Famille,
naissances et enfants...
| LA PRESSE & COMPAGNIE |
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La
garderie, c'est fait pour les parents
L’improbable
cohabitation
Le
secret du bonheur danois
Envoyer
nos enfants à la garderie parce que le marché nous
appelle
Des médecins dépassés par l’enfance ?
Aimez
vos enfants, tout simplement
Family breakdown is one cause of our economic woes
À
L’ÉCOLE DÈS ... 3 ANS
Au pays de Baby Einstein
Les besoins du parent, pas de l’enfant
Moins de culpabilité, plus de conciliation
LE TRAVAIL DES PARENTS
Une maison de répit pour vous et moi ?
La
courte
vie
d’une maison d’accueil
LE
DESTIN
DES
ENFANTS
DE L'EST
Tories’ income splitting another nail in tax coffin -
Jeffrey Simpson
Le temps d’y penser
Un
vestige
gênant
Adoption
« C’EST COMME SI ON ACHETAIT NOS BÉBÉS »
... et DPJ
Vers l’adoption ouverte
Priorité aux liens biologiques
Good
news, parents, teens do listen to you
«
1000 fois plus grave » dans la réalité
Dehors,
mon enfant!
Raising age of sexual consent doesn’t protect youth at
greatest risk: study
Conciliation
travail-famille - Un tribunal tranche en faveur d'une
employée
Santé
- Les bébés dorlotés font des adultes moins stressés
Tolérance,
écoute et autonomie font les parents d'aujourd'hui
L'autorité
sans la fessée
Au
parc sans mes parents
Des
prématernelles débordent
Un petit écran nuisible aux tout-petits
Être
parent, ça s'apprend
Faire une croix sur sa famille
8
millions de Québécois... en 2012
Pourquoi, déjà, a-t-on des enfants ? -
MARIE-CLAUDE LORTIE
SE
FAIRE PLAISIR - Isabelle Hachey
LE PRIX D’UN ENFANT -
Isabelle Hachey
Garderies au Québec: un portrait obsolète
Les orphelins haïtiens s'adapteront bien, croit le Dr
Chicoine
ENCORE PLUS LABORIEUX - Sylvie
Martel
Garderies et liberté
Et si l'on parlait un peu de nos chères garderies
?...
DES PLACES RÉSERVÉES EN ÉCHANGE DE 5000$
« CE N’EST PAS JUSTE »
Favoritisme universel
Québec refuse d’intervenir
Garderies et parents broche à foin
Ouvrir une garderie à Montréal : un jeu d’enfant
« Plus la peine de chercher! »
Discrimination
et
favoritisme dans les garderies à 7$
On
en
a besoin!
À
quand les nouvelles places?
Parents
en congé: le système des garderies est absurde
MAMAN
COINCÉE - Annie Lafrenière
Mieux
préparés à l’école, les enfants des CPE ? -
Marie Allard
Inégalités sociales et CPE -
Judith LaChapelle
DES BAMBINS DISCRIMINÉS - Ariane Lacoursière
CPE et discrimination : Le ministre promet des
changements
Avant
de
lancer la pierre... - Julie St-Hilaire
Le métier le plus ingrat - Andrée
Germain
Compliqués, les amis ! -
Alexandra Samson et Anne-Marie Grémeaux
Pour
en
finir avec la varicelle - Sylvia Galipeau
La relâche pour tous - Nathalie Collard
À la recherche
de l’ennui - Marie-Claude Lortie
LE CASSE-TÊTE DES PARENTS - Violaine Baillivy
La recherche et les camps de jour - Mathieu
Perrault
Des
vacances
pour tous les budgets
JEUNES
CAMPEURS RECHERCHÉS
L’été, c’est fait pour réviser?
- Sylvia Galipeau
La mère, ce mammifère - Nathalie Collard
Le paradoxe de la femme-mère
Le taux d’activité des mères dépasse 80%
Bébé
ou CV? - Nathalie Collard
Adieu boulot! Bonjour biberon!
Les hommes et leurs congés à travers le monde
L’IMPLICATION
DU PÈRE À LA LOUPE
PÈRES
D’HIER, PÈRES D’AUJOURD’HUI - Sylvia Galipeau
Histoire de pères et de pêche -
Sylvia Galipeau
La trame sonore de mon père -
Stéphane Laporte
Le dinosaure « rose » - Mario Roy
Les « pères malgré eux »
s’expriment - Mathieu Perrault
EMBÛCHES
AU FOYER? - Marc Tison
PLANIFICATION
DE NAISSANCE - Marc Tison
Le couple dans tous ses états
Se
«caser» ou se marier?
Le mariage d'amour
Horloge biologique
Des
grossesses tardives plus risquées
De très sages
femmes
Mythes
et réalités de la maternité - Mathieu Perrault
Je
suis ta mère, pas ta copine - SYLVIA GALIPEAU
La
famille dans tous ses états - Sylvia
Galipeau
VIVRE
AVEC LUI... ET ELLES - Vivre en polygamie...
Direction
Cour suprême? - Criminalisation de la polygamie
Clinton
s’enflamme devant le Congrès
Ottawa
se défend d’empiéter sur la juridiction des provinces - PROCRÉATION
ASSISTÉE
Un
bébé, quels parents ?
Éthique
et utérus NATHALIE COLLARD
Fausses mères porteuses, mais vraies fraudeuses
C’est du trouble, mais...
- Patrick Lagacé
Des
enfants paient la note de la crise - Caroline
Touzin
La nouvelle loi améliore l’efficacité de la DPJ -
Caroline Touzin
Père
malgré
lui - Judith LaChapelle
Rapt
d'enfant : un geste souvent prémédité...
Papa est en dépression - Nathalie Petrowski
Lacets ou velcro? - Agathe
Melançon
LES ANTINATALISTES - Isabelle Hachey
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'I'd
like to have seen you,' my mother says, 'but it's not as
important as people think'
The
nightmare
gender
gap
The right to bear children and, of course, we'll pay
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Le Monde selon Tippi
1997
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Pourquoi, déjà, a-t-on des enfants ? -
MARIE-CLAUDE LORTIE
Avez-vous
entendu , au printemps dernier, l’entrevue extrêmement
touchante que Julie Snyder a accordée à Christiane Charrette
où elle expliquait pourquoi elle avait décidé de prendre la
défense des couples infertiles ?
Moi je me rappelle l’avoir écoutée, car cela m’avait clouée à
mon fauteuil dans ma voiture, garée à un carrefour glauque.
J’avais été secouée par cette femme toujours forte et parfaite
et prête à remuer mer et monde et qui était là, soudainement,
prise d’un sanglot immense en parlant de son parcours pour
avoir un enfant.
Oubliez le glamour de Star Académie, les millions de son
conjoint, sa carrière internationale. Oubliez tous les succès
de l ’a nimatrice adorée des Québécois. Parlait à la radio une
femme qui avait eu beaucoup de difficulté à tomber enceinte et
se confiait en perdant ses filtres…
« Ça doit être mes hormones », a dit Julie comme s’il fallait
qu’elle se fasse pardonner.
C’est à Julie que j’ai pensé en lisant la série de ma collègue
Isabelle Hachey publiée ce week-end dans La Presse et qui
demandait pourquoi tous ces Québécois recommencent à avoir des
enfants après le creux des années 70, 80, 90…
J’ai pensé à elle, car si vous voulez savoir pourquoi on fait
des enfants, allez voir des couples qui en veulent et
n’arrivent pas à en avoir.
Allez les entendre hurler ou chuchoter leur désespoir,
écoutez-les vous raconter les mille tortures physiques et
émotionnelles qu’ils ont subies pour atteindre leur objectif
ou se heurter à un mur. Écoutez ceux qui sont passés par les
cliniques. Et ceux qui n’ont pas eu les moyens d’aller voir
les spécialistes et ont essayé autant comme autant avec les
moyens du bord.
Là, en quelques secondes, vous c omprendrez que ce désir est
totalement irrationnel et totalement transformateur. D’une
colombe, il fait une lionne.
Oubliez toutes les bêtises qui ont été écrites ces dernières
années pour dire que les femmes voulaient des enfants, car
c’est actuellement à la mode parmi les stars ou leurs
voisines. Oubliez la pression sociale, oubliez la tradition,
oubliez même le supposé trop-plein d’amour à donner… Vouloir
un enfant est un besoin inexplicable qui ressemble au besoin
de l’humanité d’aller sur la Lune. Pourquoi? Parce que c’est
là, puissant et incontournable.
OK, certains ne l’ont pas. Soit.
Mais pour les autres, la très vaste majorité que sont les
autres, vouloir un enfant, c’est vouloir être.
Le problème
qui a assommé les pays développés durant les années suivant le
baby-boom, ce n’est pas tant une diminution de ce désir
d’enfant qu’un ajustement laborieux de la société face à la
réalité biologique de la procréation.
Après la Révolution tranquille (et après l’époque Mad Men au x
États-Unis), l es femmes se sont retrouvées sur le marché du
travail, à la recherche du bonheur et de l’accomplissement
hors des anciens schèmes – ce qui faisait bien fait l’affaire
de la société de consommation… – pendant des années de leur
vie autrefois consacrées à la reproduction.
Socialement, professionnellement, économiquement, tout
poussait les femmes à travailler et en même temps, tout
militait contre la conciliation travailbébé. On commence à
peine à s’en sortir et à trouver des voies sensées pour
ajuster la société à la biologie et permettre ce nouveau
mini-baby-boom.
Mais l’ajustement biologique doit aussi être considéré. En
matière de fertilité, les courbes étant claires et le temps
jouant surtout contre les femmes, le report des grossesses à
plus tard amené par l’intégration des femmes sur le marché du
travail a ouvert tout un autre front: celui de la recherche de
solutions médicales – l’aide à la procréation – à de nouvelles
réalités sociales.
En ouvrant la porte à une couverture par l’assurance-maladie à
certains traitements contre l’infertilité, le gouvernement du
Québec a décidé de faire un pas pour aider la biologie à
s’ajuster à la société de la même façon qu’il encourage la
société à s’ajuster à la biologie, avec ses programmes de
garderies à 7$ et ses congés de maternité.
La couverture des traitements in vitro, notamment, est un pas
intéressant. Le changement à la loi a été annoncé au printemps
et actuellement, on attend le rapport de la Commission
d’éthique de la science et de la technologie du Québec pour en
établir la réglementation. Mais dans la mesure où tout cela
est encadré rigoureusement, le financement de ce programme est
logique. I l participe à notre ajustement collectif à la
réalité actuelle.
En revanche, doit-on compter uniquement sur la science
médicale pour venir répondre, in extremis, à ce désir d’avoir
un enfant?
Ou n’y a-t-i l pas encore d’importants changements de
mentalité à opérer, dans les entreprises pour commencer, mais
dans l’organisation entière de la société, pour qu’il soit
encore plus réaliste d’avoir des enfants sans que cela ne
relève du funambulisme ou d’un aller simple vers la pauvreté?
Car ici, grâce à nos programmes sociaux efficaces – notamment
le programme de garderies – on a réussi à faire de grands pas
pour dissocier maternité et pauvreté, mais aux États-Unis, une
étude publiée la semaine dernière dans le Washington Post
montrait qu’avoir des enfants oblige bien des femmes peu
éduquées à rester à la maison et donc à se priver de revenus
importants pour leur famille.
Dieu merci, au Québec ces scénarios sont de moins en moins
présents.
Est-ce parce qu’on a compris qu’avoir un enfant ce n’est pas
un luxe ni un style de vie. C’est exister, tout simplement?
SE FAIRE PLAISIR - Isabelle Hachey
On ne fait
plus le don de la vie ; désormais, on s’offre un enfant. C’est
le constat auquel est parvenu Philosophie Magazine, au
printemps dernier, après avoir interrogé de grands penseurs et
mené un sondage auprès des habitants de l’Hexagone.
Pas moins de 60% des Français estiment qu’ « un enfant rend la
vie de tous les jours plus bel le, plus joyeuse ». Enjoliver
sa propre existence est d’ailleurs la toute première
motivation à engendrer.
« Il y a de l’égoïsme dans la décision d’avoir un enfant »,
constate Alexandre Lacroix, rédacteur en chef du magazine. «
On le fait pour soi, pour se faire plaisir. Un enfant, c’est
comme une sorte d’animal de compagnie, en mieux. »
À l’ère de l’individualisme et du rejet des traditions, tous
les Français ont embrassé cette « révolution de l’enfant du
désir », quel que soit leur sexe, leur classe sociale ou leur
niveau d’étude, souligne M. Lacroix, qui voit dans ce
phénomène une « privatisation hédoniste de l’enfantement ».
Tout porte à
croire que les Québécois, eux aussi, ont sauté à pieds joints
dans cette révolution. « Quand on fait des enfants, on ne les
fait pas pour la société, ni à la rigueur pour l’enfant
lui-même. On les fait pour soi », affirme Irène Krymko-Bleton,
psychanalyste et professeur à l’UQAM qui a beaucoup étudié le
désir d’enfant.
« Je n’ai pas encore rencontré quelqu’un qui, de façon
désintéressée, aurait fait des enfants pour offrir la vie,
poursuit-elle. Il y a toujours des motivations profondes liées
à nous-mêmes. Elles peuvent être très positives pour l’enfant,
qui doit en effet s’inscrire dans le désir de ses parents.
Mais ça peut devenir négatif quand on fait un enfant pour
compenser notre vie malheureuse, notre solitude. On demande
alors à l’enfant de répondre à nos besoins plutôt que de
répondre aux siens. »
Si l’on fait des enfants par égoïsme, on est prêt à sacrifier
pour eux temps, argent et petits plaisirs en quantité
industrielle. C’est le grand paradoxe de cette histoire. « On
fait des enfants pour soi, puis on découvre qu’ils demandent
beaucoup d’investissement, qu’il faut s’oublier un peu » ,
rema rque Mme Krymko-Bleton.
Adieu les soirées en amoureux et les sorties impromptues au
cinéma. Bonjour les couches, les pleurs et les virées
obligatoires au parc. À la revendication hédoniste se mêle
l’abnégation la plus totale. Ainsi conclut Philosophie
Magazine : « Véritable ruse de la morale, la procréation
conduit l’ego à se dépasser en croyant se satisfaire. »
LE PRIX D’UN ENFANT - Isabelle Hachey
Avoir un
enfant, ça n’a pas de prix. Enfin… façon de parler. Entre les
cours de piano et l’attirail de hockey, les parents savent
bien qu’en réalité, leur progéniture coûte cher. Très cher.
Selon les estimations, pour une famille québécoise moyenne, la
facture liée au premier enfant s’élève à 10000$ par an.
Lorsqu’il aura atteint sa majorité, fiston aura donc coûté 180
000$ à ses parents.
Cela dit, que les Québécois se consolent : nulle part au monde
n’est-il plus facile d’avoir des enfants – du moins, d’un
point de vue strictement financier, selon une étude réalisée
en novembre 2008 par Luc Godbout, professeur de politiques
fiscales à l’Université de Sherbrooke.
Grâce à sa politique familiale généreuse, le Québec permet aux
parents de moins dépenser pour leurs enfants que ceux du reste
du Canada. Les États-Unis, la France et même les pays
scandinaves, pourtant réputés pour leurs politiques sociales,
ne font pas mieux que la Belle Province, selon l’étude.
Garderies à
7$ par jour, soutien financier bonifié, régime d’assurance
parentale offrant une meilleure couverture aux travailleurs :
les différentes mesures adoptées par le gouvernement depuis
une décennie ont contribué à faire du Québec un véritable «
paradis pour les familles », selon M. Godbout.
Par exemple, grâce aux garderies subventionnées, les Québécois
ne consacrent que 2% de leurs revenus nets en frais de garde,
comparativement à 6% en Suède, 12% dans le reste du Canada et
20% aux États-Unis.
« Avec un revenu de 75 000$, une famille québécoise
représentative de la classe moyenne a vu son soutien financier
en dollars constants doubler entre 2000 et 2008 », estime M.
Godbout. Pour cette famille, au bout de 18 ans, l’État aura
assumé 31% des dépenses engendrées par ses deux enfants.
Est-ce à dire que le Québec est le meilleur endroit au monde
pour faire des enfants ? M. Godbout n’ose pas répondre par
l’affirmative. Après tout, le bonheur d’enfanter ne se limite
pas à une simple question d’argent. « J’ai vécu deux ans à
Bamako, au Mali, raconte l’économiste. Là-bas, malgré la
pauvreté, des enfants malheureux, ça ne semblait pas exister.
»
ENCORE PLUS LABORIEUX - Sylvie Martel
Plutôt que
d’adopter des enfants d’ici, les parents se tourneront
davantage vers l’international
L’auteure est la mère adoptive d’une fillette. Elle signe
une lettre ouverte adressée à la ministre québécoise de la
Justice, Kathleen Weil, qui a déposé récemment un
avantprojet de loi proposant de nouvelles formes
d’adoption. J’aimerais comprendre ce qui vous motive de
déposer un avant-projet de loi sur l’adoption qui
donnerait quatre parents à l’enfant adopté au Québec.
Rassurez-moi et dites-moi que votre intérêt est celui de
lancer un débat sur l’adoption au Québec. Sachant
qu’adopter ici est plus long et plus laborieux qu’à
l’international, on ne peut en tant que ministre de la
Justice vouloir qu’alléger les lois et rendre l’accès à
l’adoption de nos enfants d’ici plus facile et plus
invitant.
Je suis une maman adoptive d’ici et les commentaires des
gens sont les suivants: « On peut adopter au Québec ? ! »
ou « Il y a des risques qu’on reprenne l’enfant, je
préfère aller l’international » . Et là Mme Weil, avec
l’application de cette nouvelle loi, vous allez faire fuir
davantage les adoptants.
C’est une loi qui demanderait beaucoup trop d’amendements
cas par cas. Pensez à tous ces parents biologiques qui ont
de sérieux problèmes : incarcération, consommation de
drogues, violence, déficience, et la liste est longue.
Pourquoi ?
Votre volonté d’imposer une nouvelle loi devrait en être
une pour faciliter l’accès à l’adoption chez nous. Nos
enfants qui ne trouvent pas de famille adoptive finissent
souvent par se retrouver dans ces centres d’accueil que
l’ONU a pointés du doigt il n’y a pas si longtemps. Pour
le bien de qui ? Les professionnels le confirment, la
stabilité est essentielle pour un enfant. Alors quoi, vous
les croyez stables ces parents qui n’ont plus droit à la
garde de leur enfant?
Comment
expliquer cette situation à un jeune enfant? « Ma chérie,
tu as tes parents à la maison et des parents biologiques
qui ne peuvent s’occuper de toi, mais peuvent te voir
quand ils le désirent » ?
Soyons logiques et travaillons sur une loi pour le bien de
l’enfant, et non sur le renforcement de cette loi qui
privilégie les liens de sang contre toute logique et qui
bloque ou ralentit le processus d’adoption au Québec.
Si cette nouvelle loi entre en vigueur et qu’il y a
litige, la loi sur le lien de sang donnerait raison aux
parents biologiques. Il n’est pas acceptable qu’adopter au
Québec soit plus compliqué qu’à international !
Je fais appel à votre logique et à votre coeur. L’avenir
et le présent d’une société passent par ces enfants, ils
ont besoin que nous, adultes, se tenions debout. Soyons
une société civilisée qui encourage l’adoption d’ici.
MAMAN
COINCÉE - Annie Lafrenière
En congé de
maternité, elle doit envoyer son bébé en garderie à l’avance
pour s’assurer d’une place
En ce début du mois de septembre, je viens tout juste d’aller
reconduire mon bébé de 6 mois à la garderie et ça ne me fait
pas plaisir. Mais j’y suis obligée, même si mon congé de
maternité se termine uniquement à la fin du mois de janvier
2010.
PHOTO FOURNIE PAR LA FAMILLE
Annie Lafrenière est en congé de
maternité jusqu’au mois de janvier... mais sans bébé. Le
petit Rafaël (6mois) est à la garderie, avec son frère Félix
( 3 ans).
Mon plus vieux de 3 ans va à la garderie depuis qu’il a 1 an,
un CPE en milieu familial extraordinaire à cinq minutes de la
maison. Les deux éducatrices sont géniales et il adore sa
garderie !
Comme toutes les mamans, j’ai averti ma garderie dès que j’ai
su que j’étais enceinte, que j’aimerais éventuellement avoir
une place à cette même garderie pour ce deuxième enfant. Nous
avons eu un deuxième garçon en février dernier, il vient donc
tout juste d’avoir 6 mois.
Théoriquement, je retourne travailler à la fin du mois de
janvier et c’est à ce moment que j’aurai besoin d’une place en
garderie. Cependant, c’est maintenant qu’il y a une place
libre. Il y a neuf places à notre garderie et une ou deux
places se libèrent chaque année en septembre lorsque les plus
vieux s’en vont à l’école. La responsable de la garderie m’a
gentiment offert la place disponible en priorité, puisque j’ai
déjà un garçon qui fréquente sa garderie. Euh… oui, bien sûr
que je la veux! Sinon, qu’estce que je fais? Je croise les
doigts pour qu’un enfant déménage au mois de janvier?! Je
cherche une autre garderie et je refais les 60 téléphones que
j’avais faits pour trouver une garderie à mon premier? Et
faire deux garderies matin et soir, c’est du sport!
C’est
d’accord, nous prenons la place en septembre! Cela implique
que nous payons une place temps plein, c’est-àdire 35$ par
semaine. Non, c’est n’est pas cher et on se considère chanceux
d’avoir des places à 7$. Mais c’est cher quand on n’en a pas
besoin. Aussi, il n’est pas possible de payer la place et de
ne pas envoyer l’enfant. Il doit être présent, au début
quelques jours par semaine (entrée progressive) et bientôt, à
temps plein. Sinon, on enlève une place à quelqu’un qui en a
besoin et ça, je le conçois.
Mais que faire ? Oui, je prends la place de quelqu’un qui en
aurait besoin là, mais en janvier, si je n’ai pas de place, je
ne serai pas plus avancée. Plusieurs parents sont dans la même
situation et je n’ai encore entendu personne tenter sa chance
qu’une place se libère à leur garderie au moment voulu.
Le système québécois de garderies ne tient absolument pas
compte de la réalité des familles. Sa structure est
défaillante, sa flexibilité inexistante et son accès est très
difficile. Nous sommes stressés, frustrés, découragés sans
parler du sentiment de culpabilité qui nous habite en envoyant
un enfant qui vient à peine de commencer les purées en
garderie. Pourquoi ne pas prendre exemple sur les écoles
primaires: dans ce cas, on ne se pose pas de questions, on
sait que notre enfant ira à l’école de notre quartier!
Pourquoi ne pas faire la même chose avec les garderies?
Alors, voilà! Je suis en congé de maternité jusqu’en janvier
sans bébé! Je suis à la maison, mais il n’est pas possible de
garder mon bébé avec moi puisque sinon, je n’aurai pas de
place à la garderie à mon retour au travail. Je songe donc à
retourner plus tôt au travail. C’est triste, surtout
d’entendre de grands psychologues nous rebattre les oreilles
en nous disant que la place d’un bébé est à la maison. Je veux
bien, mais le système en décide autrement.
Mieux préparés à l’école, les enfants des CPE ?
- Marie Allard
Stimulés
depuis la poupon n ière, les en fa nts des centres de la
petite enfance (C PE) ont-ils une avance insurmontable sur les
autres quand ils arrivent à l’école ? Plusieurs enquêtes
laissent croire que oui.
Les « scores de développement cognitif » des enfants qui
fréquentent un service de ga rde str uc tu ré (C P E , ga
rderie, m ilieu fa m ilia l) sont « significativement plus
élevés » que ceux des autres (halte-garderie, garde par un
proche, aucune garde), indique une étude parue dans la Re vue
de psychoéducation en 2008.
P ire : les enfants qui ne fréquentent aucu n service de ga
rde ont des tau x de « comportements internalisés
problématiques » et « externalisés limites » supérieurs à la
population en général, selon une autre étude qui vient d’être
publiée dans la revue Enfances, familles, générations au
printemps 2009.
Ma is la réa lité est plus nuancée. « Toutes les données
internationales le montrent : pour les enfants vulnérables ou
défavorisés, le service de garde fait une grande différence,
dit Nathalie Bigras, professeure au département d’éducation et
de pédagogie de l’UQAM et coauteure des deux études. Mais pour
les enfants qui sont déjà dans un milieu stimulant et
encadrant, être à la maison n’est pas un problème. »
L’âge fait une différence
Geneviève
Deschênes, prof au primaire et mère de trois enfants, est du
même avis. Sa fille de 5 ans « est plus que prête » à entrer
en maternelle cette semaine, assure-t-elle. Même si la petite
ne s’est fait garder qu’à temps partiel en milieu familial.
L’avantage CPE, Mme Deschênes n’y croit pas. Selon elle, c’est
plutôt l’âge de l’enfa nt qui « fait une énorme différence
dans la maturité et le désir d’apprentissage » des petits.
Ceux qui ont presque 6 ans (nés en octobre ou en novembre) ont
une vraie longueur d’avance sur ceux qui sont nés l’été.
« Pa r contre, les en fa nts qui proviennent de milieux cultu
rellement défavorisés sont très avantagés dans leur scolarité
s’ils fréquentent un milieu de garde stimulant », indique
l’enseignante.
Programme éducatif complet
Surtout que les CPE ont des programmes éducatifs très
structurés, amorçant l’alphabétisation, la classification,
travaillant la motricité fine. « Mais la préparation à
l’école, ce n’est pas de savoir telle ou telle chose, souligne
Nathalie Bigras. C’est plutôt d’avoir baigné au quotidien da n
s u n env i ron nement grâce auquel on a appris à communiquer,
à gérer différentes situations, à se situer dans le temps. »
« On se fait souvent dire que ça doit être plus facile avec
les enfants qui arrivent des CPE, dit Viviane Poirier,
enseignante en maternelle depuis 13 ans. Mais on oublie qu’ils
ont 5 ans, eux aussi ! Chaque chose se fait à son âge. Si on
essaie de faire faire une boucle à un enfant de 3 ans et qu’il
n’est pas prêt sur le plan moteur, ça ne marchera pas. »
E n généra l , les en fa nts sont prêts à entrer en
maternelle, assu re M m Poi rier. « L’important est de tisser
un lien de confiance avec eux, souligne-t-elle. C’est ça qui
fait en sorte qu’ils vont bien fonctionner. »
Inégalités sociales et CPE
- Judith LaChapelle
Dessiner des petits monstres verts avant d’apprendre à
compter
Àpremière vue,
ce ne sont que des tout-petits qui barbouillent des monstres
verts ou qui chantent une comptine qui parle d’éléphant sur
une toile d’araignée. Mais Manon Bonin, elle, y voit autre
chose : de futurs écoliers qui apprendront à lire et compter
en même temps que les autres. Ce qui n’était pas évident à
leur arrivée aux Enfants de l’espoir.
PHOTO PATRICK SANFAÇON,
ARCHIVES LA PRESSE
Les études le confirment : les enfants
qui n’ont pas fréquenté une garderie ont plus de difficulté
à suivre le rythme une fois à l’école. Et les enfants de
milieux défavorisés sont moins susceptibles de fréquenter
une garderie que les autres.
La dizaine d’enfants âgés de 18 mois à 4 ans qui font leur
rentrée ces jours-ci aux ateliers de la «petite école» des
Enfants de l’espoir, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve,
ne sont pas moins intelligents que la moyenne. «Mais ils ont
déjà un retard dans leur développement », dit Mme Bonin, la
coordonnatrice. Des enfants, majoritairement de milieux
défavorisés, qui, à 3 ou 4 ans par exemple, parlent peu,
frappent et crient, n’utilisent pas d’ustensiles, sont
toujours aux couches et ne veulent pas lâcher leur sucette.
Des enfants qui, à coup sûr, ne seront jamais prêts à entrer à
la maternelle à 5 ans.
L’équipe de Manon Bonin les rattrape à temps. L’an dernier,
quatre enfants de la « petite école» sur cinq ont pu intégrer
une classe régulière de maternelle. Celui qui n’y est pas allé
souffre d’une condition psychologique qui demande un suivi
particulier. «Je pense à un petit garçon qu’on a reçu ici
quand il avait deux ans et demi, raconte Mme Bonin. Il était
sous-stimulé. Aujourd’hui, il a 8 ans, il a quelques problèmes
de comportement parce qu’il manque de discipline à la maison,
mais à l’école, il pète des scores!»
Les études se succèdent et ne cessent de le confirmer: les
enfants qui n’ont pas fréquenté une garderie – qu’il s’agisse
d’une halte-garderie, d’un centre de la petite enfance (CPE)
ou des activités régulières de socialisation – ont plus de
difficulté à suivre le rythme une fois à l’école. Et les
enfants de milieux défavorisés sont moins susceptibles de
fréquenter une garderie que les autres.
Pourtant, la création des CPE visait justement à offrir des
services de garde abordables et de qualité pour réduire les
inégalités sociales. Alors pourquoi les pauvres
fréquentent-ils moins les CPE?
Les réponses sont multiples. Mais la première est celle qui
vaut pour tout le monde: il manque de places. «Nos parents ne
sont pas différents des autres, ils n’ont pas besoin d’être
convaincus des bienfaits du CPE, au contraire», dit Merlaine
Brutus, de l’Entraide bénévole Kouzin Kouzin, qui travaille
surtout avec une clientèle immigrante.
Les parents de la classe moyenne – qui, déjà, savent qu’il
faut s’inscrire sur les listes d’attente dès la conception de
l’embryon, ou presque ! – enverront leurs enfants au privé, le
temps d’obtenir une place à 7$ par jour. Une option impensable
pour une mère de famille monoparentale sur l’aide sociale.
«Même à 7$ par jour, c’est déjà trop cher pour certaines
familles », souligne Manon Bonin.
Des programmes
existent pour permettre à un enfant défavorisé, recommandé par
un travailleur social, de fréquenter gratuitement un CPE, ou à
un parent d’obtenir une place subventionnée réservée lorsqu’il
suit une formation professionnelle. Mais pour les autres, les
places à temps plein abordables sont rares.
Routine et confiance
Les parents à la maison souhaitent souvent pouvoir envoyer
leurs enfants à la garderie à temps partiel, une formule
difficile à gérer pour les CPE. Des parents mieux nantis
choisissent de payer une place à temps plein, même si l’enfant
ne fréquente la garderie que trois jours. «Mais des gens
défavorisés ne peuvent pas payer les deux ou trois jours où
l’enfant ne va pas au CPE», dit Jean-Marie Miron, professeur
au département des sciences de l’éducation à l’Université du
Québec à Trois-Rivières. Alors, ils n’y vont pas.
Et puis, des parents désorganisés peinent à se plier aux
règles d’un CPE. Les heures d’arrivée et de départ des enfants
sont strictes… comme elles le seront à l’école, d’ailleurs.
«Les parents qui ne travaillent pas ne sont pas habitués à une
routine. L’enfant va se coucher tard, se lever tard», dit
Hélène Laramée, de l’organisme Poussons-Poussettes du quartier
Centre-Sud. «Ils vont nous dire: "Mon fils ne s’est pas levé à
temps, il ne faisait pas beau dehors, ça lui tentait pas de
venir ce matin…" À l’école, l’enfant ne pourra pas décider
s’il a envie d’y aller ou non!»
À cela s’ajoute une méfiance de certains parents envers le
«système», travailleurs sociaux et Direction de la protection
de la jeunesse (DPJ). «Ils se disent: "Si je dis que j’ai des
problèmes avec mon enfant, est-ce qu’ils vont appeler la
DPJ?"» dit Hélène Laramée.
Pou r toutes ces raisons, les CPE ne sont pas toujours la
meilleure réponse aux besoins des défavorisés. Alors, quoi?
«Je ne dénigre en rien les CPE, mais notre travail n’est pas
assez reconnu», dit Hélène Laramée. Jean-Marie Miron est
d’accord. «Les CPE ne sont pas toujours équipés pour aider les
parents en difficulté, mais les organismes communautaires
familiaux le sont.»
Plus qu’un bouche-trou en attendant une place en CPE, les
organismes communautaires travaillent beaucoup avec les
parents. Kouzin Kouzin rencontre des parents à la maison pour
leur enseigner à stimuler leurs tout-petits. Les Enfants de
l’espoir organisent des séances parents-bébé pour briser
l’isolement des grands et stimuler les petits. D’autres
organisent des cuisines collectives de purée pour bébé ou
offrent une halte-garderie où le parent peut déposer l’enfant
pendant quelques heures. Mais tous les organismes disent ne
pas pouvoir répondre à la demande.
Et par-dessus tout, tous disent que pour prévenir le
décrochage scolaire, il ne suffit pas de prendre en charge
l’enfant. «On veut bien pédaler, mais il faut que le parent
nous aide», dit Manon Bonin. Ceux des Enfants de l’espoir
doivent impérativement faire un effort pour prendre leur rôle
de parent au sérieux. «On n’en serait pas là si la société
n’avait pas tant materné les parents.»
DES BAMBINS DISCRIMINÉS - Ariane Lacoursière
Si votre
enfant est né au printemps 2008, il est plus susceptible
d’occuper une place en garderie réservée aux bébés de moins
de 18 mois plus longtemps que prévu. Résultat : il prive des
CPE de subventions bonifiées. À moins qu’on lui refuse
carrément l’e
Karen Lafleur, une maman du quartier Villeray à Montréal, a
accouché de sa petite Charlotte au mois de j uin 20 08. Un
an plus tard, alors qu’elle s’apprêtait à retourner au
travail, Mme Lafleur a intensifié sa recherche d’une place
en CPE. Mais à sa grande surprise, elle a appris que puisque
Charlotte était née au printemps, elle aurait moins de
chances d’être acceptée en garderie !
PHOTO BERNARD BRAULT, LA
PRESSE
Karen Lafleur, Jean-François Ferland
et leur petite Charlotte (14 mois). Comme plusieurs
parents, ils ont de la difficulté à trouver une place dans
un CPE.
Le cas de Mme Lafleur n’est pas exceptionnel. Plusieurs
parents qui ont joint La Presse ont raconté s’être fait
refuser une place en garderie, simplement parce que leur
enfant est né au printemps.
Pourquoi ?
L’explication n’est pas simple. Il faut savoir qu’il existe
deux types de subventions pour les bambins qui fréquentent
les CPE. Le gouvernement verse 57,70 $ par jour pour les
enfants de 0 à 17 mois. Ces petits se retrouvent dans les
groupes de « poupons » où le ratio éducatrice/enfants est
plus élevé. Les enfants âgés de plus de 18 mois se
retrouvent dans des groupes avec moins d ’é du c a t r ic e
s ; p o u r e u x , la subvention est de 37,30 $ par jour.
Dans les faits, les groupes d’enfants de 18 mois et plus
sont toujours remplis à pleine capacité dans les CPE. Les
rares places se libèrent habituellement en septembre, quand
des plus vieux partent pour l’école. En milieu d’année,
quand aucune place n’est libre dans les groupes plus v ieu x
, des ba mbi ns de 18 mois et plus doivent séjourner plus
longtemps que prévu da ns leu rs groupes de poupons.
Pou r reméd ier à cette situation, le gouvernement accepte
de continuer de verser la « grosse » subvention de 57,7 0 $
pa r j ou r pou r les enfants de 18 à 23 mois qui sont
toujou rs da ns des groupes de poupons, explique le
porte-parole du ministère de l’ É ducation , Étienne
Gauthier.
M a is dès
qu’u n en fa nt dépasse 23 mois, le CPE ne reçoit plus que
37,30 $ par jour, peu importe que l’enfant se trouve ou non
dans un groupe de poupons, affirme le président de
l’Association québécoise des CPE, Jean Robitaille. « Pour
les CPE, garder un enfant de 2 ans et plus dans un groupe de
poupons, c’est une perte majeure d’argent. Les CPE doivent
payer les éducatrices de ces groupes, qui sont plus
nombreuses, mais ils ne reçoivent que 37,30 $ par jour »,
explique-t-il.
Selon M. Robitaille, un CPE ayant deux ou trois enfants da n
s cet te sit uation peut perdre jusqu’à 15 000 $ par année.
« À cause de cette règle budgétaire, certains enfants
peuvent être refusés da ns les CPE. La discrimination est
inacceptable, mais vous savez, les directions de CPE ne rou
lent pa s su r avance M. Robitaille.
Enfants du printemps
l ’o r »,
Les enfants nés au printemps sont particulièrement
défavorisés par cette politique budgétaire. C’est le cas de
la petite Charlotte. Puisqu’elle n’aura pas encore 18 mois
cet automne, elle devra attendre à l’automne suivant avant
d’obtenir une place dans les groupes plus vieux. Elle
devrait donc passer une année supplémentaire dans son groupe
de poupons. Mais en j uin, quand elle aura 2 ans, le CPE ne
recevra plus que 37,30 $ par jour pour Charlotte, même si
elle sera toujours dans un groupe de poupons. Cette perte
d’argent effraie plusieurs CPE, qui préfèrent ne pas
accepter la petite.
Sans vouloir affirmer que tous les CPE discriminent les
enfants nés au printemps, le président de l’Association
patronale des CPE, Martin Boucher, reconnaît que la
situation préoccupe beaucoup d’établissements. « J’ai fait
des calculs. Et je remarque qu’il est parfois préférable de
laisser une place vacante dans un groupe de plus vieux en
début d’année pour prévoir le passage d’un enfant du
printemps durant l’année, dit-il. Les pertes d’argent sont
moins grandes. »
Pour Mme Lafleur, il est clair qu’il est préférable pour un
enfant de naître à l’automne. « On planifie actuellement
d’avoir un autre bébé, dit-elle. On calcule pour qu’il
naisse au mois d’octobre. Comme ça il va être cor rec t pou
r les CPE... »
Le ministre promet des changements - Ariane
Lacoursière
Sans vouloir
parler de discrimination, le ministre de la Famille Tony
Tomassi dit être au courant des problèmes d’admission dans les
centres de la petite enfance (CPE) du Québec. Il rencontrera
dans les prochains jours les intervenants du milieu pour
«regarder ce dossier plus en profondeur».
Pour chaque enfant qui fréquente un CPE au Québec, le
gouvernement verse une subvention. Il donne 57,70 $ par jour
pour les enfants de 0 à 18 mois. Cette somme baisse à 37,30$
pour les enfants de 18 mois et plus. La Presse a révélé, hier,
que pour des raisons budgétaires, les enfants nés au printemps
sont «moins rentables» pour les CPE, dont certaines tendent à
rejeter la candidature pour éviter des déficits.
M. Tomassi explique que les CPE ont été créés rapidement au
Québec. «Il y a encore des ajustements à faire», affirme-t-il.
Un comité
ministériel, créé en 2008, analysera les différentes solutions
au problème de la discrimination au cours des admissions. «
Faudra-til revoir les groupes d’âges ? Peut-être. Ce qu’on
veut, c’est donner de la souplesse aux parents, mais aussi aux
CPE», dit M.Tomassi.
Pou r ra it-on favor iser la création de groupes multiâges
pour éliminer les problèmes de gestion? Pour M. Tomassi, ce
n’est pas forcéemt la meilleure chose de mettre des enfants de
18 mois avec des enfants de presque 4 ans.
La solution aux problèmes d’admission dans les CPE n’est donc
pas trouvée. Mais M. Tomassi promet d’y travailler.
Avant de lancer la pierre... - Julie
St-Hilaire
La tragédie de
Kingston a déclenché, une fois de plus, des attaques provenant
de toutes parts, contre les musulmans et l’islam, leurs moeurs
et leurs coutumes, des gens qui proviennent de pays qui ne
vivent pas et ne pensent pas comme nous, Occidentaux...
C’est tellement facile de les traiter de « barbares », «
d’arriérés » et autres épithètes qui frôlent le racisme et
l’intolérance, quand on sait qu’au Québec, notre merveilleux
coin de pays soi-disant moderne et civilisé, les crimes
sexuels tels l’inceste et la prostitution juvénile ne sont pas
véritablement sanctionnés.
On n’a qu’à penser à Nathalie Simard, dont l’agresseur, Guy
Cloutier, a reçu une véritable sentence-bonbon pour les
horreurs qu’il a fait vivre à sa victime pendant de nombreuses
années. Ou à Robert Gillet et compagnie, qui ont purgé des
peines dans la communauté d’à peine quelques mois pour avoir
été les clients d’un réseau de prostitution juvénile à Québec.
La Révolution
tranquille s’est débarrassée de l’Église catholique pour la
remplacer par l’Étatprovidence de la gauche-caviar des années
60, qui reprochait à l’Église, et à ses prêtres et curés, de
commettre divers sévices physiques et sexuels sur les enfants.
Voilà qu’après 40 ans de laxisme judiciaire en matière de
criminalité de toutes sortes, le Québec se retrouve maintenant
et encore, avec des pédophiles et autres pervers sexuels qui
abusent de nos enfants et à qui notre société ne donne qu’une
petite tape sur les doigts chaque fois qu’ils sont reconnus
coupables. Comme si, lorsqu’un crime sexuel n’est pas commis
par un prêtre, ce n’est plus aussi grave, ni considéré avec le
même mépris, ni la même colère que lorsqu’il s’agissait de
l’Église catholique.
Le Québec est débordé de cas d’inceste et autres crimes contre
les enfants. La DPJ, qui doit les prendre en charge à la place
de leurs parents, ne fournit pas. Même les politiciens d’un
parti qui prétend sans cesse défendre les intérêts du Québec à
Ottawa, le Bloc québécois, ne sont pas capables de voter en
faveur de mesures plus sévères dans le cas d’un des crimes
sexuels les plus graves et les plus actuels, le trafic
d’enfants.
Avant de lancer la pierre aux autres sociétés et aux autres
peuples, le Québec a plus que jamais intérêt à faire son
propre examen de conscience lorsqu’il s’agit de la protection
de ses enfants, qui ne sont rien de moins que notre avenir à
tous... Et c’est peut-être nous, les Québécois post-Révolution
tranquille, qui sommes des « arriérés » et des « barbares »,
un peuple de lâches, incapable de bien traiter, et surtout
défendre, sa progéniture.
Le métier le plus ingrat - Andrée
Germain
Difficile de
trouver valeur à mon « métier » quand il est socialement
encouragé qu’une maman s’évertue à l’extérieur et que les
enfants socialisent à la garderie.
Maman à la maison de cinq enfants, l’auteur habite Shefford.
PHOTOJANICKMAROIS, LA VOIX DE
L’EST
Andrée Germain, entourée de ses cinq
enfants et de son conjoint, souhaite une plus grande
reconnaissance sociale de son rôle de mère au foyer.
L’année scolaire est terminée. Fini les levers bousculés, les
déjeuners précipités, les boîtes à lunch improvisées et les
horaires rigoureusement observés. Bonjour le capharnaüm
estival d’où s’embrouillent éclats de voix, de rires et de
sanglots.
Les enfants en congé, mes compétences se voient bonifiées;
ainsi, aux titres de blanchisseuse, de cuisinière, de
ménagère, de psychologue, de soignante, d’enseignante, de
chauffeur de taxi, etc., s’ajoute, tout l’été, celui
d’animatrice de camp! Hé, hé! Aussi bien dire que mes «
vacances » sont révolues.
En effet, à l’instar de bien des idées préconçues, cet
intermède que me procurent les heures de classe est l’unique
occasion de vouer toute mon attention aux deux derniers sans
avoir le sentiment d’être écartelée, de cuisiner sans être
pressée, d’écrire quelques mots sans trop avoir à les ruminer
et de redresser la maison de fond en comble sans avoir
l’impression de vivre le supplice de Sisyphe.
L’été, j’en profite plutôt pour faire des activités et sorties
divertissantes permettant d’échapper au quotidien et pour
renouer avec mes écoliers qui s’épanouissent plus vite que je
ne peux l’imaginer et dont l’individualité me fascine quand je
m’arrête pour les contempler. Ce sont sans contredit ces
petits instants sensibles qui justifient mon choix d’être « à
la maison » et auxquels je dois me cramponner, parce que je ne
crois pas qu’il existe de métier plus difficile et plus ingrat
que celui-là.
Manque de
reconnaissance
Outre le fait d’avoir un boulot non rémunéré qui, soit dit en
passant, se chiffrerait à 152 727$ selon le site internet
salary.com, dont je serai virée dans quelques années sans
caisse de retraite, sans REER, sans vacances payées, sans
avenir professionnel, c’est particulièrement le manque de
reconnaissance sociale qui vient parfois abâtardir ma
décision. Difficile aussi de justifier et de trouver valeur à
mon « métier » quand il est socialement accepté, voire
encouragé, qu’une maman s’évertue à l’extérieur et que les
enfants évoluent et socialisent à la garderie. Faire le choix
de rester à la maison n’est pas simple, ni l’affaire de tout
le monde, j’en conviens. Il faut être sacrément désintéressée
pour s’y adonner de plein gré... et savoir faire fi de
l’hégémonie sociale voulant que la seule démarche
d’actualisation personnelle valable soit celle d’accroître sa
gloire professionnelle et sa valeur salariale.
Mais doit-on vraiment se surprendre qu’il n’y ait pas plus
de mères « au foyer » lorsqu’un gouvernement, dans le but
de hausser le taux de natalité, instaure un programme de
garderies à 7$ la journée. Antithétique, ce moyen
incitatif a favorisé la recrudescence du taux de
fréquentation en milieu de garde, puisqu’il est bien plus
facile et moins coûteux de se décharger de l’enfant à la
garderie que de s’en occuper soi-même, et conséquemment
engendré une pénurie de places en garderie quand il aurait
dû appuyer financièrement les parents désireux d’élever
eux-mêmes leurs enfants.
Dans un sondage CROP– La Presse réalisé en janvier 2005,
70% des mères qui travaillaient à l’extérieur du foyer
affirmaient qu’elles auraient quitté volontairement leur
emploi pour rester avec leurs enfants si elles en avaient
eu les moyens. Une majorité étouffée par un gouvernement
ayant pris le parti de syndicats dont l’intérêt matériel
donne dans la promotion des garderies.
Aux armes, mamans! À nous de décider de notre avenir et de la
façon d’élever nos enfants comme on l’entend en disposant du
financement en toute liberté sans qu’il nous soit imposé.
L’heure a sonné d’enlever nos tabliers, de prendre nos balais
et de sortir de nos maisonnées...
Compliqués, les amis ! - Alexandra
Samson et Anne-Marie Grémeaux
Il faudrait
presque utiliser un agenda pour régler la journée de nos
enfants
Vous souvenez-vous des étés de votre enfance ? On prenait
notre vélo le matin et on allait frapper à la porte de nos
amis pour savoir s’ils pouvaient venir j ouer avec nous. Dans
la majorité des cas, ils le pouvaient.
PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE
Elle est révolue, l’ère de la
spontanéité où il suffisait d’aller sonner chez ses amis
pour s’amuser toute la journée à l’extérieur de la maison.
Désormais, il faut pratiquement prendre rendez-vous. Et
longtemps à l’avance.
C ’est l oi n d ’êt re le c a s aujourd’hui. Il faudrait
presque utiliser un agenda afin de régler la j ournée de nos
enfants ! Oublions la spontanéité d’antan, aujourd’hui il faut
téléphoner aux amis et planifier la j ournée. Adieu les
arrangements de dernière minute ! Il faut dorénavant avoir une
heure de rendezvous (souvent compliquée) pour commencer la
séance de jeu et une heure de fin de rendez-vous.
I nviter un ami à dîner ? Beaucoup trop compliqué ! On joue
après le dîner pour quelques heures seulement !
Au moment d’avoir des en fa nts, nous nous étions promis
d’avoir une philosophie de vie simple. Deux amis appellent
pour j ouer ? On invite les deux. Un de plus ? I ls seront
trois. On fait à dîner pour la famille et si un ami se
rajoute, on rajoute une assiette de plus sur la table ! Une
personne de plus ou de moins, ce n’est pas cela qui change la
donne. Coucher à la maison ? Aucun problème ! On fa it u n l
it de plus.
Il en est
tout autrement dans certaines autres familles. Toutes les
excuses sont bonnes pour compliquer ou ne pas accepter une
invitation à j oue r : u n rende z -vou s chez le coiffeur (le
matin !), des va l ises à prépa rer (à 6 ans ?), faire des
courses (pourquoi traîner son enfant, si les achats ne le
concernent pas, au lieu de lui donner une occasion de j ouer
chez un ami ?), l’enfant est déjà avec un ami (impossible d’en
accepter un deuxième ?).
Nos deu x plu s jeu nes enfants ont passé leur été presque au
complet tout seuls, parce que les parents de leurs amis
avaient toujours une raison de décliner une invitation à jouer
! Quel dommage ! Et combien l’été a semblé long à nos enfants
!
Il est, bien sûr, important de maintenir une cohésion fa milia
le da ns u n monde où le temps est si précieux. Mais on trouve
égoïste de la part de certains parents d’impliquer des enfants
dans leurs activités (magasinage, ménage) alors que l’enfant
pourrait profiter d’un temps à lui avec un ami. La famille est
importante, par contre une vie sociale l’est tout autant selon
nous.
Où est passé le plaisir de l’en fa nce d’être sponta nément et
continuellement, ou presque, en compagnie de ses a mis, à
s’inventer des jeux, à jouer dehors, à être en bande ?
Aujourd’hui on compartimente, on organise, on restreint. Nous
programmons tellement nos enfants avec leur tonne d’activités
structurées et nos agendas tout aussi pleins et structurés que
nous avons oublié l’essentiel de l’enfance : les amis et la
liberté. Un enfant est un être sans limite qui ne s’en fait
pas avec la vie. Nous, les parents, leur apprenons à perdre
cette qualité qu’est la spontanéité en leur apprenant à tout
planifier et organiser. Permettonsleur de jouer avec leurs
amis, en toute simplicité.
L a issons l ’e n fa n c e au x enfants, ils deviendront
adultes bien assez vite !
Pour en finir avec la varicelle -
Sylvia Galipeau
La semaine
dernière, on a fait grand cas de ces parents en
Grande-Bretagne qui, pour renforcer l’immunité de leurs
enfants, songeaient – à la blague, rappelons-le – à organiser
des fêtes de grippe A (H1N1). Comme dans le temps des partys
de varicelle, quoi.
Mais c’était oublier que le temps des partys de varicelle
n’est pas tout à fait révolu. Car plusieurs parents cherchent
toujours, et ce, malgré la mise sur le marché d’un vaccin
intégré à la grille de vaccination usuelle depuis l’an
dernier, à immuniser leur enfant contre la varicelle plus «
naturellement », disons.
C’est le cas de Ronald, père de deux enfants âgés de 2 et 4
ans, par ailleurs à jour dans tous leurs autres vaccins: «
avec des amis dont les enfants ne sont pas vaccinés, on s’est
dit que le premier qui l’attraperait appellerait les autres
pour organiser un party, dit-il. La varicelle, on l’a tous eu,
on connaît bien ça, et on sait que si on l’attrape en bas âge,
c’est bénin. Alors que le vaccin, on ne connaît pas grand
chose sur son efficacité », justifie-t-il.
Et il n’est pas seul. Sandrina, mère d’un bambin de 5 ans à ce
jour jamais vacciné (« parce que je crois qu’il faut renforcer
le système immunitaire »), affirme tout de go: « la varicelle,
j’aimerais bien que mon fils l’ait. Si un ami l’attrapait, je
les mettrais en contact. » Même son de cloche de la part de
Nancy, mère de trois enfants, dont seul le cadet n’a toujours
pas attrapé la varicelle (tandis que l’aînée, quoique
vaccinée, l’a eue malgré tout...)
Sur différents
forums de discussion de parents (Doctissimo, Maman pour la
vie, pour ne nommer que ceux-là), il n’est pas rare de voir
des parents demander si quelqu’un, quelque part, organise un
tel party.
Récemment, plusieurs médias américains ont aussi fait état du
retour de ces « partys de varicelle » au sein des familles
urbaines, de la classe moyenne, qui remettent en question la
vaccination à tout crin, au point de faire bondir la
présidente de la Infectious Disease Society of America, la
pédiatre Anne Gershon. « Organiser un party de varicelle,
c’est une très, très mauvaise idée », a-t-elle réagi dans les
pages du New York Post.
Et c’est exactement ce que pensent les médecins interrogés
ici. Vrai, la varicelle, en bas âge, ce n’est généralement pas
la fin du monde, concède Gaston de Serre, médecin
épidémiologiste à l’Institut national de la santé publique du
Québec. Sauf dans certains cas: « Au Canada, de 30 à 65% des
enfants atteints de varicelle consultent ; jusqu’à 1,5% sont
hospitalisés ; et entre 5 et 10% des enfants développent des
complications spécifiques, des infections ou des otites
bactériennes, fait-il valoir. Est-ce que ces risques sont
acceptables? »
À l’inverse, avec le vaccin (administré en une dose, à partir
de 12 mois, ou encore en deux doses à partir de
l’adolescence), on assure une protection efficace à 95% contre
toute forme de varicelle. À date, contrairement aux
États-Unis, aucun rappel n’est requis à l’âge adulte. En
prime, fait valoir Danielle Grenier, directrice des affaires
médicales à la Société canadienne de pédiatrie, le vaccin
prévient aussi le développement du zona, une réactivation du
virus à l’âge adulte. « Si on peut prévenir une maladie grave
en bas âge, et un zona plus tard, on se doit de le faire »,
tranche-t-elle.
À la recherche de l’ennui - Marie-Claude Lortie
Les enfants
n’ont pas de devoirs et leurs journées sont remplies de
piscine et de jeux de balle plutôt que de maths et
d’orthographe mais le remplissage du temps est semblable.
Aucune pause « niaisage ». Aucun moment à se demander quoi
faire.
Je ne suis pas nostalgique de grand-chose. Mais quand même de
petites choses. Comme ces étés où les enfants pouvaient se
lever à l’heure qu’ils voulaient.
Des étés sans horaire. De charnus mois collants ou pluvieux
qui s’étalaient comme des champs de boutons-d’or, à perte de
vue, doux et longs à satiété.
De la mi-juin au début de septembre, après la fête du Travail.
Du temps en quantité. Vide.
Quand je raconte qu’il fut un temps où les étés s’étiraient
ainsi comme des chats qui s’éveillent, mes enfants me
regardent comme si je leur parlais d’un univers sans
cellulaire. Hein? Pas de camp de jour? Vous pouviez vous lever
à l’heure que vous vouliez ?
Ben oui…
Dans ma liste des facteurs de culpabilité maternelle, les étés
d’aujourd’hui, charpentés comme des circuits informatiques, se
classent bien haut.
Quand il faut se lever à telle heure, faire les lunchs, partir
à la course pour ne pas arriver en retard au camp de jour et
éviter d’avoir à endurer les soupirs exaspérés des moniteurs
de 16 ans et quart affectés à la gestion des retardataires, je
ne me sens pas en été. Et je n’ai pas l’impression que les
enfants sont en vacances.
C’est juillet. Mais on est pressés comme des citrons et
stressés comme en novembre. Popsicle fondu et coups de soleil
en plus.
Quand j’étais enfant, quelque part entre Mad Men, C.R.A.Z.Y.
et La guerre des tuques, comme ça.
L’été, je partais passer du temps au chalet de ma meilleure
amie. Chez ma cousine. Ou alors mes parents louaient un
modeste chalet – bonjour les souvenirs de Phentex, d’odeur
d’humidité et de vaisselle en Melmac – et on partait tous les
enfants, avec ma mère qui apportait son travail avec elle, mon
père qui venait le week-end, et une jeune fille. Une cousine.
La fille d’amis. Une gardienne qui avait pratiquement notre
âge et jouait avec nous plus qu’elle nous disciplinait.
ce n’était pas
Et là, on ne
faisait rien. Ou plutôt, on faisait un tas de choses qui ne
servaient officiellement à rien.
Quels enfants connaissent encore ça ?
L’été arrive et c’est à peine si l’horaire familial change.
Ajoutez un peu de soccer et tout autant sinon plus de travail
– car il faut compenser les semaines de pause – et le degré
d’exaspération respire à peine de l’absence de rues bloquées
par des congères himalayennes.
Les enfants n’ont pas de devoirs et leurs journées sont
remplies de piscine et de jeux de balle plutôt que de maths et
d’orthographe mais le remplissage du temps est semblable.
Aucune pause « niaisage ». Aucun moment à se demander quoi
faire.
On a beau entendre de tous les côtés les psys – et notre gros
bon sens – nous dire qu’il est crucial, durant l’enfance,
d’être confronté à rien et donc à la nécessité de s’inventer
une vie, dès qu’arrive février, la course aux camps de jour
commence. Et tout de suite s’emmêlent d’une part le besoin
urgent de savoir où on pourra « caser » nos petits qui ne
seront plus à l’école et d’autre part le désir de les occuper
le plus intelligemment ou sportivement possible.
Il ne faudrait surtout pas qu’ils s’ennuient.
Et arrive l’été et les voilà partis dans un sous-sol à jouer
aux échecs, dans un camp de jour à se baigner dans une piscine
aux eaux douteuses, au parc avec 40 autres enfants qui crient
et des moniteurs de 17 ans et quart qui ont bien plus envie
d’être avec d’autres moniteurs de 17 ans et quart que des
préados déchaînés…
Est-ce vraiment ce qu’on veut ?
Le paradoxe, dans tout cela, c’est que les enfants
défavorisés, ceux qui ont le plus besoin de stimulation et
d’encadrement, ceux qui ont le plus à gagner d’être en
présence d’éducateurs qui vont les amener plus loin que leur
milieu familial ne peut le faire, sont souvent ceux qui ont le
moins accès aux camps de jour.
Et en revanche, les enfants les plus occupés toute l’année
durant, ceux qui ont le plus besoin de calmer les machines et
d’apprendre à composer avec l’ennui, un apprentissage
essentiel qui leur manque souvent, sont ceux qui enfilent les
camps et les semaines, sans pouvoir jamais contempler le vide.
Pourtant, il est important, l’ennui. Les psys le disent et
cette fois-ci on les croit: il est le point de départ de la
débrouillardise et de la créativité. Et comparé à une autre
journée hyper organisée à 100 milles à l’heure, l’ennui ne
peut qu’être beaucoup moins ennuyeux.
LE CASSE-TÊTE DES PARENTS - Violaine Baillivy
Près d’un
million d’élèves du primaire et du secondaire de la province
ont dit adieu aux bancs de leur école pour une soixantaine de
jours. Bien des parents auront fait au cours des dernières
semaines des pieds et des mains pour trouver un moyen de les
tenir occupés pendant tout ce temps. Une mission parfois
complexe: vacances rime parfois avec stress !
À10 jours de la fin des classes, Noémie Ducasse s’avouait
franchement nerveuse à l’idée de ne pas avoir fini de
planifier l’été de ses trois jeunes enfants. « C’est un
véritable casse-tête ! » Elle travaillera tout l’été, son
conjoint aussi. Ce ne sont pas les activités intéressantes qui
manquent. « Mais je ne veux pas seulement les occuper pendant
que je suis au boulot, je veux aussi éviter que leur été soit
une simple prolongation du rythme 9 à 5 qu’ils ont à l’école!
»
PHOTO ROBERT SKINNER,
ARCHIVES LA PRESSE
Travail oblige, bien des parents
doivent choisir un camp de vacances où leurs enfants
pourront s’amuser durant la journée. Une source de stress
pour les parents, mais aussi parfois pour les petits.
Martine Côté et son conjoint se sont attelés à la tâche dès le
mois de janvier, épluchant les guides d’activités et
sollicitant les amis et la famille... « On ne voulait
absolument pas être pris au dépourvu parce que neuf semaines,
c’est tout de même long! » lance-t-elle. Ses enfants auront
droit à deux semaines de camping en Estrie, au camp de jour,
au séjour dans la parenté et aux entraînements de soccer.
Psychologue
pour enfants, Martin Jodoin voit des parents défiler tous les
jours dans son cabinet de Montréal et constate que certains
sont de plus en plus tendus au fur et à mesure que les beaux
jours approchent. Ils se sentent coupables de ne pas pouvoir
passer tout l’été avec leurs enfants à cause de leur emploi.
Au Québec, cet été, un peu plus de la moitié des enfants de 6
ans passeront plus de temps avec un animateur de camp ou une
gardienne qu’avec leurs parents et le tiers seront gardés tout
l’été ou presque. Certains parents cherchent à compenser en
trouvant les meilleures activités, les plus intéressantes où
leurs petits seront le mieux encadrés et le plus stimulés,
remarque M. Jodoin.
Les parents en font-ils trop? « Ils veulent garder leurs
enfants à l’oeil et bien stimulés
« Nos enfants
sont surstimulés depuis qu’ils sont tous petits. Ce ne sont
pas les enfants qu’on a été, et on pourrait difficilement
imaginer de les laisser sans activité tout l’été. »
et c’est tout à fait normal. Mais ils ne doivent pas perdre de
vue que l’été, c’est avant tout un moment de détente et de
repos pour leurs enfants », dit-il.
Faut-il
permettre
aux enfants de s’ennuyer ou régler leurs activités estivales
selon un horaire bien précis ? Bien des parents se posent la
question, mais la réponse ne semble pas si simple : les
enfants ont besoin d’une certaine routine, précise la
professeure de pédopsychologie Carole Sénéchal.
C’est pour cela qu’Isabelle Valois tenait à envoyer ses deux
garçons passer trois semaines chez leurs grands-parents
maternels, puis paternels chez qui, officiellement, ils « ne
feront rien ». Vingt et un jours où, à leur réveil – sans
cadran – leur seule tâche sera de trouver matière à s’amuser.
Isabelle Valois veut que ses enfants réapprennent le plaisir
d’avoir une vie désorganisée, après ces 10 mois d’école où la
ponctualité et l’organisation font la loi. « Au début, ils
trouvent ça un peu difficile et ils ont peur de s’ennuyer.
Mais ça ne dure pas ! »
Directrice du centre d’études sur le stress de l’hôpital
Louis-H. Lafontaine, Sonia Lupien note qu’aucune étude n’a été
menée sur les bienfaits des vacances « désorganisées ». Mais,
dans la mesure du possible, elle ne recommande pas aux parents
d’envoyer leurs enfants en colonie de vacances tout l’été et
de les surcharger d’activités. « Nos enfants sont surstimulés
depuis qu’ils sont tout petits. Ce ne sont pas les enfants
qu’on a été, et on pourrait difficilement imaginer de les
laisser sans activité tout l’été. Mais ils sont bien capables
de s’occuper seuls un peu », dit-elle.
Carole
Sénéchal , professeure de pédopsychologie à l’Université
d’Ottawa, ajoute que les vacances peuvent même parfois être
une source de stress pour les enfants « si on leur impose des
activités qui leur semblent être au-delà de leurs capacités ».
Mais elle estime que la routine, l’été, n’est pas à bannir de
la vie des enfants. Loin de là. « Les adultes la perçoivent
comme une contrainte, mais pour les enfants, elle a quelque
chose de très rassurant et même souvent de nécessaire à leur
bon fonctionnement. »
Et le conseil vaut aussi pour les plus vieux. « Cela me
préoccuperait de savoir que mon adolescent n’a rien à faire de
tout l’été, surtout avec tous les problèmes d’embonpoint qu’il
y a aujourd’hui! »
D’autant plus que les statistiques confirment qu’ils passeront
chaque jour de longues journées à naviguer... loin des plans
d’eau et du soleil. En 2005, les garçons passaient en moyenne
114 minutes sur l’internet un jour de fin de semaine, contre
97 minutes pour les filles. Durant la semaine, les filles
passaient 98 minutes par jour sur l’internet, et les garçons,
95 minutes.
La recherche et les camps de jour - Mathieu
Perrault
Enfants en liberté
Les enfants
d’aujourd’hui passent trop de temps dans les camps de jour
et les camps de vacances, et pas assez à s’ennuyer en ville,
selon la chroniqueuse Lenore Skenazy, dont les écrits
paraissent dans des dizaines de journaux américains. Cette
maman dans la quarantaine a lancé le mouvement Free Range
Kids, l’équivalent pédiatrique des poulets qui grandissent
en liberté dans des enclos plutôt que dans des cages. Pour
faciliter la vie des parents et des enfants free range, elle
propose de fournir aux enfants des étiquettes « Je suis un
enfant en liberté, mes parents sont d’accord pour que je
prenne l’autobus seul même si je n’ai que 10 ans », à
présenter aux autorités surprises de voir un enfant de cet
âge voyager sans adulte. Mme Skenazy, qui habite New York, a
lancé plus tôt cette année un livre sur ce concept.
La relâche fait-elle grossir ?
Les vacances ne sont pas bénéfiques pour la santé des
enfants, selon une étude canado-grecque. Durant l’année
scolaire, leur forme physique s’améliore graduellement et la
prévalence de l’embonpoint diminue. Mais durant les vacances,
les scores à ces deux mesures stagnent. Cela reflète la
tendance générale qu’ont les parents à passer l’été à
travailler tandis que les enfants vont au camp de jour, puis à
prendre des vacances en famille concentrées en une seule
période. Les auteurs de la recherche ont suivi 180 enfants
grecs pendant un an. L’auteure canadienne de l’étude, de
l’Université Dalhousie en NouvelleÉcosse, estime que ces
résultats s’appliquent probablement au Canada.
Supplément de dodo
Les grandes vacances permettent aux enfants de récupérer
le sommeil perdu dura nt l ’ année, selon une étude polonaise.
Pendant l’école, l es enfants dorment en moyenne une heure de
moins que durant l’été. Les auteurs de l’étude avancent que
cet effet bénéfique, qui favorise la croissance du corps et
des facultés intellectuelles, pourrait être annulé par un
recours trop grand aux camps de jour et aux colonies de
vacances.
Des vacances pour tous les budgets
Riches ou
pauvres, tous ont droit à des vacances, croit Robert
Rodrigue, du Mouvement québécois des vacances familiales (
MQVF). Mais l’accès au bord de lac pourrait être plus
difficile cet été pour certaines familles à faibles
revenus.
Déjà, constate M. Rodrigue, les familles défavorisées qui
veulent réserver un séjour dans un centre de vacances
doivent se dépêcher. Depuis quatre ans, cinq de la
trentaine de centres de vacances familiales membres du
MQVF ont fermé leurs portes. Il y a donc moins de places
pour une clientèle qui n’a pas diminué.
Les camps de vacances, qu’i ls accueillent de jeunes
campeurs ou toute leur famille, peinent parfois à joindre
les deux bouts, surtout ceux qui offrent des séjours à
prix réduit aux familles à faibles revenus. « Les coûts
d’exploitation augmentent, les infrastructures
vieillissent et il n’y a pas d’argent pour réinvestir »,
déplore M. Rodrigue. Les normes de sécurité des bâtiments
ou des équipements sont sévères, le prix de l’électricité
a augmenté pour tout le monde, sans parler du sala i re
minimum. « On en est bien content, on milite pour sortir
les gens de la pauvreté, dit M. Rodrigue. Mais ça augmente
les coûts d’exploitation. »
Recrutement difficile
Et le
personnel, lui, est de plus en plus difficile à trouver.
Gilles Brûlé, directeur du camp Val-Notre-Dame, à
Hérouxville, cherche toujours un sauveteur et un animateur
pour compléter son équipe. « C’est de plus en plus
difficile au fil des ans, dit-il. Particulièrement pour
les sauveteurs. » Attirés par les salaires plus alléchants
qu’offrent les piscines municipales, les étudiants
préfèrent rester en ville plutôt que de s’enterrer dans le
bois...
Les centres de vacances familiales permettent à bien des
familles de prendre des vacances sans se ruiner. Au
Val-Notre-Dame, une famille de quatre personnes s’en
tirera à 650$ pour la semaine (repas inclus) et pourra
bénéficier d’une autre réduction en fonction de ses
revenus.
Si les repas ne sont pas fournis, une famille peut même
s’évader pour 60$ par semaine au Camp Ozanam, en
Outaouais, avec une preuve de revenus. Des familles se
mettent aussi à plusieurs pour négocier un tarif de groupe
et partager les frais de transport, d’hébergement et de
nourriture.
Mais la majorité des enfants de fami l les pauvres
passeront l’été à Balconville. Moins de la moitié d’entre
eux fréquenteront un camp de jour ou de vacances (45%),
comparativement à 56% des enfants de familles plus aisées,
selon une étude publiée en 2007 par l’Institut de la
statistique du Québec ( ISQ).
JEUNES
CAMPEURS RECHERCHÉS
ÇA NE SE
BOUSCULE PAS AUX PORTES DES CAMPS DE VACANCES. SI LA
TENDANCE SE MAINTIENT, L’INDUSTRIE CONNAÎTRA UNE BAISSE
DE 10% DES INSCRIPTIONS CET ÉTÉ. INCERTITUDE ÉCONOMIQUE
ET CHANGEMENTS SOCIAUX PLUS PROFONDS SERAIENT EN CAUSE.
Difficile de mettre dans un même panier les camps
spécialisés, très réputés, et les moins populaires
petites bases de plein air. Reste qu’en moyenne, par
rapport à l’an dernier, l’industrie note une baisse de
10% des inscriptions.
« Certains camps sont inquiets. Ils vont faire leur
saison, mais ils vont devoir faire des coupes de
personnel », avance Yves Dubois, directeur général de
l’Association des camps certifiés du Québec (ACQ), qui
regroupe les deux tiers des camps de vacances de la
province, pour un total de 175 camps, à 80% des
organismes à but non lucratif.
Le ralentissement est tel que l’Association a jugé bon,
cette année, d’insérer une petite note de motivation
dans son magazine publicitaire. Crise économique oblige,
on peut y lire qu’« en effet, la situation économique
actuelle met tout le monde sur le qui-vive. On a
tendance à vouloir couper nos dépenses et revoir nos
investissements. Mais ne perdons pas de vue notre
priorité numéro un, nos enfants! Revoyons nos valeurs et
investissons pour eux (...) Préférons le camp de
vacances certifié à la télévision plasma dernier cri,
par exemple, et donnons ainsi une expérience de vie à
notre enfant. »
Car le directeur général n’en démord pas : le camp de
vacances est un « investissement », permettant de mettre
l’enfant dans un contexte qu’il ne trouvera nulle part
ailleurs: « Une vie intense, 24 heures sur 24, pendant
12 jours en moyenne, qui le marquera pour la vie »,
insiste-t-il.
Toujoursest-ilqu’auRanchMassawippi, par exemple, on a
noté une réduction de 5% des inscriptions. Au camp de
vacances Kéno, « on sent qu’il y a une pression vers la
baisse, a simplement révélé François Vézina, le
directeur général. C’est nouveau : on sent que la
situation économique est de plus en plus dans la tête
des gens ». Même son de cloche de la part du centre de
plein air Le Saisonnier, pourtant parmi les moins chers
de la province. « Dans nos inscriptions individuelles,
oui, nous ressentons un ralentissement. Et notre camp de
jour, lui, prend de l’ampleur », note le directeur
général Pierre Langevin.
Dénatalité et changements sociaux
Mais la plupart des dirigeants de camps sont loin de
croire qu’il ne s’agit que d’un problème économique. Au
contraire. Tous mettent en cause la dénatalité, bien
sûr, qui saigne l’industrie depuis 20 ans. Inutile de
dire que la légère reprise des naissances suscite ici
beaucoup d’espoir pour les années à venir.
Ma i s des changement s soc i aux plus profonds seraient
aussi en cause. « Maintenant , les deux parents travai l
lent beaucoup, a f f i rme Pier re Langevin. Alors je
crois que quand vient le temps de prendre des vacances,
on favorise les vacances en famille, Walt Disney, le
Sud, la plage. C’est plus cher, mais papa et maman en
profitent aussi. »
Du coup, pour attirer une clientèle plus réticente, les
camps se sont spécialisés avec les années: cirque,
équitation, arts de la scène, etc. « Parce que sinon,
les parents trouvent qu’ils payent pour rien », glisse
Pierre Langevin.
D’où le cul-de-sac dans lequel se trouvent bon nombre de
camps aujourd’hui, investissant pour une clientèle en
constante diminution. Car gérer un camp de vacances
n’est pas une activité très lucrative, précise Réjean
Roy, directeur des camps Odyssée (Minogami,
Trois-Saumons, Camp des Artistes et camp musical Accord
Parfait) : « C’est une activité saisonnière, sur de
grands terrains, pendant une période très limitée. Non,
ce n’est pas facile », dit-il, tout en précisant que ses
camps, de par leur bonne réputation, ne souffrent pas du
ralentissement.
Tous n’ont pas cette chance. L’an dernier, deux
installations ont dû fermer leurs portes, notamment la
base de plein air des Laurentides, dont le terrain a été
vendu par lots pour y construire des chalets et des
condos.
D’autres camps craignent-ils de subir le même sor t ? «
C’est une crainte. Plusieurs sont sur des sites
exceptionnels, et sont nécessairement convoités, estime
Yves Dubois, le directeur général de l’ACQ. Est-ce qu’on
va vouloir que tout cela revienne au privé, ou que cela
reste accessible pour les générations futures ? Nous
allons avoir des choix de société à faire. »
Un luxe réservé aux familles riches ?
« Je ne
trouve pas ça accessible. C’est très cher. Si on envoie
ses enfants dans un camp de vacances, et qu’en plus on
se paye des vacances en famille, on finit par payer des
sommes astronomiques en deux mois! »
En moyenne, les camps de
vacances coûtent de 350 à 700$ pour une semaine. Le
séjour typique tourne autour de deux semaines, pour
une moyenne de 1000$.
Non, les deux filles de Patricia Dabis n’iront pas au
camp de vacances cet été. Elle a préféré opter pour un
camp de jour moins coûteux, à la hauteur de son budget.
Jacques Davidts, l’auteur de la populaire série Les
Parent, à Radio-Canada, dont le dernier épisode de la
saison portait justement sur les camps de vacances, a
trois enfants. « Une année, ça nous a coûté au moins
6000$ en camps de vacances! » dit-il.
En moyenne, les camps de vacances coûtent de 350 à 700$
pour une semaine. Mais le séjour typique tourne plutôt
autour de deux semaines, pour une moyenne de 1000$. La
note varie selon la programmation, le type d’hébergement
et le nombre d’expéditions. Les camps très spécialisés,
comme les camps de langues ou d’équitation, sont
généralement plus onéreux.
Quand on y regarde de plus près, la note n’est pas
nécessairement plus salée, nuance Anne-Marie Leduc, dont
les deux filles iront au camp cet été. « Si je compare à
certains camps de jour spécialisés, il n’y a pas une si
grande différence. Un camp de cuisine, cela coûte entre
400 et 500$ pour une semaine. D’accord, il n’y a pas de
lunchs à préparer, mais dans un camp de vacances, tout
est compris. »
Une
question de valeurs
« Je ne suis pas prêt à dire que c’est une activité de
riches », renchérit Yves Dubois, directeur général de
l’Association des camps certifiés du Québec. C’est une
question de choix de vie et de valeurs. Est-ce que les
enfants vont passer avant l’écran plat? »
La majorité des camps de vacances, ajoute-t-il,
disposent d’ailleurs de programmes d’accessibilité
financière. Certains camps ont pour vocation d’inclure
des familles défavorisées. Les deux ordres de
gouvernement offrent aussi des déductions ou des crédits
d’impôt.
Et quand on se compare, on se console. Les camps
québécois sont beaucoup moins coûteux que ceux de
l’Ontario ou des États-Unis (entre 25 et 30% de moins),
qui sont, contrairement à ici, des organismes privés à
but lucratif.
Historiquement, la grande majorité des camps de vacances
québécois a en effet été fondée par des communautés
religieuses qui ne tiraient aucun profit de leurs
activités. Les tarifs sont donc toujours demeurés en
deçà du coût réel. « Mais à un moment donné, il y a des
limites à demander moins que le prix que ça coûte,
poursuit Yves Dubois. Les dons des communautés
religieuses, les soupers spaghetti, ça ne paye pas tout!
Il y a des limites, et la limite, on est en train de
l’atteindre. »
L’été, c’est fait pour réviser?
- Sylvia Galipeau
Lundi
matin, 9h. Une douzaine d’enfants sont assis en rond,
lors de leur premier jour au camp de jour. Au programme:
ni musique ni équitation, mais... des tables de
multiplication, de la grammaire, et pourquoi pas un peu
de lecture. Le tout, en s’amusant. Après tout, c’est
quand même l’été...
Nous sommes au camp de jour éducatif Je sais tout, à
Laval, qui, pour ladeuxième année, offre, sur une
période de quatre semaines, un programme pédagogique axé
sur les apprentissages acquis pendant l’année scolaire,
le tout, par le biais du jeu. «Apprendre tout en
s’amusant»: c’est la maxime du camp, écrite bien en vue,
en lettres moulées, sur un petit panneau à l’avant de
l’édifice, qui abrite par ailleurs les Centres
pédagogiques, un service d’aide aux devoirs au coeur du
Vieux Sainte-Rose. Au programme cet été, donc: un
baseball mathématique, une chasse au trésor des mots, un
karaoké du français, une impro de la lecture.
Cette semaine, les activités tournent autour des
métiers. Pour découvrir le sujet du jour (en
l’occurrence: les sportifs), les élèves, pardon, les
campeurs, regroupés par cycles, doivent ce matin trouver
un mot mystère, à l’aide d’un plan cartésien. « Part de
la lettre Y, et déplace toi de sept cases vers la droite
», explique l’animatrice à une gamine de première année.
Les jeunes partiront ensuite au parc, pour des «
olympiades » : une course de 50 mètres, un lancer du
poids, puis un saut en longueur. Le tout servira de
point de départ pour une série d’activités durant la
semaine: rédaction d’une « fiche d’athlète »,
comparaison des résultats, diagrammes. Les parents
seront ensuite tenus au fait des apprentissages de leur
enfant, par le grâce à un porte-folio regroupant leurs
travaux.
« Ils apprennent par le plaisir, presque sans s’en
apercevoir, explique la directrice Claudine Potvin.
C’est une façon ludique de rester dans le bain. Le but
premier: c’est de s’amuser. Mais au lieu de les faire
sécher au soleil, j’aime mieux leur faire faire quelque
chose de constructif. » Comme lancer un ballon en
révisant ses multiplications, ou encore chanter un
karaoké, tout en corrigeant les participées passés.
Les
animateurs sont tous issus du milieu scolaire, ou encore
en cours de formation. De leur côté, la majorité des
jeunes n’a aucune difficulté, mais une soif d’apprendre
et des parents visiblement intéressés. C’est le cas de
Line Hébert, dont les deux garçons passeront l’an
prochain les examens pour entrer au secondaire. « Nous
visons le privé, alors on a décidé de faire d’une pierre
deux coups: oui s’amuser, mais aussi réviser par la
bande. »
Seul le tiers des inscriptions provient d’élèves en
difficulté. C’est le cas du fils de Jean-François
Cusson, qui vient de boucler sa 3e année, avec des
difficultés en lecture et en écriture. « Mais moi, je
suis criminologue de formation, pas pédagogue,
explique-t-il. Je me sentais limité dans l’aide que je
peux lui apporter. » D’où l’intérêt du séjour
pédagogique, où son fils, tout en révisant, « a autant
de plaisir que dans un autre camp. »
Selon Égide Royer, psychologue et professeur titulaire
en adaptation scolaire à l’Université Laval, ce genre
d’option, « reconnue dans le métier mais malheureusement
très peu pratiquée », est idéale pour les enfants qui,
autrement, redoubleraient ou passeraient leur année avec
un niveau très faible.
Mais pour les autres, qui n’ont aucune difficulté ? «
Mon sentiment, comme père, grand-père, ou pédagogue,
c’est que l’été, c’est fait pour faire des activités
libres et relaxer tranquilles. »
Le taux d’activité des mères dépasse 80%
Malgré
les différentes mesures visant à faciliter la
conciliation entre le travail et la famille, le fait
d’avoir la charge d’un enfant change davantage la
participation au marché du travail des femmes que
celle des hommes.
Cette constatation ressort d’une étude de l’Institut
de la statistique du Québec intitulée Le marché du
travail et les parents, publiée récemment.
De façon générale, au cours des dernières décennies,
le fait d’avoir la charge d’un enfant semble avoir de
moins en moins d’impact sur la participation des
femmes au marché du travail.
Ainsi, le taux d’activité des mères, qui était en 1976
de 35,9%, a atteint 80,7% en2008. Il a donc plus que
doublé.
Le taux d’activité des femmes sans enfant a aussi
augmenté durant la même période, mais dans une
proportion moindre, soit de 71,8 à 87%.
Chez
les hommes, c’est l’inverse. Le taux d’emploi des
pères a toujours surpassé le taux d’emploi des hommes
sans enfant, avec des taux respectifs de 89,8 et 81,6%
en 2008.
Donc, «la présence d’enfant(s) exerce une pression à
la baisse sur le taux d’emploi des femmes, mais à la
hausse sur celui des hommes», écrit l’Institut de la
statistique dans son étude, réalisée par Sandra
Gagnon, analyste en statistiques du travail.
Le troisième enfant
L’étude démontre aussi que les taux d’activité et
d’emploi diminuent considérablement à l’arrivée d’un
troisième enfant. Entre les personnes qui n’ont pas
d’enfant et celles qui en ont deux, il n’y a presque
pas de différence. Lorsqu’il y a trois enfants ou
plus, la situation change, surtout pour les femmes.
Ainsi, le taux d’activité des femmes de 25 à 44 ans
atteint 87,4% lorsqu’elles n’ont pas d’enfant,
82,4%lorsqu’elles ont un enfant, 81,7% lorsqu’elles
ont deux enfants, mais chute à 71% lorsqu’elles ont
trois enfants ou plus.
Le taux d’activité des hommes de 25 à 44 ans est de
88,3% lorsqu’ils n’ont pas d’enfant, de 94% lorsqu’ils
ont un enfant, de 95,5% lorsqu’ils ont deux enfants et
de 93,6% lorsqu’ils ont trois enfants ou plus.
L’IMPLICATION DU PÈRE À LA LOUPE
Un père
qui change des couches, berce et soigne son enfant, a de
bonnes chances de resté impliqué une fois bébé plus
grand, dans son cheminement scolaire, notamment. Le hic?
C’est que les responsables enseignants continuent de
favoriser les communications avec les mères,
décourageant du coup l’implication des pères, dénoncent
un groupe de chercheurs de l’Université de l’Illinois,
dans une étude publiée dans un numéro récent du Journal
of Educational Psychology.
PÈRES D’HIER, PÈRES D’AUJOURD’HUI - Sylvia
Galipeau
Un monde sépare
le père autoritaire des années 40 du papa poule des années 2000.
Et pourtant, malgré de grands bouleversements, l’accès aux
salles d’accouchement, le congé de paternité et la participation
à part entière à l’éducation des enfants, fondamentalement, les
pères sont aussi restés les mêmes. Par-dessus tout : de grands
coeurs joueurs. Quatre pères, issus de quatre générations, se
racontent.
LES ANNÉES 40 Sans trop de questions
« À l’époque,
tout le monde avait sa petite famille. Ce n’était pas un
événement extraordinaire. »
« Mon rôle, c’était d’être un pourvoyeur et un gardien. » –
Hervé Fecteau, père de cinq enfantsnésen1941, 1943, 1945, 1947
et 1951.
À l’époque, veut, veut pas, avoir des enfants allait tout
simplement de soi . On se mariait, et les enfants arrivaient,
plus ou moins après. S’il avait hâte ? « J’avais surtout hâte
d’avoir une femme », répond Hervé Fecteau, un homme doux et
posé, rencontré cette semaine dans sa résidence pour personnes
âgées de Sherbrooke pour parler paternité.
Il rencontre
celle qui allait devenir sa femme à la fin de la vingtaine.
Deux ans plus tard, elle lui annonce la nouvelle : elle attend
un premier enfant. De l’accouchement, dans un petit hôpital
privé de Lac-Mégantic, il garde quelques souvenirs. « J’ai vu
tous les préparatifs. Je me souviens des cris. On supporte
difficilement les douleurs de son épouse » , commente-til
pudiquement. Une fois le bébé né, il se sent submergé de
responsabilités : « Que sera cet enfant-là à 20 ans? » Il
reprend ensuite son travail, sans trop se poser de questions.
« À l’époque, tout le monde avait sa petite famille. Ce
n’était pas un événement extraordinaire. C’était la vie
courante. »
Une vie qu’il a vite fait d’adopter. Car même s’il leur a
rarement dit « je t’aime » (« on les serrait plutôt dans nos
bras »), l’homme, par ailleurs peu porté à exprimer ses
émotions, avoue avoir « aimé beaucoup » sa vie de famille : «
Je recommencerais. À cause du plaisir de voir grandir les
enfants. » À preuve, de son bureau de greffier de LacMégantic,
il ne prend généralement que 30 minutes pour dîner, afin de
quitter plus tôt le soir, pour passer du temps avec ses
petits. L’été, il les amène jouer au lac, au ballon chasseur
ou au cerf-volant. Ce sont ses meilleurs souvenirs : « Parce
que c’était récréatif, distrayant et agréable. »
À la maison, il « assiste la mère », épluche les pommes de
terre, fait la vaisselle, et étend parfois les vêtements sur
la corde. Le reste, le soin des enfants, la lessive, et
l’essentiel de la cuisine, c’est la mère qui s’en occupe.
Autoritaire à ses heures (un regard froncé et les poings
fermés suffisaient à faire fuir ses plus téméraires), il est
surtout joueur : « Mon plaisir, c’était de les voir courir se
sauver ! » Le plus dur ? Les voir partir, vers 15 ou 16 ans,
étudier en ville. « Ça a été un déchirement, dit-il, le poing
sur le coeur. À chaque départ, ça a été un deuil. Parce que je
savais que le tour des autres viendrait . Qu’un jour, on
serait seuls à la maison. Mais ne me faites pas pleurer, là !
»
LES ANNÉES 60 Accès aux salles
d’accouchement interdit
Sa femme et lui
suivent ensemble des cours de préparation à l’accouchement. «
C’était un peu révolutionnaire. »
« Mon plus grand rêve, c’était de dire à ma femme: voilà, tu
peux arrêter de travailler, je suis capable de te faire vivre. »
– Jean-Guy Duchaine, père de quatre enfants, nés en 1965, 1968,
et deux jumeaux nés en 1971. Au début des années 60, les
traditions perdurent : « Je suis un pur produit pré-boomer »,
résume Jean-Guy Duchaine. Quand un jeune homme rencontre une
fille de son goût, il la fréquente, et « pour aller au bout des
choses », le couple se marie. Il se marie donc à 20 ans, et
quelques mois plus tard, sa femme attend leur premier enfant. «
On en voulait cinq ou six, se souvient-il. On venait tous les
deux de grandes familles, alors pour nous, c’était normal. »
1969,
Jean-Guy Duchaine, avec sa fille Hélène.
À l ’ époque, i ls suivent ensemble des cours de préparation à
l’accouchement . « C’était un peu révolutionnaire. » Mais là
s’arrête la révolution, et, au grand dam de cette génération de
contestataires pré-1968, les pères sont exclus des salles
d’accouchement. « Ça bouillonnait au Québec, et ça, ça faisait
partie de ce qu’on remettait en question. »
Pendant tout le travail de la mère, le futur père est donc «
tenu à l’écart » dans une salle d’attente « macabre » aux murs
jaunis de Sainte-Justine, « à fumer comme un défoncé ». Puis, au
bout de 30 heures, le médecin finit par venir le voir pour lui
présenter enfin sa « belle petite fille ».
Fou comme un
balai, après avoir eu le « droit » de voir la mère quelques
instants, il sort en chantant dans la rue. « T’étais père, tu
avais prouvé ta masculinité. On était très fiers de ça. » Il
ne tarde pas à s’acheter les fameux cigares pour annoncer la
bonne nouvelle à sa famille et à ses collègues.
Puis sa vie reprend son cours. Car à l’époque, les pères n’ont
droit qu’à une journée de congé. « Et la maudite, elle est née
un samedi! » À la maison, il donne « un coup de main » à la
mère, mais les rôles, de son propre aveu, demeurent très
traditionnels.
Son travail aux ressources humaines de la Commission des
écoles catholiques de Montréal l’appelle rapidement à partir
souvent pour Québec. « Oui, ça a été difficile, je me sentais
toujours en conflit entre ma carrière et mon rôle de père. »
Aujourd’hui, deux divorces plus tard, après avoir été réduit à
de simples « droits de visite », pour passer ensuite à une
garde à temps plein, il est l’heureux « papi » de 12
petits-enfants. « Et c’est merveilleux, dit-il, visiblement
ému. J’ai semé une espèce de prolongement. Je me dis que c’est
ça, la paternité. »
LES ANNÉES 80 Un nouveau rythme de
vie
Pour son aîné, il
réussit à prendre quelques semaines de vacances. Impossible pour
sa deuxième. « J’ai essayé de brasser la cage ! (...) Mais ça
n’a pas marché. »
« Je ne suis pas une bibitte autoritaire. » – Michel Rouette,
père de deux enfants nés en 1981 et 1983. Michel Rouette a mis
du temps avant de se décider à avoir un enfant. Il ne se sentait
pas de taille. « Je me disais que faire un enfant, c’était le
plus gros pari qu’on pouvait faire. Et je ne suis pas joueur. »
Puis, un jour, le plus naturellement du monde, le fils d’un ami
le prend par la main. « Ça a été le déclic. J’ai vu que je
faisais l’affaire. » Sa femme, avec qui il est marié depuis 10
ans, arrête de prendre la pilule aussi sec. Alors qu’elle est
enceinte, ils suivent des cours prénataux, « très tendance à
l’époque », dont il ne se souvient de rien: « Ça ne m’a vraiment
pas marqué! » L’accouchement, par contre, est « très
bouleversant ». Le couple de la génération post-hippie choisit
un hôpital offrant des « chambres de naissance ». « J’étais ému,
craintif. Je me souviens encore de la première fois où j’ai
entendu le coeur. Wou… c’est quelque chose! » Il coupe le cordon
(« très résistant ») : « J’ai eu l’impression que le coeur
m’ouvrait comme une porte de garage. C’était réglé: je savais
que je l’aimais », dit-il, les yeux s’emplissant d’eau. Pour
revenir à la maison, il se revoit encore, au volant de sa
voiture: « Je n’ai jamais été prudent comme ça de ma vie
(rires)! Ça ne me ressemble pas. J’ai trouvé ça drôle comme
réaction! »
Pour son aîné, il réussit à prendre quelques semaines de
vacances de son poste de photographe, à Radio-Canada. Impossible
pour sa deuxième, malgré toutes ses revendications. « J’ai
essayé de brasser la cage! Je ne trouvais pas ça correct que
pour la mère, on ne se pose pas la question. Mais pour le père…
Mais ça n’a pas marché. »
À la maison,
il adopte rapidement un nouveau rythme de vie: celui du «
nouveau boss dans la maison ». Il se plaît à donner le biberon
la nuit (« même si je n’aime pasme lever tôt! »), et ne cache
pas son coeur brisé, le premier jour où il faut amener bébé à
la garderie. « Seigneur… » Les tâches sont par ailleurs « très
partagées, sans problème », dit-il, entre lui et la mère.
Adepte de la philosophie des Enfants libres de Summerhill, il
reconnaît avoir été un père peut-être trop « amical ». Signe
des temps, les enfants ne l’appellent d’ailleurs pas papa,
mais « Michel ». « Je voulais le moins d’interdits possible.
J’ai essayé qu’ils soient le plus l ibres possible. Mais vous
savez, on souhaite des choses pour nos enfants, on se fait une
idée de ce qui est bien, ou moins bien, mais au bout du
compte, on ne décide pas de tonnes de choses… »
LES ANNÉES 2000 Papa au foyer
« Ma priorité, ce
ne sera pas le travail. Ça va rester ma famille. »
« Être unpère, c’est êtreprésent, avoir des idées, les amener à
l’aventure, les allumer. » – Sébastien Lépine, père de deux
enfants nés en 2004 et 2007. Lundi après-midi. Le jeune papa
nous accueille un biberon à la main. C’est qu’il vient de
coucher fiston pour sa sieste. Il faut savoir que Sébastien
Lépine a pris un an pour s’occuper des enfants. Un an à la
maison, même si les enfants sont « grands » : 2 et 5 ans.
PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE
2009. Sébastien Lépine avec Auguste, 2
ans, et Fabie, 5 ans.
Àlanaissancedudeuxième, aprè s l ’ a nnée de congé parental de
la mère, c’est lui qui a enchaîné, mettant du coup sa carrière
de designer graphiste en suspens. « Deux professionnels qui
travaillent, c’était vraiment trop la course, dit-il. À un
moment donné, ça ne marche plus. » C’est qu’il avait vraiment
envie de prendre le relais. « J’avais vraiment envie. Je suis un
gars qui a des idées, pas juste pour les clients, mais aussi
pour mes enfants », dit-il. C’est ainsi qu’il se plaît désormais
à monter des spectacles de marionnettes à la garderie, ou encore
à organiser des conseils de fées à la maison. « Et c’est un
luxe, parce que j’ai la tête libre pour penser à eux. Avant,
j’avais la tête polluée par le travail. »
Même s’il sait qu’il va devoir sous peu recommencer à
travailler, ce sera sans culpabilité. Parce que les enfants
seront plus grands. « Et je sais que ce sera meilleur pour eux
d’être avec des enfants de leur âge. » Mais pas question pour
autant de s’oublier dans le boulot. Au contraire: « Ma priorité,
ce ne sera pas le travail. Ça va rester ma famille. »
D’ailleurs,
il a toujours voulu des enfants . « J’ai grandi dans une
famille très orientée famille », dit-il. Son père était du
genre à être de toutes les parties, quel que soit le sport,
quel que soit l’enfant. Et pas assis dans les gradins, mais
sur le terrain !
Pour ses deux enfants, il a donc suivi les cours prénataux
réglementaires, participé à l’accouchement, coupé le cordon,
et pleuré à chaque naissance. Chaque fois, il a pris un mois
de congé parental . Les premiers temps, il s’est levé presque
toutes les nuits et a changé des couches « en maudit ».
Aujourd’hui, tout père au foyer qu’il soit, il se voit comme
un papa « joueur » avant tout. « Je n’ai pas peur de me mettre
à leur niveau pour jouer avec eux. »
Il y a deux ans, la petite famille a provoqué la surprise
générale. Lors d’une fête pour souligner leur pendaison de
crémaillère, ils ont annoncé à tous leurs amis: « On se marie
! » Quand ? « Maintenant ! » Pourquoi ? « On était rendus là.
»
Histoire de pères et de pêche -
Sylvia Galipeau
Six gars.
Quatre bébés. Un chalet. Au programme, de la pêche sur glace,
des glissades et des barbouillages. Sans maman dans les
parages. Bienvenue au monde de la paternité, tendance post
2000.
« Je crois qu’on fait partie d’une génération de nouveaux
pères, lance Mathieu Cardin, qui nous a raconté cette semaine
un week-end dans le bois, entre jeunes pères, au plus creux de
l’hiver. Je n’aurai pas la prétention de dire qu’on est mieux,
mais on est différents. »
Une génération à mille lieues du portrait des pères en mal
d’engagement dépeint dans L’horloge biologique de Ricardo
Trogi, un film que notre jeune trentenaire et père de deux
enfants qualifie par ailleurs d’« insulte » aux pères
d’aujourd’hui. « On est des pères sensibles, poursuit-il. On
n’a pas peur de dire qu’on aime nos enfants. Personne n’est
macho. On prend nos enfants tout le temps avec nous, et on
s’en occupe du mieux qu’on peut. »
La preuve, c’est que cet hiver, pour « donner un break aux
mamans », il est parti avec cinq copains et leurs bambins,
pour une fin de semaine dans une pourvoirie. Les enfants, âgés
de 18 à 28 mois, n’ont jamais réclamé leurs mamans. « Ils
n’ont pas eu le temps! »
C’est que les petits, en plus de sauter sur des lits, ont fait
de la pêche sur glace, glissé sur des chambres à air,
découvert les traîneaux à chiens et joué tard le soir autour
du feu. « C’était trippant. On veut vraiment le refaire. »
L’expérience a
été trippante d’abord pour les enfants, qui ont pu vivre un
week-end de folies, hors du cadre habituel. « Tu sais comment
font les mères: elles mettent de la crème solaire... Nous, on
les laisse sauter sur les lits, faire le genre d’affaires que
les mères ne font pas. »
Trippante aussi pour les pères. Non seulement parce qu’une
fois les enfants couchés, ils se sont retrouvés entre gars
pour jaser, déguster des bières locales ou jouer au hockey,
mais aussi parce qu’ils ont pu se rapprocher de leurs enfants,
et s’affirmer davantage dans leur rôle de père. «
Quarante-huit heures sans la mère, à t’occuper de tout, leur
brosser les dents, les habiller, les nourrir, vraiment tout.
Tu te rends compte que, finalement, il n’y a pas de raison de
ne pas te faire confiance. Tout ce que la mère fait, t’es
capable de le faire aussi. À part allaiter. »
Tout, ou presque, concède-t-il en riant. « Bon, les trois
fillettes de la gang n’ont pas eu de couettes ou de tresses de
la fin de semaine; elles étaient toutes dépeignées, mal
habillées, leurs vêtements n’allaient pas ensemble. Et on se
l’est fait dire! »
Reste que quand Mathieu Cardin pense à son beau-père, qui n’a
jamais changé une couche de sa vie, ni hier, ni aujourd’hui («
quand il garde, c’est la grand-mère qui change les couches !
»), il n’a pas de doute possible: un monde de paternité les
sépare. « Pourtant, aujourd’hui, c’est quelque chose de
naturel. Et c’est le fun, finalement, s’occuper des enfants! »
« Le désavantage, c’est que les mères voient les pères qui
s’engagent, et elles en veulent toujours plus ! » conclut-il
avec un sourire...
La trame sonore de mon père - Stéphane
Laporte
J’ai vécu plus
de 20 ans chez mon père. J’ai l’impression de ne l’avoir
regardé, vraiment regardé, que quelques minutes. À coup de
brèves secondes bout à bout.
Je suis allongé sur le divan bleu dans le salon. J’ai le nez
presque dans la télévision. Je regarde Daniel Boone. J’entends
la serrure se déverrouiller. C’est mon père. Ça pourrait être
mon frère, il n’est pas rentré du collège encore, mais c’est
mon père. Il y a quelque chose dans la façon de tourner la
clé. C’est sec et rapide. C’est lui. Pas besoin de me
retourner la tête, je dis : « Bonjour Pa ! » Il me répond: «
Salut fiston! » J’entends la porte du placard s’ouvrir. Il
range son manteau, puis il referme la porte. Ses souliers
vernis font craquer le plancher. Il est dans le salon.
J’entends La Presse se déplier et les grandes pages se
tourner. Quand il donne une petite tape dans le haut de la
page pour qu’elle se tienne plus droite, je sais qu’il est en
train de lire l’article.
Puis c’est le son du frottement de l’allumette sur le carton
rugueux. Précis et rapide. Mon père maîtrise tellement la
technique, l’allumette n’a pas le choix, elle s’allume à tout
coup, du premier coup. Le cendrier glisse sur la table. Il
grille une cigarette, en silence.
Du fond de la cuisine, ma mère crie : « Le souper est prêt ! »
Je bondis et cours à toute vitesse vers la salle à manger.
J’entends la voix de mon père dire : « Cours pas ! » Je ne
l’écoute pas.
À un bout de la table, il y a ma mère, à l’autre bout, mon
père. Je suis assis à la gauche de mon père. Mon frère est à
ma gauche. Ma mère à la gauche de mon frère. Et ma soeur à la
gauche de ma mère. Bref, tout se passe à gauche. J’ai le cou
toujours tourné vers maman, Bertrand et Dominique. Tout seul à
droite, dans mon angle mort, Papa ne parle presque pas.
Je n’ai pas encore terminé mon dessert, j’entends sa chaise
reculer. Il s’en va faire la vaisselle. Ça s’entend. Le bruit
des assiettes qui s’empilent, de la coutellerie jetée dans les
tiroirs, des verres posés dans les armoires. Un véritable solo
de drum à enterrer Led Zeppelin. Je me sauve dans le salon,
juste à temps pour Jamais deux sans toi.
Quelques
minutes plus tard, j’entends le paquet de cigarettes tomber
sur la petite table du salon. La journée de mon père est
officiellement terminée. Mon père a toujours son paquet de
Matinée dans sa petite poche de chemise, sur son sein gauche.
Quand il l’enlève de là, c’est qu’il a fini de se déplacer. Il
détache ses souliers et s’allonge sur le divan vert. Vers 20
h, un bruit de journal froissé, de bûches déplacées, le
grincement du petit rideau de fer, mon père nous fait un feu.
Durant les pubs, je regarde les flammes danser.
Mon père n’est plus sur le divan vert, il est allongé sur le
tapis, près du foyer. Il se met à ronfler dans un crescendo
nasal symphonique. Quand son ascension est rendu trop haute,
je crie : « Pa! » pour le faire redescendre.
Puis ma mère me dit que c’est l’heure de me coucher. Je me
lève penaud. Je dis bonsoir à mon père qui se réveille en
sursaut. « Bonsoir mon gars! » Du fond de mon lit, j’entends
les pas de mon père dans le couloir. Je ne sais pas pourquoi,
mon père remet toujours ses souliers pour aller dans sa
chambre, pourtant c’est à côté du salon. Le son de la serrure
verrouillée à double tour, c’est le dernier signe de vie de
mon père avant la nuit...
J’ai vécu plus de 20 ans chez mon père. J’ai l’impression de
ne l’avoir regardé, vraiment regardé, que quelques minutes. À
coup de brèves secondes bout à bout. Pourtant ma mémoire se
souvient très bien de chacun de ses gestes, de chacune de ses
routines, de chacun de ses instants. Ils sont dans un fichier
audio. Mon père, c’était du son et du silence. Il était là.
Toujours là. Je le savais. Je l’entendais. Je ne pensais pas
que j’avais besoin de le regarder en plus. Je ne savais pas
que c’est avec les yeux que l’on aime le mieux. Que l’on
éclaire ceux que l’on aime. Et que les gens s’effacent à force
de ne pas être vus. Aujourd’hui, il n’est plus là. Mais je
l’entends encore. Comme un fantôme. Comme un esprit. Je vous
dirais même que je ne l’ai jamais autant regardé que depuis
qu’il est parti. Au fond de ma tête, il y a son visage.
Al lez donc regarder votre papa, aujourd’hui, ça va le garder
en vie. Et vous aussi.
Bonne fête des Pères!
Le dinosaure « rose » - Mario Roy
Qu’est-ce
qu’un père ? At-on besoin d’un père ? Si oui, comment être
père aujourd’hui ? Et, au fait, comment ça fonctionne, un
père ?
Avant de qualifier toutes ces questions de saugrenues, il
faut savoir qu’il s’agit des titres de quatre ouvrages
fort sérieux publiés récemment. La littérature sur la
paternité et sur les pères a fleuri au cours des dernières
années, de la savante étude historique ou sociologique
jusqu’au guide pratique, style
Cette logorrhée peut s’expliquer, au choix, par le regain
d’intérêt pour une fonction mâle qui aurait été
injustement ignorée dans le passé; ou alors par la quête
presque frénétique d’un modèle de paternité qui ne serait
pas encore tout à fait au point.
Les deux propositions sont exactes.
Mais, à une époque où un homme est enceint (!) de son
deuxième bébé aux États-Unis, la seconde hypothèse semble
la plus pertinente...
Le modèle de père actuellement le plus vendeur est, comme
on le sait, celui du « père-poule ».
Il s’agit de cet homme qui materne (le verbe paterner
n’existe pas officiellement) sa progéniture avec autant,
sinon plus d’ardeur que la mère. Ce phénomène est
difficile à illustrer par des statistiques, mais il en
existe quelques-unes, irréfutables.
Entre
1995 et 2003, le nombre de divorces ayant conduit à une
garde partagée a presque triplé, s’établissant à 29%.
Entre 1995 et 2006, la proportion des pères se prévalant
d’un congé parental est passée de 4 à 69%, l’incitation
étatique aidant.
Or, le « père-poule » n’est pas une invention nouvelle. On
a en effet établi que, chez quelques espèces de
dinosaures, ce sont les mâles qui couvaient les oeufs.
Rien à voir avec l’émergence d’un dinosaure « rose » :
d’un point de vue biologique, c’était tout simplement plus
efficace pour la survie de la couvée.
L’affaire n’est pas qu’anecdotique. À travers les âges,
les modèles de paternité ont été extraordinairement
divers, reflétant à la fois les nécessités sociales, les
cadres religieux ou politiques; même les effets de mode,
qui sait?
Dans la Rome antique, les pères avaient littéralement
droit de vie ou de mort sur leur progéniture. Au XVIIIe
siècle, l’instruction publique obligatoire, née de la
Révolution française, est le premier coup porté au
patriarcat, jusqu’alors dépositaire de l’information à
transmettre. Au XXe siècle, les deux guerres mondiales
forgent des sociétés sans pères: ils sont partis, souvent
morts, au combat. Le « père-poule » contemporain est, au
moins en partie, le fruit de l’accouplement entre la vague
égalitariste et la nécessité économique.
Tout cela suggère que, hors l’acte créateur, la paternité
est malléable à souhait.
Un homme peut voir la chose comme un effrayant dilemme:
que faire, en effet, s’il n’y a pas de mode d’emploi? Ou
alors comme une opportunité, celle de trouver par soi-même
le type de paternité qui sera le plus efficace pour la
survie de sa propre couvée.
Comme l’a fait le dinosaure « rose », finalement.
Les « pères malgré eux » s’expriment
- Mathieu Perrault
Une avalanche
de livres écrits par des pères, pour des pères déferle
actuellement sur le Royaume-Uni. En tête de palmarès, les «
pères malgré eux » s’épanchent et avouent leurs angoisses et
leurs insatisfactions. Ces confessions ont valu à l’un d’entre
eu
« Les pères ne sont pas nécessairement contre, mais ils
doivent accepter que ce n’est pas avant tout leur décision. Il
n’y a pas beaucoup de place pour qu’ils expriment leurs
sentiments partagés. »
Quand sa fille Amalia est née, après 24 heures de travail, une
sage-femme s’est tournée vers Nick Duerden. « Content? » lui
at-elle demandé.
Il n’a pas eu le temps de répondre. Sa belle-mère espagnole
est entrée dans la salle d’accouchement et a commencé à
embrasser tout le monde, sa fille, les médecins et les
infirmières. M. Duerden est sorti dans le couloir et s’est mis
à pleurer.
Bienvenue dans le monde des pères malgré eux. Depuis deux ans,
plusieurs livres écrits par des pères ont été publiés au
Royaume-Uni. Plusieurs ont un point en commun: ils évoquent
les sentiments contradictoires, voire négatifs, qui les
habitaient dans les premiers mois de la vie de leur premier
bébé.
M. Duerden,
qui est journaliste artistique, a eu la chance de se faire
baptiser, dans le Daily Mail, « le pire papa d’Angleterre »
dans une recension de son livre The Reluctant Fathers’ Club.
Il avait aussi éclaté en sanglots quand son épouse lui avait
annoncé qu’elle était enceinte. Et lorsqu’il est resté pour la
première fois seul pour un dodo avec sa petite Amalia, alors
qu’elle avait 16 mois, il n’a pu s’empêcher d’inviter des amis
pour la journée, au lieu de profiter de ses moments seul avec
elle. À cette occasion, Amalia a même failli s’étouffer avec
l’une des demi-sphères où sont cachés les jouets des chocolats
Kinder Surprise alors qu’il admirait un renard dans son
jardin.
« En général, ce sont les femmes qui prennent la décision
concrète que c ’est le temps d’avoir un bébé » , explique M.
Duerden en entrevue téléphonique. « Les pères ne sont pas
nécessairement contre, mais ils doivent accepter que ce n’est
pas avant tout leur décision. Il n’y a pas beaucoup de place
pour qu’ils expriment leurs sentiments partagés. Il est
certain que les dépressions post-partum sont plus
douloureuses, mais ce n’est pas une raison pour ne pas parler
des angoisses des pères. »
Un aut re auteur, Michael Lewis, qui a publié An Accidental
Guide to Fatherhood, évoque quant à lui le peu d’intérêt
qu’avait pour lui sa fille Quinn dans les premiers mois de sa
vie. « Je me souviens parfaitement d’être sur un balcon, avec
elle qui pleurait dans mes bras, et m’être demandé ce que je
ferais si ce n’était pas illégal de la jeter en bas. L’amour
maternel est instinctif, mais l’amour paternel est un
comportement qu’on apprend. C’est le mystère de la paternité :
comment le ressentiment qu’éprouve un homme face à cette chose
qui chambarde totalement sa vie se transforme-t-il un jour en
amour? »
EMBÛCHES AU FOYER? - Marc Tison
PÈRES À
LAMAISON Une majorité de pères québécois utilisent leur
congé de paternité. Une proportion importante profite du
congé parental. Chez les jeunes familles à un seul revenu,
le père est à la maison une fois sur 10. Quelles sont les
conséquences fina
Père au foyer? « C’est une super expérience, résume
Pierre-Yves Villeneuve. On est en meilleure position pour
comprendre ce que les femmes ont vécu, mais en même temps,
on développe des relations avec nos propres enfants, qu’on
ne pourrait développer autrement. »
Auprès de ses amis,
PierreYves Villeneuve est devenu une référence en congé
parental. Il a appris à la dure, lors de la naissance de
leur premier enfant, en septembre 2007. Le couple pensait
pouvoir choisir le congé parental à la carte, l’un optant
pour le régime de base, l’autre pour le régime particulier.
« Il a fallu le comprendre, raconte-t-il. Et on ne s’était
pas préparé de fonds à l’avance. »
Certaines dépenses ont alors diminué. Dès le premier jour de
son congé, Pierre-Yves Villeneuve a appelé son assureur
automobile pour faire modifier son contrat. Son kilométrage
venait de passer de 1000 km à 50 km par semaine. « C’était
plusieurs dizaines de dollars sur la durée du congé, ditil.
On le prend. »
La facture d’électricité a surpris Pierre-Yves Villeneuve.
Avec une présence permanente à la maison, le chauffage n’est
plus réduit durant le j our. Ajoutez les innombrables
lavages et séchages…
Son employeur, a-t-il appris à son retour au travail, avait
continué à payer les primes de ses avantages sociaux. Mais
il lui fallait les rembourser, ce dont son maigre relevé de
salaire a fait foi. « C’était 500$ à 600$ d’un coup. Ça
donne un choc. »
Maintenant bien au fait de ces subtilités, il s’apprête à
prendre le relais de sa conjointe, en septembre prochain,
auprès de leur seconde fille de trois mois. « Je vais mettre
un peu d’argent de côté », assure-t-il.
À l’inverse,
le congé parental peut venir soulager à point nommé un
problème imprévu. La plani f icatrice f inancière Josée
Jeffrey donne l’exemple de son neveu, qui avait épuisé ses
cinq semaines de congé de paternité et était retourné au
travail. Après quelques mois, il a perdu son emploi. « Sa
blonde, qui commençait à s’ennuyer à la maison après sept
mois de congés parentaux (faut croire que son bébé est très
calme), a suggéré que papa bénéficie du solde des
prestations parentales et qu’elle reprenne son emploi,
raconte-t-elle. Ainsi, il n’y a aucune perte de revenus
pendant les mois restants. Une bonne idée ! »
Des congés populaires
En 1995, à peine 4 % des papas québécois se prévalaient d’un
congé parental. Avec la mise en place du Régime québécois
d’assurance parentale, en janvier 2006, la participation des
pères a explosé. Dès 2006, 69% des nouveaux pères
admissibles ont demandé un congé de paternité.
Les autres? « Ce ne sont pas 30% de mauvais pères », insiste
Raymond Villeneuve, directeur du Regroupement pour la
valorisation de la paternité. Selon lui, ils craignent
plutôt de ne pas pouvoir retrouver leur emploi au retour –
travailleurs saisonniers ou autonomes, par exemple.
On ne se racontera pas d’histoires: du point de vue
financier, la question du parent au foyer se pose exactement
de la même façon pour un père que pour une mère. La seule
nuance tient peut-être au regard des autres… notamment des
employeurs. « Généralement, ils sont moins compréhensifs
avec les pères qu’avec les mères », relève Raymond Vi l
leneuve. Déjà que ça surprend quand un père avertit qu’il ne
pourra pas entrer au travail un aprèsmidi parce que son
enfant est malade, de dire qu’il veut partir pour un an et
demi, je ne suis pas sûr que ça plaise beaucoup à
l’employeur. »
Néanmoins, la société s’ajuste peu à peu. Josée Jeffrey
l’observe en rigolant: « À la télévision, les meilleurs
conseils culinaires ne nous viennent plus de Soeur Angèle ou
de Jeannette Bertrand mais bien de Jean-François Plante à
TVA, de Louis-François Marcotte à TQS, de Ricardo à
Radio-Canada, ditelle. Nos hommes à la maison apprendront de
bonnes recettes de leurs modèles masculins ! »
Pierre-Yves Villeneuve, lors de son premier congé, en avait
déjà pris l’initiative. « Je ne sais pas si c’est
économique, mais je me suis mis à faire du pain ! »
PLANIFICATION DE NAISSANCE - Marc Tison
Une femme sans
emploi. Un futur père sur le point de prendre un congé
parental d’un an. Un budget en déroute.
En février 2008, quand le jeune couple est venu consulter
Nathalie Champagne, conseillère budgétaire au CIBES de la
Mauricie (ACEF), sa situation financière était au plus mal.
« C’était un cas de surendettement et de mauvaise
planification », explique-t-elle.
Ça ne s’est pas amélioré avec le congé parental. Le jeune père
gagnait un salaire net de 570$ par semaine. L’assurance
parentale lui a versé deux paiements de 940$ par mois. « Il
est passé d’un revenu mensuel de 2451$ à 1880$ », calcule
Nathalie Champagne.
Heureusement, le couple avait rencontré la conseillère pendant
que le père était encore au travail. Guidés par le CIBES, ils
ont pu mettre leurs comptes à jour, acquitter les petites
dettes, en prévision de la période de revenus moindre qu’ils
savaient venir. « S’ils étaient venus nous voir au moment où
le père tombait en congé parental, ça aurait été beaucoup plus
difficile de rattraper le retard, observe Nathalie Champagne.
Ils n’auraient pas eu la marge de manoeuvre nécessaire. »
Morale de l’histoire : « C’est comme une année sabbatique, ça
se planifie d’avance, avise la planificatrice financière Josée
Jeffrey. Les prestations parentales peuvent donner un coup de
main, mais ensuite, il faut calculer, planifier, refaire le
budget. »
Certains couples souhaiteront assurer une présence parentale
prolongée durant la petite enfance. Le problème se pose de la
même façon pour un père ou une mère au foyer: une fois l’année
de congé parental achevée, le couple peutil se contenter d’un
seul revenu? « Lameilleure chose est de faire un bilan, de
prendre une photo de la situation financière de la famille »,
recommande Robert Le Sieur, planificateur financier au Groupe
Investors. Une estimation réaliste des revenus et dépenses est
alors essentielle.
« On évalue,
et si on arrive, il faut faire un budget, poursuit-il. Mais on
doit ensuite le respecter. Il est certain qu’il faudra
diminuer nos activités, mais c’est une décision familiale. »
Un soupçon de simplicité volontaire
Éliminer un revenu sur deux pendant quelques années fait mal
au budget. « Il y a une réflexion sur la vie à faire, observe
Bertrand Rainville, conseiller budgétaire au CIBES. On est
dans le domaine de la simplicité volontaire. »
Tiens, tiens… Petit coup de fil au Réseau québécois pour la
simplicité volontaire.
« Le concept de simpl icité volontaire se prête très bien à ce
genre de décision, de décrocher un peu de la surconsommation
», confirme Louis Chauvin, président du Réseau et professeur à
la Faculté de gestion de l’Université McGill. « On dit
aujourd’hui qu’il faut que les deux travaillent pour qu’on
arrive. Mais dans les années 50, les gens arrivaient très bien
avec un salaire. Ils vivaient cependant dans des maisons plus
petites, il n’y avait pas deux autos à la porte, les enfants
n’allaient pas tous dans des écoles privées, ils ne
voyageaient pas dans le Sud à tous les ans. Les gens
arrivaient. »
Revenons à notre époque: le couple qui ampute un de ses
revenus devra adapter son train de vie, sacrifier certaines
dépenses. « J’aime mieux modification que sacrifice », corrige
Louis Chauvin. « C’est un choix. On a trouvé quelque chose qui
nous plaît davantage, rester avec ses enfants et de développer
ce lien. Si on le fait de façon très consciente, cette
satisfaction devrait réduire notre besoin de rechercher notre
satisfaction dans les objets de consommation. »
Plus concrètement, le premier geste de planification
consistera à réduire l’endettement au minimum. Ce sera
l’occasion d’une réflexion sur les besoins réels de logement,
indique-t-il.
Dans les sessions sur la paternité qu’il donne aux futurs
pères dans les cours prénataux, Raymond Villeneuve constate en
effet certaines illusions à ce propos. « Sur 10 gars, il y en
a toujours trois qui se sont acheté une nouvelle maison pour
leur premier enfant, observet-il. Ils peuvent se mettre dans
des situations invraisemblables : ils n’ont aucune idée de ce
qu’est un bébé et ils prévoient construire des murs pendant
leur congé de paternité! »
De très sages femmes
Ces
professionnelles oeuvrent avec une réelle passion et un
dévouement incroyable
Les sages-femmes croient en la force
du corps de la femme à pouvoir naturellement mettre au monde
un enfant. Je les ai senties très rassurantes
durant l’accouchement.
L’auteure habite à Trois-Rivières.
Ma grossesse m’a permis de découvrir de merveilleuses femmes :
les sages-femmes. Pour ces 40 semaines, j’ai été suivie à la
Maison de naissance de Nicolet, et j’y ai donné naissance à ma
fille le 5 janvier dernier. Je suis vraiment enchantée de mon
expérience, mais j’ai pu percevoir à quel point on entretient
des préjugés envers cette profession. On connaît peu ces
professionnelles oeuvrant dans leur domaine avec une réelle
passion et un dévouement incroyable.
Durant ma grossesse, les sages-femmes ont pris le temps de
répondre à mes questions. Elles m’ont renseignée dans le but
de m’aider à prendre des décisions éclairées. Elles se sont
souciées de ma santé physique et mentale durant toute ma
grossesse. Elles ont su me recommander à d’autres
professionnels de la santé lorsque cela s’est avéré
nécessaire.
L’accueil des sages-femmes est chaleureux. Lorsqu’on entre à
la Maison de naissance, on se sent bien. C’est un lieu propice
à la détente: une belle chambre, un bain profond, des lumières
tamisées, un grand lit où papa et maman peuvent dormir après
l’arrivée de l’enfant. Les papas participent pleinement à la
grossesse. Ma sage-femme est venue chez moi au jour de l’An
pour m’examiner, alors que j’avais une douleur intense au
bas-ventre. Et, vous savez, elle est venue avec le sourire !
Les
sages-femmes sont à l’écoute des désirs de la femme pour
l’accouchement. Elles croient en la force du corps de la femme
à pouvoir naturellement mettre au monde un enfant. Je les ai
senties très rassurantes durant l’accouchement, entre autres,
en proposant des conseils pour apprivoiser les contractions.
Elles savent être présentes, mais se faire discrètes lorsqu’il
le faut.
On trouve sur place tous les équipements pour intervenir sur
bébé et maman si une urgence se produit, mais ceux-ci sont
cachés. Les aides natales durant l’accouchement apportent
noix, fruits séchés, jus de fruits et eau pour permettre à la
femme de garder son énergie.
Après l’accouchement, une aide natale prépare un superbe plat
de fruits frais accompagné de fromage, noix, yogourt et
croissant pour reprendre des forces. Elles donnent également
des recommandations pour reprendre le fer perdu à
l’accouchement, pour l’allaitement, le retour à la maison, le
siège d’auto, les papiers à remplir concernant la naissance,
etc. La sage-femme vient par la suite faire plusieurs visites
à domicile pour voir comment se portent maman et bébé.
Pourquoi s’en passer quand on sait que les frais sont
acquittés par la fameuse carte soleil ? Que ces
professionnelles étudient durant de nombreuses années à
l’université la grossesse et la périnatalité ? Que ces «
perles natales » ont une véritable passion pour ce que vous
vivez durant votre grossesse et la vie grandissant en vous?
Je n’ai que des commentaires positifs concernant mon
expérience à la Maison de naissance... Je souhaite à tous les
enfants d’avoir un accueil aussi humain, tout en douceur,
commeÉmilie, ma petite puce, a pu le vivre il y a quelques
mois... Je souhaite à leurs parents de découvrir cet endroit
extraordinaire et ses « très sages femmes »...
Je suis ta
mère, pas ta copine - SYLVIA GALIPEAU
Unsoirdefatigue, sans réfléchir, laphrasenous échappe: « Je ne
suis pas ta copine. J’aurais préféré un garçon. Tu ne peux pas
ressembler davantage à ta soeur ? »
Dans un tout nouveau livre, Entre mères et filles, les mots
qui tuent, publié chez Flammarion, la spécialiste du
décryptage verbal Caroline Messinger, coauteure et femme du
prolifique psychologue français Joseph Messinger, a répertorié
une centaine de phrases du genre, assassines, quoique
prononcées la plupart du temps innocemment, qui ont le don de
polluer une relation.
Objectif? Faire prendre conscience aux mamans du poids de
leurs paroles et, surtout, leur proposer des pistes pour les
nuancer.
« Bien sûr, le but n’est pas d’atteindre la perfection, de
gommer nos paroles pour avoir un discours parfait,
nuance-t-elle en entrevue. Nous sommes toutes imparfaites.
Heureusement. L’enfant doit savoir que nous avons le droit de
nous mettre en colère. Cela dit, il faut avoir conscience que
nos mots peuvent être nocifs. »
Les mères
seraient tout particulièrement cinglantes face à leurs filles.
Car outre le premier émerveillement, « la plupart du temps »,
la fillette finit par incarner, inconsciemment, « le
prolongement de la mère ». « Quelque part, la fille représente
la deuxième chance de la mère. » Or, évidemment, elle n’est
pas un prolongement de sa mère. Elle ne réalisera pas
nécessairement non plus là où sa mère a échoué. Ne lui en
déplaise. Résultat: « Tout s’effondre pour la mère. » D’où les
conflits.
Caroline Allard, alias Mère indigne, n’a jamais senti que sa
mère faisait de la projection sur sa personne. Au contraire.
Elle a toujours fait preuve d’une grande lucidité. La
blogueuse se souvient encore quand, alors qu’elle était gamine
et rêvait de devenir patineuse artistique, sa mère lui avait
avoué la triste vérité : « Tu n’es pas très gracieuse, chérie.
» « Sur le coup, ça m’a ébranlée. Mais ça m’a ramené les deux
patins sur la glace... » À l’adolescence, il y a certes eu des
conflits (« j’étais assez tête de cochon »), mais tout est
rentré dans l’ordre dans la vingtaine. Du coup, loin de
vouloir se distancer, elle espère incarner, à l’instar de sa
mère, une source de « réconfort et de lucidité » auprès de ses
propres filles. Elle lui a d’ailleurs déjà volé quelques
expressions (« chez les autres, c’est chez les autres; chez
nous, c’est chez nous »). « Mais je suis devenue une mère
indigne, alors elle a dû faire quelque chose de pas correct
quand même... » glisse la blogueuse à la blague.
N’empêche. Pour écrire son livre, Caroline Messinger a fait un
appel à tous (toutes) sur le site de santé Doctissimo. Elle a
invité mères et filles à lui transmettre les mots ou les
phrases qui ont pollué leur relation. « J’ai été submergée de
témoignages », dit-elle. En deux mois, plus de 300 femmes se
sont manifestées. Parmi les phrases les plus souvent
enregistrées, l’incontournable « je suis ta mère, pas ta
copine », des questions territoriales (« c’est ta chambre,
mais tu es dans ma maison »), beaucoup de références négatives
face au petit copain (« il n’est pas assez bien pour toi »),
plusieurs références au look, à l’image ou au poids (« arrête
de manger comme ça »), ou encore à la sexualité (« ton frère
ne m’en fait pas voir autant que toi »).
À leur décharge, les mères ne sont, « la plupart du temps »,
pas conscientes du pouvoir dévastateur de leurs mots. « La
pollution vient du décalage entre la façon dont les choses
sont exprimées, et celle dont elles sont reçues. » Mais bonne
nouvelle, ce n’est pas irréparable, conclut Caroline
Messinger. Il suffit de reconnaître le tort causé par nos
paroles. Corriger le tir. S’excuser. Et voir à s’exprimer
autrement.
Mythes
et réalités de la maternité - Mathieu Perrault
C’est plus facile au deuxième
Lesmèresqui
trouvent l’arrivéed’un deuxième enfant plus facile, malgré les
horaires plus compliqués à cause des soins à donner au premier,
ont parfaitement raison. Plusieurs études montréalaises ont
montré que les mères ont moins d’hormones de stress pendant les
grossesses subséquentes à la première. Elles sont donc moins
affectées par les petits et grands revers de la vie. Cet effet
est particulièrement évident chez les femmes qui allaitent.
Intarissables
Les mères qui ne cessent d’évoquer les petits détails de la
vie de leurs enfants pourraient leur rendre un grand service,
selon plusieurs études. Les enfants qui entendent parler de leurs
journées en bas âge et, surtout, qui en discutent avec leur mère
ont des capacités accrues en matière de langage, de mémoire et de
relations sociales; ils sont plus rassurés dans leur attachement
et, à l’adolescence, ils se souviennent davantage de leur petite
enfance. Ces souvenirs plus vivaces favorisent une meilleure
estime de soi et une meilleure compréhension de ses désirs, de ses
forces et de ses faiblesses.
Fils et filles
Rien de tel qu’une mère et sa fille. Ou qu’une mère et son
fils? La psychologie populaire regorge de jugements sur le type de
relation qu’une femme aura avec ses enfants en fonction de leur
sexe. Mais tout ce blabla pourrait n’être que fumée, selon une
étude israélienne. À partir d’un échantillon de 225 enfants et 90
mères, les chercheurs ont conclu que l’empathie mutuelle est la
même entre une mère et sa fille qu’entre une mère et son fils. Il
n’y a que dans les milieux plus défavorisés que les couples
mère-fille étaient plus égalitaires dans leur empathie que les
couples mère-fils. Les psychologues de l’Université hébraïque de
Jérusalem voulaient vérifier les théories selon lesquelles les
relations hommes-femmes étaient toujours asymétriques sur le plan
de l’empathie.
Adolescence et dépendances
Tout ne se joue
peut-être pas avant 5 ans, mais est-ce que tout se joue avant
l’adolescence? Pas du tout, selon une étude australienne: les
mères maintiennent une influence marquante sur leurs enfants
même après la puberté. Les chercheurs du centre de recherche
Orygen ont soumis 113 adolescents à des tests d’imagerie par
résonance magnétique de leur cerveau, après avoir mesuré le type
d’interactions qu’ils avaient avec leur mère. Les mères les plus
critiques dans leurs interactions avaient les adolescents ayant
la zone de la récompense la plus développée. Cette zone du
cerveau est liée à la sensibilité à l’alcool, aux drogues et au
jeu compulsif. En d’autres mots, les mères plus conciliantes
avec leurs ados limitent leur risque de dépendances.
À la puberté
Les mères jouent un rôle plus important que les pères dans
la définition de l’identité sexuelle à la puberté, selon une
étude américaine. Les psychologues de l’Université d’État de
Pennsylvanie ont observé que passer beaucoup de temps avec leur
mère aide toutes les filles à acquérir des qualités féminines,
alors que seule une partie des garçons – ceux qui ont un taux de
testostérone plus bas que la moyenne – acquièrent davantage de
qualités masculines en passant beaucoup de temps avec leur père.
La famille dans tous ses états
- Sylvia Galipeau
Oubl iez les
contes de fées. Aujourd’hui, de moins en moins de couples se
rencontrent, se marient, vivent heureux et font beaucoup
d’enfants. Un enfant sur deux vit désormais dans une famille
dite « non traditionnelle » : avec un père, sans mère; deux
mères, pas de père ; plein de demi-pères et demimères, etc.
Disons qu’au-delà de l’union de fait, les arrangements «
différents » ne manquent pas.
C’est aussi 13 scénarios tous moins traditionnels les uns
que les autres que nous présentera Télé-Québec à l’automne,
avec Toute une famille!, une nouvelle série documentaire
réalisée par Sophie Lambert et narrée par l’humoriste Yvon
Deschamps.
« J’ai voulu placer la famille dans son contexte actuel, a
expliqué au lancement cette semaine la documentariste Sophie
Lambert. Nous avons depuis des millénaires le même modèle,
avec les mêmes rôles typiques: le père chasseur pourvoyeur
d’un côté, et la mère au foyer, avec ses enfants, de
l’autre. Or, depuis 40 ans, il y a eu beaucoup de
chamboulements. » Non seulement les femmes travaillent, les
couples se séparent, mais les homosexuels peuvent aussi
adopter, l’insémination artificielle est ouverte aux couples
lesbiens. Après avoir été essentiellement subie, la famille,
désormais, se choisit.
L’équipe a donc rencontré 13 familles « non traditionnelles
» : des mères colocs, une famille recomposée, un couple
lesbien, un couple gai, un couple séparé sous un même toit,
etc. Chaque fois, l’équipe a passé près d’une semaine avec
la famille, voyageant entre son quotidien à la maison,
l’école, la ruelle et le travail. Objectif? Illustrer ses
journées, qu’il s’agisse des repas, du dodo, des devoirs,
des conflits ou des réconciliations. Laisser les membres
s’exprimer, réfléchir à leur statut, leurs modèles, mais
aussi se questionner et se confronter aux préjugés.
Dans le
premier épisode, Les Colocs, une fillette présente sa
famille: d’abord sa mère, son demi-père, son père, sa coloc,
sa soeur, sa demi-soeur, et son autre coloc... Dans cette «
méchante galère » comme la qualifie à la blague Yvon
Deschamps, où personne ne pense trop à l’avenir, c’est
pourtant l’harmonie qui règne. Tout ce beau monde mange
ensemble, dort parfois dans la même chambre, et se partage
un répondeur avec un message long comme le bras. Une des
mères, séparée, explique: « Je suis contente que mon fils
vive dans une grande famille. C’est l’fun! » Une deuxième
rajoute: « J’ai vécu un an seule avec ma fille, mais je n’en
pouvais plus! » La troisième conclut: « La pression est
forte pour vivre dans une famille nucléaire. Mais si ça ne
fonctionne pas, il y a des alternatives. »
Le deuxième épisode, « Mes enfants, tes enfants, ma maison
», est nettement moins gai. C’est la famille recomposée,
avec toutes ses tensions, qui est ici présentée. Or, les
chiffres sont sans équivoque: les enfants de ces familles
sont trois fois plus susceptibles de voir leurs parents se
séparer de nouveau. Les chiffres ne se démentiront pas:
pardonnez que je vous vende la mèche, mais le couple, en
plein tournage, a annoncé qu’il se séparait.
Et ce ne sera pas la seule surprise de la série, riche en
rebondissements. Comme la vie, finalement.
Toute une famille !, à partir du mercredi 9 septembre, à
19h30, sur les ondes de Télé-Québec.
VIVRE AVEC
LUI... ET ELLES - Vivre en polygamie...
La polygamie
n’est peut-être pas ce que vous pensez. Après avoir interviewé
une vingtaine de femmes du village polygame de Bountiful, en
Colombie-Britannique, la juriste montréalaise Angela Campbell
brosse un portrait tout en nuances de la formule Big Love
Deux étudiantes discutent dans la classe d’un collège de
Creston, en ColombieBritannique. L’une des deux filles confie
qu’elle est maman d’un petit bébé.
« Mais qui donc garde ton enfant pendant que tu étudies? »
s’enquiert sa compagne.
« Oh, mon bébé est avec ma soeurépouse », rétorque la jeune
femme.
Sa réponse soulève des soupirs admiratifs. « Je t’envie
tellement, moi je me bats chaque matin pour trouver une
gardienne… »
Non, cette scène n’est pas tirée de Big Love, la télésérie qui
raconte la vie d’une famille polygame dans une banlieue
américaine. La jeune maman qui tire profit de la présence d’une
coépouse existe vraiment. Elle vit à Bountiful, une communauté
mormone polygame du sud de la Colombie-Britannique.
Ce partage des tâches familiales, c’est précisément ce que les
femmes de Bountiful apprécient le plus dans leur mode de vie, a
constaté la juriste Angela Campbell lorsqu’elle a séjourné dans
la communauté, l’an dernier.
Ce qu’el les aiment le moins ? La jalousie et le manque d’espace
personnel.
Des histoires diversifiées
Professeure à l’ Université McGill, Angela Campbell a passé une
semaine à Bountiful, en juin 2008, pour y interviewer une
vingtaine de femmes, dont la maman étudiante de Creston.
La réalité de ces femmes est beaucoup plus nuancée que l’image
qu’en présentent les médias, constate Angela Campbell. Ainsi,
les femmes de Bountiful ont beaucoup plus de prise sur leur vie
que ce que l’on imagine.
« J’ai surtout été frappée par la diversité de leurs histoires
», dit-elle.
Car ces femmes sont loin de sortir toutes d’un seul moule.
Certaines ont des tas d’enfants, d’autres se contentent de deux
ou trois. Certaines ont été mariées très jeunes et sous
pression, d’autres ont pu choisir leur époux. Même la polygamie,
inhérente aux croyances de cette secte de mormons dissidents,
n’est pas obligatoire. Angela Campbell a rencontré des femmes
qui, tout en acceptant le mode de vie polygame, ont
personnellement opté pour un mariage « mono ».
Oubliez le stéréotype de la femme soumise en robe
traditionnelle, qui semble sortie tout droit d’un film d’époque.
Lors de son séjour, Angela Campbell a vu des adolescentes
écouter Eminem sur leur lecteur MP3, en jeans et t-shirt.
Elle a entendu
des sages-femmes confirmer que la contraception est répandue à
Bountiful, même si les hommes ne sont souvent pas mis au
courant. Elle a rencontré des femmes qui ont un emploi,
administrent leur argent et font du camping avec coépouses et
enfants.
Dans un des cas, deux coépouses sont devenues si proches
qu’elles ont décidé de s’épouser ! Aux yeux de leur communauté,
elles appartiennent toujours à un mariage « céleste », non
reconnu par le gouvernement. Aux yeux de l’État, elles sont
membres d’un mariage homosexuel parfaitement légal.
« Ce mariage a causé tout un choc dans la communauté », dit
Angela Campbell. Mais à la longue, les fidèles de L’Église
fondamentaliste des saints des derniers jours ont fini par
tolérer ce drôle de couple.
Un monde de femmes
Malgré l’inévitable jalousie, les femmes d’un « mariage multiple
» trouvent souvent plus de gratification avec leurs coépouses
qu’avec leur mari , plutôt absent . « Mes soeurs-épouses sont
comme mes meilleures amies, je fais plus de choses avec elles
qu’avec mon mari. Parfois je pense que je suis davantage mariée
avec mes coépouses qu’avec lui », a confié une des femmes qui
ont participé à la recherche de Mme Campbell.
Un des avantages de cette pluralité : les femmes peuvent faire
front commun contre le mari. « Je compatis avec les gars, ils
sont très minoritaires même quand ils n’ont que deux épouses »,
a noté une autre femme.
Souvent, les femmes ont la mainmise sur les finances du ménage,
elles partagent le fardeau des factures et décident
collectivement de leurs dépenses. « On s’assoit ensemble et on
décide, le gars n’en a pas la moindre idée, il est au travail »,
a révélé une de ces femmes.
Jalousie, tensions
Tout n’est pas idyllique, loin de là. « C’est difficile quand
votre mari est avec une autre femme, il faut juste essayer de ne
pas y penser, ou se dire que vous êtes sa favorite », a dit une
femme de Bountiful.
D’autres ont mentionné les aléas de la vie communautaire et les
tensions qui naissent quand votre coépouse ne partage pas votre
enthousiasme pour le ménage, par exemple.
Une jeune femme a raconté avoir subi beaucoup de pression pour
se marier, alors qu’elle voulait poursuivre ses études. Elle a
tenu le coup jusqu’à 20 ans avant de céder.
Mais ces femmes sont-elles amoureuses de leur mari ? « Il y a
tous ces livres sur le romantisme et l’amour, mais la vie, c’est
plus que ça », a confié une des femmes, ajoutant qu’un bon
mariage « exige du travail ». Certaines trouvent d’ailleurs
incongru que leur mode de vie soit rejeté, alors que la société
accepte les amours adultères. Pourtant, a noté une femme, la
seule différence entre les femmes trompées à leur insu et les
mariages polygames, « c’est que moi, je suis au courant! »
En représentant Bountiful comme une bulle « monolithique,
hostile, perverse et cloîtrée », on renforce les arguments en
faveur de la prohibition de la polygamie, conclut Angela
Campbell. « Mais quand on réalise que les habitants de Bountiful
nous ressemblent à bien des égards, ça devient plus difficile de
justifier que leur mode de vie puisse leur valoir la prison. »
Direction Cour suprême?
- Criminalisation de la polygamie
Après avoir
jonglé avec cette possibi l ité pendant des décennies, le
gouvernement de la Colombie-Britannique a porté, en janvier,
des accusations contre deux polygames de Bountiful : Winston
Blackmore, qui a conclu un « mariage céleste » avec une
vingtaine de femmes, et James Oler, marié à deux femmes.
La poursuite est fondée sur l’article 293 du Code criminel,
qui interdit « toute forme d’union conjugale » avec plus d’une
personne à la fois.
« En retard sur la réalité »
Cette disposition qui date de la fin du XIXe siècle est
terriblement en retard sur la réalité, souligne Susan
Drummond, professeure à l’Osgoode Law School de l’Université
de Toronto. « Aux yeux de la loi, je suis polygame », a-t-elle
écrit dans un article publié dans le and Mail.
Comment cela? Parce que Mme Drummond, séparée de son premier
conjoint dont elle n’a jamais vraiment divorcé, a une « forme
de vie conjugale » avec un autre homme. Techniquement , el le
est bigame !
Cette juriste qui se définit comme féministe croit que cela ne
sert à rien de jeter Winston Blackmore et James Oler en prison
simplement parce qu’ils ont enfreint la loi qui interdit la
polygamie.
Si on
démontre qu’ i ls sont coupables d’abus sur des femmes
mineures, c’est une autre paire de manches. Mais pas la peine
de faire appel à des lois contre la polygamie pour les
traduire devant la justice. Selon elle, la polygamie comme
telle devrait être décriminalisée.
« Il y a d’autres façons de protéger les femmes qui vivent
dans des mariages
Globe multiples que de les menacer de prison », ajoute-t-elle.
Opposée
Ce n’est pas l’opinion de l’ancienne juge de la Cour suprême
Claire L’HeureuxDubé, qui s’est dite opposée à la polygamie
lors d’une rencontre avec des parlementaires québécois, en
mars. « Le mariage, c ’est l’union entre deux personnes, point
. La polygamie va à l’encontre de l’égalité entre hommes et
femmes », a-t-elle dit.
Winston Blackmore n’a jamais nié avoir conclu tous ses «
mariages célestes » qui, en passant, ne sont pas reconnus par
l’État. Selon son avocat, Joe Arvay, il compte plaider non
coupable, en faisant valoir que la prohibition de la polygamie
est contraire à la Constitution.
Du bonbon pour la Cour suprême qui, selon toute probabilité,
finira par hériter de ce dossier.
Clinton
s’enflamme devant le Congrès
DROIT À
L’AVORTEMENT
— La secrétaire d’État amér icaine, Hi l la ry Clinton, a
retrouvé sa verve de la campagne présidentielle hier au
Congrès, pour y défendre avec passion le droit à l’avortement
et la décision de l’administration de financer des campagnes
de planning familial à l’étranger.
Mme Clinton, qui témoignait devant la commission des Affaires
étrangères de la Chambre des représentants, venait d’être
interpellée par un élu républicain du New Jersey fervent
opposant à l’avortement, Christopher Smith, qui lui a demandé
si l’administration du président démocrate Barack Obama
cherchait à influencer des pays d’Afrique ou d’Amérique latine
sur cette question.
« Monsieur le représentant, je respecte profondément vos
inquiétudes passionnées et les opinions que vous avez toujours
défendues dans votre carrière », a rétorqué la chef de la
diplomatie américaine.
Mais « nous sommes en total désaccord, a-t-elle ajouté. Je
suis fermement convaincue que vous avez le droit de défendre
vos opinions et tous ceux qui sont d’accord avec vous
devraient pouvoir le faire, mais nous aussi ».
« Il se trouve que nous considérons le planning familial comme
une part très importante de la santé des femmes et la santé de
la reproduction comprend l’accès à l’avortement qui, à mon
avis, doit être sûr, légal et rare », a poursuivi Mme Clinton.
« J’ai visité
des hôpitaux au Brésil où la moitié des femmes accueillaient
leur bébé avec une joie enthousiaste et l’autre moitié
luttaient pour leur vie après un avortement raté », a-t-elle
ajouté.
« Je suis allée dans des pays d’Afrique où des fillettes de 12
ou 13 ans attendent des enfants. Je suis allée dans des pays
d’Asie où le refus de planning familial confine les femmes à
une vie d’oppression et de détresse », a-telle continué.
L’ex-président George W. Bush, foncièrement opposé à
l’avortement et la contraception, a financé pendant ses deux
mandats des campagnes de promotion de l’abstinence, notamment
en Afrique.
Le dépa r tement d’État a annoncé fin mars la décision de
l’administration Obama de contribuer à hauteur de 50 millions
de dollars au Fonds des Nations unies pour la population (
UNFPA) en 2009, leur premier apport depuis sept ans à ce fonds
qui finance notamment des campagnes en faveur de la
contraception.
L’ancienne première dame des États-Unis a rappelé que lors de
son passage à la Maison-Blanche dans les années 90, elle avait
lancé une campagne contre les grossesses chez les
adolescentes, notamment par l’information sur la contraception
et l’avortement.
« Je suis désolée d’annoncer qu’après huit ans de destruction
de ce bon travail, le taux de grossesse chez les adolescentes
est reparti à la hausse », a-t-elle noté.
Ottawa
se défend d’empiéter sur la juridiction des provinces - PROCRÉATION
ASSISTÉE
«Il n’est pas
question de confiture ou de lits de bébés, mais de la création
de la vie humaine », a dit le procureur fédéral René LeBlanc.
OTTAWA— La procréation assistée se rapproche-t-elle plus de la
salubrité des confitures ou d’une greffe d’organes? Les
audiences sur le renvoi constitutionnel duQuébec sur la
procréation assistée ont donné lieu, hier matin, à des
analogies, parfois étranges, pour tenter de démêler où s’arrête
la juridiction fédérale et où commence celle des provinces.
Devant
les neuf juges de la Cour suprême, hier, le gouvernement
fédéral a fait valoir que la procréation assistée soulève des
questions éthiques importantes, notamment en ce qui a trait au
nombre d’embryons implantés, d’où l’importance d’imposer des
règles pour tout le pays. Sur notre photo, des quintuplés nés
dans l’Ohio en 2003.
Québec a contesté avec succès l’an dernier, devant la Cour
d’appel, la constitutionnalité de la Loi fédérale sur la
procréation assistée, adoptée par les Communes en 2004. Cette
loi comporte deux volets: elle définit les actes interdits en
procréation assistée (comme le clonage humain et la vente
d’embryons) et en réglemente d’autres (comme le remboursement de
frais à des mères porteuses ou à des donneurs de gamètes, la
tenue des dossiers médicaux, le consentement des parties). C’est
ce dernier volet que Québec conteste devant les tribunaux, parce
qu’il réglemente des actes médicaux qui sont de juridiction
provinciale. La Cour d’appel lui a donné raison, en comparant la
loi à un « cheval de Troie » parce qu’elle permettait au fédéral
d’envahir tout un champ de compétences provinciales. naissance
récente et controversée d’octuplés en Californie grâce à la
procréation assistée. Les grossesses multiples posent un risque
pour la santé de la mère et des bébés, a-t-il rappelé.
Hier matin, devant les neuf juges de la Cour suprême, Ottawa a
défendu sa position. La procréation assistée soulève des
questions éthiques importantes et ses dérives sont bien réelles,
a plaidé le procureur René LeBlanc, d’où l’importance d’imposer
des règles pour tout le pays. Il a donné en exemple la nécessité
de limiter le nombre d’embryons transférés, en citant la
La décision du
médecin californien a été dénoncée, mais le Canada ne semble
pas exempt d’expériences du genre. Me Leblanc a cité un
rapport de 2005 de la Société canadienne de fertilité et
d’andrologie qui indique que cette année-là, le nombre
d’embryons transférés dans un utérus a varié de 1 à 13. « Si
on a trouvé choquant ce qui est arrivé en Californie, on sait
qu’au Canada, dans au moins un cas, 13 embryons ont été
implantés, avec tous les risques que ça comporte. »
Le fédéral réglemente déjà des activités sans que cela n’entre
en conflit avec le droit criminel. Même la commercialisation
des confitures, a plaidé Me LeBlanc, est soumise à des
règlements de Santé Canada. « Et là, il n’est pas question de
confiture ou de lits de bébés, mais de la création de la vie
humaine », a dit l’avocat. « On peut envisager un règlement
sur la sécurité des casques de vélo et on ne peut pas le faire
pour les ovules et les embryons? Ça dépasse mon entendement. »
La procureure du Québec, Jocelyne Provost, a souligné que si
Ottawa tenait à imposer une législation d’un océan à l’autre,
c’est parce qu’il craignait que les provinces ne s’en chargent
pas. Ce qui est faux, dit-elle. Le droit criminel doit
prévenir le mal en soi – comme le clonage humain, pour lequel
il y a consensus –, mais les actes réglementés par la Loi sur
la procréation assistée relèvent davantage du traitement
médical. Et c’est à chaque province de réglementer comme elle
l’entend les actes qui ne sont pas interdits. « Il y aura
toujours un risque (aux traitements médicaux). On va
criminaliser les hôpitaux? Il y a des interventions beaucoup
plus risquées (que la procréation assistée). »
Le procureur fédéral n’a pas manqué de noter que l’Ontario et
la Colombie-Britannique, qui comptent à elles seules 18 des 28
cliniques de fertilité au pays, ne se sont pas jointes au
renvoi mené par le Québec, appuyé par le Nouveau-Brunswick,
l’Alberta et la Saskatchewan. La Cour a pris la cause en
délibéré.
Éthique et utérus
NATHALIE COLLARD
Le recours aux
mères porteuses ouvre la porte à la marchandisation du corps
féminin.
Québec s’oppose à ce qu’on réglemente davantage certains actes
reliés à la procréation assistée, dont le recours aux mères
porteuses. Les procureurs de la province plaideront en ce sens
devant la Cour suprême vendredi.
Le moment est pourtant venu de débattre du recours aux mères
porteuses, un acte illégal, mais pas criminel au Québec.
Jusqu’ici, on a beaucoup entendu le point de vue des parents
incapables de procréer et de leur « droit » d’avoir un enfant.
Ce droit, s’il existe, vient toutefois contredire d’autres
droits tout aussi fondamentaux, dont celui des femmes. À ce
sujet, le point de vue féministe est incontournable.
Cette position est bien défendue ces jours-ci par la
philosophe Sylviane Agacinski, qui a lancé un pavé dans la
mare, en France, avec son essai Corps en miettes. Il s’agit
d’un parti pris sans équivoque contre ce phénomène des mères
porteuses qu’elle décrit comme un esclavage des temps
modernes, une pratique qui ramène la femme à l’état de machine
à produire des bébés.
Ses arguments doivent être pris en considération.
Contrairement
à sa consoeur, Elisabeth Badinter (autre grand nom du
féminisme français qui milite en faveur d’un encadrement
législatif de ces pratiques, de peur qu’elles ne sombrent dans
la clandestinité), Mme Agacinski estime qu’en permettant à une
femme de porter un enfant pour un couple, on ouvre la porte à
la marchandisation du corps féminin ainsi qu’à une
banalisation de la maternité. Elle a raison.
En outre, Sylviane Agacinski dit ne pas croire une seconde à
la notion d’altruisme revendiquée par certaines mères
porteuses. Loin de verser dans le sentimentalisme (en France,
certains lui reprochent d’ailleurs de faire fi du désespoir de
ces couples qui ne peuvent avoir d’enfant), elle craint
plutôt, et nous partageons ce point de vue que la légalisation
de cette pratique ouvre la porte à un commerce où les
perdantes seraient inévitablement les femmes les plus
démunies. Des femmes qui pourraient en venir à envisager de
porter un enfant pour arrondir les fins de mois difficiles.
(Au fait, comment établit-on le coût de location d’un utérus
pour une période de neuf mois?)
La position deMme Agasinski est courageuse, car elle va à
l’encontre de la tendance, très forte à l’heure actuelle, du
syndrome « J’ai le droit de… », « Cela – un enfant, une auto,
des vacances – m’est dû » ou encore, « C’est mon choix, qui
êtes-vous pour me juger… ».
Chez les féministes, la question des mères porteuses est
d’autant plus déchirante qu’elles ont toujours revendiqué le
droit des femmes à disposer de leur corps (c’est la base de
leur position pro-choix en matière d’avortement). Comment
réconcilier les deux? La philosophe française soutient que les
lois servent parfois à protéger les gens d’eux-mêmes. Soit.
Mais cette affirmation, qui infantilise en quelque sorte les
femmes, n’estelle pas antiféministe ?
On le voit bien, les nombreuses questions éthiques (il y en a
tant d’autres) soulevées par cette pratique sont complexes et
méritent qu’on les explore en profondeur. La société
québécoise ne pourra pas faire l’économie de ce débat encore
bien longtemps.
P
C’est du trouble, mais... -
Patrick Lagacé
Au cours des
dernières semaines, notre chroniqueur est allé où vont peu
de Québécois : en Jamésie et sur la Côte-Nord, il nous
présente ici la septième d’une série de chroniques estivales
sur le Québec du bout du monde.
On s’en doute, les enfants qui dérivent jusqu’à la maison de
Marc et Rose ne sont pas issus de familles exemplaires.
Forcément, c’est compliqué.
— Marc Proulx et sa blonde, Rose, ont une maison qui donne
sur une crique. Quand j’y suis passé, le temps était gris,
venteux, mouillé. Le fleuve venait faire de petites colères
dans la crique. Le genre de temps qui donne cette beauté
rugueuse à la Côte-Nord. Comment résumer Marc et Rose? Je
crois que cequi convient le mieux, c’est de dire que ce sont
des gens qui aiment. Voilà. Et ils aiment vraiment beaucoup.
ILLUSTRATION PHILIPPE
TARDIF, LA PRESSE
Ils ont eu 50 enfants. Façon de parler : Marc et Rose sont
famille d’accueil à Port-Cartier depuis 2002. Depuis 2002,
50 enfants sont passés dans leur grande maison qui donne sur
la crique. Ils en ont adopté une, Alice, petite Autochtone,
à 6 ans.
Il est ingénieur, au Groupe Roche. Elle s’occupe de la
tribu.
En ce début d’après-midi de juin, le chat se prélasse sur le
comptoir, les enfants – quatre aujourd’hui – jacassent dans
le sous-sol, rient, crient et chahutent au rythme d’une
grenouille qu’ils ont trouvée dehors et qui est gardée en
otage dans un verre.
« On ne dit jamais non quand la DPJ appelle », dit Marc.
« Tout le monde a droit à une chance », ajoute Rose.
Ils se sont rencontrés en 1991. Elle, en vacances chez une
amie de la Côte-Nord, trois enfants, en instance de divorce.
Lui, fraîchement diplômé en génie, à six mois de se marier.
Ce fut le coup de foudre.
Mais la nature a décidé que les enfants, ce n’était pas pour
eux. Ils ont essayé la science, la chandelle, le
thermomètre, rien à faire. Juste une grossesse ectopique.
Ils ont pensé à l’adoption internationale. Se sont rabattus
sur l’option famille d’accueil.
Ils m’en parlent en préparant les spaghettis du dîner. On
s’en doute, les enfants qui dérivent jusqu’à la maison de
Marc et Rose ne sont pas issus de familles exemplaires.
Forcément, c’est compliqué.
Les ados sont les pires. C’est pourquoi ils sont difficiles
à « placer » dans des familles d’accueil.
« Prends Dylan, dit Rose. Un jeune Autochtocne. On ne l’a
pas adopté, mais lui nous a adoptés. Quand il est arrivé
ici, à 14 ans, il buvait une caisse de 12 par jour ! »
Pour bien des ados, la maison de Marc et Rose est la
dernière escale avant le centre de réadaptation de
Baie-Comeau, quasi carcéral. « Mais, poursuit Rose, le
centre de réadaptation, c’est ce dont certains ont besoin:
quand ils sont rendus à te menacer avec un couteau... »
Les enfants,
c’est moins « dangereux », évidemment. Pas moins prenant. On
n’imagine pas comment un enfant « poqué », c’est prenant,
accaparant. Tiens, Hakim et Keenan montent en trombe,
justement. Hakim pleure comme un veau. « Mamaaaaaaaan! – Ah,
fait Rose, la grenouille est morte ? Ouiiiiiiiiiiiiiiiii ! »
Keenan suit son demi-frère. Lui, pas une larme. Leur vraie
mère a eu 13 enfants dans sa réserve de la banlieue du
Labrador. Hakim et Keenan souffrent du syndrome d’alcoolisme
foetal, SAF. Phénomène pas si rare en réserve.
La crise de la grenouille s’estompe grâce au minouchage de
Rose et de Marc. Les enfants finissent par s’attarder autour
de la table, reniflant la bouffe qui s’en vient...
« À 6 mois, m’explique Rose, Hakim pesait 32 livres. Il
n’avait pas de tonus musculaire. On l’a simplement assis, à
la naissance, dans un siège de bébé. Il n’avait jamais été
stimulé. »
Dans la cuisine, les enfants chahutent. Hakim et Keenan en
tête. Besoin d’attention constant. Mais Marc et Rose
poursuivent la conversation sans perdre le fil, tout en
répondant aux cris, demandes et larmes des enfants.
Ce n’est pas que Keenan et Hakim soient mal élevés ou de
mauvaise volonté. Mais ce foutu SAF, justement, est comme un
mauvais esprit qui les manipule, comme on agite une
marionnette. Marc m’explique :
« Les symptômes, c’est le trouble de l’opposition,
l’incapacité de gérer ses sentiments, l’automutilation. »
Prenez le mot « non ». Moi, quand je dis non à l’héritier,
il comprend, généralement. Si je dis NON, alors là, c’est
clair, papa veut pas. Et l’histoire finit là. Chez Hakim et
Keenan, même le plus petit non peut déclencher une crise.
Pas capable d’entendre non. Donc, il ne faut pas dire NON en
grognant, il faut cajoler avec fermeté, expliquer avec
doigté... Et ce, tout le temps. Vous imaginez le dévouement,
ici ? À quelques reprises, au cours de mon passage chez Marc
et Rose, je leur ai demandé pourquoi ils se donnaient tant
de peine. Ça ne peut pas être le fric, je sais que ce n’est,
au final, pas si payant. Si c’est un trip religieux, ils
n’en ont pas soufflé mot, ce qui n’est pas coutume chez les
amis de Jésus.
Quelque chose comme l’amour du prochain, pourtant. Ils m’ont
dit l’importance de « redonner » ce qu’ils ont eu, eux,
issus de familles heureuses. Mais pas de réponse définitive.
Rien de transcendant qui permette, par exemple, de finir
cette chronique sur une miette de sagesse qui va vous scier
en deux.
Sans pester, Rose m’a raconté que ce que l’État lui donne
pour acheter des vêtements tient de la science-fiction. «
Pour Dylan, mon ado de 15 ans, on me donne 200$. Pour
l’année! Hum, je me demande comment je vais faire... »
Elle s’arrangera, vous pensez bien. Et le ti-cul aura l’air
d’un ti-cul de 15 ans comme les autres quand Rose aura coupé
les dollars en 20. Mais avez-vous remarqué? Elle a dit MON
ado. C’est pas le sien. Et pourtant...
La miette de sagesse est peut-être là, cachée dans ce petit
déterminant-là.
BIEN MANGÉ – Manger, en voyage, est habituellement un
cauchemar. Nous voilà à la merci des bannières. Sur la
Côte-Nord, très peu de bannières et, ceci expliquant
peut-être cela, j’ai bien mangé à peu près partout le long
de la 138, même dans des villages minuscules. Comme
Baie-Trinité, tiens. J’y ai mangé la meilleure morue de
restaurant de ma vie, dans un resto qui ressemblait à une
cabane, où on s’attendrait au triomphe de la poutine faite
avec des frites fraîchement dégelées. Le resto Bouchard, ou
un truc du genre.
LAROMAINE – Plus je progresse vers l’est, plus on parle de
La Romaine, le projet hydroélectrique qui sera construit sur
la rivière du même nom. On en parle en bien. Quasiment à
l’unanimité. L’opposition? On dit méchamment que
l’opposition, elle habite Montréal, l’opposition. Parfois
avec la même moue, quand on dit « Montréal », que quand on
dit « gonorrhée ». J’y reviendrai.
SINISTRE – Depuis ma chronique sur Radisson, je reçois des
courriels qui ont le mérite d’être clairs : je ne suis plus
le bienvenu à Radisson. Plus bienvenus, non plus, les gens
qui oseraient considérer que Radisson n’est pas totalement
charmant, pittoresque, accueillant, émouvant, à couper le
souffle, chaleureux, mémorable, exemplaire ou, disonsle
modestement, une sorte de paradis sur Terre que seuls les
esprits fins savent reconnaître. J’y reviendrai (sur le
sujet, pas à Radisson).
Des enfants paient la note de la crise La DPJ
relève une augmentation des signalements depuis l’an dernier
- Caroline Touzin
Le
Saguenay-Lac-SaintJean a connu une hausse globale de 13% des
signalements. Dans des villes comme Roberval et Dolbeau, la
hausse atteint 22 %.
La crise économique fait des victimes chez les enfants
québécois. Une hausse des signalements faits à la DPJ depuis
un an est en partie attribuable à la crise, selon les
directeurs de la protection de la jeunesse qui ont dévoilé
leur bilan annuel, hier.
À Montréal, contrairement à la
tendance provinciale, on observe une légère baisse des
signalements.
Les signalements ont connu une légère hausse au Québec,
passant de 68 646 à 69 705 en un an. Un nombre croissant de
familles sont isolées et demeurent vulnérables,
particulièrement dans un contexte économique précaire, ont
fait valoir les 15 directeurs de la protection de la
jeunesse réunis, hier, à Laval pour la présentation de leur
bilan.
Les en fants de cer t a i nes régions, dont le
Saguenay-LacSaint-Jean, écopent plus que d’autres. Cette
région a connu une hausse globale de 13% des signalements.
Dans des villes comme Roberval et Dolbeau, la hausse atteint
22%. « On avait connu une hausse semblable il y a quelques
années, après la fermeture de l’usine AbitibiConsol à La
Baie. Le phénomène se répète cette année dans le
Haut-Lac-Saint-Jean à cause de la crise forestière combinée
à la crise économique qui touche la région », a indiqué la
directrice de la protection de la jeunesse de cette région,
Danielle Tremblay.
La région de la Côte-Nord connaît aussi une hausse des
signalements. « Dans certaines villes de la Côte-Nord, c’est
extrêmement difficile ; préoccupant. Des travailleurs
saisonniers dans le secteur forestier et d’autres dans les
alumineries ont été mis à pied. Ça a inévitablement des
conséquences dans les familles », a ajouté son homologue de
cette région, Denise Langevin.
La pauvreté
est un facteur de risque important qui amène du stress dans
une famille, a souligné la DPJ. « Quand on est préoccupés
comme parents, parce qu’on n’a pas d’argent pour payer le
loyer et l’épicerie, ça affecte notre disponibilité auprès
des enfants. La patience et la tolérance sont moins grandes
», a expliqué Mme Langevin.
Deux enfants sur trois sont signalés pour un motif de
négligence. De plus en plus les fami l les demandent de
l’aide d’elles-mêmes, indique-t-on dans le bilan. Au moment
de la création de la Loi sur la protection de la jeunesse,
il y a 30 ans, la majorité des signalements provenaient
plutôt des professionnels travaillant auprès des enfants.
ÀMontréal, contrairement à la tendance provinciale, on
observe une légère baisse des signalements. Les centres
jeunesse de Montréal (clientèle francophone et allophone)
ont connu une baisse de 17% des signalements retenus (de
3832 à 3679 en un an).
La directrice du secteur protection, Michelle Dionne, a
plusieurs hypothèses pour l’expliquer. « On travaille de
plus en plus avec les organismes de milieu, qui sont très
impliqués dans les familles. On peut penser que des
signalements sont évités, car ces organismes jouent leur
rôle efficacement », a indiqué Mme Dionne.
De moins en moins de signalements d’ados de 12 à 17 ans sont
retenus, a-t-elle ajouté. « On a affaire à des familles à
crise, sans nécessairement que les ados soient en danger.
Ces familles ont un grand besoin de services, mais ce n’est
pas un enjeu de protection », a expliqué Mme Dionne. Ainsi,
ces familles sont redirigées vers d’autres services plus
adéquats.
La nouvelle loi améliore l’efficacité de la DPJ -
Caroline Touzin
La mère de
Kevin, un bébé de 5 mois, est toxicomane. À 19 ans, elle vit
avec son frère de 21 ans, aussi toxicomane, chez leur mère «
hystérique ». Malgré cette situation familiale difficile, le
bébé ne présente pas, pour l’instant, de retard de
développement. Diagnostic de la DPJ : « risque sérieux de
négligence ».
Avant l’entrée en vigueur de la nouvelle loi sur la
protection de la jeunesse, en 2007, Kevin aurait passé entre
les mailles du filet. Pour intervenir, la DPJ n’aurait pas
pu se contenter de « risque de négligence ». Il aurait fallu
attendre que le mal soit fait.
Aujourd’hui, c’est différent. Le signalement de Kevin à la
DPJ a été retenu. Son cas a été présenté au moment du bilan
annuel des directeurs de la protection de la jeunesse du
Québec, hier, à Laval.
« Avant, on intervenait quand il y avait une fracture.
Aujourd’hui, on peut intervenir lorsqu’il y a une entorse »,
a résumé Denise Langevin, porte-parole du bilan et
directrice protection du Centre jeunesse Côte-Nord.
Une
intervenante de la DPJ, accompagnée d’une infirmière du
CSSS, ont examiné Kevin ainsi que le contexte familial. La
jeune mère, qui a laissé l’école à 13 ans, ne reçoit aucune
aide, a constaté la DPJ. L’aide du CSSS et d’un centre
spécialisé dans le traitement de la toxicomanie lui a été
offerte.
Évolution
À l’heure actuelle, pendant que la jeune mère se reprend en
main, Kevin est hébergé temporairement en famille d’accueil.
La DPJ s’assure que la mère continue de voir son enfant.
L’intervention faite auprès de Kevin reflète l’évolution de
la DPJ. « L’évolution des connaissances nous a amenés à
changer de façon importante nos pratiques », a indiqué Mme
Langevin, hier. La Loi sur la protection de la jeunesse est
née il y a 30 ans, puis modifiée en juillet 2007.
Avec cette nouvelle loi, les problématiques des enfants sont
mieux ciblées, selon la DPJ. La notion de « risques sérieux
» de négligence, de sévices physiques et d’agression
sexuelle est apparue. La DPJ veut éviter que les enfants
soient ballottés d’un foyer à un autre. Ainsi, il y a 30
ans, quelque 30 000 enfants signalés ont été retirés de leur
famille. Cette année, malgré plus du double de signalements
(68 646), seulement 11 500 enfants ont été placés, fait
valoir la DPJ.
« On privilégie la stabilité des soins, l’intervention
précoce et intensive chez l’enfant et une implication active
des parents », a expliqué Mme Langevin. Dans le cas de
Kevin, cela signifie grandir auprès de sa mère si c’est
possible. Sans entorse ni fracture.
Père malgré lui - Judith LaChapelle
Les
tribunaux refusent de corriger l’acte de naissance, même
après un test d’ADN révélateur
Il a assisté à la naissance de sa fille, l’a élevée pendant
trois ans avant de se séparer de la mère, et a fidèlement
respecté ses droits de garde pendant une autre année. Mais
un jour, un test génétique a confirmé qu’il n’était pas le
père biologique de l’enfant. Il a immédiatement cessé tout
contact avec la petite fille et a voulu faire corriger
l’acte de naissance.
Qui est alors le père de cet enfant? La loi est claire:
l’homme – appelons-le Martin, sa véritable identité est
gardée confidentielle pour protéger l’enfant – a signé
l’acte de naissance, il a agi pendant quatre ans comme père
de l’enfant, il en est donc le père, quels que soient les
gènes qui les séparent. En refusant d’entendre la cause,
hier, la Cour suprême a confirmé le rejet de la requête par
le Cour d’appel du Québec plus tôt cette année.
L’avocate de Martin, Guylaine Gauthier, a attaqué la loi
sous l’angle de la fraude. « C’est à l’encontre du fondement
de la loi: mon client était de bonne foi et il a été trompé
», a-t-elle expliqué hier, depuis son bureau de Québec. Son
client n’a pas donné un consentement libre et éclairé
lorsqu’il a signé l’acte de naissance et qu’il a pris soin
de l’enfant par la suite. La mère, elle, a été de mauvaise
foi.
Devant la Cour d’appel, l’hiver dernier, l’avocate a
souligné que des contrats d’achat de biens peuvent être
annulés quand une partie a été trompée. Il devrait en être
de même pour une déclaration de paternité lorsque le parent
a été induit en erreur, a-t-elle fait valoir.
Or, la porte pour contester la loi est « fermée à double
verrou », dit Alain Roy, professeur de droit à l’Université
de Montréal. À partir du moment où le père signe l’acte de
naissance et prend soin de l’enfant, il a deux ans pour
contester sa paternité, dans le cas de conjoints de fait.
Chez un couple marié, l’homme est présumé être le père de
l’enfant même s’il ne signe pas l’acte de naissance; il a un
an pour contester sa paternité.
Après ce délai, peu importe ce qu’en disent les tests de
paternité, un père reste un père. « La loi a été ainsi faite
au nom de la stabilité socioaffective de l’enfant », dit
Alain Roy. Même si, reconnaît-il, l’homme trompé ressentira
une profonde injustice.
« On a toujours un malaise avec ça », dit le professeur. «
Mais, mettez-vous à la place d’un enfant de 8 ans pour qui,
tout à coup, pour une question de gamètes, son père qu’il a
toujours connu n’est plus son père ? Là, on pourrait parler
d’un déni de justice pour l’enfant. »
Néanmoins,
peut-être y aurait-il lieu de revoir le délai pour la
contestation de la filiation paternelle, croit Alain Roy.
Dans un texte qu’il a publié en 2003, M. Roy évoque qu’en
Allemagne, la vérité biologique est privilégiée sur les
considérations socioaffectives. Une avenue qui pourrait
peut-être être adoptée un jour au Québec, estime-t-il.
L’homme trompé
Martin était en couple depuis 1998 lorsque sa conjointe
donne naissance à leur fille, en 2002. Il l’élève jusqu’à la
séparation du couple, en 2005. Par la suite, pendant un an,
il exerce ses droits d’accès régulièrement.
« Pendant qu’ils étaient ensemble, personne n’a rien dit »,
mentionne Me Gauthier. « Mais après la séparation, les gens
ont commencé à lui dire: tu sais, ta fille, c’est pas ta
fille. »
Martin a même reçu un coup de fil d’un homme prétendant être
le père biologique de sa fille. Il a interrogé son ex, qui
lui a dit qu’elle ne connaissait pas cet homme et que Martin
était bien le père de l’enfant.
À la fin 2006, Martin décide d’en avoir le coeur net. Un
test d’ADN confirme ses soupçons: il n’est pas le père de la
petite fille. « J’ai su par la suite que [mon exconjointe]
s’était vantée, à son travail à l’époque qu’elle était
enceinte, de ne pas savoir qui était le père », a indiqué
Martin devant les tribunaux. Ses recours judiciaires seront
tous rejetés. Martin restera le père de l’enfant. Il devra
également payer une pension alimentaire si la mère le
réclame.
Au milieu de tout ça, une fillette âgée maintenant de 7 ans
qui ne côtoie plus son père. « Elle en a un père! lance Me
Gauthier, en parlant du père biologique. Mais il ne s’en
occupe pas. » L’homme, déjà père d’autres enfants, a
également des antécédents judiciaires. « Et la mère a aussi
fraudé mon client dans son commerce... »
Rapt d’enfant
: un geste souvent prémédité
« Dans la plupart des cas, le parent ravisseur agit par
pure vengeance. »
C’est rarement un geste impulsif, et dans la plupart des
cas, c’est le parent qui n’a pas la garde de l’enfant qui
l’enlève à son autre parent.
C’est ce qui ressort d’une étude i nt itulée Opinion de s
parents délaissés sur l’expérience d’abduct ion parentale,
rédigée en mai 2007 par Marlene Dal ley, chercheuse au sein de
la Gendarmerie royale du Canada.
Sur 19 parents qui ont consenti à répondre à son
questionnaire et à témoigner de leur douloureuse expérience, la
moitié ont retrouvé leur enfant moins d’un an après le fait.
L’autre moitié avait dû patienter plus d’une année.
Si tous les enfants de l’étude résidaient au Canada avant
l’enlèvement, la majorité d’entre eux ont été conduits hors du
Canada. Le geste avait été planifié, prémédité. La plupart des
parents ravisseurs agissent seuls dans un premier temps, mais
une fois l’enlèvement réalisé, « ils sont aidés par la famille,
les amis et les parents ».
En recherches, en démarches judiciaires, en voyages, en
traductions et autres frais, les répondants de l’étude ont dit
avoir dépensé en moyenne 34 000 $ pour retrouver leur enfant.
Au retour, la plupar t des parents délaissés ont constaté
un changement dans le comportement de leurs enfants, dans la
mesure où ils ont été nombreux à avoir vécu en fugitifs, parfois
déguisés en enfant de l’autre sexe, à se faire parfois dire que
leur autre parent était mort.
« Dans la plupart des cas, le parent ravisseur – qu’ i l
s’agisse d’un homme ou d’une femme – agit par pure vengeance,
dit Pina Arcamone, directrice générale d’EnfantRetour. Il faut
s’enlever de la tête l’idée que l’enfant soit hors de danger
puisqu’il est avec l’un de ses parents. Quand on prive un enfant
d’un contact privilégié avec son autre parent, quand on le
retire de son école ou même parfois de son pays, ce n’est pas
vrai qu’on a l’intérêt de l’enfant en tête. Et ce que je trouve
le plus choquant , c ’est que souvent, une fois que l’enfant est
retrouvé, le parent qui l’a enlevé disparaît totalement du
paysage et ne veut plus du tout avoir de contact avec lui. »
Deux pères, deux
drames
C’était un dimanche matin, le 14 juin 1998. Cela faisait
quatre jours que le Montréalais Yury Monczak cherchait son fils.
Au bout du fil, une voix qu’il ne connaissait pas lui dit : «
Votre fils est en Ukraine. »
Il y a 11 ans, Ivan était un enfant. Il a aujourd’hui 16
ans et il se trouve toujours là-bas.
M. Monczak et son ex-femme se sont mariés en 1991. Déjà,
raconte M. Monczak, son ex avait fait une tentative de fuite
avec leur fils. « On l’a trouvée dans un refuge pour femmes
battues. Elle m’accusait des plus abominables choses. »
En 1996, le divorce est prononcé. Les deux parents
obtiennent une garde partagée. Une semaine chez l’un, une
semaine chez l’autre. Malgré l’interdiction légale de partir à
l’extérieur du pays avec l’enfant, l’ex de M. Monczak y parvient
sans mal. Une fois en Ukraine, elle obtient sans plus de
difficulté la citoyenneté ukrainienne pour son fils, citoyenneté
que M. Monczak réussira à faire révoquer lors de l’un des 30
voyages qu’il a faits là-bas au fil des ans.
Uniquement en 2006 et 2007, M. Monczak s’y est rendu cinq
fois . « El le acceptait à ce moment-là que j ’ aie des contacts
avec mon fils parce qu’elle voulait que je consente, en échange,
à ce que je fasse retirer le mandat d’arrestation émis contre
elle. »
Interpol est toujours à sa recherche.
« La dernière fois que j’ai vu mon fils, c’était à son
école, l’an dernier. Il était froid, distant », raconte M.
Monczak.
Frank Gonis, qui part cette semaine à Vancouver retrouver
sa fille enlevée par sa mère il y a deux ans, sait bien que
c’est ce qui l’attend aussi. Il le sait, parce qu’avant le grand
coup, son ex aussi l’avait déjà privé pendant quelques jours ou
quelques semaines de leur enfant. Et chaque fois, Frank Gonis
devait reconquérir son enfant, regagner son affection.
« Les parents ravisseurs versent beaucoup dans le lavage de
cerveau, note Pina Arcamone, directrice générale
d’Enfant-Retour. Ils leur disent typiquement que leur autre
parent ne l’aime plus, qu’il a refait sa vie. »
C’est la raison pour laquelle dans sa brochure à
l’intention des parents, Enfant-Retour insiste tout autant sur
l’importance d’obtenir une ordonnance de garde adéquate que sur
de petites choses à bien faire comprendre à ses enfants. «
Assurezvous que votre enfant sache que vous l’aimez et que vous
ne voudriez jamais qu’il vous quitte », peut-on lire.
Lacets ou velcro? - Agathe Melançon
L’auteure
habite Montréal. J’ai récemment été dans les magasins pour
acheter une paire de chaussures à mon fils. J’ai alors
constaté une diminution de chaussures avec lacets. Je trouve
dommage que le velcro soit si utilisé maintenant.
Dans le livre de l’hôpital SainteJustine Le développement de
l’enfant au quotidien, du berceau à l’école primaire, Françine
Allard décrit l’évolution de cet apprentissage ainsi : « Il
commence à faire des noeuds (4 ou 5 ans), il réussit à faire
des noeuds (5 ou 6 ans), il commence à faire des boucles
lâches avec ses lacets (5 ou 6 ans). »
Comment un
enfant peut-il apprendre à faire des boucles si la vente de
chaussures à lacets diminue dans les magasins? Comment
pourra-t-il savoir décorer un cadeau avec des rubans plus tard
si l’enfant a toujours eu des chaussures attachées avec du
velcro?
C’est vrai que nous vivons dans un monde de productivité et de
vitesse. Tout doit être plus facile, et c’est plus rapide avec
du velcro. Par contre, je crois que certains apprentissages
demandent du temps, de la persévérance, de la créativité. Nous
découvrons ainsi qu’il ne faut pas remettre à demain ce que
nous pouvons faire aujourd’hui. Au lieu de retarder certains
apprentissages, on devrait songer à alléger les horaires des
enfants. Ils ont tant de choses à découvrir, à apprendre!
Quel que soit votre point de vue sur la question, c’est bon.
Il n’y a pas une vérité, il y a des vérités. J’espère
cependant que les magasins offriront toujours le choix aux
parents: velcro et lacets pour tous les âges. J’espère aussi
que les autres intervenants auprès des enfants (enseignants,
éducateurs, etc.) soutiendront les parents dans leurs choix.
Après tout, ils connaissent mieux leurs enfants et ils seront
toujours là.
La mère biologique pourra conserver des
droits - Jocelyne Richer
QUÉBEC —
Les enfants adoptés au Québec pourront bientôt avoir
plusieurs parents, en toute légalité.
Ainsi, dans certains cas, la mère biologique pourra donc
demeurer légalement le parent de l’enfant qu’elle a confié
en adoption à des personnes qui deviendront, elles aussi,
ses parents, du point de vue de la loi.
Considérés issus de deux familles, ces enfants porteront
donc à la fois le nom de famille de la mère biologique et
celui des parents adoptifs.
« L’enfant aura ainsi une double appartenance familiale:
il sera pleinement intégré dans sa famille adoptive, tout
en continuant d’appartenir à sa famille d’origine »,
peut-on lire dans le chapitre de l’avant-projet de loi
déposé hier à l’Assemblée nationale par la ministre de la
Justice, Kathleen Weil, qui porte sur l’adoption sans
rupture de lien.
Cependant, sur le plan juridique, la responsabilité
parentale comme telle reviendra aux parents adoptifs, à
moins que ces derniers ne remplissent pas leurs devoirs.
S’il est adopté tel quel, ce document remet en question
toute la notion de filiation et de responsabilité
parentale, en multipliant les cas de figure.
Par exemple, le projet, qui modifiera le Code civil,
institue de nouvelles notions comme l’adoption ouverte,
l’adoption sans rupture avec le parent biologique,
inspirée de la France, de même que la délégation
judiciaire à des tiers – grands-parents, oncles, tantes,
ex-conjoint, par exemple – de l’autorité parentale.
L’adoption sans rupture avec le parent naturel est
destinée particulièrement aux jeunes placés dans les
Centres jeunesse, a dit la ministre.
La mère qui ne veut plus assumer son rôle, mais hésite à
couper tout lien avec son enfant, pourra plutôt
privilégier « l’adoption ouverte » et conclure une «
entente de communication » avec les parents adoptifs.
Devant un
tribunal, elle pourrait ainsi négocier un droit de visite
et diverses formes d’échanges avec son enfant.
Les nouvelles règles prévoient également qu’un adulte
ayant joué un rôle parental dans la vie de l’enfant de son
ex-conjoint pourra l’adopter.
De plus, l’enfant adopté pourra obtenir d’un tribunal le
droit d’avoir accès au dossier médical de ses parents
biologiques.
Toutes les règles ayant trait à la confidentialité des
dossiers d’adoption ne s’appliqueront, cependant, qu’après
leur entrée en vigueur.
Dans le cas où un enfant adopté recherche ses origines, le
père et la mère biologiques pourront s’opposer à ce que
leur identité soit révélée.
Ils pourraient par ailleurs accepter que leur identité
soit connue, mais refuser que leur enfant les contacte.
L’enfant qui tentera malgré tout de rencontrer ses vrais
parents s’exposera à de fortes amendes.
L a même règle prévaut pour le parent qui rechercherait
son enfant confié à l’adoption. « Le modèle familial
unique n’existe plus. Une proportion importante des fa mi
l les québécoises sont recomposées, monoparentales ou
homoparentales, d’où émanent une diversité de situations
avec leur problématique pa rtic ulière », a expliqué la
ministre en conférence de presse.
Le document fera l’objet d’une consultation en commission
parlementaire et sur l’internet au cours des prochains
mois.
LES ANTINATALISTES - Isabelle
Hachey
« Je ne
veux pas d’un futur consommateur engraissé et abreuvé par
l’ignoble industrie alimentaire pour en faire un obèse
allergique qui, par la force des choses, enflera les
coffres des pharmaceutiques », pouvaiton lire dans le
courrier des lecteurs de La Presse, en 2003, sous la plume
acérée de Jean-François Bottollier.
Six ans
plus tard, il n’a pas changé d’avis. Il refuse de mettre
au monde un autre « produit McDonald » qui fera
inévitablement tourner la roue de notre société de
consommation. « On est déjà beaucoup trop », dit-il.
Sans le savoir, cet électricien montréalais de 39 ans fait
partie d’un mouvement « antinataliste » qui prend de
l’ampleur, porté par la vague écologiste.
En Occident, des dizaines de livres et de sites web, tels
que « childfree.com », font désormais l’éloge de la
dénatalité. Faire des enfants tue, avance-t-on. Pour
sauver notre planète surpeuplée, polluée et meurtrie par
les guerres, une seule planche de salut : la
contraception.
En Europe, cet étrange militantisme – minoritaire, il va
sans dire – a atteint les rangs des politiciens. Yves
Cochet, député européen des verts, prône ainsi « la grève
du troisième ventre » ; pour dissuader les familles de
trop s’agrandir, il suggère de réduire l’aide financière
versée aux couples à partir du troisième enfant.
Le 16 mai
dernier, un couple belge a organisé la toute première «
fête des non-parents », à Bruxelles. « Dans la société,
tout est fait pour la famille, explique Frédérique
Longrée. Il y a des fêtes pour les pères, pour les mères,
pour les enfants. Ceux qui n’en ont pas sont oubliés de
tout. »
L’initiative a choqué. Mme Longrée a reçu des courriels
virulents. « On m’a écrit que j’étais une erreur de la
nature, que mes parents auraient dû avorter… Nous ne
faisons de mal à personne, mais ce qui est différent fait
peur. C’est une bonne chose que l’on commence à en parler,
parce que ça permet de combattre l’ ostracisme dont
certains sont victimes.»
Une centaine d’incompris ont participé à la fête – sans
frais de gardiennes à payer. Ils ont reçu une médaille du
mérite écologique, signé le « grand livre de la stérilité
» et terminé la soirée par une « grande beuverie
collective pour célébrer les joies de la non-parentalité
».
Le couple belge espère organiser une deuxième fête, l’an
prochain, à Paris. « On a envie de taper sur le clou,
d’exiger une vraie reconnaissance », dit Théophile de
Giraud, le conjoint de Mme Longrée.
Lui-même avoue ne pas avoir d’enfants « par égoïsme », et
« parce qu’il n’a aucun instinct paternel ». Mais il
soutient que d’autres s’en abstiennent par pur altruisme.
« Ces gens considèrent que le monde dans lequel on vit n’a
rien de drôle. Ils n’ont pas envie de le léguer à des
enfants qui n’ont rien demandé. » —