Des ressorts
psychologiques puissa nts : le doute, la peur, la haine. e s
évé nement s dé c le n - cheurs
énormes et tragiques. Un gigantesque amplificateur
incontrôlé : l’internet... Ces
éléments forment le socle sur lequel
s’érigent les théories du complot. Certes, le
sujet est rebattu et consternant. Le débat est inutile,
les convertis ne pouvant être ébranlés par
les faits. En parler ne concourt qu’à répandre
l’épidémie. Pourtant, il le faut bien. Parce que
les théories du complot s’immiscent maintenant dans des
couches de la société – chez des politiciens
ayant une audience et des artistes adulés, par exemple
– qui possèdent un énorme pouvoir de nuisance.
Et parce que, de divertissantes qu’elles étaient, ces
élucubrations deviennent dangereuses.
Depuis quelques semaines, en effet, sont apparus dans l’espace
public plusieurs bijoux.
D’abord, deux nouvelles oeuvres majeures (et d’autres, moins
importantes) sur le 11 septembre 2001. Le journaliste
français Éric Raynaud signe 11 septembre, les
vérités cachées, dans le droit fil des
thèses de Thierry Meyssan, le plus
célèbre « conspirationniste » dans
ce dossier. Ainsi qu’une nouvelle version de Loose Change, le
documentaire de l’Américain Dylan Avery devenu le
premier blockbuster de l’histoire du web.
Est également apparu un complot inédit qui a un
bel avenir devant lui : celui ourdi par l’Organisation
mondiale de la santé et les compagnies pharmaceutiques
pour engranger des profits – et peut-être tuer des gens
par millions ! – en les vaccinant contre la grippe A(H1N1). On
voit le danger de telles divagations.
Il est inutile d’aborder l’argumentation soutenant ces
théories : elle est sans intérêt.
Tout juste faut-il noter que leurs propagandistes sont souvent
des « polyconspirationnistes » (comme on dit : des
polytoxicomanes). L’auteur Jean-Jacques Crèvecoeur, qui
vend le complot du vaccin, parle aussi de « fait
exprès » au sujet du 11 septembre et soutient que
Barack Obama « n’a pas la nationalité
américaine ». Quant à la plus
récente oeuvre de Meyssan, elle fait du
président Nicolas Sarkozy une créature de la CIA
!
Il y a deux
raisons à cet éclectisme. Un, la
clientèle cible de cette industrie est elle aussi
largement « polyconspirationniste ». Deux, les
médias traditionnels, poussés par la concurrence
de l’internet à diffuser à leur tour ces
théories, en redemandent.
Encore tout cela n’effleuret-il que la surface des choses. Car
la véritable question est de savoir : pourquoi cette
gigantesque business marche-t-elle autant ?
Réponse à un mélange de croyances,
d’ignorances et de phobies, selon les mots de Guillaume
Dasquié et Jean Guisnel, qui ont pourfendu Meyssan dans
L’Ef froyable Mensonge? Révolte de l’esprit à
l’idée que des acteurs insignifiants puissent provoquer
de gigantesques tragédies, comme l’a analysé G
erald Posner dans Case Closed (sur l’affaire Kennedy) ?
Incapacité de s’accommoder d’une part inévitable
de chaos ? Plaisir que procure une confortable «
délinquance » ? Témoignage de haine de
l’Occident envers lui-même ?...
Tout ça à la fois , s a n s doute.
Et on soupçonne alors que, non seulement le complot
construit autour de la grippe A(H1N1), mais tous les autres
qui viendront seront également promis à un bel
avenir.
Une peste, en somme.
Les drôles
d’amigos - ALAIN DUBUC
La rencontre
annuelle des dirigeants des trois pays signataires de
l’ALENA, baptisé le sommet des « Tres Amigos
», n’a pas été très jojo. Le
président mexicain, Felipe Calderon, était
fâché contre Stephen Harper parce que le Canada
exige des visas des visiteurs mexicains. Et ces deux leaders
reprochaient au président Obama le caractère
protectionniste des clauses « Buy American » de
son plan de relance.
Ce n’est pas le fait que les trois pays aient eu des
désaccords lors de leur réunion de cette
semaine à Guadalajara qui pose problème. Il
est inévitable que des pays, même proches
partenaires, aient des différends. Ce qui est
troublant, c’est la nature des chicanes, et ce qu’elles
révèlent. Elles montrent que l’Accord de
libre-échange nord-américain est loin de tenir
toutes ses promesses. Et elles suggèrent que le
continent est à contrecourant de l’histoire.
La comparaison avec l’Europe est toujours gênante.
L’Europe, en plus d’être un marché commun et
une union monétaire, est également un projet
politique. Malgré tous ses problèmes de
croissance, l’Europe est devenue une force internationale,
un bloc économique redoutable et un fascinant creuset
social et culturel. Pendant ce temps, l’Amérique du
Nord a du mal à trouver une cohérence. Ne
parlons même pas de l’intégration des deux
Amériques; la ZLEA n’aura été qu’un
bref rêve. Un traité de libre-échange
entre le Canada et le Panama n’y changera pas grand-chose.
C’est la mobilité des personnes qui illustre mieux
cette différence. Les frontières ont disparu
en Europe. Pendant ce temps, elles se renforcent de ce
côté-ci de l’Atlantique, d’abord avec la
décision des Américains d’exiger un passeport
des visiteurs de leurs deux pays voisins. J’ai
critiqué cette mesure imposée aux Canadiens,
notamment parce que le prétexte, la
sécurité, répondait davantage à
un réflexe de repli sur soi qu’à une
stratégie efficace de lutte contre le terrorisme.
La
décision du Canada d’exiger des visas de tous les
visiteurs mexicains s’inscrit, hélas, dans la
même logique. Un bazooka pour tuer un maringouin. Pour
régler un problème réel, mais mineur,
l’existence de circuits organisés de faux
réfugiés mexicains, facilitée par la
lourdeur de notre système de filtrage des
réfugiés, on a choisi la manière forte.
Le gouvernement Harper aurait pu réduire la pression
par des campagnes d’information au Mexique, par des efforts
pour démanteler les réseaux.
On a plutôt choisi une approche humiliante pour les
Mexicains, qui compromet la qualité de nos relations
avec ce pays, tout en ayant un impact mesurable sur notre
industrie touristique. Cette insensibilité trahit
également une absence de vision continentale,
troublante pour un pays qui devrait diversifier ses
relations.
Il est vrai que les comparaisons avec l’Europe ont leurs
limites. L’ALENA n’a jamais été le point de
départ de la construction d’une entité
politique. C’est une entente commerciale. En outre, les
différences énormes entre les trois pays
signataires, à cause de la taille des
États-Unis et du développement incomplet du
Mexique, limitent le potentiel d’intégration.
Mais même cette fonction purement commerciale est mise
à mal par les sursauts protectionnistes
américains. Lors de ce sommet, le président
Obama a tenté de minimiser l’impact des dispositions
«Buy American». Et sa suggestion de laisser les
provinces, les États et les municipalités
discuter entre eux pour aplanir les obstacles ressemble
à une façon de s’en laver les mains qui n’a
rien de rassurant.
Au-delà de la libéralisation des
échanges, l’ALENA comportait une promesse, celle
d’une ouverture sur le monde, la création d’une
conscience continentale qui permettrait de dépasser
la logique nationale stricte, une façon
d’élargir ses horizons qui incarne la mondialisation
dans ce qu’elle a de noble. Et c’est cela que les querelles
mesquines risquent de compromettre.
Les
erreurs de jeunesse - André Pratte
L’information selon laquelle A nd ré L ava
llée, haut gradé de l’administration Tremblay,
a participé en 1971 aux activités du FLQ
est-elle d’intérêt public? Certainement.
Bien sûr, M. Lavallée n’avait que 19 ans
à l’époque. Bien sûr, il a suivi depuis
un parcours sans tache et, à plusieurs égards,
méritoire. Mais l’erreur de jeunesse est là et
ceux dont M. Lavallée sollicite la confiance ont le
droit d’en être informés.
Toute personnalité publique doit accepter que son
passé soit scruté à la loupe. Ce n’est
pas de la curiosité malsaine. Les gens veulent savoir
à qui ils ont affaire, de même qu’un employeur
voudra prendre connaissance du curriculum vitae de tout
aspirant employé.
Les politiciens le savent fort bien, eux qui
n’hésitent pas à embellir leur parcours
personnel pour se rendre plus séduisants. C’est ainsi
que Pierre Elliott Trudeau a laissé ses biographes le
montrer, dans sa jeunesse, allant déjà
à contrecourant de la pensée nationaliste
conservatrice de l’époque. Dans les archives
personnelles de l’ancien premier ministre, Max et Monique
Nemni ont découvert avec consternation qu’au
contraire, l’étudia nt T rudeau « défend
avec un enthousiasme et une conviction à toute
épreuve des positions idéologiques pour
lesquelles le Trudeau post-1950 va acquérir beaucoup
de mépris».
C’est ainsi
que pour certains, quelques cours universitaires se
transformeront en baccalauréat. Pour d’autres, un
emploi d’été sur un chantier suffira à
fournir de commodes origines ouvrières.
Il va de soi que si un politicien peut embellir son
passé afin d’améliorer ses chances d’avenir,
il est de la responsabilité des médias
d’informer la population de tout décalage entre le
mythe et les faits. Il en est de même si un candidat
préfère taire une partie moins glorieuse de
son passé.
C’est pourquoi – les exemples foisonnent – il est
préférable qu’un politicien fasse preuve
à cet égard d’une transparence
irréprochable. Si M. Lavallée avait fait
état de son «erreur de jeunesse» au
moment où il s’est lancé en politique
municipale dans les années 80, l’affaire n’aurait pas
pris de telles proportions aujourd’hui. Si André
Boisclair avait fait le point sur sa consommation de
cocaïne bien avant la course à la direction de
son parti en 2005, il aurait vécu une campagne moins
mouvementée.
Barack Obama ayant parlé de sa consommation de
drogues dans son autobiographie Dreams From My Father, ses
adversaires n’ont pu le mettre dans l’embarras quand,
plusieurs années plus tard, il s’est lancé
dans la course à la présidence. «Ma vie
est maintenant un livre ouvert, a expliqué Obama. Les
électeurs peuvent décider si les bêtises
que j’ai commises quand j’étais adolescent
pèsent davantage que le travail que j’ai fait depuis.
»
Et
de fait, les électeurs se révèlent
généralement très i ndu lgents à
l ’é g a r d d e s erreurs de jeunesse. Ce qu’ils ne
tolèrent pas, c’est le mensonge et les cachotteries.
SOS service à la clientèle -
Hugo Dumas
Levez la
main si vous avez déjà a) enguirla
ndé u ne incompétente
préposée au service à la
clientèle d’une grande compag n ie de
téléphone, b) hu rlé d’impatience
pendant qu’une voix pseudo rassurante roucoulait que
« ce délai est bien involontaire »,
ou c) crié que vous alliez dénoncer (nom
de cette même boîte de
télécommunications) à l’Office de
la protection du consom mateu r tellement elle traitait
ses clients comme du bétail.
Moi, je coche toutes ces réponses . S ér
ieu sement . L’exé c r able s e r v i c e a pr
è s -ve n t e q u ’o f f r e n t t rop d ’ent re
pr i s e s québé c oi s e s est une vraie
plaie. Parler à un être humain, dans ce
dédale téléphonique kafkaïen,
s’avère aussi compliqué que le texte
sous-jacent de Destinées. Et quand une «
vraie » person ne déc roc he en fi n , zap
! elle nous catapulte vers un autre département,
doté d’un autre système de reconnaissance
vocale, où il faut tout reprendre du
début. Au secours.
Dans un reportage fort éclairant diffusé
hier soir, et que vous pouvez visionner en ligne au www.
radio - ca nada.ca , l’équipe de La facture de
Radio-Canada a révélé que le
service à la clientèle de certains
géants des télécommunications sert
aussi à vendre des produits dérivés
et d’autres cossins. Le but ? Faire gonfler votre
facture et amortir les coûts liés au
maintien d’un coûteux centre d’appels.
En
entrevue avec Pierre Craig, trois ex-employés de
Bell et Vidéotron témoignent à
visage découvert de ce qui grésille au
bout de la ligne. «C’est juste vendre qui est
important», dit l’un d’eux. Ils engagent des
vendeurs, renchérit l’autre. La meilleure
citation du document de La facture? «C’est pas
payant, en tant qu’employé, un client qui chiale,
puis qui est trop compliqué à
comprendre.»
Chez Bell, des agents du service à la
clientèle empochent même des commissions
quand il réussissent à hausser le montant
total de votre état de compte mensuel. Vous
appelez pour signaler un problème technique ou
réclamer de l’aide ? Oubliez ça. L’agent
vous propose une panoplie de nouveaux services – non
sollicités, bien sûr – dans une
conversation ne devant surtout pas dépasser 15
minutes. Sinon, toujours selon La facture, une
lumière rouge clignote et le
préposé se prépare à vous
couper le sifflet. Quand ça devient
compliqué, le but, « c’est de se
débarrasser de vous », souffle un de ces
ex-employés au soutien technique.
Heureusement, les choses s’améliorent. Dans sa
plus récente pub télé, en ondes
depuis le 28 septembre, Vidéotron martèle
son nouveau slogan : « le pouvoir de parler
à un humain rapidement ».
C’est la
pub où un babyboomer, planté devant son
ordi, manque de s’étouffer en entendant une voix
humaine lui répondre au téléphone.
Très drôle, très efficace,
très bien tournée.
Chez Bell, le porte-parole qui a parlé à
La facture, Jacques Bouchard, a quitté
l’entreprise. Sa remplaçante, Claire Fiset,
disait hier que dans le rapport annuel de 2008, le grand
patron de Bell Canada, George Cope, souhaite faire du
« service à la clientèle sa
priorité numéro un». On verra bien.
Toujours dans le milieu du travail, mais à
Télé-Québec cette fois-ci, ne ratez
pas la série documentaire Un monde sans
pitié, dont la première tranche d’une
série de trois a été
diffusée lundi à 21 h. Oui, en même
temps que La galère et Lance et compte. Une case
horaire un peu suicidaire, mais bon.
Ce documentaire, imaginé par Marie-Josée
Cardinal et réalisé par Marie-Julie
Dallaire, pose la question qui tue: pourquoi le travail
gruge-t-il autant d’espace dans notre vie personnelle?
Sommes-nous vraiment plus libres alors que nous
trimballons nos bureaux à la maison et que nos
cellulaires vibrent à toute heure du jour ?
Pourquoi la construction de notre identité se
forge-t-elle uniquement autour de notre boulot ?
Après
avoir goûté à ce Monde sans
pitié, on a le goût de savourer notre lunch
partout sauf devant l’ordinateur, on songe à
tirer le BlackBerry par la fenêtre de la voiture
et on pense à fermer notre compte Twitter pour de
bon. Libérez-nous de la techno!
La télé en chiffres
Gros jeudi de télévision pour TVA.
À 20h, Dieu merci! a intéressé 1
461 000 téléspectateurs et les
débuts du Gentleman ont rivé 1 194 000
fans devant leur poste. À Radio-Canada,
Enquête (412 000) et 3600 secondes d’extase (375
000) n’ont pas fait le poids.
Vendredi, l’émission spéciale de Paquet
voleur, où des vedettes s’amusaient avec
Véronique Cloutier, a récolté une
audience de 749 000 amateurs. Kampaï a
attiré 516 000 curieux.
Dimanche soir, pas de gros bouleversements dans l’ordre
télévisuel mondial, malgré les
correctifs apportés par TVA. Le banquier de Julie
Snyder a glissé sous la barre des 2 millions,
mais demeure l’émission la plus populaire avec
ses 1 990 000 fans. Occupation double 6 a réuni 1
618 000 personnes devant leur télé, tandis
que 1 267 000 autres fréquentaient Tout le monde
en parle. Tout de suite avant, Découverte a
rallié 682 000 téléspectateurs et
Et dieu créa Laflaque est monté à
703 000 personnes.
Benoît qui s’ignorait - YVES
BOISVERT
On le voit le
dimanche avant le lever du soleil, au plus noir de janvier,
qui arrive à l’aréna municipal, sifflet au cou,
bouteilles d’eau à la main, sourire aux lèvres.
On le voit débouler les samedis de juin au terrain de
soccer en rigolant, un filet de ballons à la main.
« O.K., les cocos, oubliez pas, on est là pour
s’a-mu-ser! »
Benoît, c’est le type même de l’animateur
modèle des loisirs municipaux. Gagne ou perd, ça
se fait dans l’honneur et la rigolade.
Ça fait bien six ans que je le croise de parc en
aréna, c’est à croire qu’il a 10 enfants, et
pourtant il n’en a que deux, mais il est toujours à
coacher ici et là.
Mais depuis un an, je ne le reconnais plus. Samedi dernier,
nous étions à Ottawa en famille. Un type passe
en courant. « Salut Yves! »
Qui c’est, ce type? Je fouille dans ma banque de
données : aucune image correspondante. Je bredouille
des excuses.
– Tu ne me reconnais pas, hein?
Il est content qu’on ne le reconnaisse pas, je crois. Il est
habitué, en tout cas. Il a perdu 100lb en un an et
demi.
Benoît était un gros qui s’ignorait.
Il s’ignorait ; je veux dire que, à passer sa vie
à s’occuper des enfants des autres, il ne faisait pas
trop attention à lui. Hot-dog, beigne, poutine, le menu
d’aréna lui allait très bien. On le voyait
gonfler à vue d’oeil, de match en match et de saison en
saison.
Si bien que, sans trop s’en rendre compte, il avait atteint
les 270lb. Pour un type de 5pi7po, ça fait beaucoup
à placer. Mais ça aussi, il l’ignorait.
« C’est fou à dire, je savais que j’étais
gros, mais pas tant que ça. Je veux dire que je ne me
voyais pas gros. Et je pensais que les autres ne me voyaient
pas gros. J’allais à l’aréna dire aux jeunes
d’avoir un mode de vie sain et actif, et je ne me rendais pas
compte qu’ils me voyaient comme j’étais, en bonhomme
Michelin. »
Son médecin lui disait de perdre du poids, mais bof,
tout allait bien, sauf peut-être l’été,
à la plage. Il n’avait aucun problème qu’un
grand t-shirt ne pouvait régler.
Et en 2007, à 41 ans, le matin d’un autre rendez-vous
chez le médecin, avant d’aller se faire dire les
mêmes choses qu’il n’écouterait que
distraitement, il est monté sur le
pèse-personne.
L’aiguille
est sortie de l’écran.
« C’était comme dans les bandes dessinées.
Il n’y avait plus de chiffres ! »
Une demi-heure plus tard, en colère, il est
entré dans le bureau du médecin. « C’est
aujourd’hui que ça se passe. Donne-le-moi, le
numéro de ta nutritionniste. »
Il était temps; le médecin lui avait
diagnostiqué une « obésité morbide
grade 4 ». Ce que ça veut dire, c’est qu’il avait
la pression au plafond et qu’il était une bombe humaine
sur le point d’imploser.
Tout a commencé par l’alimentation. Puis il s’est mis
au mouvement elliptique au gym pendant huit mois, trois,
quatre fois par semaine. En mars 2008, il avait
déjà fondu à en être
méconnaissable. Il a commencé à suivre un
programme de course. Juste pour voir.
Il a si bien vu qu’il a fini par faire le marathon de
Montréal, l’an dernier.
Je l’ai vu peu de temps après. Il s’était
surentraîné et avait couru en 4h45, à
s’écoeurer à jamais de la course à pied.
Aussi, l’autre samedi, quand je l’ai vu en coureur, je ne l’ai
doublement pas reconnu. « Je cours le marathon demain,
je viens repérer le départ. »
Mes enfants ont vu passer leur ancien entraîneur le
lendemain matin. Je ne sais pas s’il les a entendus,
c’était dans le brouillard des derniers
kilomètres. « Vas-y, Ben! Ouais ! »
Il a fini en 3h50, presque une heure de mieux qu’à
Montréal huit mois plus tôt.
On le reconnaît de moins en moins.
Le soir, avant de se coucher, mon plus jeune a bondi dans son
lit et m’a regardé avec des yeux ronds comme l’ancien
Benoît. « Tu sais ce que ça veut dire,
papa, l’histoire de Benoît ? » Qu’est-ce qu’il va
me sortir? – Non. D’après toi? – Ça veut dire
que, dans la vie, il y a toujours de l’espoir!
Et il s’est couché, fier d’avoir trouvé une
morale à l’histoire.
Par fois , oui, par fois c ’est vrai, il y a toujours de
l’espoir. L’impossible est une chose assez mouvante, quand on
y pense.
Et puis c’est incroyable ce qu’un homme joyeusement en
colère peut accomplir.
Pour en finir avec les élections -
Stéphane Laporte
Quatre
élections fédérales en cinq ans : les
28 juin 2004, 23 janvier 2006, 14 octobre 2008 et X
novembre 2009. Et après on se demande pourquoi le
plus meilleur pays au monde n’a pas le vent dans les
voiles ? Pourquoi tout stagne ? Avant, les
élections, c’était les Olympiques. Ça
arrivait tous les quatre ans, ça soulevait les
passions. Maintenant, les élections, c’est
Virginie. Ça fait partie de notre quotidien. Des
élections ? Ah bon, quel jour ? N’oubliez pas de me
le rappeler la veille...
Si on se fie aux élections passées, environ
14 millions de Canadiens vont retourner voter une fois de
plus. Il y en a presque toujours 1 million et demi qui
votent pour le Bloc et 2 millions et demi qui votent pour
le NPD. Il reste donc 10 m illions de Canadiens à
partager entre les deu x g ros pa r tis . O n peut dire
sans se tromper qu’il y a environ 4 millions de
libérau x pu rs et du rs. Scandale des commandites
ou pas, Chrétien, Ma rtin, Dion, Ignatieff ou
Coderre à titre de chef, ils vont voter rouge.
C’est dans leur ADN. Et on peut dire aussi qu’en ce
moment, il y a environ 4 millions de conservateurs conva i
nc us . Que la seu le culture qui intéresse Harper
soit la culture du T-bone, ils s’en balancent, ils vont
voter bleu. Hee Haw ! Il reste donc 2 millions de
Canadiens aux deux. Ils peuvent voter tantôt pour
les libéraux, tantôt pour les conservateurs.
Ce sont eux qui font la différence.
Parmi eux, il y en a au moins la moitié dont
l’idée est déjà faite. Ils sont
déçus par Harper ou Ignatieff ne les inspire
pas. Il reste donc 1 million de votes fluctuants. Le tiers
de ces gens votent pour le gagnant. Ils écoutent
les prédictions et votent du bon bord. Un autre
tiers de ces gens votent pour l’underdog . Ils
écoutent les prédictions et votent du
mauvais bord. Il reste donc le dernier tiers. Un total de
333 000 Canadiens qui n’ont vraiment aucune idée
pour qui ils vont voter en novembre.
Puisque la campagne électorale ne concerne au fond
que cette partie de la population, on devrait les
réunir dans un même endroit. Un peu comme un
conclave. Ce serait écologique. On les loge tous
à Ottawa pendant toute la campagne. Au lieu de
parcourir le Canada d’un bout à l’autre, et de
polluer nos Rocheuses, nos Prairies et nos Maritimes, les
chefs iraient rencontrer les électeurs dans le
stade des Rough Riders. I ls les bomba rderaient de
discours, de brochures et de promesses. Nous, on aurait la
paix. Et on serait en sécurité. À
l’abri des maladies. Non, mais pensez-vous que c’est
brillant de déclencher des élections en
pleine pandémie de grippe H1N1 ! ? Tous ces
conservateurs, libéraux, bloquistes,
néo-démocrates qui vont vouloir nous serrer
la main. Ça va tousser plus que ça va
mentir, ce qui n’est pas peu dire.
De toute
façon , on est ta n nés de devoir toujou rs
choisir entre le même monde qui dit les mêmes
affaires. Je sais que les libéraux ont u n nouveau
leader, ma is Ignatieff, c’est Stéphane Dion avec
des sourcils foncés. Un i ntel lec t uel ,
réf léc h i , au x idées
libérales. Bon d’accord, il parle mieux anglais que
Dion, et mieux le français que Chrétien,
mais il tient le même discours.
Ha r per, c ’est Ha r per, le J.R. canadian. Sauf que son
chapeau de cowboy vient de Calgary au lieu de Dallas. Jack
Layton, c’est le bon Jack et Gilles Duceppe, c’est
l’indépendantiste qui passe son temps à
Ottawa. En un an, ils n’ont pas changé personne.
C’est de la torture mentale de nous obliger de se les
taper encore durant toute une campagne électorale.
Comment faire pour sortir du jour de la marmotte
parlementaire ? Comment régler le cul-de-sac de la
politique canadienne ?
Êtes-vous conscients que le prochain gouvernement
canadien a toutes les chances d’être encore m i
norita i re. Ça veut dire quoi ? Ça veut
dire cinq élections fédérales en six
ans. Il y a comme un problème quand un jeune de 24
ans a déjà voté cinq fois au
fédéral.
Il faut c ha nger le système. J’ai une idée.
Chaque Canadien ne devrait avoir le droit de voter au
fédéral qu’une seule fois en quatre a ns. T
u as voté en 2 0 0 8 , désolé, tu ne
peux pas voter en 2009, tu vas devoir attendre en 2012.
Comme ça, ce ne serait pas toujours les mêmes
gens qui votent, et ce ne serait pas toujours les
mêmes résultats. À défaut
d’avoir de nouveaux candidats, on aurait de nouveaux
votants. Il y a 24 millions d’électeurs inscrits,
si 14 millions se sont prévalus de leur droit de
vote en 2008, il en reste toujours bien 10 millions qui
sont restés chez eux. Ce serait leur tour cette
année. Ils ne peuvent pas faire pire. Les
électeurs qui votent tout le temps sont tellement
divisés que le pays est devenu ingouvernable. Les
électeurs recrues sont peut-être plus
solidaires. Tout nouveau, tout beau, peut-être
réussiront-ils à donner une direction au
Canada. On va à gauche, on va à droite, mais
on va quelque part !
Il y a donc deux proposition s su r la t a ble : s oit
qu’on achale seulement les 333 0 0 0 i ndéc is ,
soit que ce sont ceux qui s’abstiennent qui se prononcent.
Les autres sont usés. On n’est plus capable. On est
sur le bord du burn-out politique. La seule pensée
de voir les grosses faces de t ou s les candidats sur des
pancartes me rend dépressif. Je vais envoyer cette
chronique au sénateu r Jacques Demers. Je suis
certain qu’il va faire ava ncer le dossier. I l sa it bien
qu’il y a des choses plus importantes que les maudites
élections fédérales. Ce que l’on veut
vraiment savoir, ce n’est pas qui sera le prochain PM du
Ca nada , c ’est qui sera le prochain capitaine du
Canadien.