Guerre
|
AUTRES MÉDIAS |
|
L'humanité pourra-t-ell jamais se défaire de ses vieux
réflexes de compétition et d'antipathie ?
L’Asie
dans une course à l’espace
La guerre en déclin
Setting
the record straight on the war in Afghanistan
Lethal drones strike at our very heart
Quelles leçons pouvont-nous vraiment tirer de la réaction
américaine au 9 septembre 2001 ?
Ten years after 9/11, the great power still cowers -
Lawrence Martin
The
'war on terror' led us astray - JEFFREY SIMPSON
Goodbye, good riddance to the global war on terror
Sabrer dans les Forces armées
L'heure de la fin de cette triste aventure aura-t-elle donc
enfin sonné ?
France, Germany plan to follow U.S. move to pull troops
from Afghanistan
Barack
Obama
tranche
pour
un
retrait
«
rapide »
En
bref - Retrait d'Afghanistan
Obama
to
announce
Afghanistan
withdrawal
plans
Tout cela n'aura-il donc servi à rien ?...
Afghanistan
-
Ce
que
cela
a changé
... sinon à ne faire davantage qu'empirer les choses ?
L’Afghanistan, selon Anne Nivat
En
bref - Afghanistan : plus d'insécurité
Tout ça pour se rendre compte que rien de ce qui est
construit ne peut vraiment durer que si une telle
construction a pu être prise en charge par ceux-là mêmes qui
sont sensé en bénéficier en tout premier lieu ?
Afghanistan
-
«
Personne
ne
croit
à une victoire militaire »
LE
CUL-
DE-
SAC
AFGHAN
...et si surtout cela est véritablement sensé bénéficier à
ces derniers, et non seulement à ceux qui sont supposément
là pour les aider ?
Setting
the record straight on the war in Afghanistan
Ces
guerres
qui
divisent
les
républicains
La tentative d'empêcher à tout prix que l'Iran aille de
l'avant avec son programme d'enrichissement nucléaire ne
tient-elle pas ni plus ni moins de l'impérialisme dans tout
ce que celui-ci peut avoir de plus grossier ?
Break the Iranian nuclear deadlock
We’re killing the Afghans we should be speaking to - Doug
Saunders
Ben Laden aura coûté cher aux contribuables américains
Ignatieff,
le maître d'hôtel de la Maison-Blanche?
Ne faudra-t-il pas un jour se résoudre à admettre que cette
guerre ne se sera jamais avéré autre chose qu'un échec ?...
Coup
dur
pour
les forces spéciales américaines
Afghanistan
and
the
limits of Responsibility to Protect - Gerald Caplan
Afghanistan:
les écoles financées par le Canada sont moins fréquentées
que le disent les chiffres officiels
...et qui plus est, un échec des plus coûteux ?...
Goodbye, good riddance to the global war on terror
Les
États- Unis payent encore le prix du 11- Septembre
Devrait-on commencer à parler de la guerre sans fin ?...
Les
États-Unis pourraient prolonger leur séjour en Afghanistan
Canada enlists in America’s permanent war for peace -
Gerard Caplan
L’INDIFFÉRENCE
AMÉRICAINE
Pourquoi donc s'entêter à poursuivre une entreprise aussi
absurde qu'inutile, à commencer par le fait qu'elle n'a
jamais consisté qu'en un tissu de mensonge, de violence et
de colonialisme, et donc d'oppression ?....
Setting
the record straight on the war in Afghanistan
Harper-Rae coalition goes back to Afghanistan's future
Se pourrait-il que la violence ne puisse donc que se nourrir
elle-même ?...
Since
we
can’t
beat
the
Taliban,
focus
on
reconciliation
Et comment prétendre à un quelconque succès d'une mission
qui n'est même pas la bienvenue chez ceux-là mêmes qui en
sont supposément les premiers bénéficiaires ?...
Deadly protests flare up in Kandahar after Koran burning
Sharp
rise
in
Afghans
who
say
insurgent
attacks
on
U.S.
forces
justified:
poll
Cable
from
Kandahar:
You
can’t
buy
peace
Une
mission
bienvenue
?
Et jusqu'à quel point un gouvernement peut-il faire fi de la
volonté de sa propre population, notamment dans la mesure où
celle-ci ne veut tout simplement pas d'une guerre étrangère
que ce gouvernement s'entête pourtant à poursuivre ?...
Sondage
Léger Marketing-Le Devoir - Les Québécois sont contre la
nouvelle mission canadienne en Afghanistan
Et n'éprouve-t-on pas la moindre gêne à sacrifier la santé,
sinon la vie de nos soldats, et ce pour une mission qui
pourrait difficilement servir à quoi que ce soit dans la
mesure où l'on ne sait même pas en partant à quoi elle est
sensée mener ?...
Canadian soldiers in Afghanistan suffer high rate of brain
trauma
Canada’s
post-2011
role:
Help
Afghan
women
On
Afghanistan,
we’re
getting
propaganda
L’enfant
soldat,
«
l’arme
redoutable
»
Enfants
soldats - Le Canada dépense 18 millions $ pour réintégrer
les Khadr de ce monde
Roméo Dallaire rages against Canada
Afghanistan
- L'aide américaine à la reconstruction se perd dans un
«labyrinthe»
La guerre? Quelle guerre?
Y a-t-il pourtant plus hypocrite, et en fait absurde, que de
chercher à imposer la démocratie par nul autre moyen que la
loi du plus fort ?...
A
cautionary tale for the liberal interventionist
Pas
de démocratie sous occupation
Et si le Canada ne voulait tout simplement pas de cette
guerre ?... Et si, en fait, le Canada n'était tout
simplement pas une nation guerrière ?...
Nations
unies - Reste-t-il un rôle pour le Canada?
Canadians pick peacekeeping over combat
Le
merveilleux
-
Pierre Foglia
L’APRÈS-GUERRE - JOCELYN COULON
Après
l'Afghanistan - Le pari onusien
There's
a
new
peace
‘warrior'
in
town
Forces armées canadiennes -
Finie la guerre après 2011?
Mais ceci dit, un simple retour aux "missions de paix", du
moins telles qu'on les connaissait, représenterait-il
vraiment une solution digne de ce nom ?..
Don’t
write
off
the
future
of
peacekeeping
Désintérêt
et
lunettes
roses
Notre soutien au gouvernement afghan ne se trouverait-il
donc à faire rien de plus que nourrir la corruption ?...
Des sacs pleins d’argent venus d’Iran
Somalia, Myanmar and Afghanistan rated most corrupt
countries: report
Et si le seul avenir de la mission en Afghanistan ne pouvait
en fait passer que par la négociation ?...
Since
we
can’t
beat
the
Taliban,
focus
on
reconciliation
Should
the
Commons
vote
on
deploying
the
Forces?
Privatisation
de la guerre - Fin de monopole
Spectateur de l’horreur
Barack
Obama reçoit le traitement Bob Woodward
A
flawed election, but courageous voters
Iraq
war
resister
marks
one
year
since
taking
sanctuary
in
Vancouver
church
Silence on Afghan elections a sign of lowered expectations
Will
Britain
beat
Canada
out
of
Afghanistan?
The disconnect between pipelines and transparency
Des membres du gouvernement afghan payés par la CIA
Protecting
workers
could
complicate
Afghan
withdrawal
La
fin des agences de sécurité privées complique la mission
canadienne en Afghanistan
U.S. general says he isn't looking for a 'graceful exit'
from Afghanistan
Guerre
en Afghanistan - Petraeus entrevoit des «zones de progrès»
The
war
where
public
opinion
marched
out
the
door
Guerre
en Afghanistan - Le retrait des troupes américaines en
2011 sera «limité», assure Gates
Karzai pressures Pakistan
with veiled remarks on Taliban forces ‘elsewhere’
Une
brèche
ouverte
Dernières
révélations de WikiLeaks - La pression s'accentue sur
Washington
WikiLeaks to release another bombshell on war in
Afghanistan
WikiLeaks
révèle l'horreur ordinaire en Irak
Secrets
afghans - Vraie fuite, ou fuite en avant ?
Les
fuites d'une guerre en perdition en Afghanistan
We needed WikiLeaks - Globe Editorial
U.S. lawmakers challenge Obama after Afghan leak
Un
impact indirect
Les petits papiers du Pentagone
Carnets
de guerre - Détails inédits sur la réalité afghane
Washington
et la coalition ébranlés par les carnets de guerre afghans
What
do
the
leaked
Afghanistan
documents
tell
us?
Islamabad
a joué double jeu avec Washington
Pakistani spy agency denounces leaked U.S. intelligence
reports
A forceful entrance is easier than a graceful exit
L'échec
- André Pratte
Afghanistan,
Iraq
and
the
limits
of
foreign
intervention
Vers
un consensus
La
violence conjugale fait des ravages dans l'armée
La guerre aurait-elle donc fait oublier au Canada les
valeurs démocratiques qui sont pourtant sensées lui être si
chères ?...
Canadian
soldier
who
shot
unarmed
Taliban
avoids
jail
term
Quelle direction le Canada est-il donc en train d'emprunter,
exactement ?...
Revue
de presse - Doutes et histoire
Le
Canada
n’a
pas
le
choix,
estime
Bob
Rae
Les retombées garanties, un modèle en perdition
Les ratés du F- 35
Election 2011, a dark
fiction
L'épreuve
des faits - Un contrat pour les F-35?
Does
Canada
need
next-generation
stealth
fighter
jets?
The F-35: Not whether to buy it, but why
Des F- 35 deux fois plus chers que prévu
As the sub saga shows,
sticker price is just a starting point - Jeffrey Simpson
There'll be no stealth in touting the F-35 - Jeffrey
Simpson
Jeffrey Simpson on the politics of the F-35
L’achat
de chasseurs furtifs par Ottawa: mauvaise idée, disent des
experts
Stealth
jets,
brought
to
you
by
a
spin
machine
on
steroids
-
Jeffrey
Simpson
Pourquoi
le F-35?
Tories and Grits are as one on defence policy
The
fear
factor
in
national
economics
Achat
des F-35 - L'intégration militaire
F-35:
une décision descendue en flammes
Just
what
we
need:
a
$16-billion
fighter
jet
-
Jeffrey
Simpson
Avions
de chasse - La bagarre politique commence
The F-35 and our future: We need someone to watch over us
Retrait
des troupes de Kandahar - L’armée va-t-elle retrouver son
rôle traditionnel?
British PM opens door
to Afghan withdrawal by 2011
Serions-nous donc en train de perdre la guerre dans laquelle
nous avons pourtant tout investi ?...
Guerre
en Afghanistan - 2010, l'année la plus meurtrière
Reports
offer
conflicting
views
of
war
in
Afghanistan
La
leçon afghane
Le
Waterloo
de
l'OTAN?
L'ONU
va favoriser le dialogue en Afghanistan
La
mission canadienne: inutile ou essentielle?
La
dérive afghane
Le
verdict
Attaque désespérée
Afghan
opium
farming
stable
despite
efforts
to
curb
it:
UN
Helicopter
crash kills 9, makes 2010 deadliest year of Afghan war
Guerre
en Afghanistan - La guérilla islamiste marque des points
contre Washington
Guerre
en Afghanistan - Pactiser avec le «diable» taliban?
For
Canadians
and
Americans,
Afghanistan
has
become
a
‘bad
war’
Zardari
affirme que l'OTAN a perdu la guerre; la Maison-Blanche le
contredit
Afghanistan:
bilan mitigé malgré les milliards dépensés
Afghanistan:
la grande offensive reportée à l'automne
L’ambassadeur
canadien en Afghanistan est sceptique quant à la
réconciliation
Le
directeur de la CIA fait le point - La guerre en
Afghanistan est «plus dure» que ce qui était prévu
Descente
aux enfers
Serions-nous donc en train de nous ruiner pour une guerre
que nous ne semblons même pas avoir pourtant la moindre
chance de gagner ?...
Une
note salée... même après le retrait des troupes
Et si la première victime de toute guerre ne pouvait être
nulle autre que la population civile ?...
Le
processus de Kaboul - La légende de Karzaï
Obama’s
war
hits
an
IED
Le
renvoi du général McChrystal - Fin de partie
Le
général McChrystal: une «bombe à retardement»
Stanley McChrystal devra s'expliquer aujourd'hui
Le
terrible
été
afghan
-
Mario Roy
Just
what
is
it
we
must
see
through
in
Afghanistan?
-
Jeffrey
Simpson
Canadian outpost offers illustration of the Taliban’s
grinding insurgency
L'Afghanistan des autres - Jocelyn Coulon
The
insurgents
will
be
back
Afghanistan: end of a debacle
En
bref - L'OTAN veut responsabiliser les forces afghanes
cette année
Le
Canada ne répond pas aux besoins de la population afghane
Canada has more choices than all or nothing in Afghanistan
Afghanistan: les partis discutent de la mission canadienne
Mission
en Afghanistan: 178 millions en médicaments
Rising
tide
of
insurgency
looms
as
Kandahar
election
nears
Les talibans plus populaires que jamais
Comment demander à une population d'endurer la guerre dont
elle est la première victime, comme on ne fait que le
prouver d'une façon toujours plus claire ?...
L'armée
américaine admet une bavure
What is the warrior’s code?
L'armée aurait-elle une certaine tendance lourde à démontrer
de la brutalité dans tout ce que celle-ci peut avoir de plus
grossier ?...
Tuer
pour s'amuser
Haschisch,
alcool et barbarie
WikiLeaks
site fills critically important need
«Regarde
ces salauds morts»
... en plus d'avoir apparemment autant de facilité à
démontrer la médiocrité dans tout ce qu'elle peut avoir de
plus discréditant ?...
Les
narco-tentations du «Cannabistan»
Bienvenue chez les Kafards
The Karzai government isn’t really in this fight - Jeffrey
Simpson
Harper-Karzai rift reveals PM's deep doubts about
Afghanistan
Ottawa prend ses distances avec le président Karzaï
Propos
controversés d'Hamid Karzaï: «Inacceptable», pour Ottawa
La Maison-Blanche met Hamid Karzaï en observation
Les responsables de la commission électorale afghane
démissionnent
Fraude en Afghanistan: Washington balaie les accusations
de Karzaï
Karzai
promises
to
consult
tribal
leaders
ahead
of
NATO
offensive
Torture
des prisonniers et guerre en Afghanistan - Le temps de
rendre des comptes
L'armée
canadienne après 2011 - L'ONU voit le Canada au Congo, les
États-Unis, en Afghanistan
Forces canadiennes - Les Canadiens favorables à
l'Afghanistan après 2011
Afghanistan:
Clinton espère un «soutien» canadien après 2011
Les
coquelicots blancs incommodent la Légion royale canadienne
Armement nucléaire et désarmement
What we don’t remember on Remembrance Day - Gerald Caplan
La
menace nucléaire pèse lourd
La
Vierge Marie atomisée du Japon est devenue un symbole de
paix
Pour
la première fois, Hiroshima se souvient avec les
Américains
Taking disarmament seriously
Comment
neutraliser les bombes nucléaires
L'arme
nucléaire aux mains des terroristes: «la plus grande
menace»
Plaidoyer contre le terrorisme
La
menace
persiste
-
Jean Chrétien, Joe
Clark, Ed Broadbent, Lloyd Axworthy
Toward a world without nuclear weapons - Jean Chrétien,
Joe Clark, Ed Broadbent and Lloyd Axworthy
U.S.
to
press
for
Canada
to
keep
troops
in
Afghanistan
Nouvel
An persan: les Afghans souhaitent la paix
Can Canadian perfume help Afghanistan break its poppy
habit?
Un
rapport de l'UNICEF - Le pire endroit où naître :
l'Afghanistan
La
dette de l'Afghanistan réduite de moitié
L'arrivée des pays émergents permettrait-il aussi
l'émergence d'une nouvelle approche en politique
internationale ?...
Nucléaire iranien: double embarras
Brazil
and
Turkey
rush
to
the
middle
Lula
entame une visite historique au Proche-Orient
If
Ottawa fights a deficit, the military has
no allies
Lettres - Vers un virage humanitaire
La recette irakienne fait son effet en Afghanistan
Le compte à rebours est commencé en Afghanistan
La guerre n'est-elle pas la première à démontrer à quel
point il peut être vrai que ''l'union fait la force'' ?...
Sarkozy
et Cameron inaugurent un partenariat militaire «
historique »
Après tout, l'économie ne resterait-elle pas la garantie la
plus fiable qu'on puisse encore trouver contre la guerre
?...
Perdant-perdant
The
new
U.S.-China
tug-of-war
En
bref - Wen Jiabao: le dialogue sino-américain est «très
important»
2010:
la Chine ne veut pas de conflit commercial avec les É.-U.
Peut-on vraiment prétendre que le risque d'une nouvelle
Guerre Froide soit tout à fait inexistant ?...
Militarily,
Beijing
says
one
thing
and
does
another
La Chine songerait à vendre la dette
américaine - Nicolas Bérubé
États-Unis
et Chine: la nouvelle guerre froide?
Pékin
suspend ses relations militaires avec Washington
Et si le militarisme représente une réelle menace, les
sanctions constituent-elles vraiment le meilleur moyen pour
y faire face ?...
Impasse
sur
l'Iran
-
Jocelyn
Coulon
Les
sanctions contre l'Iran en 5 questions
Nucléaire
iranien : La stratégie américaine n'est pas efficace,
avertit Gates
Nucléaire:
les menaces renforcent la détermination de Téhéran
La Corée du Nord n'a rien à craindre si elle renonce au
nucléaire
«Il
faut répondre à l'Iran par des sanctions politiques»
Les
Iraniens écoperont, estiment des experts
... Ou ne risquent-elles pas surtout d'alimenter le cycle de
la violence, comme toute mesure de guerre, par ailleurs ?...
L'Iran seule «chance de succès» d'Obama dans la région
Les plus grands espoirs pour un monde sans guerre ne
résident-ils pas surtout dans l'émergence d'un nouveau
climat de concertation et de dialogue entre les grandes
puissances du monde, justement ?...
La
Chine s'abstient de condamner le mandat d'arrêt contre
Béchir
La
Russie perd patience contre l'Iran
Les
Occidentaux pensent avoir convaincu Pékin d'agir
Mais justement, pourrons-nous vraiment nous doter d'un ordre
mondial digne de ce nom tant que subsisteront nos "petites"
rivalités entre superpuissances ?...
Russia’s fuelling a risky Iranian gambit
Analyse
- L'éloquent silence de Pékin sur l'Iran
La
Chine s'oppose à de nouvelles sanctions contre l'Iran
Le moment serait-il donc venu pour la Chine de se demander
si elle pourrait peut-être choisir un peu mieux ses amis
?...
The China-Korea puzzle
China
cools toward North Korea as trade with South heats up
Can China keep its
balance in East Asia?
Fini
la
déférence
excessive
-
JACQUES LÉVESQUE
Accrochage entre la Chine et la Corée du Nord
India,
surrounded
Hypocrisies afghanes
Le gouvernement néerlandais tombe sur l'Afghanistan
Les achats militaires ont aidé à intervenir en Haïti, dit
Harper
«Les progrès sont trop lents» en Afghanistan, affirme
Obama
Visite-surprise de Barack Obama en Afghanistan - Des
fleurs et le pot pour Karzaï
Visite surprise en Afghanistan: Obama promet la victoire
Marjah n'est que le «prélude» à une vaste opération à
Kandahar
Sortir du cercle vicieux afghan
Afghan
offensive
marred
by
civilian
deaths
NATO's novel battle tactic spawns opposite effects
Offensive
majeure dans le sud afghan
Afghanistan
- Offensive majeure lancée contre les talibans
Et n'y aurait-t-il
pas toujours un espoir pour la paix, en ce monde ?...
L'Inde tend la main au Pakistan
En bout de ligne, l'impérialisme peut-il vraiment mener à
quoi que ce soit ?...
Tokyo and Washington bob and weave over shifting Asian
order
What
can
we
learn
from
the
U.S.
occupation
of
Haiti?
It's time to set the course for global zero
The dictator, his daughter, and millions in cash
Et se pourrait-il donc que la solution ultime ne puisse
passer que par la négociation ?...
Afghanistan:
la jirga demande la création d'une commission de paix pour
négocier avec les talibans
Getting
it
right
on
peace
and
war
Afghanistan
- La politique de la main tendue pourrait nuire aux pays
alliés
Afghan
endgame:
From
victory
to
compromise
Dangereuse ou dissuasive ?
Et pourtant, le désarmement pourrait-il vraiment n'être
qu'une utopie ?....
L'avenir du nucléaire? Plus d'armes, moins de centrales
Prisonnier
afghan battu: l'armée canadienne exige une enquête
Des bombes rudimentaires... et souvent indétectables
Les femmes kamikazes seront plus nombreuses
La
guerre des drones
Les
talibans frappent le coeur de Kaboul
Les anges gardiens du Pakistan
Reporters et soldats - Lysiane Gagnon
Des
soldats britanniques ont-ils torturé et tué une
grand-mère?
Et encore une autre guerre ?...
Le
Yémen s’entend avec ses « amis »
Délicat
rapprochement avec le Yémen
Le
Yémen: un pays au bord de l'explosion
Pas
d'envoi de troupes américaines au Yémen ou en Somalie
22
années d'ostracisme - Lysiane Gagnon
Le
Yémen, une affaire arabe
Après le Yémen, quel autre pays ? - Jocelyn Coulon
Le
Yémen contre Al-Qaeda
Le
Yémen, la guerre de demain?
Un
pays écartelé entre trois conflits
Et que dire de cette bonne vieille guerre au terrorisme,
ainsi que des ratés de cette dernière, justement ?...
Bin
Laden
died
in
town
best
known
as
garrison
for
Pakistani
military
La
fin
d’une
longue
traque
Djihad
et lunettes roses
Trop et pas assez
At
7,
a
terror
suspect
Un
fouillis «top secret»
Al-Qaïda:
dans un magazine près de chez vous
Une
«terroriste» près de chez vous - Qui a peur de «Jihad
Jane»?
Une
loi clé de la lutte antiterroriste invalidée en Allemagne
Sécurité
aérienne: Ottawa veut taxer les voyageurs
Sécurité
aérienne: Ottawa alloue 1,5 milliard et veut augmenter les
frais
Un
prix Nobel en colère contre Londres
La lutte au terrorisme devrait-elle donc se faire aux dépens
des droits des accusés, et notamment de la présomption
d'innocence ? Ou autrement dit, la menace du terrorisme
devrait-elle vraiment justifier que l'individu se voit
dépouillé de tout recours pour faire face à l'arbitraire des
États ?...
End the ordeal of Abousfian Abdelrazik
Abousfian
Abdelrazik - Dans ses souliers
Sous
l’oeil
attentif
de
Washington
Put
restraints
on
sharing
of
terror
suspects’
names
-
Globe
Editorial
Marqué
au fer rouge par Guantánamo
Et que dire du terrorisme tout court, pendant qu'on y est
?...
L'ombre du Pakistan
Terror
gives
new
meaning
to
neighbourhood
watch
-
Globe
editorial
A new threat: homegrown and high-tech
Quand
Al-Qaïda recrute sur le web
Les groupes terroristes sont moins organisés qu'on ne le
croit
Des
sociétés américaines boycottent le pétrole des sables
bitumineux d'Alberta
The terrorism arrests’ unlikely suspects
Terror plot would have brought Afghan war home to Canada
Faisal
Shahzad: de fils de bonne famille à terroriste
Les
aveux d'un terroriste amateur
Attentat
raté: les enquêteurs explorent la piste étrangère
Restons calmes - Agnès
Gruda
... et par ailleurs, qu'en est-il de la sécurité ?...
Le patron du renseignement américain annonce sa démission
Et si le terrorisme avait tout simplement passé de mode,
après tout ?
Al-Qaeda has an image problem, needs a new name, Bin Laden
wrote in letter
Le
cadeau
empoisonné
d’Ayman
al-
Zawahiri
La
controverse prend de l’ampleur
D'espion à martyr
Requiem
pour une journaliste - Michèle Ouimet
Une
journaliste et quatre soldats tués à Kandahar
L'instinct
de mort - Mario Roy
Afghanistan:
la victoire impossible
Se
préparer aux réalités afghanes... en Indiana
«Nous voulons juste aider»
Lutte
contre les talibans: McChrystal prône la patience
Des
renforts américains cette semaine L’insurrection des
talibans gagne en intensité
Soutenu par Ottawa, aujourd'hui accusé de torture
Washington
est «en train de perdre» en Afghanistan
Washington:
pas de «protectorat permanent» en Afghanistan
Washington
craint qu'Al-Qaïda ne se renforce au Yémen et en Somalie
Le
général McChrystal sort de l'ombre - Richard Hétu
Plus réaliste et cohérente - Justin Massie
Afghanistan:
le commandant américain optimiste
Je
n'ai pas tout compris - Pierre Foglia
Le
pari
d'Obama
-
Jocelyn
Coulon
Accueil
tiède pour la stratégie d'Obama - Richard Hétu
Plus
de soldats, moins d'illusions - Mario Roy
La
«bonne stratégie» d'Obama - Richard Hétu
«L'Afghanistan
n'est pas perdu» - Richard Hétu
Afghanistan:
Ottawa ne bronche pas
Voir aussi Moyen-Orient...
ainsi que Et
que dire de cette bonne vieille "guerre au terrorisme"
?...
Partir ou ne pas partir ?...
Obama ordonne l’application de sa
nouvelle stratégie
Afghanistan:
jusqu'à 5 000 soldats promis
Obama
promet de «finir le boulot» en Afghanistan
Obama lèvera le voile mardi sur sa stratégie afghane
«Des
sacs d'or» contre l'insurrection
La
femme qui n'a peur de rien - Michèle Ouimet
Obama
a la clé de l'avenir du Canada en Afghanistan, croit
Hillier
Un
président sur le fil du rasoir - Agnès Gruda
Armée
américaine: record de suicides pour 2009
De l’armée... à la rue - André Duchesne
Secteur minier: le filon afghan
LE
SOUS-SOL
AFGHAN, UNE MINE D’OR ?
Pertes civiles
«
Arrêtez de tuer des civils » , dit Karzaï
Guerre
en Afghanistan - Les pertes civiles en augmentation
Karzai accused of trying to rewrite history
Ottawa dénonce une modification à la loi électorale
afghane
Les
États-Unis demandent des comptes à l'Afghanistan
LES SEIGNEURS DE LA GUERRE AFGHANS Des
alliés
embarrassants mais incontournables
La
méfiance envers Karzaï force Obama à réviser ses options
L'Afghanistan
dépasse l'Irak en matière de violence
OTTAWA
Le chef d’état-major fixe une échéance -
Joël-Denis Bellavance
Afghanistan:
Obama discutera de quatre options
Le
Canada
prépare le retrait des troupes - Joël-Denis
Bellavance
Karzaï
déclaré vainqueur. Et maintenant?
Abdullah
se retire du second tour - Heidi Vogt
Afghanistan
: La stratégie d’Obama se précise - RICHARD
HÉTU
Afghanistan:
Obama rencontrera les chefs militaires vendredi
AFGHANISTAN
Hillier
s’en
prend
à
l’OTAN
Le
silence de Richard Holbrooke étonne
Dix-huit
jours
pour
sauver
la
démocratie
en
Afghanistan
Renforts
militaires: la décision d'Obama pourrait se faire attendre
Afghanistan:
Obama continue à réfléchir
Un deuxième scrutin ne réglera rien -
Agnès Gruda
Washington
veut un partenaire "crédible" en Afghanistan
Élections
en
Afghanistan : Vers un second tour ?
Afghanistan : La nouvelle stratégie américaine
sera connue dans quelques semaines
Rester ? Partir ? Le dilemme afghan - AGNÈS
GRUDA
Barack Obama seul à décider -
Laurent Lozano
Levée de boucliers contre l’expulsion des migrants
afghans - Marc Thibodeau
PARIS Tollé
autour d’un projet de vol nolisé pour renvoyer des
Afghans
Élections
en
Afghanistan
:
Retentissant
divorce
à
la
mission
de
l’ONU
Afghanistan
Renforts accrus ?
Afghanistan Les alliés risquent « l’échec »
sans renforts
Un bon fixeur - MICHÈLE OUIMET
Le poisson ou le poulet ? - PIERRE
FOGLIA
Afghanistan
: L’épine au pied - MARIO ROY
KABOUL Karzaï serait majoritaire,
mais le doute subsiste
L’impasse
afghane - AGNÈS GRUDA
Ottawa ouvre la porte à l’immigration -
Malorie Beauchemin
Les
journalistes épiés en Afghanistan
L’OTAN
demande à Ottawa de prolonger sa mission de combat en
Afghanistan
N’envoyons plus de pères au front
- Georges Lesueur
La démocratie afghane à la croisée des chemins
- Laura-Julie Perrault
Frappe aérienne : L’enquête confiée à un
Canadien - Laura-Julie Perrault
Le
Pentagone « regrette » les pertes civiles
« On est en miettes »
Kandahar pleure ses morts - Daphné Cameron
Frappe meurtrière de l’OTAN en Afghanistan
Un chef du renseignement tué
Le taliban à dix - MARIO ROY
Afghanistan : « Maintenant, ils visent les gars à pied »
Afghanistan : Profilage journalistique
Afghanistan
: 2009, année la plus meurtrière
La situation « se détériore », selon un amiral
américain
Afghanistan–Canada, même fouillis? Un succès remarquable
?
La démocratie progresse en Afghanistan - AGNÈS
GRUDA
Le danger des
urnes - MARIO ROY
Droits
des femmes : l’Afghanistan a adopté sa loi
controversée
Afghanistan : « Notre vie n’a fait qu’empirer »
- Anne Nivat
Le fantasme afghan - Michèle Ouimet
SCRUTIN PRÉSIDENTIEL AFGHAN Les deux camps négocient
un accord
DES
BUREAUX
DE VOTE DÉSERTS - Agnès Gruda
LES
ÉLECTIONS DE TOUS LES DANGERS - Anne Nivat
DANS L’OMBREDE KARZAÏ - Laura-Julie
Perrault
La mission « la plus dangereuse » - AGNÈS
GRUDA
Une farce
électorale - AGNÈS GRUDA
UN SCRUTIN DÉJÀ TACHÉ DE SANG -
Laura-Julie Perrault
Élections
en Absurdistan - Michèle Ouimet
LES
TALIBANS GAGNENT DU TERRAIN
LA DÉPUTÉE QUI REFUSE DE SE TAIRE
- Mali Ilse Paquin
ÉTÉ SANGLANT POUR LES FORCES ALLIÉES
- Martin Croteau
Le piétinement ANDRÉ PRATTE
AFGHANISTAN : NOTRE PRESTIGE EN
PÉRIL - Justin Massie
AFGHANISTAN
Mariage et attentats
Y a-t-il vraiment encore des partisans de cette
sale guerre ?...
Afghanistan: entre deux pires - Yves Boisvert
Et que se passe-t-il maintenant avec ce cher
vieil Iraq ?...
Le
dernier convoi
Pullout ‘with honour’ to be determined as Iraq faces
future without Americans
Le
retrait de l'armée américaine d'Irak - «C'est une réussite
extraordinaire»
« Bienvenue au pays »
La
Ville de Bagdad veut une indemnisation
Attentat
à Bagdad - Le pion de l'Iran
L'accord
politique irakien, résultat des influences étrangères
Irak:
un gouvernement en vue, mais la sécurité?
Trompe-l'oeil
L'Irak,
sept ans après - Triste bilan d'une guerre qui devait être
«juste»
L'occupation
américaine en Irak, un fiasco total
We’re
glad
we
missed
the
Ottawa-Baghdad
train
-
Jeffrey
Simpson
En
finir avec l'Irak
Guerre
en Irak: «Il est temps de tourner la page»
Obama
tourne la page en Irak
Barack Obama turns the page in Iraq, sets sights on sour
U.S. economy
U.S.
ends combat mission in Iraq
Retrait
des troupes américaines - Obama sans triomphalisme sur
l'Irak
Une guerre sans issue
Irak
- La fin d'une guerre sans fin ?
Sans
Saddam, mais sans gouvernement
Irak
- Les banques privées veulent que l'État se retire du
secteur
Attentats
en Irak - Le chaos
Guerre
en Irak - Les États-Unis se retirent
L'armée américaine quitte l'Irak: mission accomplie?
Last U.S. combat
brigade leaves Iraq
Tensions
en Irak - Regain du sectarisme
Irak
- L'armée américaine cède sa dernière prison
Crise
politique en Irak - La paralysie
Un
pays déboussolé: l'Irak
Irak:
Maliki échoue à ravir la 1re place des législatives
Imbroglio
électoral en Irak : Allaoui songe à réclamer un nouveau
scrutin
«Les
Irakiens ont l'impression d'être retournés à la case
départ»
Le
retour du chirurgien irakien
Irak
- Le laïc Iyad Allaoui sort vainqueur des élections
Élections en Irak: Iyad Allawi vainqueur
Irak
- Le courant sadriste se renforce à la faveur du scrutin
Irak:
le premier ministre en tête des élections dans 18
provinces
L'Irak ravive son rêve d'or noir
Iraqi
PM
leads
vote
count
in
Baghdad,
election’s
top
prize
Fraud
alleged
on
Iraq
voting
commission
Le
dévoilement des résultats est retardé
62,4%
des Irakiens ont voté
As
Iraq's
election
approaches,
the
politics
of
fear
dominates
Le courage des électeurs irakiens est salué à l'étranger
Iraqis
cast
ballots
in
election
that
will
test
fragile
democracy
Les
Irakiens votent pour en finir avec les violences
communautaires
L'unité
de l'Irak n'est pas au programme de la campagne électorale
Le
retrait des troupes américaines d'Irak se fera selon le
calendrier
Moins
de 100 000 soldats américains en Irak, une première depuis
2003
Tony
Blair, l'insaisissable
Irak:
Tony Blair ne regrette rien
Revirement
dans l'enquête sur l'Irak: Brown témoignera avant les
élections
L'invasion
de l'Irak était contraire au droit international
IRAK
Invasion
illégitime
Blair
continue de défendre l'invasion de l'Irak
«Il
y a de la place pour tous» en Irak
GB:
La commission sur l'Irak défend son indépendance
Le
pire attentat en deux ans en Irak
Les attaques ont fait 15 morts hier en Irak :
La femme et les trois enfants d’un policier kurde
assassinés
Bagdad compte ses morts -
Mehdi Lebouachera
«La lutte pour le pouvoir est sans merci »
- Alexandre Sirois
Les
Irakiens fêtent le départ des Américains de leurs
villes
IRAK Les Irakiens « sont prêts » pour le
retrait des troupes
IRAQ : L’échéance du 30 juin -
MARIO ROY
IRAK
Retrait américain
...et si l'on prenait cette guerre dans son ensemble, en
incluant donc ce qui peut se passer du côté du Pakistan
?...
L'autre casse-tête - MARIO ROY
Les
frappes indisposent Islamabad
Les talibans du Pakistan décapités ? -
Laura-Julie Perrault
PAKISTAN
Offensive
« généralisée »
PAKISTAN
Éliminer les talibans
PAKISTAN
Villageois contre talibans
PAKISTAN Réponse musclée
Le
vent
tourne contre les talibans du Pakistan - Laura-Julie
Perrault
Reconquête
de
Mingora : L’étau se resserre sur les talibans
Pakistan
Vallée de Swat - L’armée regagne du terrain
Pakistan
Offensive contre les talibans : L’État vaincra, jure le
président
Pakistan
Vallée de Swat - Les talibans sont en fuite, selon l’armée
Talibans:
Clinton
«impressionnée» par les initiatives du Pakistan
PAKISTAN
-
L’armée passe à l’offensive contre les talibans
Islamabad
à l’assaut des talibans
PAKISTAN
- Le « traité de paix » boomerang
Baitullah
Mehsud, taliban en chef
Voir aussi Peu
d’espoir au Pakistan et auMoyen-Orient
Kaboul réécrit sa loi controversée sur
le mariage
OFFENSIVE TERRESTRE EN AFGHANISTAN Épreuve
du feu pour la stratégie Obama
En
Afghanistan, pas de quoi fêter - VINCENT
MARISSAL
Afghanistan « La position canadienne est
claire »
Bombardements
Les
États-Unis
reconnaissent
la
mort
de
civils
Afghanistan:
100
morts dans des frappes américaines
Fuir
la
vallée de Swat, pour ne plus «creuser de tombes»
Washington pourrait tenter de convaincre
Ottawa de rester en Afghanistan après 2011
AFGHANISTAN Appel au
boycottage
L’Afghanistan
dans une spirale de violences
AFGHANISTAN
Début
d’une campagne présidentielle sous la menace des talibans
«
Nouvelle réflexion » pour l’Afghanistan
Afghanistan
:
Les propos deMacKay font bondir l’opposition
Visite-surprise
de
Harper
en
Afghanistan
Pakistan
: une zone de tempête - JOCELYIN COULON
AFGHANISTAN Même en période de crise, la
mission est justifiée
Le
«
dossier
Afpak » - MARIO ROY
Le
cauchemar
pakistanais - Michèle Ouimet
Voir aussi Moyen-Orient...
L'Iran est-il vraiment une menace ?...
The Sunni factor in Iran’s nuclear calculus
L'Iran
sur le pied de guerre
L'Iran
lance sa première centrale nucléaire
Nucléaire:
Clinton s'attend à ce que l'Iran «sorte un tour»
Pour
l'Occident, le «problème iranien» demeure entier
En
bref - Les É.-U. à portée de l'Iran?
L'Iran
incontournable
La
Chine se rallie du bout des lèvres - Un pas de plus vers
des sanctions contre l'Iran
La
Chine prête à discuter du nucléaire iranien
Rencontre
du G8: l'Iran dans le collimateur
Le
G8 fait monter la pression sur Téhéran et Kaboul
Le Canada pour des sanctions contre l'Iran «si
nécessaire»
Lula
refuse de sanctionner l'Iran à l'ONU
Iran
- Paris, Washington et Moscou s'inquiètent
L'Iran
bluffe sur le nucléaire, estiment des experts
Les
États-Unis renforcent leurs sanctions contre l'Iran
Le
nucléaire iranien - L'ambiguïté
L'Iran
fait fi des critiques et lance la production d'uranium
hautement enrichi
Nucléaire
iranien: Ahmadinejad rejette une date butoir
Téhéran
défie la menace de sanctions et teste un missile
Nucléaire:
des sanctions à l'ONU pour menacer l'Iran
L'Iran
défie l'AIEA et produira de l'uranium enrichi
Nucléaire
iranien: les États-Unis s'impatientent
Nucléaire:
l'AIEA condamne l'Iran
Iran : de la « confrontation à la coopération »
Les
Américains demandent, les Russes écoutent -
Judith LaChapelle
Iran Une « petite ouverture »
saluée
Le nucléaire fait consensus en Iran -
Laura-Julie Perrault
L’Iran bombe le torse - Agnès Gruda
Téhéran
souffle le chaud et le froid
Discussion sur le nucléaire civil
Programme nucléaire iranien ElBaradei se
défend d’avoir caché des preuves
Voir aussi Moyen-Orient...
Et si tel est le cas, les sanctions représentent-elles
vraiment le meilleur moyen pour y faire face ?...
Les
Iraniens écoperont, estiment des experts
Et d'ailleurs, une application véritable des sanctions ne
serait-elle pas un bon point de départ pour rendre
celles-ci véritablement efficaces ?...
Washington a enrichi des entreprises liées à l'Iran
SOMALIE
- Vers un nouveau bain de sang
Et qui a peur de la Corée du Nord ?...
En
Corée du Nord, pas d’Internet mais la 3e armée de
hackers du monde
The
photos North Korea didn’t want you to see
Kim Jong-un’s western education unlikely to result in
democracy for N. Korea - Editorial
Kim Jong-il’s death
brings new opportunities – and new perils – to the
U.S.
Une situation explosive
North
Korea mourns dead leader, son hailed as "Great"
North Korean leader Kim Jong-il dead at 69
Vent de changement en Corée du Nord
Le
«
désastre
»
annoncé
n’a
pas
eu
lieu
Pakistan
and
North
Korea
live
on
the
edge
Démonstration
de
force
en
mer
Jaune
Pyongyang
passe à l’attaque
Le spectre de la guerre
Kim
Jong-il
cleans
house
L'ONU
doit dénoncer l'attitude «inacceptable» de Pyongyang
Menaces
nord-coréennes: l'énigme chinoise
Retour
à un climat de guerre froide en mer Jaune
Caging
North Korea is a delicate challenge
Grosse
crise? Oui. La guerre? Peu probable.
Pyongyang
rompt avec Séoul
Les
deux Corées à couteaux tirés
La torpille qui a coulé la paix
Hillary Clinton arrive à Séoul en pleine crise coréenne
Séoul
sanctionne Pyongyang
Le
Nord "va payer le prix"
La
preuve qui torpille Pyongyang
Un
navire de guerre sud-coréen coule, 46 disparus
Kim
Jong Il répète sa volonté de désarmer
Nucléaire:
Pyongyang va continuer à coopérer avec Washington
Droits de l'Homme: Pyongyang ignore l'ONU
Le
dernier vestige de la guerre froide
Affrontement
naval: Washington met en garde la Corée du Nord
CORÉE
DU NORD Offre de dialogue
Washington
peut faire face à tout tir nord-coréen
La Corée
du Nord hausse (encore) le ton
Pyongyang
multiplie les provocations
CORÉE-DU-NORD
Qui a peur de Kim Jong-Il? - AGNÈS GRUDA
Corée
du Nord : Un régime peut-être pas si fou que ça…
- Agnès Gruda
Tirs de nouveaux missiles - DENOUVELLES SANCTIONS
SONT INÉVITABLESCONTRE LACORÉEDUNORD
D’autres
sanctions
envisagées contre l’« État ermite »
La Corée du Nord hausse le ton
CORÉE DUNORD De père en fils...
en petit-fils !
Or, les provocations de la Corée ne font-elles pas que
rappeler le bras-de-fer qui peut avoir lieu entre les
États-Unis et la Chine, quoique d'une manière un peu moins
visible ?...
À la Chine de jouer
Corée
du Nord - Washington rencontrera Séoul et Tokyo, mais pas
Pékin
La
Corée
du
Nord,
l’alliée
qui
irrite
la
Chine
Only
China
can
tame
North
Korea
Les
États-
Unis
font
pression
sur
la
Chine
Et s'il doit y avoir une guerre, se pourrait-il qu'elle se
produise plutôt sur le cyber-espace ?...
Les États-Unis seraient vaincus en cas de cyberguerre
... ou dans l'espace tout court ?...
Les ennemis attaqueront dans l'espace, croit un général de
l'OTAN
Les journalistes doivent-ils être intégrés dans l'armée? -
Michèle Ouimet
Plus
de marines meurent dans des accidents de moto qu’en
Irak
Un
sergent
en
mission chez Google - Nicolas Bérubé
Les Forces canadiennes recrutent parmi d'anciens soldats
La
guerre des boutons
Le vertige du néant - Mario Roy
Triturer l’Histoire - MARIO ROY
Voir aussi 2eme
Guerre
Mondiale : De la Russie et de l'art de réécrire l'histoire
2eme
GUERRE
MONDIALE , 70 ANS APRÈS : LE FRACAS ET LE SILENCE
- Marc Tison
|
Prévenir
pour moins guérir
Contradictions
afghanes
Sheila
Fraser est inquiète de ce qu'elle a vu en Afghanistan
Pakistan
- Islamabad refuse d'expulser les talibans afghans de son
territoire
Mission
afghane: Ottawa met 300 jours pour répondre aux demandes
d'informations
Al-Qaïda au Yémen - La
mutation
Par
désespoir
Exclusion
des sunnites en Irak - Le sectarisme chiite
Conséquences
climatiques d'un éventuel conflit
nucléaire
Une
étude canadienne propose une profonde réforme de l'OTAN
THE GAZETTE
Buying
off the Taliban is no solution
Yemen
needs help - the West should give it
GLOBE AND MAIL
***
L'ACTUALITÉ
TIME MAGAZINE
|
Rooney: What Are We Doing In Iraq?
The U.N.'s Oil-for-Food Program -- and consequences for
Iraq's civilian population
|
|
L’APRÈS-GUERRE - JOCELYN COULON
LeCanada est prêt à se réengager dans les opérations de paix
Dans un an, les troupes canadiennes vont entamer leur retrait
d’Afghanistan après une décennie sur le terrain. L’effort pour
rétablir la paix a été considérable: 140 morts et des dizaines de
milliers de militaires qui ont acquis une solide expérience de
combat, de pacification et de reconstruction. Que feront donc les
forces armées après leur retrait? Elles sont prêtes à se réengager
dans les opérations de paix, car celles-ci ont considérablement
changé depuis 10 ans.
PHOTO KIRSTY WIGGLESWORTH, ARCHIVES AP L’expérience acquise par
les troupes canadiennes en Afghanistan pourrait être d’une grande
utilité dans ces opérations où la force peut être utilisée, et la
mission et ses effectifs mieux défendus qu’auparavant.
Les Canadiens aiment à rappeler qu’ils ont inventé le «maintien de
la paix» en 1956 lorsque Lester B. Pearson avait proposé la
création d’une force de Casques bleus afin d’accompagner le
règlement de la crise de Suez. Toutefois, aumilieu des années 90,
le Canada amorce un virage vers des interventions plus robustes
qui confinent à l’imposition de la paix. Le Canada fait la guerre.
Il se détache de l’ONU pour s’engager dans des missions de l’OTAN.
On peut offrir deux explications à ce changement de politique.
Premièrement, les échecs de la Somalie, de la Bosnie et du Rwanda
traumatisent les Canadiens et lesOccidentaux qui ne font plus
confiance à l’ONU pour gérer ou régler les conflits.
Deuxièmement, l’OTAN, mais aussi l’Union européenne et d’autres
organisations, investissent le champ des opérations de paix avec
des moyens supérieurs à ceux de l’ONU et la volonté d’utiliser la
force pour éviter massacres et génocides.
Les opérations de paix entrent alors dans unepériodede grands
bouleversements. L’ONU réagit aux échecs et à ladésaffectiondes
Occidentaux en amorçant une vaste réforme de ses missions. Elle se
dote d’une nouvelle structure, de nouveauxmoyens, et les États
membres n’hésitent plus à confier aux Casques bleus des mandats
plus robustes.
Pa ra l lèlement , l ’ ONU, l’OTAN, l’UE et d’autres organisations
tissent des liens afin de travailler ensemble pour se partager le
fardeau du maintien de la paix. Ce nouvel élan se fait sentir
rapidement. En 1999, quelque 20 000 gardiens de la paix sont
déployés de par le monde. Aujourd’hui, la transformation du
paysage est stupéfiante: près de 200000 soldats de la paix, de
différentes organisations internationales, oeuvrent dans 40
missions sur cinq continents.
Compte tenu de ces transformations, il est dans l’intérêt national
canadien de se réengager dans les opérations de paix. Une étude de
la RAND Corporation, aux États-Unis, portant sur l’expérience de
l’ONU dans huit missions de paix complexes, a conclu que sept de
ces théâtres d’opérations connaissent la paix. Le Canada a
participé, à des degrés divers, à toutes ces missions et est donc
en droit d’en partager le succès. Quelques dizaines de millions de
personnes vivent désormais en paix: ce n’est pas rien.
Sur le plan international, le Canada en tire un grand prestige en
plus d’atteindre un des objectifs fondamentaux de sa politique
étrangère: maintenir la paix afin d’assurer sa sécurité et sa
prospérité.
Au cours des 10 dernières années, les gouvernements
canadiensontpréféréengagerleCanada dans des interventions
militaires en dehors du cadre de l’ONU et, dans le cas particulier
de l’Afghanistan, dans unemission de lutte anti-insurrectionnelle.
Ce choix est parfaitement légitime. Mais les Canadiens et leurs
élites doivent aussi se rappeler que Pearson a laissé un héritage
dont l’étonnante transformation et la grande vitalité surprennent.
Le monde entier fait dorénavant des opérations de paix – ancienne
comme nouvelle version – un de ses instruments par excellencepour
lagestionoule règlement des conflits.
Le Canada n’a donc plus rien à craindre des nouvelles opérations
de paix de l’ONU, d’autant plus que l’expérience acquise par ses
troupes en Afghanistan pourrait être d’une grande utilité dans ces
opérations où la force peut être utilisée, et la mission et ses
effectifs mieux défendus qu’auparavant. Il est temps de se
réengager.
Fini la déférence excessive - JACQUES
LÉVESQUE
Obama fait
pression sur la Chine pour voter des sanctions contre l’Iran
Obama a réussi à détacher provisoirement Moscou de son
partenariat stratégique avec la Chine.
Le Conseil de sécurité de l’ONU pourra-t-il dans les
prochaines semaines voter des sanctions paralysantes (
crippling), comme le demande l’administration Obama, pour
contraindre l’Iran à finaliser l’accord provisoire d’échange
de son uranium enrichi conclu l’automne dernier ? Tout dépend
de la Chine.
Jusqu’à maintenant, la Russie et la Chine s’étaient toujours
entendues et avaient réussi, grâce à leur droit de véto, à
limiter ces sanctions à un strict minimum. Or, sur le dossier
iranien, Obama a réussi à détacher provisoirement Moscou de
son partenariat stratégique avec la Chine. Un accord
américano-russe de réduction des armements nucléaires
stratégiques assez favorable pour la Russie est sur le point
d’être conclu. Il permettrait à la Russie de maintenir une
parité relative qui reste le principal vestige de sa puissance
et auquel elle demeure très attachée. De plus, l’extension de
l’OTAN à la Géorgie et à l’Ukraine, qui était la principale
pomme de discorde entre Washington et Moscou, n’est plus à
l’ordre du jour.
Malgré les demandes répétées et publiques adressées par
Washington à la Chine pour qu’elle se joigne aux sanctions,
celle-ci continue à ce jour de s’y opposer. L’annonce faite à
Washington le 31 janvier de l’accord pour une vente
d’armements de 6,4 milliards de dollars à Taïwan, suivie de la
récente réception du dalaï-lama par Obama malgré les
véhémentes protestations de Pékin, ne sont pas des accidents
de parcours.
Le Département d’État américain a fait savoir discrètement,
mais clairement, qu’il s’agissait là d’envoyer un message de
fermeté et de marquer la fin d’une déférence « excessive » à
l’endroit de la Chine. La nouvelle fermeté de Washington vise
clairement à la pousser à se joindre à des sanctions à
l’encontre de l’Iran. À la fin de janvier, Hillary Clinton
menaçait publiquement la Chine « d’isolement diplomatique » si
elle ne se joignait pas aux sanctions. Il est permis de douter
sérieusement que les États-Unis aient désormais les moyens d’y
parvenir.
L’Iran est le second fournisseur de pétrole de la Chine.
Celle-ci a investi
Il sait fort
bien qu’advenant une telle éventualité, l’Iran a les capacités
d’aggraver dramatiquement la déstabilisation chez ses voisins
immédiats que sont l’Irak et l’Afghanistan, d’où il veut
dépêtrer les États-Unis.
Obama sait aussi que des conséquences similaires s’en
suivraient au Liban et ailleurs et ruineraient définitivement
toutes les chances de succès de la nouvelle politique qu’il
voulait mettre de l’avant au ProcheOrient. On est bien
conscient de tout cela non seulement à Pékin, mais aussi à
Téhéran où on se permet en conséquence de faire monter les
enchères pour un accord éventuel avec les États-Unis.
À défaut d’une coopération de la Chine pour des sanctions via
l’ONU, on envisage à Washington d’agir en dehors du cadre de
celle-ci pour en des milliards dans le secteur pétrolier
iranien visé par les sanctions envisagées à Washington. Pour
faire pression sur la Chine, Washington lui fait valoir que si
elle ne se joint pas à des sanctions, Israël risque fort de
procéder unilatéralement à des bombardements sur l’Iran.
La « menace » est pour le moins ironique et paradoxale
lorsqu’on sait qu’Obama déploie tous les efforts pour
dissuader Israël de le faire et pour obtenir des garanties à
cet effet. appliquer de concert avec ses alliés occidentaux.
Sans
écarter l’option militaire à laquelle on répugne fortement, on
rêve maintenant à Washington, comme à l’époque de Bush, à un
changement de régime en Iran. On pense au Département d’État
qu’avec la montée de l’opposition dans le pays, des sanctions
« paralysantes » et bien ciblées entraîneraient un soulèvement
populaire contre le régime… Il reste à voir si on passera du
rêve à la réalisation du cauchemar.
La Chine songerait à vendre la dette
américaine - Nicolas Bérubé
LOS ANGELES —
Des généraux de l’armée chinoise ont laissé entendre que leur
pays serait prêt à sortir l’artillerie lourde pour défier les
ÉtatsUnis: vendre des bons du Trésor américain.
PHOTOSAUL LOEB,
ARCHIVES AFP Durant sa visite en Chine l’automne
dernier, Barack Obama a montré au monde que les États-Unis
avaient bien peu de leviers pour faire valoir leurs intérêts
en Chine. LesChinois ont paradé le président américain comme
ils l’entendaient, décidant de son horaire, restreignant ses
déplacements. Obama avait comme objectif de convaincre le
président Hu Jintao de mettre fin à la dévaluation du yuan.
Il est rentré lesmains vides.
C’est la vente de 6,4 milliards en armes à Taïwan par
Washington qui a soulevé l’enjeu ce mois-ci.
« Notre riposte ne devrait pas être limitée aux aspects
militaires, a expliqué Luo Yuan, un officiel de l’Académie des
sciences militaires de Pékin, cité par le service de presse
gouvernemental Xinhua. Nous devrions adopter une série de
mesures économiques, militaires, diplomatiques, qui vont au
coeur du problème. Par exemple, nous pourrions sanctionner
(les États-Unis) au niveau économique, en liquidant des bons
du Trésor. »
Une mise en vente des bons du Trésor pourrait faire baisser la
valeur de ceux-ci et les rendre moins attrayants, mettant
Washington dans une situation difficile.
Le gouvernement chinois possède 798,9 milliards en bons du
Trésor américain, ce qui en fait son créditeur international
principal.
Acheter des
bons du Trésor (une part de la dette américaine) est
traditionnellement perçu comme un investissement sécuritaire.
Ces produits financiers sont garantis par le pouvoir de
taxation des États-Unis, la première économie mondiale.
Mais la Chine pourrait y penser à deux fois avant de vendre
ses bons. Une dépréciation de ceux-ci nuirait en effet aux
finances de Pékin.
Discussions « difficiles »
Barack Obama s’est par ailleurs ditprêt, cette semaine, à
lancer « de très sérieuses négociations » avec la Chine au
sujet de la valeur de sa devise, le yuan.
« Mon but cette année est de convaincre la Chine qu’il est
dans son propre intérêt de permettre au yuan de prendre de la
valeur car, honnêtement, son économie est potentiellement en
train de surchauf fer », a dit le président en entrevue avec
Bloomberg News.
Le président a admis que de telles discussions s’annonçaient «
difficiles ».
Le Yémen s’entend avec ses « amis »
À Londres,
Sanaa promet des réformes économiques en échange de l’appui de
la communauté internationale dans sa lutte contre Al-Qaeda.
LONDRES — « Ce qui se passe au Yémen nous touche tous de façon
très directe. » Hillary Clinton a résumé ainsi l’importance du
sommet sur le Yémen qui s’est tenu hier à Londres. Le pays
arabe est devenu la nouvelle ligne de front du terrorisme
depuis l’attentat raté contre un vol Amsterdam-Detroit le 25
décembre dernier.
PHOTO BEN STANSALL, AFP
Des partisans
de l’indépendance du Sud-Yémen ont manifesté hier à Londres
tandis que se réunissait le gratin politique.
Une vingtaine de pays, dont le Canada, se sont rencontrés dans
la capitale britannique pour préparer avec le Yémen un plan
d’attaque contre la menace d’Al-Qaeda. La nébuleuse terroriste
compterait jusqu’à 300 combattants dans ce pays.
Une approche globale des causes de l’effervescence extrémiste
est la clé de la réussite, a constaté le ministre des Affaires
étrangères britannique, David Miliband. L’instabilité sociale,
économique et politique du pays le plus pauvre du MoyenOrient
en font une véritable poudrière.
« Les dirigeants d’Al-Qaeda cherchent à exploiter
l’instabilité où ils le peuvent », a rappelé M. Miliband, en
référence notamment à la guerre civile dans le nord du pays et
au mouvement souverainiste du Sud.
« Nous reconnaissons que la voie militaire n’est pas la seule
solution à tous ses problèmes, a dit de son côté Hillary
Clinton. Les Yéménites doivent décider de leur propre avenir.
»
Le Yémen a accepté de mettre en oeuvre des réformes
économiques proposées par le Fonds monétaire international.
Les pays
donateurs du Yémen se réuniront les 22 et 23 février dans le
pays voisin, l’Arabie Saoudite. La communauté internationale
avait promis plus de 4,7 milliards de dollars américains en
2006. La majeure partie de cette somme se fait toujours
attendre.
Environ 45% des 22 millions de Yéménites vivent avec moins de
2$ par jour.
D’autre part, un nouveau groupe de travail baptisé Les Amis du
Yémen aidera la république à appliquer ses réformes.
« Le Yémen doit faire plus, a prévenu Mme Clinton. Les
États-Unis et les autres pays doivent aussi faire plus, par
exemple en l’aidant à sécuriser ses frontières et à promouvoir
son unité nationale. »
LeWashington Post a confirmé hier que des unités spéciales de
l’armée américaine aident le gouvernement du Yémen à combattre
Al-Qaeda. Six des 15 chefs de la cellule auraient été tués.
Clinton et Miliband ont tout de même indiqué hier qu’il n’y
avait pas de solution à court terme. « La réunion a été un pas
réussi dans ce qui devra être un long chemin », a écrit David
Miliband dans son blogue en fin de journée.
La controverse prend de l’ampleur
La controverse entourant la mort de 10 civils, qui auraient
été tués par les forces étrangères en Afghanistan, a pris de
l’ampleur hier avec la publication d’un rapport officiel
confirmant ces accusations, et des manifestations antioccidentales
à Kaboul et à Jalalabad. Deux jours après avoir accusé ses alliés
occidentaux d’avoir tué 10 civils, dont huit adolescents, le
président afghan Hamid Karzaï a enfoncé le clou en publiant un
rapport d’enquête donnant quelques détails sur l’incident qui
aurait eu lieu samedi dans la province instable et reculée de
Kunar. Mais selon un officier américain à Asadabad, la capitale de
la province de Kunar, aucune des personnes tuées n’était
«innocente»
Afghanistan: la victoire impossible
Les deux tiers des Canadiens jugent impossible une victoire
dans la guerre en Afghanistan, malgré l’envoi prochain de 30 000
soldats américains supplémentaires, selon un sondage publié hier.
Seulement 34% des répondants sont d’avis contraire, indique ce
sondage Ipsos Reid réalisé pour le groupe de presse CanWest et la
chaîne de télévision privée Global National. La marge d’erreur du
sondage, réalisé les 9 et 10 décembre auprès de 1038 répondants,
est d’environ 3,1%.
Le 11 septembre, événement de la décennie
Les attentats terroristes du 11 septembre 2001 à New York et
Washington représentent l’événement marquant de la première
décennie du XXIe siècle aux yeux des Canadiens, selon une enquête
d’opinion. Selon ce sondage La Presse Canadienne-Harris Décima,
43% des Canadiens interrogés ont opté pour cet événement, soit
deux fois plus que l’élection du premier président noir aux
États-Unis, en 2008. Le sondeur Doug Anderson pense d’ailleurs que
la grande majorité des Canadiens se rappellent exactement où ils
se trouvaient et ce qu’ils faisaient lors de ces attentats. M.
Anderson rappelle que cette tragédie continue d’avoir des
répercussions sur la vie des citoyens au pays, puisqu’elle a mené
à la guerre en Afghanistan, dans laquelle le Canada est toujours
engagé.
Des renforts américains cette semaine
L’insurrection des talibans gagne en intensité
KABOUL — Les
premiers des 30 000 soldats envoyés en renfort en Afghanistan
par le président Barack Obama arriveront cette semaine pour
combattre une insurrection de plus en plus liée à Al-Qaeda, a
annoncé hier le chef d’état-major intera r mées des Ét ats-Uni
s , Michael Mullen.
« Des marines de Camp Lejeune ar r iveront cet t e semaine »,
a déclaré à la presse l’amiral Michael Mullen, le plus haut
gradé de l’armée américaine, en visite à Kaboul.
Située en
Carol i ne-duNord, Camp Lejeune est la plus importante base du
corps des marines. Un contingent de 1500 marines doit être
déployé dans la province du Helmand, bastion des talibans dans
le Sud afghan.
Le président américain avait annoncé le 1er décembre l’envoi
de 30 000 soldats américains en renfort des plus de 113 000
militaires des forces internationales déjà présents en
Afghanistan, afin de tenter d’endiguer l ’ i nsur rection des
talibans, qui gagne du terrain et en intensité.
Avec cette escalade, les forces américaines, qui constituent
près de 70% des forces i nternationales déployées dans le
pays, dépasseront les 100 000 soldats.
Plus réaliste et cohérente - Justin Massie
La politique
afghane du président Obama tranche avec la position plus
ambitieuse du gouvernement Harper
Le discours du président américain Barack Obama explicitant la
politique afghane des États-Unis pour les deux prochaines
années permet de contraster celle-ci avec celle adoptée par le
gouvernement Harper. Par la voie de son ministre des Affaires
étrangères, Lawrence Cannon, le Canada s’est dit « ravi de la
complémentarité » entre les objectifs américains et canadiens
en Afghanistan. Or la politique afghane des États-Unis se veut
beaucoup plus réaliste et cohérente, et définitivement moins
ambitieuse que celle du Canada, aussi étonnant que cela puisse
paraître.
L’objectif des États-Unis est le même depuis octobre 2001 : «
déstabiliser, démanteler et vaincre Al-Qaeda et ses alliés
extrémistes », c’està-dire les talibans situés en Afghanistan
et au Pakistan. Quant au Canada, il s’agit, toujours selon M.
Cannon, de « construire une société stable, démocratique et
capable de prendre sa destinée en main ». Notons d’abord
l’omission du Pakistan des considérations canadiennes (
Islamabad est pourtant au coeur de la politique américaine),
et surtout l’illusion du gouvernement Harper que l’OTAN
souhaite et sera en mesure d’établir une démoc ratie autonome
en Afghanistan d’ici 2011.
C’est que M. Obama rejette la vision canadienne, qui met
l’accent sur la protection des femmes et des enfants, ainsi
que sur la reconstruction politique et socioéconomique de
l’Afghanistan. Dans les mots du président américain: « Je
rejette ce scénario parce qu’il établit des buts qui dépassent
ce qui peut se réaliser à un coût raisonnable et ce que nous
devons réaliser afin de défendre nos intérêts. »
Car pour
atteindre un tel objectif, conforme aux soidisant valeurs
humanitaires des Canadiens, il faudrait un engagement
politico-militaire indéterminé dans le temps, un
investissement économique et des renforts civils et militaires
qui dépassent les capacités américaines. Comment le Canada
peut-il émettre des tels objectifs alors que même les
États-Unis ne sont pas en mesure de les atteindre? La question
demeure ouverte, mais l’on peut supposer qu’il s’agit, pour le
gouvernement Harper, d’une stratégie de communication plutôt
que d’une politique afghane cohérente et articulée comme
telle.
Pour atteindre l’objectif de contrer Al-Qaeda et ses
sympathisants talibans, le président américain écarte
également la stratégie d’empreinte légère, consistant à un
retrait du gros des troupes américaines au profit de frappes
ciblées contre les insurgés. Il préfère le déploiement rapide
de renforts au cours de 18 prochains mois afin d’établir les
conditions favorables au retrait éventuel des militaires
américains: former l’armée et la police afghanes, sécuriser
les principaux foyers de population, ainsi que lutter contre
le narcotrafic, principale source de revenu pour les insurgés.
Là où Obama se distingue de George W. Bush et se rapproche du
premier ministre canadien, c’est par son désir de fixer une
date de retrait des forces américaines. Tout en prenant soin
de préciser que les conditions sur le terrain pourraient
modifier sa stratégie de retrait et qu’il n’est pas question
d’abandonner les Afghans à eux-mêmes ensuite, Obama fixe à
juillet 2011 le début de retour à la maison des soldats
américains. Il s’agit précisément de la même date prévue pour
le début du retrait des Forces canadiennes. Harper avait-il
donc raison de rejeter la conclusion de la commission Manley
et de faire volte-face en annonçant le retrait des militaires
canadiens à partir de l’été 2011 et ce, près de deux ans avant
son homologue américain? Une nuance majeure s’impose: Harper
ne considère pas que la situation sur le terrain importe pour
le retrait des militaires canadiens.
Quant à la nécessité de renforts afin d’atteindre l’objectif
que se fixe l’administration Obama, Harper est aussi
catégorique : toute augmentation des forces étrangère se fera
sans le Canada. Le gouvernement fédéral préconise une
stratégie que récusent les États-Unis, qui consiste à espérer
que le statu quo se transforme miraculeusement en situation
favorable à l’OTAN.
Obama ordonne l’application de sa nouvelle
stratégie
WASHINGTON —
Ba r a c k Obama a ordonné l’application de sa nouvelle
stratégie en Afghanistan sans attendre de dévoiler la décision
la plus risquée de sa présidence: l’envoi probable de dizaines
de milliers de soldats américains dans une guerre meurtrière.
Dès dimanche, M. Obama « a communiqué sa décision finale dans
le bureau Ovale en ce qui concerne la stratégie et a donné ses
ordres pour ce qui est de la mise en oeuvre de la stratégie »,
a dit son porteparole, Robert Gibbs.
Hier et aujourd’hui, il doit passer une bonne part de son
temps en vidéoconférence ou au téléphone avec ses partenaires
étrangers, jusqu’au grand discours de ce soir, à West Point.
Devant les élèves de la plus prestigieuse école militaire
américaine, il devrait alors dire publiquement à 20 h qu’il a
fait le choix dangereux de l’escalade.
Le président
pour r a i t annoncer l’envoi d’environ 30 000 soldats
supplémentaires et appeler les alliés des États-Unis à envoyer
eux aussi des renforts. Et il devrait expliquer à des
Américains de plus en plus hostiles à cette guerre comment il
s’y prendra pour que le déploiement ne tourne pas à
l’enlisement.
Il y avait environ 35 000 soldatsaméricainsenAfghanistan quand
M. Obama a pris ses fonctions. Ils sont aujourd’hui environ 68
000 après une première augmentation des effectifs en février.
Une « guerre nécessaire »
Il s’agit peut-être de la décision la plus difficile de sa
présidence. M. Obama a hérité du conflit, mais c’est pour lui
une « guerre nécessaire ». Il a beaucoup plus à y perdre qu’à
y gagner, disent les experts.
Le scepticisme est désormais majoritaire chez les Américains
quant à la nécessité de cette guerre qui, loin de paraître
prendre fin après plus de huit ans, connaît son année la plus
meurtrière.
De l’armée... à la rue - André Duchesne
Bien au fait
de ce que vivent les militaires canadiens sur les routes et
dans les villages d’Afghanistan, le gouvernement fédéral perd
leur trace lorsqu’ils se retrouvent... à la rue, dans une
grande ville canadienne. C’est pourquoi le ministère des
Anciens combattants a lancé hier une campagne visant à
identifier, retrouver et aider ceux qui seraient devenus
sans-abri.
Premier champ de bataille: les rues de Montréal. Mais ce n’est
qu’une question de semaines avant que l’initiative ne s’étende
à d’autres grandes villes.
En conférence
de presse hier matin au café L’Itinéraire, le ministre des
Anciens combattants, Greg Thompson, a admis que le phénomène
est mal connu. Il a reconnu que son ministère était incapable,
pour le moment, d’évaluer le nombre d’anciens soldats qui se
retrouvent dans une telle situation.
Lorsque des anciens combattants seront identifiés, ils
pourront, s’ils le désirent, être dirigés vers le Ministère
pour bénéficier de programmes qui leur sont destinés.
LE SOUS-SOL AFGHAN, UNE MINE D’OR ?
L’Afghanistan, l’un des pays les plus pauvres du monde, a
dans son sous-sol des ressources pétrolières et minérales
estimées à un millier de milliards de dollars, a affirmé hier
son président Hamid Karzaï. Le pays pourrait devenir l’un des
plus riches du monde si on l’aidait à exploiter ces gisements, a
déclaréM. Karzaï à des journalistes. « J’ai une très bonne
nouvelle pour les Afghans. Les premiers chiffres que nous avons
montrent que nos gisements valent un millier de milliards de
dollars. Pas un millier de millions, mais un millier de
milliards », a-t-il dit. Cette estimation, a-t-il indiqué,
provient d’une étude réalisée par l’Institut de géophysique
américain (USGS), qui doit être achevée « dans deux mois ». –
D’après l’AFP
LES SEIGNEURS DE LA GUERRE AFGHANS Des
alliés embarrassants mais incontournables
LES SEIGNEURS
DE LA GUERRE AFGHANS
KABOUL— Ils ont combattu les Soviétiques, renversé les
talibans aux côtés des États-Unis, soutenu le gouvernement de
Kaboul, mais aussi massacré sans vergogne. Alliés
embarrassants du président Karzaï, les tout-puissants chefs de
guerre représentent désormais le principal obstacle à la paix
et l’éradication de la corruption en Afghanistan.
PHOTOMUSADEQSADEQ, AP
Le président Karzaï (au centre) a pris
deux anciens chefs de guerre pour vice-présidents, malgré
l’opposition de Washington: Mohammed Qasim Fahim (à gauche)
et Karim Khalili (à droite). Human Rights Watch a recueilli
des témoignages accusant des milices aux ordres de Mohammed
Qasim Fahim et Karim Khalili de meurtres, pillages et
enlèvements dans les années 90.
« On ne peut pas bâtir un nouveau système politique avec une
vieille classe politique accusée de crimes de guerre. On ne
peut pas avoir la paix sous le contrôle des seigneurs de la
guerre», dénonce Ramazan Bashardost, arrivé lointain troisième
à l’élection présidentielle de 2009, finalement remportée par
Hamid Karzaï.
Choisi en 2002 par les chefs tribaux pour diriger
l’administration transitoire posttalibans, puis élu en 2004,
le président Karzaï a pris deux anciens chefs de guerre pour
vice-présidents, malgré l’opposition de Washington: Mohammed
Qasim Fahim et Karim Khalili.
Son chef d’état-major des armées, le général Abdul Rachid
Dostom, est quant à lui un puissant seigneur de la guerre
ouzbek, accusé notamment d’avoir fait mourir jusqu’à 2000
talibans dans des conteneurs fermés pendant l’invasion de
l’Afghanistan fin 2001, selon un rapport du département d’État
américain. L’intéressé nie toute responsabilité et a apporté
de précieux votes ouzbeks à Karzaï.
Les seigneurs de la guerre se considèrent comme des patriotes
qui défendent leur groupe ethnique dans les nombreuses zones
du pays que le gouvernement de Kaboul ne contrôle pas, ou mal.
S’ils se sont aussi battus entre eux, ils continuent de se
présenter comme des moudjahidin menant une guerre sainte,
comme du temps de l’invasion soviétique (1979-1989).
Hamid Karzaï, issu de l’ethnie pachtoune majoritaire, a
recherché leur soutien pour asseoir son fragile pouvoir, se
faire réélire et nouer des alliances avec d’autres groupes
ethniques.
Mais Washington et ses alliés s’inquiètent désormais de leur
puissance, qui sape l’autorité de Kaboul. Comment demander aux
Afghans de respecter la loi, payer leurs impôts et soutenir le
gouvernement central quand ce dernier est dominé par des
hommes ayant acquis pouvoir et fortune par la violence et les
trafics ?
La guerre
s’éternisant et les pertes militaires se multipliant en
Afghanistan, les Occidentaux exigent de Karzaï qu’il
débarrasse son gouvernement de la corruption et des chefs de
guerre. « Je ne suis pas prêt à mettre en danger les vies
d’hommes et de femmes britanniques pour un gouvernement qui ne
combat pas la corruption », prévenait vendredi dernier le
premier ministre britannique Gordon Brown. Le président
américain Barack Obama a enfoncé le clou en insistant pour que
les promesses de réforme soient suivies d’actes.
Impunité
Les Afghans semblent sur la même ligne : 76% d’entre eux
estiment que le pays gagnerait en sécurité si les criminels de
guerre étaient traduits en justice, contre 8% qui pensent le
contraire, selon un sondage de la Commission indépendante
afghane des droits de l’homme auprès de 4151 personnes.
L’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights
Watch demande que plusieurs hauts responsables du régime
Karzaï soient jugés pour crimes de guerre, tout comme le chef
taliban le mollah Omar ou le chef insurgé Gulbuddin Hekmatyar.
Elle a recueilli des témoignages accusant notamment des
milices aux ordres de Mohammed Qasim Fahim et Karim Khalili de
meurtres, pillages et enlèvements dans les années 90.
Les choses ne sont pas si simples, rétorque le porteparole de
Karzaï, Humayun Hamidzada, affirmant que la participation de
tous les acteurs de la société aux plus hautes responsabilités
est cruciale pour la stabilité du pays.
Hamid Karzaï a tenté de limiter le pouvoir des chefs de
guerre, mais les écarter du gouvernement ou les traduire en
justice risquerait d’enflammer les tensions ethniques et de
lui aliéner les potentats régionaux dont le soutien est
fondamental pour lutter contre l’insurrection.
En outre, selon un rapport du Centre sur la coopération
internationale de l’Université de New York, la coalition de
l’OTAN s’appuie elle-même sur des milices obéissant à des
chefs de guerre locaux, dont certains sont accusés de
violations des droits de l’homme et de trafic de drogue.
Ces circonstances alimentent un climat d’impunité qui touche
toute la société afghane : soldats et policiers inféodés aux
seigneurs de la guerre pratiquent enlèvements, extorsion de
fonds, vol ou viol de femmes, fillettes et garçons, selon des
organisations de défense des droits de l’homme.
OTTAWA Le chef d’état-major fixe une échéance
- Joël-Denis Bellavance
OTTAWA — Faute
d’obtenir de nouvelles directives du gouvernement Harper dans
les prochains mois, le chef d’état-major des Forces armées
canadiennes, le général Walt Natynczyk, rapatriera tous les
soldats canadiens actuellement déployés en Afghanistan au plus
tard en juillet 2011.
Dans une entrevue diffusée sur le réseau CBC mardi soir, à la
veille des cérémonies du jour du Souvenir, le grand patron des
Forces armées canadiennes a été on ne peut plus clair.
S’il veut respecter la motion adoptée par la Chambre des
communes au printemps 2008, qui a permis de prolonger la
mission de combat des troupes canadiennes en Afghanistan
jusqu’en 2011, aucun des 2800 soldats qui s’y trouvent ne
pourra y demeurer.
« La motion stipule que la mission militaire doit prendre fin
en juillet 2011. Ce sont les termes de la motion. Quant à moi,
c’est assez clair. Nous, aux Forces armées, nous effectuons
des missions militaires », a déclaré le général Natynczyk.
Des ministres du gouvernement Harper, dont le ministre de la
Défense, Peter MacKay, ont évoqué la possibilité de maintenir
un contingent réduit en Afghanistan après 2011 pour accomplir
du travail humanitaire, appuyer les efforts de reconstruction,
continuer à former les troupes afghanes ou assurer la
protection ou la sécurité des travailleurs humanitaires.
Or, l’Afghanistan demeure un pays dangereux et hostile, et les
soldats canadiens peuvent difficilement faire leur travail
sans mandat militaire, selon le général Natynczyk.
« Actuellement, nous assurons une protection, nous assurons la
sécurité, nous permettons aux autorités de gouverner, nous
permettons la croissance, nous formons des troupes. Mais notre
mandat est un mandat de sécurité et de protection. C’est une
mission militaire», a affirmé le général.
Le
gouvernement Harper devra donc faire connaître ses intentions
assez rapidement aux commandants des Forces armées si l’on
veut maintenir des soldats en sol afghan. Car le rapatriement
des troupes et le déménagement de l’équipement militaire
risquent de prendre des mois, voire plus d’une année. La
planification de ce retour au pays est déjà entamée.
À la lumière des propos du général Natynczyk, les trois partis
de l’opposition ont réclamé hier la tenue d’un débat le plus
rapidement possible à la Chambre des communes sur le rôle du
Canada en Afghanistan après 2011.
Le critique libéral en matière de défense, Ujjal Dosanjh, a
accusé les conservateurs de Stephen Harper d’entretenir la
confusion et l’ambiguïté au sujet du rôle du Canada au-delà de
2011.
« Le ministre MacKay et d’autres ministres entretiennent la
confusion. Ils croient qu’un certain nombre de soldats
pourraient devoir demeurer là-bas pour protéger ceux qui font
du travail humanitaire et du développement. Si telles sont
leurs intentions, ils doivent le dire aux Canadiens. Ils
doivent proposer une nouvelle motion pour qu’on puisse en
débattre aux Communes. Nous devons bien cela à nos soldats», a
dit M. Dosanjh.
Ce débat doit avoir lieu au plus tard au début de 2010, selon
le député libéral.
Le député bloquiste Claude Bachand abonde en ce sens: «Nous ne
sommes pas contre le fait que des soldats demeurent en
Afghanistan après 2011 pour une mission humanitaire ou pour la
reconstruction. Mais il faut un débat et je pense que la
population est prête à avoir un débat là-dessus.»
Pour sa part, le député du NPD Paul Dewar a affirmé que son
parti appuie le retrait total des troupes en 2011. Il a
précisé que le Canada devrait mettre plus d’efforts à trouver
une solution diplomatique à la guerre actuelle en invitant
d’autres pays comme la Russie, la Chine et l’Inde à jouer un
rôle.
Depuis 2002, 132 soldats, deux travailleuses humanitaires et
un diplomate canadiens ont été tués en Afghanistan.
Le Canada prépare le retrait des troupes - Joël-Denis
Bellavance
AFGHANISTAN
OTTAWA — Le chef d’étatmajor des Forces armées canadiennes, le
général Walt Natynczyk, prépare le retrait des quelque 2800
soldats canadiens qui sont déployés en Afghanistan.
Le grand patron des Forces armées a demandé à ses commandants
en août de commencer à planifier le retour au pays des troupes
afin de respecter la résolution adoptée en 2008 par la Chambre
des communes stipulant que la mission de combat en Afghanistan
prendra fin en juillet 2011.
Les contrats pour ramener au Canada tout l’équipement
militaire qui se trouve dans la région de Kandahar seront
attribués au début de l’année 2010. Le déménagement de tout
cet équipement – des camions, des chars d’assaut, des
hélicoptères, entre autres – devrait prendre plusieurs mois,
voire un an, selon les calculs des commandants de l’armée.
Déménagement coûteux
Ce grand déménagement pour rait coûter au moins 1 milliard de
dollars, selon les estimations du ministère de la Défense
datant de 2007.
Le général
Natynczyk a indiqué que les soldats canadiens disposeront des
équipements nécessaires pour faire leur travail jusqu’au 1er
juillet 2011.
« J’ai émis une directive pour que les gens puissent commencer
à planifier le retrait. En vertu du mandat (du Parlement),
nous devons faire les préparatifs nécessaires maintenant, de
concert avec nos alliés. Nous avons tellement d’équipement
làbas, comme vous pouvez l’imaginer. Cela va prendre plus d’un
an à ramener tout cela », a affirmé le général dans une
entrevue accordée au quotidien Ottawa Citizen publiée hier.
En point de presse à Ottawa, le ministre de la Défense, Peter
MacKay, a réitéré l’intention du gouvernement Harper de mettre
fin à la mission militaire dans la région de Kandahar en 2011.
Il a ajouté qu’il était donc normal que les commandants des
Forces armées planchent d’ores et déjà sur le plan de retrait
des troupes.
Jusqu’ici, le gouvernement Harper a évoqué la possibilité de
maintenir un certain nombre de soldats en Afghanistan, mais de
leur confier une mission davantage axée sur la reconstruction
et le développement humanitaire. Il n’a toutefois jamais
précisé le nombre de soldats qui pourraient être déployés dans
le cadre d’une nouvelle mission.
Depuis 2002, 132 soldats canadiens ont été tués en
Afghanistan. En outre, deux travailleuses humanitaires et un
diplomate canadiens y ont perdu la vie.
Abdullah se retire du second tour -
Heidi Vogt
KABOUL— Hamid
Karzaï reste seul en lice. Comme on s’y attendait, Abdullah
Abdullah a annoncé, hier, son retrait du second tour de la
présidentielle afghane prévu pour le 7 novembre, mais il n’a pas
appelé ses partisans au boycottage et les a exhortés à ne pas
descendre dans les rues.
PHOTO AMHMAD MASOOD, REUTERS
Abdullah Abdullah a annoncé, dans un
dicours rempli d’émotion devant ses partisans réunis à Kaboul,
hier, sa décision de se retirer du second tour de l’élection
présidentielle afghane du 7 novembre.
La décision de l’ancien chef de la diplomatie afghane porte un
nouveau coup à la crédibilité du régime de Kaboul, qui cherchait
au contraire à la renforcer, et fait peser l’incertitude sur la
tenue du second tour, ce cas de figure étant inédit.
Désormais seul candidat à sa propre succession, le président
Karzaï a déclaré, dans un communiqué, qu’il accepterait la
décision de la commission électorale indépendante, quelle
qu’elle soit.
Son rival a expliqué que ses demandes de changements au sein de
la commission électorale avaient été rejetées lors des
négociations avec le camp présidentiel. « Je ne participerai pas
à l’élection du 7 novembre » car « une élection transparente
n’est pas possible », a annoncé le docteur Abdullah.
Il a estimé que la population ne devrait pas accepter un scrutin
organisé par la commission électorale actuelle, nommée par le
gouvernement en place. Toutefois, lorsque des journalistes lui
ont demandé s’il appelait au boycottage, il a répondu: « Je n’ai
pas lancé cet appel. » Et il a exhorté la population à « ne pas
descendre dans les rues, ne pas manifester ».
Selon son candidat à la viceprésidence, Homayoun Assefy, il
revient désormais à la commission de décider s’il y aura bien un
second tour samedi prochain. Le président de la commission,
Azizullah Lodin, a annoncé qu’il devait consulter des
constitutionnalistes avant de prendre une décision, plus tard
dans la journée.
Retrait malheureux
Jugeant quant à
lui ce retrait « très malheureux », le porte-parole de campagne
de M. Karzaï, Wahid Omar, a affirmé que le second tour se
déroulerait tout de même comme prévu.
La secrétaire d’État américaine Hillary Clinton, en déplacement
au Maroc, a affirmé que les États-Unis soutiendront le prochain
président afghan et le peuple afghan, « qui cherche et mérite un
meilleur avenir ». « Nous allons traiter avec le gouvernement
qui est là », a déclaré pour sa part à Washington David Axelrod,
un conseiller de Barack Obama.
Abdullah Abdullah avait accusé la commission de cautionner les
fraudes lors du premier tour de scrutin le 20 août et avait posé
des conditions pour garantir un vote libre et équitable cette
fois-ci.
Parmi ses exigences figurait notamment la suspension de
plusieurs ministres et le remplacement d’Azizullah Lodin, ainsi
que des modifications constitutionnelles qui lui auraient donné
un droit de regard dans les nominations de ministres et les
grandes décisions politiques, selon un conseiller de la campagne
de M. Karzaï.
« Toutes mes conditions aura i ent pu êt r e mi s es en oeuvre
en une heure. Malheureusement, nous avons dû attendre jusqu’au
dernier moment », a déclaré le Dr Abdullah, lors d’un discours
plein d’émotion.
Après le retrait du Dr Abdullah, il s’agit d’« amener ce
processus électoral à sa conclusion dans le cadre légal et les
meilleurs délais », a estimé le plus haut responsable de l’ONU
en Afghanistan, Kai Eide.
Malgré les fraudes massives et l’annulation de nombreux
bulletins en sa faveur, Hamid Karzaï est arrivé en tête du
premier tour et était favori pour le second.
La stratégie d’Obama se précise - RICHARD HÉTU
NEW YORK —
Dans une des décisions les plus importantes de sa présidence,
Barack Obama donnera le feu vert à l’envoi de renforts
militaires en Afghanistan, où ceux-ci seront concentrés dans
les 10 zones les plus peuplées du pays, à commencer par
Kandahar, la capitale spirituelle des talibans.
Dans le reste de l’A fghanistan, les forces américaines feront
appel à des drones de reconnaissance et à des i nfor mateurs l
ocau x pour cibler leurs attaques contre les i n s u r gé s t
a l i ba n s e t leurs alliés.
La nouvelle stratégie amér i c a i ne, dont l es g r a ndes
lignes ont été dévoilées hier dans le New York Times, se veut
un mélange des propositions for mulées par le général a
méricain Sta nley McChrystal – commandant en chef des troupes
alliées en Afghanistan – et par le viceprésident Joseph Biden.
Le général avait récla mé l’envoi de 40 000 soldats
supplémentaires en Afghanistan pour combattre les talibans et
empêcher Al-Qaeda de reprendre pied dans le pays. Selon le
Times, il disposera d’au moins quatre nouvelles brigades de
combat, soit environ 18 000 soldats supplémentaires.
Deu x d e c e s b r i g a d e s devraient être déployées dans
le sud du pays, dont une à Kandahar. Une troisième serait
envoyée dans l’est et une quatrième serait utilisée partout
dans le pays, selon les besoins.
Le
vice-président Biden, de son côté, s’était opposé à un
renforcement massif des effectifs américains en Afghanistan.
Il proposait plutôt de restreindre l a mission des forces
américaines en concentrant les attaques sur Al-Qaeda et les
talibans le long de la frontière pakistanaise.
La solution hybride choisie par le président Obama a été
décrite ainsi par un responsable gouvernemental cité par le
New York Times : « McChrystal pour la ville, Biden pour la
campagne ». I l s’agit d’une reconnaissance implicite que les
États-Unis ne peuvent venir à bout de l’insurrection dans
l’ensemble de l’Afghanistan.
« À la place, l’objectif serait d’empêcher Al-Qaeda de revenir
en force, tout en maîtrisant et en affaiblissant les talibans
suffisamment longtemps afin de bâtir des forces de sécurité
afghanes qui pourraient à terme reprendre la mission », a
résumé le Times.
Spécialiste des questions militaires à l’Université McGill,
Desmond Morton réagit avec « un peu de scepticisme » à la
nouvelle stratégie américaine. Il craint que les renforts
militaires envisagés ne soient pas suffisants pour accomplir
la mission qui leur sera confiée, tout particulièrement dans
la province de Kandahar, où le Canada compte environ 2000
militaires.
« On don ne au généra l McChrystal une excuse pour perd r e l
e c ombat » , a - t - i l déclaré lors d’un entretien
téléphonique en faisant allusion au refus du président
d’envoyer 4 0 0 0 0 soldats supplémentaires en Afghanistan. «
Le message que l’administration Obama envoie aux soldats sur
le terrain, c’est qu’elle n’est pas tellement sérieuse. »
L
e c hef de l a MaisonBla nc he dev r a i t f i na l i s er le
réexamen de sa stratégie afghane demain à l’occasion d’une
rencontre avec les chefs d’état-major i nterarmées. I l
pourrait faire l’annonce officielle de sa nouvelle approche
avant sa tournée en Asie le mois prochain. I l quittera
Washington l e 11 novembre pour une tournée qui l e c ondui r
a à Si ngapou r , en Chine, en Corée du Sud et au Japon.
Abdullah se fait critique
Abdullah Abdullah, candidat à la présidentielle afghane du 7
novembre, a demandé hier le renvoi du chef de la Commission
électorale indépendante (IEC). « Il a ôté toute crédibilité à
cette institution » chargée de l’organisation du scrutin et du
comptage des voix, selon M. Abdullah, qui a menacé de se retirer
de la course. Le chef de l’IEC a notamment été accusé de
partialité envers le président Hamid Karzaï par Human Rights
Watch. – AFP
AFGHANISTAN Hillier s’en prend à l’OTAN
OTTAWA — Le
bourbier afghan a révélé l’état de « décomposition » de l’OTAN,
qui s’est lancée dans ce conflit sans véritable tactique, et, à
moins de changements dramatiques, l’Alliance court à sa perte,
estime dans un livre pamphlet un général canadien qui a dirigé
l’ISAF.
« L’Afghanistan a révélé que l’OTAN avait atteint l’état de
cadavre, de décomposition » et, à moins d’un « sauvetage », «
l’Alliance va prendre fin », écrit dans son autobiographie Rick
Hi l l i er, a ncien chef d’état-major de l’armée canadienne,
qui a été à la tête des forces de l’OTAN en Afghanistan (ISAF)
de février à août 2004.
Lorsqu’il a
pris ses fonctions à l’ISAF, les généraux de l’OTAN à
Bruxelles « n’avaient auc u ne s t r a t é g i e , auc u ne
idée de ce qu’ils voulaient accomplir, aucune direction
politique et très peu de forces militaires », accuse Rick
Hillier, qui a pris sa retraite de l’armée l’année dernière.
« C’éta i t c at a st r ophique. L’OTAN avait tracé la voie
pour détruire sa crédibilité et perdre le soutien populaire de
toutes les nations de l’Alliance », poursuit-il dans son livre
intitulé A Soldier First : Bullets, Bureaucrats and Politics
of War ( Soldat avant tout : Balles, bureaucrates e t polit i
ques de guerre) qui doit paraître à la fin de la semaine et
dont l’AFP a obtenu un exemplaire.
« Malheureusement, plusieurs années plus tard, la situation
n’a pas changé », affirme le général Hillier, 54 ans, avant
d’ajouter avec la franchise qui le caractérise : « L’OTAN n’a
toujours aucune idée claire de ce qu’elle fait en Afghanistan.
»
Un deuxième scrutin ne réglera rien - Agnès
Gruda
Selon
Democracy International, les signes évidents de fraude ont
miné la confiance des électeurs afghans
La tenue d’un deuxième tour du scrutin présidentiel ne
permettra pas de rétablir la crédibilité des élections
afghanes, estime un responsable de Democracy International.
PHOTO RAHMAT GUL, AP
Dimanche, des étudiants ont brûlé le
drapeau américain au cours d’une manifestation dans les rues
de Jalalabad, en Afghanistan.
« Je n’ai pas vu de signes i ndiquant qu’une nouvelle élection
serait plus crédible que la première », affirme Bill Gallery,
qui a passé six semaines en Afghanistan à titre d’observateur
électoral pour cette ONG américaine.
Democracy I nternational, qui a toujours une équipe à Kaboul,
juge pourtant que ce second tour devra avoir lieu, étant donné
que l’enquête sur la fraude, dont les résultats ont été rendus
publics hier, refoule le président Hamid Karzaï sous la barre
de la majorité des voix.
Selon l ’e n q u ê t e d e la Commission des plaintes
électorales, environ un bulletin de vote sur quatre devra être
invalidé. La Commission, dirigée par le Canadien Grant Kippen,
s’est contentée de transmettre les taux de fraude dans quelque
3000 bureaux de scrutin suspects à la Commission électorale
indépendante – l’organe afghan qui devra interpréter ces
résultats.
En attendant, Democracy International a fait ses calculs.
Selon cet organisme, 1,3 million de bulletins de vote, sur les
5,6 millions recueillis le 20 août, devront être invalidés
pour cause de fraude. En vertu de ce décompte, le président
Hamid Karzaï n’a plus que 48,3 % des voix, contre 31,5 % pour
s on pr i ncipa l r i va l , Abdullah Abdullah.
Les résultats préliminaires attribuaient 54 % des voix à Hamid
Karzaï, contre 28 % pour son adversaire.
Commission partiale ?
Le sort des élections afghanes est donc maintenant entre les
mains de la Commission indépendante, qui avait été formée par
Hamid Karzaï et qui est critiquée pour son absence de
neutralité.
Hier, Abdullah
Abdullah a r e pr o c hé au gouver ne - ment de faire pression
sur la Commission pour qu’elle rejette les résultats de
l’enquête. La Commission pourrait décider dès demain de
l’opportunité d’un deuxième tour de scrutin.
Légalement, elle est tenue d’accepter les résultats reçus
hier. Mais le fera-t-elle ? « La Commission n’est pas en
mesure de rejeter ces résultats sur le plan constitutionnel,
mais cela ne signifie pas qu’elle ne le fera pas », a noté
hier avec scepticisme un diplomate étranger.
La Commission s’est discréditée le mois dernier en publiant
des résultats préliminaires accordant la victoire à Hamid
Karzaï, alors qu’il y avait déjà des signes évidents de
fraude, souligne Bill Gallery.
C’est l’une des raisons qui ont « miné la confiance » des
électeurs afghans, estime-t-il. Cette confiance a été ébranlée
à un tel point, selon lui, « que même si un deuxième tour
devait se dérouler dans de bonnes conditions, les électeurs
n’y croiraient pas. »
Issue politique recherchée
Au-delà de la question de la crédibilité du processus
électoral se pose aussi celle de la sécurité. Dimanche, des
manifestations de soutien à Hamid Karzaï ont eu lieu à Spin
Boldak, dans le sud-est du pays. La tenue d’un nouveau vote
pourrait exacerber les tensions qui opposent déjà les
différents groupes ethniques en Afghanistan.
Et ce c l i mat de t ension pourrait durer longtemps : il sera
de plus en plus difficile d’organiser des élections avant
l’hiver, qui rend plusieurs régions inaccessibles.
C’est pourquoi de plus en plus de voi x occidenta l es
cherchent une issue politique à cet imbroglio. Une des
solutions envisagées : convaincre Hamid Karzaï et Abdullah
Abdullah de s’allier au sein d’un même gouvernement. Et éviter
ainsi un nouveau tour de scrutin… dont les résultats risquent
d’ajouter à la confusion.
Vers un second tour ?
WASHINGTON —
La commission des plaintes électorales (ECC) qui enquête sur
les soupçons de fraude à la présidentielle afghane aurait
estimé à 47% le pourcentage de voix obtenu par le président
Hamid Karzaï, ce qui obligerait un deuxième tour, selon le
Washington Post.
PHOTO ARCHIVES AFP
Le principal rival d’Hamid Karzaï,
Abdullah Abdullah.
Un responsable non identifié a déclaré au quotidien américain
que le pointage fait par l’ECC, organe soutenu par les Nations
unies, était « ahurissant ». Ce décompte devait être finalisé
hier, près de deux mois après le scrutin.
Selon des résultats préliminaires très contestés de la
Commission électorale indépendante, M. Karzaï aurait obtenu
54,6% au premier tour le 20 août, contre 27,8% pour son
principal rival, l’ancien ministre des Affaires étrangères
Abdullah Abdullah.
Si aucun candidat n’obtient la majorité absolue, un second
tour est nécessaire.
Un haut responsable américain, sous le couvert de l’anonymat,
a indiqué que les résultats du premier tour pourraient être
connus « dimanche (demain) ou lundi ».
Possible
désastre
Jeudi, l’ambassadeur afghan aux États-Unis Said Tayeb Jawad
avait affirmé qu’un deuxième tour de l’élection présidentielle
était « probable ». C’était la première fois qu’un proche du
président Karzaï évoquait ainsi publiquement cette hypothèse.
Selon l ’a mbassadeur, un éventuel second tour devrait
intervenir rapidement car un délai compliquerait la tâche des
pays qui, à l’instar des ÉtatsUnis, envisagent d’envoyer des
renforts en Afghanistan.
« Début novembre est la date limite parce qu’après il fera
extrêmement froid, en particulier dans le nord de
l’Afghanistan, a-t-il ajouté. Mais si c’est reporté au
printemps, cela ouvre la voie au désastre. »
Une source officielle américaine en Afghanistan a indiqué au
Washington Post que des bulletins de vote au nom des deux
candidats, imprimés à Londres en prévision d’un deuxième tour,
avaient déjà été envoyés à la mission de l’ONU à Kaboul.
Par ailleurs, la secrétaire d’ État a méricaine Hilla r y
Clinton a esti mé hier que M. Karzaï remporterait très
probablement le scrutin présidentiel si un second tour devait
avoir lieu. La chef de la diplomatie américaine a cependant
souligné qu’elle ne disposait pas d’informations
confidentielles sur l’issue de ce premier tour.
La nouvelle stratégie américaine sera connue dans
quelques semaines
WASHINGTON —
Le président américain Barack Obama a dit, hier, qu’il aurait
achevé dans « les prochaines semaines » le réexamen de la
stratégie américaine en Afghanistan, en fonction duquel il
décidera s’il envoie ou non plusieurs dizaines de milliers de
soldats supplémentaires.
Ces propos, t enus à l ’o c c a sion d’entretiens avec le chef
du gouvernement espagnol José Luis Rodriguez Zapatero,
semblent indiquer que M. Obama s’est rapproché de l’une des
décisions les plus importantes de sa présidence.
Le porte-parole de M. Obama, Robert Gibbs, disait jusqu’alors
qu’il lui faudrait encore plusieurs semaines avant de décider
de la stratégie à adopter.
M. Obama a
souligné que le processus en cours donnait lieu à des
consultations approfondies. Le président américain doit
d’ailleurs réunir ce matin son équipe de sécurité nationale
pour la cinquième fois et pour un nouveau conseil de guerre de
trois heures sur l’Afghanistan et le Pakistan.
Par ailleurs, les finances des talibans sont nettement
meilleures que celles d’Al-Qaeda, estime le département du
Trésor américain, pour qui le tarissement des ressources du
groupe d’Oussama ben Laden est le fruit de la politique
combative des États-Unis et de leurs alliés.
Les talibans jouissent « d’une situation financière nettement
plus forte que celle d’Al-Qaeda », a déclaré lundi le
sous-secrétaire d’État adjoint au Trésor chargé de la lutte
contre le financement du terrorisme, David Cohen.
« Aujourd’hui, les talibans financent des attaques contre les
forces des ÉtatsUnis et de la coalition en ayant recours à une
grande palette d’activités criminelles », a dit M. Cohen. Par
comparaison, « nous estimons qu’Al-Qaeda est dans sa situation
financière la plus faible depuis plusieurs années ».
Rester ? Partir ? Le dilemme afghan - AGNÈS
GRUDA
Tout a éclaté
il y a deux semaines, avec une scène qui aurait été banale à
peu près partout dans le monde – mais pas en Afghanistan.
PHOTO DAVID GUTTENFELDER,
ARCHIVES AP
Sept semaines après l’élection
afghane, pendant laquelle les candidats ont joué la carte
ethnique et dont les résultats ne sont toujours pas connus,
les tensions demeurent vives et l’étau de l’insécurité se
resserre autour de Kaboul.
Ce jour-là, une jeune fille marchait dans une rue de Maimana,
la capitale de la province de Faryab, dans le nord-ouest du
pays. La voyant passer, deux garçons lui ont crié: «Je
t’aime!»
Effrayée, la fillette s’est précipitée chez elle pour raconter
l’incident à sa fa mille. L’explosion de colère a été d’autant
plus forte que la «victime» de cette offense était une
Ouzbèke, le groupe ethnique majoritaire dans la région. Les
deux garçons, eux, étaient des Pachtounes, l’ethnie du
président Hamid Karzaï. Il n’en fallait pas plus pour plonger
Maimana dans de violentes émeutes, qui ont fait deux morts et
des dizaines de blessés.
Cette histoire n’est qu’un exemple du climat qui règne en
Afghanistan sept semaines après la tenue d’un scrutin dont les
résultats ne sont toujours pas connus.
Les candidats à l’élection du 20 août ont misé fort sur la
carte ethnique, ce qui a exacerbé les tensions à un point tel
qu’il a suffi d’un «je t’aime» pour mettre le feu aux poudres,
souligne Jean McKenzie, responsable du bureau afghan de l’ I
nstitute of Wa r a nd Peace Reporting.
Les tensions demeurent vives à Maimana. Mais le climat est
aussi tendu dans d’autres provinces du Nord. Et l’étau de
l’insécurité se resserre autour de Kaboul. Il y a encore un
an, on pouvait voyager sans problème jusqu’à Wardak, à moins
d’une heure de route de la capitale, signale Mme McKenzie.
Aujourd’hui, cette ville est très instable et risque de tomber
sous le contrôle des talibans…
Devant la
dégradation de la situation, certains, comme le général
américain Stanley McChrystal, commandant de la Force
internationale d’assistance et de sécurité en Afghanistan,
appellent à un envoi massif de renforts militaires. D’autres,
comme le vice-président Joe Biden, pensent qu’il vaut mieux
réduire les effectifs étrangers, ou même se retirer en douce.
L’idée fait aussi du chemin au Canada. «Notre mission est un
échec», écrit le sénateur libéral Colin Kenny dans un article
publié dans le Toronto Star. Pour cet homme qui préside le
comité sénatorial sur la Défense, «il est temps de sonner la
retraite».
M a is qu’a r rivera it-il en Afghanistan si les forces
étrangères se retiraient après huit ans d’une guerre qui
tourne de plus en plus en leur défaveur? «Ce serait très laid,
il y aurait rapidement beaucoup de violence», prédit Jean
McKenzie, qui vit dans ce pays depuis cinq ans.
«Cela équivaudrait à abandonner le pays à l’insécurité et à
une détérioration politique qui permettrait au bout du compte
le retour des talibans et d’AlQaeda», opine Mark Schneider,
vice-président de l’International Crisis Group.
L’analyste afghan Haroun Mir va plus loin. «Si l’OTAN se
retire, les talibans et AlQaeda reprendront rapidement le
contrôle du pays. Ils n’ont même pas besoin de combattre pour
prendre Kaboul, parce qu’ils ont suffisamment de sympathisants
dans les mosquées des grandes villes qui agiraient en leur
nom.»
Plus que ça : un tel retrait serait interprété comme une
victoire d’Oussama ben Laden contre la plus grande puissance
mondiale. « Il deviendrait le nouveau Saladin, plus personne
ne pourrait freiner sa popularité», prédit Haroun Mir.
L’envoi massif de troupes est de plus en plus difficile à
vendre politiquement à des électeurs de plus en plus opposés à
cette guerre. Et le retrait est difficile à envisager. Huit
ans après que George W. Bush eut lancé son fameux «La paix et
la liberté vaincront», l’Afghanistan ressemble de plus en plus
à une trappe sans issue.
PREUVES DE FRAUDE
Un document confidentiel de l’ONU, rendu public hier par le
Washington Post, fait état de fraudes massives à l’élection
présidentielle afghane. Ces fraudes auraient surtout profité au
président sortant Hamid Karzaï qui détient 54,6 % des voix,
selon des résultats préliminaires. Exemple : dans la province du
Helmand, dans le Sud, 134 804 votes ont été enregistrés, dont
112 873 pour M. Karzaï. Mais la mission de l’ONU en Afghanistan
estime que seules 38 000 personnes ont voté le 20 août ! -
Barack Obama seul à décider - Laurent
Lozano
WA S H I N G
TO N — Barack Obama est ressorti hier d’une réunion avec les
plus hauts représenta nts du Congrès aussi seul qu’il l’était
avant, face à l’une des décisions les plus importantes de sa
présidence, à savoir l’envoi ou non de renforts américains en
Afghanistan.
PHOTO TYLER HICKS, THE NEW
YORK TIMES
Les talibans gagnent du terrain en
Afghanistan depuis le début de l’année. Pour renverser la
tendance, Barack Obama doit décider s’il envoie des troupes
additionnelles pour appuyer les 68 000 soldats déjà sur
place.
Ses amis démocrates et ses adversaires républicains du
Capitole sont apparus, au terme de la réunion, au moins aussi
divisés qu’avant celle-ci.
Barack Obama leur a dit qu’il trancherait avec le « sentiment
d’urgence » qu’appelle l’alarmante détérioration de la
situation en Afghanistan, a rapporté un responsable de
l’Administration sous le couvert de l’anonymat.
Le président américain a lui-même reconnu que « sa décision ne
fera pas que des heureux ». Il s’est employé à apaiser un
débat de plus en plus passionné en appelant « à laisser de
côté les épouvantails consistant à dire qu’il s’agit soit de
doubler la mise, soit de partir d’Afghanistan », a dit ce
responsable.
M. Obama doit faire un choix de toute façon risqué entre
accéder à la demande de ren for t s de son commandant sur le
terrain, le général Stanley McChrystal, la décliner ou
transiger. Le général McChrystal réclame j u s q u ’à 4 0 0 0
0 h o m mes supplémentaires.
Le président Obama, pressé de toutes parts, recevait les
dirigea nts pa rlementa ires pour les associer aux intenses
consultations qui doivent aboutir à une décision dans quelques
semaines.
Il n’a pas paru emporter l’adhésion de la présidente démocrate
de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, qui rappelle,
depuis un certain temps, la réticence grandissante des
Américains à s’impliquer davantage dans une guerre vieille de
huit ans et n’offrant aucune perspective de fin.
« Est-ce que
nous sommes d’accord, est-ce que nous allons voter pour, cela
reste à voir quand. Nous saurons ce que le président propose
», at-elle dit.
McCain : oui à des renforts
L e riva l républica in de M. Obama à la présidentielle, John
McCain, l’a de nouveau pressé de se rendre aux arguments du
général McChrystal et des généraux qui le soutiennent.
« Je suis convaincu que l’a na lyse du généra l McChrystal est
non seulement la bonne, mais qu’elle devrait être mise en
oeuvre le plus vite possible », a-t-il dit.
« Ce qui m’inquiète, ce sont les demi-mesures », at-il ajouté
en invoquant le précédent irakien, quand le manque d’effectifs
« menait sur la durée à l’échec et à l’érosion du soutien de
l’opinion publique américaine ».
M. Obama, dont l’opposition de la première heure à la guerre
en Irak a contribué à la victoire présidentielle, se retrouve
avec l’Afghanistan dans une situation présentant des
similarités avec celle de son prédécesseur George W. Bush,
quand celui-ci avait décidé, en 2007, d’envoyer 30 000 hommes
supplémentaires pour empêcher l’Irak de sombrer dans le chaos.
Satisfaire le généra l McChrystal, c’est engager u ne
périlleuse esca lade alors que les comparaisons avec le
bourbier vietnamien ou la défaite soviétique en Afghanistan
commencent à faire florès. C’est aussi heurter la composante
antimilitariste de sa base, un an avant les élections de
mi-mandat.
Les effectifs américains en Afghanistan approchent les 68 000
hommes.
Levée de boucliers contre l’expulsion des migrants
afghans - Marc Thibodeau
PARIS — Le
gouvernement français fait face à une véritable levée de
boucliers en raison de sa volonté déclarée de renvoyer en
Afghanistan, par vols nolisés, des dizaines d’immigrants
illégaux appréhendés lors d’une opération coup-de-poing à
Calais, dans le nord de la France.
Il y a deux semaines, les forces de l’ordre ont démantelé
« la jungle », un camp de fortune où séjournaient des
centaines de jeunes hommes qui espéraient traverser la
Manche pour s’installer en Grande-Bretagne.
De nombreuses opérations ont été menées depuis, loin des
caméras. « Il y en a tout le temps. Encore hier, un autre
squat a été démantelé... La pression sur les migrants est
énorme. Et ils n’ont aucun endroit où aller », dénonce
Martine Devries, médecin généraliste de Médecins du monde
qui leur offre un soutien médical et sanitaire.
Pas d’accès à l’eau
La pression n’est pas que policière, dit-elle, puisque les
autorités locales ont aussi fermé le dernier point d’eau
public où ils pouvaient se laver. Plusieurs des migrants
devront se rabattre, comme ils le faisaient par le passé,
sur l’eau d’évacuation provenant d’une usine chimique
voisine.
«Qu’est-ce que ça peut bien faire qu’il n’y ait plus d’eau
puisqu’il n’y a plus de migrants?» demande, sarcastique,
la militante, qui s’indigne à l’idée que des
ressortissants afghans arrêtés au cours des dernières
semaines puissent être renvoyés dans leur pays d’origine à
bord de vols nolisés.
« Est-ce que l’Afghanistan est un pays en paix ? Ils se
foutent du monde... Le gouvernement se conduit comme un
bandit qui ne respecte pas les lois », dit-elle.
Après
avoir nié que de tels vols étaient envisagés, le ministre
de l’ I m migration, Éric Besson, a confirmé mercredi que
le gouvernement souhaitait affréter des appareils pour
procéder à des expulsions.
Les associations d’aide aux migrants, comme la CIMADE,
affirment qu’une telle démarche serait illégale. D’autant
plus que les conditions sécuritaires en A fghanistan ne
cessent de se dégrader.
La vaste majorité des ressortissants arrêtés dans la
jungle de Calais ont été relâchés sur ordre des tribunaux,
notamment pa rce que plusieu rs étaient mineurs. Les
autres ont été placés dans des centres de rétention.
Selon Mme Devries, l’opération en cours ne changera rien :
« Dès qu’ils vont relâcher la pression, les migrants vont
revenir dans la ville. »
« L’ E u rope élève de s mu railles. C ’est u n choix
politique, mais les murailles, elles vont devoir être de
plus en plus hautes. Les gens sont désespérés, ils ne vont
pas cesser de venir », ajoute-t-elle.
Le point de vue de Mme Dev r ies est l oi n de fa i re
consensus en France, où la question de l’immigration
demeure un sujet très délicat.
En témoig nent nota mment les commentaires de lecteurs à
la suite d’un texte du journaliste du Figaro Ivan Rioufol,
qui presse le ministre de l’Immigration de resserrer les
contrôles en matière d’immigration.
Sous le pseudonyme de Zébulon, un lecteur s’inquiète
notamment de voir que le paysage de Paris « se transforme
à vue d’oeil : « Mon bon vieux quartier bien parisien...
De plus en plus de burqas, de voilées qui poussent leurs
poussettes... Des boucheries hallal, partout, à tous les
coins de rue... Overdose, nausée ! Où suis-je ? »
demande-t-il.
PARIS Tollé autour d’un projet de vol
nolisé pour renvoyer des Afghans
PARIS —
L’opposition de gauche, en France, et des associations de
défense des droits de la personne ont dénoncé, hier, un
projet de vol nolisé que Paris et Londres veulent affréter
pour renvoyer des migrants afghans vers leur pays.
PHOTO REUTERS
Un Afghan, qui attend
de passer illégalement en Angleterre, vit dans un
campement de fortune, non loin de Lille, dans le nord de
la France.
Le ministre fra nçais de l’Immigration, Éric Besson, avait
indiqué, lundi, au quotidien Le Monde que des vols
seraient organisés « dans les jours qui viennent », à la
suite du démantèlement, il y a deux semaines, de la «
jungle », vaste campement de migrants du nord de la
France.
Son ministère a toutefois assuré qu’« aucun vol retour »
vers l’Afghanistan n’aurait lieu hier, contrairement à des
informations relayées par une trentaine d’associations de
défense des étrangers et des droits humains.
Selon ces
a sso c iations , le vol devait partir hier de Londres,
faire escale à Lille, dans le nord de la France, et
s’envoler pour Kaboul, via Bakou, et concernait, côté
français, « 10 personnes ».
« L’Afghanistan est un pays en guerre. Il est inacceptable
d’y renvoyer ceux qui s’en sont enfuis à la recherche
d’une protection en Europe », estiment dans un communiqué
ces organisations. Le Parti socialiste a également dénoncé
un « projet scandaleux », qui serait « contraire au
respect des droits humains ».
Les verts ont également fustigé une « stratégie immorale
», estimant que Paris et Londres franchissaient « avec
cette décision une limite très inquiétante ».
La « jungle » de Calais, ce vaste ca mpement sauvage ayant
accueilli jusqu’à 800 migrants en situation irrégulière,
essentiellement des Afghans, a été démantelée le 22
septembre, lors d’une opération très médiatisée.
Retentissant divorce à la mission de l’ONU -
Agnès Gruda
Selon la
première explication officielle, Peter Galbraith, le numéro 2
de la mission de l’ONU à Kaboul, avait quitté la capitale
afghane le temps d’une «mission», à la mi-septembre.
Mercredi, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a publié
un com muniqué confirma nt ce que tout le monde soupçonnait
déjà: Peter Galbraith était en fait remercié de ses fonctions
et ne retournerait plus en Afghanistan. Le communiqué est très
laconique sur les raisons de ce congédiement. La décision a
été prise « dans le meilleur intérêt de la mission », se
contente-t-il de spécifier.
Dans les faits, le différend entre l’ex-représentant spécial
adjoint de l’UNAMA, la mission afghane de l’ONU, et son
patron, le Norvégien Kai Eide, est un secret de Polichinelle.
La nature du conflit avait été révélée par le Times de Londres
il y a deux semaines: les deux hommes ne s’entendaient pas sur
le traitement réservé à la fraude qui a marqué les élections
du 20 août.
Peter Galbraith a été « stupéfait » par son renvoi, rapporte
Le Monde da ns son numéro d’hier.
«Je ne suis pas d’accord avec cette décision, pas uniquement
pour des raisons personnelles, mais parce que c’est un
terrible message que de renvoyer un représentant de l’ONU
parce qu’il s’inquiétait des fraudes dans une élection
parrainée et payée par l’ONU», explique-til dans une entrevue
à la BBC.
Dans la même
interview, il confirme avoir eu un « vif désaccord» avec Kai
Eide à ce sujet. Il a dit avoir vu « des preuves de fraude
très importante » dans le scrutin d’août, et avoir voulu
présenter ces informations à la Commission des plaintes
électorales pour une enquête plus approfondie.
Attitude laxiste de l’UNAMA
Selon Peter Galbraith, le numéro 1 de la mission de l’ONU ne
voulait pas diffuser ces informations. Peter Galbraith va
encore plus loin. Selon lui, la fraude avantage le président
sortant Hamid Karzaï, qui aurait donc directement bénéficié de
l’attitude laxiste de l’UNAMA. Kai Eide a d’abord «refusé de
parler de fraude » puis, quand elle est devenue évidente, « il
l’a systématiquement minimisée », déplore M. Galbraith.
Accusation rejetée par les Nations unies. Le congédiement de
Peter Galbraith fait suite « à des nombreux différends sur un
certain nombre de questions », a dit hier Farhan Haq,
porte-parole de l’ONU joint à New York.
Des questions comme la fraude ? « Les deux hommes veulent
faire face à la fraude, mais pas de la même manière», a
précisé M. Haq, ajoutant que Kai Eide préférait laisser la
Commission électorale afghane et la Commission des plaintes
électorales prendre les mesures de la fraude, sans
interférences de la part de l’ONU.
Les résultats officiels du scrutin du 20 août demeurent
inconnus. Des données préliminaires accordent 54,6 % des voix
à Hamid Karzaï et 27,8 % à son principal rival, Abdullah
Abdullah. Si un nouveau dépouillement prenant en compte les
bulletins frauduleux devait faire glisser le président sortant
sous la barre des 50%, les Afghans seraient appelés à voter
dans un deuxième tour. Or, la tenue d’une nouvelle élection
soulève des craintes de violences renouvelées.
Afghanistan Renforts accrus ?
Les États-Unis, qui réexaminent leur stratégie en
Afghanistan, pourraient décider d’envoyer jusqu’à 40 000 soldats
supplémentaires, a indiqué le sénateur républicain John McCain
hier, alors que le commandant en chef des troupes américaines et
alliées juge que l’insurrection continue de s’étendre. « Je crois
que c’est l’un des secrets les moins bien gardés à Washington», a
déclaré hier, sur la chaîne ABC, M. McCain, adversaire républicain
de Barack Obama à la présidentielle de 2008.
Afghanistan Les alliés risquent « l’échec »
sans renforts
Le commandant
des forces internationales en Afghanistan, le général
américain Stanley McChrystal, prévient que sans augmentation
des moyens militaires dans ce pays, la coalition risque d’y
subir « un échec », dans un document confidentiel révélé hier.
WASHINGTON —
« Si nous ne reprenons pas l’initiative et ne mettons pas un
terme à l’actuelle offensive des insurgés à court terme (dans
les 12 prochains mois) – en attendant que les capacités de
sécurité afghanes se développent – nous risquons de nous
trouver dans une situation où il ne serait plus possible de
vaincre les insurgés », écrit le général McChrystal, da ns ce
docu ment publié pa r le Washington Post sur son site
internet.
Le rapport, qui se veut une évaluation stratégique du conflit
afghan, a été présenté au secrétaire américain à la Défense,
Robert Gates, le 30 août et est actuellement à la
Maison-Blanche.
Dans ce document de 66 pages, le général note que la mission
afghane a « ma nqué de ressou rces dès le dépa rt » et «
continue d’en ma nquer », mais il ne formule pas de demande
chiffrée de renforts.
Faute de moyens supplémentaires, la coalition risque « un
conflit plus long, davantage de victimes, des coûts plus
élevés et, au final, une érosion cruciale de soutien
politique. Chacun de ces risques pourrait conduire à l’échec
», écrit le général McChrystal. Le général est l’officier
américain du plus haut rang en Afghanistan où il dirige la
Force internationale d’assistance à la sécurité (ISAF) de
l’OTAN et les troupes américaines.
Faiblesse
des institutions
Le militaire dénonce aussi « la faiblesse des institutions
afghanes », « une corruption rampante et des abus de pouvoir
de responsables divers », ainsi « que nos propres erreurs
(...) qui ont donné très peu de raisons aux Afghans de
soutenir leur gouvernement ».
Les forces internationales, dit-il encore, « ont agi d’une
manière qui nous a éloignés – physiquement et
psychologiquement – des gens que nous cherchons à protéger ».
« Les insurgés ne peuvent pas nous battre militairement (...),
mais nous pouvons nous battre nous-mêmes », ajoute-t-il.
Le président Barack Obama est appelé à dire s’il dépêche
encore davantage de troupes en Afghanistan, en plus des 21 000
qu’il a annoncés en début d’année et qui porteront à 68 000
les effectifs américains. Il a cependant promis dimanche sur
CNN de se montrer « sceptique » à l’égard des requêtes des
généraux.
Un bon fixeur - MICHÈLE OUIMET
« On s’en va!»
Akbar me tire par la manche. « Non, je reste! » Ça faisait des
jours que j’essayais d’entrer dans la prison de Sarpoza, à
Kandahar. Je voulais parler à des talibans qui avaient été
capturés par des soldats canadiens. J’approchais du but. Pas
question de partir.
Les soldats canadiens remettaient les talibans aux services
secrets afghans qui les torturaient et les envoyaient ensuite
à la prison de Sarpoza, à l’autre bout de la ville.
Stephen Harper et Hamid Karzaï juraient qu’il n’y avait plus
de torture, car ils avaient conclu une entente quelques mois
auparavant.
J’avais des doutes. Des gros doutes. Je me disais que la
torture n’avait sûrement pas disparu du jour au lendemain,
même si deux chefs d’État en avaient décidé autrement en
signant un bout de papier.
J e vo u l a i s vé r i f ie r s u r place. D’où mon obsession
pour entrer dans la prison de Sarpoza où étaient détenus 200
talibans.
Akbar et moi avons travaillé comme des fous pour entrer dans
cette foutue prison : des heures d’attente entrecoupées de
longs palabres. On a finalement obtenu le feu vert.
Les lourdes portes de Sarpoza se sont ouvertes en grinçant. Le
directeur de la prison était nerveux: «C’est très dangereux,
les prisonniers peuvent vous tuer», nous a-t-il avertis.
J’ai rega rdé A kbar, une lueur d’inquiétude dans les yeux. Il
a levé un sourcil. J’ai compris. C’était de la frime, le
directeur voulait se débarrasser de nous.
Nous avons
traversé une cour en terre battue avant de rejoindre le
quartier où vivaient, entassés, talibans, terroristes et
autres membres d ’A l-Qaeda . L es détenu s étaient hostiles.
C’était le jour des visites et notre présence bloquait les
familles à l’extérieur de la prison.
Je suis entrée dans une grande cellule où vivaient plusieurs
talibans. L’endroit était sinistre : sale, froid, sombre. Les
prisonniers m’ignoraient, ils parlaient avec Akbar. Leur ton
était dur, agressif.
C’est là qu’Akbar m’a dit : «On part !» Et c’est là que je lui
ai répondu: «Non, je reste!»
Pourtant, l’agressivité était palpable, elle saturait l’air.
Je me disais que si je partais, je ne pourrais jamais revenir
à Sarpoza. Je préférais me fermer les yeux.
En tirant sur ma manche, Akbar m’a sortie de ma bulle. Les
regards hostiles et l’atmosphère électrique m’ont sauté au
visage.
On est sortis de la prison sous le regard survolté des
prisonniers, le coeur battant. Akbar marchait à grandes
enjambées. Pendant que j e trottinais à côté de lui en serrant
mon foulard sur ma tête, le regard rivé au sol, je maudissais
ma tête de cochon.
Je me suis juré que, dorénavant, j’écouterais Akbar.
Il est afghan, il connaît son pays. Il parle le pachtoun, le
dari et le tadjik et il sait comment capter l’étincelle
hostile qui peut tout faire basculer et mettre notre vie en
danger.
Nous sommes retournés à Sarpoza trois jours plus tard. Les
prisonniers ont accepté de nous parler. Ils nous ont même
offert du thé. J’ai passé des heures avec eux. Akbar a
patiemment traduit leurs histoires d’horreur : ongles
arrachés, battus avec des câbles électriques, suspendus à un
crochet, les bras tordus derrière le dos.
La torture existait bel et bien. L’histoire, publiée dans La
Presse, a plongé le gouvernement Harper dans l’embarras.
C’est
ça,
un bon fixeur.
Le poisson ou le poulet ? - PIERRE
FOGLIA
J’arrive de
Berlin. En fait non, j’arrive d’Abercorn. Je suis allé
rouler le chemin des Églises Ouest, que j’ai toujours connu
en terre et qu’ils viennent d’asphalter. Il relie le mont
Pinacle à la montagne de Sutton, et au-dessus d’Abercorn –
en devenant le chemin des Églises Est –, il relie la
montagne de Sutton à la montagne de Jay, en nous déposant
drette au pied de Jay, mais par une route si défoncée, si
impraticable même en vélo, que plus personne ne s’y risque.
Tenus dans l’isolement, les douaniers américains de ce petit
poste champêtre du Vermont ont l’air de ces soldats japonais
dans les îlots du Pacifique; les plus vieux se souviendront
de leur air hébété quand on les découvrait 10 ans après la
fin de la Seconde Guerre mondiale et qu’on leur disait
qu’elle était finie: Hein? La guerre est finie?
Les douaniers américains qui m’ont accueilli étaient dans
cet état d’hébétude. D’où sortez-vous donc ? m’ont-ils
demandé. J’arrive de Berlin, messieurs. Je leur ai appris
que le Mur était tombé, que Harry Truman était mort de la
scarlatine, remplacé depuis par Obama.
J’arrive de Berlin, enfin pas exactement. Il y a déjà trois
semaines, maintenant. Depuis, j’ai écrit mes papiers qui
seront publiés à compter de mardi, tous les jours jusqu’à
samedi.
L’automne sera très allemand, avec des élections dans
quelques jours qui vont à coup sûr reporter Mme Merkel au
pouvoir, mais je n’en parle pas dans mes papiers. Je ne
parle pas non plus de l’avenue Kurfürstendamm (leur 5e
Avenue); je ne parle pas de Mitte, de l’île des Musées, du
Zoo, d’Unter den Linden, du Tiergarten. Pour cela, va
falloir que vous achetiez le guide Michelin. Je ne parle
même pas des Turcs, même s’il y en a beaucoup. J’ai fait
comme les Berlinois, j’ai fait semblant de ne pas les voir.
Je parle du Mur. Samedi prochain, La Presse publie un
spécial sur les murs dans le monde: celui de Cisjordanie,
celui de Belfast, celui le long de la frontière mexicaine,
celui des «gated communities». Ils m’ont donné celui de
Berlin... qui n’existe plus.
Anyway, c’est ce que je vous raconte mardi : comment il est
tombé. La petite histoire. La grande se résume en un mot :
Gorbatchev. Gorby n’a pas fait donner la mitraille, voilà
pourquoi.
J’arrive de Berlin, en passant par Bâle à l’aller comme au
retour. Bâle qui n’est pas une belle ville, sombre et
étriquée, sauf en son milieu, traversée par le Rhin qui lui
fait une entaille somptueuse. Un peu partout en ville, je
croisais des gens avec des drôles de sacs orange et jaune à
l’épaule. C’est en arrivant au Rhin que j’ai compris que
c’était des sacs de nage imperméables. Les gens y mettent
leurs habits, leurs souliers, se jettent à l’eau, descendent
le fleuve en se laissant porter par le courant ; le sac avec
leurs habits dedans leur sert de bouée, parfois même de
radeau pour leur chien. Quand ils ont assez barboté ils
accostent, remettent leurs habits secs, rentrent à la maison
à pied ou prennent le tram.
C’était un jour de grande canicule, on se rafraîchissait
rien qu’à regarder ces milliers de gens qui descendaient le
courant. Il paraît que quelques-uns le font toute l’année.
Une journée par semaine, un bateau surveille la baignade,
les autres jours non. J’entendais d’ici nos matantes pousser
les hauts cris : mais enfin, les accidents ? Il leur arrive
d’arriver, ma tante. C’est dans la nature même des
accidents.
J’arrive de
Berlin et vous le devinez peut-être à mon ton, je n’ai pas
très envie d’être ici.
C’est toujours pa reil. Je n’ai pas envie de partir. Pas
envie du bébé qui braille dans l’avion, pas envie de leur
bouffe de cafétéria de prison. Pas envie du film à la con.
Et deux semaines plus tard j’ai pas envie de revenir. Pas
envie de l’hiver qui s’en vient. Pas envie de Guy Laliberté
dans son costume d’astronono.
Pas envie de la grippe. J’ai la fièvre rien qu’à écouter les
niaiseries des conspirationnistes et des illuminés
anti-vaccin. Remarquez que je ne me ferai pas vacciner non
plus. Pas parce que j e suis anti-vaccin. Parce que j’ai un
truc. À la fin de sa vie (il est mort à 96 ans), ce dont mon
père était le plus fier, c’était, dans cet ordre, d’avoir
survécu à sa femme et d’avoir survécu à la grippe espagnole.
Pour sa femme il n’a jamais dit comment ; mais pour la
grippe espagnole, il m’a confié son secret : le jus de
citron. Rappelle-toi, mon ga rçon : le -j u s - de - c i-t
ron . Il en triomphait encore. Je vais faire pareil. Je vais
vous regarder mourir en buvant de la limonade.
Savez ce que j ’a i trouvé de plus reposant, à Berlin ?
C’est de ne pas comprendre l’allemand. J’ai remarqué ça :
quand j e ne comprends pas ce que les gens disent, je les
aime. J’adore aussi les Chinois et les Bulgares.
Je n’ai pas envie de ces morts en Afghanistan égrenés
au bulletin de nouvelles presque chaque matin de cette
semaine. Le caporal Machin a sauté sur une bombe
artisanale. Neuf autres ont été blessés. On ne craint
pas pour leur vie. C’est sûr, tu peux très bien vivre
une jambe en moins.
Toujours la même arithmétique : le pays civilisateur
envoie 1000 soldats qui vont régler ça, ce ne sera pas
long. Ils ne règlent rien du tout et plusieurs se font
tuer. Mille aut res sont envoyés pou r protéger les
1000 premiers. Ça fait 2000. Qui ne règlent rien du
tout et se font deux fois plus tuer. C’est normal,
sont deu x fois plus nombreux. Alors 2000 autres sont
envoyés pou r protéger les 2000 premiers. Ça fait
4000. Et ainsi de suite, on arrive à des centaines de
milliers. Et toujours plus de morts.
Je n’ai plus du tout envie des choses, des gens, des
concepts qu i n’ont pa s de ma rc he arrière.
Ça n’a pas l’air, j e sais, mais je vous parle, madame
la ministre de l’Éducation.
J’arrive de Berlin et vous le devinez peut-être à mon ton,
je n’ai pas très envie d’être ici. J’ai comme une petite
fatigue d’Amérique.
Je
lisais l’autre jour dans la chronique de Patrick Besson ( Le
Point) que le plus dur dans la mort était la solitude, on
s’en va et tout le monde reste. C’est drôle, moi ce serait
plutôt ce que je trouve de bien: au moins, on s’en va tout
seul. Pas comme en avion avec un bébé qui braille devant, un
film à la con, et l’hôtesse qui vous demande: le poisson ou
le poulet?
Afghanistan : L’épine au pied - MARIO ROY
L’Afghanistan
est devenu une épine au pied : certains ne prévoient-ils pas
que ce sera le «Vietnam» de Barack Obama?
Le scepticisme, sinon la franche hostilité, est le sentiment
qui domine dans l’opinion publique des nations qui y
combattent, y compris chez les Américains. Le Congrès et même
la haute gomme de l’appareil militaire des États-Unis, civile
et en uniforme, sont divisés sur ce qu’il convient de faire.
Au Canada, le cinquième «rapport d’étape», déposé mardi, est
plus que circonspect quant aux progrès accomplis. Et, comme on
le sait, nous cesserons de combattre en Afghanistan en 2011,
mais pour faire quoi et dans quel cadre? Cela reste à
déterminer.
Hier, Stephen Harper s’est entretenu avec Barack Obama à la
Maison-Blanche.
Les deux hommes ont parlé de l’Afghanistan, bien sûr. Mais de
façon visiblement moi ns pressa nte que des échanges
transfrontaliers ou des... avions nolisés de la Ligue
nationale de hockey! Ni le président ni le premier ministre
n’ont évoqué de demandes ou d’intentions nouvelles quant à
l’avenir des Forces armées canadiennes en Afghanistan.
Sur un plan
plus global, Barack Obama a avoué que la stratégie occidentale
dans ce pays n’a pas toujours été «aussi claire qu’elle aurait
pu l’être». Et que toute décision – sur l’augmentation des
effectifs, par exemple – ne pourra être prise qu’en fonction
d’une nouvelle stratégie que l’on attend toujours.
Or, cette stratégie devra être, non seulement nouvelle, mais
surtout réaliste et modeste. Réaliste? Cela consiste à se
rendre compte que « construire une nation » ( nation building)
en Afghanistan est, quels que soient les moyens déployés, hors
de portée. « Dans quelques années, l’Afghanistan sera toujours
pauvre, corrompu et dysfonctionnel», prévient (dans Newsweek)
Fareed Zakaria, l’un des commentateurs les plus respectés aux
États-Unis.
Tout près de 1400 soldats occidentaux, dont 130 Canadiens,
sont morts en Afghanistan et 108 000 s’y trouvent toujours… en
dépit de quoi les talibans gagnent du terrain. La corruption
et l’économie fondée sur le pavot se portent mieux que jamais.
Le milliard de dollars investi par le Canada dans la
reconstruction est évanescent (par exemple, on a construit
cinq écoles sur les 50 prévues). Enfin, l’élection
présidentielle du 20 août a été, disons-le, un échec : 33 %
des bulletins pourraient être des produits de la fraude ; un
second tour n’est toujours pas écarté ; le pays est entretemps
sans gouvernement fonctionnel. Modeste? Cela consiste
largement à revenir à l’objectif d’origine : s’assurer que
l’Afghanistan ne sera plus un sanctuaire pour le terrorisme
islamiste. Pour cela, ce qu’on pourrait appeler la «diplomatie
de terrain» sera la meilleure arme, au service d’une stratégie
de compromis nationaux et de négociations locales entre ceux,
et avec ceux, qui détiennent de facto le pouvoir.
Que
ça
plaise ou non, ce sera ultimement le seul moyen d’abaisser le
niveau de violence. Et de permettre à l’aide économique ou
humanitaire, dont celle du Canada, de vraiment se déployer.
KABOUL Karzaï serait majoritaire, mais le
doute subsiste
KABOUL — Hamid
Karzaï a obtenu la majorité absolue à l’élection
présidentielle en Afghanistan selon des résultats
préliminaires annoncés hier, mais il ne peut être proclamé
réélu avant la fin d’enquêtes sur des fraudes apparemment
massives qui pourraient le forcer à un second tour.
Il a recueilli 54 ,6 % des suffrages contre 27,8 % à son pri
nc ipa l riva l , Abdu lla h Abdullah, mais ces résultats ne
pourront être officiellement validés que dans deux ou trois
semaines au mieux, selon les autorités électorales, après
l’examen de centaines de milliers de votes suspects.
La participation a été faible, à 38,7 %, a indiqué la
Commission électorale indépendante (IEC), qui a annoncé les
résultats préliminaires un mois après le scrutin du 20 août.
Mais cette institution est accusée de partialité par M.
Abdullah, l’opposition et des observateurs étrangers : son
président, ancien conseiller de M. Karzaï, a été nommé par le
chef de l’État.
L e por te-pa role de M . Abdullah a répété hier soir qu’à ses
yeux, les résultats annoncés par l’IEC n’avaient aucune valeur
avant l’éventuelle invalidation des votes frauduleux.
Le quart des suffrages suspects
Dans la journée, sur un ton inhabituellement accusateur, les
observateurs de l’Union européenne (UE) ont estimé qu’environ
1,5 million de suffrages étaient « suspects », parmi lesquels
les trois quarts sont en faveur de M. Karzaï.
L’ONU avait déjà prévenu qu’elle ne cautionnerait pas des
irrégularités massives, tout comme nombre de capitales
occidentales.
L’estimation
de l’UE représente environ un quart du total des suffrages
déclarés valides par la commission hier soir mais « non
certifiés ».
« Nous ne choisirons pas vo t re pro c h a i n pré sident mais
nous refusons d’être les complices d’une quelconque tentative
de fraude massive », a asséné le Français Philippe Morillon,
qui dirige la mission des observateurs de l’UE.
L’équipe de campagne de M. Karzaï a réagi violemment,
qualifiant l’annonce de l’UE de « partiale et irresponsable ».
« Nous avons une marge importante de 4,6 % et nous espérons
gagner cette élection mais, évidemment, nous attendrons que
ces résultats soient certifiés », a déclaré le porte-parole de
M. Karzaï.
L’enjeu principa l est de savoir si le chef de l’État,
installé au pouvoir il y a huit ans par la communauté
internationale dont les troupes venaient de chasser les
talibans, sera élu dès le premier tour. Car les Occidentaux le
soutiennent toujours mais désormais du bout des lèvres, en
raison notamment de la corruption qui ga ngrène son
gouvernement et de ses alliances récentes avec certains chefs
de guerre au passé sanglant.
Vers un second tour ?
Sur les 1 ,5 m i l l ion de suffrages suspects recensés, 1,1
million ont profité à M. Karzaï, selon les observateurs de
l’UE, et quelque 300 000 à Abdullah Abdullah.
Selon les résultats préliminaires d’hier, près de 1,5 million
de suffrages séparent les deux hommes. Si une partie
importante des votes suspects étaient invalidés, M. Karzaï
serait contraint à un second tour.
Ce nouveau scrutin – qu’il soit organisé dans la précipitation
avant le rude hiver afghan ou repoussé au printemps – pourrait
faire le jeu des talibans, qui ont considérablement intensifié
leur insurrection ces derniers mois, malgré la présence de
plus de 100 000 soldats des pays occidentaux.
L’impasse afghane - AGNÈS GRUDA
Grant Kippen
est un homme prévoyant. Avant de s’envoler pour l’Afghanistan,
où il dirige la Commission des plaintes électorales, ce
Canadien avait pris la peine de mettre un manteau d’hiver dans
ses bagages.
« J’espérais ne pas avoir à m’en servir », a-t-il confié au
téléphone hier. Mais près d’un mois après les élections du 20
août, les chances que Grant Kippen puisse rentrer chez lui
avant l’hiver s’amenuisent de jour en jour.
PHOTO MANISH SWARUP, AP
Le dépouillement des voix se poursuit
sous la surveillance de la Commission des plaintes
électorales. Plus le décompte avance, plus la majorité du
président Hamid Karzaï risque de fondre.
Aux dernières nouvelles, la Commission prévoit analyser les
résultats du vote dans environ 2500 des 26 000 bureaux
électoraux, ceux où l’on a rapporté les pires aberrations. Et
elle doit encore examiner 700 plaintes électorales.
Grant Kippen croit qu’il lui faudra « des semaines » pour
terminer son mandat. Or, des voix s’élèvent déjà pour déplorer
que les enquêtes sur la fraude électorale n’aillent pas assez
loin, au risque d’entériner des résultats qui ne représentent
pas la volonté d’une majorité d’Afghans.
Divergences
Le Times de Londres a rapporté hier que Peter Galbraith,
principal représentant des États-Unis au sein de la mission de
l’ONU en Afghanistan, croit que la fraude est, en fait,
beaucoup plus répandue. Et qu’il faudrait invalider les
résultats dans 1000 bureaux électoraux et les recompter dans
5000 autres.
La controverse a pris une a mpleu r telle que Peter Galbraith
a dû quitter précipitamment l’Afghanistan, dimanche. Selon des
diplomates cités anonymement par le Times, c’est son patron,
le Norvégien Kai Eide, qui lui a suggéré de prendre un petit
congé.
Aux bureaux
new-yorkais de l’ONU, on dit que Peter Galbraith est parti «
en mission », mais le porte-parole Fa rha n Haq convient que «
dans toute élection chaudement disputée, des divergences
d’opinions sont inévitables. »
D’autres reportages signalent que deux visions s’affrontent à
Kaboul. D’un côté, il y a les Américains qui veulent des
résultats électoraux les plus crédibles possible. Et de
l’autre, les Européens qui sont prêts à s’accommoder d’une cer
ta i ne ma rge de f raude – pourvu que l’Afghanistan retrouve
vite un gouvernement fonctionnel.
Majorité moins grande
L es der niers décomptes donnent 54 % de voix au président
sortant Hamid Karzaï, mais plus on enquête, plus sa majorité
risque de fondre. Et plus on risque de se retrouver dans
l’obligation de tenir un deuxième tour de scrutin.
Or, de nouvelles élections pou rraient provoquer une nouvelle
vague de violence. Plus que ça : voter en hiver est impossible
dans ce pays où de nombreuses régions deviennent alors
inaccessibles. Un deuxième tour risque donc de prolonger le
vacuum politique afghan jusqu’au printemps. Et à qui
profiterait ce vide ? Aux talibans.
En d’autres mots, les élections ont conduit l’Afghanistan à un
dilemme insoluble.
Da n s u n plateau de la balance : un président sans véritable
légiti m ité. Da ns l’autre : une longue période de vide
politique, avec toutes les conséquences que cela peut
impliquer dans ce pays ultra fragile.
Ottawa ouvre la porte à l’immigration - Malorie
Beauchemin
OTTAWA — I m m
igrer au Ca nada dev iend ra plus facile pour les habitants de
Kandahar qui travaillent en soutien aux forces a rmées
canadiennes en Afghanistan.
Le gouvernement conservateur remplit une promesse faite l’an
dernier en ouvrant la porte aux Afghans dont la vie serait
menacée, notamment parce qu’ils travaillent pour le
gouvernement canadien. Le ministre de l’Immigration, Jason
Kenney, en a fait l’annonce, hier, au moment où un nouveau
rapport indique que le climat de sécurité continue de se
détériorer dans le pays en guerre contre les insurgés
talibans.
« L a situation séc u rit a i re n ’e st pa s bon ne en A fg
ha n ist a n », a concédé hier le président du comité
ministériel sur l’Afghanistan, Stockwell Day, en présentant
son cinquième rapport trimestriel sur l’engagement canadien
sur le terrain.
Entre le 1er avril et le 30 juin 2009, les incidents
impliquant des engins explosifs improvisés ont augmenté de 108
% par rapport à l’année précédente. Les attaques des insurgés
ont été plus nombreuses, en mai et en juin, qu’à n’importe
quel moment depuis la chute du régime taliban en 2001, note le
rapport trimestriel.
L’insécurité est telle que la moitié des écoles de la province
de Kandahar sont restées fermées au printemps dernier, privant
les enfants d’une éducation cruciale pour le développement du
pays. Alors que le Canada s’est donné comme objectif de
construire, agrandir ou remettre en état 50 écoles dans la
région d’ici 2011, seulement cinq projets ont été achevés
depuis 2008.
Le Canada a par ailleurs perdu 130 soldats depuis le début du
conflit. Le dernier en date, le soldat P atrick Lormand, âgé
de 21 ans, a été tué di ma nche der nier dans l’explosion
d’une bombe artisanale.
Immigration
Le nouveau
progra m me d’immigration simplifiée vient notamment
reconnaître le travail de nombreux Afghans qui collaborent
avec les troupes de l’OTAN, parfois au péril de leur vie.
La mesure spéciale sera mise en place dès octobre, assure le
gouvernement, et se terminera en 2011, en même temps que la
mission militaire canadienne. Quelques centaines de Kandaharis
tout au plus seraient susceptibles de répondre aux critères et
ainsi pouvoir immigrer au pays a estimé le ministre Kenney.
« Les hommes et les femmes qui seront admissibles doivent
avoir travaillé pendant au moins 12 mois en soutien à la
mission canadienne à Kandahar et doivent démontrer qu’ils font
face à un risque accru d’être tué ou blessé par les insurgés
parce qu’ils travaillent pour le Canada », a expliqué le
ministre, ajoutant que les Afghans blessés en devoir et la
famille de ceux qui ont été tués alors qu’ils étaient au
service du gouvernement canadien pourront se qualifier pour le
programme. Une fois au Canada, les ressortissants afghans
auront les mêmes droits que les réfugiés admis au pays.
Trop tard, mais...
Selon le critique du Parti libéral en matière de défense
nationa le, Denis Coder re, l’annonce en grande pompe de ce
programme envoie un mauvais message.
« Non seulement on augmente le risque, mais on vient de les
cibler, a dit M. Coderre. Je pense qu’il faut faire bien
attention. Ces gens sont devenus des cibles et il faut les
protéger. Mais en voulant les protéger, on en fait davantage
des cibles. »
Pour Olivia Chow, députée néo-démocrate, le gouvernement
aurait dû agir depuis longtemps. « Ça arrive très tard, mais
c’est mieux que rien », a-t-elle déclaré, rappelant que de
nombreux pays présents en A fg ha n ist a n ont déjà des
progra m mes de protection des employés locaux, dont les
États-Unis et l’Australie.
L’annonce de la mise en place d’une telle mesure au Canada
survient à la veille d’une rencontre entre le premier ministre
Stephen Harper et le président a mér ica i n Barack Obama, à
Washington, où il pourrait être question du retrait des
troupes canadiennes d’Afghanistan, prévu pour 2011.
Les
journalistes épiés en Afghanistan
Les correspondants de guerre couv ra nt le s opérations des
Forces canadiennes en Afghanistan sont surveillés de près par le
gouvernement canadien. Des documents obtenus par La Presse
Canadienne permettent d’apprendre que les questions posées par les
journalistes, ce qu’ils écrivent et ce qui leur est dit font
l’objet de notes que s’échangent des officiers à Kandahar, leurs
commandants à Ottawa ainsi que des responsables civils en contact
avec le premier ministre Stephen Harper.
L’OTAN demande à Ottawa de prolonger sa mission de combat en
Afghanistan
Le secrétaire général de l’OTAN annule discrètement une
visite à Ottawa
OTTAWA — Le
secrétaire général de l’OTAN, qui a récemment f roissé les
autorités canadiennes en demandant à Ottawa de prolonger sa
mission de combat en Afghanistan, a annulé en douce une visite
planifiée hier à Ottawa.
La décision d’Anders Fogh Rasmussen de reporter des rencontres
prévues avec le gouvernement conservateur survient au moment où
le gouvernement américain intensifie la pression sur les
Pays-Bas pour que le pays ne rapatrie pas ses troupes
d’Afghanistan.
De s r epré s
ent a nt s de l’OTAN n’étaient pas disponibles hier pour
commenter. Toutefois, des représentants canadiens ont précisé
que l’annulation de la visite s’est produite à la dernière
minute, après qu’un Challenger des Forces aériennes canadiennes
eut été chargé de récupérer le secrétaire général à Norfolk, en
Virginie, où il participait à une cérémonie de passation de
commandement.
Selon les autorités canadiennes, ces changements de plans
auraient peut-être quelque chose à voir avec la reprise des
activités au Parlement la semaine prochaine et la possibilité de
la tenue d’un scrutin fédéral.
Le représentant permanent des États-Unis auprès de l’OTAN, Ivo
Daalder, a fait pression auprès des Pays-Bas il y a quelques
jours pour que le pays garde en place ses troupes au-delà de
2010.
N’envoyons plus de pères au front -
Georges Lesueur
Saint-Ambroise
Encore deux soldats tués en Afghanistan. Deux Québécois. Et
des pères de fa m i l le. Encore !
En période de guerre, dans tous les pays où le nombre de
combattants le justifiait, il était coutumier d’envoyer au
front ceux qui n’ont pas d’enfant, les célibataires.
Autrefois, la guerre opposait des armées clairement identi f
iées pa r leu r u n iforme. L es soldats éta ient « appelés »
et réponda ient à l’urgence de défendre les frontières.
L’Afghanistan sort des normes habituelles en matière de
combat. L’ennemi n’est pas clairement identifié… Il est
partout. Et il est chez lui.
Les jeunes engagés y sont de leur plein droit, attirés par les
avantages qu’on leur fait miroiter d’une carrière
pécuniairement avantageuse et d’un avenir assuré au service de
leur pays.
Ils y vont comme chacun se rend à son trava il, ca r c’est
leur travail à eux. Leur gagne-pain.
Ils ont le
sentiment de servir leur pays. Le danger? Oui, bien sûr, mais
c’est toujours pour les autres surtout, on sait! Eh puis, ça
donne du prestige pour la famille ou la petite amie!
Il est pressant que le gouvernement prenne conscience et fasse
pression sur l’état-major canadien pour que les pères de
famille ne soient pas envoyés en secteur de combat.
Ce devrait être un préalable d’engagement pour aller en zone
de danger.
On sait que bien des métiers comportent des risques. Et que,
père de famille ou pas, chaque adulte doit assumer les risques
associés à son travail.
Mais la guerre n’est pas un métier. Elle est la conséquence
militaire de choix politiques.
Et il est grand temps que les responsables de tout niveau
assument à leur tour les conséquences de ces choix.
Permettre que de jeunes pères soient fauchés prématurément et
laissent de jeunes enfants orphelins est une erreur et un
nonsens. Une décision s’impose.
La démocratie afghane à la croisée des chemins -
Laura-Julie Perrault
Karzaï passe
le cap des 50 % dans la controverse
Depuis le vote du 20 août, alors que les résultats des
élections présidentielles afghanes sont annoncées au
compte-gouttes, le président Hamid Karzaï attend un chiffre
magique qui lui permettrait d’éviter un deuxième tour : 50 %
des voix. Ce chiffre, il l’a atteint hier, mais la magie,
elle, risque de ne pas opérer.
PHOTO AP
Des boîtes de scrutin attendent d’être
ouvertes, à l’extérieur des locaux de la Commission
électorale.
Hier matin, à Kaboul, presque simultanément, les deux pr i nc
ipa les orga n isation s responsables des élections, ont tenu
deux conférences de presse séparées.
L ors de la prem ière, la Commission indépendante des
élections (IEC) a annoncé qu’après avoir compté 91,6 % des
votes, le président Karzaï en obtenait 54,1 %. Son plus propre
rival, l’ancien ministre des Affaires étrangères, Abdullah
Abdullah, récolte pour sa part 28,3 %.
Cependant, dès le deuxième point de presse, organisé par la
Commission des plaintes électorales (ECC), la réélection du
président sortant semblait loin d’être chose faite.
Preuves de la fraude
L’ E C C , q u i relève du Ca nad ien G ra nt K ippen ,
affirme qu’elle détient des preuves démontrant que des fraudes
électorales ont eu lieu dans près de 600 bureaux de scrutin
sur les quelque 7000 qui ont été mis sur pied pour acc uei l l
i r les 17 m illions d’électeurs inscrits.
Les provinces de Kandahar, Paktika et Ghazni, toutes trois
majoritairement pachtounes (le groupe ethnique auquel
appartient d’Hamid Karzaï) sont particulièrement touchées par
les allégations. Situées da ns le sud du pays , ces régions
sont le théâtre d’une grande partie de l’activité des talibans
en Afghanistan.
Dans les 600
bureaux de vote visés par l’ECC, des boîtes de scrutin ont
reçu plus de bulletins qu’il n’y avait d’électeurs inscrits
sur la liste. La commission des plaintes demande à l’IEC de
regarder de plus près ces bulletins et de passer au peigne fin
toutes les boîtes dans lesquelles un seul candidat a reçu plus
de 95 % des voix.
En cas d’irrégularités, plusieurs de ces votes pourraient être
éca rtés. Déjà, l’ I EC a mis de côté quelque 200 000
bulletins.
Advenant un dépouillement de plusieu rs centaines de milliers
de votes, le président Hamid Karzaï pourrait voir sa majorité
fondre comme neige au soleil d’ici l’annonce des résultats
officiels, prévue le 17 septembre. Il devrait alors affronter
à nouveau Abdullah Abdullah dans un deuxième scrutin qui se
tiendrait au cours de l’automne.
Deuxième tour : salvateur ou dangereux ?
Expert de la politique en Asie du Sud à l’ Université
Carleton, Elliot Tepper croit que l’Afghanistan fait
maintenant face à un choix difficile, prenant des airs de
couteau à double tranchant. Si Karzaï décide de se déclarer
vainqueur malgré les allégations de fraude, son gouvernement
manquera de légitimité pour les années à venir et compliquera
la tâche des pays étrangers qui investissent dans la sécurité
du pays et la stabilisation du gouvernement afghan.
« La communauté internationale pousse Karzaï vers un deuxième
tour qui serait moins marqué par la fraude. C’est une occasion
pour tout le monde, incluant les talibans », raille M. Tepper.
Le second vote, prédit-il, entraînerait la recrudescence de la
violence dans un pays meurtri par trois décennies de guerre et
qui vit une année particulièrement meurtrière. « Les talibans
vont faire de leur mieux pour tuer plus de gens et pour gagner
du terrain dans le nord du pays où ils sont de plus en plus
présents. »
Convaincu de la victoire d’Hamid Karzaï au bout du compte, M.
Tepper est loin d’être certain que l’Afghanistan et ses
supporters internationau x gagnera ient au change.
Frappe aérienne : L’enquête confiée à un Canadien
- Laura-Julie Perrault
Alors qu’une
organisation afghane accuse les forces étrangères présentes en
Afghanistan d’avoir tué de 60 à 70 civils lors d’une frappe
aérienne dans la région de Kunduz, le commandant de l’OTAN en
Afghanistan a chargé, hier, un major canadien, C.S. Sullivan,
d’ouvrir une enquête sur l’incident survenu la semaine
dernière.
Hier, les forces de l’OTAN ont pour la première fois reconnu
que des civils avaient péri lors d’un bombardement de deux
camions-citernes subtilisés par les talibans aux forces
internationales. L’intervention aérienne a été ordonnée par un
commandant allemand. Malgré les aveux de l’OTAN hier, la
chancelière allemande Angela Merkel affirme qu’il est trop tôt
pour conclure que des civils font partie du lourd bilan.
À ce jour, la mort d’au moins six civils a été confirmée par
les autorités a fgha nes qui estiment que 82 personnes ont
péri lors de l’attaque aérienne. Plus de 45 talibans seraient
au nombre des victimes, selon la même source.
Dans un
rapport indépendant, le groupe Afghanistan Rights Monitor
contredit ces estimations gouvernementales et établit à plus
de 60 le nombre de victimes civiles.
Cet incident survient quelques semaines après que le
commandant des forces de l’OTAN, le général américain Stanley
McChrystal, aient annoncé que la protection des civils est sa
principale préoccupation.
Choisi pour faire la lumière sur l’affaire, le major Sullivan
a déjà été impliqué dans une enquête d’un tir ami américain il
y a trois ans. Un soldat canadien était mort après qu’u n
avion milita ire eut ouvert le feu dans la région de Kandahar
en septembre 2006.
Le Pentagone « regrette » les pertes civiles
WASHINGTON —
Le secrétaire à la Défense américain Robert Gates a estimé que
les victimes civiles de frappes de l’OTAN en Afghanistan
étaient un «vrai problème» et que de «nouvelles tactiques»
étaient «à l’étude» pour tenter d’en limiter le nombre, selon
une entrevue diffusée hier sur Al-Jazira.
« Je crois que c’est un vrai problème et le général Stanley
McChrystal (commandant des troupes américaines et de l’OTAN en
Afghanistan, NDLR) pense également que c’est un vrai problème
», a déclaré le chef du Pentagone.
« Bien évidemment, nous regrettons les pertes de civils en
Afghanistan », a-t-il ajouté, alors qu’un raid aérien mené par
l’OTAN dans la province de Kunduz, dans le nord de
l’Afghanistan, a tué vendredi des dizaines de personnes, dont
des civils, et suscité une vive émotion de la communauté
internationale.
Rebelles
responsables
Le secrétaire à la Défense a soutenu les nouvelles consignes
mises en place par le général McChrystal pour limiter au
maximum ces pertes, tout en soulignant que les rebelles en
étaient en partie responsables.
« Une partie du problème vient du fait que les talibans
prennent pour cible des civils et qu’ils créent des situations
où ils se mêlent aux civils », a-t-il déclaré.
« On est en miettes »
Aujourd’hui, le
major Yannick P épi n au ra it célébré ses 37 ans. L’officier
canadien du plus haut rang à mourir en Afghanistan laisse dans
le deuil ses parents, sa conjointe et deux enfants, qui ont pu
compter sur l’appui de leurs proches pendant cette fin de
semaine noire qui devait être pleine de réjouissances.
L orsqu’elle a
fa it entrer l’aumônier et les deux militaires chez elle, à
Victoriaville, Claudette Turcotte savait que les trois hommes ne
lui apportaient pas de bonnes nouvelles. La mère de Yannick
Pépin s’est assise, à leur demande : ils venaient lui annoncer
la mort de son fils, qui aurait célébré son 37e anniversaire
aujourd’hui. « Son père, sa soeur et moi, on est en miettes »,
confie Mme Turcotte.
« Yannick était bien préparé pour cette mission. Il connaissait
le danger. Sa mission s’achevait, il devait revenir le 20
octobre », explique la mère du soldat. « Tout semblait bien
aller, il était positif dans ses courriels », raconte-t-elle.
Kandahar pleure ses morts - Daphné Cameron
Haie d’honneur
pour deux soldats québécois morts dimanche en Afghanistan
Les bombes artisanales ont fait de nouvelles victimes dimanche
en Afghanistan. Deux soldats québécois sont mor ts et c i nq m
i l it a i res ont été blessés lorsque leur véhicule blindé a
roulé sur un de ces engins près de Kandahar. Trois
travailleurs de l’information de RadioCanada, qui voyageaient
avec le convoi militaire, s’en sont tirés indemnes.
PHOTO FINBARR O’REILLY,
REUTERS
Junior Lecours et Alexandre
Beaudin-D’Anjou, qui ont subi des blessures mineures dans
l’attentat de dimanche, ont versé une larme hier pour leurs
deux compagnons tués.
C ’e st ver s m id i (heu re lo c a le) que le véh ic u le du
capora l Jea n-F ra nçois Drouin et du Major Yannick P épi n a
été renver sé pa r l’ex plosion. L es militaires circulaient
sur une route fréquemment empruntée par les patrouilles des
Forces armées canadiennes.
Les deux victimes servaient comme ingénieurs de combat dans le
Royal 22e Régiment, basé à Valcartier. Leur mort porte à 129
le bilan des militaires canadiens tombés en Afghanistan depuis
2002, et à 23 le nombre de Québécois morts au combat.
Selon le caporal Jocelyn Paul, basé en Afghanistan, leur mort
rappelle les dangers qui guettent les troupes au quotidien
dans le sud du pays.
« H ier [dimanche], nous avons véc u des moments e xc e s s
ive m e n t d i f f ic i le s . Nous avons tous versé quelques
larmes », a-t-il confié au reporter québécois JeanF ra nçois
Béla nger, qui se déplaçait avec le convoi. Ce qui est arrivé
« témoigne du manque de ressources dont nous disposons dans le
sud de l’Afghanistan. »
À son avis, il
faut déployer davantage de troupes et d’ingénieurs pour désa
morcer les engins explosifs et ainsi rendre la zone
sécuritaire. Rappelons qu’au moins 74 soldats de la coalition
sont morts dans ce pays en juillet seulement. Par ailleurs, 23
militaires basés à Valcartier ont péri en sol afghan depuis le
début du conflit.
Les dépouilles de Yannick Pépin, âgé de 36 ans et père de deux
enfants, ainsi que de Jean-François Drouin, 31 ans, ont été
portées devant u ne ha ie d’hon neu r d’u n millier de soldats
hier matin à l’aéroport de Kandahar.
Lors de la cérémonie, le soldat Rock Lacroix a parlé du major
Pépin comme d’un homme à la « compassion rema rquable » qu i
posséda it de g ra ndes va leu r s humaines. Quant au caporal
Drouin, il a été qualifié de « bon vivant ».
Au terme de la cérémonie, leurs corps ont été placés à
l’intérieur d’un Hercules C130. L’avion se posera cette
semaine à la base militaire de Trenton, en Ontario.
On ne craint pas pour la vie des cinq soldats blessés. Le
journaliste Jean-François B éla nger, le réa lisateu r Bruno
Bonamigo et le caméraman Sylvain Castonguay ont pu capter des
images de l ’o p é r a t io n d e s au ve - t age, qu ’i ls
ont qua l i f iée de « profession nel le » et « héroïque ».
Frappe meurtrière de l’OTAN en Afghanistan
Une enquête sera
menée puisque plusieurs civils pourraient faire partie des 90
victimes
KUNDUZ — Jusqu’à 90 personnes ont été tuées hier dans le nord de
l’Afghanistan dans le bombardement de citernes de carburant par
les forces internationales. Le nombre encore i ncer t a i n de c
iv i ls pa r m i les victimes pousse l’ON U, l’OTAN et Kaboul à
promettre des enquêtes.
PHOTO AP
Des civils pourraient avoir été tués ou
blessés dans le bombardement, les talibans ayant invité des
villageois à venir se servir en carburant dans un des camions
qui s’était embourbé dans le lit d’une rivière, affirment des
porte-parole afghans.
L’a r mée a llema nde, qui dirige les opérations militaires de
l’OTAN dans la province de Kunduz où a eu lieu l’attaque
aérienne, avait dans un premier temps affirmé n’avoir tué que
des insurgés et aucun civil. Puis, un de ses porte-parole à
Berlin a tempéré en précisant que la Bundeswehr n’en était pas
sûre à « 100 % ».
Les avions de l’OTAN, sur la requête d’un officier allemand, ont
bombardé deux camions-citernes d’essence destinés aux forces
internationales volés jeudi soir dans une embuscade tendue par
des talibans.
Informations contradictoires
À la mi-journée, M a hbubu l la h S aye d i , le p or te - pa r
ole du gouve rnement de la province de Kunduz, avait assuré qu’«
environ 90 personnes » avaient été tuées, « des talibans pour la
plupart ».
Le président Hamid Karzaï, évoquant « 90 morts et blessés », a
ordonné une enquête, mais a souligné que « viser des civils, de
quelque manière que ce soit, est inacceptable ».
Peu après le bombardement, un responsable de la police locale et
le porte-parole du ministère afghan de la Santé avaient laissé
entendre que le nombre de civils « tués ou blessés » était
important, les talibans ayant invité des villageois à venir se
servir en carburant dans un des camions qui s’était embourbé
dans le lit d’une rivière.
Entre 200 et 250
villageois s’étaient massés autour de la citerne au moment de la
frappe, a assuré à Kaboul le porte-pa role du ministère de la Sa
nté, Fa r id R a h il. « Hélas ! un grand nombre de civils ont
été tués et blessés », a-t-il ajouté.
Ces décla rations contradictoires illustrent le malaise provoqué
pa r cette frappe aérienne en plein processus de dépouillement
des bulletins de vote de l’élection présidentielle du 20 août.
Le sortant Hamid Karzaï, qui bénéficie du soutien de la
communauté internationale depuis qu’elle l’a installé au pouvoir
à la fin de 2001, est le grand favori, mais il est accusé de
fraudes massives par ses adversaires.
Or, M. Karzaï avait vitupéré au cours des derniers mois contre
les forces internationales, essentiellement américaines, après
une série de bombardements à l’aveuglette, notamment par les
forces américaines, qui avaient fait de nombreuses victimes
civiles.
Enquêtes
La Force internationale d’assistance à la sécurité (ISAF) de
l’OTAN a été la première à annoncer une enquête hier.
Puis l’ONU, par la voix du no de sa représentation en
Afghanistan, Peter Galbraith, l’a réclamée avec insistance et a
dépêché une équipe sur place.
Ce bombardement survient au moment où les États-Unis confirment
le changement de stratégie annoncé par le président Barack Obama
dès son élection, avec pour objectif de gagner la con fia nce
des populations.
Un chef du renseignement tué
Un attentat
suicide perpétré hier dans l’est de l’Afghanistan a coûté la
vie au chef adjoint des services de renseignement afghans.
L’attaque, revendiquée par les talibans, a fait au moins 23
morts, selon les autorités.
Sayed Ahmad Safi, porteparole du gouverneur de la province de
Laghman, a précisé que le Dr Abdullah Laghmani, no 2 du
Directoire national pour la sécurité, faisait une visite dans
une mosquée à Mehterlam, à une centaine de kilomètres à l’est
de Kaboul. Il devait participer à des discussions en vue de la
reconstruction de ce lieu de culte quand l’explosion s’est
produite, en pleine foule.
Un porte-parole des taliba ns, Zabiulla h Muja hid , a con
firmé à l’A ssoc iated Press que le kamikaze visait Abdullah
Laghmani.
Cet attentat,
qui frappe à la tête des renseignements afghans, vient
souligner la capacité croissante des talibans à perpétrer des
attaques toujours plus sophistiquées au coeur même de la
sécurité afghane.
Par ailleurs, les puissances présentes en Afghanistan se sont
engagées hier à Paris à ne pas s’ingérer dans le processus
électoral dans ce pays, malgré les nombreuses accusations de
fraudes, et ont réaffirmé leur engagement à sécuriser la
région.
Les États-Unis, en particulier, ont souligné ne pas avoir de
préférence quant à l’organisation d’un second tour ou une
victoire dès le premier tour, et assuré ne soutenir aucun
candidat à la présidentielle du 20 août, dont le résultat est
encore inconnu.
Le taliban à dix - MARIO ROY
De tous les
malheurs qui aff ligent l’opérat ion occidentale en Afghanistan,
le plus lourd est certainement le revirement de l’opinion
publique afghane, qui n’y croit tout simplement plus.
En 2001, les troupes internationales avaient été accueillies
avec une réserve prudente, mais teintée d’espoir. Trois ans plus
tard, en 2004, un taux élevé de participation à la première
élection présidentielle et une certaine collaboration sur le
terrain permettaient de croire qu’on roulait sur la bonne voie.
Aujourd’hui, les étrangers, en uniforme ou non, sont carrément
vus avec hostilité.
La guerre menée du haut des airs – par manque de troupes au sol
– qui a tué tant de civils aurait à elle seule suffi à retourner
l’opinion. Mais 32 milliardsUS d’aide internationale ont en
outre disparu presque sans laisser de traces... La protection et
l’aide réelles, le paysan la trouve donc en cultivant le pavot
ou en devenant ce qu’on appelle là-bas un « taliban à dix » :
10$ par jour pour se battre, le pactole!
De sorte que, il y a une semaine, l’Afghan moyen est peu allé
voter, préférant ( par peur ou par nécessité) pactiser avec ceux
qui règnent de facto et seront encore là demain, alors que les
troupes de l’OTAN, elles...
C’est ce que fait aussi Hamid Karzaï, peu scrupuleux sur la
moralité des hommes de pouvoir dont il s’entoure parce qu’il en
a besoin aujourd’hui; prêt à négocier avec les talibans, y
compris le mollah Omar, parce qu’il en aura besoin demain.
Si,
évidemment, il conserve son fauteuil présidentiel, ce qui
n’est pas sûr encore.
Le Time a calculé que verser 20 dollars par jour aux 10 000 à
15 000 « talibans à dix » pour qu’ils restent à la maison ne
coûterait presque rien et condamnerait à l’impuissance les
véritables, mais peu nombreux, fous de dieu. Simple boutade ?
Peut-être. Mais, en Irak, n’a-t-on pas « acheté » de cette
façon 100000 insurgés sunnites?
Le simple fait qu’on en soit là montre que plus personne ne
sait vraiment ce qu’i l faut faire en Afghanistan. Les
constats sont tous, sans exception, pessimistes. Les
prospectives sont toutes, sans exception, immatérielles et
inquiétantes.
Les unes après les autres, les opinions publiques occidentales
décrochent, tout comme s’évaporent les raisons d’être là.
P r iver A l - Qaeda d’un refuge ? C’était nécessaire, mais il
faudra en ce cas bloquer aussi le Pakistan, la Somalie, le
Soudan, le Yémen, dix autres lieux encore. Aider les Afghans
et surtout les Afghanes? Peut-être les pacifistes hardcore
avaient-ils raison et vaut-il mieux les abandonner à leur
sort. Prévenir la formation d’un trou noir géopolitique qui
aspirerait le Pakistan (nucléaire) et déstabiliserait toute la
région? C’est la meilleure raison qui subsiste, mais c’est
compliqué et on ne fait pas de chansons avec ça.
À
la recherche d’une solution miracle, le monde a besoin ici
d’un éclair de génie... qu’on ne voit pas venir.
Afghanistan : « Maintenant, ils visent les gars à pied
» - Pierre-André Normandin
En
Afghanistan, les insurgés ont multiplié par trois leurs
attaques contre les militaires étrangers cet été. Et ces
attaques sont de plus en plus sophistiquées. Les soldats de
Valcartier sur le terrain sont par exemple dorénavant
confrontés à une nouvelle
— Quelque chose clochait. Peut-être était-ce cet Afghan avec
une pelle, parti en courant. Peut-être était-ce un détail sur
la route comme de la terre remuée ou des roches étrangement
empilées. Peu importe, mieux valait ne pas courir de risque.
Après quelques minutes d’inspection, un ingénieur militaire
l’a confirmé, un piège avait été tendu. Et pas n’impor te
lequel : quatre engins explosifs reliés entre eux, assez pour
décimer la patrouille.
PHOTO ALLAUDDIN KHAN,
ASSOCIATED PRESS
Des Afghans de la région de Kandahar
déambulent devant l’endroit où une bombe a explosé mardi
dernier. Depuis les derniers mois, les bombes se sont
raffinées, de l’avis des militaires canadiens.
Fréquemment utilisés en Irak, les dispositifs en chaîne ont
récemment fait leur apparition en Afghanistan. Cette nouvelle
menace fait surface alors que les insurgés cherchent à adapter
leurs stratégies pour maximiser les pertes au sein des troupes
étrangères déployées dans le pays.
« Avant, ils visaient beaucoup les véhicules, mais maintenant,
ils visent les gars à pied », résume le lieutenant Jonathan
Martineau, responsable d’un détachement d’ingénieurs
militaires opérant dans Panjwayi. Ceux-ci n’ont pas chômé cet
été alors que les insurgés ont facilement multiplié par trois
les attaques menées contre les forces étrangères en
Afghanistan. Et les soldats de Valcartier, qui forment
l’essentiel des troupes de combat canadiennes, n’y ont pas
échappé.
Principale menace
Au plus fort de la saison des combats en Afghanistan, l ’
équipe du l i eutena nt Martineau a été appelée à désamorcer
plus d’un engin explosif par jour. Les militaires les
appellent IED, de leur acronyme en anglais Improvised
Explosive Device. Mais ces attaques sont de moins en moins
improvisées et de plus en plus le travail de spécialistes,
souvent venus de l’extérieur du pays. En témoigne la récente
apparition des dispositifs en chaîne.
« C’est plusieurs IED reliés ensemble. Quand un détonne, tous
les autres explosent. Ils sont capables de couvrir une grande
distance. C’est là qu’on voit qu’ils s’adaptent beaucoup à
nous », précise l’adjudant Stéphane Pelletier. À son deuxième
séjour en Afghanistan, cet ingénieur militaire dit avoir noté
un raffinement des engins posés.
L’armée est
très réticente à publier les données sur le nombre d’engins
trouvés et sur ceux qui explosent, mais ces deux responsables
de la lutte aux engins explosifs assurent que la vaste
majorité est désamorcée. Malgré tout, les mines artisanales
demeurent la principale menace posée aux soldats patrouillant
les routes en terre battue d’Afghanistan. « Les insurgés
savent qu’ils ne peuvent gagner les fusillades, alors c’est
souvent leur seule façon de nous toucher », poursuit
l’adjudant Pelletier.
Pas de remède miracle
Peu de remèdes existent pour prévenir ces attaques. La
surveillance demeure la principale façon pour les soldats
d’éviter que les IED soient posés sur leur chemin. « Si on a
des yeux sur la route, ils ne peuvent pas en poser », dit
Stéphane Pelletier.
Mais voilà, comme dans le jeu du chat et de la souris, les
techniques pour poser les bombes changent et même la
surveillance a ses limites. Récemment, une patrouille a trouvé
du câblage non loin d’un ponceau pourtant étroitement
surveillé. Si ces fils ne sont pas dangereux en soi, ils
restent de mauvais augure. Probablement qu’un Afghan les a
déposés discrètement en attendant d’apporter les autres
composantes de la bombe. Et puis quelqu’un serait venu
assembler le tout une fois toutes les pièces sur place.
Ainsi, même si elles sont plus exposées, les patrouilles
restent la meilleure solution pour le lieutenant Martineau. En
allant sur le terrain, elles peuvent plus facilement repérer
les engins installés et les désamorcer. Évidemment, avec tous
les risques que cela comporte.
Durant ces patrouilles, les soldats peuvent parfois trouver
des pièces de ces mines en vente libre au bazar. « Je dis aux
gars de suivre leur logique. Les Afghans ont des autos, des
cellulaires. Bref, ils vivent comme nous. S’ils arrivent à un
endroit où il n’y a pratiquement pas d’habitants et qu’ils
voient plein de composantes, ils vont les saisir. Mais s’ils
arrivent dans la maison d’une petite famille et ils voient une
batterie qui sert à allumer une ampoule, on ne peut pas les
priver de leur seul confort », expose Jonathan Martineau.
Profilage journalistique
Selon la
Fédération internationale des journalistes, les autorités
américaines portent atteinte à la liberté de la presse en
Afghanistan. L’organisation qui représente 600 000
journalistes dans le monde s’est plainte hier après avoir reçu
la confirmation que l’armée américaine demande au Rendon
Group, une firme de relations publiques, de dresser un
portrait idéologique des journalistes qui demandent une
accréditation pour couvrir le conflit afghan sous sa
protection. L’armée voudrait notamment savoir si les
journalistes sont sympathiques à sa cause.
Afghanistan : 2009, année la plus meurtrière
2009, année de tous les dangers
KABOUL —
Frappé par la violence presque quotidiennement, l’Afghanistan
a vécu une journée particulièrement rude, hier. Alors qu’un
attentat tuait plus de 41 personnes à Kandahar, bastion des
talibans, la mort de quatre soldats américains, dans un autre
incident, conférait à 2009 le triste titre de l’année la plus
meurtrière pour les forces internationales.
PHOTO REUTERS
L’attentat de Kandahar a fait 41
victimes et 66 blessés, tous des civils afghans. « Une fois
encore, ils ont tué des enfants, des femmes, des Afghans
innocents. Ce sont des animaux. Vous pouvez constater par
vous-même les destructions de cet ennemi », a déclaré
Mohammed Sher Shah, chef adjoint de la police de la
province.
Dans les deux cas, les cibles des attentats étaient des
étrangers, présents en sol afghan depuis le renversement du
régime des talibans en 2001.
À K a nda ha r, l ’a t t e n t a t impliquant au moins cinq
véh ic u les piégés , qu i ont explosé simultanément dans la
soi rée, v isa it v ra isemblablement une entreprise japonaise
en bâtiment qui participe à la reconstruction à K a nda ha r.
L’ent repr i se avait récemment obtenu un contrat pou r la
remise en état d’une route longtemps bloquée par
l’insurrection. La déflagration, d’une rare violence, a
détruit le siège de la société ainsi que de nombreux bâtiments
autour, a constaté sur place un journaliste de l’Associated
Press. Un immeuble des services du renseignement se trouve
dans le quartier, à environ 4 0 0 mètres des lieux de
l’attentat, et un bureau de l’ONU, à 800 métres. Cependant,
les employés de l’ONU et de la compagnie de construction ne
semblent pas avoir été affectés par l’attentat.
S elon les i n for mation s disponibles hier, les 41 victimes
et les 66 blessés étaient des civils afghans. « Une fois
encore, ils ont tué des enfants, des femmes, des A fghans
innocents. Ce sont des animaux. Vous pouvez constater par
vous-même les destructions de cet ennemi », a déclaré Mohammed
Sher Shah, chef adjoint de la police de la province. Selon
lui, deux voitures piégées et un camion-citerne rempli
d’explosifs ont été utilisés pour cet attentat, dont la
responsabilité n’a pas été revendiquée dans l’immédiat, mais
pour lequel les talibans sont les premiers suspects.
Cet attentat est le plus meurtrier en Afghanistan depuis celui
qui avait tué 60 personnes à l’ambassade indienne de Kaboul le
7 juillet 2008.
1000 civils, 295 militaires
Plus tôt dans
la j ournée hier, quatre soldats américains ont été tués par
une bombe, toujours dans le sud du pays. Leur décès porte à
295 le nombre de militaires étrangers qui ont péri en
Afghanistan depuis le début de l’année, contre 294 pour
l’ensemble de 2008.
Même si les décès d’hier établissent un nouveau record parmi
les forces étrangères, les civils afghans restent néanmoins
les premières victimes du conflit afghan : plus de 1000 ont
péri sur les six premiers mois de l’année, selon l’ONU.
Le sud du pays, notamment la prov i nce du Hel ma nd , bastion
des talibans et productrice d’environ 55 % de l’opium mondial,
est la région du pays enregistrant le plus de violence.
Les troupes internationales et afghanes y ont réalisé ces
derniers mois de nombreuses opérations d’envergure en
prévision du scrutin présidentiel et provinciale de jeudi
dernier, perdant des dizaines de soldats, essentiellement
victimes de bombes artisanales.
Selon le site indépendant icasualties.org, 63 soldats
étrangers ont été tués en août et 295, dont 172 Américains,
depuis le début 2009 contre 294, dont 155 Américains, en 2008
qui était jusque-là l’année la plus meurtrière depuis que les
forces internationales, emmenées par les États-Unis, avaient
chassé les talibans du pouvoir.
L’insurrection des talibans et d’autres isla mistes s’est
considérablement intensifiée ces deux dernières années.
Le Canada, qui compte plus de 1200 militaires dans la région
de Kandahar, a laissé savoir hier qu’il ne comptait pas y
renforcer sa présence. En conférence de presse, le ministre de
la Défense, Peter MacKay a suggéré à l’OTAN de regarder
ailleurs avant de frapper à la porte du Canada pou r obten i r
des ef fec ti fs supplémentaires.
La situation « se détériore », selon un amiral
américain
WASHINGTON —
La situation en Afghanistan est « sérieuse et se détériore »,
a affirmé hier l’amiral Mike Mullen, chef d’état-major de
l’armée américaine, trois jours après l’élection
présidentielle dans le pays.
«Je pense qu’elle est sérieuse et qu’elle se détériore, et
j’ai déjà dit, au cours des deux dernières années, que
l’insurrection talibane s’est renforcée et s’est raffinée », a
déclaré l’amiral Mullen à la radio américaine.
La nouvelle stratégie de l’administration Obama pour
l’Afghanistan se met en place au fur et à mesure que les
renforts arrivent, a expliqué le chef d’état-major. « On met
actuellement les choses en place sur le terrain dans le cadre
de la nouvelle stratégie du président », a-t-il dit.
L’amiral Mullen a estimé que l’armée américaine se devait
d’inverser la situation d’ici 12 à 18 mois, mais il n’a pas
précisé si de nouveaux envois de troupes étaient à l’ordre du
jour.
Parallèlement, l’ampleur des accusations de fraude qui pèsent
sur les élections présidentielle et provinciales de jeudi en
Afghanistan est telle qu’elle pourrait déterminer l’issue des
scrutins, a estimé la Commission des plaintes électorales
(ECC) hier.
Cette com mission indépendante a reçu 225 plaintes depuis
l’ouverture des bureaux de vote jeudi, dont 35 «essentielles
pour les résultats des élections », selon le président de
l’ECC, le Canadien Grant Kippen. Ces 35 plaintes prioritaires
portent principalement sur des bourrages d’urnes, a-t-il
précisé, soulignant que la com m ission n’a encore reçu que
les contestations soumises à Kaboul et dans les capitales
provinciales.
Abdullah Abdullah, le principal rival du président sortant
Hamid Karzaï, a accusé celui-ci d’essayer de truquer le
résultat de l’élection présidentielle.
« Il y a des
irrégularités, fraudes et tentatives de trucages massives », a
déclaré l’ancien ministre des Affaires étrangères de M. Karzaï
à la presse.
« La légitimité et la crédibilité de l’élection dépendront de
la mesure dans laquelle nous serons capables de prévenir cet
important truquage, qui est en cours et est conduit par le
président sortant et son équipe », a-t-il insisté.
Les irrégularités concerneraient des zones où la participation
a été très faible, en général au sud et au sud-est, a-t-il
précisé, disant se fonder sur les rapports de ses observateurs
sur le terrain.
Faible participation féminine
Les observateurs ont par ailleurs constaté que les femmes ont
très peu voté, leur participation frôlant le zéro dans
certaines régions du Sud. Une organisation afghane, la Free
and Fair Foundation of Afghanistan, a notamment révélé que 650
bureaux de vote réservés aux femmes n’ont tout simplement pas
ouvert.
Pour la mission d’observation de l’Union européenne, «
l’insécurité », « l’opposition culturelle à la participation
des femmes à la vie publique» et «un certain nombre d’attaques
» les visant clairement ont freiné la participation féminine
aux élections, « en tant que candidates, électrices et
organisatrices ».
Les résultats préliminaires de l’élection présidentielle ne
sont pas attendus avant demain, et les résultats définitifs
certifiés devraient être publiés le mois prochain. Si aucun
candidat n’obtient plus de 50% des suffrages, un deuxième tour
sera organisé.
Afghanistan–Canada, même fouillis? Un succès remarquable
? - VINCENT MARISSAL
Stephen Harper
aime-t-il le Canada? Lancée comme ça, sans avertissement, la
question peut paraître brutale. À en juger, toutefois, par
certaines déclarations de notre premier ministre, il faut bien
admettre que celui-ci n’a pas toujours une très haute opinion
du pays qu’il dirige.
Dernière déclaration en date: « On sait toujours que le
processus démocratique, même au Canada, peut être un fouillis
de temps à autre », a déclaré jeudi M. Harper à propos du
succès « remarquable », selon lui, du scrutin présidentiel en
Afghanistan.
Canada, Afghanistan, même merdier électoral ? Mêmes graves
problèmes dans l’exercice démocratique? Voilà qui n’est pas
très flatteur pour un pays qui l’a élu deux fois premier
ministre!
Que Stephen Harper tente, comme tous ses homologues
occidentaux, de minimiser les ratés du scrutin afghan, cela se
comprend aisément. Ce scrutin, après tout, n’est pas qu’un
test pour la jeune démocratie afghane, c’est d’abord le
bulletin des pays de la coalition qui ont promis d’y exporter
leur système et leurs valeurs.
Mais que M. Harper compare les rares ratés de notre processus
électoral au foutoir afghan, voilà qui est un peu fort de
café.
C’est la deuxième fois en quelques jours que M. Harper crache
dans sa propre soupe. La semaine dernière, il s’est rendu au
Mexique pour expliquer que le Canada doit imposer des visas à
nos amigos à cause des graves lacunes de notre système
d’immigration. Du coup, le premier ministre a donné raison à
tous nos détracteurs, en particulier aux États-Unis, qui
affirment que le Canada est une véritable passoire.
Il est plutôt inusité d’entendre un chef de gouvernement
critiquer aussi ouvertement son propre pays, surtout à
l’étranger. Normalement, on garde ses problèmes domestiques à
la maison, pas chez le voisin. Et puis si M. Harper veut
proposer des changements, libre à lui, il est premier
ministre, après tout.
Les récriminations du chef conservateur à l’égard du Canada ne
sont pas nouvelles.
Bien avant de devenir premier ministre, M. Harper avait
prononcé, en 1997, une conférence devant un groupe américain
de droite réuni à Montréal dans lequel il dépeignait en mots
peu élogieux les travers de son pays « socialiste ».
Plus récemment, lors de la campagne électorale de 2006, il
avouait aussi ses craintes et ses réticences devant la
fonction publique et la magistrature canadienne, beaucoup trop
« libérales » à son goût.
On sait aussi
que le premier ministre n’est pas un grand fan de la Charte
des droits et libertés et des tribunaux, en particulier la
Cour suprême, trop interventionnistes, selon les
conservateurs.
Malgré les nombreux problèmes le jour du vote, la crainte
omniprésente, les allégations de corruption et un taux de
participation anémique, Stephen Harper a qualifié le scrutin
de jeudi de « remarquable ». Ce qualificatif est sans doute un
peu exagéré.
Quoi qu’il en soit, cette deuxième élection présidentielle
depuis l’éviction du régime des talibans représente pour nous
une belle occasion de faire le bilan de notre mission en
Afghanistan. Et de réfléchir sérieusement sur ce que nous
voulons accomplir, de façon réaliste, d’ici notre sortie
prévue dans 18 mois, en février 2011. Autre sujet de
réflexion: que fait-on si l’administration Obama nous demande
officiellement de prolonger notre présence pour appuyer ses
efforts en Afghanistan?
Ne comptez pas trop, toutefois, sur Stephen Harper et Michael
Ignatieff pour débattre de ces questions, eux qui ne veulent
absolument pas encombrer la scène électorale d’une telle
pelure de banane.
Au dépar t , i l y a sept ans, nous débarquions en Afghanistan
pour y chasser les terroristes, pour y établir un climat
propice au développement et à la démocratie.
En 200 6 , devant l ’Assemblée générale de l’ONU, Stephen
Harper affirmait que la coalition pacifierait le pays en plus
d’y établir croissance et démocratie. « Nous réussirons »,
avait lancé M. Harper en guise de conclusion.
Malgré un excès d’enthousiasme, qui a fait dire au premier
ministre que ce scrutin est un succès « remarquable », il faut
rester modeste et réaliste: nous sommes très loin d’avoir
réussi en Afghanistan.
Le simple fait que la communauté internationale pousse un
grand ouf ! parce qu’il n’y a eu « que » 26 morts en dit long
sur nos attentes. Le fait, aussi, que l’on se contente d’un
taux de participation aussi faible et que l’on ne se formalise
pas trop des soupçons de fraudes électorales.
Serions-nous en t rain d’abaisser nos propres critères
démocratiques, de couper les coins ronds, juste pour pouvoir
dire « Mission accomplie » et ainsi pouvoir nous retirer
peinards, avec le sentiment du devoir accompli?
Si tel est le cas, nous pourrons vraiment dire alors que nous
y sommes allés pour rien et que nos soldats y ont laissé leur
vie en vain.
La démocratie progresse en Afghanistan - AGNÈS
GRUDA
Le Canadien
Grant Kippen, président de la Commission des plaintes
électorales à Kaboul, reste optimiste
C’est vrai que les talibans ont menacé les électeurs de
représailles, a reconnu M. Grant, que La Presse a joint à
Kaboul hier. Mais cette menace est loin d’être omniprésente,
selon lui.
PHOTO PEDRO UGARTE, AGENCE
FRANCE-PRESSE
En revanche, les élections de jeudi suscitent beaucoup
d’intérêt : « Les candidats, leurs supporters, les
observateurs, beaucoup de gens veulent ces élections et
croient qu’elles sont importantes. »
Grant Kippen n’en est pas à ses premières armes en
Afghanistan. Il y était en 2004, lors de la première
présidentielle. Et il a présidé la Commission des plaintes
lors des parlementaires de 2005.
En quoi les élections de 2009 d i f f èrent-el les des
scrutins précédents? « Les conditions de sécurité étaient bien
meilleures à l’époque », répond-il sans hésiter.
Contrairement aux élections passées, qui étaient organisées
avec l’aide de la communauté internationale, ce scrutin est
organisé par les Afghans seuls – Grant Kippen est d’ailleurs
l’un des seuls Occidentaux à y jouer un rôle-clé.
Mais surtout,
souligne-t-il, les médias jouent cette fois un rôle de premier
plan. « Les Afghans ont accès à beaucoup d’information
électorale à la télévision, à la radio, dans les journaux. Et
ça génère énormément d’intérêt pour ces élections. » nombreux
bureaux de vote pourraient être incapables d’ouvrir leurs
portes?
Selon Grant Kippen, ces zones de grande insécurité se trouvent
surtout dans des régions rurales éloignées. Au cours des
dernières semaines, M. Kippen s’est rendu à Kandahar et à
Jalalabad. Il y a rencontré des candidats aux élections
provinciales. « Certains m’ont mentionné qu’ils étaient
incapables de faire campagne dans les villages reculés. Mais
ils menaient une campagne très visible dans ces deux villes. »
Et puis, la participation au vote pourrait être plus g rande
que ce que l ’ on imagine, malgré les menaces , croit Grant
Kippen. « C’est peut-être difficile à comprendre de loin, mais
les Afghans vivent dans l ’ i nsécur ité depuis t rois
décennies. Pour eux, elle fait partie de leur vie. »
L’un des enjeux du vote de jeudi est la légitimité du gagnant,
et cette légitimité dépend du nombre d’électeurs qui braveront
les menaces et se rendront aux urnes.
À pa rt i r de quel t aux d’absentéisme le prochain président
ne pourra-t-il pas prétendre représenter l’ensemble des
électeurs? « Bonne question, dit Grant Kippen, mais je ne
possède pas la réponse. »
Le danger des urnes - MARIO ROY
Fin de la
campagne électorale afghane, hier. Le dernier acte s’est joué
dans le stade de Kaboul, ce lugubre lieu d’exécution sous les
talibans. C’est là qu’un candidat ( parmi une quarantaine) à
la présidence, Abdullah Abdul lah, ex-ministre et principal
adversaire d’Hamid Karzaï, a tenu une ultime assemblée
publique.
Dans 48 heures, les Afghans devront élire un président et 420
conseillers provinciaux en se présentant dans l’un ou l’autre
des 7000 bureaux de vote semés dans les 34 000 villes et
villages du pays. C’est le premier scrutin organisé par les
Afghans eux-mêmes. Et on n’a pas la moindre idée de la façon
dont tout ça va se passer. Si les gens iront voter. Ou si la
journée se terminera dans le sang.
Posée simplement, laquestion est: peut-on, devant la situation
qui prévaut en Afghanistan, avoir encore la foi?
Et d’abord, les Afghans eux-mêmes croient-ils encore
aujourd’hui à cette démocratie, dont les élections sont le
premier symbole et la première nécessité? Autour des élections
de jeudi règne une telle confusion qu’on ne sait plus très
bien si, a posteriori, elles seront vues par la population
comme une avancée ou un recul.
Plus ou moins
15% des 17 mil l i ons d’é l e c t eu r s inscrits pourraient
être des « électeurs » frauduleusement inscrits – et personne
n’ose se prononcer sur la façon dont se fera le décompte des
voix. Jeudi, entre 8 et 12% des bureaux de scrutin n’ouvriront
vraisemblablement pas, parce que les bulletins n’y seront pas
parvenus ou parce que la sécurité sera insuffisante. Même là
où ce sera ouvert, peut-être les bureaux resteront-ils déserts
parce que les talibans auront réussi à terroriser, notamment
en menaçant de couper le doigt encré de ceux qui auront voté.
Ou parce que les Afghans n’y croient plus, justement.
La déception qu’ils éprouvent à l’endroit d’Hamid Karzaï est
grande... et justifiée. En huit ans, sous sa présidence
intérimaire puis officielle, l’État s’est peu construit. La
corruption a fleuri, tout comme l’économie fondée sur le pavot
( un tiers du PIB afghan). Des chefs de guerre au passé
douteux gravitent plus que j ama i s dans l’orbite du pouvoir.
Loin de reculer, l’insécurité s’est accrue (133 des 356
districts sont aujourd’hui « à haut risque » ou carrément
contrôlés par les talibans). Même la situation de la femme
demeure scandaleuse (la répugnante loi dite du « viol
domestique » est entrée en vigueur, il y a quelques jours).
Pourtant, Karzaï sera à n’en pas douter réélu, même s’il faut
pour cela un second tour de scrutin, début octobre.
Lorsqu’on
saura
comment les choses se seront déroulées, jeudi, et ce que ça
annonce pour l’avenir, la communauté internationale devra
revoir de façon réaliste ses objectifs et ses projets en ce
qui concerne l’Afghanistan. Ce pays qui, de toute son
histoire, n’a à peu près jamais connu la paix.
Droits des femmes : l’Afghanistan a adopté sa loi
controversée
KABOUL —
L’Afghanistan a adopté une loi « légalisant la discrimination
» à l’encontre des femmes de la minorité chiite, stipulant
notamment qu’elles peuvent être privées de nourriture si elles
refusent les relations sexuelles, a affirmé hier Human Rights
Watch (HRW).
Selon l ’organisation de défense des droits de l’Homme, qui
dénonce une manoeuvre électoraliste du président Hamid Karzaï,
candidat à sa réélection le 20 août, la loi a été publiée dans
le Journal officiel d’Afghanistan le 27 juillet.
Aucune annonce officielle n’a été faite sur le sujet, et le
gouvernement afghan n’était pas joignable pour confirmer cette
information hier.
Cette loi est, selon HRW, une nouvelle version de celle qui
avait été adoptée en mars par les parlementaires afghans et
signée par le président Hamid Karzaï, mais qui n’était pas
entrée en vigueur après avoir soulevé un tollé en Occident, où
l’on évoquait une légalisation du viol domestique.
HRW explique
avoir vu une version définitive de la loi, qui contient « de
nombreux articles régressifs » pour les droits des femmes,
même s’ils ne sont plus aussi restrictifs que dans le projet
initial.
Le nouveau texte prévoit notamment qu’un mari a le droit de
retirer tout soutien matériel à sa femme, y compris la
nourriture, si celle-ci refuse de satisfaire ses demandes
sexuelles. Il stipule également que les enfants sont toujours
placés légalement sous la garde des pères et grands-pères.
Il ordonne aussi que les femmes demandent la permission à leur
mari pour travailler, et permet à un violeur d’échapper à
toute poursuite s’il paie « l’argent du sang » à la femme
violée, indique HRW.
En avril, le président Karzaï avait demandé au ministère de la
Justice de revoir le projet de loi qu’il avait signé en mars,
après les protestations d’organisations afghanes et
internationales l’accusant de légaliser une loi appliquant aux
femmes chiites des restrictions dignes du régime des talibans.
« Notre vie n’a fait qu’empirer » - Anne Nivat
Kandahar livré
au chaos à l’approche de l’élection présidentielle En
Afghanistan, le statut de la femme n’est pas particulièrement
ouvert et moderne. Depuis la « libération » du pays il y a
huit ans, à Kandahar, où sont stationnées les troupes
canadiennes
KANDAHAR — « Loin de s’être améliorée, en huit ans, notre vie
quotidienne n’a fait qu’empirer, jusqu’à devenir un enfer »,
n’hésite pas à dénoncer Youssif (ce n’est pas son vrai nom),
38 ans, un homme d’affaires de Kandahar, l’ex-capitale des
talibans et ville natale du mollah Omar, dont la luxueuse
maison a été transformée en quartier général de l’antenne
locale de la CIA.
PHOTOHAMEDZALMY, ARCHIVES AFP
À Kandahar, des femmes faisaient la
file au début du mois d’août pour assister à une séance
d’information sur le processus de vote, en prévision de
l’élection présidentielle jeudi en Afghanistan.
« Chaque personne refusant de reverser un pourcentage de son
chiffre d’affaires devient l’objet d’un harcèlement quasi
quotidien des fonctionnaires de la ville et de la région de
Kandahar qui, à tous les niveaux, quel que soit leur grade,
sont tous terrorisés par AhmedWali Karzaï (le frère du
président) et ses sbires », dit-il.
« Ils ont conclu une entente avec les talibans: on vous laisse
tranquilles si vous dénoncez ceux que l’on rackettera. Tout le
monde courbe l’échine », ajoute l’homme d’affaires.
Étrange ambiance à Kandahar où, il y a un an exactement, 1500
talibans parvenaient à s’enfuir de la prison de la ville pour
s’évaporer dans la nature (l’enquête n’a jamais établi les
responsabilités). Une ville où, à la fin du mois de juin
dernier, une fusillade a éclaté en plein centre-ville, en
plein jour, entre des policiers afghans et des employés d’une
société de sécurité privée sous contrat avec l’armée
américaine. Policiers responsables de la protection,
justement, du bâtiment de la CIA.
Résultat: quatre morts, dont le chef de la police, et une
atmosphère chargée de peur pour les Kandaharis.
Attaquées à l’acide
Afin d’échapper à des représailles, Youssif a installé sa
famille à Dubaï, à deux heures d’avion plus au sud, et limite
ses allers et retours sous bonne escorte. « Au lieu de créer
des emplois, comme tous le promettent pendant cette campagne,
on en détruit. C’est la terreur. »
C’est bien l’avis de Nasifa, 26 ans, une jeune productrice
radio pour la BBC service pachtou, qui doit cacher ses
activités professionnelles à ses voisins et même à sa famille.
Elle et ses parents ont dû déménager après des menaces sur sa
porte d’entrée la dénonçant comme « travaillant pour des
étrangers ».
« On a dû
aussi vendre notre voiture, car on surveillait mes allées et
venues. Je voyage exclusivement en taxi et je cache mon
matériel chez moi », regrette-t-elle. Un léger voile rose sur
les épaules, le visage cerclé d’un voile noir, sans un cheveu
qui dépasse, Nasifa a abandonné sa burqa sur la table le temps
de notre entretien.
C’est elle qui, en novembre 2008, avait été la première sur
les lieux où deux criminels avaient jeté de l’acide sur six
jeunes filles qui revenaient de leur école. « Leurs visages
étaient cachés sous la burqa, bien évidemment », précise
Nasifa. « Aujourd’hui, ces filles sont terrées chez elles ;
même moi, j’ai peur dans la rue, j’y suis le moins possible. »
À son tour, Nasifa incrimine la faiblesse du gouvernement
central, qualifié de « bande d’incapables qui s’est laissée
déborder par des mafieux auto proclamés talibans ».
Spirale de l’enfer
Les six jeunes filles défigurées sont aujourd’hui éduquées à
domicile par Yasmina, une institutrice qui a le courage de se
rendre chez elles trois fois par semaine en sus de ses heures
de cours, pour un salaire mensuel de 80$.
« Ce que l’on ne dit pas, c’est que, souvent, les parents
envoient leurs filles à l’école uniquement pour recevoir de la
nourriture ou d’autres bénéfices en nature (distribués par des
organisations non gouvernementales occidentales et afghanes),
et non pas pour leur assurer un avenir, car, de toute façon,
elles stopperont toute étude dès qu’elles se marieront, vers
15-16 ans, parfois 13 ou 14. »
Déçue par ces huit années post-talibanes qui ne lui ont
apporté aucune aisance matérielle, Yasmina ne changerait de
travail pour rien au monde, parce qu’elle se sent utile. Venue
accompagnée de sa soeur et de son fils de 4 ans pour se faire
moins remarquer dans la rue, au moment du départ, elle passe
dans une autre pièce enfiler sa burqa bleue qui la rend
invisible.
« Demain, si je dois sortir, j’en mettrai une marron, ainsi
les voisins et autres hommes dans la rue ne pourront pas
forcément savoir que je sors et comptabiliser ainsi mes allées
et venues... » Dans l’Afghanistan post-talibans, c’est le
triste stratagème inventé par les femmes pour échapper à la
spirale de l’enfer.
Le fantasme afghan - Michèle Ouimet
Tout va bien,
ont répété l ’ OTAN et le président Hamid Ka rzaï . Washington
a même parlé de succès: les Afghans ont voté, le taux de
participation a oscillé autour de 50% et les talibans se sont
tenus relativement tranquilles. Il n’y a eu qu’une
cinquantaine de morts, une broutille dans ce pays où on
s’entretue depuis 30 ans.
PHOTO DAVID GUTTENFELDER,
ASSOCIATED PRESS
Même Kaboul a échappé à la fièvre
électorale. Les rues de la capitale étaient désertes.
Ci-dessus, un policier afghan se repose sur sa moto tandis
que des femmes attendent qu’un bureau de vote de Kaboul
rouvre après avoir été réapprovisionné en ballots.
Tout va bien donc, tout va très bien.
Ça, c’est le fantasme. La réalité est plus complexe, plus
difficile à cerner. Les bureaux de vote venaient à peine de
fermer que le président Karzaï et l’OTAN parlaient d’un taux
de participation de 50%. Au Canada, ce chiffre sort plusieurs
heures après la fin du scrutin.
Cinquante pour cent . Permettez-moi d’en douter. L’Afghanistan
est en guerre, une bonne partie de la population vit dans des
villages reculés, les moyens de communication sont
minimalistes et une partie des boîtes de scrutin voyage à dos
d’âne. Impossible d’estimer le taux de participation avec une
telle rapidité.
Les journalistes sur le terrain à Kaboul ont raconté que les
rues étaient vides. Je regardais les images à Radio-Canada:
bureaux de vote quasi déserts, magasins fermés, ville fantôme.
Je ne reconnaissais pas Kaboul toujours si agité, si fébrile
avec ses échoppes en désordre, ses marchands ambulants et sa
circulation hystérique.
Il fallait vraiment que les Afghans aient peur pour se
barricader de la sorte. Les journalistes du Monde, de
Libération, du New York Times, du Guardian, des réseaux
anglais et français de Radio-Canada racontaient la même
histoire: les électeurs sortaient au compte-gouttes.
La perception des journalistes a été confirmée par Jean
McKenzie du IWPR, un organisme spécialisé dans les zones de
guerre qui a des correspondants partout en Afghanistan.
Impossible d’estimer le taux de participation, a-t-elle
expliqué à ma collègue Agnès Gruda. « Je serais extrêmement
choquée d’apprendre qu’il y a eu 50% de participation ou plus.
Si c’est le cas, ça ne pourrait signifier qu’une chose: qu’il
y a eu de la fraude massive. »
Personne ne
sait vraiment ce qui s’est passé, hier, en Afghanistan. Les
résultats préliminaires ne sortiront que demain et le score
final ne sera connu que dans deux semaines. Si tout va bien.
Et si les ânes trottinent assez vite.
Et il ne faut pas oublier la fraude qui a entaché tout le
processus. Il n’y avait même pas de liste électorale.
L’électeur se présentait avec sa carte dans le bureau de son
choix. Selon le Guardian, environ 3 millions de fausses cartes
électorales circulaient dans le pays. Sur un total de 17
millions.
L’encre indélébile a aussi fait jaser. Tous les électeurs
devaient tremper leur doigt dans l’encre. Difficile de voter
deux fois avec une tache sur le doigt. Dans plusieurs
endroits, l’encre n’était pas indélébile. Les gens
réussissaient à l’enlever avec du simple détergent. D’autres
enduisaient leur doigt d’huile avant de voter pour empêcher
l’encre de tacher. Fiez-vous aux Afghans pour trouver des
trucs, ils sont très ingénieux.
En 2004, les gens étaient enthousiastes. Un vent d’optimisme
balayait l’Afghanistan et des électeurs formaient de longues
files devant les bureaux de vote. Le taux de participation a
atteint 75%. Cinq ans plus tard, la peur et la désillusion ont
sapé le moral des Afghans. Pourquoi risquer sa vie pour élire
un gouvernement corrompu à l’os et incapable de remettre le
pays sur les rails?
Il y a une limite au courage.
Serge Marcoux a été ambassadeur du Canada en BosnieHerzégovine
de 1996 à 1999. Il a vécu entre Serbes, Croates et Bosniaques
dans « une situation exactement similaire à celle que vous
décrivez » en Afghanistan, m’a-t-il écrit.
« Ce ne sont pas des élections qui créent la démocratie, mais
la démocratie qui permet des élections libres et équitables »,
a-t-il dit.
Hier, les élections n’étaient ni libres ni équitables. Une
conclusion s’impose : la démocratie n’existe pas encore en
Afghanistan.
SCRUTIN PRÉSIDENTIEL AFGHAN Les deux camps négocient un
accord
Les résultats
officiels du scrutin présidentiel afghan sont attendus dans
un mois. Cependant, la commission électorale afghane compte
dès ce matin révéler des résultats préliminaires. Pendant ce
temps, les deux principaux candidats se tiennent tête devant
les caméras, mais négocient en coulisse.
C’était un épisode comme il y en a eu plusieurs au cours des
derniers jours en Afghanistan. Dans une entrevue au New York
Times, le ministre des Finances du gouvernement sortant a
annoncé la réélection du président afghan, Hamid Karzaï,
avec 68 % des votes. Le camp du principal rival de M.
Karzaï, Abdullah Abdullah, conteste.
PHOTO MUSADEQ SADEQ, AP
La Commission électorale afghane
dévoilera des résultats préliminaires du scrutin
présidentiel aujourd’hui. Hier, des employés de la
Commission vérifiaient les bulletins de vote pour
s’assurer de leur validité.
Depuis le scrutin du 20 août, Hamid Karzaï et son ancien
ministre des Affaires étrangères, Abdullah Abdullah, se
mènent une guerre des nerfs, clamant tour à tour avoir
remporté la victoire et ce, même si aucun résultat officiel
n’a encore été rendu public. Tout ça changera ce matin alors
que la Commission électorale afghane dévoilera des résultats
préliminaires.
Hier, en déclarant la victoire du président Karzaï au
premier tour, le ministre Hazrat Omar Zakhilwal disait faire
référence à ces résultats toujours secrets, mais dont il
aurait été mis au parfum.
Selon le ministre, des 5 millions de personnes qui auraient
voté – soit moins de 33 % de l’électorat établi à 17
millions – plus de 3 millions auraient choisi Hamid Ka rzaï
et 1,5 million , M . Abdullah. Le député hazara Ra mazan
Bashardost arriverait troisième avec 4,5 % des voix. Il
resterait environ 500 000 bulletins de vote à dépouiller.
Une affirmation du portepa role de la Com m ission
électorale indépendante vient mettre ces données en doute.
Seulement « 10 à 11 % des résultats » seraient disponibles
pour le moment.
Le premier résultat national est attendu entre le 3 et le 7
septembre. Ce décompte ne sera pas définitif puisqu’il
dépendra des résultats d’enquête sur 225 allégations de
fraudes électorales, dont 35 sont j ugées prioritaires. Ce
n’est que le 17 septembre que le verdict final de l’élection
afghane devrait être connu.
Hier, le représentant spécial des Nations u nies en A fgha n
ista n , K a i Eide, a demandé à toutes les parties de
respecter le processus électoral en faisant preuve de «
patience ».
Tractations secrètes
Selon l’
A gence F ra ncePresse, les regards sont tournés ces
jours-ci vers Abdullah Abdullah, installé dans une
position de sérieux challenger. Les experts évoquent deux
scénarios possibles.
En cas de victoire de Karzaï au premier tour, avec un
score honorable d’Abdu lla h , ce dernier s’installerait
comme le pr i nc ipa l opposa nt au président et en bonne
position pour le prochain scrutin présidentiel.
L’autre hypothèse est un second tour entre les deux hommes
avec, selon plusieurs experts et des sources
diplomatiques, le risque d’une défaite plus cuisante pour
Abdullah, qui pourrait donc ne pas vouloir prendre ce
risque.
Les accusations de fraudes massives, la pa rticipation
moyenne, voire faible, et le manque d’observateurs dans
certaines régions font douter de la crédibilité du scrutin
et renforcent, selon certaines sou rces, l’hy pothèse d’u
n règlement à l’amiable.
« Les deux hommes sont à la recherche d’un gentlemen’s
agreement », selon un diplomate occidental interrogé par
l’AFP. Officiellement, les deux camps nient toutes
négociations.
En coulisse, « les tractations vont bon train pour
qu’Abdullah accepte une défaite au premier tour »,
explique un diplomate occidental, selon qui son
acceptation « peut dépendre de ce qu’il obtient en échange
».
Les Occidentaux poussent depuis plusieurs mois le
gouvernement afghan à créer un poste de premier ministre.
Au printemps, M. Abdullah avait affirmé à l’AFP que M.
Karzaï lui avait proposé ce poste s’il acceptait de se
retirer du scrutin.
« L es prem iers résu ltats ( pa r tiels) com mu n iqués
aujourd’hui par la Commission électorale indépendante
pourraient refléter le résultat de ces tractations »,
estime le diplomate.
DES BUREAUX DE VOTE DÉSERTS - Agnès Gruda
Quelque 17
millions d’Afghans étaient invités à se rendre aux urnes
hier pour le deuxième scrutin présidentiel de l’histoire du
pays. Malgré les menaces des talibans et des violences qui
ont fait une cinquantaine de morts, aucun incident majeur
n’a pertur
Officiellement, tout s’est bien passé, les violences
sporadiques n’ont fait qu’une cinquantaine de morts et le
taux de participation au vote avoisine 50%.
Mais officieusement, des journalistes et observateurs postés
sur le terrain parlent de bureaux de scrutin déserts et d’un
nombre d’électeurs parfois famélique.
Des informations contradictoires émergeaient, hier, à
l’issue du scrutin au cours duquel 17 millions d’électeurs
afghans étaient appelés à élire leur président et leurs
représentants à des conseils provinciaux.
Chez les optimistes, on retrouve le président sortant Hamid
Karzaï : « C’était une très bonne journée, le peuple afghan
a défié les roquettes, les intimidations et les bombes »,
s’est-il félicité.
« Le vote a été clairement transparent », a dit Richard C.
Holbrooke, émissai re américain pour l’Afghanistan et le
Pakistan. Des sons de cloche semblables émanaient de l’ONU
et de l’OTAN.
Mais cet
optimisme était tempéré par des témoignages recueillis sur
le terrain, hier. Exception faite du nord du pays, la
participation au vote est très basse, constate Jean
McKenzie, responsable du bureau du Institute for War and
Peace Reporting à Kaboul.
Cette organisation a des correspondants locaux un peu
partout en Afghanistan. « Peu de gens ont voté dans la
province de Helmand, da n s l e Sud. Da n s u n bureau, on
attendait 4200 électeurs. Plus de trois heures après
l’ouverture, il n’en était venu que 83 », raconte Mme
McKenzie. À Kandahar, une ville de plus 700 000 habi t ants
, on a recensé 40 000 bulletins de vote. « C’est très peu »,
estime Mme McKenzie.
« Il est impossible d’estimer avec précision le taux de
participation, mais je serais extrêmement choquée
d’apprendre qu’il était de 50%. Car ça ne pourrait signifier
qu’une chose : la présence massive de fraude », dit-elle.
L’observateur québécois Jacques Paquette a passé la journée
entre une dizaine de bureaux de vote de Jalalabad. « Le vote
a commencé à 7h, mais les électeurs n’ont commencé à arriver
qu’à 10h, et il y avait très peu de femmes », dit-il. Dans
certains des bureaux de scrutin de Jalalabad, moins de 30%
des électeurs ont exercé leur droit de vote.
La Commission électorale indépendante de l’Afghanistan a
décidé hier de rallonger d’une heure la période de votation.
Mais au bureau où M. Paquette devait surveiller le
décompte des voix, ce n’était pas nécessaire : il n’y avait
plus un chat.
En raison de consignes de sécurité, l’observateur
québécois craignait de ne pas pouvoir rester jusqu’à la fin du
dépouillement des voix. Mais il s’inquiétait pour rien : les
181 bulletins de vote ont été vite comptés.
Même Kaboul a échappé à la fièvre électorale. Les rues de la
capitale étaient désertes. Le Canadien Grant Kippen, qui
préside la Commission des plaintes électorales (il en a
recueilli une centaine hier), a passé la journée dans un
bureau en face d’un lieu de vote. « Je n’y ai jamais vu de
gens faire la queue. »
Violences sporadiques
Plus d’une
cinquantaine de personnes ont perdu la vie hier dans une série
d’explosions de violence, qui ont épargné la majorité des
bureaux de vote. À l’échelle afghane, c’est un succès.
Ainsi, plus de 20 roquettes sont tombées dans la capitale de
la province de Helmand, Lashkar Gah. L’une d’entre elles a
atterri sur une file d’électeurs et a tué un enfant.
À Kandahar, les insurgés ont pendu deux personnes qui avaient
les doigts tachés d’encre, signe qu’ils étaient allés voter. À
Kaboul, la journée a été marquée par une longue fusillade qui
a coûté la vie à deux insurgés.
Au total , le gouvernement a recensé 135 attaques d’insurgés
qui ont coûté la vie à 26 civils et policiers afghans, et à
une trentaine d’insurgés. Mais les autorités assurent que 95%
des bureaux de vote ont pu fonctionner normalement.
Et dans ces bureaux, il y avait des gens convaincus de faire
un geste important pour leur avenir. Selon Jean McKenzie, ceux
qui s’étaient déplacés pour voter se montraient très
optimistes. Ils disaient des choses comme: « Je veux changer
la destinée de mon pays. »
« REMARQUABLE », SELON HARPER
De passage dans le Grand Nord canadien, hier, le premier
ministre Stephen Harper a tenu à souligner, malgré les
difficultés, le bon déroulement de l’élection présidentielle
en Afghanistan. « Pour un pays qui a connu la guerre civile
pendant près de 30 ans et qui n’a jamais vraiment eu
d’historique de gouvernance démocratique, ce qui se passe en
Afghanistan, malgré tous les défis, est remarquable », a dit
M. Harper. Le premier ministre a par ailleurs salué le travail
du personnel canadien en Afghanistan; les militaires, les
civils, les diplomates et ceux qui travaillent au
développement du pays, ainsi que leurs alliés, qui ont selon
lui une énorme part du mérite « pour les progrès réalisés, qui
ont permis le déroulement d’un processus comme celui-ci ».
Une pluie de roquettes sur Kandahar - Pierre-André
Normandin
KANDAHAR —
Les talibans ont tenté d’empêcher les habitants de Kandahar
de voter à l’élection présidentielle d’hier en faisant
pleuvoir les roquettes sur la ville et en piégeant ses
routes avec des engins explosifs. Signe des craintes
suscitées dans la population, les responsables du scrutin
disent avoi r observé une diminution du taux de
participation par rapport à l’élection précédente.
PHOTO FARZANAWAHIDY,
ASSOCIATED PRESS
Exception faite du nord du pays
(ci-dessus, à Mazar-e-Charif), la participation au vote a
été très basse, selon Jean McKenzie, du bureau du
Institute for War and Peace Reporting à Kaboul. « Il est
impossible d’estimer avec précision le taux de
participation, mais je serais extrêmement choquée
d’apprendre qu’il était de 50% », dit-elle.
Plus d’une quinzaine de mines artisanales ont été enfouies
sous les routes de Kandahar, a rapporté le général Abdul
Bashir Salihzai, commandant de l ’ a r mée afghane dans la
province. Pendant que les militaires s’affairaient à
désamorcer ces engins, deux groupes d’insurgés ont pris
position au nord et au sud de la ville pour y faire pleuvoir
des roquettes.
Pendant une partie de la journée, des explosions ont pu se
faire entendre sporadiquement dans Kandahar, où Le Soleil se
trouvait. « Les talibans ont multiplié les attaques pour
essayer d’empêcher les gens de voter », a résumé le général.
Les roquet t
es l ancées sur Kandahar ont fait deux morts en matinée,
dont une femme qui se trouvait dans sa maison. L’obus qui
l’a fauchée a également blessé ses deux enfants.
Chef de la police dans la province, le général Noorzai
Mirwais a tenté de minimiser l’impact des attaques qu’ont
menées les insurgés. « Les Afghans ont subi 30 ans de
guerre, ils sont habitués à ça », a-t-il dit en montrant son
doigt couvert d’encre bleue, preuve de sa participation à
l’élection.
Il reste que la Commission électorale appréhende un taux de
participation en baisse, même si aucun résultat ne devrait
être disponible avant plusieurs jours. « Les gens entendent
depuis des mois les talibans dire que s’ils attrapent des
personnes avec un doigt bleu, ils vont les tuer. C’est
pourquoi les gens sont plus réticents à venir voter. Oui, il
y a moins de personnes qu’à la dernière élection », a
confirmé Toryalai Ghaznavi, porte-parole de la Commission
élec tora le i ndépenda nte d’Afghanistan dans Kandahar.
Les bureaux de vote de la ville sont restés bien peu visités
durant la matinée, les électeurs ayant probablement voulu
attendre de voir si les talibans passeraient de la parole
aux actes en cette journée électorale. Même si quelques
déflagrations se faisaient toujours entendre à l’heure du
dîner, les électeurs ont profité de l’après-midi pour se
rendre aux urnes en plus grand nombre, a indiqué M.
Ghaznavi, rencontré non loin du palais du gouverneur.
LES ÉLECTIONS DE TOUS LES DANGERS - Anne Nivat
Après huit
ans, des milliards de dollars en aide humanitaire et une
coalition internationale militaire renforcée, on aurait pu
croire que l’Afghanistan allait commencer à s’en sortir. À une
semaine de la seconde élection présidentielle « libre » depuis
20
KABOUL — « Si les étrangers quittaient le pays, ce serait Mad
Max en moins de 24 heures… Mais s’ils restent, on s’enfonce
aussi en enfer, car plus personne ne contrôle rien »,
ironiseQasim, un policier municipal de 35 ans, sur le seuil de
sa porte dans le quartier de Shar-i-Naw.
PHOTO LUCY NICHOLSON, REUTERS
Des partisans d’Abdullah Abdullah
arrivent à Mazar-i-Sharif. Le candidat a de bonnes chances
d’affronter le président sortant dans un éventuel deuxième
tour.
Cette attitude désabusée témoigne de l’embarras d’une
population qui ne croit plus en l’indépendance d’un scrutin:
au final, c’est le président sortant Hamid Karzaï qui restera
au pouvoir.
À quelques jours de l’élection présidentielle, la seconde
depuis la « libération » de 2001, les violences se multiplient
et bon nombre de bureaux de vote n’ouvriront pas. Ce qui ne
semble gêner personne. « Que voulez-vous, reprend Qasim, ici,
rien ne marche comme chez vous, il faut cesser de tout
comparer. Iront voter ceux qui en ont le courage, ou qui y
croient encore. Les autres sont indifférents, la vie est trop
dure… »
En 2004, un Pachtoune totalement inconnu d’une tribu influente
du Sud dont la famille avait fait fortune dans une chaîne de
restauration aux États-Unis est élu chef de l’État afghan.
Aujourd’hui, même critiqué et affaibli, Hamid Karzaï est en
passe d’être réélu, tant les ressources gouvernementales et
les moyens d’influence à tous les échelons de la pyramide
étatique, dont il a usé et abusé en campagne, sont imparables.
Seuls deux candidats pourraient le forcer à un second tour :
Ashraf Ghani, ministre des Finances de 2002 à 2004, et
Abdullah Abdullah, ancien ministre des Affaires étrangères.
Atmosphère de
terreur
« Afin de rester au pouvoir, notre président a conclu de trop
dangereuses alliances », note, également désabusé, Hafiz, un
boulanger hazara de 32 ans de Kaboul, qui n’est pas rentré
dans sa région du Wardak (des montagnes à 50 km au sud de la
capitale) depuis deux ans par peur des talibans qui la
dominent.
« Nous, on rêve d’autre chose: on voudrait un pays tranquille,
dans lequel on peut se déplacer sans peur, où les règles
ancestrales prévaudraient, et non pas cet incompréhensible
chaos ! »
C’est que le peuple voit revenir, d’un mauvais oeil, d’anciens
chefs de guerre réputés violents et corrompus sur le « ticket
» présidentiel d’Hamid Karzaï. Comme le maréchal Fahim, déjà
vice-président.
Quant à la hausse constante du degré d’insécurité, l’activité
croissante des « talibans » et autres groupes mafieux ainsi
que la faiblesse de l’influence gouvernementale contribuent à
faire de ce scrutin une « bombe à retardement ».
PHOTO RAFIQ MAQBOOL,
ASSOCIATED PRESS
Des femmes assistent à un événement en
faveur du candidat Ashraf Ghani, à Kaboul. Un climat de peur
règne dans le pays à quelques jours des élections.
Il faut dire qu’en cinq ans, Hamid Karzaï n’a pas montré le
bon exemple: son frère cadet, Ahmed Wali Karzaï, qu’il a
contribué à faire nommer chef du conseil provincial de
Kandahar, la seconde ville du pays, ex-lieu de résidence du
mollah Omar toujours en fuite, est régulièrement accusé
d’implications dans les juteux trafics de drogue de la région.
Depuis des mois, les hommes d’affaires kandaharis se plaignent
d’escroqueries permanentes orchestrées par ses hommes. Selon
eux, l’atmosphère de terreur aurait atteint le niveau de celle
de l’époque des talibans, pourtant officiellement détrônés en
2001.
Comme en Iran?
À quelques
jours du vote, « ce n’est pas d’élections dont il s’agit,
mais bien d’un marché aux bestiaux », ajoute, cynique, un
observateur de la scène politique afghane, conseiller d’un
des candidats.
« On négocie le prix des lots de bovins, voilà tout. » Selon
lui, des négociations iraient bon train autour du meilleur
candidat, à la seule condition que soit prise en compte pour
les autres une compensation financière de 200 000 à 500 000$
US! « Le mien a reçu ce qu’il voulait, il s’est retiré… »
Dans le cas où les résultats du 20 août (qui ne seront pas
connus immédiatement) annonceraient le président Hamid
Karzaï gagnant, le mécontentement de la population
pourraitil se muer en émeutes, voire en journées
d’insurrection comme en Iran, le grand voisin souvent cité
en exemple positif par les Afghans?
Beaucoup le craignent , même si rien n’est moins sûr, étant
donné le piètre état de la société civile huit ans après la
« libération ».
« Pour descendre dans la rue, note Nader Naderi, membre de
la Commission indépendante afghane des droits de l’homme, il
faut avoir de l’argent de côté pourvoirvenir… Or, ici, les
gens se battent au quotidien pour leur survie: une majorité
de la population ne vit qu’avec 1$ par jour! Pas assez pour
se permettre le luxe d’aller manifester… » Anne Nivat est
une journal iste indépendante réputée qui sillonne la région
depuis 2001. Elle est l’auteure d’une récente bande dessinée
intitulée
LES TROIS PRINCIPAUX CANDIDATS
HAMID
KARZAÏ
Le président sortant Hamid Karzaï a toutes les chances
d’être réélu à son poste, mais peut-être pas dès le
premier tour. Ce polyglotte de 52 ans a fréquenté les
écoles du Pakistan, de l’Inde et de la France.
Appartenant à l’ethnie pachtoune, il a combattu aux
côtés des moudjahidin contre l’occupation soviétique,
avant de collaborer brièvement avec les talibans. Accusé
d’être une marionnette de Washington, il s’est récemment
allié à des personnages controversés, comme Mohammad
Qasim Fahim, accusé de crimes de guerre, ou le seigneur
de la guerre Abdul Rashid Dostom.
ABDULLAH ABDULLAH
Ophtalmologiste de 49 ans, cet homme à l’héritage mixte
– mi-pachtoune, mi-tadjik – faisait partie de la garde
rapprochée du commandant Ahmad Shah Massoud, assassiné
le 9 septembre 2001. Ministre des Affaires étrangères au
sein du gouvernement d’Hamid Karzaï, il a été limogé en
2005. Les sondages lui attribuent 15% des intentions de
vote et il a de bonnes de chances de faire face au
président sortant au cours d’un éventuel deuxième tour.
ASHRAF GHANI


Cet économiste de 60 ans a longtemps vécu à l’extérieur
de l’Afghanistan. Il a enseigné en Europe et en Amérique
du Nord, avant de travailler pour la Banque mondiale. Il
a laissé cet employeur après les attentats du 11
septembre 2001, pour commenter l’actualité afghane dans
plusieurs grands médias. Il a occupé jusqu’en 2004 le
poste de ministre des Finances. Ce Pachtoune possède la
double nationalité afghane et américaine.
DANS L’OMBREDE KARZAÏ - Laura-Julie Perrault
Entrevue
avec Mutasim Billah Mazhabi, candidat à l’élection
afghane Escalade de la violence, menaces aux électeurs,
allégations de fraude : plusieurs nuages planent
au-dessus de la deuxième élection présidentielle de
l’Afghanistan post-talibans. Mais ces
Pas facile de rivaliser avec le président afghan sortant
Hamid Karzaï. Un des 29 candidats à l’élection
présidentielle d’aujourd’hui, Mutasim Billah Mazhabi, a
été l’un des premiers à annoncer qu’il affronterait le
chef d’État. Il a vite réalisé que l’ancien protégé de
l’administration Bush partait avec plusieurs longueurs
d’avance.
Les violences ont continué hier
en Afghanistan, à la veille de l’élection
présidentielle. Six personnes engagées dans la
préparation du scrutin sont mortes dans des attentats,
en plus de trois soldats américains.
Au bout du fil, l’Afghan de 45 ans rit quand on lui
demande s’il a trouvé la campagne électorale ardue à la
suite des menaces répétées des talibans, qui
promettaient de s’en prendre aux candidats, aux
organisateurs du scrutin et aux électeurs. Son problème
était ailleurs.
« C’était très difficile de faire campagne, mais pas
nécessairement à cause de la sécurité. Il fallait se
rendre aux quatre coins du pays pour assister à des
rassemblements politiques. Malheureusement, quand je me
suis présenté à l’aéroport de Kaboul pour aller voir des
milliers de partisans qui m’attendaient à Herat ou à
Kandahar, on m’a dit que mon vol était annulé. »
Problèmes de sécurité ? Danger d’attentat ? « Non, je
pense que c’était du sabotage, avance M. Mazhabi. Mon
avion n’a pas décollé, mais celui du président Karzaï,
lui, a décollé sans problème. »
Mutasim Billah Mazhabi n’est pas le seul à croire que le
président Karzaï n’a pas toujours joué franc jeu dans
cette seconde course à la présidence depuis le
renversement du régime taliban. Dans un communiqué de
presse diffusé mardi, Human Rights Watch remet en doute
l’indépendance de la Commission électorale...
indépendante, chargée d’organiser le scrutin.
« Le pr
é s i dent Hamid Karzaï a insisté pour nommer lui-même
le chef de la commission sans vérification par le
Parlement », écrit l’organisme international. Toujours
selon Human Rights Watch, l’homme de Karzaï, Azizullah
Ludin, « a clairement démontré de la subjectivité à
l’égard de certains candidats de l’opposition », tentant
d’en disqualifier certains et mettant en doute la santé
mentale ou le calibre politique d’autres.
Malgré les doutes qu’il entretient sur la légitimité des
élections d’aujourd’hui et les derniers sondages
d’opinion qui lui accordent moins de 1% des intentions
de vote, Mutasim Bi l lah Mazhabi croit à la nécessité
d’aller jusqu’au bout, contrairement à près de 12 des
candidats inscrits à la course qui ont jeté la serviette
avant le scrutin d’aujourd’hui.
Fils d’un intellectuel afghan, lui-même directeur d’une
université à caractère religieux, M. Mazhabi a mis fin à
10 ans d’exil aux États-Unis pour briguer les suffrages.
Sa femme a fait campagne à ses côtés. « L’histoire de ma
famille est faite de batailles pour l’Afghanistan. Mon
père s’est battu pour obtenir une république. Moi, je
veux me battre pour la justice et la croissance dans mon
pays », soutient celui qui prêche la réconciliation des
différentes régions et ethnies du pays.
Il craint d’ailleurs des soulèvements populaires si le
président sortant est réélu au premier tour. « Les gens
du nord du pays (principalement Tadjiks) pensent
qu’Hamid Karzaï ( un Pachtoune) a dépensé beaucoup de
l’argent qui appartient aux Afghans. Il y a des armes
qui circulent et il y a un véritable danger d’éclatement
aux lendemains de l’élection », soutient-il.
La solution qu’il propose ? « L’Afghanistan a besoin
d’un sauveur. Moi. »
La mission « la plus dangereuse » - AGNÈS
GRUDA
En 17
ans de carrière à titre d’obser vateur élec tora l ,
Jacques Paquette a fait plus d’une vingtaine de
missions, dans des pays qui figurent parmi les plus
mal en point de la planète. Mais pour lui, les
élections afghanes, c’est du jamais vu.
L’insécur ité compl ique énormément le travail des
observateurs. « Nous circulons dans des voitures
blindées et on ne voit pas grand-chose », a confié cet
avocat québécois dans une entrevue téléphonique, hier.
Jacques Paquette fait partie de la mission
d’observation de l’Union européenne. Accompagné d’un
collègue suisse, il est posté à Jalalabad, dans le
nord-est du pays.
Cette région voisine du Pakistan constitue l’un des
fiefs des talibans. Depuis que des candidats aux
élections ont été attaqués sur la route qui mène vers
la province de Kounar, au nord de Jalalabad, les
observateurs internationaux ne quittent plus la ville.
Et même à Jalalabad, ils doivent se soumettre à des
règles de sécurité ultra strictes. En fait, ils
évitent de mettre le pied dans la rue.
« C’est sûr qu’on ne peut pas en faire autant que ce
qu’on fait ailleurs », a résumé laconiquement Jacques
Paquette.
Un rassemblement partisan a eu lieu, récemment, dans
un stade voisin de son bureau. « Nous n’avons pas pu
nous y rendre, on a dû envoyer des interprètes. »
Pourtant, Jacques Paquette se rappelle avoir
facilement assisté à des rassemblements du Hamas, lors
d’élections palestiniennes.
La situation sera encore plus volatile aujourd’hui,
jour du vote, alors que les talibans menacent
d’attaquer des bureaux de scrutin. Habituellement, les
observateurs internationaux assistent jusqu’à la fin
du dépouillement des bulletins de vote et suivent le
responsable du scrutin jusqu’au bureau du directeur
des élections.
Mais aujourd’hui, pour des raisons de sécurité,
Jacques Paquette et ses collègues devront quitter les
bureaux de scrutin à 18h30 – soit à peine deux heure
et demie après la fin du vote.
Le décompte des voix pour la présidentielle se
poursuivra sans eux. Et ils ne reviendront que demain
matin pour suivre le dépouillement des votes pour les
élections provinciales.
Jacques Paquette a observé le déroulement d’élections
au Liban, au Pakistan, en Palestine et en République
démocratique du Congo, pour ne citer que ces pays. «
Cette mission est la plus dangereuse », a-t-il confié.
Cela ne signifie pas qu’il ne puisse rien documenter
du tout. Ainsi, mardi, il a pris note de la plainte
d’une candidate qui a eu de la difficulté à obtenir la
surveillance policière gratuite à laquelle elle devait
avoir droit.
Mais globalement, a-t-il déploré, « on ne voit pas
grandchose du pays, et on reste enfermés entre quatre
murs ». Comment les observateurs feront-ils pour bien
documenter le déroulement du scrutin? « On fait avec
ce qu’on a », a conclu M. Paquette avec philosophie.
CHAUDE JOURNÉE À LAVEILLE DES ÉLECTIONS
La
menace que représentent les talibans pour les
élections présidentielle et provinciales afghanes
d’aujourd’hui n’a pas faibli hier. À la veille du
vote, la police a tué trois insurgés qui avaient
attaqué une banque à Kaboul malgré un renforcement du
dispositif de sécurité, tandis que six personnes
engagées dans la préparation du scrutin sont mortes
dans l’explosion de bombes dans le nord et le sud du
pays. Des attaques ont par ailleurs coûté la vie à
trois soldats américains au cours de la journée. Une
autre bataille, sans armes celle-là, a aussi retenu
l’attention, hier, à Kaboul. Les journalistes afghans
et étrangers ont refusé en bloc d’obéir à une
directive du gouvernement afghan. Mardi, ce dernier
leur avait ordonné de ne pas publier d’information sur
la violence entourant l’élection de ce matin afin de
ne pas effrayer les électeurs.
– Avec
AP et l’AFP
Une farce électorale - AGNÈS GRUDA
Il y
a quelques jours, un jeune journaliste afghan qui, pour
des raisons de sécurité, travaille dans l’anonymat, s’est
rendu dans un village de la région d’Herat, une grande
ville de l’ouest du pays.
Accompagné d’un guide armé, il a roulé pendant 70 km sur
des routes poussiéreuses. En chemin, il n’a pas vu l’ombre
d’une affiche électorale. Aucun signe, non plus, de
quelque surveillance policière que ce soit.
Une fois au village, le journaliste s’est rendu dans une
mosquée remplie d’hommes vêtus comme des talibans, et de
quelques mollahs coiffés d’un turban blanc. « Il y avait
des armes partout », relatet-il dans son article publié
cette semaine sur le site de l’Institute of War and Peace
Reporting, une organisation spécialisée dans les
reportages en zone de conflit.
Après les prières, un des mollahs s’est lancé dans un
prêche. « Quiconque participe aux élections se couvre de
honte devant Allah et son prophète », a-t-il averti.
Depuis le début de la campagne électorale, pas moins de
200 séances semblables de propagande anti-électorale ont
eu lieu dans la seule région d’Herat ! Ces élections sont
une imposture, ceux qui y participent se livrent à un acte
criminel et s’exposent à des représailles, menacent les
mollahs.
Et ils réussissent à faire peur.
Lors des dernières élections, en octobre 2004, les
insurgés avaient aussi appelé leurs compatriotes à
boycotter le scrutin. Mais à l’époque, leur influence
était limitée à quelques fiefs. Cette fois, exception
faite des plus grandes villes, ils font sentir leur
présence pratiquement partout.
« Beaucoup de gens craignent d’aller voter », constate
Jean MacKenzie, la patronne de notre jeune journaliste
d’Herat. Elle explique que ce qui augmente les réticences
des électeurs, c’est que pour voter, ils devront tremper
un doigt dans une encre qui ne s’effacera pas avant
plusieurs jours. La trace de leur « acte criminel » risque
de leur coller à la peau, les rendant facilement
repérables.
Si, au
moins, les électeurs croyaient que ça vaut la peine de
s’exposer ainsi. Mais c’est de moins en moins le cas.
Journal iste américaine, Jean MacKenzie est arrivée à
Kaboul une semaine après les élections de 2004. « À
l’époque, il y avait de l’euphorie dans l’air, les gens
espéraient construire leur pays et étaient prêts à risquer
leur vie. »
Cinq ans plus tard, c’est la désillusion. « Les gens ont
le sentiment que les élections sont jouées d’avance. Et
ils n’ont pas envie de risquer leur vie pour ça. »
C’est aussi ce que constate le caméraman franco-afghan
Karim Amin, qui vient de rentrer à Kaboul après un séjour
dans la région de Kunduz, dans le nord-est de
l’Afghanistan. « La population est très sceptique. Son
sentiment le plus fort, c’est la peur », dit-il.
Et il y a de quoi. Pas loin d’une dizaine de personnes –
candidats ou travailleurs d’élections – ont été
assassinées durant le seul mois de juillet, un des plus
sanglants depuis la chute des talibans. C’est sans compter
les enlèvements, menaces de mort et tentatives
d’assassinats infructueuses reliées aux élections.
Résultat : dans une partie importante du pays, les
candidats hésitent à faire campagne, les logisticiens
n’arrivent pas à organiser le scrutin, et les électeurs
risquent de ne pas pouvoir se rendre aux urnes, résume un
rapport de la Commission afghane indépendante des droits
humains, publié cette semaine.
L’insécurité est telle qu’exception faite des grandes
villes, les élections afghanes relèvent d’une parodie de
la démocratie. Des électeurs n’iront pas voter, dans des
bureaux qui seront peut-être fermés, pour des candidats
qui n’ont même pas osé faire campagne dans leur patelin!
À quoi donc sert cette farce électorale ? Les talibans
sont en voie de gagner la guerre, a dit la semaine
dernière nul autre que le commandant des troupes
américaines, le général Stanley McChrystal. Et le scrutin
du 20 août est le terrain d’une bataille politique
cruciale.
Plus les insurgés réussissent à faire peur aux gens, plus
ils empêchent les gens de voter, plus ils ébrèchent la
légitimité du prochain président – et plus ils renforcent
leur position.
UN SCRUTIN DÉJÀ TACHÉ DE SANG - Laura-Julie
Perrault
rebelles
islamistes ont aussi propulsé des roquettes sur le quartier
général de la police et sur le palais présidentiel, sans faire
beaucoup de dégâts.
PHOTO DAVID GUTTENFELDER,
ASSOCIATED PRESS
Le plus meurtrier des attentats d’hier
a tué au moins sept personnes et en a blessé cinquante
autres. Les autorités afghanes craignent que les violences
perpétrées par les talibans découragent les électeurs de se
rendre aux urnes.
Le reste du pays n’a pas été épargné. Un candidat aux
élections régionales a été assassiné dans le nord du pays.
Trois travailleurs élec toraux ont aussi été tués par une
bombe dans la région montagneuse du Badakhshan.
Menaces multiples
Cetteescaladede laviolence fait suite aux menaces ouvertes
qu’a proférées dimanche un porte-parole des talibans, Qari
Mohammed Yousouf. Il a recommandé aux Afghans de se tenir loin
des forces de sécurité afghanes et internationales, contre qui
les insurgés comptent multiplier les attaques. Les talibans
ont aussi menacé de « couper les doigts » tachés d’encre
indélébile et de « trancher la gorge » à ceux qui oseront se
présenter à l’un des 7000 bureaux de vote. « Ne vous laissez
pas abuser par les infidèles, par leurs valets et par les
Américains, et ne vous rendez pas aux urnes », a d i t Qa r i
Mohammed Yousouf.
Pour sa par t , la Force internationale d’assistance à la
sécurité, qui regroupe les ef fec t i fs des a r mées
étrangères, a annoncé hier qu’elle cesserait ses actions
militaires contre les talibans dans le sud du pays pour se
concentrer sur la protection des civils pendant le scrutin.
Les autori tés ont déjà annoncé des mesures de sécurité
beaucoup plus importantes que lors des élections précédentes
de 2004 et 2005. Demain, tout déplacement en automobile sera
notamment interdit au pays.
Malgré des mois de juillet et d’août exceptionnellement
meurtriers, le président sortant, Hamid Karzaï, se disait hier
opt i miste quant au déroulement des élections de demain.
Protégé des ÉtatsUnis après le renversement du régime taliban,
Hamid Karzaï récolte, selon les sondages, 45% des intentions
de vote. S’il n’obtient pas la majorité demain, il devra
affronter dans un deuxième tour son plus proche rival parmi
les 40 autres candidats. Les résultats du premier tour seront
connus le 17 septembre.
PHOTO RAFIQ MAQBOOL, ASSOCIATED
PRESS
Un
âne porte une boîte de scrutin, dans une région éloignée au
nord de Kaboul. Dans les sondages, le président sortant Hamid
Karzaï récolte 45% des intentions de vote.
Élections en
Absurdistan - Michèle Ouimet
La maison de
Ramazan Bashardost à Kaboul est située dans une rue tellement
étroite que les autos ne peuvent pas circuler. De chaque côté,
une eau sale coule dans des caniveaux.
Bashardost affronte Hamid Karzaï dans l’élection
présidentielle de demain, une opération à haut risque que les
talibans ont promis de faire dérailler.
Bashardost est pauvre. Je l’ai rencontré chez lui en février
2007. Il m’a accueillie dans une pièce froide et nue en
m’offrant du thé. Assise par terre, j’ai serré la tasse dans
mes mains pour me réchauffer.
Bashardost parle un excellent français. Il a passé 22 ans en
France, où il a décroché un doctorat en droit et en sciences
politiques. Comme plusieurs Afghans, il a fui son pays envahi
par les Soviétiques. Il est revenu en 2003, deux ans après la
chute des talibans, rempli d’espoir, prêt à participer à la
reconstruction.
En mars 2004, Hamid Karzaï l’a nommé ministre de la
Planification. Bashardost a passé les 2355 ONG du pays au
peigne fin. Sa conclusion: la plupart sont corrompues. Il a
demandé à Karzaï de les traîner devant les tribunaux. Karzaï a
refusé. En décembre 2004, neuf mois après sa nomination, il a
démissionné.
Cinq a ns plus t a r d, Bashardost a décidé de se présenter
contre Karzaï pour dénoncer la corruption. Il fait partie des
41 candidats qui briguent la présidence. Même s’il se classe
parmi les cinq plus sérieux, il n’a aucune chance de gagner.
Karzaï est le grand favori. Dans le dernier sondage, il
récoltait 45% des voix. Mais les gens iront-ils voter? Le taux
de participation sera-t-il suffisamment élevé pour que
l’élection soit crédible ? Toute la question est là.
Les Afghans ont peur. Les talibans ont multiplié les attentats
: bombes, voitures piégées qui tuent soldats, travailleurs de
l’ONU, civils. Les talibans ont aussi menacé de couper le
doigt des électeurs : pour voter, ils doivent le tremper dans
l’encre et il reste taché pendant des jours.
Les talibans
visent surtout le Sud, où vivent les Pachtounes, l’ethnie
majoritaire. Karzaï est pachtoune et le Sud forme sa base
électorale. S’il n’obtient pas 50% des voix, il y aura un
deuxième tour de scrutin. Karzaï est prêt à tout pour éviter
ce scénario. Il a donc demandé à Rachid Dostom, un homme à la
réputation sulfureuse, de l’appuyer ouvertement.
Dostom est la quintessence du seigneur de guerre. Un Ouzbek
qui contrôle une partie du nord de l’Afghanistan. Un homme
riche, sans scrupule, qui carbure au whisky et qui a mangé à
tous les râteliers: il a appuyé les Soviétiques, puis les
talibans.
Je l’ai rencontré à Kaboul en 2003. Un homme fait d’une seule
pièce. Son costume était taché et une barbe mal taillée
mangeait son visage. Sa maison était surveillée par une
douzaine d’hommes armés. Des voitures aux vitres teintées
défilaient devant sa porte et déversaient des hommes tirés à
quatre épingles.
Son a ppui à Karzaï inquiète les Occidentaux, car Dostom n’est
pas un cas isolé. Karzaï s’entoure de seigneurs de guerre qui
ont plongé le pays dans le chaos dans les années 90.
On est loin de la démocratie que les Occidentaux essaient
d’enfoncer dans la gorge des Afghans en les obligeant à tenir
des élections. Un exercice périlleux dans un pays impossible.
Un pays que les Occidentaux ne comprennent pas.
La communauté internationale finance à coups de millions un
scrutin pour qu’un président soit élu. Un président qui va
s’empresser de négocier avec les talibans. Des talibans qui
tuent les soldats de la communauté internationale. On tourne
douloureusement en rond. Absurde.
En 2001, les Occidentaux ont chassé les talibans et installé
Karzaï à la tête du gouvernement. Huit ans plus tard, les
progrès sont infinitésimaux: la démocratie est chancelante, le
pays s’enlise dans la corruption, les talibans sont plus forts
que jamais et Karzaï se pavane avec d’anciens seigneurs de
guerre. Comme Dostom. Peu protestent. Il n’y a pas beaucoup de
Ramazan Bashardost dans le pays.
Les Afghans, eux, désespèrent. Comme le souligne le journal
britannique Guardian, il y a trois types d’individus en
Afghanistan: les al-qaida (les combattants), les al-faida
(ceux qui se sont enrichis) et les al-gaida (ceux qui se sont
fait avoir). La plupart, conclut le journal, font partie des
al-gaida.
Demain plus que jamais.
LES TALIBANS GAGNENT DU TERRAIN
Malgré près de
huit ans d’intervention militaire occidentale en Afghanistan,
les talibans y ont repris le haut du pavé, selon le général
Stanley McChrystal qui y commande les forces armées américaines.
À l’approche des élections du 20 août, le général américain note
que les talibans, en plus d’imposer leur loi sur le sud du pays,
sont en train de gagner du terrain dans le nord et dans l’ouest,
deux zones où ils ne sont pas traditionnellement présents. «
(Les talibans) sont des ennemis très agressifs en ce moment.
Nous devons freiner leur lancée. Arrêter leur initiative », a
dit le général en entrevue au Wall Street Journal. Selon lui, le
seul remède est de renforcer la présence américaine dans des
régions-clés, dont Kandahar, où les forces canadiennes sont
actuellement responsables de la sécurité.
LA DÉPUTÉE QUI REFUSE DE SE TAIRE -
Mali Ilse Paquin
Elles ont un
passé et des horizons différents, mais leur envie de faire
bouger les choses est la même. La Presse vous présente trois
femmes de combat. Aujourd’hui, rencontre avec Malalaï Joya, «
la femme la plus courageuse de l’Afghanistan ». Cette député
« Les écoles se vident à cause des kidnappings d’écolières. Et
des mères affamées vendent leur bébé pour 10$ », déplore
Malalaï Joya.
— Malalaï Joya ne se déplace plus sans gardes du corps. La
jeune Afghane a déjà échappé à cinq tentatives d’assassinat.
Son crime ? Avoir traité des députés de « criminels de guerre
».
PHOTOMUSADEQ SADEQ, ARCHIVES
ASSOCIATED PRESS
Récompensée par plusieurs prix
internationaux, Malalaï Joya est entrée en politique grâce à
son travail humanitaire. Son projet de fonder une clinique
dans sa province l’a menée jusqu’au Parlement en 2005. Elle
y a ouvert son premier discours en offrant ses condoléances
aux Afghans pour les tyrans qui les représentent. Furieux,
des parlementaires hurlaient qu’ils allaient la violer et la
tuer.
C’était au Parlement de Kaboul, en mai 2005. Malalaï Joya,
élue dans la province de Farah, n’avait pas encore 30 ans.
La « femme la plus courageuse de l’Afghanistan » était de
passage à Londres à quelques semaines des élections afghanes,
prévues le 20 août.
Infatigable, elle donne des entrevues dans le monde entier
pour dénoncer Hamid Karzaï et son gouvernement « mafieux ».
Mais aussi pour exiger le départ des troupes de l’OTAN.
La « libération » de l’Afghanistan n’est que de la poudre aux
yeux, répète-t-elle.
« Pou rquoi l a guer re en Afghanistan serait-elle plus j uste
que cel le en I rak ? » demande-t-elle à La Presse.
La députée féministe a fait circuler des photos de bébés
brûlés par des explosions, mardi dernier, à une assemblée
d’admirateurs et de journalistes. « Voici la vraie vie en
Afghanistan », dit-elle, la gorge nouée.
La situation ne s’est-elle pas améliorée depuis l’arrivée des
troupes de l’OTAN? « Les écoles se vident à cause des
kidnappings d’écolières. Et des mères af famées vendent leur
bébé pour 10$ », répond la femme de 31 ans.
Récompensée par plusieurs prix internationaux, Malalaï Joya
est entrée en politique grâce à son travail humanitaire. Son
projet de fonder une clinique dans sa province l’a menée
jusqu’au Parlement en 2005.
Là, elle s’est
rendu compte qu’elle siégeait en compagnie de loups :
d’anciens talibans et seigneurs de la guerre civile qui a
secoué le pays entre 1992 et 1996. « Ce sont des meurtriers,
aussi intégristes les uns que les autres », dit-elle.
Elle a ouvert son premier discours en offrant ses condoléances
aux Afghans pour les tyrans qui les représentent. Furieux, des
parlementaires hurlaient qu’ils allaient la violer et la tuer.
Une féministe en burqa
Stephen Harper était de passage à Kandahar lorsque la députée
s’est fait expulser du Parlement, en mai 2007. L’Assemblée
venait de voter une loi qui interdisait aux membres de se
critiquer entre eux.
Malgré les pressions de députés canadiens et du chef du NPD,
Jack Layton, Stephen Harper n’a jamais condamné l’expulsion de
Malalaï Joya.
Menacée de mort , el le ne dor t j amai s deux nuits au même
endroit.
Elle ne va plus dans sa province natale. Trop dangereux. Elle
se couvre d’une burqa pour échapper à ses bourreaux.
Comparée à la Birmane Aung San Suu Kyi , Malalaï Joya déplore
le changement de ton de Hamid Karzaï face aux talibans. Le
président afghan et le chef de la diplomatie britannique,
David Miliband, ont suggéré cette semaine qu’il était temps «
de parler aux talibans modérés ».
« Qui décide quels talibans sont modérés ou non? C’est la
preuve que les puissances occidentales ont gaspillé tout cet
argent et ce sang », dit-elle. Et les élections qui
approchent? Elle s’insurge du fait que Karzaï ait dépensé
environ 2 millions de dollars canadiens en deux semaines de
campagne alors que sa victoire semble assurée.
« Nous avons un dicton en Afghanistan: L’important, ce n’est
pas qui vote mais qui compte les bulletins de vote. »
L’autobiographie de Malalaï Joya sera publiée au mois
d’octobre.
ÉTÉ SANGLANT POUR LES FORCES ALLIÉES
- Martin Croteau
Les forces
alliées en Afghanistan viennentde traverser lemois leplus
sanglant depuis le début de leur mission, et l’escalade de
violence continue. L’armée canadienne a confirmé hier que deux
soldats de la base de Valcartier sont morts. Et les analystes
militaires croient que les prochaines semaines seront tout
aussi meurtrières, sinon plus encore.
PHOTO DENE MOORE, LA PRESSE
CANADIENNE
Le caporal Christian Bobbitt, 23 ans, a été fauché samedi avec
un collègue par une bombe artisanale. Leur mort porte à sept
le nombre de soldats canadiens tués depuis le début du mois de
juillet.
Au total, en juillet, les forces de la coalition ont perdu de
74 militaires en sol afghan. C’est le plus grand nombre de
victimes en un mois depuis le déploiement des forces
étrangères en 2001.
« Je ne pense pas qu’on ait atteint le point le plus critique,
estime Michel Drapeau, colonel à la retraite et avocat. Ça
pourrait arriver ce mois-ci ou le mois prochain, mais les
pertes vont aller en s’accentuant. »
Le mois d’août n’a que deux jours et neuf soldats alliés sont
morts.
Les morts et les blessés se multiplient depuis que les
ÉtatsUnis et la Grande-Bretagne ont lancé une vaste offensive
dans le Helmand, au sud du pays. L’opération vise une province
considérée comme un fief des talibans et un centre du commerce
de l’opium.
Les États-Unis ont doublé leurs effectifs dans le pays depuis
l’élection de Barack Obama, qui a promis de faire du conflit «
sa » guerre. On compte maintenant près de 100 000 soldats de
l’OTAN en Afghanistan, dont 70 000 Américains et 2800
Canadiens.
En poste depuis le mois de mai, le nouveau dirigeant des
forces américaines en Afghanistan, le général Stanley
McChrystal, a imposé un important changement de cap. Il veut
que ses soldats se mêlent davantage à la population locale,
qu’ils attaquent les insurgés de front et réduisent le recours
aux frappes aériennes, qui ont fait des centaines de victimes
civiles par le passé.
Cette nouvelle approche, qui ressemble à celle des Canadiens à
Kandahar, expose les troupes à davantage de risques, disent
toutefois les analystes. Mais, selon Michel Drapeau, il n’y a
pas d’autre moyen pour venir à bout des talibans.
« Si l’on veut diminuer leur nombre et diminuer leur capacité
tactique, c’est la seule façon de s’y prendre, tranche-t-il.
C’est pour ça qu’on est là : on n’a pas envoyé des Casques
bleus. On a envoyé des troupes pour combattre les insurgés. »
Selon Rémi Landry, analyste militaire rattaché à l’Université
de Montréal, le regain de violence est aussi lié aux élections
présidentielles prévues le 20 août.
« C’est à
l’avantage des talibans de chercher par tous les moyens
possibles à déstabiliser le processus électoral, ne serait-ce
que pour chercher à discréditer son résultat en bout de piste
», affirme-t-il.
Des fuites dans les médias portent à croire que les États-Unis
sont sur le point d’envoyer jusqu’à 20 000 soldats
supplémentaires pour contenir l’insurrection, une version
afghane du surge lancé pour imposer la paix en Irak.
Cet te stratégie sera-t-el le payante ? En tout cas, pas pour
la cohésion entre les alliés, estime M. Landry. Plusieurs pays
européens hésitent déjà à engager leurs troupes dans les zones
les plus violentes. Et l’ajout massif de troupes américaines
contribuera à créer une alliance « à géométrie variable ».
« Le danger que je vois, c’est que ça va affaiblir à moyen et
à long terme la coalition de l’OTAN, dit-il. Les gens veulent
que les Américains viennent, mais ils ne veulent pas qu’ils
prennent toute la place. »
Un échec pour le Canada?
La mission afghane sème déjà la controverse en
Grande-Bretagne. Un comité parlementai re a affirmé la semaine
dernière que le déploiement des troupes avait été « miné par
une planification irréaliste aux échelons supérieurs, une
mauvaise coordination et, surtout, un manque de directive
claire aux militaires ».
Et tout indique qu’un autre débat déchi rant se t rame à
l’OTAN alors que le Canada s’apprête à quitter Kandahar en
juillet 2011. Ottawa s’est engagé à retirer ses troupes à
cette date, et les alliés ne se pressent pas aux portes pour
les remplacer.
Le brigadier-général Jonathan Vance, qui dirige les forces
canadiennes en Afghanistan, a d’ailleurs affirmé au Devoir que
les forces militaires et policières afghanes ne seront pas
prêtes à prendre le relais au départ du Canada. C’était
pourtant l’un des principaux objectifs du gouvernement Harper.
Mi s sion i mpossible, l’Afghanistan? Rémi Landry parle plutôt
d’une « année de transition ». Il estime qu’il faut attendre
encore quelques mois avant de savoir si la nouvelle stratégie
alliée porte ses fruits.
« On sera mieux en mesure de voir ce qui se passe à partir de
la fin 2009 ou du début 2010 », dit-il.
Michel Drapeau craint pour sa part que la flambée de violence
mine le moral des soldats canadiens.
« C’est une arme sournoise contre laquelle il n’y a aucune
défense, explique-t-il. Les jeunes sont là, ils vont reprendre
le combat demain matin en espérant que la chance leur sourira.
Dans leur esprit, l’appui à la mission va s’effriter au fur et
à mesure que la fatalité frappe. C’est ça qui nous guette dans
les mois qui viennent. »
Deux soldats de Valcartier meurent en mission
La première
explosion n’a pas réussi à transpercer le véhicule. Mais
lorsqu’un groupe de soldats est sorti pour en faire
l’inspection, les insurgés ont fait exploser une autre
bombe, qui a tué les deux soldats.
LE SOLEIL Les dépouilles mortelles de deux autres soldats de
Valcartier tués par une bombe artisanale, en fin de semaine
près de Kandahar, étaient en route vers le Canada hier, deux
jours après la fin du mois le plus meurtrier pour les forces
de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) en
Afghanistan.
Le caporal Christian Bobbitt, 23 ans, de Sept-Îles, et un
autre jeune soldat dont l’identité n’a pas encore été
révélée étaient en mission d’approvisionnement à 15 km à
l’ouest de Kandahar, samedi, lorsque vers 15h20 ( heure
locale) leur véhicule blindé a été atteint par deux engins
explosifs artisanaux.
La première explosion n’a pas réussi à transpercer le
véhicule. Mais lorsqu’un groupe de soldats est sorti pour en
faire l’inspection, les insurgés ont fait exploser une autre
bombe, qui a tué les deux jeunes soldats et en a blessé un
troisième, dont l’identité n’a pas encore été dévoilée. Ce
dernier a été transporté à l’hôpital de l’aérodrome de
Kandahar. Il souffre de graves blessures, mais son état a
été jugé stable.
M. Bobbitt faisait partie du 5e Régiment du génie de combat,
basé à Valcartier. Issus du 2e Bataillon du Royal 22e
Régiment, son camarade et lui se trouvaient à Kandahar
depuis le mois de mars.
Le commandant des forces canadiennes en Afghanistan, le
brigadier-général Jonathan Vance, a souligné que leur
travail, qui consistait à trouver et à désamorcer les bombes
artisanales dissimulées au bord des routes, avait permis de
protéger la vie des troupes canadiennes et des citoyens
afghans.
Avec au
moins 74 soldats tués, dont cinq Canadiens, le mois de
juillet a été le plus meurtrier pour les forces de la
coalition en Afghanistan depuis le début de la guerre, en
2002.
La mort du caporal Bobbitt et de son camarade, le 1er août,
porte à 127 le nombre de soldats canadiens tués dans ce
pays. Neuf soldats de Valcartier sont morts depuis le début
de la deuxième rotation de la base québécoise à Kandahar, le
1er avril.
Malgré ce bilan, le brigadiergénéral Vance a demandé aux
Canadiens de continuer de croire aux bienfaits de la mission
là-bas : « Même s’il y a eu beaucoup d’attention médiatique
accordée aux pertes des troupes canadiennes en Afghanistan
dans les dernières semaines, je vous demande de ne pas
succomber à la tentation de considérer cette mission comme
un échec. »
Hier après-midi, des centaines de soldats canadiens et
d’autres nations se sont réunis à l’aérodrome de Kandahar
lors d’une cérémonie en l’honneur des deux soldats disparus,
dont les cercueils ont été embarqués dans un avion en
direction du Canada.
Le ministère de la Défense a indiqué hier que les proches du
deuxième soldat tué ont été avisés de sa mort, mais ils ont
demandé de taire son nom, le temps d’en informer d’autres
membres de la famille. Son identité devrait être révélée
aujourd’hui.
«IL NE M’ENRESTE QUEDEUX À FAIRE»
Quelques heures avant de partir pour sa dernière
mission, le caporal Christian Bobbitt a rédigé un court
message sur sa page Facebook que sa cousine a lu peu de temps
après avoir appris sa mort. « Il avait écrit : " Merci mon
Dieu… le mois de juillet est fini. Il m’en reste rien que deux
à faire" », se souvient Karine Bobbitt, 29 ans, jointe hier
après-midi à Sept-Îles. Éprouvé par la mort de cinq soldats de
Valcartier en juillet et récemment blessé à la main, Christian
Bobbitt, 23 ans, était devenu de plus en plus inquiet en
Afghanistan et avait hâte de revenir au Québec, a confié
Karine Bobbitt, qui se souvient de son cousin comme d’un jeune
homme dynamique et boute-en-train qui la faisait beaucoup
rire.
MILITAIRES DE VALCARTIER MORTS EN 2009 EN AFGHANISTAN
Caporale
Karine Blais, 21 ans, morte le 13 avril lorsque le véhicule
dans lequel elle se trouvait a roulé sur un engin explosif
lors d’une patrouille de sécurité dans le district de Shah
Wali Kowt. Soldat Alexandre Péloquin, 20 ans, mort le 8 juin
dans l’explosion d’une bombe artisanale dans le district de
Panjwayi alors qu’il patrouillait à pied. Caporal Martin Dubé,
35 ans, mort le 14 juin dans l’explosion de deux bombes
artisanales pendant une opération de déminage dans le district
de Panjwayi. Caporal-chef Charles-Philippe Michaud, 28 ans,
mort le 4 juillet à l’hôpital de l’Enfant-Jésus, à Québec, où
il a succombé à ses blessures après avoir marché sur une mine
deux semaines plus tôt dans le district de Panjwayi.
Caporal-chef Pat Audet, 38 ans, mort le 6 juillet dans
l’écrasement accidentel d’un hélicoptère CH146 Griffon des
Forces canadiennes près d’une base dans la province de Zaboul.
Caporal Martin Joanette, 25 ans, mort le 6 juillet dans le
même écrasement d’hélicoptère. Soldat Sébastien Courcy, 26
ans, mort le 16 juillet pendant un combat contre des insurgés
du district de Panjwayi. Il est tombé de la position qu’il
occupait, en terrain escarpé. Caporal Christian Bobbitt, 23
ans, mort le 1er août dans l’explosion de deux engins
explosifs artisanaux dans le district de Zhari, où ils étaient
en mission de ravitaillement. Un autre soldat a été blessé.
Soldat dont l’identité n’a pas encore été divulguée, mort le
1er août dans les mêmes circonstances que le caporal Bobbitt.
Le piétinement ANDRÉ PRATTE
L’appui à la
mission de l’OTAN en Afghanistan s’effrite dans la plupart des
pays participants.
Dans une entrevue accordée au Devoir, le patron des Forces
armées canadiennes en Afghanistan a confié que, à son avis,
l’armée afghane ne sera pas en mesure d’assurer la sécurité
dans la province de Kandahar en 2011, date à laquelle la
mission militaire du Canada doit prendre fin. Selon le
brigadier général Jon Vance, « il n’y a aucune manière
d’arriver » à l’objectif que s’était fixé le gouvernement de
Stephen Harper au moment où la mission a été prolongée de deux
ans.
Cet aveu s’ajoute à des informations de diverses provenances
indiquant que les pays de l’OTAN ne sont pas près de
stabiliser l’Afghanistan et que le gouvernement Karzaï ne sera
pas de sitôt en mesure de contrôler le pays sans leur soutien.
Les Occidentaux sont donc en Afghanistan pour plusieurs années
encore.
Il serait excessif de parler d’enlisement. Des progrès
substantiels ont été réalisés. L’Armée nationale afghane,
bâtie « à partir de rien » (dixit Jon Vance), compte
aujourd’hui cinq bataillons. Dans le secteur de l’éducation,
six millions d’enfants, garçons et filles, sont inscrits à
l’école, contre à peine 500 000, garçons seulement, sous le
régime taliban. Les soins médicaux de base sont davantage
accessibles. Le pays dispose de meilleures infrastructures.
Toutefois,
les difficultés restent énormes, de sorte qu’on a la nette
impression que le pays piétine. Le nombre de morts, militaires
comme civils, ne cesse d’augmenter. Le mois dernier a été le
plus meurtrier pour la coalition depuis le début de la guerre
; 75 soldats tués, dont cinq Canadiens. Selon l’ONU, 1013
civils ont perdu la vie en raison des combats au cours des six
premiers mois de l’année. C’est 200 de plus qu’au cours de la
même période en 2008, et 330 de plus qu’au cours des six
premiers mois de 2007.
Le régime de Hamid Karzaï demeure fragile, même si le
président sera sans doute réélu le 20 août. La police est
corrompue, impopulaire et particulièrement ciblée par les
insurgés. Hier, à Herat, dans l’ouest du pays, 12 personnes
sont mortes dans un attentat visant un convoi de policiers.
À Londres, le comité des Affaires étrangères des Communes
vient de publier un rapport concluant que « l’effort
international en Afghanistan a produit des résultats bien en
deçà de ce qui avait été promis ». Convaincus qu’« il ne
saurait être question que la communauté i nternat ionale
abandonne l’Afghanistan », les députés britanniques pressent
le gouvernement Brown de mieux définir et expliquer les
objectifs de la mission, à défaut de quoi l’appui populaire
s’effritera. On sait qu’au Canada, en France et en Allemagne,
cet effritement s’est déjà produit.
Au cours des dernières semaines, les alliés ont modifié leur
stratégie militaire de façon à se gagner l’appui de la
population locale. De plus, des milliers de soldats américains
supplémentaires ont été dépêchés dans le pays. Il faut espérer
que ces changements produiront rapidement des progrès
tangibles. Si ce n’est pas le cas, la mission en Afghanistan
deviendra politiquement et moralement intenable pour les
gouvernements des pays participants.
NOTRE PRESTIGE EN PÉRIL - Justin
Massie
Si le
Canada retire ses troupes d’Afghanistan en 2011, sa
contribution à la sécurité internationale sera mince
L’auteur est doctorant à l’Université Queen’s et chercheur
associé à la Chaire de recherche du Canada en politiques
étrangère et de défense canadiennes de l’UQAM. Le Canada a
contribué plus que sa part en Afghanistan. Voilà
l’argument que le gouvernement Harper invoque à
Washington, Bruxelles et Kaboul depuis plus d’un an afin
de justifier la décision de retirer le gros du contingent
militaire canadien de Kandahar en 2011. Ceci ne peut que
créer des tensions avec ses alliés.
PHOTO MURRAY BREWSTER,
ARCHIVES PC
Avec un total de 3200 militaires
déployés partout dans le monde, dont près de 90% sont en
Afghanistan, le Canada fait piètre figure
comparativement à des pays de même envergure
internationale.
L’argument est certainement fondé. Après tout, les
Canadiens ont proportionnellement perdu un plus grand
nombre de soldats au combat que n’importe quel autre pays
combattant en Afghanistan. Mais le fardeau militaire
qu’assume le Canada doit être relativisé. Avec un total de
3200 militaires déployés partout dans le monde (dont près
de 90% sont en Afghanistan), le Canada fait piètre figure
comparativement à des pays de même envergure
internationale.
Par exemple, l’Italie déploie plus de 8000 soldats à
l’étranger, alors que la Pologne, avec une population
légèrement supérieure à celle du Canada et malgré un
environnement géopolitique beaucoup moins sécuritaire que
l’Amérique du Nord, déploie actuellement des centaines de
soldats de plus que le Canada à l’extérieur de ses
frontières.
Ce qui explique ce décalage est simple: le Canada ne
s’investit militairement que dans un seul pays, et ce, au
détriment des opérations de paix en Europe, au
Proche-Orient et en Afrique. La contribution militaire
canadienne est donc proportionnelle au niveau
international. Ce n’est que parce que le Canada a
volontairement pris la responsabilité sécuritaire d’une
des provinces les plus dangereuses d’Afghanistan que ses
soldats courent davantage de risques que leurs alliés
italiens et polonais. Bref, il est hasardeux d’affirmer
sans ambages que le Canada assume davantage que sa « juste
» part du fardeau militaire international.
Cette constatation permet de qualifier les appels, de plus
en plus fréquents et insistants au pays comme en Europe, à
ce que le gouvernement Harper dévoile la stratégie mi l
itaire canadienne post-2011. En effet, si le Canada retire
son groupement tactique de Kandahar (celui qui mène
l’essentiel des opérations offensives) et ses hélicoptères
de combat, ne maintenant ainsi qu’une présence humanitaire
minimale ( les équipes de mentorat et de reconstruction),
la contribution du Canada à la sécurité internationale
serait équivalente à celle de la Nouvelle-Zélande, un pays
presque 10 fois moins populeux que le Canada.
En se
retirant d’Afghanistan sans engagement ailleurs dans le
monde, le Canada aurait ainsi légitimement droit à la même
critique qu’il martèle à ses alliés européens depuis des
années: augmentez votre contribution militaire
internationale.
Un tel scénario représenterait d’ailleurs une exception
historique. Depuis 1991, le Canada déploie en moyenne plus
de 4000 soldats à l’étranger. L’engagement mi l itaire
actuel en Afghanistan constitue donc une exception : le
Canada contribue moins, en termes de nombre de soldats sur
le terrain, que par le passé.
I l s ’ agi ra i t éga lement d’une exception en termes
des raisons qui motivent les décideurs politiques
canadiens à engager le pays dans des conflits
internationaux. Trois motifs ont été évoqués tour à tour
jusqu’à présent. Le Canada s’est investi en Afghanistan
soit pour des raisons de sécurité (empêcher que
l’Afghanistan ne redevienne un refuge pour le terrorisme
international), humanitaires et idéologiques (aider la
population a fghane et i nstaurer un régime démocratique),
ou de prestige. C’est ce dernier argument qui se révèle le
plus convaincant.
Comme l’indiquait le rappor t Manley en 2008, le rôle de
leader que le Canada s’est acquis à Kandahar lui « confère
une inf luence et une crédibilité notables ». S’il
abdiquait cette responsabilité, le Canada perdrait sa «
réputation de fiabilité qu’il s’est taillée sur la scène
internationale » ainsi que « sa capacité d’influer sur le
règlement des crises à l’avenir ».
Puisqu’il est assuré que les autorités politiques
fédérales ne souhaitent pas que le Canada perde de sa
réputation internationale, durement gagnée grâce au
sacrifice de jeunes hommes et femmes, il est possible de
prédire que la stratégie post-2011 du Canada inclura un
engagement militaire significatif en Afghanistan ou
ailleurs. Toutefois, préciser aujourd’hui où dans le monde
le Canada pourra préserver sinon accroître son prestige
international demeure illusoire. Tout dépend d’où
l’attention de Bruxelles et de Washington convergera.
AFGHANISTAN Mariage et attentats
Dix-sept
personnes, dont cinq soldats américains et cinq civils qui se
rendaient à un mariage, ont été tuées dans des attentats en
Afghanistan. Cette recrudescence de la violence intervient à
deux semaines des élections présidentielles et provinciales du
20 août. Elle survient aussi au moment où le nouveau secrétaire
général de l’OTAN, le Danois Anders Fogh Rasmussen, fait sa
première visite au pays.
IRAK Invasion illégitime
L’invasion de l’Irak par les ÉtatsUnis en mars 2003 était illégitime
au regard du droit international, selon une commission d’enquête
indépendante néerlandaise qui a remis en cause hier le bien-fondé du
soutien politique de La Haye à cette opération militaire.
Les attaques ont fait 15 morts hier en Irak : La femme
et les trois enfants d’un policier kurde assassinés
KIRKUK — Quinze
personnes ont été tuées dans des attaques hier en Irak, dont une
mère et ses trois jeunes enfants abattus durant leur sommeil à
Kirkuk (nord), ont indiqué des sources policières et médicales.
Des hommes armés ont pénétré avant l’aube dans le domicile de la
mère à Banja – un quartier où sont venues s’installer des
familles kurdes chassées par Saddam Hussein – et tué d’une balle
dans la tête les enfants âgés de 3, 6, et 9 ans et leur mère,
selon le colonel de police Chirzad Moufri.
Le père, Omid Abdel Hamid, un policier de Kirkuk, se trouvait à
son travail quand l’attaque a eu lieu, a précisé le colonel,
indiquant qu’une enquête avait «été ouverte pour connaître les
raisons de ce crime».
Quatre soldats ont été tués lors de combats avec des insurgés
dans la région à majorité sunnite de Riyadh, à 35 km au
sud-ouest de Kirkuk, ont indiqué la police et l’armée. Deux
insurgés ont aussi été tués.
À Kirkuk, un lieutenant de l’armée a été tué dans l’explosion
d’une bombe contre son véhicule.
Kirkuk est une province riche en pétrole que se disputent Ku
rdes, A rabes et Turkmènes. Les autorités régionales du
Kurdistan souhaitent le rattachement de la province et de la
ville du même nom à leur région autonome, ce que les deux autres
communautés refusent.
La province
est le théâtre de tensions et de violences perpétrées par les
différents groupes armés, dont Al-Qaeda.
Par ailleurs, à Mouqdadiya, à 90 km au nord-est de Bagdad,
deux personnes ont été tuées et 12 blessées dans un attentat à
la voiture piégée commis sur un marché, selon le centre de
commandement militaire de la ville et le Dr Firas al-Doulaïmi,
de l’hôpital de Baquba, où ont été transportées les victimes.
Au sud de Mossoul, quatre personnes ont été tuées dans un
règlement de comptes entre les membres d’une tribu à la suite
de la mort d’un des membres, selon une source policière.
Enfin, la police de la province de Kirkuk a annoncé la mort
dans des affrontements avec les forces de sécurité irakiennes
d’un chef d’Ansar al-Sunna, un groupe salafiste qui a commis
de nombreux attentats.
Le chef de la police de la province, Sarhad Qadir, a affirmé à
l’AFP que Rafiq Mahmoud alJaouali, l’émir du groupe pour
Kirkuk, avait été tué dans une opération organisée par les
forces de sécurité irakiennes après avoir reçu des
renseignements sur l’emplacement de sa cache.
Un des adjoints de l’émir, Ghanim al-Azaoui, a été blessé dans
l’opération et arrêté, a-t-il ajouté.
Bagdad compte ses morts - Mehdi
Lebouachera
Deux attentats
au coeur de la ville ont tué au moins 95 personnes
BAGDAD — Un double attentat au camion piégé en plein coeur de
Bagdad a fait hier au moins 95 morts. Le premier ministre
Nouri al-Maliki doit donc réévaluer le plan de sécurité mis en
place après le retrait américain des villes d’Irak, il y a six
semaines.
Avec
au moins 95 morts, la journée d’hier a été la plus sanglante
à Bagdad depuis le 1er février 2008, où 98 personnes avaient
été fauchées par une attaque sur un marché.
Les deux attentats ont visé à quelques minutes d’intervalle
les ministères des Affaires étrangères et des Finances, dans
le centre de Bagdad. Ils ont également blessé environ 600
personnes et détruit les lieux : voitures en flammes, toits
effondrés, vitres explosées et arbres calcinés.
Il s’agit de la journée la plus sanglante à Bagdad depuis le
1er février 2008, où 98 personnes avaient été fauchées par une
attaque sur un marché.
Le Conseil de sécurité de l’ONU a condamné « dans les termes
les plus forts les attentats terroristes » . L’Union
européenne les a qualifiés de « brutaux » et les ÉtatsUnis,
qui déploient toujours 130 000 soldats en Irak, ont dénoncé
des « actes de violence absurdes ».
Mai s l e Pent agone a a f f i rmé que le projet de retrait
des forces américaines d’Irak d’ici à la fin de 2011 reste
inchangé après le redéploiement en juin des troupes
américaines hors des villes, dont Bagdad.
M. Maliki a convoqué les principaux chefs de la sécurité en
vue de réévaluer « les plans de sécurité et les moyens pour
affronter les groupes terroristes ». « Il a été décidé de
prendre des mesures rapides pour assurer la sécurité à Bagdad
afin de contrer les plans terroristes visant à ranimer la
violence avant les élections » législatives de janvier, selon
le bureau du premier ministre.
L’attentat le
plus sanglant s’est produit en face du ministère des Affaires
étrangères, près de la zone verte, qui abrite le siège du
gouvernement irakien et l’ambassade des États-Unis.
Un camion piégé a explosé à une heure de grande affluence ; un
journaliste de l’AFP a vu plusieurs corps carbonisés
enchevêtrés dans leurs voitures devant le Ministère.
« C’est une attaque délibérée pour empêcher le retour à la vie
normale », a dit le chef de la diplomatie, Hoshyar Zebari. «
Il y a eu de sérieux manquements à la sécurité et le mode
opératoire est celui d’Al-Qaeda. »
Quelques minutes plus tôt, un kamikaze avait fait sauter son
camion frigorifique avec 1,5 tonne d’explosifs à proximité du
ministère des Finances, selon le Ministère.
« Dans les deux attaques, 95 personnes ont été tuées et 563
ont été blessées », selon le ministère de l’Intérieur.
Les habitants ont manifesté leur colère face à l’incapacité du
gouvernement à juguler la violence.
Il y a deux semaines, pour montrer aux Irakiens le retour des
beaux jours, M. Maliki avait demandé aux forces de sécurité de
retirer les murs de protection en béton qui obstruaient les
rues de Bagdad. Il n’y avait plus aucun mur devant ce
ministère.
«La lutte pour le pouvoir est sans merci » -
Alexandre Sirois
Sans projet de
réconciliation nationale en Irak, il n’y aura pas de sécurité,
estime l’ancien envoyé spécial de la Ligue arabe dans ce pays,
Mokhtar Lamani. Dans une entrevue à La Presse, ce chercheur au
Centre pour l’innovation dans la gouvernance internationale de
Waterloo en Ontario s’est dit déçu à la fois des politiciens
irakiens au pouvoir et de l’administration américaine de
Barack Obama. QQu’est-
ce que ces attentats meurtriers nous révèlent sur la situation
actuelle en Irak, alors que l’armée américaine vient de se
retirer des villes du pays? R Il y a trois questions pour moi
inséparables. On ne peut pas traiter l’une sans les autres. La
première, c’est la reconstruction. On a tellement parlé des
efforts des Américains, qui ont injecté des centaines de
milliards de dollars. Mais il ne peut y avoir de
reconstruction de l’Irak sans la sécurité. Et il ne peut y
avoir de sécurité sans un vrai projet politique de
réconciliation nationale qui englobe tous les Irakiens. QPour
les autorités
irakiennes, la conclusion semble simple. Elles montrent du
doigt les « nostalgiques de Saddam Hussein« et les «
extrémistes d’Al-Qaeda », qu’elles jugent responsables des
attentats. R Ils sont un peu comme des boucs émissaires. Je
n’excuse pas Al-Qaeda et les nostalgiques de Saddam Hussein.
Mais je ne pense pas qu’AlQaeda ait les moyens de faire ce
genre de choses. Surtout ce qui s’est passé aujourd’hui. C’est
tellement bien coordonné, tellement bien fait... QPourquoi
la réconciliation nationale tarde-t-elle tant ? Qui n’a pas
intérêt à ce qu’elle se fasse ? R L’une des premières
conditions de la réconciliation nationale est que les
seigneurs de guerre doivent être fatigués de s’entretuer, ce
qui ne semble pas être le cas en Irak. J’ai écrit un article
en arabe sur la réconciliation nationale. Tout le monde m’a
dit qu’il était très bon. Mais aucun groupe irakien ne l’a di
f fusé sur son site web. Les chiites, les sunnites, ceux qui
sont à l’intérieur du processus politique, ceux qui sont à
l’extérieur... Euxmêmes ne sont pas fatigués de s’entretuer.
Je n’écarte pas la possibilité que les gens qui sont au
pouvoir soient à la source de beaucoup de problèmes et
d’assassinats. La lutte pour le pouvoir est sans merci.
QWashington
souhaite toujours officiellement retirer ses troupes du pays
en 2011. Estce que les plans de Barack Obama pourraient être
compromis par la hausse de la violence ? R Les Américains se
désengagent de façon choquante. Je suis déçu. J’avais
rencontré pendant la campagne des proches d’Obama qui
s’occupaient de l’Irak. On en avait beaucoup discuté. Ce que
je constate, c’est que les priorités ont changé pour
l’administration. Avec la crise financière, l’ Irak n’a plus
autant d’importance.
Les Irakiens fêtent le départ des Américains de
leurs villes
BAGDAD— Les
Irakiens ont célébré, hier, le retrait des troupes américaines
des villes et agglomérations au milieu de mesures de sécurité
exceptionnelles pour éviter que des attentats gâchent la fête.
PHOTO KHALIL AL-MURSHIDI
À compter d’aujourd’hui, la police
iranienne prend le contrôle de la sécurité dans les villes
du pays, avec le soutien de l’armée nationale.
Des dizaines de milliers d’Irakiens se sont pressés dans
l’immense parc Zawra, à Bagdad, pour fêter l’événement. Dans
une atmosphère bon enfant, ils se prêtaient volontiers à trois
fouilles de la police avant de gagner le jardin pour écouter
les plus célèbres chanteurs et groupes de musique irakiens.
Des nombreux drapeaux irakiens se mêlaient à des banderoles
sur lesquelles étaient inscrits notamment « Bagdad a traversé
des moments difficiles, mais aujourd’hui c’est le jour où il
retrouve sa souveraineté et son indépendance ».
L’oubli...
« Depuis 2003, je n’avais jamais été à une fête et aujourd’hui
je viens écouter les chanteurs que j’adore », assure Ahmed
Ali, 20 ans
Quand le
premier chanteur Salah Hassan interprète « l’Irak est loyal à
son peuple », c’est le délire. En voyant devant eux ce
chanteur qui vit à l’étranger, les jeunes crient leur bonheur
et les policiers dansent en se déhanchant.
Cette foule cherche manifestement à oublier les jours où des
dizaines de milliers d’Irakiens étaient enlevés, torturés,
égorgés, abattus ou massacrés par des voitures piégées.
« Aujourd’hui, je sens que mon pays m’appartient à nouveau. Je
suis venu écouter les chanteurs que je n’ai pas vus depuis
2003. C’est vraiment très sympa de les voir de retour au pays
», assure Salem Mohammad, 25 ans, du quartier chiite de Sadr
City.
Dans la matinée a eu lieu la passation de la dernière des 86
positions américaines à Bagdad. Les Irakiens ont repris
possession de l’ancien ministère de la Défense, construit en
1938 et occupé depuis 2003 par les forces américaines.
« C’est le symbole de sa souveraineté que s’approprie à
nouveau notre peuple et ce moment marque la fin de la
domination de la Force multinationale », a affirmé le général
Abboud Qambar, commandant de la chambre d’opérations de
Bagdad.
Le retrait américain des villes, aujourd’hui, s’inscritdans
l’accord de sécurité signé en novembre par Bagdad et
Washington et qui doit aboutir fin 2011 au départ de toutes
les troupes d’Irak. Désormais ce sont les 500 000 policiers et
250 000 militaires irakiens qui prennent en charge la
sécurité.
IRAK Les Irakiens « sont prêts » pour le retrait
des troupes
Les Irakiens «
sont prêts » à assumer la sécurité des villes après le retrait
des troupes américaines demain, a affirmé hier le chef des
troupes américaines dans ce pays, Ray Odierno, sur CNN. « Je
pense qu’ils sont prêts. Ils ont travaillé à cela depuis fort
longtemps », a affirmé le général. « La sécurité reste bonne,
nous avons vu une amélioration constante des forces de
sécurité et une amélioration constante de la gouvernance »,
a-t-il ajouté.
IRAQ : L’échéance du 30 juin - MARIO
ROY
Dans deux
jours, les soldats américains se seront presque
entièrementretirésdes villes irakiennes, laissant le fardeau
de la sécurité urbaine, à Bagdad, à Mossoul, à Najaf et
ailleurs, aux 750 000 militaires et policiers irakiens. Cette
étape importante dans le retrait complet des troupes
américaines, fin 2011, était prévue dans l’entente (dite SOFA,
pour Status of Forces Agreement) signée le 27 novembre dernier
entre les deux gouvernements.
C’est peut-être aussi l’étape la plus dangereuse: alors que le
30 juin approche, le niveau de violence a recommencé à monter
alors que le mois de mai avait été le plus paisible depuis
2003.
Deux des événements les plus meurtriers – et les plus
répugnants – sont survenus depuis 10 jours dans un marché
public de Sadr City, un quartier chiite et pauvre de Bagdad;
ainsi qu’à l’extérieur d’une mosquée de Kirkouk. Près de 150
personnes, dont beaucoup de femmes et d’enfants, ont ainsi été
tuées à l’explosif. D’autres attentats encore ont eu lieu au
cours des derniers jours.
Il s’agit d’une escalade dont l’objectif est clair: mettre
sous pression les forces de l’ordre irakiennes. Et, peut-être,
forcer les Américains à demeurer sur place, ce qui aurait pour
effet d’alimenter le ressentiment envers eux.
Sur le premier point, la tactique pourrait fonctionner... à
demi.
Lors de
l’attentat de Sadr City, la police locale accourue sur place a
bel et bien été accueillie par des roches et des injures
lancées par une population s’estimant laissée à elle-même. «
Les forces de sécurité irakiennes ne sont pas capables de
protéger le peuple », a dit un résidant de 20 ans à l’AFP.
L’encadrement policier en Irak est quatre fois plus élevé
qu’au Canada (un par 134 citoyens contre un par 537), ce qui
ne plaide pas en faveur de leur efficacité. Quant aux
militaires, ils sont sous-équipés et très inégalement formés.
Tout cela sans parler des allégeances sectaires, surtout chez
les policiers, qui suscitent la méfiance en particulier de la
part de la minorité sunnite.
Par contre, la population a aujourd’hui beaucoup moins de
sympathie envers les insurgés de toutes obédiences et elle ne
leur offre plus le même soutien logistique. C’est un facteur
de sécurité aussi important que l’action de la police et de
l’armée.
Pour sa part, Washington a catégoriquement rejeté l’idée de
surseoir au retrait de ses troupes des zones urbaines.
La question demeure : que va-til se passer après le 30 juin?
Les 30 millions de citoyens irakiens, qui n’ont pas demandé à
être débarrassés de leur dictateur par une force étrangère,
pour ensuite se voir plongés pendant six ans dans une
quasi-guerre civile, peuvent-ils aspirer à une paix au moins
relative ?
Il n’est peut-être pas exagéré de dire que leur avenir se
jouera en bonne partie entre ce 30 juin et janvier 2010, alors
que doivent avoir lieu des élections parlementaires. Une
période au cours de laquelle leur sort dépendra de plus en
plus d’eux-mêmes, de leur gouvernement, de leurs forces de
sécurité.
C’est un test capital.
IRAK Retrait américain
L’armée américaine a pratiquement achevé son retrait des
villes irakiennes, une étape majeure depuis le début de la guerre
en Irak en 2003 et qui ouvre la voie au désengagement total du
pays fin 2011. Le porte-parole du ministère irakien de la Défense,
Mohammad al-Askari, avait annoncé samedi que « les forces
américaines avaient déjà remis 120 des 157 bases qu’elles doivent
céder aux forces irakiennes », car elles se trouvent dans les
villes.
Les frappes indisposent Islamabad
— Le ministre
pakistanais de l’Intérieur, Rehman Malik, a réclamé hier l’arrêt
des frappes aériennes de drones (avions sans pilote) américains
contre des positions d’Al-Qaïda ou des talibans au Pakistan, qui
ont fait des centaines de victimes civiles selon la presse
pakistanaise.
« Nous avons
dit aux ÉtatsUnis : "Vous êtes un grand défenseur de la
démocratie et nous sommes un petit pays démocratique qui vous
demande d’arrêter les drones." Les États-Unis doivent nous
écouter et cesser » les tirs de ces engins, a déclaré M. Malik
sur France 24.
Les talibans du Pakistan décapités ? -
Laura-Julie Perrault
Les
États-Unis et le Pakistan se disent presque certains
d’avoir éliminé le chef des talibans pakistanais,
Baitullah Mehsud. Mais de l’aveu même du commandant des
forces américaines en Afghanistan, les talibans, s’ils ont
perdu quelques batailles, sont en
Soupçonné de la planification du meurtre de Benazir Bhutto
et de dizaines d’attentats, le chef des talibans du
Pakistan, Baitul lah Mehsud, était depuis des années
l’homme le plus recherché du Pakistan. Selon toute
vraisemblance, sa fuite s’est terminée mercredi dernier
alors qu’il prenait un moment de répit chez son beau-père.
Selon des sources américaines, citées par CNN hier,
l’homme dans la trentaine qui dirigeait depuis 2007 le
mouvement des talibans du Pakistan a été repéré par des
avions sans pilote pendant qu’il se faisait masser les
jambes par sa femme sur le toit d’une maison du village de
Zanghara, dans le Waziristan du Sud. La chaleur aurait
poussé le no1 des talibans, dont le diabète était connu
des services secrets, à se réfugier sur le toit pour
recevoir des soins.
Selon les mêmes sources, le président américain Barack
Obama aurait préalablement approuvé une attaque contre M.
Mehsud, qui, avant de mener une guerre ouverte cont re le
gouvernement pakistanais, a gagné ses galons en combattant
en Afghanistan.
Les missiles qui se sont abattus sur la maison de campagne
auraient tué le chef de guerre, son épouse, ses
beauxparents et sept gardes du corps, selon des
combattants talibans qui ont accordé une entrevue au New
York Times.
Malgré les
récits concordants et le fait que Baitullah Mehsud n’ait
pas donné signe de vie depuis six jours, des porte-parole
des talibans ont affirmé hier que leur chef est malade,
mais en vie.
Prudentes, les autorités pakistanaises et américaines
refusent pour leur part d’affirmer avec certitude qu’elles
ont atteint leur cible. Le ministre de l’Intérieur du
Pakistan, Rehman Malik, a noté hier qu’il disposait d’«
informations crédibles » selon lesquelles M. Mehsud serait
mort, mais a promis de fournir une preuve d’ADN dans les
prochains jours. Aux États-Unis, le conseiller du
président Obama en matière de sécurité, Jim Jones, a dit
en conférence de presse qu’il y avait « 90% de chances »
qu’il soit mort. Guerre à la succession
Malgré l’incertitude qui l’entoure, le récit de la mort de
Baitullah Mehsud est, au dire des experts, une preuve
flagrante de la collaboration accrue entre les services
secrets pakistanais et américains. « Ça montre aussi
qu’ils sont capables de s’approcher de la tête du
mouvement », a expliqué hier Marc Schneider,
vice-président de l’International Crisis Group, un groupe
de recherche qui surveille de près les situations de
conflit dans le monde.
Selon M. Schneider, la mort présumée de Baitullah Mehsud,
qui était à la tête d’une constellation d’organismes
indépendants des talibans d’Afghanistan, est loin de
régler la question de l’extrémisme musulman armé au
Pakistan. « Même si la mort du leader se confirme, il y a
plusieurs commandants de deuxième rang qui sont déjà prêts
à commettre des attentats » , a-t-il souligné. D’ailleurs,
hier, deux des successeurs pressentis de Baitullah Mehsud
ont joint les médias. Ils ont nié les rumeurs selon
lesquelles ils se seraient entretués lors d’une réunion
convoquée pour choisir un nouveau chef.
PAKISTAN Offensive « généralisée »
Le Pakistan a intensifié son offensive dans le nord-ouest
contre les talibans alliés à AlQaeda, après avoir annoncé
qu’elle serait désormais généralisée et ne s’arrêterait
qu’avec l’« élimination » des combattants islamistes.
L’opération militaire, lancée fin avril, était jusqu’alors
cantonnée à la vallée de Swat et ses environs. Les autorités
ont précisé leur objectif : « Baïtullah Mehsud », chef du
Mouvement des talibans du Pakistan « et ses partisans ».
PAKISTAN Éliminer les talibans
Le Pakistan a ordonné hier à son armée d’« éliminer » les
talibans dans la région de Swat rompant ainsi offic iel lement
un accord de paix très controversé et déjà rendu caduc par une
offensive militaire lancée il y a 12 jours. Parallèlement, le
Pentagone a fait savoir hier que le budget américain consacré
à la guerre en Afghanistan va pour la première fois en 2010
dépasser le coût de la guerre en Irak.
PAKISTAN Villageois contre talibans
Des
centaines de Pakistanais ont attaqué des villages tenus par
les talibans et tué 11 d’entre eux dans le nord-ouest du
pays, en représailles à un attentat-suicide qui a fait 33
morts dans une mosquée à Haya Gai vendredi dans le district
du Haut-Dir, voisin du Swat, ont affirmé hier les autorités.
Environ 400 villageois des alentours d’Haya Gai ont formé
une milice pour attaquer cinq villages de la région voisine
de Dhok Darra, a déclaré Atif-ur-Rehman, officier local de
la coordination.
PAKISTAN Réponse musclée
L’armée
pakistanaise a poursuivi ses opérations militaires dans le
nord-ouest, pilonnant notamment le Waziristan du Sud, zone
tribale frontalière de l’Afghanistan où elle préparerait
une offensive de grande ampleur selon un responsable
américain. L’armée annonce dans un communiqué avoir visé «
deux repaires terroristes à Makeen, dans le Waziristan du
Sud », une zone tribale semi-autonome considérée comme un
repaire des talibans pakistanais alliés d’Al-Qaeda et une
base arrière des talibans afghans, sans préciser le nombre
de victimes. Ces bombardements sont selon elle « une
réponse à l’attentat » de vendredi à Lahore (Est).
Le vent tourne contre les
talibans du Pakistan - Laura-Julie Perrault
Hors de leur zone de confort, les islamistes pachtounes ne
sont pas les bienvenus
Depuis 30
jours, 15 000 soldats pakistanais essaient tant bien que
mal de déloger 5000 militants talibans du nord du
Pakistan. Les combats font des ravages dans la région et
déjà, 1,5 million de personnes ont dû fuir. Mais dans tout
ce branle-bas de comba
Les talibans ne sont pas nos amis, nos alliés. Ce sont des
ennemis, des bandits, des malfaiteurs. »
Habitués au climat frais des
montagnes, des centaines de milliers de personnes sont
actuellement entassées dans les camps de Mardan et de
Swabi.
La citation, relayée par la BBC, ne provient pas d’un
soldat pakistanais armé jusqu’aux dents. C’est plutôt
l’indignation d’un paysan pakistanais qui laissent
exploser son exaspération à l’égard des talibans qui
dominent la région qu’il habite, Buner.
« J’ai enterré de mes propres mains au moins huit
personnes que les talibans ont décapitées. Il y avait des
enfants là-dedans », continue l’homme qui, pendant toute
l’entrevue qu’il accorde au média étranger, demande de
garder l’anonymat.
Des témoignages de ras-le-bol du genre, les journalistes
qui travaillent dans le nord du Pakistan et dans les camps
de réfugiés en recueillent à la pelle. Les civils
dénoncent les exécutions arbitraires, les meurtres de
policiers, les flagellations publiques, les taxes perçues
par les islamistes pachtounes. Ils demandent au
gouvernement pakistanais de tout faire pour venir à bout
du mouvement djihadiste.
Hors de la zone de confort
Pour donner un coup de main aux autorités, des civils
ouvrent leurs maisons à des parents obligés de fuir la
zone de conflit. À ce jour, ils sont plus de 1,5 million à
avoir connu ce sort, selon les Nations unies, qui
qualifient la situation de « plus importante crise de
réfugiés depuis le génocide du Rwanda ».
Grand
spécialiste de l’Asie centrale, Olivier Roy croit que
cette nouvelle opposition populaire aux talibans était
prévisible. « Depuis 20 ans, les talibans du Pakistan
luttaient pour établir la charia (loi islamique) dans les
zones tribales où les gens sont de la même ethnie qu’eux.
Mais là, ils ont changé leur politique en essayant
d’étendre leur influence à d’autres zones, comme Buner.
Dans ces régions, ils sont vus comme des envahisseurs »,
note le politologue, joint à l’Université de Californie à
Berkeley hier.
Un appui fragile
Un des journaux principaux du Pakistan, le Daily Times,
dans un éditorial publié cette semaine, met cependant en
garde le gouvernement d’Islamabad contre la volatilité de
cet appui populaire. Si les civils qui sont redirigés vers
les camps de réfugiés, bâtis à la va-vite, y sont gardés
dans la misère, les talibans gagneront vite leur coeur et,
du coup, la guerre, plaide le quotidien.
Habitués au climat frais des montagnes, des centaines de
milliers de personnes sont actuellement entassées dans les
camps de Mardan et de Swabi. Il y règne une chaleur
étouffante. On y rapporte aussi de graves pénuries d’eau.
L’argument avancé par le Daily Times était aussi celui du
gouvernement pakistanais, hier, lors d’une réunion avec
des pays donateurs à laquelle le Canada a participé. « Le
Pakistan se bat pour sa survie », a plaidé le premier
ministre du pays, Yousuf Raza Gilani. Cette rencontre a
permis aux autorités pakistanaises d’amasser une cagnotte
de 224 millions de dollars américains. Certains de ces
montants avaient déjà fait l’objet d’une annonce au cours
de la dernière semaine. Les États-Unis ont notamment
promis l’infusion de 110 millions. Le Canada a pour sa
part promis 5 millions de dollars canadiens additionnels,
alloués à la Croix-Rouge et au Programme alimentaire
mondial.
Il reste à voir l’efficacité avec laquelle l’aide
humanitaire sera redistribuée parmi les populations
déracinées. Déjà, le gouvernement pakistanais est critiqué
parce qu’il n’a pas prévu en aval l’afflux de centaines de
milliers de réfugiés en entreprenant sa grande campagne
militaire dans le nord du pays. Un manque de calcul qui
réjouit fort probablement les talibans.
Reconquête de Mingora : L’étau se
resserre sur les talibans
L’armée pakistanaise se prépare à chasser le « noyau
dur » des talibans de la vallée de Swat ( Nord-Ouest)
après avoir repris Mingora, chef-lieu du district et
étape essentielle dans son offensive contre les
islamistes.
Ces hommes déplacés jouent du
coude pour obtenir leur ration de nourriture dans un
camp de réfugiés de Swabi, dans le nord-ouest du
Pakistan. Selon les autorités, les combats entre
l’armée et les talibans ont contraint environ trois
millions de personnes à fuir la région.
« Nous allons courir après les têtes dirigeantes et
nous occuper de tous les militants dans la vallée », a
affirmé hier le général Athar Abbas à la BBC.
Les combats se poursuivent dans le district montagneux
de Swat, où les forces gouvernementales affrontent les
talibans, mais « la bataille de Mingora est terminée
», a déclaré plus tôt en conférence de presse ce
porte-parole de l’armée. Selon lui, les services
essentiels ont été restaurés dans cette ville
d’ordinaire peuplée de quelque 300 000 personnes, mais
vidée de la presque totalité de ses habitants au cours
des deux dernières semaines.
Des médecins sont sur les lieux en vue de rouvrir le
principal hôpital, et le réseau d’eau sera redémar ré
grâce à des génératrices, toujours d’après l’armée.
Deux semaines seront nécessaires pour rétablir
l’électricité. Des comités de défense seront mis sur
place afin de stopper le retour éventuel d’insurgés.
Ces informations n’ont pu toutefois être confirmées de
source indépendante, les zones des combats étant
interdites d’accès.
Quelque 3 millions de personnes ont fui leur maison
depuis le début de l’opération militaire d’Islamabad
dans Swat, il y a plus d’un mois.
« Nous avons été en mesure de bloquer les principales
routes ainsi que les points d’entrée et de sortie de
la vallée, a poursuivi le général Abbas. Alors nous
sommes en meilleure position pour chasser, éliminer le
noyau dur des militants. »
Selon l a BBC, l es t roupes pakistanaises ont
désormais dans leur ligne de mire Charbagh, fief
taliban situé à 32 km au nord de la vallée de Swat.
Des hélicoptères de l’armée y ont largué des tracts
invitant ses habitants à quitter les lieux.
À
Mingora, des patrouilles si l lonnaient hier des r ues
désertes.
Dans l’intervalle, les autorités ont promis une
récompense de 50 millions de roupies ( plus de 600 000
$ US) pour la capture mort ou vif du chef de la
rébellion talibane dans la vallée de Swat. La tête du
maulana Fazlullah, ce dignitaire religieux maître
d’oeuvre d’un soulèvement entamé il y a près de deux
ans dans cette région en vue d’y renforcer
l’application de la charia (la loi coranique), était
jusqu’alors mise à prix à hauteur de cinq millions de
roupies, soit 10 fois moins.
Représailles
En représailles, les talibans menacent de commettre
des attentats dans d’autres villes du pays. Ils ont
par exemple revendiqué la responsabilité de
l’explosion d’une voiture piégée qui a fait au moins
30 morts mercredi à Lahore ( Est). La veille, trois
attentats-suicide avaient tué au moins 14 personnes
dans deux villes du nord-ouest.
L’armée a déclenché une vaste offensive le 26 avril
pour « nettoyer » la vallée de Swat et ses environs,
autrefois le site le plus touristique du pays, des
talibans qui s’en étaient progressivement emparés
depuis deux ans.
Les autorités pakistanaises ont annoncé que 15 000
soldats y font face à 2000 talibans. L’armée a assuré
avoir tué 1217 insurgés depuis le début de l’offensive
dans les districts de Lower Dir, Buner, puis Swat,
tandis que 81 seulement de ses soldats ont perdu la
vie. Mais elle n’évoque jamais aucune perte civile;
elle se contente de dire qu’elle fait tout pour les
limiter mais que de telles pertes sont parfois «
inévitables ».
Une crise humaine ou de trop nombreuses morts civiles
risqueraient de saper le soutien de l’opinion publique
pakistanaise à l’opération en cours. Plus de 190 000
hommes, femmes et enfants s’entassent dans des camps
de réfugiés bondés au sud de la zone de combats, le
reste des déplacés étant accueillis par leurs familles
ou aidés par les habitants de la région.
La campagne militaire pakistanaise est soutenue par
les ÉtatsUnis et les alliés occidentaux d’Islamabad,
qui y voient un test sur la détermination du
gouvernement pakistanais à lutter contre l’extrémisme
musulman armé.
Pakistan
Vallée de Swat - L’armée regagne du terrain
PESHAWAR ET ISLAMABAD— L’armée pakistanaise a
assuré hier avoir étendu son emprise sur plusieurs
quartiers clés à Mingora, chef-lieu de la vallée de
Swat, durcissant son offensive pour reprendre aux
talibans cette région instable dans le nordouest du
pays. Parallèlement, des recherches étaient menées dans
le sud-ouest du pays pour tenter de retrouver un
touriste français enlevé la veille.
Les forces pakistanaises affirment avoir repris aux
talibans plusieurs intersections et trois places
publiques de Mingora, tuant cinq rebelles dans des
combats de rue. « Au cours des 24 dernières heures, 10
militants ont été tués dans différentes parties de Swat
lors d’échanges de tirs, tandis que 14 ont été arrêtés
», a par ailleurs affirmé l’armée dans un communiqué. De
son côté, l’armée a déploré trois morts et six blessés
dans ses rangs.
« Les forces de sécurité nettoient la zone des mines
antipersonnel. Elles mènent égalementdes opérations de
recherche dans les zones qu’elles contrôlent », a
déclaré hier un responsable de sécurité sous le couvert
de l’anonymat.
Un autre responsable militaire a indiqué à l’AFP que les
combats de rue continuaient à faire rage dans Mingora et
ses environs, où, selon des témoins terrorisés, des
talibans lourdement armés patrouillaient encore tout
récemment. « Les affrontements se poursuivent entre
forces de sécurité et militants dans le quartier de Nawa
Kilay, à Mingora, et dans sa banlieue ouest, à Qambar »,
a précisé le responsable également sous le couvert de
l’anonymat.
Le couvre-feu restait en vigueur dans la ville et des
tirs ont été entendus, a-t-il ajouté. Il était par
ailleurs impossible de joindre au téléphone des
habitants de Mingora.
« Mingora est vitale à la fois pour les talibans et pour
l’armée. Les talibans ont fait beaucoup d’efforts pour y
placer dumatériel. Ils ont creusé, enfoui des mines dans
toute la ville et pris les zones commerciales, souligne
un expert des questions de sécurité, Ikram Sehgal. C’est
la capitale de Swat et elle a une valeur psychologique.
Une victoire serait un gros coup de pouce pour l’armée.
»
Toutefois, l’inquiétude grandit pour les 10 000 à 20 000
civils que l’armée dit bloqués dans Mingora et qui se
terrent chez eux sans vivres.
Plus de 1,7 million de personnes ont déjà fui
l’offensive militaire, qui a commencé il y a quatre
semaines dans le district de Lower Dir, puis s’est
étendue à celui de Buner et maintenant à Swat.
Ressortissant français
Plus au sud, un ressortissant français de 40 ans a été
kidnappé samedi par des inconnus armés dans la province
du Balouchistan, une région où talibans et militants
d’Al-Qaeda sont actifs et où il est fortement
déconseillé aux Occidentaux de s’aventurer.
Selon Mohammad Yasine, chef de la police du district de
Dalbandin, les ravisseurs n’ont enlevé qu’une personne
après avoir arrêté un groupe de touristes qui circulait
à bord de deux véhicules dans le village de Dadarlandy.
L’enlèvement n’avait toujours pas été revendiqué hier
soir.
Le Balouchistan, province frontalière avec l’Afghanistan
et l’Iran, est en proie depuis de longues années à une
insurrection de base intensité de la part de groupes
nationalistes balouches qui cherchent à obtenir une plus
large autonomie politique et une meilleure répartition
des richesses, dans une région riche en ressources
minières, également voie de passage des gazoducs et
oléoducs d’Asie centrale.
VALLÉEDE
SWAT - Islamabad et talibans se disputent une ville-clé
— Des soldats pakistanais sont entrés dans la
principale villedelavalléedeSwat, danslenordouestdupays,
oùdescombatsderue acharnés lesopposaientauxtalibans, a
annoncé hier un porte-parole de l’armée, le général Athar
Abbas.
L’assaut contre Mingora, une ville dont la population
était estimée à environ 300 000 personnes avant que la
plupart ne fuient les combats, est une étape cruciale de
l’offensive menée dans cette vallée pittoresque, autrefois
le premier site touristique du Pakistan. Cette bataille
pourrait également tenir lieu de test pour une armée
habituée à la guerre conventionnelle dans les plaines et
peu rompue à la guérilla urbaine, rue après rue et maison
après maison.
Selon le général Abbas, l’armée a chassé les insurgés de
plusieurs quartiers de Mingora, chef-lieu du district de
Swat, et 17 rebelles, dont un important commandant, ont
été tués au cours des 24 dernières heures, près d’un mois
après le début de l’offensive de l’armée. Une autre ville
importante de la vallée, Matta, a selon lui été « nettoyée
», mais il resterait de 1500 à 2000 talibans, combattants
aguerris, dans la vallée.
L’armée entend faire de son mieux pour éviter de faire des
victimes innocentes. « Les terroristes vont les utiliser
comme boucliers humains, les prendre en otages, donc nous
avançons avec beaucoup deprécautions, a souligné le
général Abbas. L’allure de l’opération sera très lente.
Alors, soyez patients. Mais elle a commencé et, si Dieu le
veut, nous allons la mener à sa conclusion logique. »
Victimes civiles
L’armée a assuré avoir tué plus de 1100 talibans en
presque quatre semaines d’offensive et reconnu avoir perdu
seulement 58 soldats. Mais cette information est
impossible à vérifier, car la zone des combats est bouclée
par les militaires. De nombreux témoignages de personnes
déplacées font cependant état de bombardements sans
discernement qui ont fait de nombreuses victimes civiles,
les militaires n’ayant engagé les combats au sol que
depuis quelques jours.
«
Aujourd’hui (hier), la phase la plus importante de
l’opération de dégagement de Mingora a commencé », a
affirmé l’armée dans un communiqué en anglais publié sur
son site internet.
L’armée a fait état d’échanges de tirs nourris et affirmé
qu’un kamikaze avait été tué et qu’un autre véhicule piégé
avait été détruit. Elle a progressivement resserré son
étau autour de la ville, jusqu’à couper hier
l’approvisionnement des insurgés, selon le général Abbas.
« Mingora a été encerclée et le ravitaillement coupé »,
a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.
L’offensive, conduite principalement dans la vallée de
Swat, mais également dans certains districts environnants,
a jeté sur les routes près de 1,9 million de personnes,
dont plus de 160 000 ont trouvé refuge dans les camps de
déplacés.
Extension de l’offensive?
En revanche, le premier ministre pakistanais, Yousuf Raza
Gilani, a repoussé hier l’idée d’une extension de
l’offensive aux zones tribales le long de la frontière
afghane, qui abritent depuis des années des bastions
d’AlQaeda et des talibans afghans. Les informations selon
lesquelles le président Asif Ali Zardari préparerait un
tel passage à la vitesse supérieure ont déjà poussé à
l’exode des familles du SudWaziristan, base du chef
taliban pakistanais Baitullah Mehsud.
« Ça ne fonctionne pas comme ça », a déclaré M. Gilani à
un journaliste qui l’interrogeait sur l’éventuelle
ouverture d’un nouveau front.
Pakistan
Offensive contre les talibans : L’État vaincra, jure le
président
« Est-ce que l’État pakistanais va s’effondrer? Non.
Nous sommes 180 millions, la population est beaucoup plus
nombreuse que les rebelles. »
— Le président pakistanais, Asif Ali Zardari, a fermement
rejeté hier l’idée que l’État pakistanais risque de
s’effondrer face à l’insurrection talibane, dans une
interview à la chaîne américaine NBC.
« Est-ce que l’État pakistanais va s’effondrer ? Non. Nous
sommes 180 millions, la population est beaucoup, beaucoup
plus nombreuse que les rebelles », at-il dit, répondant à
des inquiétudes soulevées par des analystes militaires
américains qui craignent un écroulement de l’État
pakistanais encore fragilisé par la rébellion talibane.
Les États-Unis ont confiance dans la sécurité de l’arsenal
nucléaire pakistanais, a déclaré de son côté hier le général
David Petraeus, commandant des forces américaines dans la
région.
« Nous avons confiance dans la sécurité de leurs procédures
», a déclaré le général sur la chaîne de télévision Fox.
Hier, les civils continuaient à fuir par milliers la vallée
de Swat, dans le nord-ouest du Pakistan.
Encouragés
par les États-Unis, les dirigeants pakistanais ont lancé
cette semaine une offensive de grande ampleur pour éradiquer
les bastions insurgés alors que les combattants talibans,
grignotant district sur district, se sont rapprochés à une
centaine de kilomètres seulement de la capitale, Islamabad.
M. Zardari a reconnu hier que son pays avait « un problème »
avec les talibans mais a plaidé pour une approche
internationale. « Je pense que nous avons besoin d’une
stratégie dans laquelle le monde s’unit contre cette menace,
car elle n’est pas spécifique au Pakistan », a-t-il
souligné.
« Il y a eu des attentats en Espagne, en Grande-Bretagne, en
Amérique, en Afrique, en Arabie Saoudite », a-t-il énuméré.
« C’est pourquoi je crois que le monde doit comprendre qu’il
s’agit du nouveau défi du XXIe siècle et que c’est une
nouvelle guerre ».
M. Zardari a reconnu qu’il aurait besoin de l’aide
américaine pour combattre les talibans. « Nous ne pouvons
pas résoudre ce problème si le Pakistan, l’Afghanistan et
les États-Unis ne sont pas sur la même longueur d’onde », a
dit M. Zardari, qui a été reçu ces jours derniers avec son
homologue afghan, Hamid Karzaï, par le président américain,
Barack Obama.
À propos de ces entretiens, le général Petraeus s’est dit
satisfait de ce qu’il a décrit comme le nouvel état d’esprit
du président pakistanais. Il a estimé qu’il y avait «
maintenant unanimité en faveur de ce qui doit être une
action rapide et efficace contre les talibans au Pakistan »,
notant un récent transfert de troupes pakistanaises de la
frontière indienne vers la frontière afghane.
Le Congrès américain doit se prononcer sur une loi qui
triplerait l’aide civile au Pakistan, à 1,5 milliard de
dollars par an au cours des cinq prochaines années.
Pakistan
Vallée de Swat - Les talibans sont en fuite, selon l’armée
— L’armée pakistanaise a affirmé hier avoir « mis en
fuite » les talibans dans la vallée de Swat, dans le
nord-ouest du pays, où elle mène depuis deux semaines une
offensive de grande ampleur. Aux yeux du premier ministre
Yousuf Raza Gilani, il s’agit ni plus ni moins d’une «
guerre pour la survie du pays ».
Des centaines de milliers de
civils terrorisés ont fui la région des combats, dans la
vallée de Swat. Ils s’entassent dans des camps de
réfugiés où l’aide se révèle insuffisante. Juste au sud
de la zone de conflit, autour de la ville de Mardan
(photo), des camps rudimentaires ont poussé comme des
champignons.
Selon un bilan officiel, au moins 55 insurgés ont été tués
hier au cours de diverses opérations dans la vallée.
Vendredi, l’armée a assuré avoir mis hors d’état de nuire
près de 160 talibans en 24 heures dans la même zone .
Appuyés par l’aviation, des milliers de soldats sont
déployés dans la vallée de Swat avec pour mission d’«
éliminer » les combattants islamistes. Des centaines de
milliers de civils – jusqu’à un million, selon l’ONU– ont
dû abandonner leurs ma isons à cause de la violence des
bombardements.
En outre, certains de ces civils sont pris au piège des
combats, ce qui fait craindre une catastrophe humaine.
Islamabad a commencé à acheminer dans la région une aide
de plusieurs millions de dollars destinée aux habitants,
en plus de lancer un appel à l’aide internationale pour
améliorer les conditions de vie de ces masses de déplacés.
L’armée a accusé les talibans de prendre « des civils
innocents en otages ».
« Ils s’efforcent de bloquer l’exode et d’empêcher leur
départ par la force, en minant les routes et en dressant
des barrages avec des arbres », selon un communiqué.
D’après des témoignages de réfugiés, des civils ont été
également victimes des bombardements intensifs de
l’aviation pakistanaise.
Lors d’une conférence de presse, hier, le premier ministre
Yousuf Raza Gilani a souligné que les forces armées
étaient « déterminées » à éviter au maximum les pertes
civiles et à boucler l’offensive « dès que possible ».
Mais « l’opération se poursuivra jusqu’à l’éradication des
extrémistes », a ajouté le premier ministre pakistanais.
Sur le terrain, « des hélicoptères ont attaqué tôt ce
matin (hier) des caches d’insurgés à Mingora. Quinze
insurgés auraient été tués au cours de cette opération »,
a précisé un autre communiqué militaire.
Plusieurs
repaires des insurgés étaient visés et leur principal
quartier général aurait été détruit. Des caches rebelles à
Matta ont également été visées dans cette attaque.
« Des repai res d’insurgés ont aussi été pris pour cible
notamment à Peochar, Qambar, Banababa, Ziarat, Mushkomai
et Chamtalai. De 30 à 40 insurgés auraient été tués », a
ajouté ce communiqué.
Il est impossible de vérifier ces bilans de source
indépendante en raison de la situation sur le terrain. «
L’offensive bat toujours son plein », a affirmé un haut
gradé pakistanais.
Pressions américaines
En visite cette semaine à Washington, le président
pakistanais, Asif Ali Zardari, a juré que l’offensive de
l’armée dans la vallée de Swat se poursuivrait jusqu’à un
retour à la normale.
Ce discours tranche avec la stratégie d’apaisement envers
les talibans jusque-là suivie par le président Zardari.
Le président pakistanais, de plus en plus impopulaire, est
sous la pression des États-Unis, qui redoutent la
progression sans obstacle des intégristes dans la seule
puissance militaire nucléaire du monde musulman.
Le Pakistan a toutefois payé un lourd tribut à son
alliance avec les États-Unis depuis la fin de 2001.
L’armée pakistanaise a perdu plus de 2000 hommes dans les
zones tribales du nord-ouest et, en moins de deux ans,
plus de 1800 personnes ont été tuées dans tout le pays
dans des attentats perpétrés par les talibans pakistanais,
après qu’Oussama ben Laden a déclaré le jihad (la « guerre
sainte ») contre Islamabad.
Talibans: Clinton «impressionnée» par les initiatives du
Pakistan
La secrétaire d'État américaine
Hillary Clinton a reconnu mercredi être «impressionnée» par
les récentes initiatives du Pakistan pour combattre
l'extrémisme, lors d'un compte-rendu très positif de ses
rencontres avec les dirigeants pakistanais et afghan dans la
matinée.
«Je suis à vrai dire très
impressionnée par les actions entreprises actuellement par
le gouvernement pakistanais», a déclaré Mme Clinton,
estimant qu'Islamabad faisait preuve d'une «détermination à
aller de l'avant» pour combattre les talibans.
Ces propos contrastent fortement avec ceux que Mme
Clinton avait tenus le mois dernier, jugeant que le Pakistan
«abdiquait» face aux extrémistes en laissant les talibans
imposer leur loi sur certaines parties du pays.
Le Pakistan a lancé il y a 10 jours sous la pression
des États-Unis des offensives dans les districts de Buner et
Lower Dir, dans le nord-est du pays, pour en déloger les
talibans.
Le gouvernement pakistanais a été sévèrement critiqué
après un accord conclu en février avec les talibans qui a
conduit à l'imposition de la charia sur trois millions de
personnes dans le nord-ouest du pays. Cette initiative, loin
de mettre fin à l'insurrection, a été suivie d'une avancée
des talibans jusqu'à 100 km de la capitale, Islamabad.
La chef de la diplomatie américaine a fait un
compte-rendu très positif de ses rencontres dans la matinée
avec les présidents pakistanais Asif Ali Zardari et afghan
Hamid Karzaï. Le président américain Barack Obama devait
ensuite recevoir les deux hommes en tête à tête puis dans un
sommet tripartite.
«Ce processus montre de premiers signes très
prometteurs», a dit la secrétaire d'État américaine, au
cours d'une apparition surprise dans la salle de presse de
la Maison-Blanche, estimant que ses entretiens avaient
constitué, «par certains aspects, une percée».
«Je suis très optimiste dans le fait que ce processus
fait une différence», a insisté Mme Clinton, tout en
reconnaissant que quelques rencontres de ce type ne
suffiraient pas à résoudre l'ensemble des problèmes
rencontrés par le Pakistan et l'Afghanistan.
«Les deux présidents ont parlé de manière très
émouvante de la menace et des dangers du terrorisme», a
ajouté Mme Clinton, se disant aussi «extrêmement
impressionnée» par la sincérité des échanges entre les deux
dirigeants et leurs délégations.
M. Zardari s'est engagé mercredi à Washington à
coopérer avec son «frère» Hamid Karzaï, pour lutter contre
le «cancer» que représente le terrorisme dans leurs deux
pays.
PAKISTAN
- L’offensive à Swat s’intensifie
— L’armée pakistanaise a assuré hier avoir tué près de
160 talibans en 24 heures et être passée à une offensive «
de grande ampleur » dans la région de Swat où il lui a été
ordonné la veille d’« éliminer » ces combattants liés à
Al-Qaeda.
Mais des témoignages, parmi les dizaines de milliers
d’habitants qui ont fui cette région du nord-ouest du
Pakistan et afflué dans des camps de déplacés, se
multiplient pour accuser l’armée, comme les talibans, de
tuer des civils en bombardant les villages sans
discrimination.
« L’armée est maintenant engagée dans une opération de
grande ampleur, a déclaré le porte-parole de l’armée, le
général Athar Abbas.
Selon lui,
143 talibans ont été tués en divers endroits dans le
district de Swat, six dans celui, voisin, de Buner et 10
dans celui du Lower Dir.
Les habitants de ces districts très peuplés, pris entre deux
feux, ont fui les combats par dizaines de milliers depuis 13
jours.
Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a
annoncé que jusqu’à un million de personnes avaient été
déplacées dans le nord-ouest du Pakistan, quittant par
dizaines de milliers Buner, Lower Dir et Swat, pour se faire
enregistrer dans des camps ou se réfugier chez des parents.
PAKISTAN - L’armée passe à l’offensive contre les
talibans
— Le Pakistan
vient de lancer une offensive contre les talibans sur
plusieurs fronts, dans le Nord-Ouest, après avoir essuyé une
salve de critiques nationales et internationales,
américaines notamment, pour avoir laissé les rebelles
avancer après un accord de cessez-le-feu.
Après une contre-attaque lancée
dimanche dans le district du Lower Dir, l’armée a annoncé
qu’elle avait entamé hier la reconquête de Buner.
Après une contre-attaque lancée dimanche dans le district du
Lower Dir, la première contre les talibans du district
voisin de Swat depuis la signature controversée de l’accord
de cessez-le-feu, mi-février, l’armée a annoncé qu’elle
avait entamé hier la reconquête de Buner, un autre lieu
hautement symbolique.
La semaine dernière, la prise de Buner, situé à une centaine
de kilomètres d’Islamabad seulement, par ces combattants
islamistes liés à Al-Qaeda, avait réveillé une opinion
publique jusqu’alors apathique, qui avait dénoncé la «
capitulation » du gouvernement et de l’armée. Elle avait
également provoqué les foudres de Washington, principal
bailleur de fonds du Pakistan, son allié clé dans sa « lutte
contre le terrorisme » lancée contre les islamistes à la
suite des attentats du 11 septembre 2001.
L’opération militaire à Buner a été annoncée hier soir par
le général Athar Abbas, porte-parole de l’armée
pakistanaise. « L’objectif est l’élimination ou l’expulsion
» des 400 à 500 « combattants islamistes », a-t-il
poursuivi.
Les
talibans s’étaient emparé de la vallée de Swat,
jusqu’alors le site le plus touristique du pays, à l’été
2007. L’armée avait tenté deux années durant, de les
déloger, en vain.
Mi-février, face aux exactions commises à Swat par les
combattants islamistes qui décapitaient le moindre
opposant et détruisaient les écoles accueillant des
filles, le gouvernement provincial avait signé un accord
de cessez-le-feu. Entériné le 14 avril par le président
Asif Ali Zardari, il concédait aux extrémistes la création
de tribunaux islamiques dans les sept districts de la
région de Malakand, dont Swat, Buner et Lower Dir.
Depuis, loin de déposer les armes comme le leur imposait
l’accord, les talibans avaient profité du retrait de
l’armée pour pousser leur avantage sur le terrain au-delà
de Swat.
L’offensive a été qualifiée de « réponse adéquate » face à
l’avancée des rebelles par le porte-parole du Pentagone,
Geoff Morrell, disant espérer que ces efforts seraient «
durables », alors que le Congrès étudie la possibilité de
fournir une aide financière d’urgence au Pakistan.
Islamabad à
l’assaut des talibans
PESHAWAR— Le
Pakistan a lancé hier une offensive contre les talibans dans
le nord-ouest du pays, marquée par des violents combats dans
lesquels de nombreux talibans et un soldat pakistanais ont été
tués, a annoncé l’armée.
Les combats se sont déroulés à Lower Dir, l’un des sept
districts de Malakand où les autorités pakistanaises ont
conclu un accord pour l’application de la charia afin de
mettre fin aux attaques menées par les talibans dans la vallée
de Swat.
« À la demande du gouvernement provincial et de la population
de Dir », les forces de sécurité ont lancé une opération
contre de « présumés insurgés cachés à Islampura et Lal Qila,
selon un communiqué de l’armée. De violents échanges de coups
de feu ont eu lieu à Kaladag et des dizaines d’insurgés ont
été tués, dont un important commandant ».
Aux dires d’un responsable de la sécurité pakistanaise, il
s’agit de Maulana Shahid, responsable des talibans à Dir, tué
avec huit autres talibans quand l’armée à bombardé le collège
islamique (madrasa) où il se trouvait. Un soldat a également
été tué et quatre blessés, a affirmé l’armée dans le
communiqué.
Auparavant, un responsable des forces de sécurité avait
signalé qu’« un soldat (avait) été tué et cinq blessés dans
une attaque » des talibans, précisant qu’un convoi militaire
était tombé dans une embuscade. Des responsables militaires à
Peshawar ont confirmé l’incident.
Selon des
responsables, des soldats pakistanais ont été envoyés à Dir
pour faire face à l’augmentation de la présence des talibans.
« Accord violé »
Le principal porte-parole des talibans dans le nord-ouest du
Pakistan a vivement condamné l’offensive de l’armée
pakistanaise, estimant qu’elle violait l’accord pour
l’application de la charia dans la vallée du Swat et qu’elle
menaçait de transformer le pays en un « nouvel Afghanistan ».
Le Pakistan est soumis à de fortes pressions occidentales pour
annuler cet accordqui a eupour conséquence de permettre aux
talibans d’accroître leur influence dans la région.
« C’est assez. Nous avons décidé de les déloger (les taibans),
a déclaré un responsable du ministère de l’Intérieur, Rehman
Malik. L’accord de paix supposait la paix. S’il n’y a pas de
paix, l’accord est inutile. J’appelle les talibans à déposer
les armes. Ils n’ont pas d’autre option. »
La secrétaire d’État américaine Hillary Clinton a lancé une
mise en garde la semaine dernière en affirmant que le Pakistan
« avait pratiquement abdiqué devant les talibans et les
extrémistes » tandis que le secrétaire à la Défense, Robert
Gates, a appelé les leaders pakistanais à prendre des mesures.
PAKISTAN -
Le « traité de paix » boomerang
Deux mois
après avoir fait la paix avec les talibans, le
gouvernement pakistanais déchante Lorsque le gouvernement
pakistanais a signé une entente « de paix » avec les
talibans en février, leur permettant de contrôler la
vallée du Swat dans le nordouest d
QDeDes femmes
pakistanaises, couvertes d’une burqa, fuient le nord-ouest
du Pakistan avec leurs enfants. L’armée pakistanaise y
mène depuis mercredi une offensive militaire contre les
talibans pakistanais. Ces derniers ont violé les termes
d’un pacte de paix signé avec le gouvernement central. Les
tensions entre le groupe islamiste et l’armée ont entraîné
le déplacement de près d’un million de personnes.
l’Occident, on a l’impression que les talibans sont en
train de prendre le contrôle du Pakistan. Hier, notamment,
le département d’État américain écrivait dans une note
interne que les talibans pakistanais ont aidé Al-Qaeda, «
menace terroriste no 1 », à se refaire des forces. Quelle
est votre perception ? R La société civile est très
inquiète de la perte de contrôle très rapide des autorités
pakistanaises dans le nord-ouest du pays. Le Pakistan a la
septième armée du monde. Comment peut-on expliquer que
l’État ait dûsignerunpacte avec un groupe de militants
armés pour amener la paix dans le nord du pays? Depuis
deux ou trois jours, on voit qu’ils essaient de reprendre
le contrôle grâce à des opérations militaires.
Malheureusement, ça se fait dans la violence plutôt que la
négociation. Les civils sont les premiers à payer le prix.
QPouvez-
vous nous
décrire la situation sur le terrain ? R Elle est pire
qu’au lendemain du tremblement de terre de 2005. Il y a au
moins unmillion de déplacés. Dans les derniers jours
seulement, des dizaines de milliers de personnes ont dû
fuir leurs maisons pour échapper aux opérations
militaires. Dans la vallée du Swat (où les talibans
pakistanais font la loi), plus de 7000 maisons ont été
brûlées. Les champs ont été ravagés et les écoles
détruites. La vie des gens a été saccagée. QBeaucoup
de gens ont fui la vallée, mais d’autres y vivent
toujours, dans quelles conditions ? R Les militants des
droits de l’homme qui y travaillent ont peur pour leur
vie. On leur dit tous les jours que s’ils font mal
paraître les talibans, ils devront payer pour. Des
centaines d’élus locaux ont été tués au cours des derniers
mois. La population, elle, fait face à la même situation
que sous le régime taliban de l’Afghanistan des années 90.
Les hommes doivent laisser leur barbe pousser, les femmes
ne peuvent plus sortir de chez elles. Les minorités
religieuses doivent payer une taxe. Rien de tout cela ne
va: nous sommes tous des citoyens pakistanais, l’État doit
faire respecter la même loi pour tous. QAvant
la signature du traité de paix, la population vivait dans
le chaos. Le conflit entre l’armée et les groupes insurgés
allaient de mal en pis. Le gouvernement avait-il d’autres
choix que de signer le traité de paix avec les talibans
pakistanais ? R Il y avait beaucoup d’autres options. Ce «
traité » n’a pas amené la paix, mais a permis aux insurgés
de se regrouper. Ils essaient depuis d’étendre leur
pouvoir. Au lieu de signer un traité, le gouvernement
central aurait dû écouter depuis longtemps les
gouvernements locaux et aurait dû leur donner les moyens
de soutenir la sécurité des communautés. Ils auraient dû
s’inquiéter quand des représentants locaux ont été tués
les uns après les autres. En temps de crise, il faut
mettre les différences politiques de côté et travailler
main dans la main.
Baitullah Mehsud, taliban en chef
Le
Pakistan attribue aux fidèles de Baitullah Mehsud la
plupart des attentats terroristes qui ont secoué le
Pakistan depuis l’assaut qu’a donné le gouvernement sur
la Mosquée rouge en 2007.
Le gouvernement américain offre cinq millions de dollars
de récompense à quiconque lui donnera des informations
utiles pour capturer les deux hommes les plus recherchés
de la planète. Le premier, Oussama ben Laden, n’a plus
besoin de présentation. Le second, Baitullah Mehsud, est
on ne peut plus énigmatique.
Depuis 20 jours, l’armée
pakistanaise mène une opération militaire pour déloger
les talibans du nord-ouest du pays. En guise de
représailles, des talibans ont incendié ce poste de
police dans la vallée du Swat.
Et pour cause. Contrairement au grand patron d’Al-Qaeda,
qui s’adresse fréquemment au monde entier dans des clips
vidéo, le chef du mouvement taliban du Pakistan
(Tehrik-e-Taliban), une alliance de 13 factions créée en
2007, fuit la publicité.
Lorsqu’il accorde une (rare) entrevue, Baitul lah Mehsud
demande aux caméras de lui faire dos. Sur les fils de
presse, il ne circule que deux photos de lui, mais
aucune n’a été authentifiée. Ceux qui l’ont rencontré
disent qu’il est dans la mi-trentaine et qu’il ne mesure
pas plus de 1,58 m (cinq pieds, deux pouces).
Sa mince présence médiatique ne l’empêche pas de faire
trembler tout le Pakistan et plus spécifiquement la zone
tribale et la province de la Frontièredu-Nord-Ouest. À
lui seul, il dispose d’une armée de plus de 20 000
rebelles armés et kamikazes, principalement basés dans
le Waziristan, région dont sa tribu est originaire et
dont il dirige de facto la destinée depuis 2005.
Dans sa zone d’influence, il inspire la terreur. Il a la
réputation d’envoyer un linceul, du fil et des aiguilles
à ceux qu’il compte éliminer dans les 24 heures. On dit
aussi de lui qu’il cautionne les exécutions publiques,
est allergique à la musique et aux écoles destinées aux
petites filles, tout comme le chef des talibans
d’Afghanistan, le mollah Omar, avec qui il dit
entretenir « de bonnes relations ».
Le «
nouveau » ben Laden »
Depuis 2007, ses activités dépassent les frontières des
provinces frontalières de l’Afghanistan. Le Pakistan
attribue aux fidèles de Baitullah Mehsud la plupart des
attentats terroristes qui ont secoué le pays depuis
l’assaut qu’a donné le gouvernement sur la Mosquée rouge
en 2007. Cet événement a marqué un tournant dans la
stratégie du chef de guerre taliban. Depuis, Baitullah
Mehsud a déclaré une guerre ouverte aux autorités.
Le Pakistan l’accuse notamment d’avoir ordonné
l’assassinat de l’ex-première ministre Benazir Bhutto à
Rawalpindi en décembre 2007 et d’avoir fomenté
l’attentat contre l’hôtel Marriott d’Islamabad en
septembre 2008.
Cependant, Baitullah Mehsud n’a revendiqué qu’un seul
coup d’éclat: l’opération guérilla contre l’académie de
police de Lahore, en mars, qui a fait 18 victimes. Pour
l’occasion, le chef taliban a appelé lui-même la BBC et
quelques autres médias étrangers. « C’est ma revanche
pour les avions sans pilote américains qui ont bombardé
le nord-ouest du Pakistan. Notre réponse va se passer à
l’intérieur des États-Unis et va épater tout le monde »,
a-t-il alors prévenu.
Cette menace a suffi à faire de Baitullah Mehsud
l’ennemi public no 1 des États-Unis aux côtés du chef
d’AlQaeda. Dans son palmarès des 100 personnes les plus
influentes du monde, le magazine Time lui a accordé une
place de choix, le mettant dans le même club qu’Ashfaq
Kayani, chef de l’armée pakistanaise, à qui il donne ces
jours-ci (beaucoup) de fil à retordre.
TÉLÉPHÉRIQUE VERS LE POUVOIR : LE MAULANA FAZLULLAH
Baitullah Mehsud n’est pas le seul taliban du
Pakistan à faire couler de l’encre. Dans la vallée du
Swat, le Maulana Fazlullah est lui aussi au coeur des
préoccupations de l’armée pakistanaise qui y mène
présentement une opération. Rien ne prédestinait pourtant
Fazle Hayat (son nom original) à gravir les échelons du
djihad islamique pakistanais. Pauvre villageois, il a
longtemps exploité un téléphérique manuel qui permettait à
des vacanciers de traverser la rivière Swat. Dans les
années 90, il a étudié dans la madrasa du Moulana Sufi
Mohammad, qui est devenu son mentor. Ancien combattant en
Afghanistan, il s’est imposé comme leader à son retour de
la guerre. Il a marié la fille du Sufi Mohammad et chaussé
les souliers de son beaupère alors que ce dernier était en
prison. Il s’est fait connaître dans le Swat en mettant
sur pied la « Radio Mollah » par l’entremise de laquelle
il a prêché l’établissement de la charia.
Kaboul réécrit sa loi controversée sur le
mariage
— Le
gouvernement afghan a annoncé hier qu’il avait réécrit
la controversée loi sur le mariage, dont des
dispositions semblant autoriser le viol conjugal
avaient suscité une vague de protestations
internationales.
Cette révisiondu texte intervient à l’issue d’un
examen de trois mois par le ministère de la Justice
ordonné par le président Hamid Karzaï. La nouvelle
version devra être soumise au Parlement, a précisé un
porte-parole du ministère.
Le
président Karzaï avait promulgué le texte en mars
dernier, avant d’en suspendre rapidement l’entrée en
vigueur devant les condamnations venues des capitales
du monde entier. Si cette loi n’est censée s’appliquer
qu’à la minorité musulmane chiite du pays, beaucoup y
avaient vu un retour à l’oppression des femmes
caractéristique du régime fondamentaliste des
talibans.
D’après les documents fournis par le ministère de la
Justice, deux des articles les plus controversés ont
été modifiés en profondeur. L’article qui stipulait
qu’une épouse se devait d’accepter des relations
sexuelles avec son mari tous les quatre jours précise
désormais seulement qu’une femme a l’obligation
d’exécuter tous les travaux ménagers décidés par le
couple au moment du mariage.
Le paragraphe qui précisait qu’une femme devait
demander à son époux la permission de quitter la
maison a également été supprimé. Il a été remplacé par
un article qui précise qu’une femme est « propriétaire
de ses biens et peut les utiliser sans la permission
de son époux ».
OFFENSIVE TERRESTRE EN AFGHANISTAN Épreuve du feu
pour la stratégie Obama
« L’important pour nous est d’entrer en contact avec
les leaders locaux, pour entendre leurs principaux besoins
et connaître leurs priorités. »
Quatre
mille marines américains, transportés par des
hélicoptères et des dizaines de véhicules blindés,
participent depuis lundi à la plus vaste offensive
terrestre de l’armée américainedepuis2001 dans le sud
de l’Afghanistan.
Leur mission : prendre le contrôle de la province
d’Helmand, fief des rebelles talibans et centre
névralgique mondial de la production d’opium.
Leur principal défi : maintenir leurs positions en
gagnant l’appui de la population. Pour ce faire, les
militaires n’ont jusqu’à présent fait aucun
bombardement aérien et ont limité au maximum l’usage
de l’artillerie, selon les agences de presse.
Baptisée Coup de sabre ( Strike of the Sword),
l’opération est la première attaque d’envergure depuis
que le président Obama a édicté sa nouvelle «
stratégie régionale » pour stabiliser la région. Le
haut commandement américain souhaite ainsi éradiquer
l’influence des talibans de l’Afghanistan et du
Pakistan en convainquant la population qu’elle se
porterait mieux sans eux. « L’important pour nous est
d’entrer en contact avec les leaders locaux, pour
entendre leurs principaux besoins et connaître leurs
priorités », a résumé hier à l’Associated Press le
capitaine William Pelletier, porte-parole des marines.
À en croire une entrevue accordée au National Post par
le colonel Greg Julian, principal porte-parole de
l’armée américaine en Afghanistan, les citoyens
afghans seraient même désormais considérés comme le «
centre de gravité » des opérations. « Dans certains
cas, cela implique que nous permettions aux insurgés
de s’échapper des combats si un commandant juge qu’ils
peuvent le faire sans mettre en péril les troupes » et
la population, a-t-il déclaré.
Menée
en collaboration avec 650 membres de l’armée afghane,
l’opération a jusqu’à maintenant fait un mort et
plusieurs blessés parmi les troupes américaines. Sous
un mercure atteignant près de 40 degrés, les soldats
ont cependant rencontré peu de résistance dans la
vallée de l’Helmand jusqu’à maintenant, mais
s’attendent à des affrontements plus musclés à mesure
que les rebelles talibans organiseront leur stratégie
de guérilla.
La nouvelle stratégie américaine se met en branle
alors que plusieurs villageois du sud de l’Afghanistan
ont spontanément pris les armes contre l’armée
américaine après avoir perdu des proches ou leurs
maisons dans des raids aériens, a fait savoir hier le
New York Times. « Cela fait deux ans que le président
Hamid Ka rzaï dénonce ces raids aériens », a souligné
Jocelyn Coulon, directeur du réseau francophone de
recherche sur les opérations de paix du CERIUM.
« Cible de haute valeur »
En août dernier, l’émission 60 Minutes avait révélé
que le haut commandement de l’armée de l’air des
États-Unis pouvait tolérer jusqu’à 30 morts parmi les
civils pour abattre une seule « cible de haute valeur
» dans des bomb a r d e me n t s aériens. « Les A mé r
i c a i n s veulent maintenant éviter ces
bombardements aveugles, qui causent tellement de
dommages à la population et au gouvernement afghan.
Bombarder une cible à 30 000 pieds d’altitude, cela
permet à l’armée américaine de protéger la vie de ses
soldats, mais c’est rarement une stratégie efficace.
La seule façon de faire, c ’est d’envoyer des troupes
à pied sur le terrain et d’occuper le territoire », a
noté M. Coulon.
« Le problème, c’est qu’avec leur nouvelle stratégie,
les Américains repoussent les talibans, mais on ne
sait pas trop où. Leur offensive peut les forcer à se
replier vers le Pakistan (au sud), ce qui n’aidera pas
à stabiliser la région. Certains rapports de presse
laissent aussi croire que les talibans ont commencé à
s’infiltrer au nord, en Asie centrale. Ce n’est
certainement pas quelque chose d’intéressant pour ces
pays qui sont fragiles. Cela pourrait provoquer des
problèmes de stabilité politique », a-t-il ajouté.
Pour le spécialiste, cette situation démontre qu’une
stratégie militaire seule risque de se révéler
totalement inutile. « Des opérations militaires, il y
en a dans ce secteur depuis maintenant sept ans. Or,
on ne peut pas régler ce problème sans mettre
simultanément de l’avant une stratégie politique. Pour
régler le problème, les Américains devront faire
preuve d’une plus grande ouverture à l’égard des
talibans ouverts au processus politique », a conclu M.
Coulon.
En Afghanistan, pas de quoi fêter -
VINCENT MARISSAL
Que
l’on se retrouve encore une fois à se demander si nous
resterons ou non en Afghanistan, sept ans après que
l’ex-premier ministre Jean Chrétien eut engagé le
Canada dans cette mission, est en soi une preuve de
l’échec de nos politiciens.
«Nous réfléchissons à la sagesse de nos ancêtres qui
ont bâti ce grand pays, et nous disons merci aux
courageux Canadiens et Canadiennes qui risquent leur
vie pour nous défendre, ici au pays et dans le monde
entier. »
— Stephen Harper, dans son message officiel à
l’occasion de la fête du Canada.
« Nous sommes en train de perdre en Afghanistan et nos
jeunes soldats meurent là-bas parce que nos
politiciens sont incapables d’accoucher d’une
stratégie cohérente. »
— Paddy Ashdown, spécialiste britannique en affaires
militaires et de sécurité, membre de la British
Security Strategy, ancien envoyé spécial en Bosnie,
ancien commando d’élite et exchef du Parti libéral
démocrate britannique.
Hier, fête du Canada, les éloges de nos politiciens
aux militaires canadiens morts en service étaient de
mise.
Belle occasion, en effet, peu importe les allégeances
politiques ou les sentiments par rapport à la guerre,
pour honorer la mémoire de ces jeunes gens fauchés,
notamment, sur les plages de Normandie, en Corée ou,
ces dernières années, en Afghanistan.
Mais une fois les solennels moments de silence
terminés dans les cérémonies officielles, que
reste-t-il de ces morts? Saiton seulement pour quoi
ils sont morts en Afghanistan?
La question est de nouveau d’actualité à Ottawa parce
que l’administration Obama mène apparemment une
campagne diplomatique ces temps-ci pour tenter de nous
convaincre de prolonger notre mission.
I l n’y a pas eu encore de demandes formelles, mais
elles viendront. Les États-Unis sont en train de plier
bagage en Irak et l’Afghanistan, clairement, constitue
la nouvelle priorité du président Obama.
Pour le moment , Ottawa répond que nous nous
retirerons, comme prévu, en 2011. Mais comment notre
gouvernement (d’ailleurs, quel gouvernement en 2011,
celui de Stephen Harper ou celui de Michael
Ignatieff?) pourra-t-il dire non au président Obama ?
Avant d’aller plus loin dans l’aventure afghane, une
lecture attentive du rapport de 143 pages de la
nouvelle British Security Strategy ( branche du
prestigieux Institute for Public Policy Research de
Londres) serait certes utile à nos dirigeants.
En bref, voici ce que nous disent Lord Ashdown et ses
comparses: « Tous les pays impliqués en Afghanistan
tirent dans des directions opposées et c’est là la
pire menace en ce moment pour nous. Si nous ne
rectifions pas cette situation de manque presque total
de coordination, nous ne ferons que des progrès
marginaux et nous continuerons de payer le prix en
vies militaires et civiles. »
Difficile d’être en désaccord. Cette guerre aux
objectifs vagues semble effectivement vouée à l’échec,
le rapport de la British Security Strategy n’est pas
le premier à le dire. Nous ne savons pas très bien ce
que nous faisons en Afghanistan, ce que nous cherchons
à accomplir.
Que l’on se retrouve encore une fois à se demander si
nous resterons ou non en Afghanistan, sept ans après
que l’ex-premier ministre Jean Chrétien eut engagé le
Canada dans cette mission, est en soi une preuve de
l’échec de nos politiciens.
Quel
rôle veut-on jouer sur la scène internationale ?
Quelle est la politique étrangère de ce pays ? Qui
décide ? Ottawa, les États-Unis, l’ONU? Qu’avonsnous
vraiment accompli en Afghanistan?
Il s’est fait beaucoup de politique sur la question de
notre présence en Afghanistan depuis sept ans, mais
pas de débat de fond.
Jean Chrétien a autorisé le premier déploiement . Par
la suite (dans ses mémoires), il a reproché à Paul
Martin d’avoir tellement tergiversé que nos troupes se
sont retrouvées dans la zone la plus dangereuse, près
de Kandahar.
Sous le régime Harper, la question afghane est revenue
deux fois sur le parquet de la Chambre des communes.
Les deux fois, Stephen Harper a obtenu ce qu’il
recherchait, dont la dernière fois, avec la
prolongation de la mission canadienne jusqu’en 2011.
À défaut d’avoir une vision claire de ce qu’il veut
faire sur la scène internationale, notamment en zone
de guerre, Stephen Harper a démontré qu’il sait gagner
ses petites batailles sur le front politique.
On n’en sait pas beaucoup plus sur les véritables
intentions de Michael Ignatieff, plus faucon que
colombe en matière de lutte contre le terrorisme. Dans
les rangs libéraux, là-dessus comme sur une foule
d’autres sujets, on nage en plein brouillard. Certains
députés et stratèges libéraux affirment que c’est
Michael Ignatieff, et non l’ancien chef Stéphane Dion,
qui a négocié en coulisse la prolongation de mandat de
nos troupes jusqu’en 2011. On s’entend aussi
généralement pour dire que M. Ignatieff serait plutôt
favorable à une autre prolongation, question de
répondre favorablement au président Barack Obama.
Par ailleurs, M. Ignatieff est de l’école « il faut
finir le job ». La question, on y revient encore, est
toujours de savoir: quel job? Quels résultats ? Quels
délais ?
Les conservateurs, clairement, ont décidé de pousser
le sujet sous le tapis, craignant de se prendre les
pieds dedans en campagne électorale.
Voilà pourquoi le ministre des Affaires étrangères,
Lawrence Cannon, a déclaré cette semaine qu’il n’y
aura pas de prolongation. Cela n’empêchera pas les
Américains de poursuivre leur campagne de persuasion.
Le président vient de nommer un nouvel ambassadeur à
Ottawa, David Jacobson, un ami personnel en qui il a
toute confiance. Outre les sempiternels litiges
commerciaux qui épicent périodiquement les relations
canado-américaines, le premier dossier de
l’ambassadeur Jacobson sera sans contredit le plan
Obama pour l’Afghanistan.
Il semble, selon les rapports de presse des derniers
jours, que la Maison-Blanche s’explique mal nos
réticences à rester plus longtemps (indéfiniment ?) en
Afghanistan.
Une réponse simple : 119 morts. Avec, en complément de
réponse, les conclusions de la British Security
Strategy.
Barack Obama, qui s’est opposé dès le premier jour à
l’invasion américaine en Irak, notamment parce que le
plan de George Bush était vague, sans échéancier, sans
plan de sortie ni possibilité de victoire, devrait
comprendre les réticences canadiennes à étirer
l’expérience afghane.
Cela dit, les Américains nous comprendraient
probablement mieux si notre gouvernement, et
l’opposition, étaient capables d’énoncer une position
claire basée sur une véritable politique étrangère
plutôt que sur de petites joutes politiques
improvisées au fil des crises parlementaires et
électorales.
« La position canadienne est claire »
Lawrence Cannon répète que la mission en Afghanistan
n’ira pas au-delà de 2011
— Le ministre des Affaires étrangères, Lawrence
Cannon, ferme la porte à double tour à une
prolongation de la mission des quelque 2500 soldats
canadiens en Afghanistan après 2011.
Lawrence Cannon et John McNee,
représentant du Canada aux Nations unies, ont
assisté mardi à une rencontre du Conseil de
sécurité, à New York.
De passage à New York , mardi, le chef de la
diplomatie canadienne a indiqué que le gouvernement
canadien a pris la décision de rapatrier ses troupes
dans deux ans et il avait la ferme intention de la
respecter.
« Le gouvernement du Canada va se conformer en tout
point à la décision qui a été prise par le Parlement.
C’est notre feuille de route. Dans ce dossier, la
porte est fermée. La position canadienne est claire.
Il n’y pas d’équivoque » , a indiqué le ministre
Cannon dans une entrevue accordée à La Presse.
La Presse Canadienne a rapporté plus tôt cette semaine
que les membres de l’administration de Barack Obama
avaient discrètement entrepris de sonder le terrain
auprès des autorités canadiennes afin de savoir s’il
était possible de prolonger la mission des troupes
canadiennes au-delà de 2011.
L’administrat ion Obama a décidé de faire de la guerre
en Afghanistan le point de mire de sa lutte contre le
terrorisme. Les États-Unis ont commencé à y déployer
environ 20 000 soldats de plus en sol afghan afin de
venir à bout des insurgés talibans.
Le
Canada participe à la mission de l’OTAN en
Afghanistan, sanctionnée par l’ONU, depuis 2002. En
tout, 120 soldats canadiens ont été tués depuis le
début de la mission.
En entrevue, M. Cannon a indiqué n’avoir aucunement
discuté de cette question avec ses homologues
américains au cours des derniers mois. « Je n’ai eu
aucune demande à cet égard. J’ai rencontré Hillary
Clinton il y a deux semaines. Cette question n’a pas
été abordée. On a parlé de " Buy America", de plein de
choses, mais pas de cela », a dit M. Cannon.
M. Cannon était à New York afin de participer à une
réunion du Conseil de sécurité des Nations unies
portant sur la mission en Afghanistan. Dans un
discours, le chef de la diplomatie canadienne a
exhorté l’organisation internationale à augmenter sa
présence en Afghanistan.
« Nous voulons nous assurer que les Nations unies
continuent davantage leur implication en Afghanistan,
de sortir de Kaboul afin de dispenser des services
également dans les régions », a indiqué le ministre
Cannon.
Le ministre a aussi souligné l’importance des
élections présidentielles qui auront lieu en août. Il
a affirmé que l’objectif du Canada était de permettre
aux autorités afghanes d’assurer leur propre sécurité.
Bombardements
Les États-Unis reconnaissent la mort de civils
en
Afghanistan
— Les États-Unis ont reconnu hier dans un rapport
d’enquête préliminai re très attendu que des civils
avaient été tués lors de bombardements et de combats
avec les talibans lundi et mardi en Afghanistan, sans
donner de chiffres ni admettre de responsabilité.
Le rapport préliminaire de l’armée américaine et des
autorités afghanes ne donne pas de bilan précis et
n’indique pas si les victimes ont été tuées lors
d’affrontements ou par des frappes aériennes. La
commission ne chiffre pas le nombre de civils tués, se
disant « incapable de déterminer avec certitude
l’identité des morts, parmi lesquels des talibans et
des non-combattants, car tous les corps ont été
enterrés ».
« La commission d’enquête s’est rendue sur trois lieux
où avaient été enterrés les corps de sept personnes et
aux abords de deux fosses communes contenant un nombre
indéterminé de corps », selon le rapport. Les forces
américaines et afghanes continuent d’enquêter.
L’enquête a également obtenu des preuves selon
lesquelles « des talibans ont tué des civils », a
indiqué l’armée américaine dans un communiqué.
Un
responsable des Nations unies a toutefois rejeté
l’idée avancée par l’armée américaine que des talibans
auraient jeté des grenades sur les villageois. « Il
devient clair qu’un grand nombre de victimes ont été
causées par les bombardements », selon ce responsable,
qui a exprimé des doutes sur l’indépendance de la
commission d’enquête afghano-américaine.
De violents combats avaient opposé des talibans aux
forces afghanes et internationales dans le district de
Bala Buluk de la province de Farah, dans l’ouest du
pays. Les autorités afghanes avaient rapidement fait
état de plus de 100 morts, dont une majorité de
civils, des chiffres qualifiés d’« exagérés » par
certains responsables américains. Des centaines de
personnes avaient manifesté en signe de protestation à
Farah.
Au début des combats, les talibans « ont exécuté trois
civils pour obtenir une réaction de la police afghane
afin de pouvoir tendre une embuscade », selon le
communiqué de l’armée américaine.
Vendredi, le président afghan Hamid Karzaï a affirmé
sur la chaîne américaine CNN que de 125 à 130 civils,
dont des femmes et des enfants, avaient été tués et en
a imputé la responsabilité exclusive aux bombardements
américains. Si ce bilan était confirmé, il s’agirait
de la bavure la plus meurtrière depuis le renversement
du régime des talibans fin 2001.
M. Karzaï, qui brigue un second mandat en août, a
réclamé l’arrêt des frappes aériennes américaines.
Mais un haut responsable américain à Kaboul a jugé
impossible de priver de soutien aérien les troupes
afghanes au sol.
Mission
en Afghanistan - Les Afghans canadiens sont
partagés
— La mission canadienne en Afghanistan crée des
sentiments partagés parmi les Canadiens d’origine
afghane, un fort appui à l’effort militaire étant
tempéré par la tristesse et la colère devant l’escalade
du nombre de victimes civiles.
Ils sont plusieurs à déplorer que les objectifs de
reconstruction aient subi un recul par rapport à
l’expression d’une force brutale et sanglante en dépit
des prétentions contraires du gouvernement canadien.
Le directeur de l’Association afghane de l’Ontario,
Jamal Kakar, a soutenu que beaucoup de gens avaient été
déçus de voir les combats prendre le pas sur la
reconstruction dans la mission militaire, car cela
risquait de causer davantage de souffrances dans le
pays.
M.
Kakar a ajouté que, à titre personnel, il préfère que
les troupes canadiennes restent en Afghanistan, mais
qu’ils devraient avoir une mission de reconstruction du
pays.
Au cours d’une visite àKandahar la semaine dernière, le
premier ministre Stephen Harper a soutenu que l’ajout de
milliers de soldats américains au cours des prochains
mois allait aider le Canada à recentrer son action sur
des « objectifs civils » mieux définis. M. Harper a
affirmé que le Canada travaillait à transformer la
mission pour se concentrer sur la reconstruction et le
développement.
Le Comité international de la Croix-Rouge, à Kaboul, a
signalé la semaine dernière la mort de dizaines de
civils dans des raids américains contre de présumés
insurgés talibans dans l’ouest de l’Afghanistan.
C’est ce genre de « dommage collatéral » qui ébranle le
soutien des Afghans du Canada à la mission qui a coûté
la vie à 118 militaires canadiens – le plus lourd bilan
parmi les forces étrangères dans le pays en guerre.
Des soldats canadiens tuent une fillette
enAfghanistan
— Une
fillette afghane a été tuée par des soldats canadiens,
mardi, dans la province de Kandahar.
Hier, des porte-parole militaires ont raconté que des
soldats étaient descendus de leurs véhicules dans le
dangereux district de Panjwaii lorsqu’ils ont aperçu
une motocyclette filant droit vers eux à toute
vitesse.
Voyant que le conducteur n’obtempérait pas à leurs
signaux d’arrêt, ils ont tiré un coup de semonce. Le
motocycliste a ensuite changé de direction.
Peu après, les soldats ont remarqué qu’une foule
s’était rassemblée et ils ont découvert qu’une
fillette, dont l’âge n’a pas été dévoilé, avait été
blessée par balle. Les tentatives pour la sauver ont
été vaines.
Une heure plus tard, lors d’un autre incident, trois
policiers afghans ont été blessés après que des
soldats canadiens qui inspectaient un possible engin
explosif artisanal dans le district de Dand eurent
ouvert le feu sur un véhicule qui s’approchait dans le
noir, tous phares éteints.
« Un coup de semonce a été tiré vers le sol, comme on
le fait habituellement, pour attirer l’attention du
conducteur du véhicule, a relaté le porte-parole
militaire, Mario Couture. Cela n’a pas été suffisant,
et les soldats ont ouvert le feu sur le véhicule,
blessant trois hommes qui étaient à bord. »
Deux membres de la police nationale afghane ont été
blessés légèrement, alors que le troisième a été
hospitalisé.
La police nationale afghane et le Service national des
enquêtes des Forces canadiennes ont ouvert une
enquête.
Selon M. Couture, le comportement du motocycliste à
l’endroit où la fillette a été tuée mardi était
suspect.
«
Nous savons que les insurgés veulent braquer la
population contre les forces de la coalition, a dit le
porte-parole. Alors s’ils parviennent à nous faire
commettre des erreurs, cela sert leur cause. Si nous
tirons, cela joue en leur faveur. Nous en avons
conscience. »
Selon M. Couture, les insurgés jaugent les réactions
des soldats dans de telles situations.
Les incidents de mardi s’ajoutent à une série de
fusillades impliquant des soldats canadiens survenues
au cours des dernières semaines.
Vendredi dernier, des militaires canadiens ont tué un
Afghan à Kandahar et en ont blessé trois autres après
avoir ouvert le feu sur une automobile dont le
conducteur avait passé outre aux avertissements et aux
coups de semonce. Le véhicule, qui roulait à tombeau
ouvert, avait pénétré à l’intérieur d’un périmètre de
sécurité qui avait été érigé par les soldats.
Le Nord s’embrase
Par ailleurs, au moins une vingtaine de personnes,
dont une dizaine de civils, ont péri mardi dans des
attaques dans le nord de l’Afghanistan, une région
jusqu’à récemment plutôt épargnée par les violences,
ont indiqué hier les autorités et les médias locaux.
Quatorze civils ont été « tués ou blessés » dans une
attaque des talibans, qui ont tiré mardi une roquette
dans une maison où s’étaient réunis des étudiants dans
la province de Kunduz, où les forces afghanes ont
récemment lancé une offensive pour déloger les
rebelles, a affirmé le gouverneur provincial, Mohammad
Omar.
« La sécurité s’est détériorée à Kunduz, car les
terroristes tentent d’étendre les violences aux
régions du nord », a déclaré le gouverneur à l’AFP.
Selon lui, quelque 20 combattants étrangers liés à
Al-Qaeda et 300 talibans ont afflué dans sa province,
une région stratégique frontalière du Tadjikistan.
« C’est réellement une menace pour la stabilité des
provinces du nord. Si on n’y prend pas garde, les
choses vont empirer », a-t-il prévenu.
Afghanistan: 100 morts dans des frappes américaines
Un enfant blessé par des
bombardements américains.
Plus de 100 personnes, parmi lesquelles une majorité de
civils, dont des femmes et des enfants, ont été tuées
lundi selon les autorités locales dans l'ouest de
l'Afghanistan, dans des combats et bombardements des
forces américaines, qui ont ouvert une enquête.
De violents combats opposant des
talibans aux forces afghanes et internationales ont
éclaté lundi dans le district de Bala Buluk de la
province de Farah, où les insurgés sont bien implantés,
provoquant des frappes aériennes américaines.
«Je me suis rendu à Farah. Au cours des combats et des
bombardements, plus de 100 personnes ont été tuées.
Parmi elles figurent de 25 à 30 talibans et les autres
sont des civils, parmi lesquels des femmes et des
enfants», a déclaré mercredi Abdul Rauf Ahmadi,
porte-parole de la police afghane dans l'ouest du pays.
Dans la matinée, le chef de la police de la province,
Abdul Ghafar Watandar, avait assuré avoir vu les
cadavres de 30 civils apportés en camion par des
villageois.
Des délégations du ministère de l'Intérieur, de l'ONU et
de l'armée américaine se sont rendues sur place pour
enquêter, a-t-il précisé.
Une porte-parole du Comité international de la
Croix-Rouge (CICR) a indiqué que plusieurs dizaines de
personnes, dont des femmes et des enfants, avaient été
tuées à Bala Buluk.
«Notre équipe a vu mardi sur place les corps de dizaines
de personnes tuées, parmi lesquelles des femmes et des
enfants. La plupart des maisons de la zone visée ont été
réduites en ruines», a déclaré à l'AFP cette
porte-parole, Jessica Barry.
«L'un de nos collègues du Croissant-Rouge afghan local a
péri dans les bombardements, de même que 13 membres de
sa famille», a-t-elle poursuivi.
Le gouverneur de Farah, Rohul Amin, n'était pas en
mesure de confirmer le nombre de victimes. «La zone
bombardée est sous le contrôle des talibans et nous ne
sommes pas capables d'en savoir plus pour le moment»,
a-t-il déclaré.
Dans un premier temps, le gouverneur avait dit qu'une
trentaine d'insurgés ainsi que des civils avaient été
tués.
Une élue du conseil provincial de Farah, Balqis Roshan,
a affirmé à l'AFP que plus de 150 civils avaient été
tués dans les combats et bombardements.
Il n'était pas possible de vérifier ces divers bilans de
source indépendante.
A Kaboul, l'envoyé spécial de l'ONU en Afghanistan, Kai
Eide, a déclaré qu'il était «sérieusement préoccupé» par
les informations faisant état de nombreuses victimes
civiles et qu'il était en étroit contact avec le
commandement des forces américaines en Afghanistan, le
général David McKiernan.
Le président afghan Hamid Karzaï, en visite à
Washington, a ordonné l'ouverture d'une enquête et
promis d'évoquer le sujet avec le président américain
Barack Obama qu'il devait rencontrer dans la journée de
mercredi, lors d'un mini-sommet auquel devait également
participer le président pakistanais Asif Ali Zardari.
Lors d'une déclaration à Washington aux côtés de MM.
Karzaï et Zardari, la secrétaire d'Etat Hillary Clinton
a exprimé ses «regrets personnels» et «la sympathie» de
l'administration américaine «à propos des pertes en vies
humaines en Afghanistan». «Nous les regrettons
profondément», a-t-elle dit.
L'armée américaine a annoncé mardi soir l'ouverture
d'une enquête conjointe avec les autorités afghanes.
Les affrontements ont été déclenchés par une attaque
menée par des insurgés contre deux villages, au cours de
laquelle ces derniers ont tué trois policiers et
assassiné trois civils accusés de travailler pour le
gouvernement, provoquant l'intervention des forces
afghanes et américaines.
«Les talibans utilisaient des maisons de civils comme
abris, à partir desquelles ils tiraient» sur les forces
régulières, a indiqué le gouverneur.
«Selon les informations dont nous disposons, certaines
maisons ont malheureusement été touchées lors des raids
aériens, causant des pertes civiles», a-t-il ajouté.
Les forces étrangères en Afghanistan tuent régulièrement
des civils lors des combats et des bombardements contre
les insurgés. Ces erreurs provoquent la colère de la
population et des autorités afghanes.
PAKISTAN
: Près d’un million de personnes déplacées
GENÈVE— Le nombre de civils forcés de fuir les
combats au Pakistan au cours des deux dernières
semaines a presque atteint un million, a déclaré hier
l’ONU, qui se prépare à mobiliser des centaines de
millions de dollars pour leur venir en aide
En date d’hier, plus de 987 000 personnes ont été
enregistrées comme déplacées depuis le 2 mai, a
indiqué devant la presse un porte-parole du
HautCommissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR),
William Spindler.
Le flot de personnes fuyant les combats ne semble pas
devoir se tarir, a ajouté M. Spindler, selon qui le
total de personnes déplacées au Pakistan s’élève
désormais à 1,5 million.
Ce nouveau flux vient en effet s’ajouter aux 500 000
personnes déplacées avant cette offensive, en
provenance des zones tribales frontalières avec
l’Afghanistan, où l’armée combat depuis 2002 les
talibans pakistanais, afghans et les combattants
étrangers d’Al-Qaeda.
« Chaque heure, des milliers de gens arrivent à nos
points d’accueil pour y être enregistrés comme
déplacés internes », a affirmé M. Spindler.
« Il
s’agit essentiellement des populations entières de
certaines régions de la vallée de Swat », a affirmé
Martin Mogwanja, chef adjoint par intérim du Bureau de
l’ONU pour la coordination de l’aide humanitaire
(OCHA) au Pakistan, au cours d’une conférence
téléphonique.
Plus de la moitié sont des enfants, a-t-il ajouté.
Les agences humanitaires de l’ONU ont relevé que les
déplacés étaient plutôt en bonne condition, plus de 80
% d’entre eux ayant fui depuis peu et ayant trouvé
refuge dans des familles d’accueil.
Mais l’ONU remarque aussi que ces mêmes familles
d’accueil sont souvent pauvres et que le fardeau
supplémentaire que représentent les réfugiés risquait
de se faire sentir dès les semaines à venir.
Selon le haut-commissaire de l’ONU pour les réfugiés,
Antonio Guterres, actuellement en visite au Pakistan,
« la crise pourrait considérablement déstabiliser les
populations affectées » si une aide massive ne se
mobilise pas immédiatement.
Attentat à Peshawar, où les déplacés
affluent
— Un
attentat à la voiture piégée a fait 11 morts et
blessé 31 personnes hier dans la ville de Peshawar,
où de nombreux civils se sont réfugiés récemment
pour échapper à l’offensive menée par l’armée contre
les talibans, alliés à Al-Qaeda, dans le nord-ouest
du Pakistan.
Parmi les victimes de l’attentat de Peshawar
figurent notamment deux femmes, cinq hommes et
quatre enfants âgés de 9 à 17 ans.
La bombe a également endommagé un café internet
situé à proximité. Des membres déchiquetés ont été
projetés sur le site de l’attentat, a constaté un
journaliste de l’AFP. Selon la police, l’explosion a
eu lieu au passage d’un autocar de ramassage
scolaire à Kashkal, un quartier animé et densément
peuplé.
Une seconde bombe a explosé en fin d’après-midi à
Saddar, un marché très fréquenté de la ville,
blessant légèrement trois personnes, selon la
police.
Par ailleurs, plus d’un million de personnes ont fui
les combats au cours des deux dernières semaines, a
annoncé hier le haut commissaire des Nations unies
pour les réfugiés, alors que l’armée était toujours
aux portes de Mingora, chef-lieu de la vallée de
Swat.
Les
familles continuaient de fuir les trois districts
concernés à pied ou en s’entassant sur des camions
et des tracteurs pour venir se réfugier dans des
camps de fortune.
Quelque 500 000 déplacés avaient déjà fui le
nord-ouest du pays l’an dernier face aux avancées
des rebelles talibans, venus imposer par la force
une version fondamentaliste de la loi islamique.
« En ajoutant les plus de 500 000 déplacés d’avant
mai, on arrive à un chiffre impressionnant, sachant
que chacun d’eux est un cas (à traiter) », a
souligné le chef du HCR, Antonio Guterres, à l’issue
d’une visite de trois jours.
Le HCR a réitéré son appel aux donateurs, alors que
son agence estime que plusieurs centaines de
millions de dollars d’aide internationale sont
nécessaires pour financer l’assistance à ces
déplacés. « Ce n’est pas le moment de faire des
gestes symboliques. C’est le moment d’apporter un
soutien massif » à ces personnes, a-t-il insisté.
Selon des associations de défense des droits de
l’homme, l’actuel déplacement de population est le
plus important au Pakistan depuis la partition
d’avec l’Inde en 1947.
Fuir
la
vallée de Swat, pour ne plus «creuser de tombes»
Saeed Khan a déjà enterré un de
ses fils, tué dans les combats entre les talibans et
l'armée dans le nord-ouest du Pakistan. Pour ne plus avoir
à «creuser de tombes», il a poussé sa famille dans le
premier bus pour Peshawar.
Réfugié dans la grande ville de la
région, comme des milliers d'autres civils, ce petit
commerçant de 50 ans ne peut supporter l'idée de perdre
encore un enfant.
«Mon fils était un policier de Swat, il est mort en début
d'année dans un attentat-suicide à Mingora», le chef-lieu
de ce district devenu depuis deux ans un bastion des
talibans, explique Saeed.
«Je l'ai enterré devant ma maison, je ne veux pas creuser
de tombe pour ma fille ou mon autre fils», confie-t-il, en
pleurs.
Depuis mardi, plus de 40.000 civils ont fui Mingora, selon
les autorités provinciales, qui assurent préparer des
abris pour un demi-million d'habitants de la vallée de
Swat susceptibles de fuir dans les prochains jours.
Depuis dix jours, les militaires ont lancé une offensive
contre les talibans dans les districts voisins de Buner et
Lower Dir, après que ces derniers eurent profité d'un
accord de cessez-le-feu signé mi-février pour gagner du
terrain au-delà de Swat, à une centaine de kilomètres
seulement au nord-ouest d'Islamabad.
Et depuis quelques jours, des combats sporadiques éclatent
dans la vallée de Swat, dont les talibans avaient pris le
contrôle il y a près de deux ans.
Depuis mardi, les télévisions pakistanaises montrent ces
flots de déplacés, poussant, pour certains, chèvres et
vaches pour fuir cette vallée au paysage paradisiaque,
autrefois le site le plus touristique du Pakistan, dans la
crainte d'une attaque imminente de l'armée.
«Je quitte la ville immédiatement avec ma femme, ma mère
et mes quatre enfants», témoignait au téléphone mardi Ali
Rehman, un chauffeur de taxi de Mingora. «Je ne sais pas
où nous allons, ni ce que nous allons devenir, mais je
dois protéger ma famille».
Au terminal des bus à Peshawar, la tentaculaire capitale
de la province du nord-ouest pakistanais, des habitants de
Swat, épuisés, manifestement nerveux, racontent leur
calvaire en sortant des véhicules où s'entassent sacs,
couvertures et ballots de vêtements.
Chancelante à sa sortie du bus, Zarina Begum, 40 ans,
supplie qu'on lui vienne en aide. «Ma maison a été touchée
par un tir de mortier et j'ai perdu la vue. S'il vous
plaît, emmenez-moi à l'hôpital», adjure-t-elle.
«Ils (les talibans) ont tué mon mari, ils lui ont tranché
la gorge après l'avoir accusé d'espionnage. J'ai fui Swat
parce que je ne veux pas que mon fils soit tué de la même
façon. Je ne veux pas recevoir un corps décapité»,
dit-elle.
Salman Mutjaba a perdu des membres de sa famille lors
d'une attaque suicide près de Mingora et il ne compte pas
remettre les pieds à Swat.
«J'ai vraiment peur d'y retourner. Dès que je vois des
talibans, je trouve qu'ils ressemblent à des vampires»,
explique ce commerçant de 25 ans.
Et de lancer: «Je ne retournerai jamais à Swat. Cet
endroit a perdu sa beauté».
Washington pourrait tenter de convaincre
Ottawa de rester en Afghanistan après 2011
— Les
démocrates de Barack Obama ont discrètement consulté des
conseillers à Ottawa afin de voir de quelle façon ils
pourraient convaincre le gouvernement fédéral de
maintenir les Forces canadiennes en Afghanistan après
2011.
Au fait
de l’opposition manifestée au sujet du prolongement de
la mission canadienne sur le sol afghan, les
responsables américains – pol itiques et militaires –
peinent à comprendre les préoccupations des Canadiens et
à trouver les bons arguments pour convaincre le
gouvernement de Stephen Harper de garder des troupes en
Afghanistan, selon des sources issues des milieux de la
défense.
Les États-Unis n’ont pas demandé off iciellement – ni
même o f f i c i eu s ement – à Ottawa de prolonger la
présence canadienne en Afghanistan. Les questions visent
cependant à préparer le terrain en vue d’une éventuelle
requête en ce sens, que l’administration du président
Obama pourrait formuler plus tard cette année ou au
début de 2010, selon une source familière avec le
dossier.
AFGHANISTAN Appel au boycottage
Les
talibans ont appelé hier les Afghans à boycotter les
élections présidentielles et provinciales du 20 août et
à « rejoindre les rangs du jihad » pour « libérer leur
pays occupé par des envahisseurs », dans un communiqué
diffusé par courriel. « En tant qu’Afghans et en tant
que musulmans, tous les Afghans doivent boycotter ce
processus américain mensonger », déclarent-ils à propos
des élections. « Prendre part à ces élections signifie
sympathiser avec les envahisseurs américains et les
soutenir, et donc donner une légitimité à l’invasion
américaine », poursuit le message.
ÀUNMOIS DE L’ÉLECTIONPRÉSIDENTIELLE
L’Afghanistan
dans une spirale de violences
—
Redoublement des attaques, nombre record de soldats
étrangers tués: la flambéede violence laisse craindre
le pire à quelques semaines de l’élection
présidentielle en Afghanistan, que les talibans se
sont juré de faire dérailler.
« Depuis le début, nous avons dit que nous nous
attendions à ce que les rebelles profitent de cette
période électorale pour faire passer leur message. Ils
ne veulent pas voir ce gouvernement réussir, ils ne
veulent pas que les gens aillent voter », a averti le
contreamiral Gregory Smith, porteparole du commandant
des forces américaines en Afghanistan, le général
Stanley McChrystal.
À un mois des élections présidentielle et provinciales
du 20 août, les violences ont atteint des niveaux
inégalés depuis que les talibans ont été chassés du
pouvoir à la fin de 2001 par une coalition
internationale menée par les États-Unis.
Malgré la présence de près de 90 000 soldats étrangers
dans le pays, les insurgés parviennent toujours à
mener des attaques et à infliger de lourdes pertes,
civiles et militaires.
Une vague de violences liée à la rébellion talibane a
encore fait 22 morts samedi et hier, parmi lesquels un
soldat de l’OTAN, deux soldats afghans et 16 rebelles,
ont annoncé les autorités hier.
« De nouveau, de très graves problèmes de sécurité se
font jour dans le sud et l’est de l’Afghanistan »,
souligne HarounMir, expert auprès du Centre afghan de
recherche et d’études politiques à Kaboul.
Ces attentats démontrent que « des éléments issus des
rangs d’Al-Qaeda ou des talibans veulent perturber les
élections », dit-il.
Selon
le site indépendant www. icasualties.org, qui recense
les pertes militaires en Irak et en Afghanistan, 67
soldats étrangers sont morts depuis le début du mois
de juillet sur le sol afghan, un nombre jamais égalé
depuis 2001.
La quasi-totalité des victimes de juillet ont été
tuées par des engins explosifs artisanaux.
L’envoyé spécial des États-Unis pour le Pakistan et
l’Afghanistan, Richard Holbrooke, avait admis, samedi
à Kaboul, l’ampleur de la tâche et le fait que
l’organisation des élections serait «
extraordinairement difficile ».
Des élections « sont difficiles à organiser en toute
circonstance, et les tenir pendant une guerre est
extraordinaire. Aucune élection ne peut être parfaite
et cette élection est confrontée à des défis nombreux
et complexes », a-t-il dit.
Car même dans les districts où les forces étrangères
ont réussi à déloger les talibans, la tenue d’un
scrutin ne va pas de soi.
« Ce secteur a été longtemps aux mains des talibans »,
a par exemple fait remarquer le ministre afghan chargé
de la lutte contre le trafic de drogue, le général
Khodaidad, lors d’un déplacement dans le district de
Garmsir (province du Helmand).
« Je pense que ce sera difficile de faire participer
les gens au vote, en particulier dans les zones les
plus instables », a-t-il ajouté.
« Il y aura 7000 centres de vote en Afghanistan mais
je pense que ni le gouvernement afghan ni les forces
de la coalition n’ont assez de personnel pour assurer
la sécurité de chaque centre », estime Haroun Mir.
AFGHANISTAN Début d’une campagne
présidentielle sous la menace des talibans
— La
campagne pour l’élection présidentielle afghane du 20
août a commencé officiellement hier, placée sous le
signe des violences des talibans, dont le président
Hamid Karzaï n’est pas parvenu à endiguer la flambée
malgré l’aide des forces internationales.
Les affiches couvrent dorénavant arbres, poteaux,
véhicules et panneaux de signalisation à Kaboul, où 30
véhicules tapissés d’affiches de Mirwais Yasini,
président adjoint du Parlement, parcouraient les rues au
son de haut-parleurs exhortant à voter pour leur
champion.
À l’opposé, aucun portrait de candidats n’était visible
à Kandahar, bastion des talibans dans le sud. Haji Agha
Lalai, membre du consei l provincial, a évoqué « des
raisons de sécurité ».
L’ex-ministre de l’Économie, Ashraf Ghani, un des
principaux adversaires du sortant Hamid Karzaï, a
rencontré un millier de personnes dans sa maison de
Kaboul.
Un autre poids lourd, l’ancien ministre des Affaires
étrangères, Abdullah Abdullah, devait tenir une réunion
demain.
Quant à l’équipe de M. Karzaï, elle a rejeté toute
baisse de popularité du président, martelant que «
Karzaï devance tous les autres ».
Certains l’accusent d’utiliser les ressources
gouvernementales pour sa campagne. Un représentant de la
Commission électorale indépendante, Daoud Ali Najafi, a
indiqué que le président avait accepté de ne pas
utiliser les moyens étatiques.
Violence record
Au total, 41 candidats, dont deux femmes, se présentent
à la seconde présidentielle au suffrage universel direct
de l’histoire du pays.
La campagne des élections prov i nc i a l e s a éga l
ement débuté hier : 3196 candidats concourent pour 420
sièges dans les 34 conseils provinciaux. Deux candidats
ont été tués récemment.
La campagne s’achèvera le 17 août, trois jours avant le
scrutin.
M.
Karzaï, déjà vainqueur en 2004 avec 55,4% des voix,
reste favori malgré son exécrable bilan en matière de
sécurité.
Après une aggravation ces deux dernières années, la
première semaine de juin a connu « le plus haut niveau
d’incidents » violents depuis la chute des talibans,
fin 2001, selon le général David Petraeus, commandant
des forces américaines en Irak et en Afghanistan.
Et la semaine dernière, renchérit le ministre de
l’Intérieur, Mohammad Anif Atmar, les attaques ont
encore augmenté de 40% par rapport à la semaine
précédente, malgré la présence de 90 000 soldats
étrangers des deux forces internationales, celle de
l’OTAN et celle menée par les États-Unis.
Les observateurs s’attendent à une nouvelle
détérioration, les opérations des forces étrangères et
afghanes s’intensifiant.
« Des mois difficiles s’annoncent » et les violences «
vont augmenter », prédit le général Petraeus.
On craint l’abstention massive
Malgré cette situation alarmante, Hamid Karzaï a
réussi à diviser l’opposition.
Le Pachtoune (première ethnie du pays) s’est rallié
différents leaders: celui du principal parti
d’opposition, le sulfureux chef de guerre tadjik
(deuxième ethnie), Mohammad Qasim Fahim, ainsi que
l’Ouzbek Abdul Rashid Dostam (10% des voix à la
présidentielle en 2004) et le hazara Haji Mohammed
Mohaqiq (11,7% en 2004).
Le représentant de l’ONU en Afghanistan, Kai Eide, a
appelé dans un communiqué les candidats à « faire
campagne avec dignité et équité » et à éviter «
l’intimidation, les discours provocateurs et la
violence ».
Cela « est d’une importance cruciale pour s’assurer
que les élections seront crédibles », a conjuré M.
Eide.
Les observateurs craignent néanmoins une abstention
massive motivée par la peur de violences et une
désillusion croissante de la population vis-à-vis de
la classe politique.
« Nouvelle réflexion » pour l’Afghanistan
— Le
secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, a estimé
hier qu’une « nouvel le réf lexion » éta i t nécessaire
concernant la guerre en Afghanistan, après avoir annoncé peu
avant le remplacement du commandant des forces américaines
dans le pays, le général David McKiernan.
M. Gates a
choisi pour le remplacer le général Stanley McChrystal,
actuel directeur de l’état-major inter-armées.
Le président Obama a réor ienté la pr ior ité mi l ita i re
des États-Unis de l’Irak vers l’Afghanistan. La nouvelle
stratégie américaine en Afghanistan met notamment l’accent
sur le rôle des forces spéciales pour lutter contre
l’insurrection des talibans.
PRÉSIDENTIELLE
AFGHANE Feu l’Alliance du Nord
— L’Alliance du Nord, ex-coalition militaire en
majorité tadjike ayant renversé les talibans, est entrée
dans l’histoire de l’Afghanistan mais n’a pas résisté
aux ambitions politiques de ses grands barons, divisés
entre soutien et opposition au président pachtoun Hamid
Karzaï.
Ce dernier a tout fait pour diviser la coalition, acteur
essentiel de la chute des talibans à la fin de 2001.
Le premier gouvernement transitoire était dominé par
l’Alliance, essentiellement par les commandants de la
faction du Jamiat, originaire de la vallée du Panshir,
imprenable fief du commandant Ahmad ShahMassoud,
assassiné le 9 septembre 2001 par Al-Qaeda.
Pour l’ancien ministre des Affaires étrangères Abdullah
Abdullah, baron du Jamiat candidat à la présidentielle
du 20 août, « ce qui s’appelait l’Alliance du Nord était
une alliance militaropolitique. Aujourd’hui, la
situation est politique et non militaire, et pour ça,
nous avons le Front national ».
Abdullah
est un dirigeant du Front national, aile politique de
l’Alliance regroupant l’opposition à M. Karzaï, favori
du prochain scrutin malgré son échec à endiguer la
montée de la violence et la corruption
Le Front a essuyé un revers de taille: un autre baron du
Jamiat, Mohammad Qas i m Fahim, figure-clé du parti,
s’est rallié à M. Karzaï, qui lui a proposé la
vice-présidence s’il était réélu. La candidature de
Qasim Fahim a révulsé la communauté internationale, qui
l’accuse de crimes de guerre et d’être toujours impliqué
dans des activités criminelles.
Fahim, lieutenant du « héros national » Massoud pendant
la guerre contre les Soviétiques (19791989), la guerre
civile (1992-1996) et la lutte contre les talibans
(19962001), pourrait néanmoins ne pas participer à la
campagne à cause de graves problèmes de santé, selon M.
Abdullah.
Pour la présidentielle de 2004, Hamid Karzaï avait
entretenu le flou jusqu’au bout avant de prendre comme
vice-président un frère du « héros national », Zia
Massoud, et d’écarter Qasim Fahim, consommant la rupture
avec l’Alliance.
Quant à Abdullah, il est soutenu pour le scrutin du 20
août par un autre frère Massoud, Wali. « Si l’Alliance
du Nord s’organisait mieux, dit-il, si ses membres
étaient unis, ils pourraient avoir le pouvoir. Mais
Karzaï a tout fait pour diviser, isoler, trahir
l’Alliance du Nord, humilier les moudjahidine. »
Afghanistan : Les propos deMacKay font
bondir l’opposition
En visite
en Afghanistan, le ministre de la Défense évoque la
prolongation de la mission
Une déclaration faite hier par le ministre de la Défense,
Peter MacKay, selon laquelle le Canada pourrait rester en
Afghanistan après 2011 a fait bondir les partis de
l’opposition. Ils craignent que derrière les propos «
ambigus » du ministre conservateur se cache la volonté de
prolonger la mission militaire au-delà de l’échéance fixée
par la Chambre des communes.
Le ministre de la Défense Peter
MacKay s’est adressé aux troupes canadiennes dimanche à
Kandahar. Ses propos sur la présence canadienne en
Afghanistan après 2011 ont été jugés ambigus et peu
rassurants par les partis de l’opposition.
Dans le cadre d’une visite de deux jours à la base
aérienne de Kandahar, le ministre a affirmé hier matin que
le « Canada peut jouer bien d’autres rôles dans l’avenir »
en sol afghan.
Il a rappelé que son gouvernement allait respecter la
volonté de la Chambre des communes sur cette question car
il serait impossible d’« aider l’Afghanistan à bâtir sa
démocratie, sans respecter la démocratie » au Canada.
L’évocation d’une prolongation du rôle mi l itai re en
Afghanistan a toutefois choqué l’opposition.
« Ce n’est pas très rassurant », a affirmé le leader du
Bloc québécois, Gilles Duceppe. « Si le ministre ne
clarifie pas sa position d’ici la reprise des travaux en
Chambre le 25 mai, vous pouvez être sûr que je vais lui
poser la question. »
Selon Gi l les Duceppe, ce n’est pas la première fois que
les conservateurs jouent avec les mots en ce qui a trait à
la participation militaire du Canada en Afghanistan.
« La
résolution qu’ils ont adoptée au printemps sur la fin de
la mission permet également d’être interprétée, a-t-il
expliqué. Elle dit que le Canada va se retirer
militairement de Kandahar en 2011, mais pas des autres
zones. Pourtant, dans l’esprit de la population, juillet
2011 correspond à la date du retrait des troupes. »
Au Parti libéral du Canada, le porte-parole en matière de
défense, Denis Coderre, trouve également que les
déclarations du ministre MacKay manquent de clarté.
« Peut-être qu’il tentait de justifier sa présence là-bas
avec des déclarations ambiguës », a dit le député
québécois.
Après 10 ans, a-t-il poursuivi, les troupes sont
essoufflées et il commence à y avoir une pénurie de
sous-officiers supérieurs sur le terrain. Il serait donc
irresponsable de poursuivre la mission armée.
Même son de cloche du côté du Nouveau Parti démocratique.
« L’inquiétude, c’est qu’il y ait quelque chose de caché
dans ces mots-là, a lancé Jack Layton. Nos troupes ont
fait leur job. Nous avons maintenant des responsabilités
ailleurs dans le monde, d’autres choses à faire avec l’ONU
dans la poursuite de la paix. »
Hier, le ministre de la Défense s’est envolé vers le
Pakistan où il a rencontré son homologue aux Affaires
étrangères. Rappelons qu’il y a quelques jours, Peter
MacKay a affirmé que l’instabilité constante du Pakistan
en faisait peut-être « le pays le plus dangereux du monde
».
Visite-surprise
de Harper en Afghanistan
« La mission
en Afghanistan est en train de changer. Nous formons
beaucoup plus les forces afghanes pour qu’elles assurent de
plus en plus la sécurité du territoire. »
KANDAHAR— L’envoi de quelque 21 000 soldats américains
supplémentaires en Afghanistan permettra aux troupes
canadiennes de se concentrer davantage sur l’aide
humanitaire et le développement à Kandahar et de former les
forces afghanes au lieu de monter au front pour combattre
les insurgés talibans.
Le premier ministre Stephen Harper
s’est rendu hier au barrage Dahla, le plus grand de la
région de Kandahar, pour voir son système d’irrigation. Le
gouvernement canadien a annoncé qu’il investira 50
millions de dollars au cours des trois prochaines années
afin de remettre en état ce barrage.
Faisant une visite-surprise à la base militaire de Kandahar,
hier, le premier ministre Stephen Harper a soutenu que la
mission des soldats canadiens est en train de changer
considérablement avec l’arrivée des renforts américains dans
la province de Kandahar.
Ces changements sont déjà visibles sur le terrain, a affirmé
M. Harper, qui s’est rendu au barrage Dahla, le plus grand
de la région de Kandahar, et a vu son système d’irrigation.
Le gouvernement canadien a annoncé qu’il investira 50
millions de dollars au cours des trois prochaines années
afin de remettre en état ce barrage, qui a subi des dommages
importants après des années de négligence. M. Harper s’est
rendu sur les lieux en hélicoptère afin de constater les
progrès réalisés jusqu’ici.
« La mission en Afghanistan est en train de changer. Nous
formons beaucoup plus les forces afghanes pour qu’elles
assurent de plus en plus la sécurité du territoire. Nous
avons aussi des objectifs civils mieux définis. Le personnel
civil a plus que doublé ici. Et nous avons des projets de
développement bien concrets en marche. C’est l’avenir de la
mission », a affirmé M. Harper, qui faisait hier sa
troisième visite à Kandahar depuis son arrivée au pouvoir en
2006.
« Évidemment, l’arrivée des soldats américains va changer la
dynamique. Il s’agit d’une force importante qui va nous
permettre de faire plusieurs tâches à la fois, soit
combattre les insurgés, former les forces afghanes et mettre
en chantier des projets. Tous ces changements sont très
positifs », a ajouté le premier ministre en conférence de
presse.
M. Harper a soutenu que les soldats canadiens ont fait des
miracles depuis qu’ils sont sur les lieux, mais il a convenu
que le nombre insuffisant de troupes a quand même nui aux
efforts visant à mater les insurrections des talibans.
Les nouveaux soldats américains ont commencé à arriver sur
la base de Kandahar à raison d’environ 300 par semaine
depuis le mois dernier. En principe, les renforts américains
promis par le président Barack Obama devraient être tous
arrivés au plus tard en août.
Le ton change
Mais il
n’y a pas que la mission canadienne qui est en train de
changer. Le ton du premier ministre change aussi.
Durant sa première visite, en 2006, M. Harper s’était
adressé aux soldats canadiens sur un ton fort combatif. Il
était hors de question que les soldats rentrent à la
course au Canada ( cut and run, en anglais) malgré les
dangers.
Mais dans son discours devant les soldats, hier, M. Harper
avait beaucoup moins l’air d’un faucon guerrier qu’il y a
trois ans. « En tant que pays prospère et libre, nous
avons l’obligation morale de partager notre chance, nos
libertés et nos opportunités avec les citoyens du monde
qui ont trop longtemps dû endurer la violence,
l’oppression et la privation », a dit le premier ministre.
M. Harper a salué à nombreuses reprises le travail « noble
» des soldats et leurs sacrifices.
« Vous êtes venus ici pour défendre nos intérêts
nationaux, nos libertés et nos valeurs. Vous êtes ici pour
protéger le pays et le monde entier contre le terrorisme
et la barbarie. Vous êtes ici pour aider la population
afghane à rebâtir ce pays trop longtemps ravagé par la
guerre. Vos défis sont nombreux. Votre travail est
extrêmement dangereux. Vous faites d’énormes sacrifices.
Je tiens à vous remercier et à vous dire que l’ensemble de
la population canadienne est très fière de vous », a dit
M. Harper devant les troupes canadiennes.
Le premier ministre a affirmé que des progrès énormes ont
été réalisés au fil des ans. « La démocratie s’installe,
les activés économiques reprennent. Les libertés
fondamentales reviennent, les enfants retournent à
l’école, le système de santé s’organise et les
infrastructures se développent », a-t-il affirmé.
Après son discours, M. Harper a tenu à servir du café Tim
Hortons à des soldats en guise d’appréciation. Le
commandant en chef des Forces armées canadiennes, le chef
d’état-major Walter Natynczyk, a accompagné le premier
ministre durant cette visite surprise et lui a donné un
coup de main dans la distribution des cafés aux troupes.
En tout, 118 soldats canadiens ont été tués depuis que les
troupes canadiennes sont déployées en Afghanistan. Le
gouvernement canadien compte rapatrier en 2011 les 2500
soldats enmission dans la région de Kandahar.
Cette troisième visite de M. Harper en Afghanistan, gardée
secrète pour des raisons de sécurité jusqu’à ce qu’il
quitte la base de Kandahar, a été minutieusement
planifiée. M. Harper s’est rendu à Kandahar après avoir
participé mercredi au sommet entre le Canada et l’Union
européenne à Prague.
Zone de tempête - JOCELYIN COULON
Il faut
absolument aider le Pakistan à retrouver une certaine
stabilité.
L’auteur est directeur du Réseau francophone de
recherche sur les opérations de paix, affilié au CERIUM
de l’Université de Montréal ( j.coulon@cerium.ca)
Un résident de Buner, dans le
nord-ouest du Pakistan, ne peut que constater les
dégâts causés par l’affrontement entre les talibans et
les forces de sécurité pakistanaises. Depuis son
indépendance, le pays est miné par les violences
tribales et religieuses et par l’instabilité
politique.
Le premier ministre Stephen Harper vient d’effectuer une
visite éclair en Afghanistan afin de prendre la mesure
de la situation sur place. Les choses s’améliorent,
a-t-il dit en substance, et il n’a pas tort. Pour
consolider les acquis toutefois, il faut absolument
aider le pays voisin, le Pakistan, à retrouver une
certaine stabilité, car ce qui se passe là a des
conséquences de l’autre côté de la frontière. La
violence progresse, et le pouvoir civil demeure fragile.
Malgré cela, le Pakistan n’est pas un État failli et ses
armes nucléaires ne tomberont pas aux mains de n’importe
qui comme on nous l’annonce chaque jour.
Le Pakistan est depuis son indépendance un pays miné par
les violences tribales et religieuses et par
l’instabilité politique. Tous les gouvernements élus,
sauf celui d’Ali Bhutto dans les années 70, ont été
empêchés de terminer leur mandat par un coup d’État
militaire. Des provinces entières échappent au contrôle
direct du gouvernement central. Malgré cette situation,
le Pakistan est loin d’être au bord de la désintégration
et sa population résiste courageusement aux violences
terroristes et autres, à la corruption et
auxmanipulations politiques. La révolte du corps
judiciaire – magistrats et avocats – en 2007, qui a
provoqué le départ précipité du général Pervez Musharaff
de la présidence, n’est pas le symbole d’un État faible,
bien au contraire. La diversité ethnique, religieuse,
sociale et politique du Pakistan est une force qui lui a
permis d’affronter bien des tempêtes depuis 60 ans. La
société civile est florissante, l’arène politique
pluraliste, la jeunesse dynamique et ouverte sur le
monde. L’institution militaire est un socle solide et
cohérent et peut très bien affronter les extrémistes
radicaux qui fomentent des troubles depuis des années.
Quant aux armes nucléaires pakistanaises, elles font
l’objet de mesures de protection spéciales mises au
point par les autorités nationales avec une aide
substantielle des États-Unis et d’autres pays. Le
scénario du mollah fou s’emparant de la bombe
pakistanaise est une fantaisie médiatique alimentée par
des experts excités et ignorants.
Cela
dit, le Pakistan connaît de nombreux problèmes
sécuritaires et économiques, et ces problèmes ont et
auront des incidences sur sa stabilité comme sur celles
de ses voisins. Au cours des 10 dernières années, l’aide
occidentale a été essentiellement dirigée vers le
règlement des questions de sécurité au détriment de
l’économie. L’administration Obama en a conscience et
veut rectifier le tir avec son programme visant à offrir
au Pakistan une enveloppe non militaire de quelque
8milliards US au cours des cinq prochaines années. Cela
ne sera pas suffisant, comme l’indiquait cette semaine
l’analyste Ahmed Rashid dans un article publié par le
Washington Post. Les autres donateurs, en particulier
les institutions financières internationales, doivent
faire plus.
L’Occident, mais aussi l’Inde, l’Iran et les pays de la
région doivent soutenir les efforts de rapprochement
entre le Pakistan et l’Afghanistan. Il en va de l’avenir
de l’Afghanistan, mais aussi de la sécurité de la région
et de la présence internationale dans ce pays. Il semble
bien que la rencontre de mercredi et jeudi entre les
présidents afghan et pakistanais à Washington ait jeté
les bases d’une relation plus cordiale qu’au temps où
Hamid Karzaï accusait son vis-à-vis pakistanais, le
général Musharaff, d’alimenter les talibans et de miner
son gouvernement.
Restons tout demême prudents. Cette région reste une
zone de tempêtes. Les causes des conflits et des
inimitiés dans cette partie du monde sont profondes et
ne trouveront pas de solutions miracles et immédiates,
si elles n’en trouvent jamais. Ce n’est pas une raison
pour jeter l’éponge. Nous devons rester engagés, mais
les yeux grands ouverts.
AFGHANISTAN Même en période de crise, la
mission est justifiée
OTTAWA —
Malgré la crise économique et les dépenses colossales
qu’elle représente pour le gouvernement fédéral, la
mission canadienne en Afghanistan doit continuer tel
quel, a affirmé hier le ministre du Commerce
international, Stockwell Day.
« Les coûts sont considérables, a admis M. Day,
président du comité ministériel sur l’Afghanistan. Mais
on ne peut pas se permettre de ne pas continuer. Il faut
se rappeler que cette partie du monde, l’Afghanistan,
était le terrain d’entraînement et d’exportation de
terroristes. Le prix des attaques terroristes dépasse
très rapidement les sommes que nous et d’autres
injectons actuellement dans la sécurité en Afghanistan
et dans l’aide aux Afghans. »
Le
gouvernement canadien chiffre à 11,3 mi l l iards les
dépenses totales de la mission en Afghanistan de 2001 à
2011. Le directeur parlementaire du budget, Kevin Page,
avait plutôt estimé en octobre dernier que la mission
coûterait sur 10 ans entre 13,9 et 18,3 milliards.
Le ministre Day a déposé, hier, son quatrième rapport
trimestriel de l’engagement canadien en Afghanistan, qui
indique notamment que les progrès sur le terrain se font
au compte-gouttes. Entre autres, les forces canadiennes
ont terminé la construction de deux nouvelles écoles cet
hiver, portant à cinq le nombre total d’écoles remises
en état, alors que l’objectif est d’en avoir retapé 50
en 2011. Le ministre a par ailleurs admis qu’il était
difficile d’assurer la sécurité des écoliers fréquentant
les établissements.
Le « dossier Afpak » - MARIO ROY
Ce
sontdeuxgouvernements faibles, plus ou moins corrompus,
administrant des armées rudimentaire dans un cas et
modérément loyale dans l’autre, qui doivent aujourd’hui
stopper une offensive talibane devenue beaucoup plus
préoccupante au Pakistan qu’elle ne l’est en
Afghanistan.
Cette faiblesse structurelle est peut-être l’élément
central de ce qui est maintenant connu comme le «
dossier Afpak ». Celui qui, en matière de politique
étrangère, définira sans nul doute la présidence de
Barack Obama comme l’Irak a défini celle de GeorgeW.
Bush.
Or, après 100 jours à la Maison-Blanche, Obama doit
prendre ce dossier à bras le corps.
Hier, des combats de forte intensité faisaient rage dans
la vallée de Swat, au Pakistan, entre les talibans et
les forces militaires. Une large partie de la population
fuyait la région (on en serait à 500 000déplacés) et
laCroix-Rouge annonçait un désastre humanitaire
imminent.
Dans le même temps, les présidents de l’Afghanistan et
du Pakistan, Hamid Karzaï et Asif Ali Zardari, se
trouvaient àWashington où, pour parler franc, ni l’un ni
l’autre n’inspire une très grande confiance. Le discours
officiel a été lénifiant, bien sûr, comme il se doit de
l’être. Mais on soupçonne que l’administration
américaine, qui s’apprête à verser à nouveau des sommes
d’argent importantes (1 milliard$ US immédiatement puis
7,5 milliards en cinq ans) à Islamabad, a dû cette fois
exiger un retour plus sûr sur son investissement – les
10 milliards ainsi engloutis depuis sept ans se sont à
peu près évaporés.
Enfait, c’estpresque de la décomposition d’un État que
l’on parle.
Depuis 2001, autant sous le général Pervez Musharraf que
sous Zardari, le gouvernement central s’est
considérablement affaibli. Et ce, alors même que les
combats perdus (un taux d’échec de 70% pour l’armée à ce
jour) et les compromis douteux ne réussissaient qu’à
accélérer la « talibanisation » du pays. Sans parler de
la hausse de la violence, y compris la plus barbare:
Benazir Bhutto assassinée; 120 attentats-suicide depuis
deux ans; 180 écoles non islamistes détruites; des
centaines de fonctionnaires et de soldats égorgés ou
pendus à des lampadaires, notamment dans ce qui est
maintenant appelé le « Square du sang » à Mingora,
principale ville du district cédé il y a quelques
semaines aux talibans...
Au total, le « front » pakistanais est officiellement
ouvert.
Signe d’un changement de perspective découlant autant de
l’ouverture de ce « front » que du débarquement imminent
de 21 000 soldats américains supplémentaires en
Afghanistan: en visite à Kandahar, hier, le premier
ministre Stephen Harper, délesté de sa rhétorique
guerrière, a noté que « la mission en Afghanistan est en
train de changer. Nous formons beaucoup plus les forces
afghanes (et) avons aussi des objectifs civils mieux
définis ».
Au surplus, les Canadiens n’auront vraisemblablement
aucun rôle – militaire, à tout le moins – à jouer dans
ce qui s’annonce comme étant la vraie bataille, celle
consistant à freiner la terrifiante décomposition de
l’État pakistanais.
Le cauchemar pakistanais -
Michèle Ouimet
C’était écrit dans le ciel: le feu allait embraser la
vallée de Swat. Le feu a pris. Depuis trois semaines,
l’armée se bat contre les talibans.
L’hôpital de la vallée de Swat n’a plus de médecins ni
d’infirmières. Ils ont fui les combats qui opposent
l’armée pakistanaise aux talibans. Les blessés ont été
abandonnés.
« Depuis huit jours, on n’avait plus d’électricité ni
de carburant pour faire tourner les génératrices, a
expliqué un médecin à l’AFP. Je demandais sans cesse
aux autorités de nous protéger, mais en vain. »
« Des blessés, qui avaient réussi à se frayer un
chemin jusqu’à l’hôpital, m’ont raconté que des gens
agonisaient dans leurs maisons, hurlant à l’aide », a
ajouté, de son côté, le directeur de l’hôpital, Lal
Noor.
C’était écrit dans le ciel: le feu allait embraser la
vallée de Swat. Le feu a pris. Depuis trois semaines,
l’armée se bat contre les talibans. Résultat: des
centaines de milliers de Pakistanais quittent la
vallée à pied ou entassés dans des camions de fortune.
Ils fuient sous le feu croisé des belligérants.
Un sauve-qui-peut déchirant. Le Pakistan f rôle la
crise humanitaire.
« Les talibans empêchent les habitants de s’enfuir.
Ils s’en servent comme bouclier humain et l’armée
bombarde les zones habitées », a affirmé l’organisme
Human Rights Watch.
Les réfugiés s’entassent dans des camps improvisés.
Les conditions sont catastrophiques: chaleur
accablante, manque d’eau potable et d’équipements
médicaux. Le Pakistan a même rouvert le camp de
Jalozai qui a accueilli des Afghans pendant des
années. Un camp à moitié abandonné, noyauté par
Al-Qaeda. Un camp de fin du monde que j’ai visité
l’année dernière, noyé sous la pluie.
C’est le gouvernement pakistanais qui a déclenché
cette crise. Les politiciens ont joué avec le feu.
D’ailleurs, pas un seul d’entre eux n’a pris la peine
de visiter les camps, de crainte de voir l’ampleur du
gâchis que leur incompétence a provoqué.
C’était écrit dans le ciel. Lorsque le gouvernement a
signé un cessez-le-feu avec les talibans en février,
les experts savaient que le pays fonçait droit sur un
mur. Le Pakistan abandonnait une partie de son
territoire, la vallée de Swat, entre les mains des
talibans qui se sont empressés de proclamer la loi
islamique, la charia.
Une
capitulation qui avait consterné l’Occident.
Le gouvernement d’Asif Zardari s’est mis la tête dans
le sable. Pourtant, il savait que les talibans de Swat
n’étaient pas des enfants de choeur. Depuis deux ans,
ils imposent un régime de terreur : exécutions
publiques, assassinats, flagellation.
L’armée pakistanaise a essayé de les déloger. En vain.
En février, le gouvernement a baissé les bras. En
signant un accord de paix, il a créé un sanctuaire
intégriste. Il a cru que les talibans se
contenteraient de la vallée de Swat. C’était mal les
connaître.
Asif Zardari, un homme corrompu, veuf de l’ex-première
ministre Benazir Bhutto. À l’époque où Bhutto était au
pouvoir, Zardari restait dans l’ombre et s’emplissait
les poches en acceptant des pots-de-vin. Les
Pakistanais le surnommaient Monsieur 10%. À la fin des
années 1990, près d’une centaine de chefs d’accusation
ont été portés contre le couple Bhutto-Zardari parce
qu’il avait détourné des centaines de millions de
dollars.
Et c’est cet homme mou et corrompu qui dirige le
Pakistan à l’heure où il vit une des crises les plus
graves de son histoire.
Le Pakistan joue avec le feu. C’est un pays
pratiquement ingouvernable, dirigé depuis des années
par une élite corrompue ; un pays qui détient l’arme
nucléaire et qui partage une frontière de 2500
kilomètres avec l’Afghanistan; un pays qui a une zone
tribale que le gouvernement est incapable de contrôler
et qui est devenu le quartier général des extrémistes
de tout acabit: AlQaeda, les talibans afghans et les
talibans pakistanais dirigés par Baitullah Mehsud.
C’est lui, Mehsud, qui aurait fomenté l’assassinat de
Benazir Bhutto et planifié une vingtaine d’attentats
suicide, sans oublier l’explosion d’une bombe au chic
hôtel Marriott à Islamabad où 60 personnes sont
mortes. Un pur et dur.
Les talibans s’enhardissent : pas question de se
contenter de la vallée de Swat et de la zone tribale.
Ils veulent créer un royaume taliban en Afghanistan et
au Pakistan.
La guerre en Afghanistan empêche les Occidentaux de
dormir. Aujourd’hui, c’est l’instabilité du Pakistan
qui les tient éveillés. Faut-il être inquiet ? La
réponse est oui. Je n’ai aucun doute là-dessus.
Iran : de la « confrontation à la coopération »
« Coopération » au menu
Mahmoud Ahmadinejad a estimé hier que les relations
entre l’Iran et l’Occident étaient passées de la «
confrontation à la coopération » sur le nucléaire et
s’est dit prêt à un échange d’uranium, alors que l’Iran
a transmis sa réponse à l’Agence internationale de
l’énergie atomique sans en rendre public le contenu. Un
accord entre l’Iran et les puissances nucléaires est
considéré comme crucial pour apaiser les tensions.
Changements réclamés
L’Iran accepte le « cadre » du projet d’accord
international prévoyant le transfert à l’étranger d’une
partie de son uranium faiblement enrichi pour obtenir du
combustible, mais réclame d’« importants changements ».
Selon une source proche des négociations, l’ Iran
donnera sa réponse officielle « dans les prochaines 48
heures » au projet d’accord qui vise à apaiser les
inquiétudes sur la nature des activités nucléaires
iraniennes. – AFP
Uranium : l’Iran pourrait accepter une entente
VIENNE — Des négociateurs iraniens ont donné hier
leur soutien à un projet d’accord qui, s’il est
accepté par les dirigeants des quatre pays
concernés, retarderait la possibilité pour Téhéran
de se doter de l’arme atomique, en envoyant en
Russie la majeure partie de ses stocks existants
d’uranium enrichi, ont annoncé des diplomates. Il
n’y a toutefois pas de garantie que les dirigeants
iraniens à Téhéran signeront le projet.
Après trois jours de pourparlers, le directeur de
l’Agence i nternationale de l ’énergie atomique
(AIEA), Mohamed El Baradei, a confirmé à Vienne que
les représentants de l’Iran et de ses trois
interlocuteurs (les États-Unis, la Russie et la
France) avaient accepté le projet d’accord. Il a dit
espérer qu’il soit approuvé d’ici demain par les
quatre capitales, en ajoutant : « Je me croise les
doigts. »
«
J’ai fait circuler un projet d’accord qui, selon
moi, reflète une approche équilibrée sur la manière
d’aller de l’avant », a déclaré Mohamed El Baradei,
suggérant que les parties avaient travaillé dur pour
surmonter les divergences, exacerbées par les
soupçons pesant sur l’Iran quant à sa possible
intention de se doter d’armes nucléaires.
Ni Ali Asghar Soltanieh, chef de la délégation
iranienne, ni Mohamed ElBaradei n’ont fourni de
précisions sur la teneur exacte du projet d’accord.
Mais des diplomates ont confié à l’Associated Press
qu’il était essentiellement constitué de la
proposition originale conçue par l’AIEA, qui
contraindrait Téhéran à envoyer 75% de son stock
d’uranium faiblement enrichi en Russie pour qu’il y
soit enrichi davantage. Une fois cet uranium
transformé en barres de combustible, il serait
renvoyé en I ran pour alimenter son petit réacteur
de recherche à Téhéran, selon le projet d’accord.
Iran Une « petite ouverture »
saluée
Iran
L’inspection du nouveau site nucléaire fixée au 25
octobre
TÉHERAN — Le bras de fer entre l’Iran et la
communauté internationale est à un « tournant
critique », s’il faut en croire Mohamed El Baradei.
Le chef de l’Agence internationale de l’énergie
atomique a annoncé hier que le nouveau site du
programme nucléaire iranien pourra être inspecté le
25 octobre, tout en faisant part de ses inquiétudes
persistantes sur les intentions de Téhéran.
« Le cas de l’Iran peut être réglé par le dialogue,
a dit M. El Baradei, selon l’agence officielle
iranienne Irna, après un entretien avec le président
iranien Mahmoud Ahmadinejad. «À présent, nous
passons de la confrontation à la coopération et je
demande à l’Iran de maintenir la transparence. Nous
sommes à présent sur une voie adéquate. L’agence, la
communauté internationale et l’Iran ont commencé des
discussions constructives. »
En parallèle, le conseiller américain pour la
sécurité nationale, le général James Jones, s’est
félicité du fait que l’Iran était « désormais prêt à
s’asseoir à la table des négociations », dans une
entrevue à CNN. Paris a de son côté salué le
«mouvement, la petite ouverture» de Téhéran.
Selon M . A hmadinejad, «grâce à la bonne
coopération entre l’Iran et l’Agence, des questions
importantes ont été résolues et il n’y a plus de
question ambiguë entre l’Iran et l’Agence ».
Mais M. El Baradei a ajouté à la presse qu’il
restait « des inquiétudes quant aux intentions de
l’Iran, et ça, ce n’est pas une question de
vérification ». « Il s’agit de bâtir la confiance et
c’est la raison pour laquelle il y a maintenant des
discussions à six », a-t-il noté.
La construction du nouveau site d’enrichissement
d’uranium, près de Qom (centre), révélée le 25
septembre, a suscité l’inquiétude des capitales
occidentales.
« Il est important de nous assurer que celle-ci
(l’usine) est construite pour des raisons
pacifiques», a poursuivi Mohamed El Baradei, en
conférence de presse aux côtés du responsable du
programme nucléaire iranien, Ali Akbar Salehi.
Informations démenties
M. El Baradei a par ailleurs démenti des
informations du New York Times selon lesquelles
l’AIEA disposait d’un document confidentiel prouvant
que l’Iran avait acquis « suffisamment de
connaissances pour pouvoir élaborer et fabriquer »
une bombe atomique «fonctionnelle». «Nous avons des
inquiétudes, mais nous ne sommes pas paniqués à
propos du programme nucléaire iranien », a-t-il
relevé.
Même son de cloche du côté du général James Jones,
qui se montre prudent quant aux chances de Téhéran
de mettre au point une telle bombe.
L’ Iran, les États-Unis, la France et la Russie se
réuniront le 19 octobre à Vienne pour discuter des
possibilités de faire enrichir l’uranium iranien par
un pays tiers, comme le demande Téhéran, a en outre
annoncé le chef de l’AIEA.
L’accord qui se dessine permettra un meilleur
contrôle du stock d’uranium enrichi de l’Iran,
source d’inquiétude des Occidentaux et d’Israël, qui
craignent que Téhéran ne l’utilise pour fabriquer
l’arme atomique, ce que le régime iranien nie.
Selon des experts, l’Iran possède suffisamment
d’uranium enrichi à moins de 5 % lui permettant de
fabriquer une bombe atomique, s’il poussait le
niveau d’enrichissement à plus de 90 %.
À en croire un responsable américain, un accord
pourrait intervenir pour que l’Iran fournisse
l’uranium à la Russie qui le ferait enrichir à 20 %
avant que la France ne le transforme en combustible
pour le réacteur de recherche de Téhéran, qui est
sous contrôle de l’AIEA.
« Ce réacteur est destiné à produ i re des isotopes
médicaux pour les malades atteints de cancer », a
souligné Mohamed El Baradei.
Le nucléaire fait consensus en Iran -
Laura-Julie Perrault
Reprise des négociations sur le programme nucléaire
de Téhéran
97 % des Iraniens se disent favorables à un
programme nucléaire civil dans leur pays
L’Iran et les six grandes puissances chargées des
discussions sur le programme nucléaire de la
République islamique se rencontrent aujourd’hui à
Genève. Objectif : remettre en marche les
négociations sur le programme nucléaire iranien. Les
pourparlers s’annoncent difficiles. Les grandes
puissances sont plus méfiantes que jamais et le
régime de Téhéran, comme la majorité des Iraniens,
est convaincu de son droit à enrichir de l’uranium.
« Expliquez-moiquelquechose: pou r quoi u ne r épubl
i que bananière comme le Pakistan aurait-elle le
droit d’avoir une bombe nucléaire alors que l’Iran,
qui est une puissance régionale, ne pourrait pas
enrichir de l’uranium ? »
PHOTO ARCHIVES
REUTERS
Le président iranien Mahmoud
Ahmadinejad lors d’une visite au site
d’enrichissement d’uranium de Natanz, au sud de
Téhéran, en avril 2008.
La question n’est pas celle d’un analyste politique
iranien favorable au gouvernement du président
ultraconservateur Mahmoud A h madi nej a d , mais
celle d’une adolescente de 17 ans, rencontrée dans
l’un des restaurants les plus en vogue à Ispahan,
lors d’un séjour en Iran.
Avec son voile poussé loin sur son f ront, révélant
des mèches blondes da ns s e s c heveux, l ’é t udia
nte avait dava ntage l ’a i r d’u ne des
manifestantes qui a pris part à la contestation des
élections présidentielles cet été qu’à une disciple
de l’ayatollah Khomeyni.
À elle seule, cette j eune I ranienne démontre que
le programme nucléaire iranien a des partisans même
dans les couches les plus libérales de la société i
ranienne. Un constat que confirme un tout récent
sondage réalisé par WorldPublicOpinion.org, un
institut lié à l’ Université du Maryland aux
États-Unis.
Enrichir et inspecter
Après avoir interrogé plus de 1000 Iraniens âgés de
plus de 18 ans au début du mois de septembre, les
chercheurs ont constaté que 97 % des personnes
sondées sont favorables à la mise au point d’un
programme nucléaire civil dans leur pays.
Si seulement un I ra nien sur trois considère que
l’obt ention d’u ne bombe ato - mique devrait être
l’objectif du gouvernement, plus des deux tiers des
adultes qui ont répondu au sondage estiment que l’
Iran a le droit d’enrichir de l’uranium. Plus de six
Iraniens sur dix ne s’opposent cependant pas à la
présence des inspecteurs de l’Agence i nternationale
de l ’énergie atomique (AIEA).
Les affiliations politiques semblent avoir peu
d’impact sur l’opinion des sondés, et ce, malgré le
tumulte politique qu’a récemment traversé l’ I ran.
« Ceux qui soutiennent Ahmadinejad ou son principal
rival, Mir Hossein Moussavi, ont à peu près les
mêmes opinions. Sur de la rges pans de la question
nucléaire, il y a un consensus en I ran », note le
directeur de WorldPublicOpinion.org, Stephen Kull.
Pou rquoi ? « Beaucoup d’Iraniens croient que le
progra mme nucléaire devrait d’abord donner une
nouvelle source d’énergie au pays, mais plusieurs
pensent que c’est aussi une bonne chose d’être un
pas plus près de l’obtention d’une bombe. L’Iran
pourrait ainsi obtenir plus de prestige, de respect.
Il y a aussi l’effet dissuasif pour les pays qui
songeraient à attaquer l’Iran », note le chercheur,
qui a rencontré par petits groupes des citoyens
iraniens pour mieux comprendre leur raisonnement.
Nourri par la censure
Conscient du nationalisme que réveille parmi sa
population le programme nucléaire, le gouvernement
iranien a plus d’une fois testé des missiles ou
plaidé son droit à enrichir de l’uranium lorsque sa
popula rité était ébranlée à l’i nterne. Par
ailleurs, le régime de Téhéran a pris les grands
moyens pour que la question reste consensuelle. «
Par ordre du Conseil suprême de la sécurité
nationale, les médias iraniens peuvent seulement
publier la position du gouvernement », explique
Houchang Hassan-Yari, expert de l’ I ran au Collège
royal militaire de Kingston. Une absence de débat
qui sert les intérêts des négociateurs iraniens qui
reprendront du service aujourd’hui à Genève, forts
d’une opinion publique quasi monolithique.
Négociations en terrain miné
- Laura-Julie Perrault
Q
Pourquoi
la réunion qui aura lieu aujourd’hui à Genève
est-elle importante ? R C’est la première fois en 14
mois que le négociateur de l’ Iran dans le dossier
nucléaire, Saïd Jalili, rencontrera les
représentants des grandes puissances, soit les cinq
membres permanents du Conseil de sécurité (
ÉtatsUnis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni) et
l’A l lemagne. En jargon diplomatique, ce groupe est
appelé le P5+1. L e s enjeu x s ont majeu r s . De
récents tests de missiles menés par l’ Iran, en plus
de la mise à jour d’une installation
d’enrichissement d’uranium dans les montagnes près
de la ville de Qom, ont mis les grandes puissances
sur les dents. Q Que
demandent les grandes puissances ? R Les États-Unis
en tête, elles adoptent l’approche de la carotte et
du bâton. Si l’Iran accepte de mettre un frein à ses
activités d’enrichissement d’uranium et de se
soumettre aux inspections de l’Agence internationale
de l’énergie atomique, le P5+1 promet de lui donner
de l’aide pour mettre au point son programme
nucléaire civil. Si l’Iran ne coopère pas, de
nouvelles sanctions sont prévues. Il est notamment
question de mettre un terme à toutes les
exportations vers l’Iran de produits dérivés du
pétrole, une mesure qui aurait un impact direct sur
les civils. À ce jour, il y a déjà un embargo sur la
vente à l’Iran d’armes et de composantes qui
pourraient servir à construire une bombe atomique. Q
Que
dit l’Iran ? R L’ I ran soutient que ses s eules a
mbitions s ont c iv i les , pas militaires. Le pays
maintient qu’il veut enrichir de l’uranium dans
cette optique. I l accepte de parler nucléaire, mais
veut négocier une entente beaucoup plus large avec
les grandes puissances, touchant à la fois le
commerce, l’économie et les relations diplomatiques.
Hier, cependant, le président i ranien a dévoilé une
nouvelle position de Téhéran en affirmant que l’
Iran est prêt à fournir de l’uranium faiblement
enrichi à un tiers pays en échange de combustible
pour une centrale nucléaire de recherche.
L’Iran bombe le torse - Agnès Gruda
«
Nous accueillerons chaleureusement de nouvelles
sanctions contre l’Iran, ça nous permettra de rendre
notre pays encore plus autonome ! »
PHOTO AFP
L’Iran a procédé hier au tir
d’un missile capable d’atteindre Tel-Aviv, en
Israël, ou Riyad, en Arabie Saoudite.
L e président Ma h moud Ahmadinejad a lancé cette
phrase de défi dans un dîner précéda nt son a l lo c
ution devant l’Assemblée générale de l’ONU, à New
York, mercredi dernier.
Deux jours plus tard, l’Iran a dû admettre qu’il
construisa it u ne deu x ième u si ne
d’enrichissement d’uranium, près de la ville sainte
de Qom. Dimanche, il a testé des missiles de courte
portée. Et, hier, dans de nouveaux exercices
militaires, il a procédé au lancement de missiles
qui pourraient facilement atteindre Tel-Aviv et
Riyad.
Cette escalade dans l’étalage des capacités
militaires iraniennes n’est pas fortuite, croient
les experts. « Avec cette démonstration de capacité
nucléaire, l’Iran veut se positionner pour les
négociations du 1er octobre », dit la politologue
Marie-Joëlle Zahar, spécialiste du Moyen-Orient.
Jeudi
prochain, les représentants des cinq pays dotés du
droit de veto au Conseil de sécurité, en plus de
ceux de l’Allemagne, doivent rencontrer leurs
homologues iraniens à Genève. But de la rencontre :
faire monter la pression sur Téhéran et inciter le
gouvernement iranien à respecter le traité de
non-prolifération nucléaire, faute de quoi il
s’exposera à des sanctions.
« Les Iraniens veulent entrer da ns cette
négociation en position de force », renchérit
Houchang Hassan-Yari, du Collège militaire royal du
Canada. Signataire du traité de non-prolifération,
l’Iran avait l’obligation de révéler tout nouveau
projet nucléaire, ce qu’il n’a finalement fait que
lorsqu’il a été acculé au mur par Washington,
explique M. Hassan-Yari. Comme chaque fois qu’il se
retrouve dans l’embarras, Téhéran bombe le torse et
exhibe sa puissance.
Les événements des derniers jours relèvent d’« une
forme de gesticulation politique », note M ichel
Fortmann, spécialiste des questions nucléaires à l’
Université de Montréal. Mais en même temps, fait-il
valoir, l’Iran s’est dit ouvert à accueillir des
inspecteurs internationaux, dans un avenir
rapproché, dans sa nouvelle usine. D’une certaine
manière, Téhéran souffle un peu le chaud et le
froid, note M. Fortmann. « Il veut montrer qu’il
n’est pas menaçant, mais qu’il peut se défendre. »
L e s m i s si le s Sh a h a b -3 testés hier ont
une portée de 2000 km. Ils pourraient atteindre
Tel-Aviv ou encore l’Arabie Saoudite et les bases a
méricaines da ns le golfe Persique.
Fait à ne pas oublier, le message de Téhéran ne vise
pas seulement la communauté internationale ; il
s’adresse aussi à la société iranienne elle-même,
tient à souligner Marie-Joëlle Zahar. Pour ce régime
fragilisé par des élections contestées, la question
nucléaire est une véritable auba i ne pol it ique :
« P eu importe leur allégeance, les Iraniens croient
que leur pays devrait avoir le droit de mettre en
place un programme nucléaire au même titre que
d’autres nations. »
Téhéran atteint un point de nonretour
Le
programme nucléaire iranien a atteint un point de
nonretour. Dans 15 ans, Téhéran pourrait détenir
la capacité d’« inf liger des dommages i mpor ta
nts à u ne gra nde puissance », estime le
spécialiste des questions nucléaires Michel
Fortmann.
Sauf que l’événement le plus révélateur des
progrès technologiques iraniens ne s’est pas
produit cette semaine, mais au début du mois de
février quand Téhéran a mis en orbite son tout
premier satellite, souligne ce professeur de
l’Université de Montréal.
L’Iran s’est alors j oint au club très sélect des
neuf pays capables de lancer un satellite. Et même
si le satellite Omid ( Espoir) n’était qu’un engin
de télécommunication, cette capacité inquiète. Car
la technologie utilisée pour la propulsion d’un
satellite à des fins civiles pourrait tout aussi
bien servir à propulser des missiles nucléaires.
L’Iran
pourrait produire une bombe atomique dans deux ou
trois ans, prévoit Michel Fortmann. Le cas
échéant, ditil, « il s’agirait d’une bombe de
première génération, qui pèserait une tonne, comme
les bombes de Nagasaki et d’Hiroshima ».
Les capacités balistiques actuelles ne permettent
pas de propulser un tel poids lourd, mais dans les
15 prochaines années, les Iraniens pourraient
progresser suffisamment pour produire des bombes
plus efficaces et plus légères.
L a découver te d ’u ne deuxième usine
d’enrichissement d’uranium n’est pas vraiment une
surprise aux yeux de Michel Fortmann. Selon lui,
l’Iran met progressivement en place une
infrastructure qui lui permettra de mettre au
point une arme nucléaire dans un avenir pas trop
lointain.
« On n’en est plus au stade de la recherche et du
développement, mais plutôt de la mise en oeuvre »,
estime-t-il. Il ajoute que, à cet égard, on a
probablement atteint un point de non-retour : « On
ne peut plus imaginer dénucléariser l’Iran, il
faut penser à gérer ses capacités nucléaires. »
TÉHÉRAN Téhéran souffle le
chaud et le froid
TÉHÉRAN
— L’Iran a de nouveau tenté hier de rassurer les
Occidentaux sur le caractère pacifique de son
nouveau site nucléaire, quelques heures après
avoir montré sa force de frappe en réalisant des
tirs de missiles au cours d’exercices militaires.
Sceptique, Washington estime que Téhéran s’expose
à des sanctions plus sévères des Nations unies.
PHOTO REUTERS /
FARS NEWS
L’Iran a tiré trois types
de missiles de courte portée hier matin au début
d’exercices militaires appelés « Grand prophète
4 », selon la télévision en langue anglaise
Press-TV.
« Je ne c rois pa s qu’i ls puissent présenter des
preuves convaincantes que leur programme est
uniquement pacifique, mais nous allons les mettre
à l’épreuve », a dit la chef de la diplomatie
américaine, Hillary Clinton, sur la chaîne CBS, à
quatre jours de l’ouverture de nouvelles
négociations, à Genève.
L’Iran aurait révélé l’existence du deu xième
centre d’enrichissement d’uranium « si celui-ci
avait un usage pacifique », estime aussi Mme
Clinton.
« Ils disent aujourd’hui avec insistance que ce
centre a un usage pacifique (...). Ne l’affirmez
pas. Prouvez-le », assène la ministre, souvent
classée parmi les durs de l’administration Obama
en matière de politique étrangère.
Dans une entrevue parallèle à CNN, son collègue à
la Défense Robert Gates a fait valoir que de
nouvelles sanctions économiques contre l’Iran
pourraient être plus efficaces qu’une intervention
militaire, du fait des profondes divisions
sociales et politiques du pays.
« L a r é a l it é , c ’e s t q u ’ i l n’existe
aucune option militaire plus efficace que le fait
de gagner du temps », a déclaré le chef du
Pentagone sur CNN. Selon lui, la révélation
vendredi de l’existence d’une deuxième centrale
iranienne d’enrichissement d’uranium affaiblit
Téhéran.
« Les Iraniens sont dans une très mauvaise posture
face à toutes les grandes puissances, à cause de
cette duplicité. Et il y a évidemment une occasion
pour des sanctions supplémentaires sévères »,
a-t-il expliqué. Le soutien de la Chine, alliée de
l’ I ra n , est « clairement important » pour
obtenir ces sanctions aux Nations unies, estime M.
Gates.
Tensions politiques
Selon l u i , de nouvelles sanctions pourraient
convaincre Téhéran de revenir sur ses choix
nucléaires, car le pays fait déjà face à des
difficultés économiques. Les tensions politiques
nées de la réélection controversée de Mahmoud
Ahmadinejad sont toujours « latentes », et le
chômage des jeunes tourne autour de 40 %, a-t-il
noté.
«
Il est clair qu’à la suite des élections il existe
des fissures relativement profondes dans la
société et la classe politique iraniennes, et
probablement même au sein du pouvoir, a a ffirmé
Robert Gates. Franchement, je pense que c ’est u
ne des raisons pour lesquelles des sanctions
économiques supplémentaires et spécialement
sévères pourraient avoir un véritable impact. »
E ncore h ier, le c hef de l’Organisation
iranienne de l’énergie atomique (OIEA) Ali Akbar
Salehi a soutenu que son pays n’avait pas
l’intention d’enrichir à plus de 5 % d’uranium
235, soit un taux compatible avec des activités
nucléaires civiles, dans une nouvelle usine en
construction près de Qom (centre). L’Iran dispose
déjà d’une usine d’enrichissement à Natanz
(centre). « Si nous avions voulu faire de
l’enrichissement à un niveau élevé, nous n’aurions
pas annoncé » l’existence de cette usine à
l’Agence internationale de l’énergie atomique
(AIEA), a-t-il soutenu.
Le programme actuel de l ’ I r a n p e r m e t d
’e n r i c h i r l’uranium à 5 %. Il faut du
combustible composé à 90 % d ’u r a n iu m 2 35 (f
i s sible) pour fabriquer une bombe atomique.
Pou r sa pa r t , le repré - senta nt de l’ I ra n
auprès de l’agence onusienne, Ali Asghar Soltanieh
a répondu aux critiques des pays occidentaux, qui
ont sommé l’Iran de s’expliquer sur cette usine,
assurant avoir informé le 21 septembre l’AIEA de
l’existence du second site qui sera opérationnel
dans 540 jours, alors que Téhéran n’était
légalement pas tenu de le faire.
Missiles
Sur le plan militaire, l’Iran a tiré trois types
de missiles de courte portée hier matin au début
d’exercices militaires appelés « Grand prophète 4
», selon la télévision en langue anglaise
Press-TV.
Selon la chaîne, il s’agit de missiles Tondar
(portée de 150 km), Fateh 110 (200 km) et Zelzal
(jusqu’à 400 km).
Le commandant des forces aériennes des Gardiens de
la révolution, Hossein Salami, a précisé que des
tirs de missiles Shahab-1 et 2 (de portée moyenne)
seraient effectués hier soir, avant des tirs de
Shahab-3 lundi. Le Shahab-3, d’une portée
d’environ 2000 km, est capable d’atteindre Israël.
« Nos missiles ne représentent pas de menaces pour
nos voisins », a-t-il toutefois souligné.
Obama lance un ultimatum à l’Iran -
Malorie Beauchemin
MALORIE BEAUCHEMIN PITTSBURGH — Le président
américain Barack Obama a lancé, en fin d’après-midi
hier, un ultimatum à l’Iran, exhortant le président
Mahmoud Ahmadinejad à choisir entre la
confrontation, ou la paix, la sécurité et le respect
des règles internationales.
«L’Iran est prévenu, quand nous rencontrerons ses
dirigeants le 1er octobre, ils devront faire preuve
de transparence», a lancé le chef d’État américain,
à l’issue du sommet du G20 à Pittsburgh, en
Pennsylvanie.
En
matinée, le président Obama, le premier ministre
britannique Gordon Brown et le président français
Nicolas Sarkozy avaient manifesté leur inquiétude,
lors d’une conférence de presse conjointe, et
réclamé que l’Iran ouvre aux inspecteurs
internationaux les portes du nouveau centre
d’enrichissement nucléaire, dont l’existence a été
révélée tout récemment.
Le président Ahmadinejad a rétorqué en après-midi
que le site en construction était «parfaitement
légal» et que l’Iran avait respecté ses engagements
en avisant l’Agence internationale de l’énergie
atomique. Le président Obama a conclu, en fin de
journée, en refusant d’écarter l’option militaire
face à l’Iran.
Discussion sur le nucléaire civil
Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a répété
hier être ouvert à la discussion sur le nucléaire,
mais a réaffirmé les droits de l’Iran en matière de
nucléaire civil. «La technologie nucléaire pacifique
est le droit légal de la nation iranienne et l’Iran ne
négociera avec personne ses droits indéniables. Mais
nous sommes prêts à discuter de la coopération
internationale pour régler les problèmes économiques
et de sécurité dans le monde», a-t-il dit.
Programme nucléaire iranien ElBaradei se
défend d’avoir caché des preuves
VIENNE
— Le directeur général de l’Agence internationale de
l’énergie atomique, Mohamed El Ba radei , s’est v
ivement défendu hier des récentes accusations de
dissimulation de preuves dans le dossier nucléaire
iranien controversé, à l’ouverture de la session de
septembre du conseil des gouverneurs.
P a ra llèlement , le pré sident i ra n ien , M a h
moud Ahmadinejad, a déclaré hier que « la question
nucléaire était close» à ses yeux et que l’Iran ne
discuterait pas de ses droits «indéniables» en
matière nucléaire, tout en n’écartant pas un
dialogue «juste» avec le groupe des grandes
puissances 5+1.
Accusé récemment par Israël et la France d’avoir
dissimulé des documents qui permettraient de prouver
cette composante militaire du programme nucléaire
iranien, que Téhéran a toujours niée, M. ElBaradei a
affirmé: «Je suis consterné par les accusations de
certains États membres, qui ont été livrées aux
médias, que des informations n’aient pas été
communiquées au conseil» des gouverneurs.
«Ces accusations sont motivées politiquement et
absolument sans fondement. De telles tentatives
d’influencer le travail du secrétariat sont une
attaque contre son indépendance et son objectivité
(...) et devraient cesser sur-le-champ », a-t-il
affirmé.
Le chef de la diplomatie française, Bernard
Kouchner, avait ainsi réclamé la semaine dernière la
publication d’annexes au rapport de l’AIEA
concernant l’Iran, alors que plusieurs diplomates de
l’agence onusienne doutent de l’existence de telles
annexes.
Le ministère de M. Kouchner a maintenu hier ses
accusations en indiquant que la France avait eu à
l’AIEA «un briefing technique ouvert à l’ensemble
des États membres», selon la porte-parole adjointe
Christine Pages. «Toutes ces informations ne sont
pas reflétées dans le rapport au Conseil des
gouverneurs», selon elle.
«La seule motivation de la France est le plein
respect par l’Iran de ses obligations
internationales», a-t-elle dit.
L’Iran, de son côté, avait à nouveau accusé les
services secrets américains d’avoir produit des
documents falsifiés pour prouver cette composante
militaire présumée de son programme qui ne vise,
selon Téhéran, qu’à produire de l’électricité.
« L e gouver nement de s États-Unis n’a pas transmis
à l’agence des doc u ments authentiques car il ne
dispose pas de documents crédibles et tous les
documents ont été falsifiés », a écrit l’ambassadeur
iranien auprès de l’AIEA, Ali Asghar Soltanieh dans
une lettre à M. ElBaradei.
M. Soltanieh avait aussi accusé «les ambassadeurs
des États-Unis, de France et du Royaume Uni (...) de
poursuivre des motivations politiques».
À Washington, un responsable a méricain a qualifié
samedi les accusations de falsification de « sans
fondement ». «L’AIEA elle-même a accepté ces
documents comme crédibles », a-t-il dit sous couvert
de l’anonymat.
Ces prétendues études réfutées par les Iraniens
émanent de plusieurs services de renseignement et
suggèrent que l’Iran tente de fabriquer des ogives
nucléaires, qu’il enrichit de l’uranium à cette fin
et effectue des essais de missiles.
Par ailleurs, M. ElBaradei a regretté le « blocage »
de l’enquête de son agence après six années de
travaux intensifs et alors que Téhéran ne se plie à
aucune des résolutions du Conseil de sécurité de
l’ONU, notamment celle de suspendre ses activités
liées à l’enrichissement de l’uranium.
SOMALIE -
Vers un nouveau bain de sang
— Les forces pro-gouvernementales somaliennes,
soutenues par le contingent africain, et les insurgés
islamistes se préparent à une bataille décisive à
Mogadiscio, où un chef islamiste a exhorté hier le chef
de l’État à démissionner pour éviter un nouveau bain de
sang.
Des insurgés islamistes
somaliens, parmi lesquels se trouvent plusieurs
adolescents, défendent leurs positions près d’une
route menant au palais présidentiel, à Mogadiscio.
Des dizaines de personnes ont été tuées dans la capitale
depuis le lancement d’une offensive contre le président
Sharif Sheikh Ahmed, un islamiste modéré, par les
insurgés islamistes radicaux, avec à leur tête les
combattants de cheik Hassan Dahir Aweys et le groupe des
shebab.
« J’appelle cheik Sharif Sheikh Ahmed à abandonner son
poste autoproclamé de président afin d’épargner les vies
des Somaliens », a déclaré cheikh Hassan Dahir Aweys par
téléphone à l’AFP.
« Nous n’avons pour ainsi dire pas de vrai gouvernement,
mais des marionnettes étrangères qui se proclament
responsables de la Somalie », a-t-il ajouté.
L’envoyé
spécial
de l’ONU pour la Somalie, Ahmedou Ould-Abdallah, a
accusé hier ce chef islamiste radical d’avoir mené « une
tentative de coup d’État » ces derniers jours.
Le gouvernement ne contrôle que quelques rues et
immeubles de Mogadiscio, ainsi que des points
stratégiques comme la présidence, des bâtiments
administratifs, le port et l’aéroport.
Hier, les insurgés se sont déployés à proximité du
palais présidentiel et d’institutions publiques, dans un
face-à-face tendu avec les forces gouvernementales et la
mission de paix de l’Union africaine en Somalie.
« Nous savons qu’ils ( les insurgés) ont déployé
beaucoup de combattants et qu’ils se préparent à leur
attaque finale, mais ils ne gagneront jamais », a
déclaré à l’AFP le colonel Ahmed Dahir, des forces
gouvernementales.
Washington peut faire face à tout tir
nord-coréen
— Le
président américain Barack Obama a affirmé que les
États-Unis étaient pleinement préparés « à toutes
les éventualités » découlant d’un tir de missile
nord-coréen contre leur territoire, dans une
interview qui doit être diffusée aujourd’hui.
« Cette administration – et nos militaires – est
pleinement préparée à toutes les éventualités », a
déclaré M. Obama à la chaîne de télévision CBS News,
qui l’interrogeait sur la possibilité d’un tir de
missile nord-coréen contre Hawaii, archipel
américain situé au milieu de l’océan Pacifique.
Interrogé pour savoir si ce propos signifiait un «
avertissement » adressé à Pyongyang sur une «
réponse militaire » à un tel tir, M. Obama a
répondu: « Non. Cela veut juste dire que nous sommes
préparés à toutes les éventualités. »
« Je ne veux pas me lancer dans des spéculations sur
des hypothèses. Mais je veux donner au peuple
américain l’assurance que les points sont mis sur
les i quant à ce qui pourrait se produire », a-t-il
ajouté.
Jeudi, le secrétaire américain à la Défense, Robert
Gates, avait déclaré à lapressequeWashington
s’inquiétait d’un éventuel tir de missile
nord-coréen sur Hawaii, tout en assurant que des
mesures avaient été prises pour protéger cet État
américain.
M. Gates avait précisé qu’il avait approuvé le
déploiement sur l’archipel d’un dispositif de
défense antimissile et de radars pour « fournir un
soutien » militaire en cas d’attaque nord-coréenne.
« Je pense que nous sommes en bonne position s’il
devient nécessaire de protéger le territoire
américain », a ajouté le ministre.
Des termes repris pratiquement mot à mot par M.
Obama dans l’interview de CBS: « Je dirais juste que
nous sommes dans une bonne position s’il devenait
nécessaire de protéger le territoire américain. »
M.
Obama a aussi souligné qu’il y avait un consensus
international fort au sujet de la position à prendre
envers Pyongyang, après un deuxième test nucléaire
mené le 25 mai par le régime de Kim Jong-il, qui a
entraîné un durcissement des sanctions
internationales contre la Corée du Nord.
« Cela envoie un signal » à Pyongyang « d’une unité
au sein de la communauté internationale que nous
n’avons pas vue depuis quelque temps », a relevé le
président américain.
« Nous avons été très clairs au sujet d’une chose, à
savoir que la Corée du Nord a une voie pour
rejoindre la communauté internationale. Et nous
espérons qu’elle emprunte cette voie. Ce que nous ne
ferons pas, c’est récompenser la belligérance et la
provocation de la manière dont cela a été fait dans
le passé », a-t-il averti.
Selon un rapport du ministère japonais de la
Défense, cité jeudi par le journal japonais Yomiuri
Shimbun, Pyongyang pourrait tirer un missile de type
Taepodong-2 en direction de l’île japonaise
d’Okinawa, de Guam ou d’Hawaii. La Corée du Nord a
déjà tiré trois missiles de longue portée, en 1998,
en 2006 et cette année.
La Corée du Nord accuse
La Corée du Nord a par ailleurs accusé le président
américain Barack Obama de fomenter une guerre
nucléaire contre le régime communiste en réaffirmant
son engagement envers son allié sudcoréen, a
rapporté la presse d’État nord-coréenne.
Le président Obama et son allié sud-coréen, le
président Lee Myung-bak « tentent de déclencher une
guerre nucléaire », a rapporté l’hebdomadaire
nordcoréen Tongil Sinbo, dans son édition de samedi,
dans la première réponse officielle au sommet
États-Unis/Corée du Sud de la semaine dernière.
« Ce n’est pas une coïncidence si les États-Unis ont
transféré un certain nombre d’équipements nucléaires
en Corée du Sud et dans la région et mené des
exercices militaires pour saisir la moindre chance
d’envahir la Corée du Nord », a encore rapporté le
journal.
CORÉE DU NORD Offre de dialogue
La
Corée du Nord entend ouvrir de nouvelles négociations
pour dissiper les tensions autour de sonprogramme
d’armes nucléaires, a annoncé ce matin le ministère
des Affaires étrangères de Pyongyang, une allusion
présumée à des négociations directes avec les
États-Unis. Vendredi, le représentant de Pyongyang aux
Nations unies avait fait part de l’intérêt de son pays
à tenir des pourparlers bilatéraux avec Washington.
La Corée du Nord hausse (encore) le ton
Pyongyang juge qu’il lui est impossible de renoncer
au nucléaire
— La Corée du Nord a réagi hier avec une extrême
virulence à sa condamnation la veille par l’ONU pour
son récent essai nucléaire, menaçant de ne pas
abdiquer ses ambitions atomiques et d’utiliser son
plutonium à des fins militaires.
Tout blocus imposé à la
Corée du Nord sera assimilé à un acte de guerre, a
averti hier Pyongyang. Ci-dessus, un soldat
nord-coréen aux aguets à la frontière
sino-coréenne, il y a une dizaine de jours.
« L’option consistant à abandonner nos armes
nucléaires est devenue parfaitement impossible, et
peu nous importe que certains nous autorisent ou non
à en détenir », indique un communiqué du ministère
nord-coréen des Affaires étrangères, qui qualifie de
« méprisables » les sanctions destinées à désarmer
le pays et à l’« asphyxier économiquement ».
« Premièrement, tout le plutonium extrait sera
utilisé à des fins militaires, ajoute le texte.
Deuxièmement, nous allons commencer l’enrichissement
d’uranium », poursuit le Ministère, selon lequel le
pays dispose de la technologie nécessaire grâce à la
construction de réacteurs à eau légère.
Tout blocus imposé à la Corée du Nord sera assimilé
à un acte de guerre, a averti Pyongyang.
C’est la première fois que Pyongyang évoque un
programme à base d’uranium. Le régime stalinien a
toujours repoussé les accusations américaines sur un
présumé programme clandestin en la matière.
Quant au plutonium, le réacteur de Yongbyon (100 km
au nord de Pyongyang) en produisait jusqu’en 2007,
date à laquelle le régime s’était engagé à le
fermer. Sa remise en service a cependant été
récemment annoncée en rétorsion à la condamnation
par l’ONU, à la mi-avril, d’un tir de fusée
balistique au dessus du Japon. Selon les experts, le
stock de matériau fissile nord-coréen permettrait de
fabriquer entre cinq et huit bombes.
« Quelles que soient les tentatives d’isolement et
de blocus fomentées par les forces hostiles menées
par les États-Unis, la RPDC, une puissance nucléaire
fière, ne capitulera pas », assure Pyongyang.
Sanctions
Le
Conseil de sécurité de l’ONU a décidé vendredi, à
l’unanimité, d’alourdir son régime de sanctions,
notamment financières, en réponse à l’essai
nucléaire du 25 mai. La résolution 1874 instaure un
système renforcé d’inspection des cargaisons
aériennes, maritimes et terrestres à destination ou
en provenance de la Corée du Nord et un
élargissement de l’embargo sur les armes. Un «
message clair et fort », s’est félicité le
secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon.
Pyongyang est déjà sous le coup de sanctions prévues
par la résolution 1718 du Conseil, adoptée en
octobre 2006 après son premier essai nucléaire.
La secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, a
jugé hier « extrêmement regrettables » les «
provocations continues » des Nord-Coréens. Du même
souffle, elle a assuré que les États-Unis feraient «
tout leur possible » pour empêcher la prolifération
des armes nucléaires.
« Ils (les Nord-Coréens) ont été dénoncés par tout
le monde. Ils sont de plus en plus isolés. Et il
n’est pas dans l’intérêt du peuple nord-coréen que
cet isolement se poursuive », a-t-elle affirmé lors
d’une visite au Canada.
« Grave menace »
La Corée du Sud, qui a déployé plusieurs centaines
de militaires supplémentaires à sa frontière
maritime avec le Nord, a qualifié la réaction de
Pyongyang de « grave menace » contre les efforts de
paix dans la région.
« Le gouvernement, en lien étroit avec la communauté
internationale, va s’occuper très sérieusement du
programme nord-coréen d’enrichissement de l’uranium
et du plutonium », indique un communiqué du
ministère des Affaires étrangères sud-coréen.
Le président sud-coréen, Lee Myung-Bak, doit
rencontrer mardi à Washington son homologue
américain, Barack Obama. Celui-ci devrait lui donner
l’assurance que Washington se tient prêt à réagir si
Pyongyang menace son allié en Asie. Quelque 28 000
militaires américains sont stationnés en Corée du
Sud.
« La politique américaine pour désarmer le Nord à
coups de sanctions n’a tout simplement pas
fonctionné. La Corée du Nord n’est pas un pays
sensible aux craintes d’isolement et aux
représailles », a estimé le professeur Yang-Moo-Jin
de l’Université des études nord-coréennes à Séoul.
Pyongyangmultiplie les provocations
Tout
en pressant le Conseil de sécurité d’approuver des
sanctions musclées, les États-Unis veulent calmer le
jeu.
Les États-Unis ont confirmé, hier, que la Corée du
Nord se prépare à un autre test de missile à longue
portée, comme celui du début avril.
Une soldate nord-coréenne
patrouille le long du fleuve Yalu, qui tient lieu
de frontière avec la province chinoise du
Liaoning.
Cette multiplication sans précédent des
provocations, de la part de Pyongyang, répond à des
négociations serrées à l’ONU sur de nouvelles
sanctions.
Pour la première fois, la Chine semble disposée à
resserrer l’étau économique sur son voisin. La
réaction chinoise au test nucléaire de la semaine
dernière a été immédiate, contrairement au premier
test nucléaire, en 2006, et au test de missile
d’avril.
Et les médias couvrant de près les travaux du
Conseil de sécurité de l’ONU rapportent que les
nouvelles sanctions nommeraient directement des
dirigeants nord-coréens, rétabliraient les
interdictions bancaires partiellement levées en 2008
et, surtout, comporteraient des inspections presque
systématiques des navires nord-coréens à destination
de pays susceptibles d’être impliqués dans le trafic
d’armes de destruction massive.
La semaine dernière, des médias sud-coréens ont
rapporté que des bateaux de pêche chinois ont
massivement quitté les ports nord-coréens, ce qui a
mené à des spéculations qu’ils pourraient être visés
par les autorités nord-coréennes.
La Corée du Nord a par le passé attaqué des navires
de pêche sudcoréens se trouvant près de la frontière
maritime, dont l’emplacement n’a jamais été
formellement arrêté par les deux pays.
La Chine craint d’autant plus l’opposition de la
Corée du Nord qu’un exode de centaines de milliers
de réfugiés économiques, en cas d’écroulement du
régime de Kim Jong-il, est fort probable.
LesÉtats-Unis tempèrent
Tout
en pressant le Conseil de sécurité d’approuver des
sanctions musclées, les États-Unis veulent calmer le
jeu.
Le secrétaire à la Défense, Robert Gates, a déclaré
qu’un test de missile à longue portée n’aurait pas
lieu avant plusieurs semaines et que les satellites
espions n’ont pas détecté de mouvements de troupes
importants en Corée du Nord, malgré le ton
incendiaire des médias officiels du « pays ermite ».
Les troupes américaines en Corée du Sud sont tout de
même en état d’alerte.
Les deux provocations les plus spectaculaires dont
Pyongyang est capable sont le lancement d’un missile
à longue portée par-dessus le Japon et un essai
nucléaire. La dernière fois qu’elles avaient été
conjuguées, en 2006, l’administration Bush avait
accepté de revenir à la table de négociations et un
accord avait été annoncé en 2007.
Cet accord s’est écroulé au début de l’année, les
deux parties s’accusant mutuellement de ne pas le
respecter – certains observateurs notent que le
libellé vague ouvrait la porte à des manipulations.
Provocation
Un nouveau test de missile à longue portée serait
ainsi inusité, note Peter Hayes, le directeur du
forum Nautilus sur la sécurité dans le Pacifique,
qui est généralement sympathique aux revendications
nord-coréennes. M. Hayes prévoit qu’un nouveau test
nucléaire, probablement de faible puissance, est
probable parce que la Corée du Nord veut absolument
de nouvelles négociations avec l’administration
Obama.
Les tests ont été jusqu’à maintenant mitigés. Les
deux tests de missiles à longue portée,
théoriquement capables de mettre un satellite en
orbite ou de bombarder l’Alaska et le nord-ouest du
Canada, n’ont pas fonctionné parce que le troisième
étage de la fusée a fait long feu.
Le premier test nucléaire, en 2006, n’avait qu’une
kilotonne de puissance, contre les 15 d’Hiroshima.
Ce test a aussi montré que les installations
souterraines de tests nord-coréennes sont
déficientes, parce qu’elles n’ont pas réussi à
contenir les retombées radioactives de l’explosion.
Le test nucléaire de la semaine dernière semble plus
puissant, mais les analyses officielles ne sont pas
terminées.
CORÉE-DU-NORD Qui a peur de Kim Jong-Il? - AGNÈS
GRUDA
Kim
Jong-Il est-il un bluffeur qui utilise la menace
nucléaire pour se donner une légitimité et assurer la
survie de son régime? Ou s’agit-il plutôt d’un leader
aux abois qui a perdu le contrôle de son pays et de
lui-même?
Au lendemain de l ’ essa i nucléaire nord-coréen,
lundi, la plupart des analystes penchaient en faveur
du premier de ces deux scénarios. Celui-ci paraissait
d’autant plus plausible qu’il reproduisait une
séquence d’événements familière. D’abord, un lancement
de missile. Ensuite, une détonation nucléaire. C’est
ce qui s’était passé en 2006 avant la reprise des
pourparlers internationaux.
Mais cette fois, la « souris » nord-coréenne n’en
finit plus de rugir. En cinq jours, le pays a lancé
pas moins de six missiles, se hissant d’un cran dans
les degrés d’alerte internationaux.
Cette série de provocations annonce-t-elle un
changement de scénario? Sommes-nous en train
d’assister à un dérapage?
C’est l’hypothèse que soulève John McCreary, ancien
analyste du ministère américain de la Défense, qui va
jusqu’à se demander s’il ne s’agirait pas d’un effet
secondaire de l’accident vasculaire cérébral qui a
terrassé le dictateur nord-coréen en août 2008.
« Depuis 40 ans, les chefs nordcoréens ont eu tendance
à éviter le risque. Ils n’ont rien fait qui eût pu
mettre en péril la survie de leur État – jusqu’à
maintenant », écrit-il dans son blogue Nightwatch.
Ce comportement a changé après la maladie de Kim
Jong-Il, poursuit l’auteur, qui ajoute que, si le «
cher leader » des Nord-Coréens est responsable de
cette multiplication de menaces un brin suicidaire,
c’est peut-être parce qu’il a connu un « changement de
personnalité » comme il en survient parfois à la suite
d’un AVC…
Ce ne sont bien sûr que des spéculations, impossibles
à confirmer dans un pays aussi fermé. Et fondées sur
l’hypothèse d’un régime engagé dans une spirale
irrationnelle.
Nouvelles craintes
Mais même si l’homme connu pour ses souliers
plates-formes et son goût du luxe avait encore toute
sa tête, même si sa démarche poursuivait des
objectifs rationnels, les événements des derniers
jours soulèvent de nouvelles craintes.
Car la Corée-du-Nord n’est pas seule dans le désert.
Elle a des voisins. Et la réaction de ces voisins
aux menaces de Pyongyang inquiète les analystes.
« Nous n’allons pas rester assis en attendant la
mort », a averti il y a quelques jours Gen Nakatani,
ancien ministre de la Défense du Japon, qui dirige
un comité sur la possibilité de frappes préventives
contre la Corée-du-Nord.
Ces propos tranchent avec la politique pacifiste
d’un pays qui, depuis la fin de la Deuxième Guerre
mondiale, se contente d’une armée d’autodéfense.
La Corée-du-Sud change de ton elle aussi. « Nous
avons désormais besoin d’une arme de dissuasion
nucléaire », a écrit un quotidien sud-coréen pendant
que la Corée-du-Nord faisait voler ses missiles.
Autrement dit, Kim Jong-Il se livre peut-être à un
exercice d’esbroufe destiné à attirer l’attention
internationale. Ses gestes n’en font pas moins
sursauter ses voisins. Et ils risquent d’entraîner
une surenchère régionale.
C’est le Japon qui inquiète le plus Julian
Schofield, politologue spécialiste des questions
nucléaires à l’Université Concordia. Si ce pays
entreprend de s’armer jusqu’aux dents, la Chine et
la Corée-du-Sud vont réagir. « Ça risque de changer
tout l’équilibre du monde et de conduire à un
désastre » , prévient-il.
Car, comme le dit joliment son collègue T.V. Paul,
de l’Université McGill, la Corée-du-Nord « en fait
peut-être plus que ce qu’elle est en mesure de
mâcher ». Les conséquences de ses gestes peuvent
dépasser les intentions de Kim Jong-Il, qu’il soit
atteint de démence ou pas…
UN TEST DE MISSILE À LONGUE PORTÉE?
La Corée-du-Nord semble se préparer à lancer un
engin balistique de longue portée, s’il faut en croire
sa voisine du Sud. En parallèle, le secrétaire d’État
américain, Robert Gates, a lancé hier une ferme mise
en garde au régime communiste de Pyongyang :
Washington ne restera pas « les bras croisés » face à
la menace. Des images prises par des satellites
espions américains ont montré des signes d’activité
accrue, a assuré sous le couvert de l’anonymat un
responsable du ministère sud-coréen de la Défense.
Selon cette source, les militaires nord-coréens
s’apprêtent à transporter par train un missile à
longue portée à partir d’une usine proche de la
capitale, Pyongyang, vers son pas de tir de
Musudan-ni, dans le nord-est du pays. Selon un
responsable du renseignement cité par l’agence de
presse sud-coréenne Yonhap, deux semaines environ
seront nécessaires pour achever les préparatifs. Le
missile pourrait être testé aux alentours du 16 juin,
lorsque les présidents américain et sud-coréen se
rencontreront à Washington. Selon les spécialistes, il
pourrait s’agir d’une fusée à trois étages d’une
portée possible de 6700 km, donc capable d’atteindre
par exemple l’Alaska. L’engin serait d’une taille
similaire au missile balistique testé par Pyongyang en
avril.
Corée du Nord : Un régime peut-être pas
si fou que ça… - Agnès Gruda
Selon
un spécialiste, la Corée du Nord utilise son « pouvoir
de harcèlement » car c’est le seul pouvoir qu’elle
possède.
Quand il a appris que la Corée du Nord avait procédé à
un test de missile, en avril dernier, Erich
Weingartner s’est dit : « Tiens, tiens, on se dirige
vers un nouvel essai nucléaire. »
Les Japonais, comme le reste
du monde, ont appris avec consternation, hier, la
réalisation du second essai nucléaire de la Corée du
Nord. Les spécialistes interrogés par notre
analyste, Agnès Gruda, ne donnent toutefois pas un
caractère dramatique à l’événement, y voyant
notamment une stratégie pour attirer l’attention du
président Barack Obama.
Sa prédiction s’est réalisée hier, avec une puissante
déflagration dont l’onde de choc a été ressentie
jusqu’en Chine, relançant l’escalade diplomatique et
les menaces de sanctions à l’endroit de Pyongyang.
Plusieurs voient dans cet étalage de puissance
nucléaire une perspective d’autant plus effrayante
qu’elle provient d’un régime perçu comme irrationnel,
fermé au monde et fragilisé par d’éventuelles luttes
de succession.
Mais Erich Weingartner, lui, croit qu’il n’y a pas de
quoi avoir peur.
Ce consultant ontarien a vécu plus de deux ans en
Corée du Nord, dans les années 90. Il y est retourné
une bonne dizaine de fois depuis. Sa spécialité :
l’aide humanitaire à ce pays affamé, opprimé et
retranché derrière des frontières hermétiques.
Erich Weingartner connaît la Corée du Nord aussi bien
qu’on peut connaître un pays où l’on ne fait que des
rencontres supervisées, avec des gens soigneusement
choisis par nos « guides ».
Mais cette connaissance, avec toutes les limites
qu’elle impose, l’amenait hier à conclure que non, la
Corée du Nord n’est pas dirigée par des leaders
suicidaires qui tirent sur tout ce qui bouge. Au
contraire, il est convaincu que ceux-ci poursuivent un
but précis. Et se servent de leurs capacités
nucléaires pour atteindre cet objectif.
Quel est ce but au juste? « La Corée du Nord veut
attirer l’attention du président Barack Obama et
négocier directement avec lui. »
C’est un peu ce qui est arrivé il y a trois ans, quand
le régime nord-coréen cherchait à forcer la main d’un
autre président, George W. Bush, qui l’avait inclus
dans son fameux « axe du mal ». À ce moment aussi il y
avait eu un lancement de fusée, suivi d’une explosion
nucléaire, de protestations internationales et de
menaces de sanctions.
Puis,
les États-Unis ont ouvert une porte au dialogue et la
Corée du Nord a jeté du lest. L’automne dernier, tout
allait tellement bien que Washington a retiré ce pays
de la fameuse liste des États voyous.
Que s’est-il passé depuis ? Essentiellement, l’arrivée
d’un Barack Obama qui avait des dizaines d’autres
chats à fouetter. Crise économique. Iran.
Proche-Orient.
Des livraisons de pétrole promises à la belle époque à
la Corée du Nord auraient même cessé, laissant ce pays
sans ressources abandonné à son sort. Bref, le «
royaume ermite » est tombé sous le radar.
Les Nord-Coréens ne voulaient pas « attendre huit ans
de plus pour éduquer un nouveau président », dit à la
blague Erich Weingartner. Leçon numéro un: on lance un
missile. Leçon numéro deux: un essai nucléaire. Comme
en 2006.
Cela ne signifie pas que la Corée du Nord ne
représente aucune menace. Parlez-en à des Sud-Coréens,
comme ce pasteur établi à Montréal dont les parents
vivent à Iksan, à 300 kilomètres de la frontière
nord-coréenne. « J’ai peur pour eux », confiait-il
hier. Un dérapage nucléaire est vite arrivé...
Mais d’une certaine façon, la démonstration de
puissance de la Corée du Nord est d’abord et avant
tout un aveu de faiblesse, note un autre spécialiste,
T.V. Paul, de l’Université McGill. Ce pays utilise son
« pouvoir de harcèlement » car c’est le seul pouvoir
qu’il possède.
L’explosion d’hier visait aussi, bien sûr, un public
interne. Car Kim Jong-il, ce « cher leader »
nord-coréen, est gravement malade. Réapparu en public
le mois dernier pour la première fois depuis un
probable accident cérébro-vasculaire, il était amaigri
et vacillant.
Qui va prendre le relais à sa disparition? Même si son
régime n’a laissé transparaître aucune fissure, « il a
besoin d’assurer sa légitimité interne et externe »,
dit T.V. Paul.
Erich Weingartner jure qu’il y a, à Pyongyang, des
investisseurs qui n’attendent qu’un signe
d’assouplissement du régime pour lancer des projets et
rayonner dans le monde. Et qu’ils n’espèrent qu’une
chose : vivre dans un pays qui a des relations à peu
près normales avec le reste de la planète.
Comme leurs dirigeants, ils ont eux aussi les yeux
tournés vers Washington.
Tirs de nouveaux missiles - DENOUVELLES
SANCTIONS SONT INÉVITABLESCONTRE LACORÉEDUNORD
— Après l’annonce lundi d’un deuxième essai nucléaire
condamné par le Conseil de sécurité de l’ONU, la Corée
du Nord a procédé hier, selon des sources sud-coréennes,
à des tirs de missiles, confortant les appels
internationaux à de nouvelles sanctions contre elle.
Les Coréens du Nord vouent
un culte inconditionnel à leur défunt président
Kim Sung-il, père de Kim Jong-il, l’actuel
président. Le régime continue de défier l’autorité
des Nations unies en procédant à des tirs de
missiles. D’autres sanctions économiques lui
seront d’ailleurs imposées dans les prochains
jours.
Pyongyang, qui avait déjà testé trois missiles
lundi, parallèlement à son essai nucléaire, a lancé
deux nouveaux engins, un missile solair et un autre
sol-mer, d’une portée de 130 km, a indiqué l’agence
de presse sud-coréenne Yonhap, citant une source
gouvernementale. « Les services de renseignement
analysent les motivations de ce tir », a ajouté
cette source.
L’essai nucléaire de lundi, bien plus puissant qu’un
premier fait en octobre 2006, selon Tokyo et Moscou,
a été condamné par le Conseil de sécurité de l’ONU.
Le Conseil prépare une résolution devant comporter
de nouvelles sanctions à l’égard du régime
communiste de Pyongyang, a déclaré son président
pour le mois de mai, l’ambassadeur de Russie, Vitaly
Tchourkine.
« J’espère sincèrement que le Conseil de sécurité
sera capable de prendre les mesures nécessaires
correspondant à la gravité de la situation », a
déclaré, à Helsinki, le secrétaire général des
Nations unies, Ban Ki-moon.
Les États-Unis ont particulièrement haussé le ton.
Dans la journée, la secrétaire d’État, Hillary
Clinton, a appelé son homologue russe Serguei Lavrov
pour lui demandé une réponse « rapide et unifiée »
de la communauté internationale à la Corée du Nord,
a annoncé le département d’État.
Nouvelles sanctions
Le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates,
participera samedi, à Singapour, à une réunion avec
ses homologues japonais et sud-coréen, au cours de
laquelle le dossier nord-coréen sera évoqué.
Plusieurs diplomates occidentaux ont appelé au
vote d’une résolution comportant de nouvelles
sanctions contre le régime nord-coréen.
« Nous sommes ouverts à toutes les possibilités de
renforcement, d’élargissement des sanctions », a
ainsi déclaré le porte-parole adjoint du ministère
français des Affaires étrangères, Frédéric
Desagneaux.
« L’adoption d’une résolution dure par le Conseil
de sécurité de l’ONU est inévitable », a ajouté
hier une source diplomatique russe, tout en
précisant que « la porte des négociations doit
toujours rester ouverte ».
Le ministère allemand des Affaires étrangères a
annoncé avoir convoqué l’ambassadeur de Corée du
Nord à Berlin pour lui faire part de ses « vives
critiques ».
Réunis à Hanoi, les chefs de la diplomatie de
l’Union européenne et d’Asie ont eux aussi
condamné l’essai mené par la Corée du Nord, en
appelant cette dernière à « ne mener aucun essai
nucléaire supplémentaire et à respecter pleinement
les résolutions et décisions du Conseil de
sécurité des Nations unies ».
Un j ou r na l f avorable à Pyongyang, le Chosun
Sibo, a répondu que des sanctions contre la Corée
du Nord ne feront qu’attiser les tensions. « Peu
importe le degré de pression », la Corée du Nord «
ne changera jamais de cap », a affirmé le Chosun
Sibo.
Le Conseil de sécurité avait déjà condamné, le 13
avril, un tir de fusée balistique mené par la
Corée du Nord et renforcé le régime de sanctions
mis en place en 2006. En réponse à cette
condamnation, Pyongyang avait annoncé son retrait
des négociations à six ( Russie, Corée du Nord et
Corée du Sud, États-Unis, Japon et Chine), l’arrêt
de sa coopération avec l’Agence internationale de
l’énergie atomique et la réactivation de ses
installations nucléaires.
D’autres sanctions envisagées contre l’«
État ermite »
La Corée
du Nord vient de faire un nouveau pied de nez nucléaire
au reste du monde, condamné sans réserve d’un bout à
l’autre de la planète. Pourquoi la Corée du Nord
cherche-telle à ce point à faire peur? Probablement pour
prouver que le pays n’est pas a
Les États-Unis ont initialement rapporté une explosion
d’environ 1 kilotonne, ce qui signifierait un deuxième
échec.
La Corée du Nord a procédé dimanche soir à un nouvel
essai nucléaire, son deuxième depuis 2006. Le Conseil de
sécurité de l’ONU s’est réuni d’urgence hier soir pour
envisager de nouvelles sanctions contre l’« État ermite
».
Des manifestants nord-coréens
ont brûlé, hier, le simulacre d’un missile nord-coréen
sur lequel il y avait des photos du leader de l’«État
ermite», Kim Jong-il. La Corée du Nord a procédé,
dimanche soir, à un essai nucléaire condamné par le
reste du monde.
À Ottawa, le premier ministre Stephen Harper a qualifié
le test d’« action dangereuse et inutilement
provocatrice ». Le président américain Barack Obama a
réclamé une « réponse de la communauté internationale »
devant cette « action téméraire ». La Chine et la Russie
ont aussi dénoncé l’essai, la Russie affirmant qu’il
pourrait « sérieusement déstabiliser l’Asie du Nord-Est
».
Les tests ont été annoncés par les Nord-Coréens et
confirmés par des bureaux de mesure des tremblements de
terre de différents pays. Le premier test, en 2006,
avait été un pétard mouillé de seulement 0,8 kilotonne.
Les estimations du test de dimanche varient entre 1 et
20 kilotonnes. La bombe atomique d’Hiroshima atteignait
15 kilotonnes.
L’Organisation du traité d’interdiction complète des
essais nucléaires a indiqué avoir enregistré des
vibrations de 4,52 à l’échelle de Richter, contre 4,1 en
2006. Les États-Unis ont initialement rapporté une
explosion d’environ 1 kilotonne, ce qui signifierait un
deuxième échec.
Le test
survient un mois après un lancement raté de satellite
qui avait aussi provoqué la controverse. La fusée du
satellite peut en effet être utilisée comme missile
intercontinental. Le lanvernement nord-coréen menaçait
de procéder à un test nucléaire si les sanctions
n’étaient pas levées.
La communauté internationale est à court de mots face à
la Corée du Nord. Depuis 1994, quand le programme
nucléaire nord-coréen a été découvert par l’Agence
internationale de l’énergie atomique, les négociations
ont progressé, puis ont été rompues à plusieurs
reprises. En désespoir de cause, certains cement avait
échoué, le troisième étage de la fusée n’ayant pas
fonctionné. C’était le troisième échec de cette fusée
capable d’atteindre l’Alaska en version militaire.
À la fin avril, le Conseil de sécurité de l’ONU a
décidé, après trois semaines de négociations ardues avec
la Chine qui veut protéger son allié et voisin,
d’ajouter trois nouveaux noms à la liste déjà longue de
firmes nord-coréennes interdites de commerce
international parce qu’elles participent aux programmes
nucléaires et balistiques. Quelques heures plus tard, le
gouexperts suggèrent de nouvelles approches. Sur le
forum Nautilus, consacré à la sécurité dans le Pacifique
Nord, un économiste de l’Université de Vienne, Rudiger
Frank, vient d’avancer que qualifier les tests
nucléaires et balistiques d’« échecs » pousse la Corée
du Nord à la surenchère. Mieux vaudrait saluer ces tests
avec « respect », selon M. Rudiger.
Les motivations de la Corée du Nord sont nébuleuses. Le
test nucléaire pourrait faire partie d’une stratégie de
passation de pouvoirs du président nord-coréen Kim
Jong-il, qui a été gravement malade l’an dernier. Il
s’agirait d’une manière de rappeler que la Corée-du-Nord
n’est pas affaiblie par sa maladie.
La secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, n’a
pas hésité à mettre en doute la capacité de M. Kim à
diriger son pays après sa maladie, lors d’une visite en
Asie en février. Mais il est extrêmement difficile
d’identifier une ligne de succession. Beaucoup d’encre a
coulé depuis avril chez les spécialistes quand un
beau-frère du président nordcoréen, Jang Seong-taek, a
été nommé à la toute-puissante Commission nationale de
la défense. M. Jang a longtemps été écarté du pouvoir
parce que le père de Kim Jong-il s’opposait à son
mariage avec sa fille, rapportait le Wall Street Journal
cette fin de semaine. Mais il a récemment été vu dans
des photos officielles en compagnie de Kim Jong-il. Des
médias sud-coréens ont aussi mentionné que le troisième
fils de Kim Jong-il, Kim Jong-un, 26 ans, a été nommé en
secret à la Commission de la défense. Selon le Wall
Street Journal, sa mère, morte en 2004 dans un accident
de voiture, était particulièrement proche du président
nord-coréen.
La Corée du Nord hausse le ton
— La
Corée du Nord a haussé le ton hier en menaçant
d’attaquer militairement sa voisine du Sud, que
Washington s’est dit prêt à défendre, signe de
l’escalade des tensions deux jours après l’annonce par
Pyongyang d’un essai nucléaire unanimement réprouvé.
Le régime communiste a affirmé qu’il considérait la
décision annoncée la veille par Séoul de se joindre à
l’initiative d’antiprolifération ( PSI) comme « une
déclaration de guerre », dans un communiqué de l’armée
cité par l’agence nord-coréenne KCNA.
Appel au calme
Le
président sud-coréen Lee Myung-bak a appelé à « des
réactions calmes » face aux menaces. Selon le ministère
de la Défense, aucun renfortmilitaire sud-coréen n’a été
envoyé dans l’immédiat à la frontière intercoréenne.
Les États-Unis ont répondu par la voix de la secrétaire
d’État, Hillary Clinton, qu’ils honoreraient leur
engagement à défendre la Corée du Sud.
Les menaces proférées par la Corée du Nord ne feront que
renforcer davantage son « isolement », a de son côté
averti la Maison-Blanche.
Après l’annonce lundi d’un deuxième essai nucléaire
depuis 2006, condamné par le Conseil de sécurité, la
Corée du Nord a procédé hier à un nouveau tir de missile
à courte portée, portant à cinq le nombre d’engins tirés
depuis lundi, selon le ministère sud-coréen de la
Défense.
SUCCESSION À LA TÊTEDE LA
CORÉEDUNORD De père en
fils... en petit-fils !
La
nouvelle est maintenant presque officielle. Kim Jong-il,
le président de la Corée du Nord, a nommé son fils de 24
ans, Kim Jong-un, comme son successeur. Il serait au
départ supervisé par son oncle
Des manifestants sud-coréens
brûlent des photos du leader nord-coréen et de son
fils Kim Jong-un, son successeur éventuel.
« L’agence d’espionnage sudcoréenne a confirmé la
succession dans les journaux d’hier », indique Daniel
Pinkston, l’analyse de l’ONG européenne International
Crisis Group, à Séoul. « Et j’ai rencontré vendredi
dernier un Allemand qui travaille pour une ONG et se
rend souvent en Corée du Nord, et qui m’a confirmé que
Kim Jong-un serait le successeur. Il m’a même dit que
ses interlocuteurs espéraient que la succession n’ait
pas lieu dans les prochaines semaines ou les prochains
mois. Le plan serait d’attribuer à Kim Jong-un la
responsabilité du test nucléaire de la semaine dernière
et d’un récent programme national de 150 jours
d’amélioration de la productivité. »
Kim Jong-il, qui a 67 ans, a eu un accident vasculaire
cérébral l’année dernière. Cela l’a grandement affaibli.
Il n’a pas été vu en public pendant six mois, malgré les
tentatives des autorités nord-coréennes de publier des
photos montrant qu’il était toujours actif et qu’il
n’avait jamais été malade.
Les
inquiétudes sur la succession en corée du Nord sont
avivées par le fait que Kim Jongil a été nommé
successeur de son père en 1974, 20 ans avant d’accéder
au pouvoir. M. Kim a eu ses enfants sur le tard et son
fils aîné s’est disqualifié de la succession en 2001,
quand il s’est fait arrêter à la frontière du Japon
avec un faux passeport dominicain. Selon les médias
nippons, il voyageait avec deux femmes et son fils de
4 ans, sous un patronyme chinois, dans le but de
visiter Disneyland Tokyo.
La succession est aussi une affaire de femmes. Les
médias nippons, s’appuyant sur le témoignage d’un
cuisinier italien qui a travaillé pour Kim Jong-il,
rapportent que la mère de Kim Jong-un, qui est la
troisième des quatre épouses de Kim Jong-il, a été son
épouse préférée (son épouse actuelle est sa secrétaire
de longue date). De plus, le dictateur nord-coréen
était particulièrement proche de sa soeur Kim Kyung
Hee, qui est l’épouse du « tuteur » Jang Seong-taek.
Leur père aurait exilé M. Jang à Moscou parce qu’il
était opposé au mariage, mais Kim Jong-il l’a
réhabilité quand il est arrivé au pouvoir. M. Jang a
été nommé en avril à un poste de bas niveau de la
toute-puissante Commission nationale de la défense.
Les médias sud-coréens et japonais, friands de potins
sur la famille Kim, se sont rapidement emparés de Kim
Jong-un. On a rapporté que des écussons à son image,
un instrument du culte de la personnalité
particulièrement utilisé en Corée du Nord, sont déjà
distribués et qu’une chanson en son honneur est
enseignée aux écoliers. Par ailleurs, comme son père,
il souffrirait de diabète et aimerait le basketball de
la NBA.
Plus de marines meurent dans des
accidents de moto qu’en Irak
Ils
survivent au stress, aux échanges de coups de feu et aux
engins explosifs improvisés. Mais certains soldats
américains ne survivent pas à… la vitesse. En 2008, un
plus grand nombre de marines ont perdu la vie à moto sur
les routes américaines qu’en faisant des patrouilles en
Irak.
Des statistiques rendues publiques mardi par le corps
des marines font état de 25 soldats ayant péri à moto
durant l’année 2008. Au cours de la même période, 22
marines ont été tués en Irak et 21 en Afghanistan. Des
chiffres qui ont été largement repris hier dans les
médias américains.
« Ces données nous mettent la puce à l’oreille. Ils nous
permettent de concent rer not re at tention sur les
enjeux réels », a déclaré le contre-amiral Arthur
Johnson, commandant du Naval Safety Center de l’armée
américaine, dans un article du USA Today.
L’article
publié
hier cite également un marine, propriétaire d’une
rutilante motocyclette, selon qui les soldats, au retour
d’Irak, pratiquent la moto de façon trop audacieuse pour
brûler leur tropplein d’adrénaline.
Afin de faire échec au phénomène, les dirigeants des
marines forcent les soldats à prendre des cours de
conduite dont le contenu va bien au-delà des niveaux
d’enseignement donnés aux civils. Près de 18 000 marines
seraient des conducteurs de moto et jusqu’à maintenant,
700 ont suivi le cours.
En 2004, seulement sept marines avaient péri à moto. La
hausse des taux de décès a aussi été observée dans
l’armée de terre des États-Unis. L’an dernier, 51
soldats ont perdu la vie à motocyclette, comparativement
à 22 en 2004.
Un sergent en mission chez Google -
Nicolas Bérubé
Un
sergent de l’armée américaine habitué aux rues
dangereuses de Bagdad travaille maintenant chez
Google. Le choc culturel ne pourrait être plus
grand, rapporte notre correspondant.
LOS ANGELES— La journée du 20 avril restera gravée
dans la mémoire du sergent Dale Sweetnam. C’est le
jour où il est arrivé chez Google.
« La première chose qui m’a frappé, c’est la façon
dont les gens étaient habillés, dit-il. Tout le
monde avait l’air cool. Je me suis dit "Oh boy, je
vais devoir aller magasiner ce soir." »
Durant ses quatre années passées dans l’armée, dont
t reize mois en I rak, M. Sweetnam a dû vivre avec
la présence d’un ennemi invisible, traverser des
tempêtes de sable, et patrouiller au-dessus de
Bagdad et de Bassora à bord d’hélicoptères Black
Hawk. Ces jours-ci, le sergent Sweetnam relève un
nouveau type de défi. Durant sa première semaine
chez Google, il s’est battu à mains nues contre une
lampe « lava » qui refusait de s’allumer. Il s’est
familiarisé avec les matchs de ballon chasseur en
fin d’après-midi. Il a découvert qu’il n’avait pas
besoin de répondre « Roger » quand on lui demandait
d’accomplir une tâche.
M. Sweetnam a aussi dû réapprendre à sourire, un
trait de caractère qui n’est pas encouragé dans
l’armée. « J’avais une attitude très directe, très
efficace, expliquet-il. Au bout de quelques jours,
les gens m’ont dit: "Hé, tu peux relaxer. C’est
correct."»
Pendant la prochaine année, M. Sweetnamtravaillera
dans le département des relations publiques de
Google, au Googleplex de Washington. Son rôle est de
tout assimiler « comme une éponge » et d’appliquer
ses nouvelles connaissances à son retour dans
l’armée.
Cet
été, M. Sweetnam travaille sur le projet Google
Voice, un programme qui permet aux usagers d’obtenir
un numéro de téléphone Google qui les suit au
travail, sur la route, ou à la maison. L’usager
possède ainsi un seul numéro, et une seule boîte
vocale dont les messages peuvent être entendus via
l’internet, ou même retranscrits automatiquement en
format texte, comme un courriel.
Ce nouveau service est offert en priorité aux
familles de militaires déployés outre-mer, pour qui
rester en contact est complexe. « J’ai vécu la
frustration de ne pas pouvoir joindre mes proches
quand j’étais en Irak. Je sais que les petites
choses peuvent faire la différence. »
Habitué à se lever à 6h du matin et à avoir une
journée planifiée à l’avance, M. Sweetnam vit
désormais dans un monde qui lui semble parfois
irréel, dit-il.
« L’armée vous prépare à faire face à tout. Cela
dit, la culture de Google est à l’opposé de celle de
l’armée. Comme soldat, on nous apprend à vivre selon
des règles. Chez Google, tout ça fout le camp. Les
tâches changent continuellement. Les objectifs sont
plus abstraits. Au début, ça peut être étourdissant.
»
Depuis son arrivée chez Google, M. Sweetnamfait part
de ses réflexions dans son blogue, The Army
Journalist. On peut y saisir la mesure de son
étonnement. « Aujourd’hui, vendredi, nous avons eu
du temps de récréation au travail, écrit-il,
incrédule. Le chef cuisinier de Google a apporté des
pizzas, des croquettes de poulet, des boîtes de jus.
Nous avons joué au ballon chasseur. Ensuite, nous
avons écouté des vidéos de Michael Jackson.
Incroyable. »
La guerre des boutons
Au départ
de mon petit-fils pour l’Afghanistan, pas d’accueil, pas
de chaleur etmême pas de décorum
Après à peine 19 mois d’entraînement, Karl est déjà prêt à
aller défendre les autres, se défendre, ou encore se
battre, ou aller se faire tuer.
L’auteure réside à Montréal. En 1961, le cinéaste français
Yves Robert présentait son film La guerre des boutons. En
2009, le titre de ce film pourrait encore servir à
présenter l’histoire des 200 jeunes, le visage encore
marqué par l’acné, qui se sont envolés mercredi dernier
vers l’Afghanistan. Mon petit-fils, âgé de 21 ans, fait
partie de ceux-là.
PHOTO FOURNIE PAR LA
FAMILLE
Âgé de 21 ans, Karl
Pépin est parti pour l’Afghanistan mercredi dernier. On
le voit ici avec sa grand-mère, Louise Bureau.
À 19 ans, Karl décide qu’il veut acquérir de la discipline
et préparer son avenir. Il s’enrôle donc dans les Forces
armées canadiennes.
Après à peine 19 mois d’entraînement, il est déjà prêt à
aller défendre les autres, se défendre, ou encore se
battre, ou aller se faire tuer, dépendamment où il pose le
pied ou sur quelle route passe leur véhicule « blindé ».
Mais c’est son choix. Il est fier et certain qu’il ne lui
arrivera rien de malheureux.
Le coeur serré, papa, maman, le frère aîné, la jeune
soeur, pépé et mémé, nous sommes allés assister au grand
départ à la base militaire de Valcartier. Arrivés sur
place, on se rend dans un hangar. Sur les lieux, se
trouvent un immense jeu gonflable pour petits, des tables
de réfectoire, chaises pliantes, kiosque d’objets en
vente, machines distributrices de boissons et chips.
Au mur, un écran géant, sur lequel
est projeté le message, j’imagine de « bonne chance », du
premier ministre Jean Charest et du ministre de la Défense
nationale, Peter MacKay. Je dis bien « j’imagine », car nous
avons eu droit à une projection muette. Aucun son. Image
floue, et pas de représentant des deux gouvernements pour
nous « consoler » ou nous rassurer.
Quant aux jeunes soldats, une soldate leur a donné les
instructions sur le déroulement du départ. Encore là, nous
n’entendions que des bribes de phrases perdues dans
l’immense hangar de béton et de métal froid, inodore,
incolore.
Bref, pas d’accueil, pas de chaleur et même pas de décorum.
J’ai vu un petit de 4 ans s’incruster au pantalon camouflage
de son père en pleurant et réclamant de ne pas partir. Une
jeune maman nourrir de lait maternel et de larmes son bébé
de 1 mois. Mais j’ai surtout vu ma famille étouffer de
chagrin et mon « petit » prendre le chemin de la guerre,
confiant et plein de belles promesses faites par ses
dirigeants.
Aujourd’hui, je me remets de mes émotions, mais en garde un
goût amer. Plein de questions trottent dans ma tête. N’y
a-t-il pas un minimum de protocole militaire à suivre lors
des départs de nos enfants ? Les hauts gradés, les grands
dirigeants politiques sont-ils à ce point indifférents pour
ne pas venir les encourager et nous serrer la main?
Mais ce que je n’arrive pas à comprendre, c’est pourquoi
nous sommes en Afghanistan. Il y a des années et des années,
les Anglais ont échoué, ensuite la Russie. Et maintenant,
nous essayons de nous montrer les plus forts. Foutaise !
Qu’on me donne une seule raison positive et valable d’aller
sacrifier la vie de nos jeunes.
Bref, j’éprouve de la fierté d’avoir un petit-fils aussi
courageux, mais de la colère envers ceux qui dorment
confortablement et en sécurité rue Sussex.
Triturer l’Histoire - MARIO ROY
En moins
de 72 heures, les troupes d’Adolf Hitler ont envahi la
Pologne ; la Grande-Bretagne et la France ont déclaré la
guerre à l’Allemagne. C’est de cette façon qu’a débuté,
il y a 70 ans, la Seconde Guerre mondiale. Quelques
jours plus tard, le 9 septembre 1939, The Economist
opinait : « Il est difficile de voir comment un
historien du futur pourrait douter que c’est Hitler qui,
délibérément et sans raison, a déclenché ce conflit ».
Pourtant, l’histoire de ces six ans d’enfer ne cesse
d’être réécrite sur un mode qui, parfois, frôle le
révisionnisme.
Hier, à Gdansk, les leaders d’une vingtaine de nations
ont commémoré l’événement dans une ambiance fort peu
sereine. On a assisté, en effet, à un chassé-croisé
d’accusations ayant pour objectif de rejeter sur autrui
la part maximale de blâme. À telle enseigne que le
premier ministre polonais, Donald Tusk, a dû rappeler
que, « sans mémoire honnête, ni l’Europe, ni la Pologne,
ni le monde ne vivront jamais en sécurité ».
On connaissait déjà les négationnistes de l’Holocauste
et les conspirationnistes de Pearl Harbor (les
Américains auraient provoqué ou laissé porter l’attaque
japonaise). Dorénavant, il faut compter aussi avec les
thèses russes dont certaines ont été endossées, encore
hier, par le premier ministre Poutine. Un: par son
rapprochement de 1934 avec les nazis, la Pologne creusa
sa propre tombe. Deux: les accords de Munich (1938)
donnèrent à la France et à la Grande-Bretagne une large
responsabilité dans le déclenchement du conflit. Trois:
le pacte germano-soviétique du 23 août 1939 ne compta
que fort peu dans la décision d’Hitler de lâcher ses
troupes huit jours plus tard.
Pour
faire bonne mesure, le chef de la diplomatie russe,
Sergueï Lavrov, a qualifié de « comble du révisionnisme
historique » le fait de comparer les politiques de
Staline et d’Hitler...
Or, de façon sûre, l’Histoire enseigne ceci.
À beaucoup d’égards, les deux potentats sont bel et bien
comparables. Le pacte Ribbentrop-Molotov libéra Hitler
de tout souci à l’Est, lui pavant la voie vers le reste
de l’Europe. Munich fut un aveu de faiblesse de Londres
et de Paris, mais pas un pacte avec le diable. Il est
extraordinairement indélicat de jeter le blâme sur la
Pologne, tour à tour malmenée par les deux tyrans avant
de se retrouver cadenassée par Moscou.
Cer tes, Poutine et son entourage ont des raisons de
réécrire l’Histoire à leur convenance – politique
intérieure et orgueil national, bien entendu. Cependant,
contrairement à ce qui est le cas pour d’autres
événements historiques, les tenants et aboutissants de
la Seconde Guerre mondiale sont connus, avérés,
irréfutables (à lire: le blogue de l’édito sur
Cyberpresse).
Aussi,
voir la vérité historique triturée de cette façon aux
plus hauts niveaux constitue une leçon de malhonnêteté
et de cynisme dont le commun des mortels pourrait bien
se passer.
2eme GUERRE MONDIALE , 70 ANS APRÈS : LE FRACAS ET LE
SILENCE - Marc Tison
LE FRACAS ET LE SILENCE - Marc Tison
Depuis 70
ans, les anciens combattants gardent pour eux les
traumatismes, les affections, les afflictions. L’an dernier,
400 d’entre eux sont décédés au Québec. Avec leur départ,
une page d’histoire s’efface. Entre la douleur et les
remords, souvenirs de
C’est d’abord le ruban bicolore qui a accroché le regard.
Puis l’étoile qui y était suspendue. Une médaille militaire,
épinglée sur le revers d’un complet gris. L’homme était
assis seul, sur une petite esplanade intérieure des Galeries
d’Anjou.
Oui, a-t-il dit, il avait été soldat. Il avait combattu en
France, lors de la Seconde Guerre mondiale. Nous étions le 6
juin, 65e anniversaire du débarquement de Normandie, et il
commémorait ainsi l’événement, en solitaire. Enmoins de deux
minutes de conversation, Eldric Wilfred Roy avait déjà
évoqué les deux grandes raisons pour lesquelles ces anciens
combattants restent si discrets sur leurs expériences.
Les souvenirs trop douloureux, d’abord. Il a suffi de cette
simple évocation pour que les yeux bleus d’Eldric Roy se
mouillent. L’Acadien du Nouveau-Brunswick n’assiste plus aux
réunions d’anciens combattants. « Je ne suis plus capable
d’entendre la cornemuse jouer la retraite », dit-il.
Les remords, ensuite… Il n’a jamais compris, ni accepté,
d’avoir survécu alors que tant de camarades sont tombés.
Le 1er septembre 1939, il y a 70 ans, l’Allemagne nazie
envahissait la Pologne. Neuf jours plus tard, le Canada
entrait à son tour dans le conflit.
Parce qu’il en reste bien peu comme lui pour témoigner,
Eldric Roy a accepté, ce 6 juin, de laisser son numéro de
téléphone pour un entretien. Puis il a raconté une anecdote.
À Calais, en 1944, lors de combats de rue – une des épreuves
de feu les plus difficiles –, il était entré dans une maison
où un gros crucifix était suspendu. Il l’a décroché et l’a
mis contre sa poitrine, sous sa vareuse, en guise de
scapulaire géant, dont il espérait les bénédictions
proportionnelles au format. Peu de temps après, il essuyait
le tir d’une mitrailleuse lourde. Il s’est jeté sur le
ventre. Mais il est difficile de s’aplatir quand les genoux
saillants du Christ en croix vous vrillent le sternum. « Je
ne l’ai pas gardé longtemps. »
L’officier
Souvent, ils n’en ont jamais parlé à leurs propres enfants.
Leurs conjointes connaissent les regards fixes, les
sursauts, les cauchemars. Plus rarement leurs causes.
« On aime mieux se rappeler les bons souvenirs que les
mauvais », explique le lieutenant-général Gilles Turcot,
dans sa grande maison, près du lac Memphrémagog.
Lui-même est un pan d’histoire. Âgé de 91 ans, il est un des
deux derniers officiers du Royal 22e Régiment en fonction en
1939 à être encore vivant. Il commandait le régiment lors de
ses dernières opérations en Europe du Nord, à la fin de la
guerre.
Après quatre ans d’attente, il a vu l’action pour la
première fois en Sicile, le 10 juillet 1943. Il est tombé 16
jours plus tard. « On avançait, les bombardements ont
commencé, et un morceau de shrapnel m’est passé au travers
de la jambe », décrit-il sobrement.
C’était le matin. Son unité était bloquée loin en avant, les
communications étaient coupées. « J’ai décidé de déployer ma
compagnie, de prendre une position défensive, et je suis
resté avec eux jusqu’au soir. » La nuit venue, il a demandé
à deux de ses hommes de l’aider à revenir à l’arrière
jusqu’au poste de secours. Mais la distance était plus
longue que prévu. « J’ai dit aux gars: laissez-moi ici, je
ne suis plus capable. Rendez-vous au bataillon et revenez me
chercherdemainmatinavec unâne. » L’armée réquisitionnait les
ânes, qui passaient sans encombre dans les sentiers
impraticables pour les camions. Gilles Turcot s’est endormi
seul, dans la nuit. « Le lendemain matin, je les ai vus
arriver avec l’âne. »
Il a été embarqué sur un bateau-hôpital en direction de
Tripoli. Il était sale, il portait les mêmes vêtements et ne
s’était pas rasé depuis sept jours. « Vous voulez un rasage?
» lui a proposé un infirmier indien. « You bet! »
« Je n’ai rien senti. Ça m’a tellement fait de bien »,
narre-til, avec encore une satisfaction rétrospective dans
la voix…
Ce sont ces
souvenirs-là qu’ils aiment évoquer. Des souvenirs de simples
contacts humains.
La première action fait craindre la mort, beaucoup, mais
plus encore de ne pas être à la hauteur et de laisser tomber
ses compagnons. Malgré un long et dur entraînement, personne
n’est certain de la façon dont il va réagir sous le feu
véritable.
« Quand on tire sur toi, c’est différent », explique Charles
Forbes, un grand gaillard de 88 ans, gouailleur, dans sa
coquette maison de SaintFerréol-les-Neiges, près de Québec.
Officier dans le régiment de Maisonneuve, Charles Forbes est
débarqué en France en juillet 1944, pour prendre part à la
campagne de Normandie. La division canadienne dont il
faisait partie avait pour mission de prendre la ville de
Caen, dans le Calvados. Elle aurait dû tomber le lendemain
du débarquement, un mois plus tôt. C’est dire la rigueur des
combats et la résistance acharnée des Allemands, qui
tiraient avantage de chacune des hautes haies qui
quadrillaient le bocage normand.
Sur la péniche qui traversait la Manche pour l’amener au
port artificiel d’Arromanches, Charles Forbes était anxieux.
« Comme je n’avais pas connu la guerre, mon appréhension
était de partir en peur sur le champ de bataille. Jamais je
n’avais testé ma capacité de résistance et ma réaction. »
Il entre en ligne à SaintAndré-sur-Orne, en banlieue de
Caen, défendue par la 12e Division blindée SS. « À 9h30 du
matin commence un bombardement de mortiers intense,
concentré, précis. »
L’orage de feu dure 15 minutes. « J’ai un blessé à mes côtés
dont la jambe est à moitié arrachée. J’appelle les
brancardiers. » Un brancardier arrive, saoul. « Les gars
étaient tombés sur une cave remplie de calvados. »
Charlie Forbes prend les choses en main, empoigne son
pistolet par le canon et anesthésie le blessé d’un coup de
crosse en plein front. « Ce sontmes premières réactions. Je
m’installe à côté du blessé, le sang me pisse dans le
visage. Avec d’autres hommes, on réussit à lui faire un
garrot, à arrêter l’hémorragie, à ramasser un brancard, et à
le sortir de là. Je suis tout énervé, il faut que je replace
mes hommes dans leurs trous et qu’on reprenne une position
qui a du sens. »
Le soir venu, épuisé, il se découvre poisseux de sang. Il se
tâte. Aucune blessure. « Je m’aperçois tout à coup que je
suis cool. Ce dont j’avais peur, je ne l’avais pas. Je
réagissais, nerveusement peut-être, mais intelligemment. Ça
m’a satisfait. À partir de ce moment-là, j’ai pu prendre en
charge mes hommes, contrôler monaffaire sans perdre les
nerfs, et avoir confiance. »
Les images
« À la guerre, lance Eldric Roy, tun’aspas le
tempsd’avoirpeur. » Assis sur le bout de son fauteuil, dans
son appartement, il cite cet obus qui a sifflé au-dessus de
sa tête, quand le blindé semi-chenillé où il prenait place a
piqué dans un fossé. Un souffle, et le danger était passé.
L’enfer, c’est plus tard, après, à la maison.
« Sur le champ de bataille, chaque incident est pour le
moment une expérience que tu n’avais jamais eue, qui te
reste dans la tête, décrit-il. Quand tu reviens chez toi, tu
as une vision panoramique de toutes ces choses qui s’étaient
passées en quelques secondes. C’est ça qui est la maudite
affaire. On vit avec ça toute notre vie. Au retour de
l’armée, je priais à genoux une partie de la nuit. Je suis
allé voir le curé pour de l’aide. Il ne pouvait pas m’aider.
La guerre, c’est un chapitre. C’est l’aprèsguerre qui est le
pire. »
Et revoilà les images qui défilent, anciennes, mais toujours
vivantes, à mesure qu’il les énumère. L’homme qui s’élève en
l’air, soufflé par une explosion, « comme une poupée de
chiffon, c’était ça mon impression ». Et cette Française, la
jambe droite presque entièrement sectionnée sous la hanche.
« Elle tenait seulement par un nerf. Je voulais la trancher
au couteau, mais ils nem’ont pas laissé faire. Les Allemands
avaient tiré un obus. C’était terrible. Elle pleurait et
insultait les Canadiens: vous auriez dû rester chez vous, on
n’avait pas de problèmes avant que vous arriviez. »
La campagne de Normandie a fait 35 000 morts chez les civils
français.
Une main devant les yeux, il raconte l’herbe noircie, la
puanteur des animaux morts, au ventre gonflé. « Tu es pris
avec ça, ça ne te laisse jamais. J’ai 90 ans. J’avais 21
ans, dans le temps… »
À la toute fin, il dira: « C’est la première fois que je
m’ouvre comme ça. Je ne sais pas pourquoi. Ils disaient que
ça fait du bien. » Il n’en a pas l’air convaincu. Mais il
ajoute: « Je pensais que ça ferait plus mal d’en parler... »