être amélioré
dans notre système public.
Pour le sport
Je
suis papa de deux garçons de 11 et 14 ans. Deux
sportifs qui ont des valeurs extraordinaires mais
pour qui l’école publique ne colle pas, en raison du
programme offert. Eux, ils veulent bouger ! C’est
pourquoi nous payons des milliers de dollars au
privé. Le nouveau Collège Boisbriand nous promet que
nos garçons feront 90 minutes de sport par jour et
que les devoirs se feront à l’école. Au retour de
l’école, nous aurons la possibilité de passer du
temps en famille... On est loin de vouloir épater
les voisins ! On veut juste que nos garçons
terminent avec succès leur secondaire et en santé !
Toutes les clientèles
La
réalité est que le réseau public doit composer avec
tous les élèves et toutes les clientèles, de
l’enfant démuni à celui qui présente un trouble
d’apprentissage ou de comportement. Combien sont-ils
dans les écoles privées ? Si on vous disait qu’un
hôpital n’accepte aucun cas lourd, diriez-vous que
cet hôpital est meilleur que les autres ? Si le
choix du privé est légitime dans l’état actuel des
choses, il ne faudrait pas oublier que c’est sa
clientèle qui en fait son « succès » : prétendre le
contraire serait faire preuve d’aveuglement
volontaire.
30 % moins cher
J’ai
enseigné 8 ans au public et j’ai terminé ma carrière
au privé où j’ai oeuvré pendant 24 ans. Les parents
qui décident d’envoyer leurs enfants au privé ne
sont pas les plus démunis, c’est vrai, mais une
large majorité d’entre eux ne sont pas des richards
non plus et doivent comprimer leur niveau de vie
pour permettre à leurs enfants d’acquérir une bonne
éducation. Malgré les subventions, un enfant qui va
au privé ne coûte au gouvernement qu’environ 70% de
ce que lui coûte un enfant au public. Le
gouvernement a-t-il les moyens de couper les
subventions au privé pour se retrouver avec
plusieurs milliers de nouveaux élèves au public qui
lui coûteront 30 % de plus, chaque année?
Compétition
inégale
Mon mari a longtemps été directeur d’école et nos
trois filles travaillent dans le domaine de
l’enseignement public depuis de nombreuses années.
Les enseignants et les directeurs au public doivent
faire face à des difficultés pour accomplir leur
travail : des classes amputées des éléments les plus
forts, la disette du matériel scolaire, les services
aux étudiants déficitaires et plus encore. Ce n’est
pas toujours un choix des parents que d’envoyer
leurs enfants au public. Il arrive très souvent que
des enfants ne présentant aucun problème de
discipline soient refusés parce qu’ils ne
réussissent pas les examens d’entrée. Le monde n’est
pas partagé entre les intelligents et les « caves ».
Tout le monde sait que l’enseignement au privé est
mieux reconnu. Si les mêmes conditions prévalaient
au public, les écoles privées ne se multiplieraient
pas au rythme effréné que nous connaissons depuis
quelques années.
Des millions au privé, des miettes au public
- Karim Benassaieh
Les
écoles publ iques ont beau avoir décidé de plonger
dans le monde des fondations et des dons de charité,
elles ne sont souvent que de bien petits poissons.
À la lecture des rapports financiers, on est en effet
f rappé pa r les cont r a s - tes entre les gros
joueurs, comme les réputés collèges pr ivés , et les
écoles publiques , pr i ma i res ou secondaires. La
Fondation du patrimoine de Jean-deBrébeuf, par
exemple, a redonné 700 000 $ l’an dernier à
l’établissement. Elle dispose de 10,3 millions en
placements à long terme qui lui ont rapporté 472 000$
en 2008 en revenus d’intérêts et de placement. On
ignore quelle est la somme des dons déductibles
d’impôts reçus par l’institution – qui n’a pas
retourné les appels de La Presse à ce sujet.
Même
succès du côté du collège Notre-Dame, qui a reçu 1,6
million en dons déductibles d’impôts en 2008. Le
collège Jean-Eudes, quant à lui, a reçu 1,9 million en
dons permettant de recevoir un reçu d’impôts.
À l’autre bout du spectre, une fondation comme celle
de la Commission scolaire de Montréal, qui redistribue
les dons à plus de 200 écoles et centres de formation
de l’île, n’a recueilli que 167 185 $ en dons en 2008.
Une petite école typique du centre-ville de Montréal
comme LouisHippolyte-Lafontaine, qui a enregistré sa
fondation en 1995, a récolté 23 157$ grâce à des
activités de financement. Et la part de dons
déductibles d’impôts ? 2650 $.
Hydro-Québec se fixe des règles -
Isabelle Audet & Catherine Handfield
Plongée dans la controverse à la suite de subventions
accordées à des collèges privés, HydroQuébec se dote
d’une Politique d’octroi des dons et des commandites.
L’entreprise espère ainsi clarifier le processus et
empêcher toute nouvelle polémique.Nathalie Normandeau, ministre
des Ressources naturelles, a pressé Hydro-Québec de
revoir ses orientations à propos des commandites.
Dans un document de huit pages en vigueur le 8
septembre, la société d’État s’engage à n’accepter
aucune demande d’institutions d’enseignement privées
du primaire, du secondaire et du collégial, ni d’un
établissement situé à l’extérieur du Québec.
«Il n’y aura pas de subventions dans le privé, ça
c’est clair», a répété à plusieurs reprises Marc-Brian
Chamberland, chef des affaires publiques chez
Hydro-Québec.
L’entreprise a fixé une série de critères «
d’exclusion » qui feront en sorte qu’un organisme ou
une institution ne pourra pas, à l’avenir, profiter
d’une subvention.
Autre nouveauté : chaque fois qu’un dirigeant
d’HydroQuébec se trouve en situation de conflit
d’intérêts, l’attribution d’une subvention passera
directement par le conseil d’administration de la
société d’État. « Peu importe le montant, même si
c’est 50$, ça passera au CA», précise M. Chamberland,
ajoutant que tous les dirigeants d ’ Hyd ro - Q uébe c
doivent remplir une déclaration d’intérêts.
Hydro-Québec promet aussi de publier sur son site web
le nom des organismes bénéficiaires de ses
contributions.
C ’e s t la ministre des Ressou rces nat u rel les du
Québec, Nathalie Normandeau, qui a pressé Hydro-Québec
de revoir ses orientations à propos des commandites. «
Je suis heureuse de constater que les priorités en
matière d’éducation sont orientées vers les services
publics», a-t-elle déclaré après avoir consulté le
document.
Hydro-Québec s’est retrouvée au coeur de cette
controverse quand La Presse a révélé l’attribution de
250 000$ à la Fondation du collège NotreDame. Or, le
président-directeur général d’Hydro-Québec, Thierry
Vandal, est président du conseil de ce collège privé
de Montréal.
Réactions mitigées
Le président de la Fédération autonome de
l’enseignement, Pierre St-Germain, s’est réjoui de
cette «volte-face» d’HydroQuébec. «C’est une victoire
de la population face à l’arrogance d’une grosse
institution qui vient de réaliser qu’elle a commis une
grave erreur en agissant de la sorte», dit-il.
Mais la victoire n’est que partielle, estime M.
St-Germain, pu isque le problème du sous-financement
des écoles publiques, lui, reste entier. Il se
questionne par ailleurs sur l’intention d’Hydro-Québec
de contribuer aux campagnes de financement des
établissements publics secondaires et collégiaux.
« Hydro-Québec est mal placée pour juger quelle école
publique est plus méritante qu’une autre», a-t-il dit,
proposant que la société d’État verse ses redevances
au gouvernement, qui, lui, verrait à les redistribuer
dans les services publics.
La nouvelle politique d’Hydro aura-t-elle un impact
sur les écoles privées? Pas vraiment, estime Auguste
Servant, directeur des communications de la Fédération
des établissements d’enseignement privés. «Il est
exceptionnel qu’un organisme public contribue aux
fondations des institutions privées», dit-il.
Cependa nt , la déc ision d’Hydro-Québec pourrait
inciter d’autres organismes à revoir leurs critères de
dons aux écoles privées, ce qui pourrait
éventuellement affecter l’ensemble des dons offerts
aux établissements privés, selon Auguste Servant.
Le porte-parole de l’opposition officielle en matière
d’énergie et de jeunesse, Sylvain Gaudreault,
s’interroge pour sa part sur le mutisme de Thierry
Vandal dans ce dossier. « Je n’en démords pas, c’est
une suite inacceptable de faux pas, a-t-il répété à La
Presse. Tout cela fait que, malgré cette politique, M.
Vandal ne peut plus être PDG d’Hydro-Québec.»
LES «EXCLUSIONS»
Dans
sa Politique, Hydro-Québec précise qu’un don ou une
commandite ne peut être accordé à: > Un organisme
dont la situation
financière est préoccupante. > Un projet qui ne
satisfait pas aux secteurs dans lesquels HydroQuébec
veut s’impliquer. > Un projet d’une institution
d’enseignement privée du primaire, du secondaire ou du
collégial, ou d’une fondation associée à une telle
institution. > Une institution d’enseignement
située
à
l’extérieur du Québec. > Un projet voué à une cause
politique
ou religieuse. > Un projet déjà soutenu par
Centraide. > Un organisme qui soutient une seule
personne ou la réalisation d’un projet personnel. >
Un projet qui vise à soutenir la
production d’un produit. Hydro-Québec a choisi de
s’impliquer dans les domaines de la culture, des
sciences, de l’environnement, du sport, de la santé,
de l’éducation, des causes humanitaires et auprès de
ses «partenaires socio-économiques» en région. L’an
dernier, 1500 organismes ont bénéficié de dons ou de
commandites, pour un total de 25,9 millions. Au total,
la société d’État avait reçu environ 3000 demandes.
La faute de Thierry Vandal - MICHÈLE
OUIMET
Thierry Vandal a manqué de jugement en acceptant
qu’Hydro-Québec verse 450 000$ à deux écoles privées
qu’il a fréquentées, Notre-Dame et Brébeuf.
Un manque de jugement renversant de la part d’un homme
qui gère une société d ’ État dont les revenus annuels
frisent les 13 milliards par année.
M. Vandal s’est-il placé en conf lit d’intérêts ? Oui,
même s’il n’a enfreint aucune loi. I l préside le
consei l d’administration de NotreDame. Il aurait dû
éviter de lui donner de l’argent. C’est une évidence.
Hydro reçoit 2000 demandes de dons et de commandites
par année. Un comité effectue un tri, puis achemine
les dossiers à un deuxième comité composé de quatre
personnes, dont Thierry Vandal.
Lorsque ce comité a décidé de verser 250 000 $ à
NotreDame, M. Vandal s’est retiré. Les règles
d’éthique sont de véritables passoires. Il suffit de
se retirer et hop! Le conflit d’intérêts est effacé.
Trop facile. En se retirant, M. Vandal a implicitement
admis qu’il se plaçait dans une situation délicate.
Hydro
affirme qu’elle a des critères pour distribuer les 25
millions qu’elle verse chaque année en dons et
commandites. Sauf que ces critères se résument à une
longue liste d’organismes regroupée dans un document
d’une soixantaine de pages. Point final.
L’argent devait permettre à Notre-Dame d’améliorer ses
installations sportives. Pourtant, en 2007, le
ministère de l’Éducation a donné 800 000$ au collège
pour aménager un terrain de soccerfootball. Notre-Dame
n’avait pas besoin des 250 000$ d’Hydro. Une autre
évidence.
Hydro s’est défendue en disant que l’argent allait
permettre aux j eunes de Côte-des-Neiges d’utiliser
les installations du collège. C’est vraiment n’importe
quoi . Notre-Dame devrait déjà laisser les petits culs
du quartier jouer dans sa cour l’été puisqu’il est
financé à 60% par l’État depuis des lustres.
Si Hydro veut aider les jeunes, qu’elle verse
directement l’argent à des organismes communautaires
du quartier. Pas besoin de passer par Notre-Dame.
Aucune école publ ique n’a reçu un don d’Hydro.
Pourtant, elles en auraient drôlement besoin. En
juillet, le ministère de l’Éducation a sorti les
nouveaux indices de défavorisation. La clientèle de la
Commission scolaire de Montréal (CSDM) s’est
Stopper l’ingérence d’Hydro
Hydro-Québec a pour mission de développer l
’énergie, de gérer adéquatement cette industrie et
de remettre ses profits au gouvernement. De quel
droit peut-elle décider d’utiliser ses bénéfices
(l’argent des contribuables) pour subventionner le
collège Notre-Dame, ou l’hôpital Sainte-Justine, ou
l’OSM, ou l e Conference Board ? De quel droit les
dirigeants de ces entreprises peuvent-ils utiliser
mon argent et décider que ces organismes ne sont pas
suffisamment subventionnés par les ministères qui en
sont responsables ? HydroQuébec, Loto-Québec, et la
SAQ devraient s’en tenir à l eur mission respective,
et l es différents ministères ne devraient pas
permettre à ces sociétés de s’ingérer dans leurs
secteurs d’activités. C’est une simple question de
transparence et de saine gestion.
Hydro-Québec doit-elle se
concentrer sur sa mission première, l’énergie,
comme le suggèrent de nombreux lecteurs ?
Directement par l’État
Je
n’aime pas voir des dirigeants d’entreprise
appartenant à l’État se servir de celle-ci pour
favoriser des institutions ou des causes qui leur
sont importantes. Qu’ils utilisent leur propre
argent pour cela. Selon moi, c’est un peu détourner
les fonds publics au profit d’institutions qui ne
bénéficient qu’à seulement une petite partie de la
population. Si une école ou un festival a besoin
d’une subvention additionnelle, je préférerais que
les sommes versées proviennent directement de l’État
et que la demande soit ainsi soumise à un processus
normal d’adjudication.
Donnez plutôt à mon école
Puisque MM. Thierry Vandal et Raymond Bachand
semblent avoir autant d’argent à dépenser, je les
inviterais à faire la visite de mon école publique qui,
même si les murs menacent carrément de tomber, figure
parmi les meilleures écoles du Québec. Pourquoi donner à
des écoles qui ne savent plus où mettre leur terrain de
football alors que d’autres n’ont que trois interphones
fonctionnels pour 700 élèves ?
Quelle portion de ma facture ?
Pendant 10 ans, j’ai administré l’Orchestre
symphonique des jeunes de Montréal (OSJM). Nous
avons fait deux tournées de concerts en Gaspésie,
une en Grèce, une autre en France. Pour ces
réalisations, il faut de l’argent. Les parents de
nos musiciens étaient nos plus gros bailleurs de
fonds. Des commandites lors d’activités de
financement ou des dons corporatifs comblaient le
manque à gagner. Je suis d’accord à ce que tant les
entreprises privées que les entreprises publiques
participent au financement de la vie culturelle et
artistique de la société québécoise. Dans le débat
actuel, il n’y a qu’un seul problème: c’est celui de
ne pas savoir quel pourcentage de mon paiement
mensuel d’électricité va au service public qu’on
m’offre et quel pourcentage va au financement des
activités culturelles. Pourquoi la transparence
administrative ne se manifeste-t-elle pas au
quotidien de la prise des décisions qui affectent la
gestion financière de chaque citoyen, et ce, dans la
perspective d’un comportement éthique avant tout? La
transparence a sans doute bien meilleur goût avant
l’agir plutôt qu’après.
Des règles à changer
Thierry Vandal n’a pas à être mis à la porte pour
ses erreurs de jugement sur les commandites. On lui
a donné un portefeuille quasi discrétionnaire et il
en a usé à sa discrétion, pour des causes qui ne
sont ni mauvaises ni profitables pour lui-même.
Toutefois, il faut changer les règles des
commandites d’Hydro-Québec. Cet organisme occupant
un monopole n’a pas d’amis à aller chercher au
Québec et l’argent qu’il gagne n’est pas le sien
mais le nôtre, celui du gouvernement. Si un
organisme quelconque a une assez bonne cause, qu’il
fasse comme tous les autres, trouver des subventions
gouvernementales qui sont disponibles équitablement
à tous, faire appel au public ou se trouver des
commanditaires commerciaux qui ont quelque chose à
gagner à bien faire paraître leur boîte.
Hydro-Québec désamorce une éventuelle
controverse - André Noël
Le
Collège Jean-de-Brébeuf renonce à une contribution de
200 000$ de la société d’État
Fin 2008, Hydro-Québec a décidé de donner 200 000$ au
Collège Brébeuf. Le PDG d’Hydro, Thierry Vandal, diplômé
de cet établissement, a participé à la décision. Devant
le risque d’une controverse, ce collège privé vient de
renoncer à la contribution. De son côté, Hydro-Québec
annonce qu’elle ne fera plus de dons à des écoles
privées.
Hier matin, La Presse a posé une série de questions à la
société d’État et au Collège Jean-de-Brébeuf sur cette
nouvelle contribution. Au cours de l’après-midi, les
deux ont publié des communiqués.
Le Collège Brébeuf, un établissement d’enseignement
secondaire et collégial de Montréal, a décidé de
renoncer à ces 200 000$ en raison de la controverse
provoquée par une contribution similaire au Collège
Notre-Dame, a indiqué le directeur des ressources
humaines de Brébeuf, Russell Flanagan. Une somme déjà
reçue de 40 000$ a été rendue à la société d’État,
a-t-il dit.
« Il n’y aura plus de dons à des écoles privées, non,
ça, c’est sûr », a déclaré de son côté le directeur des
relations publiques d’Hydro, François Taschereau.
La sema i ne der n i ère, La Presse a révélé
qu’HydroQuébec avait décidé de verser 250 000$ à la
fondation du Col lège Notre-Dame. M. Vandal est
président du conseil d’administration de cet autre
collège privé de Montréal. Il y a fait ses études
secondaires. Dans son communiqué, Hydro-Québec indique
qu’elle n’a fait de contribution à aucun autre
établissement d’enseignement secondaire. Cela signifie
que les deux contributions prévues étaient destinées aux
deux collèges qu’a fréquentés M. Vandal.
M. Taschereau a indiqué que M. Vandal n’avait pas
participé à la décision de contribuer à la fondation du
Collège Notre-Dame, étant donné qu’il préside le conseil
d’administration de ce collège. En revanche, il a bel et
bien pris part à la décision du comité d’Hydro-Québec
visant à faire un don au collège Jean-de-Brébeuf.
« M.
Vandal a effectivement fait ses études collégiales à
Brébeuf, a dit M. Taschereau. Mais cela fait 30 ans.
Depuis, il n’a joué aucun rôle dans cette institution.
Sa participation à la décision de verser une
contribution au collège ne pose aucun problème. Le
Collège Notre-Dame, c’était différent. Il avait un lien.
C’est pourquoi il s’est retiré du comité quand la
décision de lui verser une contribution a été prise. »
Dans son communiqué, le Collège Jean-de-Brébeuf affirme
que le but de la contribution était de « rendre les
installations sportives du collège accessibles aux
jeunes des communautés avoisinantes pendant la période
estivale ».
Pier re Sai nt-Germa i n , président de la Fédération
autonome de l ’ enseignement, s’étonne. « Le Collège
Brébeuf est déjà lourdement subventionné par les fonds
publics, a-t-il dit. Les collèges privés sont financés à
hauteur de 60% par l’État québécois, soit 500 millions
de dol lars par année. Ce serait bien le comble si leurs
installations n’étaient pas accessibles aux communautés
environnantes. »
« Nous étions déjà scandalisés par la contribution au
Collège Notre-Dame, a ajouté M. Saint-Germain, qui
dirige le principal syndicat d’enseignants du sud du
Québec. Avec Brébeuf, nous sommes doublement
scandalisés. Je ne comprends pas comment une société
d’État peut utiliser son argent d’une façon aussi
frivole. Je ne comprends pas comment M. Vandal a pu
participer à la décision de contribuer à Brébeuf. On est
en plein copinage. »
Le Collège Brébeuf est reconnu comme le collège de
l’élite francophone montréalaise. La Fondation du
patrimoine Jean-de-Brébeuf a des actifs de 10,4
millions, selon sa dernière déclaration à Revenu Canada.
Le Collège Brébeuf a sollicité Hydro-Québec l’automne
dernier. En décembre, la société d’État a accepté de lui
verser 200 000$ en cinq ans. Une première tranche a été
envoyée au printemps. « Quarante mille dollars, ce n’est
pas une grosse somme, a dit Russell Flanagan, directeur
des ressources humaines du collège. Cela paie à peine le
salaire annuel d’une personne pour surveiller les
installations sportives. »
La semaine dernière, pris dans la tourmente, le Collège
Notre-Dame a lui aussi décidé de renoncer au don
d’HydroQuébec. Il a rendu la première tranche de 50
000$.
Québec met le holà à Hydro - André Noël
Après
avoir pris connaissance, hier, d’un don de 250 000$
d’Hydro-Québec au collège Notre-Dame, la ministre des
Ressources naturelles, Nathalie Normandeau, a demandé à la
société d’État de revoir sa politique de dons et de
commandites en matière d’éducation.
Le collège Notre-Dame a annoncé
hier qu’il avait remis à Hydro-Québec la somme de 50
000$ et qu’il renonçait au reste de la somme promise.
« Hydro-Québec doit orienter ses priorités envers les
services publics, un principe qui prend toute son
importance dans le contexte où il s’agit d’une société
d’État », a souligné Mme Normandeau dans un communiqué.
La Presse a indiqué, hier, qu’Hydro-Québec avait
discrètement décidé de donner 250 000$ en cinq ans au
collège Notre-Dame, une institution d’enseignement
secondaire privée. La société d’État n’a pu fournir
jusqu’à maintenant aucun exemple d’un don similaire à un
collège public. Le PDG d’Hydro-Québec, Thierry Vandal, est
aussi président du conseil d’administration du collège.
Ces révélations ont suscité un déluge de protestations, si
bien que le collège a décidé de retourner à Hydro-Québec
les 50 000$ reçus jusqu’à maintenant, et de ne pas toucher
le reste de la somme. « Compte tenu de la controverse
suscitée, le collège Notre-Dame renonce à la contribution
d’HydroQuébec, indique l’établissement dans un communiqué.
Le collège regrette cette situation et tient à rappeler
l’importance qu’il accorde à l’activité physique pour la
formation des jeunes ainsi qu’à l’intégration de son
projet sportif dans la communauté avoisinante, soit
l’arrondissement Côte-desNeiges–Notre-Dame de Grâce. »
Le secrétaire général du collège, Vincent Grégoire, a dit
que la commandite d’Hydro visait à permettre au collège de
se priver des revenus de location de ses installations
pour offrir celles-ci aux organismes communautaires de
l’arrondissement.
Cette explication contredit toutefois le dernier bulletin
de la Fondation du collège, qui cite Hydro-Québec parmi
les sociétés qui lui versaient plus de 100 000$. Les
sommes reçues jusqu’à maintenant ont « permis
d’entreprendre la première phase de notre développement,
soit l’aménagement d’un terrain de sports synthétique… et
d’une piste de course », indique le bulletin.
C’est la
deuxième fois qu’une contribution d’HydroQuébec à une
institution d’enseignement suscite la controverse. Il y a
trois ans, La Presse avait révélé que la société d’État
avait versé 150 000$ à la campagne de financement de la
section de droit civil de l’Université d’Ottawa, campagne
que dirigeait Marie-José Nadeau, première vice-présidente
d’Hydro-Québec et diplômée de cette université.
Hier, les protestations se sont multipliées contre la
contribution au collège NotreDame. « La Fédération des
commissions scolaires du Québec juge inacceptable que le
gouvernement du Québec, par l’entremise de l’une de ses
sociétés d’État, finance davantage le réseau privé
d’éducation », a indiqué cet organisme dans un communiqué.
Tout comme les principaux syndicats d’enseignants, la
Fédération rappelle que « les besoins dans le système
public d’éducation sont criants » et s’étonne de voir
HydroQuébec privilégier un établissement privé.
Le député Pierre Curzi, porte-parole de l’opposition
officielle en matière d’enseignement primaire et
secondaire, s’est dit scandalisé qu’Hydro-Québec décide de
faire un don à un établissement scolaire déjà favorisé
alors que « de plus en plus de parents doivent se tourner
vers des organismes communautaires pour obtenir de l’aide,
car ils sont dans l’incapacité d’acheter des effets
scolaires à leurs enfants pour la rentrée ».
Le député Sylvain Gaudreault, le critique du PQ en matière
d’énergie, s’est questionné sur « l’apparence de conflit
d’intérêts ».
« Il y a une apparence de conf lit d’intérêts évidente aux
yeux de tous, a déclaré Éric Caire, député de l’Action
démocratique du Québec. Personne n’a donné le mandat à
Hydro-Québec de subventionner des écoles. »
François Taschereau, porteparole d’Hydro-Québec, a répété
hier que M. Vandal n’avait pas pris part à la décision. «
Il ne s’est pas placé en conflit d’intérêts, a-t-il dit.
Il n’a pas d’enfant au collège Notre-Dame et n’avait aucun
intérêt personnel dans cette contribution, qui visait à
faciliter l’activité physique chez les jeunes et
l’accessibilité des installations sportives pour la
communauté environnante. »
Le faux pas - André Pratte
L’i n f or
ma t i on selon laquelle Hydro-Québec s’était engagée à
verser 250 000$ au collège NotreDame pour l’aménagement
d’un nouveau terrain de soccer-football a suscité une
controverse telle que l’établissement a renoncé au don.
Révélée par notre collègue André Noël, la décision
d’Hydro-Québec a fait l’unanimité contre elle. Les motifs
invoqués, cependant, n’étaient pas tous convaincants.
Dans ce dossier, la société d’État a commis deux erreurs.
D’abord, elle n’aurait pas dû offrir des fonds à une
institution à laquelle est lié son PDG, même si c’est à
titre bénévole que Thierry Vandal siège au conseil du
collège. Une telle situation allait nécessairement laisser
supposer que la décision était moins fondée sur la qualité
du projet que sur les désirs de M. Vandal.
Ensuite, Hydro-Québec devra it toujours être en mesure
d’indiquer en quoi ses contributions sont conformes à sa
mission. Dans le cas présent, la société n’a convaincu
personne de la nécessité, pour elle, de contribuer à
l’aménagement d’un terrain de sport à Notre-Dame (même si,
comme Hydro le prétend, son don en facilitera l’accès aux
gens du quartier Côte-des-Neiges).
Cela dit,
il est abusif de parler ici d’un conflit d’intérêts ; M.
Vandal n’avait absolument rien à gagner, personnellement,
de cette subvention.
La plupart des critiques ont porté sur le fait qu’une
société d’État verse une subvention à une école privée.
Or, il n’y a là absolument rien de répréhensible. Les
écoles privées jouent un rôle essentiel au Québec, rôle
que le gouvernement reconnaît depuis des décennies en les
subventionnant. Québec contribue d’ailleurs 800 000$ au
projet de terrain de soccer-football du collège Notre-Dame
(cela étant, on s’étonne des reproches adressés à
Hydro-Québec par le porte-parole de la ministre de
l’Éducation).
Le PQ et l’ADQ exigent la démission de M. Vandal. Le
député péquiste Sylvain Gaudreault a qualifié le don de «
scandaleux et honteux », soulignant qu’Hydro-Québec a
augmenté ses tarifs. Quel rapport? La subvention au
collège Notre-Dame représente un dix-millième des
redevances versées annuellement par Hydro-Québec au
gouvernement. Puisque ces dividendes sont destinés au
fonds consolidé, on peut dire qu’Hydro contribue des
centaines de millions au financement du réseau public
d’enseignement.
Le député adéquiste Éric Caire s’en est pris pour sa part
à la compétence du PDG d’Hydro, soutenant que celuici
avait été nommé en raison de ses accointances avec le
Parti libéral. M. Caire devrait savoir que Thierry Vandal
oeuvre dans le domaine de l’énergie depuis 1996 et qu’il a
été nommé à la haute direction d’Hydro-Québec en 1999,
sous le gouvernement du Parti québécois. Quant à la
compétence du PDG, rappelons que sous sa gouverne, les
bénéfices de la société ont atteint des niveaux records.
Un faux pas n’efface pas des années de travail au service
du Québec.
Une pratique discutable - Donald Riendeau
Les
sociétés d’État s’éloignent de leur mission en faisant
des dons avec l’argent des contribuables
À tout événement soulevant des enjeux d’ordre éthique,
il est bon d’en tirer des leçons aussi bien que
l’exagération. La récente donation d’HydroQuébec au
collège NotreDame, un établissement privé d’enseignement
secondaire de Montréal, en est une excellente
illustration.
Le PDG d’Hydro-Québec, Thierry
Vandal.
L’exagération: le collège Notre-Dame ne devrait pas
recevoir des dons du secteur public, parce qu’il est un
établissement privé. Plusieurs commentaires dans les
médias et de personnes avec lesquelles j’ai discuté
reprochaient à ce collège dit de « riches » de recevoir
des donations d’organismes du secteur public. Il est
désolant de constater que cet établissement voit
entachée sa réputation si durement acquise par cet
événement.
Il va de soi que l’argent de parents aisés aide
énormément ce collège. Cependant, reconnaissons la
qualité de sa gestion, de ses enseignants et de ses
programmes qui en font l’un des fleurons de notre
système d’éducation. Que le collège Notre-Dame récolte
de l’argent du privé et du public, si ses intentions et
objectifs sont de développer le corps et l’esprit de ses
élèves, la responsabilité de la décision d’accorder cet
argent revient aux organisations donatrices. L’on peut
cependant reprocher au collège de n’avoir pas
suffisamment encadré son risque réputationnel en
acceptant la donation d’une organisation dont le PDG
était également le président de son propre conseil
d’administration.
La première leçon : les PDG des sociétés d’État ne
devraient pas se placer dans des situations
compromettant leur intégrité. Que les intentions des PDG
soient bonnes et même s’ils se soustraient à la décision
de leur conseil d’administration d’accorder une
donation, il n’en reste pas moins qu’il est maladroit de
se placer eux-mêmes, leurs organisations, mais surtout
les organisations bénéficiaires telles que le collège
NotreDame, dans des situations embarrassantes.
En tant
que citoyens, nous nous attendons à ce que les
dirigeants de nos sociétés d’État agissent de façon
irréprochable et non de manière ordinaire.
Rappelez-vous, messieurs – car il y a encore t r op peu
de f emme s – , que vous occupez les plus importants
postes de notre société.
Seconde leçon : les sociétés d’État s’éloignent de leur
mission lorsqu’il est question de donations. Tout en
reconnaissant qu’une immense pression s’exerce sur ces
entreprises afin de bien paraître socialement, il faut
également admettre qu’elles ont parfois perdu de vue
leur objectif en subventionnant avec notre argent des
centaines d’organismes communautaires et
environnementaux.
Certes, cela signifie que de l’argent est injecté dans
divers organismes qui en ont souvent bien besoin. Mais
il est possible que ces sociétés ne soient pas les
meilleurs juges pour prendre ces décisions. Chacune
possède sa propre politique et se fie trop souvent aux
suggestions de leurs premiers dirigeants. Une solution
serait qu’elles se concentrent sur leur mission et que
la somme actuellement consacrée aux donations soit gérée
par un organisme spécialisé et indépendant.
Le contribuable est en droit de questionner les
pratiques de donations des sociétés d’État, puisqu’en
bout de ligne, la somme d’argent accordée sort de sa
poche.
Un don de 250000$ d’Hydro-Québec - André
Noël
Le PDG de
la société d’État, Thierry Vandal, est aussi président du
CA du collège
ANDRÉ NOËL Sans tambour ni trompette, Hydro-Québec a
décidé de donner 250000$ en cinq ans au collège
Notre-Dame, une institution d’enseignement secondaire
privée de Montréal. Le porte-parole de la société d’État,
François Taschereau, n’a pu donner, hier, aucun exemple
d’un don similaire à un collège public.
Hydro-Québec a commencé à donner
50 000$ par année au collège Notre-Dame (notre photo)
l’année dernière. Cette contribution, qui se poursuivra
jusqu’en 2012, vise l’amélioration des installations
sportives de l’établissement.
Le PDG d’Hydro-Québec, Thierry Vandal, est aussi président
du conseil d’administ rat ion du col lège Notre-Dame. Un
hasard? « M. Vandal n’a pas participé à la décision
d’Hydro-Québec concernant le collège NotreDame, puisqu’il
est membre du conseil d’administration de cette
institution », a assuré M. Taschereau.
Hydro-Québec a commencé à donner 50 000$ par année au
collège Notre-Dame l’année dernière. Cette contribution,
qui se poursuivra jusqu’en 2012, vise l’amélioration des
installations sportives de l’établissement, qui en est
déjà l’un des mieux pourvus au Québec. Les frais
d’inscription annuels dépassent les 3000$, si bien que le
collège recrute surtout ses élèves dans des milieux aisés.
« Scandaleux »
Ce don de la société d’État scandalise Pier re
SaintGermain, président de la Fédération autonome de
l’enseignement, qui regroupe la plupart des syndicats
d’enseignants des écoles primaires et secondaires
publiques de Montréal et du sud du Québec.
« Hydro-Québec fait usage de fonds publics pour soutenir
une entreprise privée déjà subventionnée par l’État,
s’insurge-t-il. Les polyvalentes publiques peinent à
joindre les deux bouts, et elles ont souvent des
installations sportives minimales et bien insuffisantes.
Les parents du collège Notre-Dame ont les moyens de faire
faire du sport à leurs enfants. Qu’Hydro-Québec leur
vienne en aide alors qu’elle hausse ses tarifs
d’électricité pour tous les Québécois, y compris les plus
pauvres, est proprement scandaleux. »
Contribution
La nouvelle de la contribution d’Hydro-Québec a paru dans
le dernier bulletin de campagne de la Fondation du collège
Notre-Dame. En première page du bulletin, Thierry Vandal
publie cette déclaration: « Les années passées au collège
Notre-Dame ont été déterminantes. Elles m’ont donné une
solide formation de base. J’y ai aussi rencontré des
personnes hors de l’ordinaire que j’ai la chance de
côtoyer encore. C’est ce qui me motive à contribuer
aujourd’hui au rayonnement de mon alma mater et au
développement des générations futures. »
De quelle contribution parle ici M. Vandal ? De la sienne
propre ou de celle d’HydroQuébec? « La contribution de M.
Vandal au collège NotreDame est sous forme de temps ; il
n’a pas contribué financièrement personnellement », a
répondu le porte-parole de la société d’État, dans un
courriel envoyé à La Presse.
« L’objectif de notre commandite est de faciliter
l’activité physique chez les jeunes et l’accessibilité à
la communauté environnante, le quartier Côte-des-Neiges
étant l’un des plus défavorisés à Montréal », ajoute M.
Taschereau. Ce dernier a joint à son courriel un
communiqué du ministère de l’Éducation daté de 2007, qui
annonce une contribution de 800 000 $ du gouvernement au
collège Notre-Dame pour l’aménagement d’un nouveau terrain
de soccer-football.
« Le terrain sera également utilisé par les autres ligues
de soccer durant les fins de semaine et par les jeunes de
l’arrondissement qui participent au camp de jour du
collège pendant l’été », indiquait le communiqué.
M. Taschereaun’apuciterune seule école secondaire publique
à laquelle Hydro-Québec aurait fait un don pour
l’amélioration de ses installations sportives. « Tout
dernièrement, nous avons accepté une autre demande
similaire (collège secondaire, facilités sportives, accès
à la communauté), mais l’institution en question n’en a
pas encore fait l’annonce, a-t-il dit. Je ne peux pas vous
dire de quelle institution il s’agit, ni même s’il s’agit
d’une institution publique ou privée. »
Il a été impossible de joindre un porte-parole du collège
Notre-Dame, hier. De son côté, Pierre Saint-Germain, le
président de la Fédération autonome de l’enseignement,
estime que la ministre responsable d’Hydro-Québec,
Nathalie Normandeau, doit obliger la société d’État à
retirer sa subvention au collège. « Ce n’est pas le rôle
d’HydroQuébec de financer les écoles, dit-il. Et encore
moins les écoles privées. »
BOISBRIAND :
Les syndicats protestent contre l’arrivée d’un nouveau collège
privé
« Avec des frais de 7000$ par année, le nouveau collège
réunira des élèves plus fortunés, qui sont réputés pour avoir
de meilleurs taux de réussite. On drainera encore les
meilleurs élèves du réseau public vers le privé », dénonce le
président de la CSQ.
Un nouveau collège secondaire privé accueillera 300 élèves dès
le mois de septembre à Boisbriand. L’établissement, qui
n’exige aucun test d’admission, veut offrir une solution de
rechange aux jeunes qui sont refusés dans les collèges privés
traditionnels. Mais pour les syndicats, l’arrivée d’une
nouvelle institution privée au Québec est une gifle de plus
pour le système d’éducation public.
Anciens employés du collège Letendre, Jocelyne Boivin et Mario
Bigras ont eu il y a quelques années l’idée de créer un
collège privé dans la couronne Nord de Montréal. Cet hiver, la
ville de Boisbriand les a autorisés à construire leur
établissement rue Ambroise-Lafortune, dans le nouveau quartier
industriel.
La construction de l’école n’est pas encore commencée, mais
elle devrait être terminée pour le 15 août. Le projet sera
financé par des investisseurs privés.
Les élèves de la première à la cinquième secondaire feront
leur entrée dès le mois de septembre. « Nous avons déjà reçu
300 inscriptions. Et nous avons dû refuser presque autant
d’élèves parce que nous sommes complets », dit Mme Boivin.
Le collège Boisbriand possède un permis d’enseignement de
trois ans. Mais il n’a pas encore obtenu d’agrément et ne sera
donc pas subventionné par le gouvernement. Les coûts
d’inscription s’élèveront à 6800$ par élève. « Il faut faire
nos preuves. Mais on demandera notre agrément dès cette année.
Et quand on l’aura, les coûts baisseront de 4000$ », assure
Mme Boivin.
Selon la directrice, la demande pour un nouveau collège privé
était forte à Boisbriand. « Dans la région, le taux d’échec au
public est de 52%, note Mme Boivin. C’est beaucoup! Nous
voulons donner accès à plusieurs élèves à un établissement
privé qui offre un bon encadrement. »
Mme Boivin se
préoccupe peu du fait que son établissement puisse faire de
l’ombre au réseau public. « Les élèves du public qui vont
vers le privé ne sont pas satisfaits, affirme-t-elle.
Ce n’est pas mon problème.»
Mais pour la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), l’arrivée
d’un autre collège privé fera de l’ombre au réseau public. «
Avec des frais de 7000$ par année, le nouveau collège réunira
des élèves plus fortunés, qui sont réputés pour avoir de
meilleurs taux de réussite. On drainera encore les meilleurs
élèves du réseau public vers le privé », dénonce le président
de la CSQ, Réjean Parent.
Commissaire scolaire de SaintJoseph-du-Lac– Pointe-Calumet,
Claude Girard partage cet avis. Il ajoute que Boisbriand est
le secteur qui a « l’un des plus fort taux de décroissance
scolaire de la région ». « Permettre à une nouvelle
institution privée de voir le jour, c’est tirer dans le pied
du public. »
Éric Coupal est professeur d’univers social à la polyvalente
JeanJacques-Rousseau, à Boisbriand. « Plusieurs élèves nous
disent qu’ils vont aller au collège Boisbriand l’an prochain.
On a eu de la misère à faire six groupes de deuxième
secondaire pour l’an prochain. On perd des élèves »,
remarque-t-il. M. Coupal devra d’ailleurs possiblement aller
enseigner dans une autre école, car sa tâche ne sera pas
renouvelée.
Le président du syndicat de l’enseignement de la
Rivière-du-Nord, Jean Dumais, craint aussi que l’arrivée du
collège Boisbriand ne draine ses enseignants. Sa région, qui
voisine celle de Boisbriand, est déjà en pénurie. « Nous avons
10 postes en mathématiques et autant en sciences et en anglais
qui sont comblés grâce à des tolérances d’engagement. Il y a
un risque que le phénomène ne s’accentue », remarque-t-il.
Au cabinet de la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne,
on se défend de vouloir nuire au secteur public. On explique
que chaque école privée qui fait une demande de permis
l’obtient si elle répond à trois conditions. L’établissement
doit prouver qu’il possède le personnel nécessaire, que sa
situation financière est adéquate et qu’il applique le
programme d’enseignement du Ministère.
« Mais pour recevoir des subventions, il faut avoir un
agrément. Au cours des deux dernières années, aucun collège
privé n’en a reçu », dit l’attaché de presse de la ministre,
Jean-Pascal Bernier.
L’école
publique
en chute libre
Notre école, si ouverte à tous les enfants, fermera ses portes
L’auteure est
technicienne en travail social. Elle réside à Saint-Hubert. La
cour d’école respirait la tristesse ce matin-là. Par petits
groupes, les plus grands jasaient de cette fermeture prévue.
Les plus jeunes jouaient sans savoir.
Huguette
Locat avec ses enfants Félix et Fannie devant l’école
Des-Quatre-Vents, à Saint-Hubert.
J’entends encore ma fille me dire : « Et mes amies, mes
anciens professeurs, si je veux les voir, ils seront où? »
C’est la vie qui rentre... C’est ça la vie des pertes, des
joies.
Mais l’enjeu actuel des fermetures d’écoles est plus grand,
plus profond. Sur la Rive-Sud, la décision est tombée: notre
école de quartier, si dynamique, si ouverte à TOUS les
enfants, fermera.
C’est vrai, ce n’est pas seulement les enfants du quartier qui
vont à cette école. Il y a aussi les enfants de la base
militaire qui arrivent en autobus. Il y a aussi plusieurs
classes spécialisées.
Dans notre école, les professeurs sont engagés (il le faut
dans un quartier défavorisé), et organisent des activités
régulières pour motiver ces jeunes qui ne le sont pas
toujours.
Dans notre
petite école où tout le monde se connaît, l’intimidation est
tuée dans l’oeuf. Chaque professeur connaît chaque enfant,
alors l’intervention est rapide.
Des activités chaque fin de mois, des sorties, des camps de
vacances, des journées de ski ( première expérience pour la
majorité), génies en herbe. Pour faire tout ça, il faut de
l’énergie, de la volonté.
Chaque mois, une conférence est donnée sur un des pays
d’origine des élèves de l’école. Trente pays y sont
représentés. Non, les enfants ne retrouveront pas, c’est
certain, un tel dynamisme ailleurs. Il y a des écoles qui ne
font à peu près pas d’activités.... milieu favorisé ou non.
Dans chaque classe, le professeur a des élèves en difficulté
et d’autres plus faciles. Il doit pédaler beaucoup entre la
discipline et la pédagogie. D’ailleurs, ça me fait penser aux
écoles privées... ça n’a vraiment pas de sens, la somme des
subventions qu’elles reçoivent. En plus, le parent peut
déduire une partie de ses coûts d’éducation dans sa
déclaration de revenus. C’est inadmissible.
Notre école publique est en chute libre. Le gouvernement
québécois doit réinvestir dans l’éducation. L’école publique
s’épuise. On veut une école de bonne qualité, qui attirera les
familles de différents milieux. Pas une école publique par
dépit ; une école publique qui n’aura plus que les pauvres,
les irréductibles et ceux qui ne correspondent pas aux
critères de l’école privée.
Aujourd’hui, pour être professeur dans certaines écoles
publiques, il faut avoir l’âme missionnaire. Il faudrait
recommencer à croire en une bonne éducation pour tous. Comme
certains y ont cru dans les années 60. Il est temps de
réinvestir pour le futur.
L’école publique pour un enfant de la Mission
de l’Esprit-Saint
La Cour
force un membre du groupe religieux à cesser de scolariser
son fils à la maison
EXCLUSIF
La Cour supérieure ordonne à un père, membre du groupe
religieux la Mission de l’Esprit-Saint de Joliette,
d’inscrire son fils de 12 ans à l’école publique. Il l’en
avait retiré « depuis au moins 2006 », sans le consentement
de la mère dont il est divorcé, selon le jugement daté du 4
mai.
La Cour supérieure vient d’ordonner
à un père, membre du groupe religieux la Mission de
l’Esprit-Saint de Joliette, d’inscrire son fils dans une
école publique de la région. L’Institut Laflèche, une
école illégale que fréquentaient les enfants de la
Mission, a été fermé en 2007 sur ordre de la Cour.
Depuis son retrait de l’école, le garçon « s’instruit
lui-même, à la maison, sans supervision de professeurs
qualifiés sur place », en vertu d’un programme qui n’est pas
reconnu par le ministère de l’Éducation, précise le
jugement. C’est sa mère qui a présenté une requête demandant
l’inscription de Jérôme ( prénom fictif) dans une école
publique.
Même s’il est scolarisé à la maison, le garçon n’a pas été
évalué par la commission scolaire des Samares (dont il
relève) depuis 2006, parce que sa mère refuse de signer une
demande de dispense de fréquentation scolaire.
La commission scolaire avoue son impuissance
Diane Collin, de la commission scolaire des Samares, a
expliqué à la Cour qu’environ 200 dispenses ont été
accordées à des enfants de son territoire. « La vaste
majorité pour des enfants de familles faisant partie de la
Mission de l’Esprit-Saint » , a-t-elle précisé. Ces
dispenses sont accordées en se fondant sur ce que les
parents se proposent de donner à leurs enfants comme
scolarité, « sans que des vérifications soient effectuées »,
souligne le jugement. Mme Collin « avouant candidement que
de telles vérifications ne sont pas faites parce que la
commission scolaire n’a pas « le pouvoir de les faire »,
note le juge Julien Lanctôt.
Le magistrat
a indiqué que la formation scolaire offerte à Jérôme n’est
pas équivalente à ce qui est dispensé à l’école qu’il «
entretient des doutes sérieux » sur la capacité d’un enfant
de 12 ans à étudier seul. Il a aussi pris en compte les
problèmes éprouvés par la soeur de Jérôme (entendue à
l’audience) lorsqu’elle était sous la garde de son père.
« Le meilleur intérêt de l’enfant, dans les circonstances
décrites au présent dossier, consiste à ce qu’il fréquente
une école conventionnel le » , écrit le juge. Il ordonne au
père d’inscrire le garçon dans une école publique reconnue
par le Ministère, située près d’où il réside, dans un délai
de 30 jours et de s’assurer qu’il la fréquente. À défaut de
quoi, sa mère pourra l’inscrire à l’école sans
l’autorisation du père.
Pour le bien des enfants de la Mission
« Madame paie (pour obtenir ce jugement), elle n’est pas
appuyée par le ministère de l’Éducation ou la commission
scolaire, c’est dommage », a commenté Louise St-Amour,
avocate de la mère. Elle a ajouté que la mère avait fait
cette démarche pour le bien de son fils, mais aussi pour les
autres enfants de la Mission de l’Esprit-Saint.
Me Yannick Morin, avocat du père, a indiqué que son client
n’irait pas en appel. « Il était un peu débiné, mais il va
se conformer à la décision », a-t-il dit.
La Mission de l’Esprit-Saint est un groupe religieux dont la
devise est « La régénération de l’humanité par l’eugénisme
». L’Institut Laf lèche, une école illégale où étaient
scolarisés les enfants de la Mission, a été fermée par
ordonnance de la Cour supérieure en 2007. Depuis, les
enfants de la Mission sont pour la plupart scolarisés à la
maison ou dans des écoles clandestines situées dans des
résidences privées, comme le rapportait La Presse en mars
dernier.
Jusqu’à septembre pour se conformer à la loi
ÉCOLES
JUIVES ILLÉGALES
« Il y avait une école, les élèves venaient tous les matins,
mais il n’y avait pas d’horaire, pas de liste d’enseignants,
tout ça. »
Les écoles juives orthodoxes illégales ont jusqu’à la
prochaine rentrée pour se conformer à la loi, a annoncé hier
la ministre de l’Éducation. « J’ai fixé un délai qui serait
de septembre prochain, pour que tous les enfants puissent
être dans le système québécois d’instruction publique, a dit
Michelle Courchesne à l’Assemblée nationale. C’est ce que
nous suivons de très près. »
PHOTO MARTIN CHAMBERLAND,
LA PRESSE
Ce petit garçon juif
orthodoxe regarde à l’intérieur de la Yeshiva Toras Mosche
de Montréal, qui scolarise des enfants sans détenir de
permis. Jusqu’à maintenant, cette école refuse de se
conformer à la loi, prétextant des contraintes
religieuses.
La Loi sur la protection de la jeunesse précise que « la
sécurité ou le développement d’un enfant peut être considéré
comme compromis s’il est d’âge scolaire et ne fréquente pas
l’école », a rappelé en Chambre le député adéquiste Gérard
Deltell. « Est-ce qu’il va falloir que la DPJ intervienne? »
a-t-il demandé.
Une mise en demeure a été envoyée aux parents, spécifiant
qu’ils devaient s’assurer que leurs enfants fréquentent
l’école, a répondu la ministre. Les parents de huit écoles
juives illégales en 2007 ont reçu cette lettre, a précisé à
La Presse Jean-Pascal Bernier, attaché de presse de Mme
Courchesne.
Plusieurs d’entre elles se sont légalisées depuis. Mais
trois écoles juives – Belz, Skver et la Yeshiva Toras Mosche
– scolarisent toujours sans permis des garçons hassidiques,
en leur donnant un enseignement essentiellement religieux.
« Est-ce qu’ils réussiront à le faire (se conformer à la
loi) ? Nul ne le sait », a admis la ministre. « Les
discussions avec les communautés juives se font sur une base
régulière », a-t-elle ajouté.
Deux écoles d’accord
Les écoles Belz et Skver – qui viennent de déposer une
demande de permis pour légaliser le cours secondaire donné
aux garçons – attendent actuellement la réponse de la
ministre. « Dans l’esprit des communautés, ils n’envisagent
pas que l’implantation du programme québécois se fasse plus
tard que septembre prochain », a assuré hier Yann Bernard,
avocat des écoles Belz et Skver.
Si le dépôt
de la demande a tardé – l’entente signée par les deux écoles
avec Québe c prévoya i t une légalisation en septembre
dernier – c’est en raison de l’ampleur du travail à
accomplir. « Il y avait une école, les élèves venaient tous
les matins, mais il n’y avait pas d’horaire, pas de liste
d’enseignants, tout ça », a fait valoir Me Bernard.
Fausse déclaration
Quant à la Yeshiva Toras Mosche, sa demande de permis a été
refusée, « le dossier soumis étant inacceptable », selon un
document du Ministère obtenu par La Presse. Me Bernard n’a
pas voulu commenter sa situation, n’ayant pas parlé à ses
représentants.
Dès novembre 2006, des employés du Ministère se sont rendus
aux deux campus de la Yeshiva, rue Saint-Urbain et chemin
Bates, à Montréal, a appris La Presse. Des rabbins leur ont
déclaré enseigner à 270 garçons et détenir un permis, ce qui
était faux.
Une seconde visite, à la fin de novembre 2006, leur a permis
de constater que seul du matériel didactique en yiddish ou
en hébreu était utilisé. « Le moins que l’on puisse dire est
que le climat prévalant dans les classes n’était pas
particulièrement calme et ne se prêtait pas vraiment à
l’étude », ont-ils noté.
Les inspecteurs ont aussi constaté « que l’école opère un
centre de la petite enfance », le CPE Bais Yoel, qui détient
un permis du ministère de la Famille.
Dès le 10 novembre 2006, une lettre du
Ministère a été envoyée à la Yeshiva pour lui préciser
qu’elle devait adresser une demande de permis « dans les
plus brefs délais », si elle voulait continuer d’offrir des
services éducatifs. Deux ans et demi plus tard, elle n’en a
toujours pas.
DES ÉCOLES JUIVES ENCORE ILLÉGALES
En 2007, le
ministère de l’Éducation affirmait que les écoles juives
illégales, qui comptaient 700 élèves, respecteraient bientôt
la loi. Mais au moins trois écoles pour garçons hassidiques
fonctionnent toujours sans permis, a constaté La Presse.
Négligea
« L’enseignement religieux doit occuper une part importante de
la semaine afin que les élèves puissent acquérir, comprendre
et respecter ce qui est l’essentiel de la vie de la communauté
», écrit l’avocat de la Yeshiva.
Deux des trois écoles juives orthodoxes qui se sont entendues
avec le ministère de l’Éducation pour légaliser leur cours
secondaire n’ont pas respecté leur engagement, a appris La
Presse. Les écoles communautaires Belz et Skver devaient
demander un permis pour donner le secondaire aux garçons (ce
qu’elles font illégalement) à partir de septembre 2008. Or,
elles n’ont toujours pas de permis.
PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA
PRESSE
C’est l’heure de la
récréation pour les garçons de l’école juive orthodoxe
illégale Yeshiva Toras Mosche de Montréal, ici au campus
situé rue Bates.
C’est en vertu du Protocole d’entente concernant la
scolarisation de certains jeunes appartenant à la communauté
juive (voir autre texte), signé par les écoles Belz et Skver
le 16 juin dernier et par la ministre Michelle Courchesne le 3
juillet dernier, qu’elles devaient faire cette demande de
permis pour 2008-2009.
« L’entente avec le Ministère n’a pas été signée aussi
rapidement que prévu », a fait valoir hier Yann Bernard,
avocat des écoles Belz et Skver. Cela a retardé, selon lui,
l’envoi des demandes de permis.
Menace de transmettre le dossier à la justice
Le 26 août dernier, le Ministère a envoyé une lettre à l’école
Belz, obtenue par La Presse grâce à la loi d’accès à
l’information, précisant être « en attente du dépôt de votre
modification de permis, afin d’ajouter les services
d’enseignement au secondaire pour les garçons ».
Ce n’est finalement que le… 23 janvier 2009 que l’école Belz a
fait la demande de modification de permis attendue, a indiqué
Ahissia Ahua, porteparole du MELS. « La demande est en
traitement actuellement, a-t-elle précisé. Une réponse
parviendra à l’établissement en vue de la prochaine année
scolaire. »
Le 30 octobre,
c’était au tour de l’école Skver de recevoir une lettre plus
menaçante du Ministère, lui rappelant qu’elle donne le
secondaire aux garçons « sans que ces services éducatifs ne
soient autorisés ». Une demande de permis devait lui être
adressée sous peu, à défaut de quoi le MELS allait transmettre
le « dossier au ministère de la Justice qui prendra les
recours appropriés ».
Dès le lendemain, l’école Skver a transmis sa demande. L’école
aura aussi une réponse « en vue de la prochaine année scolaire
», selon Mme Ahua. Entre-temps, les deux écoles secondaires
pour garçons continuent de fonctionner dans l’illégalité.
Les écoles veulent se conformer, selon leur avocat
« Ces écoles font tout ce qu’elles peuvent actuellement pour
essayer de se conformer et ce n’est vraiment pas facile, a
plaidé Me Bernard. Elles travaillent très, très fort pour
correspondre aux exigences du MELS. »
Mais ces écoles hassidiques ne sont pas sans tache. La
Commission consultative de l’enseignement privé, dans son
rapport annuel 2007-2008, note plusieurs problèmes à l’école
Belz. Certaines matières n’y sont pas enseignées, les frais
facturés aux parents dépassent le maximum prévu par la Loi et
les laboratoires de sciences sont inadéquats. L’école Belz
détient des permis pour enseigner le primaire en anglais et en
français et le secondaire en anglais (seuls les élèves qui
terminent le primaire en français sont ensuite scolarisés
illégalement en anglais au secondaire). Elle est subventionnée
par Québec.
Aussi subventionnée, l’école Skver détient un permis pour le
primaire (section garçons) et des permis pour le primaire et
le secondaire (filles). La Commission y voit « plusieurs
manquements d’importance » : les sciences n’y seraient pas
enseignées et le temps consacré à l’enseignement non religieux
y est insuffisant.
Ce que prévoyait l’entente avec Québec
C’est « pour
régler le problème de la non-fréquentation scolaire » de
certains jeunes hassidiques qu’une entente a été signée
l’été dernier par la ministre de l’Éducation, Michelle
Courchesne, et les écoles juives orthodoxes Skver et Belz.
L’entente prévoit que les deux écoles demanderont un permis
pour « dispenser l’enseignement secondaire général aux
garçons de 16 ans et moins de (leur) communauté à compter de
l’année scolaire 2008-2009 ». Cet enseignement se fera en
français et progressivement, le Programme de formation de
l’école québécoise sera mis en place.
Un comité de suivi, devant faire une évaluation périodique
de l’application du protocole « pour s’assurer que le
niveau, l’étendue, l’intensité et la durée des programmes
offerts aux élèves sont maintenus », doit être mis sur pied.
L’entente souligne que l’étude de la Torah « fait appel à
plusieurs compétences » du programme scolaire québécois et
que « les communautés juives orthodoxes souhaitent gérer
leurs écoles dans le respect des lois ». Elle rappelle que
ces deux écoles existent depuis longtemps (20 ans pour
Skver, 50 ans pour Belz).
Le Collège
rabbinique du Canada aussi concerné
Auparavant, à l’été 2007, un Groupe de travail sur la
scolarisation de certains adolescents de la communauté juive
a été formé par le Ministère, des représentants des écoles
Belz, Skver et Beth Rivkah et un consultant, Alain Vidal.
C’estM. Vidal qui a comparé la formation issue du Talmud et
le programme secondaire québécois et conclu que « de façon
générale, on fait appel aux mêmes compétences ».
« Toutefois, il existe des écarts plus ou moins
significatifs sur les contenus et également sur la
terminologie », peut-on lire dans le rapport final du Groupe
de travail, daté du 15 décembre 2007 et obtenu par La Presse
grâce à la Loi d’accès à l’information. Si le programme de
mathématiques est assez bien couvert (voir encadré), ce
n’est pas le cas du français langue seconde (couvert à 0%),
de l’histoire (5%) ou de la géographie (10%). Nettement
insuffisant, le temps consacré aux matières séculières doit
être augmenté d’au moins 15 heures par semaine.
Le rapport prévoyait une implantation du programme québécois
progressive, à partir de septembre 2008 jusqu’en 2012-2013.
L’application est maintenant repoussée d’un an, a indiqué Me
Yann Bernard, avocat des deux écoles. LeCollège rabbinique
duCanada, qui a déjà un permis pour les 1re, 2e et 3e
secondaire (mais pas pour les 4e et 5e secondaire) doit
aussi se rallier au programme québécois, selon le rapport.
Une
école
juive hassidique clandestine à Napierville - Marie
Allard
Un
pensionnat hassidique installé dans la campagne à
Napierville rééduque les jeunes juifs en difficulté, a
appris La Presse. Donnant un programme religieux à des
adolescents du Québec, des États-Unis et de
l’Angleterre, il n’a pas de permis du ministère
La yeshiva accueille une vingtaine de garçons. « On les
aide, puis ils vont dans d’autres écoles. »
Une école juive hassidique scolarise des jeunes en
difficulté sans permis du ministère de l’Éducation, à
Napierville, a appris La Presse. La fonction principale
de la yeshiva Or Menachem, « tout en étant religieuse,
est d’accueillir comme pensionnaires, pour une durée de
six mois à quatre ans, des garçons de 13 à 17 ans », a
indiqué la Commission municipale du Québec dans une
décision rendue le 1er mai 2007.
Ces adolescents sont « aux prises avec de multiples
problèmes reliés notamment à des difficultés
d’apprentissage et à des déviances comportementales »,
précise la Commission. Leurs parents paient 10 000$ par
an pour les envoyer au pensionnat hassidique. Le
programme est composé à 60% d’études religieuses et de
prières (six heures par jour) et à 40% d’activités
récréatives de cours de base (maths, anglais, français
et histoire) et de repas, selon ses dirigeants.
Or Menachem a ouvert ses portes à Sainte-Agathe en 2003,
avant de déménager dans un vaste édifice de Napierville,
au sud de Montréal, en 2005. Lors du passage de La
Presse, des adolescents vêtus de chemises blanches et de
pantalons foncés, portant la kippa, jouaient au
volleyball et faisaient du patin à roulettes devant le
pensionnat. « C’est une bonne école », a dit un élève,
assis sous le porche de la yeshiva (nom donné aux écoles
talmudiques pour jeunes hommes).
Le rabbin Yehuda Dahan, qui a fondé l’école avec sa
femme, a expliqué à La Presse qu’il a commencé par aider
un jeune, avant que les choses ne s’enchaînent. « Je ne
pensais pas ouvrir une école, mais ç’a très bien marché,
les parents étaient très contents, alors on a trouvé cet
endroit, a-t-il indiqué en anglais. Certains des enfants
qui sont ici ont beaucoup de problèmes, c’est bon pour
eux d’être loin de la ville. »
Ac t uel lement, la yeshiva accueille une vingtaine de
garçons, selon le rabbin. « On les aide, puis ils vont
dans d’autres écoles », a-t-il précisé.
Nombreux règlements
Gros hic : le pensionnat ne détient pas de permis du
ministère de l’Éducation et ne respecte pas le programme
scolaire québécois. Officiellement, il est enregistré
comme la synagogue Un Arbre de vie– Or Menachem, pas
comme une école.
Son site internet présente pourtant clairement l’endroit
comme une école, la « Yeshiva Or Menachem, là où votre
fils réussira ». Dans de petites classes, on y offre «
un programme hassidique visant à élever nos élèves »,
précise le site en anglais.
Les
règles à suivre sont nombreuses: il est interdit de
sortir du terrain du pensionnat, d’avoir un cellulaire
ou encore de la musique, des magazines ou des affiches
goys (non juifs). « Ne pensez même pas à en apporter à
la yeshiva », précise le règlement.
Les difficultés des jeunes de la yeshiva sont souvent
liées « à des problèmes de famille (divorce, abus,
négligence, rejet du milieu scolaire) », selon ce qu’ont
fait valoir ses dirigeants à la Commission municipale du
Québec.
Merci d’avoir rééduqué notre fils
Les familles de deux garçons ramenés dans le droit
chemin par la yeshiva témoignent de leur gratitude dans
le site. « Dieu merci que nous vous ayons trouvés, que
vous ayez accepté notre fils dans votre programme et que
vous ayez été là pour lui, pendant les bons moments
comme pendant les épreuves », écrivent les parents d’un
élève qui a fréquenté la yeshivaOrMenachem pendant trois
ans et demi.
« Vous n’avez été décontenancés par aucun des
comportements négatifs que vous avez observés chez les
garçons et lentement au fil de l’année, vous les avez
rééduqués », écrivent les parents d’un autre garçon.
Financement insuffisant
Pourquoi la yeshiva ne demandet-elle pas un permis au
ministère de l’Éducation? « On y travaille, a répondu le
rabbin. Le principal problème, c’est que notre
financement vient surtout de dons. Nous n’en avons pas
suffisamment pour avoir le niveau demandé. Nous
prévoyons faire 100% de ce que le gouvernement veut, ce
qui aidera nos élèves à entrer à l’université. Mais
notre problème actuellement, c’est l’argent. »
Or Menachem propose tout de même à ses élèves de faire
créditer leurs cours en ligne, par le site internet de
KeyStone High School, une entreprise américaine située
en Pennsylvanie. Pour consulter le site internet de la
yeshiva Or Menachem: www.ormenachem.org
Sortir les jeunes de la ville
« À
Napierville ? Je suis très étonné », a dit Pierre Anctil,
spécialiste des hassidim et professeur à l’Université
d’Ottawa, en apprenant qu’une école juive clandestine est
installée à 45 minutes au sud de Montréal.
« Le fait que ce soit si isolé, c’est parce qu’ils veulent
sortir les jeunes de la ville et des milieux où ils
rencontrent des influences néfastes, a-t-il analysé. Ça
peut être dans le milieu juif lui-même, des gens qui ne
pratiquent pas, qui se moquent de la religion, de leurs
parents, des choses comme ça. »
Selon lui, la clientèle de la yeshiva Or Menachem est
probablement composée de jeunes hassidim et de jeunes
juifs orthodoxes, non hassidim. « C’est possible que les
parents confient aux juifs hassidiques certains jeunes qui
ont des problèmes de tout ordre: drogue, fugue, refus de
pratiquer la religion, refus de l’autorité parentale »,
a-t-il dit.
Obtenir un
permis du ministère de l’Éducation sera difficile pour la
yeshiva. « En général, ils n’enseignent pas le français, a
indiqué le spécialiste. Je serais très surpris qu’ils
enseignent l’histoire ou la biologie, qui contredisent le
récit biblique. »
Même les manuels approuvés par le Ministère posent un
problème aux hassidim. « Ils utilisent du matériel où on
ne voit pas de jeunes femmes et de jeunes hommes dans les
mêmes images, où il n’y a pas de gens en t-shirt, etc. »
Envoyer les jeunes à l’école publique est aussi impensable
pour eux. « C’est impossible, strictement impossible, a
indiqué M. Anctil. Parce que le but de l’exercice, c’est
de les isoler du monde et de leur donner une formation
religieuse. S’ils les envoient dans des écoles publiques,
ce serait tout défaire. Ils ne pourraient pas manger le
midi parce que ce ne serait pas casher, ils ne pourraient
avoir aucune interaction suivie avec le milieu. Ils
verraient des jeunes femmes habillées d’une manière que
nous jugeons normale, mais qu’eux jugeraient indécente. Ce
n’est pas faisable. »
« Mais il faut éviter de les présenter comme un groupe
pathologique ou marginal, a-t-il ajouté. C’est plus
complexe que ça. Il faut partir de leur point de vue à
eux, qui est que fondamentalement, ils répondent à un
impératif de pratique religieuse intense. »
Le ministère de l’Éducation ferme les yeux
Cette
synagogue-là n’est pas une école, a répondu le
porte-parole de la ministre de l’Éducation. C’est plutôt
un centre d’accueil. Donc le Ministère a plutôt fait les
liens avec les services sociaux de la région.
Québec sait que des adolescents juifs en âge de fréquenter
obligatoirement l’école sont scolarisés dans une yeshiva
clandestine de Napierville. Le ministère de l’Éducation a
envoyé deux employés visiter l’école Un Arbre de vie – Or
Menachem le 12 mai 2008, a appris La Presse en vertu de la
loi d’accès à l’information. Aucune sanction n’a toutefois
été prise depuis.
Le rabbin Yehuda Dahan a fondé
l’école hassidique Arbre de vie – Or Menachem de
Saint-Cyprien-de-Napierville, qui n’a pas de permis du
ministère de l’Éducation. « Cent pour cent des enfants
et des parents sont contents de l’éducation qu’on offre
», a-t-il dit.
Les inspecteurs du Ministère y ont vu sept adolescents, «
tous des élèves en sérieuses difficultés d’apprentissage
», écrivent-ils dans leur rapport. « Tous ces enfants ont
été envoyés là par leurs parents, parfois sur
recommandation de la Direction de la protection de la
jeunesse, précisent-ils. Ils accueillent aussi des enfants
référés par les centres jeunesse ou par la Cour. »
Trois élèves venaient des États-Unis, un d’une école
publique québécoise et les trois derniers d’écoles juives
montréalaises (Collège rabbinique du Canada, Yeshiva
Gedola-Merkaz Hatorah et Talmud Torahs Unis de Montréal).
Les propriétaires du pensionnat disaient être d’accord
pour envoyer les jeunes à l’école publique, selon les
inspecteurs. « Leur rôle est avant tout d’accueillir et
d’héberger des jeunes en difficulté, soulignent les
inspecteurs. Ils seraient tout disposés à limiter leur
rôle à cet aspect, tout en confiant leur scolarisation aux
deux commissions scolaires (note: anglophone et
francophone) concernées. »
Refus de l’école régulière
Le 9 juin dernier, le Ministère a averti la yeshiva de
Napierville par lettre qu’elle contrevenait à la loi. Il a
invité les responsables à contacter les commissions
scolaires de son territoire ou à déposer une demande de
permis « dans les plus brefs délais ».
« Ils
n’ont pas communiqué avec nous depuis » , a assuré Fannie
Deschamps, porte-parole de la commission scolaire des
Grandes-Seigneuries (CSGS), qui couvre Napierville. Il y a
deux ou trois ans, les propriétaires de la yeshiva ont
toutefois eu une rencontre à la commission scolaire, selon
Mme Deschamps.
« Leur réponse a été très claire, à savoir qu’il n’était
pas question que leurs jeunes viennent se scolariser ici
», a-t-elle précisé. Et comme les parents de plusieurs de
ces jeunes habitent Montréal, « ça relève de la Commission
scolaire de Montréal », a estimé Mme Deschamps.
À la commission scolaire anglophone Riverside, qui dessert
aussi Napierville, « on n’a pas de ces élèves dans nos
écoles, a dit Kevin Lukian, directeur général de
Riverside. La question m’a été posée il y a quelque temps
par le Ministère et nous avons vérifié. »
Ce n’est pas une école, dit le MELS
Que dit le ministère de l’Éducation de tout cela? « Cette
synagogue-là n’est pas une école, a répondu Jean-Pascal
Bernier, attaché de presse de la ministre de l’Éducation.
C’est plutôt un centre d’accueil. Donc le Ministère a
plutôt fait les liens avec les services sociaux de la
région. Mais on me dit que les élèves qui vont là peuvent
être recommandés par d’autres écoles, ou peuvent aller là
et être dans une école aussi. »
Or Menachem s’affiche pourtant comme une école dans son
site internet. Son rabbin a clairement dit à La Presse
qu’il s’agit d’une école. Et encore à la rentrée 2008, des
petites annonces étaient placées dans internet par la
yeshiva pour trouver des tuteurs « en maths et/ou en
français ».
Le Ministère s’est-il assuré que les élèves de Or Menachem
fréquentent maintenant une école reconnue ? « Cet
endroit-là, c’est vraiment plus comme un centre d’accueil,
a répété M. Bernier. C’est pour ça qu’on a fait le lien
plutôt avec les services sociaux de la région. »
Les
diplômés remboursent leurs prêts plus rapidement qu’avant -
DETTES D’ÉTUDES
L’endettement
moyen
des diplômés canadiens de la cohorte 2005 a augmenté pour
tous les cycles d’enseignement par rapport à la cohorte
2000. Malgré tout, ils étaient aussi plus nombreux, à tous
les niveaux, à avoir terminé de rembourser leurs prêts en
2007.
Les diplômés québécois et canadiens sont de plus en plus
nombreux à rembourser intégralement leurs prêts étudiants
dans les deux années suivant la fin de leurs études.
Selon les plus récentes données de l’étude quinquennale de
Statistique Canada sur la situation des diplômés,
l’endettement moyen des diplômés canadiens de la cohorte
2005 a augmenté pour tous les cycles d’enseignement par
rapport à la cohorte 2000. Malgré tout, ils étaient aussi
plus nombreux, pour tous les cycles, à avoir terminé de
rembourser leurs prêts en 2007.
À la demande de La Presse Affaires, Statistique Canada a
aussi présenté les données par province.
AuQuébec, malgré une relative stabilité du niveau
d’endettement, 30% des diplômés du cégep, du baccalauréat
et de la maîtrise de la cohorte 2005 s’étaient acquittés
de leurs dettes d’études dans une période de deux ans, une
augmentation de sept points en cinq ans.
Denis L’Hostie, directeur principal à la planification
financière à la Banque Laurentienne, y voit là une
excellente nouvelle, parce que cela a toutes les chances
d’aider les jeunes dans leurs projets futurs. « Quand les
jeunes en sont rendus à procéder à l’achat d’une maison,
le prêt étudiant leur nuit sur le plan du ratio
d’endettement, même si le taux d’intérêt n’est pas si
élevé », dit-il.
Endettement stable au Québec
Sans surprise, l’endettement moyen des étudiants québécois
est nettement moins élevé qu’ailleurs au pays en raison
des
Les données révèlent aussi que contrairement à la tendance
canadienne, le niveau d’endettement moyen des diplômés
québécois est resté sensiblement le même pour les
cégepiens (7900$ pour la cohorte 2005) et les bacheliers
(13 600$), et a baissé que très légèrement pour les
maîtres (14 800$ au lieu de 16 100$). droits de scolarité
plus bas. Ainsi, la dette moyenne d’un nouveau bachelier
était de 13 600 $ au Québec, loin de la moyenne canadienne
de 22 800$.
Au doctorat, l’endettement a même fortement diminué,
passant de 27 200 $ en 2000 à 20 500$ cinq ans plus tard.
Mais contrairement aux autres diplômés, les nouveaux
docteurs québécois ne sont pas plus nombreux à rembourser
rapidement leurs dettes.
Le pourcentage d’étudiants endettés au moment de
l’obtention de leur diplôme a aussi diminué à tous les
niveaux au Québec, et de façon plus marquée au collégial
et au doctorat. Au Canada, la proportion globale
d’étudiants endettés reste inchangée, à 49%.
L’Enquête nationale auprès des diplômés suit le parcours
d’un échantillon de diplômés canadiens deux ans puis cinq
ans après l’obtention de leur diplôme. Les données sur
l’endettement ne concernent toutefois que les diplômés qui
n’ont pas poursuivi leurs études dans les deux années
suivant l’obtention de leur diplôme. Invité à réagir aux
données de Statistique Canada, le président de la
Fédération étudiante universitaire, David Paradis, a
préféré garder une certaine réserve en raison de la
sélection de l’année 2005 comme année de référence. Or, il
s’agit de l’année des coupes de 103 millions dans le
régime de prêts et bourses. « Ce fut une année si
explosive que le gouvernement du Québec n’a pas pu
comptabiliser l’endettement étudiant pour cette période »,
dit M. Paradis.
SOCIÉTÉ
L’art de communiquer avec l’enseignant de son enfant
Non mais, pourquoi ton prof ne t’a pas donné une
meilleure note ? Et pourquoi ce commentaire, là ? Est-ce
qu’il t’a vraiment dit ça ? Avis aux parents les mieux
intentionnés : c’est souvent vous, en voulant trop bien
faire pour votre enfant, qui avez tendance à être les plus
intrusifs. Du coup, vous mettez en péril toute saine
communication entre vous et l’enseignant de votre enfant.
Ouille! C’est pourtant l’essentiel du message que livrera
ce soir Rose-Marie Charest, la présidente de l’Ordre des
psychologues, dans un discours au CHU Sainte-Justine,
portant sur l’art de la communication entre parents et
enseignants.
Vrai, c’est davantage du désengagement des parents face à
l’école que l’on a entendu parler dernièrement. Des
parents qui ne s’engagent plus comme avant. Qui laissent
l’école élever leurs enfants. Mais Rose-Marie Charest
croit que le surengagement a quant à lui été sous-estimé.
D’où son intervention publique de ce soir. « Les parents
peuvent manquer le bateau parce qu’ils ont trop à coeur le
bien-être de leur enfant », nous a-t-elle expliqué plus
tôt cette semaine, en entrevue.
Attention, danger. « On a l’illusion, parce qu’on a juste
le nombre d’enfants qu’on souhaite, qu’on peut tout
contrôler, dit-elle. Mais il faut se rendre compte que nos
enfants ne nous appartiennent pas. Ils vont avoir des
influences autres que la nôtre. »
Les plus intrusifs ont souvent tendance à être les
parentsquin’ontpas eu la chance de faire des études. Des
parents qui voudraient tant voir leur enfant réussir, là
où eux ont échoué. « C’est important, les résultats
scolaires, souligne-t-elle. Mais il faut permettre à
chaque enfant de devenir lui-même, et non de grandir pour
correspondre à une image. »
Afin
d’établir ce qu’elle qualifie de « troisième lien » entre
l’école en tant qu’institution et la famille, la
psychologue propose quelques pistes pratiques aux parents.
À garder en mémoire, avant de sauter sur le téléphone pour
se plaindre à la direction.
D’abord, aux parents insatisfaits de la matière enseignée,
elle rappelle l’importance de s’engager, en début d’année,
auprès des différents comités. C’est eux qui déterminent
le programme pédagogique. « Il faut aller aux sources,
dans les comités, au lieu de constamment mener un combat
individuel pour notre enfant. »
En deuxième lieu, avant de sauter au plafond devant une
prise de décision (l’interdiction de porter des foulards
l’hiver, ou des gougounes l’été, par exemple) elle suggère
d’essayer de comprendre ladite décision, avec une vue
d’ensemble, et non une vue individuelle. « L’école gère un
groupe dont fait partie notre enfant », rappelle-t-elle.
Troisième suggestion, laquelle découle de la seconde:
concevoir le bien-être de notre enfant en lien avec le
bien-être du groupe. Le psychologue Richard Cloutier a
déjà dit qu’il fallait « un village pour élever un enfant
». « Gardons-le en tête », insiste RoseMarie Charest.
Finalement, la psychologue conseille aux parents de songer
à se remettre en question: se pourrait-il que moi, comme
parent, j’aie du mal à laisser grandir mon enfant ? « Le
risque avec ces sujets-là, c’est d’avoir l’air
moralisateur ou culpabilisateur, reconnaît RoseMarie
Charest. Mais moi, mon objectif, c’est de faire réfléchir
les parents, pour qu’ils reconnaissent qu’ils ne pourront
pas tout contrôler.
Lettre
d'une
enseignante révoltée !...
Nouvellement bachelière en éducation préscolaire et primaire,
je suis une jeune enseignante de 24 ans. Depuis mon tout
jeune âge, je rêve d'écrire au grand tableau, de corriger
avec autocollants et bonhommes sourires et de voir les
petites frimousses à qui j'enseigne s'épanouir en apprenant
à lire, écrire et compter. Ces rêves sont devenus
réalités depuis bientôt un an. Je ne me plains pas de mes
petits amours, de mes enrichissantes collègues ou de la
dynamique d'une école absolument irréprochable. Je ne
me plains pas de mon salaire, qui en fait pourtant damner
plus d'une si l'on considère toutes les heures consacrées
à notre profession (impossible de faire du 9 à 5). Je
suis heureuse de ce que j'accomplis jours après
jours dans la recherche du meilleur de moi-même et du
meilleur à donner à mes élèves.
Ce que je déplore et qui pèse lourd sur mes épaules est le
comportement des parents et de la société à l'égard de ma
profession. Combien de fois je ressens une révolte en moi
en entendant ces phrases typiques : «Vous êtes bien
vous autres avec vos deux mois de vacances par été». 1 mois et
demi pour plus de précision et bien mérité compte tenu de
l'intensité des autres mois scolaires où il faut gérer
les notes, les bulletins, les diverses corrections
commentées, les cas disciplinaires, les plans
d'intervention, les périodes de récupération avec des
élèves en difficulté, les photocopies, les matières à
planifier, les projets, les portfolios,
les communications aux parents, les réunions d'école et
de niveaux ... il me semble que j'en passe ... «Vous
êtes bien vous autres d'avoir des journées
pédagogiques payées». Comme si on ne travaillait pas ces
journées là : réunions, corrections, bulletins à entrer
sur système informatique, planification, réalisation de
matériel, bref relisez tout ce que j'ai énuméré
auparavant... «C'est de votre faute si mon enfant
ne réussit pas à l'école. Moi je ne suis pas allé à
l'université, alors je ne peux pas lui enseigner. C'est
votre rôle et vous êtes bien assez payé pour ça ! »
Vous seriez bien surpris d'apprendre que notre formation
est
essentiellement basée sur l'expérience acquise sur le terrain
et qu'une collaboration parents-enseignants est
essentielle à la réussite de vos enfants. Ne serait-ce que par
l'implication des devoirs et leçons ou de la lecture
occasionnelle avec eux à la maison. J'entends aussi
«Moi, mon enfant est comme-ci et moi, mon enfant est
comme ça, alors faites-ci et faites cela avec lui.»
Un enfant-roi de plus qui décide de tout à la
maison. Heureusement, il n'aura jamais cette latitude à
l'école ... Ouf ! On doit les éduquer en plus de la
discipline.
Et en exposant ces faits, j'emprunte un langage respectueux,
contrairement à ce qu'on peut parfois retrouver dans
l'agenda d'un élève ou dans quelque chronique d'opinion
publique qui nous blâme encore et encore ...
ÇA SUFFIT !!!!
Comme je ne désire pas entrer dans les statistiques décrétant
qu'une nouvelle enseignante sur cinq risque de quitter la
profession dans les cinq premières années de sa carrière,
j'ai décidé d'agir. Il est dorénavant nécessaire de
défendre qui nous sommes, enseignantes dévouées et si
peu valorisées. Je dirais même sous-estimées. L'heure est
grave en mon sens. Pourquoi tant de préjugés à
notre égard ? Pourquoi frapper sur la tête des
enseignantes en ne sachant pas du tout ce que notre
profession exige à travers la Réforme, les
déficits d'attention, les troubles de comportement, le
peu de soutien professionnel et toute une liste encore à
énumérer ? Il me semble qu'il y a matière
à réflexion. Surtout lorsqu'on sait que d'un autre côté,
une bonne partie des parents accusateurs sont les moins
bien placés pour nous juger. Il est facile d'accuser
l'enseignante qui voit davantage leur enfant qu'eux quand
il n'est pas rare de voir des enfants passer près de 10
heures par jour à l'école (incluant les heures de service
de garde). Je crois qu'il faut se demander d'où vient
vraiment la source des problèmes dont on nous accuse plus
souvent qu'autrement. Je généralise, mais ce n'est
qu'un exemple parmi tant d'autres.
Informez-vous donc un peu sur tout ce qui peut se vivre
dans une classe de 20 élèves et plus à s'occuper, quand
certains en valent 3 juste par leurs
problèmes d'apprentissage ou de comportement.
Demandez-vous si vous connaissez tous les aspects de
notre profession et des conditions relativement
médiocres dans lesquelles notre employeur (ce cher
gouvernement) nous place.
L'avenir des enfants est entre nos mains. Pensez-vous vraiment
que nous ne sommes pas à la hauteur suite à tout ce qu'on
fait pour eux ? Notre but ultime est la réussite de
chacun d'entre eux, années après années. Pourrions-nous
nous permettre de passer à côté de notre objectif
principal et de la raison de notre engagement dans cette
profession ? Plutôt que d'envoyer un mot blessant à
l'enseignante de votre enfant demain matin, dites-lui
donc merci ! Un simple merci qui accrochera sûrement
l'une d'entre elles encore quelques années. Un simple
merci qui deviendra synonyme d'espoir en l'avenir pour
une jeune enseignante comme moi qui veut croire à ses
rêves
d'enfance.
Un (rare)
hommage à l’école publique
Surprise :
un nouveau documentaire prend l’affiche demain à l’ONF, non
pas pour montrer du doigt l’école publique québécoise, mais
bien pour lui rendre hommage. Attention: il ne s’agit pas
ici de n’importe quelle école publique, mais bien d’une
petite école à vocation musicale de Sherbrooke, l’école
primaire du Sacré-Coeur, fréquentée par le réalisateur
Michel Lam lui-même, dans son enfance.
Dans ... et la musique, vous n’entendrez donc pas parler de
réforme, de décrochage, de taxage, ou de troubles
d’apprentissage. Au contraire : le réalisateur a choisi de
poser sa caméra sur trois jeunes, laissant défiler leur
quotidien en musique. L’angle est donc plus poétique que
politique. Quoique…
On y fait la connaissance du petit Alexis, six ans et
presque trois quarts, à sa découverte de la musique en 1re
année; de Rachel, 4e année, qui joue du piano jusque sur sa
table de cuisine; et d’AnneCatherine, 6e année, à la
sensibilité contagieuse. De la rentrée scolaire au spectacle
de fin d’année, Michel Lam nous transporte dans leurs cours
de violon, leurs classes de mathématiques, et leurs
interrogations de lecture. Leurs journées n’ont rien de
routinier: rarement sagement assis, ils sont plutôt toujours
debout, en groupe, à bouger ou à chanter. Même pour
apprendre le nom des os du corps humain, ils dansent… le
rap!
« Ce qui m’importait, c’était de parler de la place de l’art
dans la société, explique le réalisateur en entrevue. De
montrer que la culture, l’art, peuvent être utiles au
quotidien. » D’où le choix de son sujet, l’école
Sacré-Coeur, qui, de par sa vocation musicale, amène les
jeunes à être non seulement motivés, mais en prime à
« aimer
l’école » . « Il y a tellement d’aspec ts posit i fs : la
motivation, la rigueur, la discipline, le travail collectif,
le respect de soi, l’écoute, c’est innombrable.»
Même les garçons y trouvent leur compte, soul igne-t-i l . «
Les garçons ont besoin de bouger, mais pas nécessairement de
faire du sport. Ici, on change toujours d’activités : 30
minutes, et puis on passe à autre chose. »
En bon élève, Michel Lam a consulté une foule d’études sur
les bienfaits de la musique sur les enfants. Mais ce ne sont
pas les chiffres qu’il voulait communiquer. « Je voulais
qu’on le comprenne par le sentiment. Je voulais amener le
spectateur dans cet univers-là.»
Un univers selon lui drôlement motivant. Car finalement, il
ne faut pas grand-chose pour stimuler un enfant. Il suffit
d’« un programme qui amène l’enfant à s’impliquer, à
développer un sentiment d’appartenance avec l’école et avec
les groupes d’élèves qui l’entourent ».
Réaliste, Michel Lam sait toutefois très bien que toutes les
écoles primaires du Québec ne pourraient pas reproduire ce
modèle. Mais si seulement elles pouvaient s’en inspirer,
rêve-t-il...
Finir l’année scolaire en chantant
- Marie Allard
C’est
officiellement cet aprèsmidi que les grandes vacances
commencent pour le million d’élèves que compte le Québec.
Mais des jeunes de l’école secondaire Honoré-Mercier, dans
le sud-ouest de Montréal, ont fait la fête dès hier. Et
pour cause: c’était le lancement duCDde chansons qu’ils
ont eux-mêmes écrites, composées et interprétées, avec
l’appui d’artistes de Nuits d’Afrique.
PHOTOALAIN ROBERGE, LA
PRESSE
Travailler la grammaire, la
structure de phrase et l’argumentation, ça peut être
ennuyeux… sauf quand on écrit une chanson. Billel
Djerir, Dania Proulx, AlixOlivier Rigaud, Klaud Xhaferi,
Kamba-Mukulu Katchewela et Cynthia Létourneau-Bélanger,
élèves de l’école secondaire Honoré-Mercier, entouraient
le reggaeman Buntin Neil lors du lancement de leur CD,
hier.
Élection de Barack Obama, prostitutionjuvénile
enThaïlande, suicide chez les adolescents : les paroles
écrites dans le cours de français de 4e secondaire sont
d’un sérieux à faire rougir Lady GaGa. « Ma chanson
raconte une tuerie dans une école, parce que je trouve que
c’est important d’en parler, a témoigné Sara Lapalus, 16
ans. Si on est méchant avec un élève, ça peut mener à ça.
»
Alix-Olivier Rigaud, 17 ans, a chanté avec aisance un rap
dénonçant la violence conjugale. L’histoire d’une femme
qui cache « des bleus sur ses bras et un coquard sous ses
lunettes Dolce& Gabbana ». Quant à Klaud Xhaferi, 15
ans, il a abordé la dure réalité des enfants de Palestine
sur un air reggae. « Je suis fier de moi : c’est un gros
projet, pour lequel on a beaucoup travaillé », a dit le
jeune homme d’origine albanaise, après sa prestation.
Étudier la grammaire dans la joie
Écrire des paroles de chansons a motivé les élèves à
travailler l’argumentation, la structure de phrase et la
grammaire, a indiqué Julie Patenaude, l’enseignante
instigatrice du projet. Le parrainage d’artistes
bénévoles, comme le reggaeman Buntin Neil, a aussi
valorisé ces jeunes issus d’un quartier défavorisé. «
Beaucoup d’élèves n’ont pas d’hommes auprès d’eux, alors
c’était significatif que des hommes d’autres cultures leur
disent: ‘‘T’es capable! ’’ » a souligné Mme Patenaude.
Au total,
une cinquantaine de jeunes ont participé au projet, allant
jusqu’à proposer des illustrations pour la pochette du CD
intitulé Un chant d’espoir. « Vous êtes les mêmes élèves
que dans les écoles privées », a dit l’enseignante aux
adolescents, hier. « La différence, c’est qu’ils manquent
de confiance en eux, mais ils ont le même potentiel »,
a-t-elle assuré.
Pas de problème de cohabitation
L’école Honoré-Mercier – et ses élèves – en ont marre de
faire parler d’eux négativement. « Nous, on va là et on
sait qu’il y a plein de beaux projets, a fait valoir Sara
Lapalus. On n’a pas envie que les gens voient
HonoréMercier sur notre CV et disent : " Ahhhh… " avec
déception. C’est une bonne école! »
La clientèle de l’école a rapidement changé ces dernières
années. « Il y a 10 ans, il y avait deux élèves noirs dans
toute l’école », a dit Fouzia Sahrane, enseignante de
français. Aujourd’hui, l’école est multiculturelle « et il
n’y a pas du tout de problème de cohabitation », a assuré
Bruno Charreyron, directeur d’Honoré-Mercier.
Peu importe leur origine, tous avaient unmot en tête hier:
vacances. « On se sent libérés, a dit Alix-Olivier Rigaud.
C’est l’été, il faut beau et on va en profiter. » Son
répit sera de courte durée: dès lundi, l’adolescent
travaillera pour le ministère de l’Immigration, grâce au
programme Valorisation Jeunesse. « Je vais faire des
photocopies », a-t-il expliqué avec l’enthousiasme de la
jeunesse. Bon été à tous!
Transformation extrême d’un service de garde
- SYLVIA GALIPEAU
C’est
l’histoire d’un responsable de service de garde qui a
décidé, un beau matin, de mettre fin à sa routine et
de faire place à de nouveaux défis. En deux ans, il a
donc métamorphosé deux locaux avec l’aide de ses
élèves, incité ses jeunes à écrire un livre, bref, il
a complètement bouleversé la vocation de son service
de garde.
Alain Roy, technicien du service de garde de l’école
SaintJean-de-la-Lande, petite école primaire publique
de Rosemont, n’est pas un homme comme les autres. Pour
nous faire visiter son nouveau local plus tôt cette
semaine, il nous attendait, tout de noir vêtu, avec
une cape, un chapeau et une baguette en main. Pour
cause: son local, ce n’est pas une classe ordinaire,
c’est la classe de Harry Potter! Il faut le voir pour
le croire.
À peine la porte franchie, le visiteur (et imaginez
l’effet sur l’élève) pénètre littéralement dans un
autre univers : aux murs sont peints différents
personnages des romans ( Harry traversant le quai
93/4, le chien à trois têtes, Hagrid, Dobie) ; à
l’avant de la classe, sur un piédestal, se trouve le
bureau de la professeure Érutcel ( lecture à l’envers,
alias Françoise Tellier, l’éducatrice), elle-même
vêtue d’une cape et coiffée d’un chapeau de sorcière.
Partout, des araignées, grenouilles et autres serpents
viennent rappeler l’univers fantastique du jeune
sorcier. Dans un coin trône même une grande
bibliothèque remplie de livres fantastiques.
«
J’avais besoin de faire quelque chose de créati f.
Quelque chose qui me donnerait un élan. Et à moi, et
aux enfants », explique Alain Roy. C’était en janvier
2008. Il a choisi alors de s’attaquer au local bien
peu populaire (lire: full plate) de l’aide aux
devoirs, pour les jeunes de la 2e à la 6e année. « Une
heure pour les devoirs par soir, je trouvais ça ardu
pour les enfants », explique-t-il. Il a donc fait
participer les enfants à son aventure et en quelques
mois, après une période plus condensée de devoirs, par
petits groupes, ils ont fait la peinture, trouvé des
meubles, bref, ils ont transfiguré leur local.
L’enthousiasme était général. « Avant, c’était les
parents qui inscrivaient leurs enfants à l’aide aux
devoirs, maintenant, c’est les enfants qui veulent
venir ! »
Parce que l’aventure ne s’est pas arrêtée là. Alain
Roy a ensuite embarqué les élèves dans un projet
d’écriture de roman fantastique. En un an, toujours
après leur demiheure de devoirs, en équipes, certains
inventant, d’autres transcrivant ou illustrant, les
élèves ont donc pondu un vrai de vrai roman, Les sept
portes, qu’ils lancent justement cette semaine, pour
la Semaine des services de garde. « Ils sont tellement
fiers. Ils sont allés au bout. Ils ont accompli
quelque chose de grand. »
Pendant ce temps, il a aussi transformé un second
local en machine à voyager dans le temps pour les plus
grands de 4e, 5e et 6e. « Pour eux, c’est beaucoup
plus intéressant de rester au service de garde,
maintenant... »
« Nos enfants vivent dans la culture de l’immédiat,
analyse la directrice, Lina Fortin. Ils veulent un
skate, ils l’ont dans la semaine qui suit. Avec ce
genre de projet, ils arrivent à se projeter dans le
long terme. C’est très important de cultiver ça. »
Avis aux intéressés : Alain Roy s’est dit disposé à
répondre aux questions des curieux. « Oui, dit-il. Si
je peux inspirer des gens à mettre en place des
milieux de vie intéressants pour les enfant, pourquoi
pas? »
Documentaires -
PIERRE FOGLIA
Si je vous
dis: un documentaire sur l’enseignement de la musique dans une
école primaire de Sherbrooke ? Ne faites pas cette tête-là. Et
si je vous dis, en plus: un documentaire sur des enfants
trisomiques en expédition au Machu Picchu?
O.K. J’ai compris. Suffit que je dise documentaire et vous
faites la gueule. Je suis un peu comme ça aussi, remarquez. Eh
bien! on a tort. Surtout pour le premier des deux
documentaires dont je vais vous parler.
... et la musique est un film de Michel Lam produit par l’ONF,
qui prend l’affiche aujourd’hui à Montréal et Sherbrooke. ...
et la musique montre des enfants qui sont contents d’aller à
l’école, des profs qui sont contents d’enseigner. On veut bien
dans une fiction, mais dans un documentaire? Estce dire que
ces choses-là existent pour vrai? Oui, madame. Dans une école
privée alors? Non, madame. Ça se passe à l’école primaire du
Sacré-Coeur de la Commission scolaire de Sherbrooke, 600
élèves. On en suit trois: Alexis, 6 ans, Rachel, 9 ans et
Anne-Catherine, 11 ans. Le documentariste a eu l’intelligence
de ne pas en faire des vedettes, seulement des poissonspilotes
qui nous mènent aux autres. Les vraies vedettes du film, c’est
la musique, les instruments, l’école, l’enseignement, les
profs, un environnement, un état d’enseignement qui fera rêver
bien des parents, j’en suis sûr.
Ce n’est pas vraiment un film sur l’enseignement de la
musique, plutôt sur l’enseignement tout court, sur
l’éducation. On comprend tout de suite que ces enfants-là ne
deviendront pas des virtuoses, ce n’est pas l’idée non plus.
L’idée, magnifique, et même grandiose, est celle qui est au
coeur de tout projet éducatif : apprendre à apprendre. On
comprend tout de suite que ces enfants-là seront meilleurs en
français, en sciences, en mathématiques, grâce à la musique
certes, mais on comprend aussi que cela pourrait être grâce à
l’équitation, au tricot, à la littérature... Je dis n’importe
quoi exprès pour qu’on m’entende bien: apprendre à apprendre à
travers une passion.
Et on ne s’étonnera pas, bien sûr, que l’auteur de ce petit
bijou de film soit justement allé à cette école-là.
Ce qui rebute dans les documentaires, c’est souvent la
narration, souvent déclamatoire. Pensez au ton de l’émission
dominicale Découverte : oh! lala-la ma bobinette, ce ton-là.
Dans ... et la musique, il n’y a ni narration, ni
commentaires. On laisse parler les images.
Dans Trisomie 21 – Le défi Pérou, l’autre documentaire au menu
d’aujourd’hui, il y a un commentaire, et c’est dommage. Défi
Pérou est aussi, dans un certain sens, un documentaire sur
l’éducation. La nôtre. On nous montre de jeunes adultes
trisomiques en route vers le Machu Picchu qui n’est pas une si
haute montagne, mais qui se dresse, pour eux, comme un
Himalaya. Ce qu’on veut nous dire est évident: voyez, ils sont
capables.
C’est une bien folle idée d’avoir monté cette expédition. Il
ne m’étonne pas, d’ailleurs, qu’elle ait été parrainée par un
garçon que j’aime beaucoup, Jean-Marie Lapointe.
Vous ai-je
déjà parlé de JeanMarie ? Vous allez rire, JeanMarie, c’est ma
Susan Boyle à moi! Jean-Marie avait ( a encore ?) tout pour me
faire hurler. Fils de. Beau comme le sont les vedettes
chromées des émissions de télé que je ne regarde jamais.
Animateur, comédien, et je ne sais trop quoi d’autre dans ce
milieu-là. Le hasard a voulu qu’on se croise à Sainte-Justine,
il y a quelques années, au chevet d’un ado en train de mourir
d’un ostéosarcome, Jean-Marie comme bénévole de Leucan, moi
comme voisin de ce garçon qui s’appelait Timothée, décédé en
2003. Il faut que tu écrives un papier sur Jean-Marie, m’avait
demandé Timothée avant de mourir...
Qu’est-ce que tu veux que je dise?
Qu’il est absolument formidable. C’est mon héros.
Jean-Marie a illuminé les derniers mois de la courte de vie de
Timothée. Je ne le lui ai jamais dit, mais il est devenu mon
héros aussi. Vous dites bonté et je pense à Jean-Marie, et
aussi, je rougis un peu du regard que je poserais sur lui
aujourd’hui si je ne l’avais pas croisé dans la chambre de
Timothée. Ma Susan Boyle, vous dis-je.
Pourquoi je vous raconte ça? Pour vous dire qu’on a tous une
(ou deux, ou trois ou 25) Susan Boyle dans son placard. Et
aussi qu’il est dans l’ordre de retrouver Jean-Marie Lapointe
au coeur d’une expédition aussi sautée que Défi Pérou.
Une demi-douzaine de trisomiques chacun flanqué d’un moniteur,
et hop, on monte vers le Machu Picchu par des sentiers qui
longent des gouffres vertigineux. Justement une trisomique a
le vertige, pas grave ma grande, regarde pas en bas.
Ceux qui aiment les cartes postales trouveront les images
magnifiques – on est dans les Andes –, mais même ceux qui ne
les aiment pas applaudiront à la réussite de l’expédition et
peut-être même essuieront une petite larme.
Peut-être aussi que si je n’étais pas la tête vache que je
suis, personne n’eût relevé ce que le commentaire de ce
documentaire a parfois d’agaçant. Peut-être que je suis tout
seul à n’en plus pouvoir du discours mille fois rabâché du
parent d’enfant handicapé qui redit une autre fois combien ces
enfants admirables rendent leurs parents... admirables aussi.
Ben oui, ben oui. On a compris. Que vous avez donc de la
chance d’avoir des enfants trisomiques plutôt que des enfants
mongols comme les nôtres.
Élèves « abandonnés »
Les changements fréquents de prof
durant l’année affectent le rendement et la motivation des
jeunes - Sarah Perrault
L’auteure, une mère de Montréal, a fait parvenir cette
lettre à la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, en
réaction au dévoilement de son plan sur la persévérance et
la réussite scolaires.
Mon fils aîné fréquente une école primaire de la Commission
scolaire de Montréal depuis septembre 2006. Trois ans plus
tard, les mots «abandon scolaire» ont pris pour moi un
nouveau sens… un sens inattendu!
En trois ans, mon fils a eu plusieurs enseignantes: deux en
maternelle, une en première année et trois en deuxième
année. Et je ne parle pas ici de suppléantes. Les causes de
ces changements en cours d’année scolaire? Maladie,
maternité, retraite, promotion…
L’une d’elles avait accepté un poste de conseillère
pédagogique au printemps dernier et, bien que son souhait
était de terminer l’année au sein de sa classe, cela lui
était impossible. Selon ses dires, c’était à prendre ou à
laisser. Les intérêts de la commission scolaire sont donc
passés avant ceux des enfants.
Or, ces multiples changements n’ont pas été sans conséquence
pour les élèves: perte d’intérêt, désinvestissement, perte
de temps. En mai dernier, un mois après l’arrivée de la
troisième enseignante de deuxième année, mon fils écrivait
plus mal et faisait plus de fautes qu’à la fin de sa
première année. Et il n’était plus motivé à faire ses
devoirs. Mon garçon aime pourtant l’école; c’est un enfant
qui réussit plutôt bien. Imaginez maintenant l’attitude et
le rendement scolaire des enfants les moins motivés de sa
classe…
Aussi bien dire qu’en 2009, l’année scolaire de tous les en
fa nts de cette classe de deuxième année s’est terminée en
avril plutôt qu’en juin. Malgré tout, ils ont eu de la
chance, car des élèves voient défiler jusqu’à CINQ
enseignants par année! Et cette situation, vous vous en
doutez bien, n’est pas unique à l’école que fréquente mon
fils…
Je ne
connais aucun enfant du primaire dont le parent puisse
dire que son rendement scolaire et sa motivation n’ont pas
été affectés par un changement d’enseignant en cours
d’année. Qui doit-on blâmer? Les enseignants? Non! Ils ont
leur travail et le sort de leurs élèves à coeur. Mais,
tout comme les enfants, ils sont pris dans un système et
plusieurs sont révoltés par cette situation. Car comment
peut-on penser mener les enfants sur le chemin de la
réussite scolaire si on les abandonne ainsi?
Les commissions scolaires et le ministère de l’Éducation
ontils déjà évalué les impacts à court et à long terme de
ces multiples changements d’enseignants en cours d’année
au primaire? Des changements qui, loin de servir les
intérêts des enfants, ne répondent qu’aux besoins d’un
système. Et quel message tous ces chambardements
véhiculentils? «Je m’engage, je débarque, pas grave!
Arrange-toi avec tes troubles!» Pas étonnant que nos
jeunes décrochent!
Les meilleures réformes, les meilleurs plans, les
meilleurs programmes, resteront vains tant qu’ils ne
seront pas portés par des individus faisant «figure
d’attachement scolaire». À faire vivre ainsi des abandons
répétés alors qu’ils commencent leur « vie scolaire », nos
enfants finiront par souffrir de « troubles d’attachement
scolaire ». Autrement dit, ils perdront confiance… et
débarqueront à leur tour !
Il est plus que temps que le ministère de l’Éducation, les
commissions scolaires et les syndicats se penchent sur ce
problème qui, avec le départ d’enseignants à la retraite
et l’arrivée de jeunes enseignantes (qui aiment les
enfants et en veulent!) ne fait que s’accentuer. Il existe
sûrement des solutions qui permettraient davantage de
tenir compte de ces réalités, sans pénaliser nos jeunes.
Pour le moment, ceux-ci ne semblent être qu’une
marchandise servant à faire fonctionner une institution –
l’école – au service d’un système.
Mme Courchesne, vous voulez mener nos jeunes sur le chemin
de la persévérance et de la réussite scolaires ? Commencez
par vous assurer que la route est carrossable !
Impacts de l'emploi étudiant
Impact sur les résultats scolaires
Quand les
parents ont le choix, devraient-ils encourager leurs
adolescents à travailler durant l’été ou leur permettre de
se reposer en subventionnant leurs activités ? Les rares
études sur le sujet donnent des résultats contradictoires.
Une étude récente de l’Université d’État de l’Iowa a conclu
que concentrer le temps de travail pendant l’été permet aux
adolescents d’éviter les effets négatifs du travail à temps
partiel pendant l’année scolaire – essentiellement
l’absentéisme en classe et la faible participation aux
activités parascolaires éducatives ou sportives – mais ne
confère pas d’avantage par rapport aux élèves qui ne
travaillent pas. Mais une petite étude de l’Université de
Louisville avance que ceux qui travaillent durant l’été ont
une meilleure estime de soi et moins de conflits familiaux
que ceux qui ne travaillent pas.
Plus de blessures chez les adolescents
Les jeunes
adolescents sont particulièrement susceptibles de se
blesser au travail. Des épidémiologistes de l’Université
de la Caroline-du-Sud se sont penchés sur les cas
d’enfants de 10 à 14 ans, dont le travail d’été est
souvent limité à de petits contrats comme la tonte de
gazon ou la livraison du journal. Près d’un adolescent sur
15 a dit s’être blessé suffisamment pour que ses activités
soient compromises pendant plus de trois jours. Ce taux
anormalement élevé rend nécessaire la réévaluation de
l’interdiction de travailler avant 15 ou 16 ans
généralement en vigueur en Amérique du Nord, avancent les
auteurs de l’étude, publiée dans la revue Occupational and
Environmental Medicine : cette interdiction crée une zone
grise qui échappe aux règlements de santé et de sécurité
du travail.
Les anglophones réussissent mieux -
Ariane Lacoursière
Alors
que les cégépiens francophones peinent à réussir
l’épreuve uniforme de français, les collégiens
anglophones n’ont été que 8,4% à échouer à une épreuve
équivalente en anglais en 2008-2009. « Je ne sais pas
quelle est la raison qui explique que les Anglais ont
de meilleurs résultats. Mais la langue n’est pas le
seul domaine où ils ont de meilleures notes... » dit
le président de la Fédération nationale des
enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ),
Jean Trudelle.
La ministre de l’Éducation ,
Michelle Courchesne, reconnaît que les critères
d’évaluation de l’épreuve uniforme de français ne
sont pas assez sévères. Elle envisage de hausser les
exigences du test.
Les élèves anglophones obtiennent de meilleurs
résultats dans toutes les sections de l’épreuve, sauf
dans la « structure du texte » où leur taux d’échec
(3,1%) est plus élevé que chez leurs collègues
francophones (0,8%).
Mais
pour Suzanne Chartrand, professeure à la faculté des
sciences de l’éducation de l’Université Laval, il est
normal que les élèves francophones réussissent la
partie structure de texte. « Ils pratiquent la recette
des tonnes de fois », dit-elle.
Pour la directrice des communications de la Fédération
des cégeps, Caroline Tessier, les anglophones
réussissent mieuxannéeaprès annéeparce que les
évaluations ne sont pas tout à fait comparables.
« Les textes à analyser en f rançais sont un peu plus
difficiles. Et la tâche demandée est aussi un peu plus
complexe en français », avance-t-elle.
À court d’histoire ANDRÉ PRATTE
L’enseignement
de l’histoire dans les écoles reste déficient.
On déplore souvent le peu de place accordé à l’histoire dans
l’enseignement au Québec. Pourtant, selon une nouvelle étude
de l’Institut Dominion, le Québec est la province qui donne
le plus d’importance à l’histoire duCanada dans ses écoles
secondaires.
Dans ce Bulletin en histoire du Canada, notre province se
classe au premier rang. Les chercheurs soulignent que le
Québec est la seule province imposant deux cours
obligatoires d’histoire du Canada aux étudiants du
secondaire.
Le nouveau programme « Histoire et éducation à la
citoyenneté », qui a fait localement l’objet de vives
critiques, trouve grâce aux yeux des gens de l’Institut.
Selon eux, ce programme « est le résultat d’un travail très
réfléchi qui souligne avec force la nature et l’importancede
l’histoire en tant que discipline scolaire ». Ils se
réjouissent aussi, avec raison, du fait que « la portée du
nouveau programme scolaire en histoire est plus nationale
que jadis », l’adjectif « nationale » étant ici employé au
sens de « canadienne ».
La plupart des autres provinces n’exigent qu’un seul cours
d’histoire canadienne au secondaire, et encore. En
Nouvelle-Écosse, les élèves peuvent choisir parmi les cinq
cours suivants: histoire du Canada, études afro-canadiennes,
études gaéliques, études acadiennes et études des Mi’maq. En
Saskatchewan, le cours obligatoire de sciences humaines
couvre 8000 ans d’histoire internationale. À Terre-Neuve et
Labrador, le cours imposé porte surtout sur l’histoire du
Canada atlantique plutôt que sur celle du pays dans son
ensemble.
Bref, sur
papier, l’enseignement de l’histoire ne se porte pas si
mal au Québec. Il faudra voir comment le nouveau programme
est vraiment enseigné en classe. Le Bulletin de l’Institut
Dominion souligne que « le programme demeure vague quant
aux résultats attendus ». Il n’indique pas, par exemple,
combien de temps doit être consacré à chaque thème.
Les sondages menés dans le passé par l’Institut n’ont pas
montré que les Québécois connaissaient mieux leur histoire
que les autres Canadiens. Par exemple, seulement 31%
d’entre eux peuvent nommer le premier premier ministre du
Canada ( John A. Macdonald), contre 58% de l’ensemble des
Canadiens. À peine un Québécois sur cinq sait qui fut le
premier francophone à accéder au poste de premier ministre
du pays (Wilfrid Laurier).
Des résultats aussi mauvais indiquent que l’enseignement
de l’histoire dans les écoles reste déficient. Ilsmontrent
surtout que l’histoire est un sujet tellement vaste et
complexe que son enseignement ne doit pas dépendre du seul
milieu scolaire. Si l’on souhaite que les Canadiens
connaissent mieux leur passé, l’histoire doit être
diffusée et valorisée partout: dans les familles, dans les
médias, dans les musées, dans la rue.
Il serait important, aussi, que les programmes d’histoire
fassent l’objet d’échanges approfondis entre les
spécialistes des différentes provinces. L’histoire qu’on
enseigne à l’école ou ailleurs tend trop souvent à
confirmer nos mythes. Rien n’est plus utile pour s’ouvrir
à l’autre que de comprendre comment cet autre voit les
mêmes faits, sur quels mythes historiques sont fondées ses
opinions d’aujourd’hui.
L’éducation financière, une nécessité - Jacques
Ménard
On se doit d’inculquer des notions d’épargne,
d’investissement, d’endettement et de plan de retraite,
surtout aux jeunes
Le Groupe de travail sur la littératie financière a pour
mandat de soumettre au ministre des Finances du Canada des
propositions pour améliorer les connaissances des Canadiens en
matière d’économie et de finances. On parle de quoi exactement
? On parle d’épargne, d’investissement, d’endettement et de
plan de retraite, mais aussi comment éviter les pièges pour ne
pas dire les arnaques qui ont engouffré récemment les
économies de toute une vie d’un grand nombre de personnes. Le
sujet est d’une actualité criante.
Selon un sondage SOM réalisé en 2009 dans tout le Québec, 60%
des 25-44 ans croient qu’ils pourront maintenir leur niveau de
vie au moment de leur retraite. Pourtant, près de trois
Québécois sur quatre ne se sont fixé aucun objectif en matière
de planification de retraite. Un trop grand nombre préfère
s’en remettre plutôt à la pensée magique pour assurer ses
vieux jours. Lunettes roses, dites-vous?
Selon l’Institut de la statistique du Québec, le taux
d’épargne des Québécois était à 3,1% au troisième trimestre de
2009. L’endettement à la consommation moyen des Québécois
atteignait presque 10 000$ ou un taux de 40%. J’ai bien dit
endettement à la consommation, c’est-à-dire, le total du
crédit à la consommation sur le revenu disponible. C’est ce
qui s’appelle carrément vivre au-dessus de ses moyens.
Faut-il rappeler que le taux d’épargne a connu une chute à peu
près constante depuis le début des années 80, où il se situait
autour de 20%, et ce dans des conditions bien particulières,
soit des taux d’intérêt records . Par la suite, des taux
d’intérêt en baisse, l’accès plus facile au crédit et des taux
de taxation de plus en plus élevés ont eu pour effet de faire
diminuer l’épargne qui, selon les années, a parfois oscillé
autour de 5%. Pour compléter le tableau, une étude récente
révèle que les Québécois comptent parmi les Canadiens les
moins enclins à être préoccupés par leur endettement actuel.
L’éducation financière devient une nécessité. Notre groupe de
travail vient de publier un document de consultation intitulé
Cibler l’excellence, plan d’action pour renforcer la
littératie financière au Canada. Nous allons bientôt amorcer
une tournée de consultation dans plusieurs régions du Québec.
Le but : obtenir votre opinion, vos suggestions, vos idées sur
les meilleurs moyens d’améliorer l’éducation économique nos
concitoyens.
Vous pouvez nous faire part de vos commentaires
(www.litteratiefinanciereaucanada.com), participer à nos
forums d’échanges ou nous soumettre un mémoire.
Les jeunes me préoccupent tout particulièrement. Plus de la
moitié de nos jeunes du secondaire occupent un emploi à temps
partiel. Encore plus au cégep. Je l’ai déjà dit: danger!
Danger pour les études et danger de croire que quelques
dollars en poche à cet âge procurent les clefs du monde sur un
plateau d’argent. Félicitations à la Fédération des chambres
de commerce du Québec pour son initiative d’inciter sesmembres
à la plus grande prudence dans l’embauche d’étudiants à temps
partiel.
Par contre, c’est avec beaucoup d’étonnement que tous ont
appris que le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport
(MELS) avait supprimé en juin dernier le cours d’initiation à
la vie économique dispensée en cinquième secondaire. C’est
justement à cet âge que les jeunes ont le plus besoin de
connaissances pour les guider dans leurs transactions
financières et l’achat d’appareils électroniques ou autres.
Ils sont à l’âge où ils peuvent devenir des proies faciles
pour les gens sans scrupules qui cherchent à leur vendre le
moyen miraculeux pour réaliser leurs rêves d’adolescents.
C’est à cet âge que se prennent les bonnes et les mauvaises
habitudes.
Au ministère, on m’assure que le contenu du cours d’économie
sera réparti entre l’enseignement de plusieurs matières.
Croisons-nous les doigts et espérons que les notions
d’économie et de finances ne se perdront pas dans les dédales
insondables des connaissances transversales.
Requiem pour le cours d’économie
ENSEIGNEMENT AU SECONDAIRE
La cloche qui marquera la fin des classes, d’ici quelques
jours, sonnera aussi le glas du cours d’économie en
cinquième secondaire.
Obligatoire depuis 1982, le cours
d’Éducation économique de 5e secondaire disparaîtra à la
rentrée 2009. Mais une partie de la matière du défunt
cours sera greffée dans le programme du nouveau cours
intitulé Monde contemporain.
Obligatoire depuis 1982, le cours d’Éducation économique
disparaîtra à la rentrée 2009. Mais une partie de la
matière du défunt cours sera greffée dans le programme du
nouveau cours intitulé Monde contemporain.
Ce cours orienté sur l’actualité sera une macédoine de
différentes disciplines de sciences humaines, comme la
géographique, la politique, l’histoire et l’économie. La
matière s’articulera autour des thèmes de l’environnement,
la migration des populations, le pouvoir des États, les
zones de conflit, et la répartition de la richesse.
Ce dernier thème présentera de grandes similitudes avec le
volet sur l’économie internationale de l’ancien programme,
précise Manon Fradette, vice-présidente à l’économie et au
monde contemporain de l’Association québécoise pour
l’enseignement en univers social (AQEUS).
Rien ne se perd...
Mais les professeurs du cours Monde contemporain devront
laisser tomber d’autres volets importants de l’ancien
cours d’économie. Toutefois, il est possible que certains
concepts abandonnés soient récupérés par les professeurs
d’autres matières.
Cela est d’autant plus probable que les professeurs de
toutes les matières, de la maternelle jusqu’en cinquième
secondaire, doivent intégrer dans leur cours les cinq
grands « domaines généraux de formation » qui ont un lien
avec la vie quotidienne de jeunes. Deux de ces domaines
recoupent des notions d’économie, soit Consommation et
environnement ainsi que Orientation et entrepreneuriat.
Concrètement, cela signifie qu’un professeur de
mathématique pourrait présenter des calculs de taux
d’intérêt, ou encore utiliser des grilles de calcul
budgétaire. En français et en anglais, les enseignants
pourraient se pencher sur le thème de la consommation.
« Cela amène quand même une incertitude: quand tout le
monde s’en occupe, qui est responsable? » indique Mme
Fradette.
D’ailleurs, certains professeurs d’économie ont encore du
mal à digérer le retrait du cours obligatoire de cinquième
secondaire, particulièrement le volet qui porte sur la
consommation. « C’est un peu triste, avoue Mme Fradette.
Mais il y a autre chose d’intéressant dans le nouveau
programme. »
Reste que
certaines écoles ont jugé bon de mettre au point un cours
maison qui reprendra les notions clés de l’ancien cours
d’économie : produit intérieur brut, loi de l’offre et de
la demande, productivité, syndicalisme, placement,
endettement, etc.
D’autres enseignants animeront des activités parascolaires
à saveur économique et financière. Par exemple, la
simulation boursière Bourstad permet aux étudiants de
faire leurs premières armes en gestion de portefeuille.
Cette année, plus 4000 jeunes ont participé au concours
partout au Québec.
Ressources internet
Les professeurs qui veulent aborder l’univers de la
consommation et des finances pourront s’abreuver sur le
web.
L’an dernier, l’Agence de la consommation en matière
financière du Canada (ACFC) a développé La Zone, une
ressource éducative en ligne, destinée aux jeunes et aux
professeurs (
www.themoneybelt.ca/theCity-laZone/fra/ouverture-fra.aspx).
Le cours ludique a été créé avec la Commission des valeurs
mobilières de la Colombie-Britannique. Il est déjà utilisé
par les enseignants du cours Planning 10: Finances, que
tous les élèves de 10e année doivent suivre en
Colombie-Britannique.
L’ACFC souhaite adapter le programme pour qu’il
corresponde au curriculum de chaque province. « Le but
ultime, c’est que les professeurs l’utilisent », dit la
porteparole de l’ACFC, Sylviane Desparois.
L’Agence est en discussion avec l’Autorité des marchés
financiers (AMF). « On voit cela d’un très bon oeil. On
voudrait adapter le programme à la sauce du Québec »,
affirme le porte-parole de l’AMF, Sylvain Théberge.
L’AMF
Cela dit, l’AMF a déjà son propre site web d’information
financière pour les jeunes ( http ://www.tesaffaires.com).
Environ 3500 jeunes et professeurs le consultent chaque
mois. De plus, une équipe mobile de l’AMF livre des
conférences en milieu scolaire (surtout dans les cégeps,
mais aussi au secondaire). Cette année, l’équipe a fait 36
sorties qui ont rejoint quelque 1500 jeunes auditeurs.
Test de français plus difficile : Hécatombe en vue
chez les futurs profs - Marie Allard
Le
taux d’échecs est plus élevé avec le nouvel examen
national de français
C’est à pa r ti r de cet automne que les f ut u rs
enseig na nts doivent réussir un nouvel examen
national de français. Mais déjà, 14 étudiants de l’
Université de Sherbrooke ont été suspendus après avoir
échoué au Test de certification en français écrit pour
l’enseignement (TECFEE) lors de sa période de
validation, a appris La Presse. Les nombreux échecs au
nouvel examen font craindre l’hécatombe dans les
départements d’éducation.
PHOTO REUTERS
Avant, les étudiants qui «
coulaient » les tests de langue devaient souvent
simplement suivre un cours d’appoint pour corriger
leurs lacunes. Désormais, la réussite au TECFÉE est
exigée avant d’entreprendre la troisième année
d’étude.
« Les taux d’échecs sont plus élevés qu’avec les
anciens tests », a confirmé à La Presse Michel D.
Laurier, doyen de la Faculté d’éducation de
l’Université de Montréal. C’est lui qui dirige
l’implantation du nouvel examen national de français
pour futurs enseignants, obligatoire à partir de cet
automne.
« Notre test est plus difficile, a-t-il reconnu. Ça
correspond à une volonté du ministère de l’Éducation
et aux attentes sociales, de s’assurer que les
enseignants maîtrisent bien le français. »
Or, les résultats étaient déjà désastreux avec les
anciens tests de français, qui variaient d’une
université à l’autre. En 2007, 48% des futurs
étudiants en enseignement de l’Université de Montréal
avaient échoué à un test diagnostique d’entrée, comme
le tiers des futurs profs de primaire de l’Université
Laval. À l’Université de Sherbrooke, 40% des étudiants
en éducation n’avaient pas eu la note de passage à un
test linguistique en 2006.
Moins de 50 % de réussite
C’est pire avec le nouveau Test de certification en
français écrit pour l’enseignement (TECFEE). Une
quarantaine d’étudia nts se sont portés volontaires
pour le passer en novembre dernier à l’Université
Laval. «Nous ne vous cacherons pas que les résultats
ont été très décevants, moins de 50% de réussite », a
indiqué François Lépine, coordonnateur du Centre de
développement des compétences langagières de
l’Université Laval.
Le test a ensu ite « été révisé », a-t-il précisé.
Puis, il a été implanté dans les universités de
Sherbrooke, de Montréal et à l’UQAM, qui n’ont pas
révélé leurs résultats à La Presse. « Le taux d’échecs
est plus élevé, mais je ne peux pas vous dire de
combien. Les analyses sont encore en train de se faire
», a expliqué M. Laurier.
« Même
si les chiffres sont gardés secrets, on sait qu’on
s’en va vers un mur, a indiqué Simon Forget, président
de l’Association des étudiants de la Faculté des
sciences de l’éducation de l’UQAM. Il y a un très fort
taux d’échecs. »
Suspension après trois échecs
Avant, les étudiants qui «coulaient» les tests de
langue devaient souvent simplement suivre un cours
d’appoint pour corriger leurs lacunes. Désormais, la
réussite au T ECF EE est exigée avant d’entreprendre
la troisième année d’étude. Après trois échecs,
l’étudiant est suspendu du programme d’enseignement
pendant un an. Il a ensuite droit à une ultime chance
de se reprendre avant l’exclusion définitive.
« Ça va être une catastrophe dans toutes les facultés
d’éducation, tant pour ce qui est de la poursuite des
cours que de la diplomation », a prédit M. Forget. Dès
janvier, la cohorte de 2008 de l’UQAM en sera à sa
troisième passation du test et les suspensions
pourront suivre, a-t-il indiqué.
À l’ Université Laval, les étudiants de 2008 ont passé
le TECFEE pour la première fois les 12 et 13 septembre
derniers. « Pour cette raison, il est évident qu’aucun
étudiant n’a été exclu de son programme à ce jour, a
souligné M. Lépine. La situation sera différente en
mai ou juin 2010. »
Effet sur l’attraction de la profession
M. Laurier est conscient du problème. « Ça pourrait,
effectivement, avoir un effet pour ce qui est de la
déperdition en cours de formation, a-t-il dit. Ça peut
aussi avoir un autre effet sur l’attraction de la
profession. Ce n’est pas impossible qu’à un moment
donné, les gens se disent : Je n’irai pas en
enseignement parce que je risque d’échouer à l’examen
de français. »
En revanche, les candidats qui se présenteront
maîtriseront sûrement mieux la langue ? « C’est
l’objectif, a dit M. Laurier. En même temps, on a
besoin d’enseignants. »
Quatorze étudiants suspendus à l’Université de
Sherbrooke
Juste avant la rentrée, Maxime Duranleau, 25 ans, a
appris qu’il était suspendu du baccalauréat en
adaptation scolaire commencé en 2007 à l’Université
de Sherbrooke. Il a échoué au nouveau Test de
certification en français éc rit pou r
l’enseignement (T ECF EE), obtenant 60 % lors de sa
première tentative le 4 mai, puis 65 % le 8 août. Le
hic, c’est que la note de passage exigée est de… 70
%. Un total de 14 étudiants de Sherbrooke ont été
suspendus pour un an.
Ce test n’entre officiellement en vigueur que cet
automne au Québec, mais l’Université de Sherbrooke a
participé à sa validation dès l’an dernier. Maxime
estime que cela lui a causé préjudice.
« L’Université ne nous a pas fourni de guide ou
d’outils avant l’examen, a-t-il indiqué. J’ai suivi
des cours privés, mais les professeurs ne savaient
pas ce qui serait testé. » Ailleurs – à l’UQAM, à
l’Université du Québec à Trois-Rivières et à
l’Université Laval – les cohortes de 2007 n’ont pas
à réussir le TECFEE.
« Peut-être n’y avait-il pas d’information sur le
TECFEE, mais ça reste toujours des tests de français
», a fait valoir Julie Desja rd i ns , v ice-doyen
ne à la formation à la Faculté d’éducation de l’
Université de Sherbrooke. Les étudiants suspendus
ont eu plusieurs occasions de se reprendre, a-telle
ajouté.
En effet, Maxime a échoué deu x fois à l ’a n c ie n
test CEFRANC avant de se frotter au TECFEE. Quant au
total de 14 expulsions, « c’est comparable à avant
», a souligné Mme Desjardins.
Situation extrêmement dramatique
En fave u r de l ’e x a me n national de français,
l’Association générale des étudiants de la Faculté
d’éducation de l’ Université de Sherbrooke demande
néanmoins «de nouvelles mesures » pour aider les
futurs profs à mieux maîtriser la langue.
L es étudia nts suspendus devraient aussi pouvoir su
iv re cer t a i n s cou r s , « à titre d’étudiants
libres par exemple », a dit Soraya-Kim R a ncou r t
, v ice-présidente aux affaires académiques de
l’Association.
« C’est sûr que c’est une situation extrêmement
dramatique pour les étudiants, a reconnu Mme
Desjardins. On est en train de mettre sur pied une
liste de ressources, pour ceux qui n’ont pas prévu
de plan B. Pour qu’ils sachent ce qu’ils peuvent
faire. »
Maxime
a une dernière chance de réussir le TECFÉE, le 4 mai
2010. D’ici là, il t r ava i l lera à te mps plei n
dans une quincaillerie pour rembourser ses dettes
d’études, qui s’élèvent à 25 000 $. « Je pense qu’en
restant aux études, avec les nombreux travaux à
faire, ça aurait été plus propice au
perfectionnement de mon français », a-t-il souligné.
Pour mieux aider les futurs profs...
Des
mesures « sont en place actuellement dans les
universités pour soutenir les étudiants » qui passent le
nouvel examen national de français et « pallier, si
c’est le cas, les difficultés », a assu ré hier le
cabinet de la ministre de l’Éducation.
Tel qu’indiqué da ns La Presse hier, les taux d’échecs
au Test de certification en français écrit pour
l’enseignement (TECFÉE) sont élevés. Moins de 50 % des
volontaires qui l’ont passé l’an dernier à l’Université
Laval ont obtenu la note de passage. Or, la réussite de
l’examen est obligatoire depuis cet automne pour
enseigner.
« Bien sûr, il y aura pondération des résultats, a
estimé G érald Boutin, professeur à la Faculté des
sciences de l’éducation de l’UQA M. Le contraire serait
étonnant : on a besoin d’enseignants. »
L’aide aux futurs profs doit néanmoins être accrue « dès
leur entrée au baccalauréat », a souhaité Manon Bernard,
présidente de la Fédération des syndicats de
l’enseignement (FSE). « Il faut savoir quels sont leu rs
besoi n s et m ieu x les encad rer », a-t-elle indiqué.
Une suggestion que la ministre Michelle Courchesne a
entendue. Elle doit « rencontrer les doyens des facultés
et départements d’éducation et aura des échanges sur ce
sujet avec eux » à la fin d’octobre, a précisé Kim
Ledoux, son attachée de presse.
Québec
veut rehausser la maîtrise de la langue des enseignants
en imposant un test national depuis plusieurs années. Au
printemps 2008, l’examen auquel travaillait la TÉLUQ
depuis trois ans a toutefois été rejeté par les
universités et le Ministère. C’est son coût (115$ par
passation) qui a motivé cette mise au rancart. Mais son
taux d’échec élevé (70% pour une version préliminaire
testée par des étudiants de l’Université de Montréal) a
également été montré du doigt.
La première partie du test consiste à répondre à 60
questions portant sur «l’orthographe grammaticale et la
morphologie», la syntaxe et la ponctuation,
«l’orthographe lexicale» et le vocabulaire. Dans la
seconde, il faut faire une rédaction de 350 mots,
évaluée selon sa clarté, sa structure, sa pertinence
(40% des points) et la maîtrise de la langue (60%). Tous
les futurs profs – pas seulement ceux qui enseigneront
le français – doivent désormais réussir cet examen.
Mieux payer les profs
Pour attirer des cracks du français, revaloriser la
profession enseignante est essentiel, selon Pierre
St-Germain, président de la Fédération autonome de
l’enseignement ( FA E). « À partir du moment où on
améliorera les conditions de travail, le bassin de
candidats potentiels à l’enseignement va s’agrandir »,
a-t-il souligné.
Cela ne règlera toutefois pas les lacunes d’une bonne
part de la population. « Il faut donner un coup de barre
aux programmes de français, a dit M . St-G ermain. Les
difficultés qu’on rencontre dans les universités, c’est
un indice de la déficience des programmes mis de l’avant
depuis 30 ans. »
Aller se former à Vancouver... et y
enseigner - Marie Allard
De
nombreux enseignants québécois sans brevet vont
chercher une formation en Ontario, comme l’a écrit
La Presse hier, mais également ailleurs au Canada,
où le programme en pédagogie est moins long qu’ici.
François Clark, enseignant d’histoire et de
géographie, est allé à Vancouver faire un Teaching
Degree d’un an.
Même s’il avait un bac en histoire et trois ans
d’expérience comme prof, Québec lui demandait de
faire un baccalauréat en enseignement pour avoir
droit au brevet. « Il n’était pas question que je
retourne deux, trois, voire quatre ans sur les bancs
d’école », a témoigné M. Clark.
Après ses études à Vancouver, il a été embauché
là-bas à temps plein dans une école offrant
l’immersion française. « Le système d’éducation
public est franchement meilleur ici, étant donné que
les écoles privées ne sont pas subventionnées comme
au Québec », a-t-il dit.
Selon Bernard Tremblay, directeur des relations du
travail à la Fédération des commissions scolaires, «
il y a vraiment un problème de valorisation de la
profession enseigna nte et des écoles publiques. Au
départ, encore faut-il que les gens aient le goût de
venir travailler dans nos écoles ! Or, les médias en
général ne montrent pas les bons coups des écoles,
mais la violence, les contraintes, les situations
difficiles… »
«
Il est évident que pour régler le problème de manque
de personnel et attirer davantage de candidats en
enseignement, la profession enseignante doit être
plus attrayante », indique pour sa part Manon
Bernard, présidente de la Fédération des syndicats
de l’enseignement, dans un communiqué.
« Au-delà des enseignants qu’on a de la misère à
aller chercher, il faut penser à tous ceux qu’on a
de la difficulté à conserver », ajoute Pierre
St-Germain, président de la Fédération autonome de
l’enseignement (FAE).
Manque d’étudiants en enseignement à l’UQO
La Presse a par ailleurs appris que l’Université du
Québec en Outaouais (UQO) prévoit bientôt offrir une
maîtrise qui permettra aux enseignants d’anglais et
d’autres matières qui n’ont pas de brevet de
l’obtenir. « On attend la suite que va donner la
ministre de l’Éducation à cette possibilité », a dit
Denis Dubé, vicerecteur à l’enseignement et à la
recherche de l’UQO.
« On a du mal à recruter des étudiants pour
l’enseignement au secondaire, a indiqué M. Dubé. Le
contingent qui nous est alloué est de 80 étudiants
par année et on peine à en recruter la moitié. »
DE PLUS EN PLUS DE PROFS SANS PERMIS -
Marie Allard
On
savait déjà que plus de 2200 professeurs sans brevet
enseignent chaque année dans les écoles du Québec
grâce à des « tolérances d’engagement ». La Presse a
appris que plus de 1500 autres profs non légalement
qualifiés enseignent, depuis avril 2006, en vertu «
d’autorisations provisoires d’enseigner ». Nombre
d’entre eux voudraient acquérir leur formation en
pédagogie mais ne sont pas prêts à retourner quatre
ans à l’université, ce qu’exige Québec. Solution :
s’exiler en Ontario, où la formation ne dure que
huit mois.
Au lendemain de la Journée mondiale des enseignants,
un constat s’impose : les pénuries sont toujours
aussi vives dans ce secteur au Québec. Près de 2240
professeurs sans brevet ont enseigné, l’an dernier,
grâce aux «tolérances d’engagement» que le ministère
de l’Éducation (MELS) a délivrées.
PHOTO ROBERT
MAILLOUX, ARCHIVES LA PRESSE
Détentrice d’un baccalauréat
en études anglaises, Karyne Gamelin enseigne cette
matière depuis cinq ans. Elle n’a toutefois pas
droit au brevet, parce qu’elle n’a pas fait de bac
en pédagogie. Elle attend en vain, depuis un an,
l’ouverture d’une maîtrise menant à l’obtention du
brevet pour les profs d’anglais.
Ce n’est pas tout : La Presse a appris que 1507 «
autorisations provisoires d’enseigner » ont aussi
été accordées par le MELS depuis leur création, en
avril 2006. Non légalement qualifiés, leurs
détenteurs doivent s’engager à faire leur formation
en pédagogie tout en enseignant, ce qui relève
souvent du chemin de croix.
Seulement entre le 1er janvier 2008 et le 30 juin
2009, 875 autorisations provisoires d’enseigner ont
été émises, a indiqué Pierre Noël, porteparole du
MELS. La majorité (382 ou 44 %) sont allées à des
enseignants en formation professionnelle, suivi
d’étudiants de 4e année du baccalauréat en
enseignement (355 ou 41 %) pressés d’exercer leur
métier.
Viennent ensuite 133 (ou 15,20 %) détenteurs d’un
baccalauréat dans une matière enseignée (par exemple
l’histoire, l’anglais ou les sciences), écartés
jusqu’alors des salles de classe parce qu’ils n’ont
pas de formation en pédagogie.
Bac en études anglaises moins bon qu’en pédagogie ?
Karyne Gamelin est l’une d’eux. Bien qu’elle ait
fait un bac en études anglaises et qu’elle enseigne
l’anglais depuis cinq ans, elle n’a toujours pas de
brevet. Pour y avoir droit, elle doit faire un
deuxième bac en pédagogie, dont la plupart des cours
se donnent de jour... alors qu’elle travaille ! La
Presse avait parlé de son problème en octobre
dernier.
«
Rien ne bouge, constate-telle, un an plus tard. Je
suis un peu découragée. » Devant l’impossibilité de
poursuivre sa formation en pédagogie de soir à
Concordia, Mme Gamelin
s’est i nsc rite comme étudiante libre à
l’Université de Sherbrooke.
Elle espère que cette université ouvrira sous peu
une maîtrise menant à l’obtention du brevet pour les
profs d’anglais et qu’elle pourra la faire à temps
partiel. « Je me sens comme au purgatoire, entre
deux, souligne-t-elle. Est-ce que je finirai par
l’avoir, ce brevet ? » Sans brevet, impossible
d’obtenir un poste permanent dans une école, même si
la pénurie de profs d’anglais est criante.
Mme Gamelin n’est pas la seule à avoir du mal à
achever sa formation en pédagogie. À peine 7,31 %
des détenteurs de bac dans une matière enseignée
ayant eu une autorisation provisoire d’enseigner
depuis leur création ont obtenu leur brevet (soit 16
sur 219), selon le MELS. Chez les étudiants de 4e
année au bac en enseignement, le succès est plus
grand : 78,61 % ont eu leur brevet (soit 408 sur
519). Il faut dire qu’étant en 4e année, il ne leur
restait que quelques cours universitaires à suivre,
contrairement aux premiers qui doivent faire la
totalité de leur formation en pédagogie, tout en
travaillant.
Une prof d’anglais abandonne
Chantal Delorme a encore moins de chance.
Enseignante d’anglais depuis 12 ans (à Hong-Kong
pendant 10 ans et dans des écoles du Québec depuis
deux ans), elle n’a droit qu’à une tolérance
d’engagement. Comme ses études ne sont pas en lien
avec l’enseignement de l’anglais – elle a fait un
bac en service social – le MELS ne lui accorde pas d
’autor i s a t ion pr ov i s oi r e d’enseigner,
encore moins de brevet.
Québec exige que Mme Delorme fasse un bac de quatre
ans en enseignement de l’anglais, à temps plein. «
Je suis tout à fait disposée à retourner étudier,
cependant je ne peux pas me permettre d’arrêter de
travailler pendant quatre ans », écrit-elle dans une
lettre envoyée à la ministre de l’Éducation,
Michelle Courchesne, que La Presse a obtenue. Prise
dans un cul-desac, l’enseignante d’anglais se voit
dans l’obligation de quitter ce métier qu’elle «
adore », déplore-t-elle.
TOLÉRANCES ET AUTORISATIONS PROVISOIRES
Faute de trouver des enseignants détenant un
brevet, les écoles du Québec ont embauché 2238
professeurs nonlégalement qualifiés en vertu de «
tolérances d’engagement », en 2008-2009. N’importe qui
peut obtenir une tolérance d’engagement, dont 94
personnes ne détenant qu’un diplôme d’études
secondaires l’an dernier, comme l’a révélé Le Journal
de Montréal. Les écoles ont aussi engagé 1507
détenteurs d’autorisations provisoires d’enseigner
depuis avril 2006, a appris La Presse. Ces derniers
sont généralement plus qualifiés : ils doivent être en
4e année du baccalauréat en enseignement ou détenir un
bac dans la matière qu’ils enseignent et s’engager à
achever leur formation en pédagogie. Fait inusité, les
écoles primaires et secondaires ont également eu
recours aux services de 128 professeurs de cégep
depuis avril 2006, a appris La Presse.
Vif succès de la nouvelle maîtrise en enseignement
Une nouvelle maîtrise en éducation dite « qua lif
ia nte » a é té c ré é e pou r permettre aux
enseignants non léga lement qua l i f iés
d’obtenir leur brevet. C’est un succès : 350
étudiants se sont inscrits à cette maîtrise,
offerte en ligne à l’ Université de Sherbrooke
depuis 2007.
Seuls les profs de
français, de mathématiques ou de sciences ont
accès à la maîtrise en enseignement.
« Ça dépasse nos prévisions, a dit Hassane
Squalli, professeu r à la faculté d ’éduc at ion
de l ’ Université de Sherbrooke. On est toujours
surpris par l’ampleur que ça prend. Plus le milieu
scolaire se voit dans l’obligation d’engager des
enseignants non légalement qualifiés, plus notre
maîtrise reçoit des demandes d’admission. »
Dans un programme commun, l’UQAM et l’Université
de Montréal offrent aussi cette maîtrise (en
version traditionnelle, pas en ligne) depuis l’a n
dernier. « Cet automne, il y a presque 60
étudiants qui commencent, contre u ne t renta i ne
l ’a n dernier », a indiqué MarieClaude Boivin,
coresponsable du programme pour l’Université de
Montréal.
Cela reste toutefois peu, par rapport aux 2200
titulaires d’une tolérance d’engagement et aux
1500 titulaires d’une autorisation provisoire
d’enseigner qui travaillent sans permis dans les
écoles.
Promesse électorale
Gros hic : seuls les profs de français, de
mathématiques ou de sciences ont accès à la
maîtrise. Rien n’est prévu pour les professeurs
d’anglais – le secteur où la pénurie est la plus
vive au Québec après l’adaptation scolaire –, de
sciences humaines ou d’arts.
La ministre de l’ Éducation, Michelle Courchesne,
a l’intention d’agir, a assuré son attachée de
presse, Kim Ledoux. « Il est toujours dans
l’intention de la ministre, tel que mentionné lors
de la dernière campagne électorale, de travailler
en collaboration avec les universités pour
développer, dans les meilleurs délais mais tout en
s’assurant de la qualité de la formation offerte,
les programmes de maîtrise qualifiante pour
d’autres disciplines enseignées au secondaire »,
a-t-elle indiqué par courriel.
L’Université de Sherbrooke est prête à ouvrir la
maîtrise aux enseignants d’anglais sans brevet «
l’été prochain, si on reçoit une réponse positive
du Comité d’agrément des programmes de formation à
l’enseignement (NDLR : qui relève du MELS), a
indiqué M. Squalli. On a une grande liste de
personnes intéressées à s’inscrire. »
À temps partiel, les soirs et les week-ends, les
étudiants mettront quatre ans à obtenir cette
maîtrise, tout en enseignant au primaire ou au
secondaire.
Plus d’enseignants québécois formés en Ontario
Un
nombre grandissant d’enseigna nts québécois vont
acquérir leur formation en… Ontario. « L’intérêt
pour notre programme augmente de plus en plus au
Québec, a confirmé à La Presse Jonathan Bolduc,
directeur du programme de formation à l’enseignement
de l’Université d’Ottawa. Cette année, les Québécois
constituent entre le quart et le tiers de nos
étudiants (selon qu’ils étudient à temps plein ou à
temps partiel). Il y a une petite augmentation
comparativement à l’an passé. »
PHOTO ARCHIVES LA
PRESSE
Le choix qui s’offre à
plusieurs enseignants avec expérience, mais sans
brevet : un baccalauréat de quatre ans en
enseignement au Québec exigé par le ministère de
l’Éducation, ou une formation d’un an en Ontario,
qui sera ensuite reconnue ici.
Au total, près de 150 (25 %) des 60 0 étudiants du
programme de l’Université d’Ottawa avaient une
adresse au Québec au moment de leur demande
d’admission.
L’avantage ? En Ontario, si on a déjà un
baccalauréat, il suffit de faire huit mois de
pédagogie pour obtenir le droit d’enseigner. Au
Québec, même si on est diplômé, il faut refaire un
bac en enseignement ou une maîtrise, ce qui prend
plusieurs années. Or, en vertu d’ententes de
réciprocité entre les provinces, les diplômes
obtenus en Ontario sont reconnus ici, à condition de
faire quelques cours complémentaires.
Bien des Québécois en prof itent – u ne modeste
croissance de leur nombre s’observe aussi à
l’Université Laurentienne, à Sudbury. Quatorze des
340 étudiants au bac en éducation étaient québécois
l’an dernier, et ils ont été entre 6 et 11 au cours
des cinq années précédentes, a indiqué Guylaine
Tousignant, porte-parole de l’Université
Laurentienne.
Hausse prévue des Québécois
Le ministère de l’Éducation du Québec (MELS) a
délivré 310 permis et brevets « à des candidats
venus de l’Ontario» en 2008-2009, a précisé Pierre
Noël, agent d’information au MELS. C’est un peu
moins que l’année précédente (357), mais deux fois
plus qu’en 2001.
Et
ce nombre va augmenter au cours des prochains mois,
selon M. Bolduc. D’abord parce qu’une entente de
mobilité de la main-d’oeuvre fera en sorte que les
enseignants formés en Ontario n’auront bientôt plus
à « faire quelques cours supplémentaires avant
d’enseigner dans les écoles québécoises et
vice-versa », a-t-il souligné. Ensuite, parce que
l’Ontario accorde désormais un titre professionnel
aux enseignants. «Bien des étudiants qui viennent du
Québec voient là une reconnaissance de la profession
qu’ils n’ont pas dans les autres provinces », a-t-il
dit.
Endetté de 17 000$
Titulaire d’un bac et d’une maîtrise en histoire,
Sébastien Roy a enseigné cette matière au Québec
grâce à des « toléra nces d’engagement » du MELS.
Mais pour avoir droit au brevet, il aurait dû
refaire un bac en pédagogie, d’une durée de quatre
ans, ce qu’il juge excessif. Plusieurs des
universités québécoises qu’il a jointes ne
reconnaissent même pas ses trois ans d’expérience en
enseignement pour lui créditer le stage
d’observation, a-t-il dénoncé.
Solution : M. Roy est parti le 6 septembre dernier
pour l’ Université d’Ottawa, qui prend en compte
l’expérience professionnelle des candidats. À 31
ans, il a jugé préférable d’emprunter 17 000 $ et de
partir huit mois en Ontario (tout en payant son
hypothèque au Québec) pour avoir enfin son brevet. «
À mon retour, j’espère trouver un emploi dans
l’enseignement et ne plus entendre parler de brevet,
de tolérance et de permis ! » a-t-il souligné.
Meilleur taux d’obtention de diplômes en Ontario
Depuis 1995, les universités québécoises n’offrent
plus le certificat en pédagogie (durée d’un an),
qu’elles jugent insuffisant pour former un bon prof,
contrairement à l’Ontario. « Les enseignants
ontariens ont d’aussi bons résultats que les
enseignants québécois par rapport à la réussite de
leurs élèves », fait pourtant valoir M. Bolduc.
C’est en dessous de la réalité : avec un taux
d’obtention de diplômes du secondaire de près de 80
%, l’Ontario atteint déjà l’objectif fixé par Québec
pour… 2020.
L es hom mes se font plus rares - Marie Allard
C ’ e s t l
a p r e m i è r e r e n t r é e com me en seig na nts de C
éd r ic Devoua ssou x , 2 8 a ns , et M a rieÈve Pla nte, 2
3 a ns . F ra îc hement d iplômés , ils joig nent les ra ngs
d e s 9 0 0 0 0 p r o f s d u Q u é b e c pou r qu i l’heu
re de la rent rée son ne ces jou rs-c i.
P H OTO DAV I D B O I LY, L
A P R E S S E
M a r i e - È v e P l a n t e e t C
é d r i c D e v o u a s s o u x , f r a î c h e m e n t d
i p l ô m é s e n e n s e i g n e m e n t , o n t é c r i
t à l a m i n i s t r e d e l ’ É d u c a t i o n p o u r
r é c l a m e r d e s m e s u r e s d e d i s c r i m i n
a t i o n p o s i t i v e e n f a v e u r d e s h o m m e
s . « À c o m p é t e n c e é g a l e , i l f a u t f a vo
r i s e r l e s c a n d i d a t u r e s m a s c u l i n e
s à l ’a d m i s s i o n d a n s l e s u n i v e r s i t é
s », e s t i m e C é d r i c .
U n e p r o f e s s i o n d e p l u s e n p l u s f é m i n
i n e : i l y a v a i t 2 2 , 5 % d ’e n s e i g n a n t s m
a s c u - l i n s l ’a n de r n ie r d a n s le s é c o - l
e s p u bl iq u e s , c o n t r e 2 3 , 3 % e n 2 0 0 7 - 2
0 0 8 ( t e m p s p l e i n e t t e m p s p a r t ie l , s a
n s c o m p - t e r l e p e r s o n n e l d ’a p p o i n t )
. S i o n e x c l u t l e s e c o n d a i r e , c e t au x c
hute à 1 2 , 2 % d ’ ho m - me s en 2 0 0 7-2 0 0 8 .
L e vent ne semble pa s près de tou r ner, selon ce qu’a
appris La
Pre sse . Seu ls 8 ,3 % des nouveau x i n sc r its cet autom
ne au ba c c a lau réat en en s eig nement p r é s c o l a i
r e - p r i m a i r e à l ’ U n i - ve r s i t é d e M o n t
r é a l s o n t d e s hom mes . I ls ét a ient 10 % l’a n d
e r n i e r . L é g e r r e c u l a u s s i à l’ Un iversité
de Sherbrooke, où 9,9 % d’hom mes ont été ad m is c e t t e
a n n é e , c o n t r e 1 0 % e n septembre 2 0 0 8 . À l’
Un iversité L ava l , ils sont encore plus ra res : 5, 6 %
cet autom ne. E t plusieu rs aba ndon neront ava nt de deven
i r of fic iellement profs .
L a s i t u a t i o n i n q u i è t e l a m i n i s t r e d
e l ’ É d u c a t i o n , M i c h e l l e C o u r c h e s n
e . « O n va r e n c o n t r e r l e s f a c u l t é s d e l
’é d u c a t i o n d a n s l e c o u r a n t d e l ’au t o m
n e , p o u r p a rle r d e l’i n ser tion des hom mes da n
s la profession en seig na nte », a d it à Jea n-P a s c a l
B er n ier,
L a P re s s e c hef de c abi net de la m i n ist re .
L e M i n i
s t è r e c o m p t e é g a - le m e n t va lo r i s e r le
s h o m m e s p r o f s d u r a n t l a S e m a i n e d e s
e n s e i g n a n t s , e n f é v r i e r . « O n v e u t e
n p r o f i t e r p o u r i n c ite r le s ga r ç on s à s ’
i n s c r i re e n s c i e n c e s d e l ’é d u c a t i o n
» , a i nd iq ué M . B e r n ie r.
D i s c r i m i n a t i o n p o s i t i ve
C é d r i c D e v o u a s s o u x e t M a r ie - È ve Pla
nte ont éc r it à la m i n ist re pou r réc la mer dava nt
age : des mesu res de d is c r i m ination positive . « À
compétence éga le, i l faut favor iser les c a nd i d a t u
r e s m a s c u l i n e s à l ’a d - m ission da n s les u n
iver sités », esti me Céd r ic . Q ua nd i ls sont ent rés
au bacc a lau réat en en seig n e m e n t pr é s c ol a i r
e - pr i m a i r e à l ’ U n i ve r s i t é d e S h e r b r
o o ke en 2 0 0 5, i l y ava it 10 ga r s su r 2 2 5 ét ud
ia nts . S eu ls quat re ont obtenu leu r d iplôme, au pr i
ntemps der n ier.
« P o u r l e s g a r ç o n s , c ’ e s t i m p o r t a n t
d ’avoi r u n m o d èle ma s c u l i n qu i l it de la
poésie, é c r i t d e s t e x t e s » , f a i t v a l o i r
M a r ie - È ve, qu i pa r t age la c au se de son conj oi
nt . « D u ra nt tout le pr i m a i r e , j e n e r ê va i s
q u e d ’a r rêter l ’école à 16 a n s , t a nt je détest a
is ç a , a témoig né C éd r ic . M a is j ’a i en su ite eu
la c ha nce i nou ïe de rencont rer des profs qu i don na
ient au x ga r s le goût de t rava i l ler à l ’école . J ’a
i vou lu fa i re ç a , moi au ssi . »
Q uéb e c é c a r te p ou r l ’i n s t a nt le re c ou r s à
la d i s c r i m i n a t ion p o s i t i ve . « O n e n v i
s a g e p l u s d e s m e s u r e s p o u r i n c i t e r le
s g a r s à s ’ i n s c r i r e , a d i t M . B e r n ie r.
J e ne veu x pa s br û le r d ’é t a p e s . O n va re n c o
n t re r le s fa c u lté s , e n s u ite i l y au r a p e
utê t r e d e s m e s u r e s a n n o n c é e s pa r la m i
n i s t re . »
P ou r don ner de la v isibi l ité a u x h o m m e s p r o f
s , C é d r i c por tera le d rapeau de la fac u lté d ’éduc
at ion de l ’ Un iver sité de S he rbr o oke à la c ol l a t
io n de s g r a d e s , l e 2 6 s e p t e m b r e . L e c o
u ple a plei n d ’au t r e s id é e s pou r at ti rer les
hom mes da n s les écoles : a l ler pa rler du mét ier a u x
m o n i t e u r s d e c a m p s d e j ou r, au x ent ra î
neu r s de s por t , c réer u n prog ra m me de mento - rat
ent re profs ma s c u l i n s …
« D a n s l e s é c o l e s , o n s e n t t o u j o u r s q
u ’ i l s s o n t h e u r e u x d e r e c e v o i r u n h o
m m e » , d i t C é d r i c , q u i f a i t d e l a s u p -
p l é a n c e d e p u i s q u a t r e a n s . C ’e s t d ’a
i l l e u r s c e q u i a t t e n d M a r i e - È v e e t l
u i , c e t t e r e n - t r é e : d e s r e m p l a c e m e
n t s o u d e l a s u p p l é a n c e . Av i s a u x i n t é
r e s s é s , d e u x j e u n e s p r o f s p a s s i o n n
é s – p a r t i c u l i è r e - m e n t a t t e n t i f s a
u x b e s o i n s d e s g a r ç o n s – s o n t p r ê t s à
t r a v a i l l e r .
À l’école, p’tit gars ! - Mario Roy
Les élèves
rentrent en classes. Et l’enseignant qui les accueillera
sera probablement une enseignante – une probabilité de
62,5 à 98% selon le niveau, de la maternelle à la fin du
secondaire. Or, ce déséquilibre s’accentuera encore dans
l’avenir car les hommes qui étudient pour devenir
enseignants sont de plus en plus rares: à l’Université
Laval, ils sont moins de 6%!
Le phénomène est particulièrement marqué au Québec, mais
il est presque universel.
Du Canada dans son ensemble au Royaume-Uni, les
instituteurs ne composent que 13 à 16% du personnel
enseignant au niveau élémentaire. Aux États-Unis, la
proportion d’enseignants mâles dans les «K-12»
(maternelle, primaire, secondaire) où ils étaient déjà
minoritaires, a chuté de plus de 13 points de pourcentage
depuis 1971. En Australie, on a dû offrir de généreuses
bourses aux hommes qui embrasseraient cette vocation!
De l’enseignement, il arrive maintenant qu’on dise qu’il
est devenu un « club privé féminin».
De fait, «l’école rose favoriset-elle les filles?» pour
reprendre le titre d’un dossier monté à l’Université du
Québec (Carole Schinck, dans Réseau). niment plus, ont
davantage de problèmes de discipline, sont plus
«médicamentés», se rendent en moins grand nombre à
l’université que les filles.
On a
avancé diverses explications à cela. De doctes
spécialistes ont même suggéré que les petits garçons sont
entièrement responsables de leur malheur car, méchants
garnements, ils cultivent des stéréotypes sexistes! (Humez
le vieux fond de sauce idéologique mijotant dans certaines
cuisines de l’instruction publique...)
Mais pour revenir sur terre et à la raison, on ne voit pas
comment la mécanique de plus en plus sexuée de la
transmission du savoir, jouant au désavantage des garçons,
ne les blesserait pas. Empiriquement, cela a été mille
fois démontré. « Je ne rêvais que d’arrêter l’école à 16
ans, tant je détestais ça. Mais j’ai ensuite eu la chance
inouïe de rencontrer des profs qui donnaient aux gars le
goût de travailler», dit (à Marie Allard, dans La Presse)
le jeune Cédric Devouassoux, fraîchement diplômé en
enseignement.
Est-ce qu’il faudrait instituer un système de
discrimination positive en faveur des hommes? Ce serait un
dernier recours un peu détestable.
Cependant, il faut certainement «masculiniser» le milieu
de l’éducation (comme le milieu de la santé que, depuis le
rapport Rondeau, on sait rébarbatif à la moitié mâle de
l’humanité). Et ce, en proposant des valeurs qui se
détacheraient des prêches convenus et en élargissant
l’espace de liberté alloué aux instituteurs et aux
garçons.
Bref, en présentant aux élèves et aux aspirants
professeurs une société à transmettre, où les garçons et
les hommes existeraient tels qu’ils sont et ne seraient
pas condamnés à s’en sentir inférieurs ou coupables.
OUI > Il faut tenir compte des
différences d’apprentissage entre garçons et filles
- Jean-Guy Lemery
La
profession enseignante se féminise de plus en plus,
nous apprend La Presse. En préscolaire-primaire, les
hommes seront moins de 10% très bientôt. L’an dernier,
je donnais une conférence aux futures enseignantes à
l’Université du Québec; dans la salle, 49 femmes et un
homme. Une superviseure me disait: « Ceux qu’on a, on
les perd en chemin. Je pense que notre enseignement
est trop conçu en fonction des filles. »
Faut-il s’en étonner? Depuis des années, le ministère
de l’Éducation véhicule qu’il n’y avait pas de
différences entre les garçons et les filles. En l’an
2000, le Conseil supérieur nous a dit que le résultat
scolaire des garçons n’était pas affecté même si la
grande majorité des enseignants étaient des femmes.
On n’a surtout pas voulu faire de différence dans
notre enseignement aux garçons par rapport aux filles.
On tomberait dans les stéréotypes. On leur en fait
beaucoup dire à ces stéréotypes!
Faut-il s’étonner d’un écart aussi important dans la
réussite scolaire entre les garçons et les filles ?
Le Québec revendique une des différences les plus
grandes au Canada dans le décrochage scolaire, soit
15% de plus en moyenne chez les garçons.
Oui,
la solution passe par un plus grand nombre d’hommes
dans l’enseignement au primaire et au secondaire.
Oui, la solution passe par un enseignement plus
personnalisé, y compris par des femmes, qui tienne
compte des différences dans la façon d’apprendre des
garçons et des filles.
La solution passe aussi par un enseignement qui
rejoint les intérêts des garçons en lecture. Par un
enseignement qui donne aux garçons l’occasion
d’appliquer leurs connaissances dans du concret. Par
une valorisation des sciences, motivantes pour les
garçons.
La solution passe également par une plus grande place
au parascolaire qui engage les garçons et suscite un
attachement à l’école.
La solution passe finalement par les hommes et les
femmes de la communauté qui viennent parler de leur
travail avec passion, là où ils ont du succès et du
plaisir.
Respecter
les
différences entre les filles et les garçons ne va pas
à l’encontre d’une égalité homme-femme. Former des
équipes d’enseignants constituées à part équilibrée
entre hommes et femmes ne peut que permettre un
meilleur échange d’idées et de pratiques pédagogiques.
LA PERFORMANCE À OUTRANCE - MICHÈLE
OUIMET
En
octobre, des milliers de jeunes passent les examens
d’admission des écoles privées. Seuls les meilleurs
sont acceptés. Mais au cours du secondaire,
plusieurs élèves sont renvoyés parce que leurs notes
sont trop faibles ou leur comportement inadéquat, a
Le même cauchemar le hante trois ou quatre fois par
année. Il se lève et se rend compte qu’il a un
examen de mathématiques. Il n’a pas étudié. Il
panique.
PHOTO DAVID BOILY,
LA PRESSE
« Le stress commence et l’anxiété embarque, raconte
Jean-François Goyette. Quand je me réveille, je suis
tout à l’envers. »
Jean-François a 33 ans. Fils d’architecte. Il a
étudié à Jeande-Brébeuf, une des meilleures écoles
privées du Québec à Montréal, qui recrute la crème
de la crème. Un collège qui forme l’élite :
médecins, avocats, hommes d’affaires…
Sau f que Jea n-F ra nçois n’était pas un élève
brillant. « J’étais un cancre issu d’une famille
aisée », dit-il.
Jean-François en a arraché. Son secondaire a été un
long chemin de croix. Sa bête noire: les
mathématiques. Sa moyenne générale ne montait jamais
audessus de 70%. Pourtant, il ne traînait pas les
pieds.
« Je travaillais tellement fort pour obtenir mon
petit 65%! Les examens de maths me stressaient
énormément. J’avais beau étudier, ça ne marchait
pas. »
Brébeu f n’éta it pa s fa it pour lui. Jean-François
était un élève sage qui avait de la difficulté à se
concentrer. Un distrait, dans la lune la moitié du
temps. À Brébeuf, il y avait beaucoup de pression :
de l’école, des parents, des pairs. Toujours, tout
le temps. La performance à outrance, la réussite à
tout prix.
Cette pression a laissé des séquelles. Les
cauchemars. À 33 ans, il refait les mêmes qu’à 13
ans. Des rêves angoissants qui le tourmentaient à la
veille d’un examen de mathématiques ou de latin, son
autre bête noire.
J’ai rencontré Jean-François dans un café du
centre-ville mardi matin. Il n’a pas touché à son
thé glacé, trop absorbé par le récit de ces années
qui lui ont laissé un goût amer. Pendant que les
travailleurs attrapaient un muffin avant de se
précipiter à leur bureau, Jean-François racontait
son long calvaire.
Il n’a pas la dégaine arrogante du premier de classe
à qui tout réussit. On devine l’adolescent fragile
derrière la fine silhouette de l’homme adulte.
Grands yeux bruns, visage ouvert, voix douce.
«J’ai des souvenirs amers de mon adolescence. Je
devais performer. Mon avenir en dépendait, même à 14
ans. Je suis devenu un homme anxieux, nerveux. Un
rien me stresse, une conséquence directe de la
pression subie au collège. C’était très difficile
pour un enfant comme moi de réussir dans un collège
privé axé autant sur la performance.»
Jean-François avait échoué à l’examen d’admission,
mais sa mère s’est accrochée. Elle a rencontré le
directeur de Brébeuf. Elle lui a expliqué que son
fils avait une faiblesse en mathématiques et qu’il
arrivait d’une école primaire des Laurentides peu
exigeante. Elle était prête à tout pour qu’il soit
accepté. Pendant des mois, elle a passé une heure
par soir à faire des mathématiques avec son fils.
Elle allait régulièrement voir le directeur de
Brébeuf pour lui faire part des progrès de
JeanFrançois, notes à l’appui. Le directeur a fini
par céder. A-t-elle des regrets ? Non,
tranche-t-elle. Et le stress de son fils ? « C’était
bon pour lui. Il a appris qu’il faut travailler
chaque matière. Aujourd’hui, je referais la même
chose. »
Sauf qu’il en a payé le prix. Et qu’il le paie
encore.
Jea n-F ra nçois au ra it pu quitter Brébeuf, sauf
qu’il avait peur des écoles publiques, ces «
monstres éducatifs ». Et il ne voulait pas décevoir
ses parents.
À la fin de sa deuxième secondaire, le collège a
envoyé une lettre à ses parents. JeanF ra nçois deva
it a méliorer ses notes, sinon il risquait
l’expulsion.
« Pour moi, c’était la fin du monde, la fin de ma
vie. J ’avais 14 a ns. I l fallait à tout prix que
je réussisse. Je ne connaissais personne au public.
Aujourd’hui, quand j’y pense, je ressens encore de
l’inquiétude. »
Mais la vie ne finit pas à 14 ans. Jean-François l’a
appris plus tard. Trop tard.
Il n’est pas le seul à avoir été terrorisé par le
public. Dans un documentaire touchant qui sera
diffusé le 18 octobre à Canal D( 1), la réalisatrice
Marie-Josée Cardinal raconte le parcours angoissant
de six parents et de leurs enfants de 11 ans qui
passent en rafale des examens pour être admis dans
un collège privé.
Ces
parents misent tout sur le privé. Ils visitent les
plus grandes écoles – Brébeuf, JeanEudes, le Collège
de Montréal – qui en mettent plein la vue : locaux
nickel, ordinateurs à la fine pointe de la
technologie, bibliothèque grandiose. Les parents
salivent, les enfants a ngoissent. Ca r pou r être
admis dans le saint des saints, il faut réussir les
examens d’admission.
La sélection est féroce : des 120 0 élèves qui ont
passé l’examen de Jean-Eudes, seulement 350 ont été
acceptés. Au Collège de Montréal, il n’y a que 210
places pour 850 candidats( 2).
Pendant l’examen, des élèves pleurent, d’autres
partent avant la fin.
«Cette course aux meilleurs fa it plus de perda nts
que de gag na nts », a f f i r me la réalisatrice.
Mais ce qui frappe le plus, c’est la peur de l’école
publique. Comme si elle avait la lèpre et le
choléra.
Des j eunes confient leur c ra i nte à la ca méra .
S ’ils échouent, ils iront à PaulGérin-Lajoie (PGL),
une petite école secondaire publique d’Outremont qui
accueille moins de 700 élèves.
« Il paraît qu’il y a des serin-
gues de drogue dans la cour», dit une fille.
« On m’a dit que tout le monde allait me battre»,
confie une autre.
« L’école publique a tellement mauvaise presse que
ça fait peur », affirme la directrice de PGL,
Danielle Couillard.
Jean-Guy Perras( 3), directeur de Pierre-Laporte,
une des écoles publiques les mieux cotées de
Montréal, renchérit: «On a peur du public. Le
palmarès de L’actualité et les journaux alimentent
la psychose.»
La ministre de l’ Éducation, Michelle Courchesne,
reconnaît qu’il y a un « bris de confiance » envers
l’école publique. Elle l’a répété, cette semaine, à
l’émission de René Homier-Roy, C’est bien meilleur
le matin.
Que propose-t-elle? «Il y a tellement de belles
histoires dans les écoles publiques, at-elle dit.
Mettons-nous tout le monde ensemble pour dire qu’on
veut un système public à la hauteur de nos
ambitions.»
Jean-François Goyette tenait à raconter sa lente
traversée du secondaire, car il voulait se servir de
son histoire pour dénoncer l’aide du gouvernement
aux écoles privées.
«Lorsque je vois les subventions que le gouvernement
verse au privé, je ris. Je ris parce que ces écoles
ne sont pas privées, mais semi-publiques. Le
gouvernement prend à tous pour donner aux riches.
Une sorte de Robin des bois à l’envers. Je ris de
notre incapacité à être cohérents dans nos choix.»
Il dénonce aussi l’inégalité des chances. « L’élève
pauvre ne va pas à Brébeuf, à moins d’obtenir une
bourse. Il va au public. Par contre, le cancre riche
va à Brébeuf, ce qui prive le bon élève d’une place
tant recherchée au privé. C’est moi, ça, le cancre
issu d’une famille aisée. »
Aujourd’hui, Jean-François mène une belle vie. Il a
fréquenté les meilleures écoles : Brébeuf,
l’Université de Montréal, où il a décroché un
baccalauréat en criminologie, et HEC, où il a obtenu
un diplôme de deuxième cycle en gestion.
Il a un bon boulot d’analyste pour un corps
policier. Il n’a pas d’enfant et il n’en veut pas.
Mais s’il en avait, il leur laisserait le choix.
Jamais, jure-t-il, il ne les forcerait à fréquenter
le privé.
Il ne regrette qu’une chose : avoir pris la place
d’un élève brillant, lui, le « cancre ».
PAS DE PITIÉ POUR LES PLUS FAIBLES
Quand on évoque l es collèges privés, on songe
aux brillants résultats obtenus en fin de secondaire.
Mais on oublie que plusieurs élèves sont rejetés par
ces institutions pour leur mauvaise performance ou l
eur i ndiscipline. Dans les écoles privées, c’est la
loi du plus fort qui prime. Ne manquez pas notre
dossier demain !
Des examens jugés « trop stressants »
- Ariane Lacoursière
Le
collège Sainte-A nne, à L achine, classé pa rmi
les meilleures écoles secondaires privées de la
province, met fin à ses examens d’admission. Selon
la direction, ces tests sont trop stressants et ne
permettent pas d’avoir une réelle idée du
potentiel des élèves. Les jeunes seront dorénava
nt sou m is à des évaluations plus générales qui
noteront, entre autres choses, leur créativité.
PHOTO IVANOH
DEMERS, LA PRESSE
Dorénavant, le collège
Sainte-Anne de Lachine se contentera
principalement d’analyser les bulletins de
quatrième et de cinquième année primaire des
candidats. « Un examen, c’est une photo. Un
bulletin, c’est une vidéo. L’idée que tu te fais
de l’élève est meilleure », affirme Ugo
Cavenaghi, directeur général du Collège.
Selon le directeur général de l’établissement, Ugo
Cavenaghi, les élèves arrivent « de plus en plus
préparés » aux examens d’admission. « Ils suivent
des cours avec des coachs spéciaux. D’autres
consultent des orthopédagogues, des psychologues
ou suivent des week-ends intensifs de prépa
ration. . . Et le jour de l’examen, certains
élèves sont si stressés qu’ils vomissent. On
trouve ça ridicule. On veut enlever cette pression
», explique M. Cavenaghi.
« Parfois, les élèves arrivent surpréparés à
l’examen. On les accepte, et ensuite on voit
qu’ils n’ont pas de profondeur dans leurs
apprentissages et ils ne sont pas heureux à
l’école. Nous, on cherche des bases solides et des
élèves qui seront bien ici », ajoute le
responsable de la sélection des élèves au collège
Sainte-A nne, Ma rtial Couillaud.
Dorénavant, le Collège se contentera principa
lement d’analyser les bulletins de quatrième et de
cinquième année primaire des candidats. « Un
examen, c’est une photo. Un bulletin, c’est une
vidéo. L’idée que tu te fais de l’élève est
meilleu re », affirme M. Cavenaghi.
T rois tests seront distribués au x élèves : un de
c réativ ité, u n de c u lt u re générale et un
test d’habiletés scolaires. Mais il ne s’agira pas
d’examens traditionnels visant à évaluer les
connaissances en français et en mathématiques,
précise M. Cavenaghi.
L e collège Sa i nte-A n ne aurait aimé abolir
plus tôt les exa mens d’ad m ission. « M a is c
’ét a it i mpo s sible pa rce que les bu lleti ns
du pr i ma i re ava ient des cotes au lieu des
notes, dit M. Couillaud. Maintenant, quand on voit
qu’un élève obtient 90 % dans un groupe où la
moyenne est de 70 %, on sait qu’il est bon. »
M
. Cavenagh i ne comprend pas que les écoles
seconda ires privées continuent de filtrer leur
clientèle à l’aide d’examens d’admission. « Même
les cégeps et les universités ne font pas ça ! Ils
utilisent les notes du bulletin en premier »,
dit-il.
Le directeur se défend de « niveler par le bas ».
« On veut simplement avoir des élève s q u i a i m
e n t no t r e école et qui restent jusqu’en
cinquième secondaire. On a déjà le privilège de
pouvoir choisir un élève sur trois. E ssayon s de
ga rder ceu x qu’on prend », décla re M .
Cavenaghi.
Le président de la Fédération des établissements
d’enseignement privés, Paul Boisvenu, ne veut pas
commenter la pertinence des examens d’admission. «
On n’a aucun pouvoir là-dessus. Les écoles font ce
qu’elles veulent », dit-il.
Certains établissements ont trouvé d’autres moyens
de limiter le stress des examens d’admission. Le
collège MontSaint-Louis et neuf autres écoles
privées de Montréal offrent aux enfants de ne
passer qu’un examen pour avoir accès à tous les
établissements.
« L’élè ve s ’ i n s c r it d a n s l’école qui
est son premier choix. S’il n’est pas retenu, on l
u i dema nde à quelle école il veut qu’on tra
nsmette son dossier, explique le d i rec teu r
généra l du collège Mont-Saint-L ouis, André
Lacroix. Ils passent un seul examen. Les parents
adorent ça. »
M. Lacroix n’est pas prêt à abandonner les examens
d’admission. « Les examens sont des outils
considérés comme justes par les élèves et le s pa
rent s , d it-i l . O n rega rde aussi le bu l
leti n . Mais si on regarde seulement le bulletin,
10 écoles ont 10 bulletins différents. Ce n’est
pas facile d’évaluer j ustement. C’est moins
uniforme. »
LES LAISSÉS-POURCOMPTE DU PRIVÉ
- Marie Allard
Des dizaines de milliers d’enfants de 11 ans
se battent, ces jours-ci, pour avoir une place
dans une école secondaire privée. Leurs
parents savent-ils que, même une fois admis,
ils risquent l’expulsion au moindre faux pas ?
Un palmarès des collèges privés qui perdent le
plus d’élèves au Québec, compilé par La Presse
d’après des données du ministère de
l’Éducation (MELS), révèle que certains
perdent jusqu’à 60% de leur clientèle entre la
première et la cinquième année du secondaire.
Plus de 80 écoles privées en perdent au moins
10% (cohortes de 2003-2004 à 2007-2008).
Au total, 19 000 élèves sont entrés en
première secondaire dans une école privée en
2003, au Québec. Le taux de rétention de
l’ensemble des collèges, quatre ans plus tard,
était d’à peine 71%. Seuls 13 500 des 19 000
élèves du privé fréquentaient le même
établissement en 2007.
Où étaient les 5500 autres ? Dans une école
publique (20%), un autre collège privé (6%) ou
tout simplement « absents » (3%), ce qui
signifie qu’ils ont décroché ou déménagé hors
Québec.
Ces statistiques étonnent Pierre Toussaint,
professeur à la faculté des sciences de
l’éducation de l’Université de Montréal. « Je
me serais attendu à 90% ou plus! a-t-il dit.
Étant donné que les élèves du secteur privé
sont sélectionnés, notamment sur la base des
résultats scolaires et des tests d’admission,
ce taux de rétention aurait pu être plus
élevé. »
Les plus touchés sont en région
Fait surprenant, ce ne sont pas des collèges
élitistes qui se trouvent au sommet du
classement. Des écoles privées moins strictes,
souvent en région, perdent davantage d’élèves.
Certains partent d’eux-mêmes, à la suite d’un
déménagement, de difficultés financières ou
par choix personnel. Mais de nombreux autres
se font montrer la porte pour cause de
difficultés scolaires ou d’écarts de conduite
jugés trop importants.
Neuf collèges perdent plus de 40% de leurs
élèves
C’est lepensionnatSaint-Alphonse, à
Saint-Tite-des-Caps, dans Charlevoix, qui a le
triste honneur de dominer le palmarès. Il a
perdu 61,29% de ses élèves entre la première
et la cinquième année (19 élèves). C’est dû au
difficile déménagement survenu après la
rupture des liens avec les pères
rédemptoristes en 2001, a expliqué Sonia
Lefrançois, du collège Saint-Alphonse.
L’Académie Laurentienne de ValMorin (deuxième
avec une perte de 52,94% de ses élèves) et le
collège du Mont-Sainte-Anne de Sherbrooke
(sixième avec une baisse de 46%), deux autres
pensionnats, perdent aussi beaucoup d’élèves.
Au bout de quelques années en résidence, des
adolescents veulent rentrer à la maison, pour
mieux profiter de leurs soirées avec leur
petit(e) ami(e) ou pour travailler à temps
partiel, ont-ils fait valoir.
« Pas à l’abri des décrocheurs »
Autre facteur : il n’y a pas de test
d’admission à l’Académie Laurentienne. Si bien
que l’école se retrouve avec des élèves qui
ont parfois certaines difficultés scolaires, a
reconnu Guy Richard, son directeur général.
Une partie d’entre eux quitte l’Académie pour
aller au secondaire professionnel. « Nous ne
sommes pas à l’abri des décrocheurs, même si
nous sommes une école privée », a-t-il ajouté.
Dans la métropole, le collège le plus touché
par les départs est l’Académie
Michèle-Provost, avec une baisse de 44,18% de
ses élèves. Un total de 22 élèves ont quitté
cet établissement non élitiste et trois
nouveaux sont arrivés au fil du secondaire
(cohorte de 2003-2008). En détail, il y a eu
quatre renvois (pour problèmes de comportement
ou échecs scolaires), trois refus pour
réinscription tardive, trois déménagements,
six départs pour une autre école et six
départs sans raison connue.
Il s’agit d’une situation exceptionnelle,
selon Michèle Provost, présidente et
directrice générale de l’Académie. Le taux de
rétention habituel de l’école est plutôt de
80%, selon elle. « Nous accordons une grande
importance à nos élèves, at-elle assuré. Il
nous arrive toutefois de rencontrer des cas
particuliers où l’élève n’a pas la capacité de
suivre le programme ou a besoin de ressources
dont nous ne disposons pas, comme les services
d’un orthopédagogue ou d’un psychologue. »
Le palmarès que vous présente La Presse
minimise la perte réelle de clientèle, puisque
les écoles qui acceptent de nouveaux élèves
pour remplacer ceux qui partent voient leur
taux de rétention faussement gonflé. Par
exemple, les collèges Charlemagne,
Sainte-Anne, Sainte-Marcelline et Jean-Eudes
annoncent tous des possibilités d’admission en
cours de secondaire dans leurs sites internet.
Nos statistiques ne comptabilisent pas, non
plus, les renvois et les départs en cinquième
secondaire, puisque le Ministère calcule le
nombre d’élèves au 30 septembre, au début de
l’année scolaire.
Un écrémage injuste ?
Être un « bon » collège privé ne suffit
plus. Plusieurs veulent être les meilleurs,
sachant l’importance que les parents
accordent aux classements quand ils font le
choix d’une école.
« Avec le foutu palmarès, la pression est
énorme, a témoigné la direction d’un collège
sous le couvert de l’anonymat. En quatrième
et cinquième secondaire, ça prend absolument
de bons résultats aux évaluations
ministérielles. La compétition entre les
écoles est de plus en plus présente. »
L’écrémage entamé à l’entrée des élèves se
poursuit donc au fil du secondaire. « Quand
j’étais en quatrième secondaire, il y a eu
des renvois avant les examens du Ministère
», se souvient Maxime, 19 ans, diplômée d’un
bon collège de la RiveSud. « Une école
privée, ça veut garder sa réputation. Dès
que t’es mauvais, on se débarrasse de toi,
ajoute Ben, 19 ans, qui a fait son
secondaire dans un autre collège réputé de
la Rive-Sud. Moi, j’étais borderline. »
Quatre des dix meilleurs collèges du Québec
(au palmarès des écoles 2008 du magazine
L’actualité) perdent plus de 16% de leurs
élèves entre la première et la cinquième
année du secondaire. Il s’agit des collèges
Saint-Sacrement, Notre-Dame, Charlemagne et
Sainte-Anne. Fait étonnant, l’école Regina
Assumpta en perd très peu (-2,41%). « Mais
c’est sûrement parce qu’on remplace
davantage nos élèves qui partent », indique
Pierre Carle, son directeur général.
Des collèges pyramidaux
Plusieurs collèges ont une structure «
pyramidale » : ils ont plus de classes au
début du secondaire qu’à la fin. La perte
d’élèves y est, en quelque sorte, prévue.
C’est le cas des collèges Champagneur,
SaintAlexandre, Sainte-Anne et Notre-Dame.
À mots couverts, d’autres écoles privées
dénoncent cette pratique. « Chez nous, ce
n’est pas pyramidal, il n’y a pas d’écrémage
au fur et à mesure que le secondaire se
déroule, dit André Métras, directeur général
du Séminaire de Sherbrooke. Quand on dit oui
à un élève, on veut le garder pour cinq ans.
» Résultat: le Séminaire de Sherbrooke est
74e au palmarès de La Presse, loin du top
10.
Le collège Notre-Dame compte dix groupes
pour chacune des trois premières années du
secondaire et neuf pour les deux dernières.
Cela veut-il dire que des jeunes sont
renvoyés simplement parce qu’il n’y a plus
de place? Non, assure Vincent Grégoire,
secrétaire général de Notre-Dame. « Nous ne
mettrons pas d’élèves à la porte pour
atteindre le total de 48 groupes ; notre
objectif principal est de les amener à la
réussite », indique-t-il. S’il le faut, les
classes sont plus nombreuses ou on ouvre un
groupe supplémentaire.
Est-ce correct ?
Il reste que 72 élèves – sur une cohorte de
363 jeunes entrés en 2003 – ont quitté le
collège Notre-Dame ou se sont fait expulser
en cours de secondaire. Une baisse de 19,83%
du nombre d’élèves. Est-ce normal?
« Je pense que les établissements privés,
sélectifs et subventionnés, devraient
assumer leurs élèves, répond Roch Chouinard,
vice-doyen aux études de premier cycle à la
faculté des sciences de l’éducation de
l’Université de Montréal. Que penser d’un
hôpital qui mettrait fin aux soins donnés à
un malade parce que ça lui prend plus de
temps que les autres pour guérir ou parce
qu’il ne répond pas à certains critères
comportementaux? »
«
Moralement, on n’assume pas notre rôle
d’éducateurs », admet la direction d’une
école privée ayant requis l’anonymat.
Changement de mentalité à Mont-Saint-Louis
Le collège Mont-Saint-Louis, de Montréal,
a « augmenté énormément » son taux de
rétention, dit fièrement André Lacroix,
son directeur général. Selon le palmarès
compilé par La Presse, Mont-Saint-Louis a
perdu 14,24% de ses élèves de la cohorte
2003-2008. La perte d’élèves a déjà été au
moins deux fois plus importante.
PHOTO
ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE
Le collège
Mont-Saint-Louis, à Montréal, a beaucoup
augmenté son taux de rétention. « Notre
slogan a déjà été : "Plus qu’une école,
un milieu de vie", souligne André
Lacroix, directeur général de
Mont-Saint-Louis. Il faut être cohérent.
On a changé les mentalités en fonction
de ça. »
Ce qui s’est passé ? « On a sensibilisé
les gens à toutes les réalités que vivent
les jeunes, explique M. Lacroix. Même
s’ils ont réussi nos examens d’admission,
ce sont des adolescents qui vivent des
peines d’amour, la séparation des parents,
qui peuvent avoir des matières où ils ont
des difficultés à un moment donné. Il faut
qu’ils passent au travers. »
Un service de soutien à l’apprentissage a
été créé à Mont-Saint-Louis. « On a changé
la mentalité, qui était : "Cet enfant n’a
pas ce qu’il faut pour suivre,
qu’attendezvous pour me l’enlever ?",
illustre le directeur général.
Aujourd’hui, c’est plutôt : "Cet enfant a
de la misère, on va l’aider." »
Il y a encore des départs, dont une
quarantaine en raison de notes
insuffisantes (sur 309 jeunes au départ),
dans la cohorte étudiée. Les normes du
collège sont strictes: il faut une moyenne
générale de 60% sans échec, ou une moyenne
de 64% et un seul échec dans une matière
autre que le français, les maths ou
l’anglais pour avoir le droit de se
réinscrire l’année suivante.
Ententes entre collèges
Mont-Saint-Louis a renvoyé une vingtaine
d’élèves pour des problèmes de
comportement. En contrepartie, il en a
accepté une quinzaine de nouveaux en cours
de secondaire. « Ce sont parfois des
ententes qu’on fait entre collèges, révèle
M. Lacroix. Il arrive qu’un jeune ait fait
quelque chose et que, ma foi, ce ne soit
pas si dramatique que cela. Mais nos
règlements sont stricts, alors on doit le
renvoyer. On est quelques-uns à s’entendre
et à replacer les élèves dans d’autres
collèges. »
Exemple: un adolescent commet un vol, si
bien qu’il est mis dehors. Mais il a pu se
laisser entraîner par d’autres, ça peut
être « la simple erreur de parcours d’un
bon petit gars », fait valoir le directeur
général. Dans ce cas, le collège essaie de
l’inscrire ailleurs.
Au total, « il part à peu près 3% d’élèves
par année » à Mont-Saint-Louis, selon M.
Lacroix. Un taux qu’il veut encore
améliorer. « Le message qu’on envoie,
c’est que les élèves doivent passer un
examen d’admission parce qu’on a tellement
de demandes. Mais après, on s’en occupe. »
Règlements ultrastricts
Être trouvé en possession de drogue ou
d’alcool mène au renvoi automatique dans
bien des écoles privées. Mais une foule
d’autres raisons font qu’on montre la
porte aux jeunes: vol, harcèlement,
taxage, bagarre, déclenchement injustifié
du système d’alarme, piratage
informatique, plagiat, etc. Voire un «
comportement jugé contraire aux valeurs
préconisées par le Collège » (à
Jean-Eudes), une « mauvaise conduite » (à
Regina Assumpta) ou « lorsqu’un élève
exerce sur le milieu une influence nocive
» (à Brébeuf).
Quatre des dix
meilleurs collèges du Québec (au
palmarès des écoles 2008 du magazine
L’actualité) perdent plus de 16% de
leurs élèves entre la première et la
cinquième année du secondaire.
Pour la drogue, « le message est tellement
clair dans le milieu que les jeunes savent
que la consommation, c’est tolérance zéro
», souligne Normand Brodeur, directeur
pédagogique du collège Saint-Sacrement.
Plusieurs se font néanmoins pincer – et
expulser – chaque année.
Exiger plus de 60%
Les élèves doivent aussi briller dans
leurs études pour éviter le renvoi. Avoir
la note de passage de 60% n’est souvent
pas suffisant. À Brébeuf, il faut une
moyenne générale d’au moins 65%. Au
collège Sainte-Anne, c’est 67%, voire 70%
ou 80% dans les programmes spécialisés en
sport, musique ou études internationales.
À Saint-Sacrement, on exige 68%.
« Parfois, les gens nous disent : "Vos
élèves faibles, vous les renvoyez dans
d’autres écoles", reconnaît Mario Vachon,
directeur général du collège
SaintAlexandre. Sauf que nos élèves
faibles ne le sont pas vraiment. Peut-être
que le rythme qu’on impose ici est trop
rapide pour eux mais, une fois à la
polyvalente, c’est fréquent qu’ils aient
une moyenne de 80%. » Alors pourquoi ne
pas les garder? Parce que SaintAlexandre
est réservé aux élèves capables de suivre
un programme enrichi, répond M. Vachon.
Coupe distinguée obligatoire
Plusieurs autres règles – dont
l’infraction nemène pas au renvoi –
encadrent strictement les élèves des
écoles privées. Les bouteilles d’eau sont
souvent interdites, comme les lecteurs
MP3, les chaussettes à motifs (!) ou le
fait de circuler à gauche dans les
couloirs. Autre exemple : « Les
manifestations sentimentales de nature
amoureuse ou amicale ne sont pas tolérées
», prévient sévèrement l’école Regina
Assumpta.
Même les chevelures font l’objet de
règlements. Si, à Brébeuf, les cheveux
doivent être « propres et peignés », à
Sainte-Anne, « la coupe doit faire preuve
de distinction », tandis qu’à Jean-Eudes
elle doit respecter « le décorum qui sied
à un milieu d’études sérieux » !
Ces règles sont là pour poser des limites
claires, explique Kathleen Caissy,
directrice du Pensionnat du
Saint-Nom-de-Marie. « Qu’est-ce qu’on fait
à 14 ou 15 ans? On essaie de franchir les
limites, indiquet-elle. S’il n’y en a pas,
on fait des choses plus graves pour
attirer l’attention. »
La mère d’un élève expulsé raconte
Lancer sa
gomme à effacer en l’air. Ne pas
mettre sa cravate. Arriver en retard
aux cours. Insulter les professeurs.
Nicolas (prénom fictif) « était un peu
rebelle » lorsqu’il fréquentait un
collège réputé de Montréal, raconte sa
mère.
Lors d’une sortie scolaire, il a
embrassé une fille, qui s’en est
plainte le lendemain. Nicolas a
aussitôt été renvoyé. C’était au
printemps 2008. Il a par la suite dû
passer de longs mois à la maison et
n’est retourné au collège que pour les
examens de fin d’année.
« Les collèges privés prennent au
départ une élite, par leurs examens
d’entrée, puis c’est tolérance zéro
sur le plan des problèmes de
comportement, constate la mère. Ils
préfèrent mettre un enfant dehors,
pour garder leur réputation. » Surtout
quand les notes de l’élève ne sont pas
des plus brillantes, ce qui était le
cas de Nicolas.
Sur le coup,
l’adolescent était « un peu déçu », se
souvient-elle. « Mais maintenant, il
est content, parce que c’était une
grosse structure à l’encadrement très
rigide, qui le dérangeait. »
À la rentrée suivante, Nicolas a été
admis dans un collège privé plus
petit, où il a malheureusement
recommencé les mauvais coups. La
direction a toutefois pris le temps de
rencontrer longuement sa mère, ce
qu’elle a apprécié. « Ils donnent une
chance à Nicolas parce qu’ils ont vu
qu’il n’avait pas un mauvais fond »,
indique-telle. Et les notes de
l’adolescent se sont améliorées, ce
qui ne nuit pas.
Nicolas est averti: sa prochaine
incartade le mènera dans une école
publique, ce que redoute sa mère. «
Comme il manque énormément de
confiance en lui, j’ai peur de ses
fréquentations au public »,
explique-t-elle.
Renvoyé de Brébeuf pour possession de
drogue
« Ils ont
trouvé du pot sur moi, pas en quantité
suffisante pour en vendre, mais ils me
suspectaient de le faire » , raconte
Louis ( prénom fictif), jeune homme
châtain de 18 ans, renvoyé de Brébeuf
alors qu’il était en troisième
secondaire.
C’était juste avant Noël, si bien que
le collège lui a permis de faire ses
examens de mi-année. « J’étais escorté
jusqu’à un local spécial pour les
faire » , se souvient-il. Brébeuf
avait une intervenante en toxicomanie,
mais jamais il ne l’a rencontrée,
affirme-t-il.
Le col lège aurait-i l dû l’aider au
lieu de l’expulser? « À l’époque,
j’aurais répondu oui, indique le jeune
homme. Mais c’est plus simple et ça
coûte moins cher de mettre les élèves
dehors. Ce n’est pas politiquement
correct, mais c’est normal : ils
veulent garder leur réputation. »
Brébeuf dit,
au contraire, faire preuve de
clémence. « Lorsqu’un élève est pris
en possession de drogue, bien que
notre règlement stipule clairement que
ce simple constat peut être un motif
de renvoi, dans les faits, si l’élève
n’a pas déjà à son actif un lourd
dossier disciplinaire, nous aborderons
le cas avec une approche d’aide, de
soutien et d’encadrement », assure
Russell Flanagan, directeur des
communications du collège Brébeuf.
Mais si le jeune trafique, « il s’agit
d’un cas de renvoi automatique par
l’application de la tolérance zéro »,
a-t-il ajouté.
Louis a fini son secondaire dans une
école publique de la CSDM, « une bonne
école », selon lui. « J’ai vu plus de
drogue au privé qu’au public,
précise-t-il. Les gens ont de
l’argent, au privé. »
Aujourd’hui en sciences de la santé au
cégep Maisonneuve, le jeune homme est
visiblement gêné de reparler de son
écart de conduite. « J’étais plus
jeune, dit-il. Je ne prendrais pas les
mêmes décisions maintenant. »
EXPULSÉ POUR UNE MOYENNE
DE 64,5% - Ariane Lacoursière
Alexandre ( nom fictif ) a toujours
été un élève consciencieux. À l’école
primaire, il avait des résultats dans la
moyenne. Quand il a dû choisir un
établissement pour poursuivre ses études
secondaires, son choix s’est arrêté sur
une école privée de son quartier : le
Collège Sainte-Anne.
« Le
palmarès des écoles secondaires de
L’actualité, ce n’est pas une blague.
Les collèges font tout pour avoir de
bonnes notes. Ils ne veulent pas des
élèves qui abaissent la moyenne », note
Philippe Michaud, enseignant depuis 1979
dans des écoles secondaires privées et
publiques de la région de Montréal.
Sachant que les examens d’admission
étaient difficiles dans cette institution
élitiste de Lachine, il a travaillé un peu
plus fort cette annéelà et a réussi à être
accepté. Ses deux première années dans
cette école se sont bien déroulées.
Mais à la fin de sa deuxième année, il
s’est fait expulser. « Il ne répondait pas
à la norme de réadmission, qui demande des
notes d’au moins 67%. Il n’avait aucun
problème de comportement. Il n’échouait à
aucun cours. Mais il avait une moyenne de
64,5%, ce qui n’était pas assez, selon le
Collège », raconte la mère d’Alexandre.
Sur le site internet du Collège
Sainte-Anne, on peut lire : « Pour être
réadmis et promu, l’élève doit présenter
un bulletin dont la moyenne générale des
savoirs essentiels est de 67% ou plus. » «
Il faut aussi réussir dans les matières de
base, soit mathématiques, français et
anglais. Les élèves qui échouent à ces
matières doivent réussir un examen de
reprise », affirme le directeur du Collège
Sainte-Anne, Ugo Cavenaghi.
Selon la mère d’Alexandre, si le Collège
Sainte-Anne est aussi exigeant, c’est pour
garder sa place au palmarès des écoles
publié chaque année dans la revue
L’actualité. « S’ils avaient réellement à
coeur le bien-être des enfants, ils ne
feraient pas ça », dit-elle.
« Mon fils était très fier d’être entré au
Collège SainteAnne. Il y était très
heureux. Il ne voulait pas partir. Il
aurait mérité d’être aidé au lieu de se
faire dire de partir parce qu’il n’est pas
assez bon », ajoute-t-elle.
En plus de voir son fils expulsé du col
lège, el le déplore qu’on lui ait annoncé
la décision le 30 juin. « Il était trop
tard pour l’envoyer dans un autre collège
privé. On l’a donc envoyé au public. Les
premiers mois ont été atroces pour mon
fils. Il se faisait écoeurer par les
autres élèves. Il se faisait traiter de
petit cul du privé. Il ne voulait plus
aller à l’école. »
Alexandre fréquente toujours son école
publique. « Il n’aime toujours pas
vraiment ça, dit sa mère. Mais que
voulez-vous qu’il fasse? Il n’a plus les
notes pour aller au privé. »
M. Cavenaghi affirme que des cas comme
celui d’Alexandre sont exceptionnels au
Collège Sainte-Anne. « Sur 1650 élèves,
seulement quatre ou cinq n’ont pas répondu
aux critères de réadmission l’an dernier.
Il n’y a pas si longtemps, on pouvait
perdre entre 20 et 30 élèves par année »,
compare-t-il.
M. Cavenaghi assure que le Collège
Sainte-Anne veut garder ses élèves le plus
longtemps possible. Cette année, deux t
rava i l leuses sociales y sont à temps
plein. L’établ issement a aussi remplacé
ses examens d’admission par des tests de
connaissances générales. Selon la
direction, ces tests permettront de
choisir les élèves qui seront heureux au
Collège Sainte-Anne.
« On espère que notre nouvelle sélection
va nous aider à ne choisir que des élèves
qui aimeront notre école. Mais sur un
nombre aussi important d’élèves, on n’aura
jamais un taux de rétention de 100% », dit
M. Cavenaghi.
La pression du palmarès
Enseignant depuis 1979 dans des écoles
secondaires privées et publiques de la
région de Montréal, Philippe Michaud
explique que la pression des notes est
très forte dans plusieurs collèges privés
du Québec
« Le palmarès des écoles secondaires de
L’actualité, ce n’est pas une blague. Les
collèges font tout pour avoir de bonnes
notes. Ils ne veulent pas des élèves qui
abaissent la moyenne », dit-il.
Selon M. Michaud, certains collèges font
même passer les examens de fin d’année au
mois d’août plutôt qu’au mois de juin aux
élèves les plus faibles, pour éviter de
faire baisser leur moyenne générale.
Au ministère de l’Éducation (MELS), on ne
peut confirmer cette affirmation. « Les
élèves qui passent leurs examens en août
le font dans des écoles désignées. On ne
sait pas de quelle école ils proviennent
», explique le porte-parole du MELS,
Pierre Noël.
M. Michaud déplore que les collèges privés
soient si prompts à expulser les élèves
qui ont de faibles notes. « L’estime de
soi à l’adolescence, c’est fragile. Mais
le privé a souvent la décision facile »,
dit M. Michaud.
Cette année, M. Michaud donne le cours
Éthique et culture religieuse en cinquième
année à l’école secondaire du MontBruno,
où il travaille depuis déjà quelque temps.
Au fil des ans, il a accueilli plusieurs
élèves qui venaient d’être expulsés
d’écoles privées. Mais l’an dernier, il a
vécu l’un des pires épisodes de sa
carrière. « Un élève de cinquième
secondaire est arrivé dans ma classe en
mai ! Il avait fait démarrer les gicleurs
dans son collège et s’était fait expulser.
À quelques jours de la fin de l’année ! »
dénonce M. Michaud.
Il estime que le collège en question
aurait pu faire des efforts pour garder
l’élève. « Je ne minimise pas le geste du
jeune. C’était grave. Mais le collège
aurait pu l’isoler dans un local à part
pour le reste de l’année, par exemple, dit
M. Michaud. À quelques semaines de la fin
de l’année, j’ai trouvé ça radical comme
renvoi ! »
Terminus, école
publique...
Des élèves expulsés par des écoles
privées viennent grossir les classes
bondées du public
Chaque année, le nombre d’élèves
expulsés des collèges privés du Québec
et accueillis par le réseau public varie
grandement. La Commission scolaire de
Montréal (CSDM) a accueilli 79 de ces
élèves en 2007-2008 et 66 l’année
suivante. À la commission scolaire
Marguerite-Bourgeoys ( CSMB), on en a
reçu 45 en 2007-2008 et 36 l’année
dernière.
« On en reçoit en moyenne une
quarantaine par année dans nos 12 écoles
secondaires. L’impact est très faible »,
assure la porte-parole de la CSMB,
Brigitte Gauvreau.
Le directeur du service de
l’organisation scolaire à la commission
scolaire des Patriotes, Claude
Sasseville, n’est pas tout à fait de cet
avis : « Si tous mes groupes sont au
maximum dans une école, c’est difficile
de trouver de la place pour un nouvel
élève en milieu d’année. Il faut parfois
tout réorganiser. Mais cela arrive assez
rarement. »
Selon M. Sasseville, les collèges privés
renvoyaient plus facilement leurs élèves
il y a quelques années. « C’est bien
moins marqué maintenant, dit-il. Les
collèges privés gardent un peu plus leur
clientèle. »
M. Sasseville croit que la situation
s’explique par le fait que les collèges
privés n’ont plus un aussi grand bassin
de jeunes à aller recruter en première
secondaire. « Il y a une limite à ce que
tu peux aller chercher comme élèves dans
la région, soutient-il. Pour faire de
l’argent, les collèges les gardent tout
simplement plus longtemps. »
N’empêche que, dans les écoles
secondaires publiques, les enseignants
accueillent régul ièrement des élèves
expulsés du privé au milieu de l’année.
« Ces jeunes ont principalement eu des
problèmes de drogue, de comportement ou
de notes », dit Marc Hébert, qui
enseigne les mathématiques à l’école
secondaire du Grand-Coteau, à
Sainte-Julie.
En 2007-2008, M. Hébert a reçu deux
élèves expulsés du privé dans une de ses
classes. Pour lui, le plus difficile a
été le peu d’information qu’on lui a
transmis sur eux.
« Quand les jeunes arrivent du privé, on
ne sait rien d’eux. Il faut tirer les
vers du nez à tout le monde. Les élèves
ne parlent pas de ça », dit M. Hébert.
« On ne nous tient pas informés, sauf si
le jeune a de graves allergies. Pour le
reste, il faut aller aux nouvelles, et
ce n’est pas toujours évident », ajoute
Philippe Michaud, qui enseigne au
secondaire depuis 1979.
M. Héber t r enchér i t : « Parfois, le
collège privé n’envoie pas le dossier de
l’élève avec les notes sur son
comportement. Si j’ai un jeune violent,
je ne le sais pas. C’est dangereux! »
L’enseignant déplore ce manque de
collaboration du privé. Mais il
reconnaît que les collèges ne sont pas
obligés d’envoyer le dossier de l’élève.
M. Hébert explique toutefois que le
principal problème est que des
enseignants apprennent « au bout de deux
ou trois semaines » que le comportement
d’un élève ne va pas, et qu’il est alors
« trop tard pour lui accorder des
ressources ».
Le porte-parole de l’Alliance des
professeurs de Montréal, Yves Parenteau,
est du même avis. « Ces élèves qui
arrivent en milieu d’année se font le
plus souvent expulser parce qu’ils ont
des problèmes de comportement, dit-il.
Ils arrivent et ont besoin de services.
C’est plus dur de les leur offrir en
milieu d’année, les budgets étant
limités. On gère le pire: qui en a le
plus besoin. Les plus grandes
difficultés ont priorité. »
M. Parenteau ajoute que les nouveaux
venus atterrissent souvent dans des
classes ordinaires, qui ne sont pas
nécessairement adaptées à leurs besoins.
Même s’il est plus difficile d’offrir
des services en milieu d’année, « nous,
au moins, on a les services », mentionne
M. Michaud. « Par exemple, les jeunes
qui consomment peuvent aller voir un
intervenant en toxicomanie,
illustre-t-il. Mais au fil des ans, le
secteur public s’appauvrit et les coupes
budgétaires se font presque tout le
temps dans les services. »
Pour M. Hébert, il est frustrant de voir
que les écoles privées peuvent « balayer
leurs problèmes ailleurs », mais pas les
établissements publics. « Nos classes
sont déjà difficiles. Les gens du privé
qui arrivent en milieu d’année, c’est un
problème de plus. C’est parfois
difficile d’accepter que le privé se
débarrasse de ses problèmes au lieu de
les corriger », dit-il.
De la paresse - ROXANE SICOTTE
Il est utile
et pertinent de faire lire aux jeunes
des oeuvres qu’ils n’auraient pas
approchées d’eux-mêmes
L’auteure est étudiante en cinquième
secondaire au collège Durocher
Saint-Lambert. Elle réagit à l’opinion
d’Éric St-Onge, intitulée « Des livres
endormants », qui a été publiée jeudi
dernier. Étant moi aussi une « cobaye
» de la réforme, j’ai été outrée en
lisant la lettre d’opinion d’Éric
St-Onge au sujet de la lecture dans
les écoles.
Selon lui, les jeunes préfèrent
l’ordinateur et le sport à la lecture
et n’ont pas le temps de lire des
ouvrages de 500 pages. Étant moi-même
sportive, puisque je joue au hockey et
que je m’entraîne à la natation, j’ai
toujours trouvé le temps de lire les
romans obligatoires de mon cours de
français, comme la majorité des élèves
de ma classe.
Le manque de temps comme excuse pour
ne pas lire? Une aberration! Le fait
d’être à l’école cinq jours par
semaine et d’avoir des devoirs dans
les autres matièresme laisse amplement
le temps de poursuivre la lecture des
romans, même si je suis adepte de la
Wii.
Toujours selon
M. St-Onge, ce n’est pas « par manque
de persévérance, de culture ou de
vocabulaire » que les élèves ne lisent
pas. Pardon? Pourquoi un jeune
préférerait regarder un film de deux
heures plutôt que de lire le livre, si
ce n’est par paresse? N’est-ce pas là
une application parfaite du principe
du moindre effort?
En effet, pourquoi se donner la peine
de lire des « livres endormants »,
même si cela « nous ferait un bon
bagage de connaissances pour le cégep
» ? Pourquoi se donner la peine d’être
un peu plus savant, quand on peut se
complaire dans son idiotie?
En tant que « cobaye de la réforme »,
mais surtout en tant que future
citoyenne, je crois qu’il est utile et
pertinent de faire lire aux jeunes des
oeuvres qu’ils n’auraient pas
approchées d’eux-mêmes. Même si les
passions des jeunes évoluent avec le
temps, certains livres restent des
classiques ( L’étranger, par exemple)
et doivent être abordés dans les
écoles.
Finalement,
je crois que c’est votre opinion sur
les romans philosophiques et les
théories sur le monde « toutes plus
ennuyantes les unes que les autres »
qui m’inquiète le plus. Pourquoi
développer un système de pensée qui
nous est propre ? Pourquoi développer
notre sens critique, notre jugement ?
Selon vous, il n’est pas utile qu’un
ouvrier de la construction soit
capable d’entretenir une discussion
sensée ? Quel stéréotype ! Pourtant,
lui aussi est citoyen, et il a lui
aussi le droit de vote. Ne croyez-vous
pas que la lecture et la philosophie
puissent nous aider à comprendre le
monde?
Des livres endormants - ÉRIC ST-ONGE
Pour les
jeunes, l’ordinateur et les sports
sont des choix bien plus judicieux que
des romans de 500 pages
L’auteur étudie en cinquième
secondaire du collège
Saint-JeanVianney, àMontréal. Il
réagit aux articles publiés récemment
dans La Presse au sujet de la lecture
à l’école. Entre visionner un film de
deux heures et lire un roman pendant
une semaine, la première option
remporte la palme.
Selon nos professeurs, la plupart des
élèves ne sont plus capables de lire
des oeuvres complètes par manque de
culture, de vocabulaire, ou tout
simplement par manque d’entraînement
et de persévérance. Selon moi, cette
explication est absurde.
Même avec des
ailes (oeuvre d’Anselm Kieffer, Buch
Mit Flugeln, Musée d’artmoderne de
San Francisco), les livres n’ont pas
la cote auprès des élèves, qui
semblent davantage se tourner vers
le cinéma et l’ordinateur.
Ce n’est certainement pas par manque
de persévérance, de culture ou de
vocabulaire, mais bien par manque de
temps ou par manque de passion pour le
livre que nous ne pouvons tout
simplement pas terminer les ouvrages
que nous présentent les enseignants.
Il faut dire que les romans choisis ne
sont pas toujours bons. Parlons du
livre Au nom du père et
du fils. N’est-ce pas un roman de 800
pages? Nous sommes à l’école cinq
jours par semaine, nous avons donc des
devoirs demathématiques, d’anglais, de
français et autres matières, sans
compter que certains étudiants
travaillent. Il est donc évident que
visionner un film est beaucoup plus
avantageux, car entre perdre deux
heures tout au plus, ou perdre une
semaine à lire un roman bien peu
intéressant, la première option
remporte la palme.
De plus, avec
la fameuse réforme, nous n’avons
jamais été habitués à lire des
dizaines et des dizaines de livres
endormants de 500 pages ou plus. Je
veux bien croire que lire sur
l’histoire du XIXesiècle nous ferait
un bon bagage de connaissances pour
l’entrée au cégep, mais la réforme
elle va aussi y faire sa rentrée. Et
en tant que «cobaye» de celle-ci, je
crois qu’il ne sert strictement à rien
de nous faire lire sur des trucs qui
nous passionnent vraiment peu.
Si vous avez retiré Germinal de la
circulation, ce n’est tout de même pas
de notre faute et nous ne pouvons pas
blâmer la réforme, mais bien le type
de roman choisi pour les élèves. Les
passions des jeunes ont évolué avec le
temps.
Autrefois, dans les temps libres, lire
un livre était tout à fait normal,
mais de nos jours, dès que quelqu’un
est disponible, l’ordinateur ou les
sports sont des choix beaucoup plus
judicieux.
Les romans philosophiques ne nous
aideront en rien plus tard. C’est
quand même assez rare que vous allez
voir un ouvrier de la construction
arriver avec son bagage de phrases
philosophiques ou de théories sur le
monde, toutes plus endormantes les
unes que les autres, et entretenir une
discussion avec quelqu’un.
NIVELLEMENT PAR LE BAS - LIARA
BRAULT ET ANDRÉE HAMMOND
La plupart de
nos élèves ne peuvent plus lire des
oeuvres complètes par manque de
culture, de vocabulaire et de
persévérance
Les jeunes ne voient souvent plus le
but ou l’utilité de connaître le
passé.
Les auteures sont enseignantes de
français dans une école secondaire
privée de Montréal. Elles réagissent
aux articles « Kafka ou Twilight » et
« Des choix difficiles pour les profs
», parus dans La Presse du samedi 30
janvier. Comme notre collègue Martin
Bibeau le dit dans un des articles,
nous croyons que Zola, ou Stendhal ou
Balzac ou encore Camus devraient faire
partie du bagage de lecteur qu’un
élève apportera avec lui au cégep. Ces
choix d’auteurs ont toujours été dans
notre espritunpassage incontournable
vers une initiation à la culture, à
l’éthique et au débat.
En fait, nous le pensions jusqu’en
juin 2009, dernière année avant le
grand bouleversement de la réforme.
Nous observions déjà une chute
dramatique des résultats aux examens,
lesquels faisaient appel beaucoup plus
à la réflexion et au jugement critique
qu’à la mémoire et qu’à la simple
vérification de lecture.
Nos élèves de cinquième secondaire ont
donc répondu à un petit sondage maison
sur les lectures de l’année. Pour
Germinal, par exemple, 33% des élèves
avaient lu l’oeuvre en entier, 42%
avaient lu une centaine de pages avant
de se décourager et les autres
s’étaient contentés de visionner le
film de Claude Berri ou de télécharger
l’un des très nombreux travaux «
prémâchés » ou achetés sur internet;
il en fut de même pour Le survenant de
Germaine Guèvremont. En fait, ceux qui
avaient lu les oeuvres en entier
étaient bien fâchés de voir les
cinéphiles d’occasion faire aussi bien
qu’eux.
La plupart de nos élèves ne sont plus
capables de lire des oeuvres complètes
par manque de culture, de vocabulaire
ou tout simplement par manque
d’entraînement et de persévérance. Les
travaux tout chauds sur l’internet ont
remplacé une saine préparation
personnelle. Et pourtant, nous ne les
avons jamais laissés seuls dans ces
aventures: documents de vulgarisation,
biographie de l’auteur, passion
partagée, exposés oraux des élèves
eux-mêmes sur des sujets comme les
grèves, les métiers de mineurs au XIXe
siècle, sur la situation de la France,
sur Zola lui-même, etc. Les jeunes ne
voient souvent plus le but ou
l’utilité de connaître le passé.
Et cette
année, nous direz-vous? Eh bien, nous
avons changé de tactique au niveau de
la lecture: essayer de préserver les
bases littéraires essentielles et
maintenir un niveau accessible et
pertinent, version 2010. Pour les
classiques, nous avons de nouveaux
critères: si possible, pas de film
disponible et un nombre de pages
réduit. Alors que nos élèves lisaient
huit oeuvres de 200 à 600 pages,
maintenant nos listes de lecture ont
fondu comme neige au soleil. Nous
proposons cinq oeuvres obligatoires
pour tous et une sixième au choix.
Germinal a été remplacé par la petite
plaquette de 100 pages
Ledernier jour d’un condamné de Victor
Hugo, tandis que La vie devant soi de
Romain Gary tient encore la route et
que nous ne lisons qu’un mince extrait
de L’étranger de Camus.
Mais nous ne sommes pas encore au bout
de nos peines: les parents nous
tombent dessus parce que leur
progéniture n’a pas que cela à faire,
de la lecture. Une collègue s’est même
fait demander par un parent d’élève
s’il existait un film pour Le dernier
jour d’un
condamné! Une autre maman se désolait
de la rareté du film La vie devant
soi. N’oublions pas les parents qui
lisent les livres à la place de leur
enfant et qui leur préparent des
résumés la veille de l’examen, car la
lecture est tellement ennuyante, il
faut les comprendre… et entre nous,
cela ne leur servira plus jamais,
n’est-ce pas?
Quant aux résultats d’examens de cette
année, ils sont sensiblement les
mêmes. Jusqu’où devrons-nous niveler
par le bas tout en préservant notre
langue et notre culture françaises ?
Le problème serait-il lié de trop près
à la malbouffe linguistique et au
manque de vision d’une société happée
par le présent ?
De Twilight à Kafka - ANNIE
CONTANT
Une fois l’appétit ouvert,
il est possible de faire lire à peu près
n’importe quoi aux élèves à la condition
de les accompagner
Certains élèves
sont maintenant passionnés de lecture,
les autres n’ont au moins plus peur de
lire.
Mes critères pour le premier livre: il
doit être accessible et intéressant. À
l’école où j’enseigne, les élèves,
âgés de 16 à 21 ans, sont pour la
plupart des doubleurs ou des
raccrocheurs. La lecture n’est pas
leur tasse de thé. Je ne vois pas
d’autre moyen que celui de partir d’où
ils sont.
Et où en sont-ils lorsqu’ils arrivent
dans ma classe de cinquième
secondaire? La plupart de ces jeunes
ne peuvent situer Vancouver ou la
France sur une carte muette. Pourtant,
ils sont tout sauf crétins; paresseux
un peu parfois, mais surtout perdus et
mal pris, je dirais qu’ils sont
par-dessus tout curieux, brillants,
créatifs, assoiffés de connaissances.
Le défi et le plaisir sont de les
mener où ils veulent, et où ils
doivent se rendre. Je veux saluer
publiquement leur persévérance et les
fruits de leurs efforts.
Nous avons commencé par lire (en fait,
je leur ai lu à voix haute) une
biographie d’un bum devenu travailleur
humanitaire ( Rebelle sans frontières,
pour les intéressés). Aucunement
littéraire, mais totalement captivant.
Lentement mais sûrement, nous avons
voyagé partout dans le monde:
Vancouver, Paris, Mozambique, Irak,
Afghanistan... Les élèves ont
tellement aimé que nous avons écrit à
l’auteur qui, du chaud Congo (RDC),
nous a répondu!
Une fois la confiance établie, une
fois les principales difficultés
levées, une fois l’appétit ouvert, il
est possible de leur faire lire à peu
près n’importe quoi, à la condition de
les accompagner dans leur lecture.
Pour ne pas perdre l’élan, pour garder
le momentum, ils ont lu un roman
jeunesse, au choix. La troisième Comme
l’affirmait Max Roy dans
La Presse,
même si ce texte peut paraître
laborieux, les élèves ont compris:
ils ont saisi qu’Arnolphe était sot,
ils ont ri et se sont délectés de sa
bêtise, et ils ont bien réussi
l’évaluation.
Plus tard, ils ont eu à réciter
Rimbaud et Louise Labé. Imaginez:
«Tant quemes yeux pourront larmes
épandre» (Louise Labé); «Sur l’onde
calme et noire où dorment les
étoiles/La blancheOphélia flotte
commeungrandlys» (ArthurRimbaud);
imaginez des élèves, nés ici ou
ailleurs, de parents québécois,
haïtiens, libanais, guatémaltèques,
philippins, portugais, etc.,
impressionnés par la qualité des
textes et par leur propre aptitude à
les mémoriser; ils étaient surpris
de voir ces mots magnifiques sortir
de leur bouche. J’en eus, de même
que les élèves, le souffle coupé
lors de ce moment d’une rare magie,
d’une beauté inouïe.
Pour terminer en beauté, L’étranger,
et Gabrielle Roy (pas au complet,
malheureusement, notre programme
s’étend sur un trimestre plutôt que
sur une année). Camus les a
accrochés, mais pas Bonheur
d’occasion. Aumoins, ils auront eu
l’occasion de lire ce roman. oeuvre
était L’école des femmes, de
Molière. Assez difficile pour les
élèves de suivre cette histoire se
déroulant dans un autre pays, il y a
de cela quelques siècles, suivant
des moeurs complètement différentes.
Nous avons lu ensemble, à voix
haute, chaque élève incarnant un
personnage ; au début de chaque
séance, nous reprenions les derniers
passages lus à la fin du cours
passé.
Vous obtenez ainsi des élèves
compétents, instruits; certains sont
maintenant passionnés de lecture,
les autres n’ont au moins plus peur
de lire. Bref, à la question «Kafka
ou Twilight? », je réponds, comme
des centaines d’enseignants:
pourquoi pas les deux? Commencer
avec Twilight, pour les amener, les
élever jusqu’à Kafka, ou, comme le
suggérait Martin Bilodeau, critique
de cinéma, aux soeurs Brontë. Bonne
lecture.
Une
profession
dévalorisée - MICHEL
LEBEL L’auteur est un
ancien professeur qui réside à
Entrelacs.
Depuis
quelques semaines, sinon quelques
mois, les critiques pleuvent sur le
système public d’enseignement. Tout
y passe : les nouveaux programmes,
les réformes, les connaissances, les
compétences transversales ou autres,
les bulletins, les fonctionnaires,
la ministre qui désavoue sa propre
réforme, etc. Bref, le feu est pris
dans la grange et les médias s’en
donnent à coeur joie. Ce qui arrive
en fait de façon assez chronique, et
qui est généralement suivi d’une
commission ou d’un rapport
quelconque qui prend lui-même
souvent le chemin bien tracé des
tablettes.
Dans ce brouhaha, il me semble qu’on
oublie la principale clef du
progrès, voire du succès, dans le
domaine de l’éducation, soit la
formation des maîtres. Quelle que
soit la beauté conceptuelle et
pédagogique d’un programme ou de sa
réforme, celui-ci sera mis en oeuvre
par des enseignants. Et c’est là, je
crois, que le bâtblesse dans notre
système d’éducation. Mon hypothèse
est la suivante: les maîtres ne sont
pas assez bien formés, parce que
l’éducation n’est pas suffisamment
valorisée au Québec.
Quand notre
système d’éducation attirera (et
conservera) principalement en son
sein des candidats aussi doués que
pour la médecine et l’actuariat, je
n’aurai aucune crainte pour la
qualité de notre enseignement
public.
Pour ce faire, le gouvernement et la
société devront y mettre le paquet :
publicité massive pour l’éducation
et l’enseignement, of fres de
salaires remarquables, très bonnes
conditions de travail, bourses
alléchantes, priorité au
perfectionnement, etc., tout doit
être entrepris pour avoir
d’excellents maîtres.
Sans ce grand effort collectif, je
ne vois que décrochage et
médiocrité, peu importe les
programmes... et le retour aux
bulletins à l’ancienne.
Un titre professionnel pour les
enseignants - Marie Allard
C’est une première au Canada : les enseignants de
l’Ontario ont désormais un titre professionnel.
Seuls les 220 000 professeurs ayant le titre d’«
enseignant agréé de l’Ontario » (EAO) pourront
travailler dans les écoles financées par les fonds
publics de la province.
«
Le titre est un symbole puissant aux yeux des
parents et du public, a dit Michael Salvatori,
chef de la direction de l’Ordre des enseignants de
l’Ontario, dans un communiqué. Il reconnaît que
les membres de la profession enseignante sont des
professionnels hautement scolarisés, qui se
dévouent pour leurs élèves et s’engagent à se
perfectionner la vie durant. »
Le gouvernement de Jean Charest avait promis, lors
des élections de 2003, la création d’un ordre
professionnel des enseignants du Québec. Il a
toutefois renoncé à cet engagement en 2005, devant
l’opposition du milieu de l’éducation.
Le
crochet du décrochage - JEAN-PAUL
JACQUES L’auteur est un professeur de
français de Montréal.
Il
faut réintégrer le sens fondamental du mot «
éducation » dans la préparation de l’enfant à son
avenir
Un jour, je retrouve mon manteau par terre dans la
garde-robe. Deux causes ont pu produire cette
situation. Le manteau était trop lourd pour la
capacité du crochet ou bien j’ai mal accroché le
manteau. Résultat donc: décrochage du manteau, mais
le manteau n’y est pour rien.
Se pourrait-il qu’on se soit
éloigné fondamentalement de l’acte d’éduquer, de
conduire quelqu’un au-delà de ce qu’il est et de
ce qu’il connaît ?
Quand un élève décroche de l’école, ou bien on lui
fixe des objectifs trop élevés pour ses capacités ou
bien on ne sait pas lui présenter des objectifs sous
un angle qui réponde à ses intérêts.
Se pourrait-il cependant qu’on se soit éloigné
fondamentalement de l’acte d’éduquer? Si l’éducation
est bien de conduire quelqu’un au-delà de ce qu’il
est et de ce qu’il connaît, il devient nécessaire
d’établir précisément les exigences du programme ou
du cheminement par lequel on veut épanouir la
personne de l’éduqué. L’instructeur d’un athlète
olympique ou d’un artiste virtuose en sait quelque
chose. La liberté de l’athlète ou de l’artiste est
mise à rude épreuve.
En1969,
je commencema carrière d’enseignant en troisième
secondaire en enseignement du français, langue
maternelle. Au programme, la poésie. Comme j’avais
fait ma versification dans le défunt cours
classique, je pensais qu’il convenait encore de
cultiver la mémoire en apprenant par coeur des
poèmes. Il y a certes quelques parents qui se sont
plaints. Le directeur m’avise que c’est une pratique
dépassée.
On niait donc implicitement l’importance de
développer la mémoire humaine à l’aube d’un
développement phénoménal de la mémoire électronique.
J’imagine même qu’on n’a jamais corrigé cette
perspective.
L’enfant-roi exige toujours qu’on ne pose pas de
limites à sa liberté et le parent-roi est toujours
surpris quand son enfantroi décroche. Le vrai
correctif de la situation du décrochage est la
réintégration du sens fondamental du mot «éducation»
dans la préparation de l’enfant à son avenir
professionnel et social.
Deux profs par classe - Martin Lépine
Au
préscolaire et au primaire, la tâche est trop
lourde pour être assumée par un seul enseignant
Si ces mesures sont mises en place, on pourra
mieux contrer le décrochage.
Le décrochage scolaire des élèves est un problème
important de notre système d’éducation. Près de 10
ans après la mise en place progressive du
renouveau pédagogique, le Québec demeure la
deuxième province affichant le plus haut taux de
décrochage scolaire. L’enseignant étant le facteur
le plus influent sur la réussite scolaire des
élèves, il me semble urgent d’agir en amont de ce
décrochage chez les jeunes et de jeter un oeil sur
leurs aînés, enseignants au préscolaire et au
primaire principalement, qui souhaitent leur
transmettre une partie d’eux-mêmes.
Bien que l’école québécoise semble parfois tirer
son épingle du jeu lorsqu’on observe les résultats
des élèves à des tests de rendement nationaux et
internationaux, ses acteurs principaux,
enseignants et élèves, sont en crise. Voici
quelques statistiques qui montrent des preuves de
ce désenchantement:
> environ 30% des élèves ne terminent pas leur
cours secondaire dans les délais prescrits par le
ministère ;
> selon les commissions scolaires, de 17 à 40%
des nouveaux enseignants abandonneraient la
profession qu’ils viennent tout juste d’embrasser,
parce que les difficultés qu’ils rencontrent leur
apparaissent insurmontables ;
> plus de 25% des enseignants en exercice,
autant novices qu’expérimentés, songent à quitter
la profession d’ici cinq ans;
> entre 35 et 45% des enseignants sont en
statut précaire ;
> près de 20% des enseignants travaillent
chaque jour dans un état de détresse
psychologique, soit plus du double de ce que l’on
trouve dans la population en général ; cette
détresse est en augmentation depuis l’an 2000.
Ces statistiques mènent à un seul constat : la
tâche d’enseignant est trop lourde pour être
assumée pleinement par un seul individu rempli de
bonne volonté et de passion.
Pour faire en sorte que l’école soit un lieu
d’épanouissement personnel et collectif, les
enseignants du préscolaire et du primaire sont
tenus de constituer une communauté d’apprentissage
professionnelle forte et engagée. Ils doivent
ainsi faire preuve d’ouverture et d’humilité et
accepter rapidement de travailler en équipe de
deux dans leur classe, et ce, avec un nombre
d’élèves semblable aux normes actuelles.
De cette façon, on s’attaque au problème
d’insertion professionnelle de jeunes enseignants
puisque chaque nouveau maître formerait une équipe
avec un collègue d’expérience ; on réduit d’un
coup l’isolement caractéristique de la profession;
on garantit un lien direct entre la classe et les
parents ; on donne accès à la formation continue
spécialisée selon les besoins des professionnels
de l’enseignement.
Mieux formées tout au long de leur carrière, ces
équipes d’enseignants seraient en mesure
d’intervenir avec un enfant de quatre ans ou
d’enseigner à un adolescent de 12 ans en basant
leur action sur un heureux mariage entre formation
et pratique.
En travaillant ainsi dès le préscolaire et le
primaire, directement dans les classes, pour
prévenir les difficultés d’apprentissage et
soutenir les élèves dans leur formation de base,
nous pouvons espérer voir arriver au secondaire
des adolescents ayant dans leur bagage des
connaissances et des compétences qui leur
permettront de prendre leur envol.
L’objectif est simple: mettre le plus de
ressources possible dans la classe et non dans ses
entours. Le ministère de l’Éducation, du Loisir et
du Sport du Québec doit donner l’exemple et
réduire la taille de son appareil d’État et
simplifier ses programmes d’étude.
D’ailleurs, le travail proposé en équipe de deux
enseignants professionnels par classe du
préscolaire et du primaire permet d’emblée
d’économiser tous les frais de suppléance et de
remplacement de congé de maladie de courte durée.
La formation continue devient ainsi accessible à
tous, sans budget supplémentaire. Ce travail
d’équipe met aussi un frein aux nombreux cas de
statut précaire dans la profession. La réduction
du nombre d’élèves par classe n’étant pas une
priorité avec cette approche, les constructions
éventuelles de nouveaux locaux sont minimisées.
Si et seulement si différentes mesures sont mises
en place pour mettre toutes nos ressources dans
les classes, on pourra à ce moment penser à
intervenir pour contrer le décrochage scolaire des
élèves.
La CSDM présente ses excuses aux élèves refusés
aux cours d’été - Marie Allard
Après avoir refusé des élèves à ses cours d’été et
aux reprises d’examens, prétextant une pénurie
d’enseignants, la Commission scolaire de Montréal
(CS DM) a fa it son mea-culpa, hier. « Je tiens au
nom de l’institution à présenter nos excuses aux
parents et aux enfants qui ont vécu ça cet été »,
a dit à La Presse Diane De Courcy, présidente de
la CSDM.
Tel que révélé hier, le nombre de places aux cours
d’été de mathématiques de troisième secondaire a
été contingenté en juillet, privant des jeunes en
échec d’une possibilité de se reprendre. « Chacune
des écoles va faire le nécessaire pour s’assurer
qu’un élève qui a été dans cette situation puisse
avoir tout le soutien nécessaire pour ne pas
perdre son année, a assuré Mme De Courcy. Je le
répète : ce n’est pas acceptable, on n’admet pas
ça, on s’excuse et on se reprend. »
Au moins une vingtaine d’élèves sont concernés. Il
s’agit « d’un chiffre prudent, parce que je ne
sais pas combien d’élèves sont repartis sans qu’on
les ait comptabilisés », a précisé la présidente.
Ces jeunes peuvent appeler au 514-596-CSDM où ils
seront « très bien reçus », a-telle dit.
«
Wow ! » a réagi Isabelle Lahaie, une mère qui
s’était présentée en va i n au x i nsc r iptions
des cou rs d’été, en apprenant la bonne nouvelle.
Jusqu’à hier, son fils Mathieu Grégoire, 15 ans,
devait redoubler sa troisième secondaire à son
école (Saint-Louis) ou trouver un établissement
accepta nt qu’il suive des cours sur deux niveaux.
La famille attend maintenant des nouvelles de la
CSDM.
C ’e s t e n lisa nt La Presse que Mme De Courcy a
pris connaissance du problème. « J’ai été
extrêmement surprise qu’une telle décision
administrative ait été prise cet été », a-telle
souligné.
Un total de 2721 élèves ont pu s’inscrire à
l’ensemble des cou rs d’été de la CSDM en 2009,
soit 469 de moins que l’année passée.
Des examens du Ministère pourraient ne pas
compter - Marie Allard
« À quoi ça
sert de les évaluer ? On veut faire réussir les élèves ou le
système? »
« Les profs se sont fait dire : si ça ne va pas, n’utilisez
pas les résultats, ou prenez-les en compte pour 5% ou 10% de
la note, a indiqué hier Nathalie Morel, présidente de
l’Alliance. À quoi ça sert de les évaluer? On veut faire
réussir les élèves ou le système ? »
Nathalie Tremblay, enseignante à
l’école Joseph-François-Perreault, dénonce le nouvel
examen de français de 2e secondaire. « On a des réserves
sur deux aspects : la préparation des enseignants et des
élèves, qui est insuffisante, et le contenu et la valeur
réelle des examens », a-t-elle dit hier.
Le contenu des épreuves pose aussi problème. Ce n’est qu’en
avril que les enseignants de français de 2e secondaire ont
appris que leurs élèves devraient écrire un texte à la fois
informatif et argumentatif. « Nous avions surtout travaillé
le texte descriptif, alors on a dû se virer de bord », a
témoigné Nathalie Tremblay, au nom des enseignants de f
rançais de l ’ école JosephFrançois-Perreault. Il s’agit
d’un examen costaud, pour lequel le Ministère demande plus
de trois heures de préparation en classe et trois heures
d’écriture prévues le 2 juin, de 9 h à 12 h, partout au
Québec.
En science et technologie de 4e secondaire – un nouveau
cours obl igatoi re pour l’obtention du diplôme –, 40% des
épreuves porte sur l’évaluation systématique de
connaissances, selon l’Alliance. « C’est bien, mais on
parachute ça alors que le programme, qui n’a pas été révisé,
porte toujours sur les compétences, a fait valoir Mme Morel.
C’est incohérent. »
La valeur des examens est fixée par les écoles, confirme le
MELS
Le Ministère
de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) précise que les
examens de science et technologie (quatre heures d’épreuves
pratiques et trois heures d’épreuves écrites) sont des «
épreuves d’appoint ». « L’utilisation de ces épreuves n’est
pas obligatoire, mais le Ministère encourage fortement les
écoles à les administrer », lit-on dans le document
d’information du MELS. La correction sera faite par les
écoles, qui choisiront « la manière de considérer ces
résultats » , confirme le Ministère.
Le nouvel examen de français, créé dans le cadre du Plan
d’action pour l’amélioration du français, est quant à lui
obligatoire. Dans le but « d’accroître le suivi des élèves
en français écrit », un échantillon de textes d’élèves sera
corrigé au Ministère. Le reste de la correction sera faite
par les écoles, qui « utiliseront les résultats obtenus à
cette épreuve en fonction de règles établies localement »,
lit-on dans le document d’information du MELS. Dès l’an
prochain, l’épreuve comptera toutefois pour 15% à 30% de la
note finale, annonce le Ministère.
Pour cette année, l’Alliance demande de surseoir à la
passation des épreuves. « Arrêtons tout ça et corrigeons les
choses », a souhaité Mme Morel.
« Il n’y a pas matière à surseoir », a répondu Jean-Pascal
Bernier, attaché de presse de la ministre de l’ Éducation,
faisant valoi r que les examens ont été validés par des
équipes d’enseignants.
Liste des fournitures scolaires : La démesure
La liste
des fournitures scolaires ne tient pas compte des moyens
de certains
À écouter les bulletins d’information, il en coûte jusqu’à
300 $ par enfant pour les fournitures scolaires. Mais où
donc sont passées toutes les fournitures de l’année
dernière dans ces familles ? Je ne peux croire qu’on a
tout jeté à la fin juin.
La recherche des fournitures
scolaires est un casse-tête pour la plupart des parents.
Je suis née en Gaspésie, dans une famille de 12 enfants.
Je n’ai jamais vu mes parents se ruer pour acheter des
tonnes de fournitures. À la fin des classes, ma mère
déposait toutes nos choses da ns une grande boîte.
Quelques jours avant la rentrée, elle ressortait la boîte
et nous faisions nos préparatifs avec la réserve. On
achetait ce qui manquait et nous voilà repartis pour une
autre année.
Il faut dire que la fameuse liste de fournitures scolaires
n’existait pas. Pas de cahier no 5614 au lieu de 5616,
mais un cahier Canada de base, point final. Une règle, des
crayons et une efface, nous étions armés pour
l’apprentissage. Et croyez-le ou non, nous avons tous
réussi nos études.
Maintenant, il faut un cahier à anneaux bleu pour le
français, un rouge pour les mathématiques, un bleu pour
l’histoire. Sans doute plus facile pour les enseignants de
s’y retrouver. Sans parler de la fameuse calculatrice qui
fait tout, ou presque.
Voici une anecdote concernant mon fils de 8 ans à
l’époque. La liste scolaire mentionnait un Duo Tang « gris
perle ». Après d’infructueuses recherches, je n’arrivais
pas à trouver ledit objet. Je me résigne à aller chez un
spécialiste des fournitures de bureau, qui ô miracle,
possède l’article à …1,37 $. J’avais payé 1 $ pour les 10
autres. Je suis donc retourné dans un magasin grande
surface où il y avait un gris foncé que j’ai tout
bonnement glissé dans son sac d’école. Il a passé l’année
scolaire avec, et était toujours le premier à le trouver
dans la pile avant le début des travaux.
Un conseil aux parents : il n’est pas nécessaire non plus
de vous faire accompagner par vos trois ou quatre enfants
pour les achats scolaires. Une bonne gardienne (ou l’autre
parent) pendant deux heures vous évitera la pagaille dans
les magasins. Moi, je laissais le tout dans le coffre de
l’auto, en sortait le contenu pour l’étiquetage le soir.
Au retour d’une activité, mon fils trouvait ses
fournitures étalées sur son lit, une véritable fête, et ça
se faisait sans crise de larmes en public.
Les parents ont un rôle à jouer auprès des autorités
scolaires, en exigeant que la fameuse liste des
fournitures soit ramenée à des proportions plus
économiques, compte tenu de la réalité des difficultés
financières de certaines familles.