Du moment où l’on considère le fait que « la moitié des
Québécois ne s’identifient plus à l’un ou l’autre pôle de ce
débat, fédéraliste ou souverainiste», peut-on vraiment faire
autrement que de rechercher la «voie du milieu» qui
permettrait de concilier les objectifs fondamentaux du
souverainisme autant que du fédéralisme, plutôt que de
s’obstiner à nous comporter comme si ces deux approches ne
pouvaient faire autrement que de s’opposer mutuellement, et
surtout à faire comme si ce débat intéressait encore
vraiment qui que ce soit ?…
With separatism on hold, what next for Quebec? - JEFFREY
SIMPSON Québec
: vers la fin d'un cycle politique Redevenir
une province?
S’affirmer sans se séparer
Et si le principal problème de l'option souverainiste était
que la situation du Québec au sein du Canada n'est peut-être
pas si problématique que cela, après tout ?...
Et n'y aurait-il pas un certain nombre de considérations
techniques qu'il vaudrait mieux considérer assez
sérieusement, dans la mesure où l'on prétend vouloir
vraiment faire de la souveraineté une réalité ?... LA
RECONNAISSANCE INTERNATIONALE
Le Québec ne serait-il donc capable de se percevoir lui-même
que comme un peuple colonisé ?... Société
en
passage
Le Québec n'a-t-il pas déjà vécu le changement social dont
il avait tant besoin, à travers le mouvement d'émancipation
qui aura accompagné la montée du mouvement souverainiste ? Les
porteurs
d’eau
Et quelles leçons pouvons-nous d'ailleurs retirer des
expériences des autres à ce niveau ?
What makes a country?
Y a-t-il un seul cas de sécession qui ne démontre pas
que rien n'empêche en principe la cohabitation de plus
d'une nation au sein d'un même État, du moment que les
nations en cause le souhaitent réellement ?...
«Que Dieu bénisse le Sud-Soudan»
Lucien Bouchard
questionne publiquement la vitalité du Québec contemporain et la
pertinence actuelle du projet souverainiste et il met en relief
les enjeux identitaires intimement liés à notre avenir
politique. Ces critiques relèvent toutefois moins du regard
lucide sur notre société que d’une conception d’abord et avant
tout économique du projet québécois. L’émancipation politique
des Canadiens-français s’est historiquement appuyée sur un
important rattrapage économique. Mais elle s’est également faite
en misant sur des mesures sociales fortes, qui auront permis de
nuancer l’aspect strictement identitaire de l’option
souverainiste en lui adjoignant de nécessaires idéaux d’égalité
et de justice. Cette voie demeure valable. La quête de la
liberté politique devra se poursuivre en liant son destin à
celui d’un projet de société juste et inclusive. Elle y trouvera
les forces vives pour l’animer et évitera certains écueils
identitaires qui lui nuisent plus qu’elle ne la renforce.
L’efficacité économique est une chose, mais elle n’offre pas la
légitimité nécessaire à l’avènement d’un pays. Nous sommes
d’ores et déjà une nation riche. Et il nous est toujours permis
de concevoir, quoi qu’en disent certains, un Québec ouvert et
souverain.
Quelle vision? - Gaston St-Laurent
À un journaliste qui lui demandait s’il avait une vision, un
projet de société, ce Lucien Bouchard a répondu: «Un TGV, c’est un
beau projet de société ça, un TGV.» Lucien Bouchard parle au nom
de l’élite financière de Montréal. Je me demande si le concept de
société québécoise contient, pour lui, une quelconque substance.
J’en suis même venu à me demander s’il sait ce qu’il dit. Probable
qu’il a suivi l’avis de son cher frère et qu’il a jeté au feu de
la Saint-Jean ses racines canadiennes. Après tout, les Canadiens,
c’est nous, les «vainqueurs» ont usurpé notre nomet y ont ajouté
«français» comme en voulant dire «de deuxième classe».
LE BLOC, UN BOULET
- DOMINIQUE VALIQUETTE
Le parti
empêche le Québec d’être fortement représenté au cabinet et
nous condamne à des gouvernements instables
L’auteur est un ancien militant souverainiste qui habite à
Laval. Toute ma vie d’adulte, j’ai attendu le grand soir où
l’indépendance du Québec serait proclamée. Je me souviens
encore, jeune cégépien, des envolées oratoires de Claude
Charron et des autres membres de la maigre députation péquiste
de 1973 venir chauffer à bloc les étudiants de mon collège
dans l’auditorium rempli à craquer.
PHOTO SEAN KILPATRICK,
ARCHIVES PC
Le Bloc québécois, qui a été fondé
avec l’intention d’aider le Parti québécois à réaliser
l’indépendance du Québec, a perdu sa raison d’être avec la
disparition de tout espoir d’atteindre cet objectif.
J’ai maintenant 54 ans, et je dois admettre que le grand soir
n’arrivera pas, ni de mon vivant, ni longtemps après mon
départ pour un monde meilleur.
Contrairement à ce que prétend Bernard Landry, la démographie
ne joue pas en faveur des souverainistes, car les jeunes
«Québécois de souche» ne sont plus une force vive de la scène
politique comme c’était le cas du temps de ma jeunesse, ils
forment plutôt une masse amorphe et apolitique et sont pour la
plupart totalement ignorants de l’histoire du peuple
canadien-français.
Quant aux jeunes issus de l’immigration, dans leur immense
majorité, ils ne veulent rien savoir de cet enjeu, car pour
eux, leur terre d’accueil est le Canada et ils ne veulent pas
participer au démantèlement de leur nouvelle patrie.
Je ne me reconnais plus dans le Parti québécois, devenu le
refuge de baby-boomers sectaires et revanchards, comme les
membres du SPQ libre et d’autres groupuscules bruyants et
grenouillants qui rêvent encore de «manger de l’anglais».
De son côté, le Bloc québécois n’a plus aucune raison
d’exister. Par sa seule présence, il condamne depuis plusieurs
années le Canada à vivre avec un gouvernement minoritaire.
Avec trois et
bientôt quatre élections en cinq ans, le Canada ressemble de
plus en plus à une république de bananes en proie à
l’instabilité. Le Bloc mérite de plus en plus son nom avec sa
minorité de blocage, qui empêche les partis «nationaux» de
venir chercher au Québec les députés qui leur manquent pour
former un gouvernement majoritaire.
De plus, il empêche la population du Québec d’être représentée
avec force au sein du conseil des ministres et d’avoir son mot
à dire sur les décisions importantes qui engagent l’avenir du
Québec et du Canada. En effet, les quelques députés et
ministres conservateurs issus du Québec, élus dans des
circonscriptions périphériques, ne sont absolument pas
représentatifs de la population du Québec, et, en tout respect
pour eux, ne font pas le poids face à la députation issue du
«Rest of Canada».
Pour leur part, les députés libéraux du Québec sont presque
tous élus dans des circonscriptions majoritairement
anglophones ou allophones. Quant au NPD, Parti Vert et autres,
ce ne sont que des épiphénomènes sans aucune pertinence sur la
scène politique québécoise.
En conclusion, je me demande en quoi un parti éternellement
voué aux banquettes de l’opposition peut, de façon efficace et
constructive, défendre les intérêts du Québec.
Le Bloc québécois, qui a été fondé avec l’intention d’aider le
Parti québécois à réaliser un noble objectif, a perdu sa
raison d’être avec la disparition de tout espoir d’atteindre
celui-ci.
Le seul objectif encore à la portée du Bloc québécois semble
être d’assurer une retraite confortable aux membres de sa
députation… Sans me faire d’illusion à cet égard, je demande
aux Québécois de tous les horizons, les « lucides » et les «
solidaires », d’écarter une fois pour toutes le Bloc québécois
de la scène politique fédérale lors de la prochaine élection,
pour le bien du Québec.
Majorité bloquée - Claudette Galibois
Le Bloc québécois ne devaitil pas être sur la scène fédérale
pour deux élections seulement? Que l’on soit séparatiste ou non,
force est d’admettre que tant que le Bloc sera là, le gouvernement
fédéral sera minoritaire, donc dans l’impossibilité de gouverner.
Le pays tout entier en subit les conséquences. Voulons-nous
retourner aux urnes tous les ans? Dépenser des milliards
inutilement? Quel sera le taux de participation aux prochaines
élections? Sommesnous si bien représentés avec un taux de
participation si faible? Le temps est peut-être venu que les
Québécois pensent à élire un gouvernement qui pourra gouverner.
Une drôle de « révolution culturelle »
! - Gilbert Paquette
On suggère un gouvernement impuissant qui gère
un budget en mode décroissance sans projet collectif
Avec son trou budgétaire, s’imaginer qu’Ottawa ne
coupera pas éventuellement dans ses transferts aux provinces est
de l’ordre de la naïveté.
Il est intéressant d’examiner les récentes
interventions de Lucien Bouchard dans une perspective
souverainiste, en regard de l’analyse déposée cette semaine par le
comité mandaté par le ministère québécois des Finances.
Letroisièmeetdernier rapport du comité consultatif
sur l’économie et les finances publiques rejoint l’analyse des
«lucides» de 2005. Il vise manifestement à préparer l’opinion à
une soidisant « révolution culturelle » qui commencerait avec le
prochain budget du Québec.
Ces interventions ont en commun une vision
essentiellement comptable de l’avenir du Québec qui cherche à se
donner l’allure d’un « nouveau » projet de société. Maintenant que
les banquiers ont créé une crise économique, maintenant que les
gouvernements sont venus à la rescousse, il faut payer les pots
cassés, à Québec comme à Ottawa.
Convenons tout de suite avec le comité que le
statu quo n’est pas une option. Il faut d’urgence empêcher le
solde budgétaire du Québec de s’emballer. Au rythme actuel des
dépenses, on passerait d’un déficit de près de 5 milliards en
2009-2010 à plus de 11 milliards en 2013-2014. Bien qu’il faille
éviter une croissance rapide de la dette, cela n’implique pas
toutefois qu’il faille ramener le déficit à zéro à la fin de cette
période comme le propose le comité. L’économiste Louis Gill a
montré que les engagements bruts ou nets de toutes les
administrations publiques au Québec restaient bien en deçà de la
moyenne de l’OCDE.
Le comité juge que « les moyens mobi l isés par le
gouvernement à partir de 2008-2009 sont largement suffisants », et
il ne recommande aucune autre mesure de stimulation de l’économie
pour les prochaines 15 années! Au contraire, il prône une
diminution importante des dépenses gouvernementales et une
augmentation des tarifs des services publics plus forte que dans
le plan gouvernemental de l’automne 2009.
Bref, on nous suggère un gouvernement la rgement
impuissant gérant le budget collectif en mode décroissance sans
lemoindre projet collectif à l’horizon. Drôle de « révolution
culturelle » !
Chose étonnante, tout en écartant la souveraineté
de l’écran radar, le comité exclut toute analyse de l’autre moitié
de notre situation budgétaire: le budget fédéral. De ce côté, on
suppose que rien ne va changer d’ici 15 ans. Or le gouvernement
fédéral fait face à un déficit pour 2009-2010 que l’on évalue à
plus de 50 milliards, la part du Québec correspondant à 20% de ce
total.
Ce déficit dépasse celui de 1992-1993, après quoi
le gouvernement fédéral avait « pelleté » son déficit dans la cour
des provinces, entraînant des coûts sociaux élevés qu’elles ont du
gérer. Lucien Bouchard s’en rappelle sûrement. Avec un tel trou
budgétaire, s’imaginer qu’Ottawa ne coupera pas éventuellement
dans ses transferts aux provinces est de l’ordre de la naïveté.
N’en déplaise aux résignés, il y a un lien direct
entre notre situation de dépendance politique et la problématique
des finances publiques du Québec. Après avoir dépensé sans compter
pour redresser l’industrie automobile en Ontario et financer les
pétrolières de l’ouest, le gouvernement fédéral va vouloir refiler
une part de la facture aux provinces. On peut imaginer à quel
point les scénarios provinciaux évoqués plus haut s’effondreront
comme un château de cartes.
Examinons lesmoyens additionnels que nous
donnerait un État québécois complet.
S’il y a une chose qu’a démontrée la crise
économique actuelle, c’est l’importance de l’État. Sans l’État et
ses investissements massifs pour renf louer l’économie, nous
allions vers la catastrophe. Un État souverain ayant le double du
budget de la province de Québec aura une marge de manoeuvre plus
grande.
La duplication des services entre les deux niveaux
de gouvernements était évaluée à 2,7 milliards par an dans le
rapport Legault de 2005 sur la base des chiffres de 1994-95. Elle
s’élève probablement autour de 4 milliards maintenant. Le comité
Léonard, du Bloc québécois, a identifié quelque 2 milliards de
coupes possibles dans notre part du budget fédéral annuellement.
Un Québec souverain pourrait aussi réduire les 490 milliards de
dollars projetés dans la défense au cours des 20 prochaines
années, la part du Québec revenant à quelque 5 milliards par
année. Les avantages accordés aux pétrolières de l’ouest et la fin
de la mission en Afghanistan ajouteraient d’autres milliards
d’économies, dont la liste pourrait s’allonger.
La triste ironie de la résistance bloquiste - BERNARD
AMYOT
Pendant
l’occupation de la France par les nazis, ce n’était pas les
leaders nationalistes qui appuyaient courageusement de Gaulle
et le camp de la liberté.
C’est avec stupéfaction, sinon avec une bonne dose d’ironie,
que l’on a pu entendre Gilles Duceppe le week-end dernier
comparer son rôle à celui d’un résistant au joug nazi pendant
la Seuxième Guerre mondiale.
D’abord parce que le Québec n’est simplement pas un peuple
opprimé de quelque façon que ce soit, encore moins dans le
sens de l’oppression d’une dictature qui visait sciemment à
exterminer juifs, gitans et homosexuels.
Mais aussi parce que les leaders indépendantistes mainstream,
Lucien Bouchard en tête – celui-là même qui n’a pas hésité à
poursuivre un analyste financier qui l’avait comparé à Hitler
– ont toujours reconnu, notamment après le discours de Bill
Clinton à Tremblant, que leur quête ne pouvait relever de la
libération de l’oppression d’un peuple par un autre, dans la
mesure où ce cas de figure n’est tout simplement pas
applicable au Québec.
Le plus
déroutant toutefois, dans l’énormité des propos du chef
sécessionniste à Ottawa (où personne ne l’empêche de
s’exprimer librement d’ailleurs), est que pendant la vraie
occupation de la France par les nazis, les leaders
nationalistes québécois de l’époque, dans leur immense
majorité, Lionel Groulx et Georges Pelletier (alors directeur
du Devoir) en tête, se rangeaient publiquement derrière les
thèses des Pétain, Franco, Salazar et Hitler, vantant les
mérites du « travail, famille, patrie » et exprimant
volontiers un antisémitisme des plus primaires. Inutile de
dire qu’ils ne louangeaient pas la France libre du général de
Gaulle.
À la même époque, ce n’était pas les leaders nationalistes qui
appuyaient courageusement de Gaulle et le camp de la liberté
et de la résistance à l’oppression nazie, mais plutôt les
Adélard Godbout, Ernest Lapointe, Jean-Louis Gagnon,
Jean-Charles Harvey et TD Bouchard, pour ne nommer que ceuxlà.
Les leaders indépendantistes ont attendu bien longtemps, en
fait jusqu’en 1967, avant de « découvrir » le général de
Gaulle…
Quelle
triste ironie en effet.
« Inacceptable pour le Québec », dit le Bloc -
Joël-Denis Bellavance
Remaniement de
la carte électorale par le gouvernement conservateur
OTTAWA — Le Bloc québécois entend mener la mère de toutes les
batailles pour empêcher l’adoption du projet de loi que compte
déposer le gouvernement Harper afin d’augmenter le nombre de
sièges que comptent certaines provinces à la Chambre des
communes. Ce projet de loi, qui attribuerait 32 nouveaux
sièges à trois provinces qui connaissent une croissance
démographique importante – l’Ontario, l’Alberta et la
Colombie-Britannique – aurait pour effet de diminuer le poids
politique du Québec aux Communes, affirme le leader
parlementaire du Bloc québécois, Pierre Paquette. À l’heure
actuelle, le Québec détient 75 des 308 sièges aux Communes,
soit une proportion de 24% des sièges. L’ajout de 32 nouveaux
sièges aux trois provinces anglophones ferait passer ce poids
à 22 %. Le Québec a obtenu la garantie dans les années 70 de
conserver au moins le même nombre de sièges même si son poids
démographique diminue au pays. Mais cela n’empêche pas Ottawa
d’accorder d’autres sièges à d’autres provinces pour tenir
compte de la croissance de la population.
Le gouvernement Harper avait déjà manifesté son intention
d’augmenter le nombre de sièges que détiennent ces trois
provinces aux Communes afin de mieux refléter leur poids
démographique à Ottawa. Mais le dernier projet de loi, déposé
en mai 2007, est mort au feuilleton à la suite du
déclenchement des élections en septembre 2008. En outre, le
gouvernement de l’Ontario n’était pas satisfait du nombre de
sièges qu’on lui proposait à l’époque, soit une dizaine de
plus.
Au début de l’année, Stephen Harper et son homologue ontarien
Dalton McGuinty ont réglé ce différend lorsque les deux hommes
ont convenu que la province devrait obtenir sa juste part,
soit plus que les 10 sièges initialement proposés.
Le quotidien The Globe and Mail a rapporté hier que le
ministre d’État responsable de la réforme démocratique, Steven
Fletcher, comptait revenir à la charge au cours des prochaines
semaines en déposant un nouveau projet de loi.
En vertu de
cette réforme, l’Ontario obtiendrait donc 21 sièges de plus,
l’Alberta six sièges et la Colombie-Britannique sept sièges.
Les nouvelles circonscriptions seraient essentiellement
situées dans les banlieues des grandes villes de Toronto,
Edmonton, Calgary et Vancouver. Le Parti conservateur pourrait
rafler une bonne partie de ces nouveaux sièges aux élections
générales et obtenir, par conséquent, la majorité aux Communes
qui lui a échappé jusqu’ici.
« C’est totalement inacceptable pour le Québec. À partir du
moment où l’on reconnaît qu’il existe une nation québécoise,
il faut s’assurer que son poids politique au sein des
institutions fédérales soit maintenu à 24 ou 25% comme c’est
le cas présentement. Donc, nous allons nous opposer
farouchement à ce projet de loi», a affirmé Pierre Paquette.
Le député bloquiste a rappelé que l’Assemblée nationale avait
adopté une motion unanime pour s’opposer au premier projet de
loi pour ajouter de nouveaux sièges qu’avait déposé le
gouvernement Harper.
En conférence de presse hier matin, le chef du Parti libéral,
Michael Ignatieff, a indiqué que toute redistribution des
sièges aux Communes doit tenir compte du poids du Québec au
sein de la fédération canadienne. Toutefois, il a refusé de
s’engager à ce que le Québec conserve, par exemple, 25 % des
sièges.
« Je ne vais pas vous donner de chiffres, a-t-il protesté. Je
vais étudier le projet. Mais je veux dire que le poids du
Québec dans la fédération canadienne doit être toujours
respecté. Je veux unifier le pays. Je ne veux pas le diviser.
Mais je veux que notre système électoral s’adapte à la
croissance de la population. Ça, c’est évident », a-t-il
affirmé.
Pas de mystère - ANDRÉ PRATTE
«Un des
mystères de ma vie, c’est que ça (l’indépendance du Québec) ne
soit pas encore fait », dit Bernard Landry en ouverture du
documentaire Questions nationales, présenté en première hier
soir au Festival des films du monde.
Il n’y a pourtant là rien de mystérieux. La clé, on la trouve
dans deux extraits du film. D’abord, ce discours prononcé par
René Lévesque en 1970 : « On veut cesser d’être un peuple
caricaturalement pauvre dans une société riche qui est
manipulée par les autres. » Ensuite, aujourd’hui, ce propos de
M . L a nd ry : « Quand je dis aux étrangers qu’on a le
troisième avionneur au monde, ils ont peine à le croire. Quand
je leur dis qu’on a plusieurs multinationales qui dominent la
planète dans leur secteur... La Caisse de dépôt est le
troisième ou quatrième investisseur immobilier au monde ! »
Entre ces deux énoncés, il y a quatre décennies de fulgurant
développement économique, social et culturel, à l’intérieur de
la fédération canadienne. L’indépendance ? Pour quoi faire ?
« Depuis 50 ans, 111 pays ont obtenu leur indépendance,
pourquoi pas le Québec ? » se demandent les auteurs du
documentaire. Parce que la grande majorité de ces pays étaient
emprisonnés dans des régimes coloniaux qui bloquaient leur
développement et brima ient leu r cultu re. L’indépendance a
paru à ces peuples comme la seule issue. Les Québécois ont eu
le loisir d’emprunter une autre voie.
Dans
l’entrevue qu’il a donnée pour Questions nationales, le chef
du Bloc québécois, Gilles Duceppe, y va d’une prédiction
étonnante : « Ce qui se passe avec les FrancoCanadiens et les
Acadiens, l’assimilation fulgurante, c’est ce qui arrivera au
Québec. On ne peut pas attendre 50 ans. »
Plus de six millions de francophones assimilés, vraiment ?
Alors que nous avons survécu à la Conquête et au « génocide
culturel » qui, selon Pierre Bourgault, s’est abattu sur le
Québec à compter de 1867 ?
Questions nationale s nous fait prendre conscience des
similitudes entre la situation du Québec et celle de deux
autres nations minoritaires, les Catalans et les Écossais. Le
parallèle entre ces derniers et nous est particulièrement
fascinant. Le gouvernement régional écossais est aujourd’hui
dirigé par un parti indépendantiste. Le Scottish National
Party a été élu en 2007 après une campagne où il a peu parlé
d’indépendance. Néanmoins, le SN P promet un référendum sur le
sujet en 2010, référendum pour lequel il a choisi une question
« douce ». Ça ne vous rappelle pas quelque chose ? En
Écosse,
l’indépendance obtient seulement 28 % d’appuis, selon le plus
récent sondage. La raison de cette tiédeur est simple :
l’Écosse a réussi à préserver sa culture et à prospérer au
sein du RoyaumeUni. Cela étant, les Écossais, tout comme les
Québécois, ne voient tout simplement pas la nécessité de se
lancer dans l’aventure indépendantiste. Il n’y a là aucun
mystère.
Notre dû - ANDRÉ PRATTE
Le Parti
québécois accuse le gouvernement Charest de préparer des
augmentations de tarifs alors qu’il devrait plutôt réclamer
d’Ottawa une somme de 8 milliards qui « nous est due »,
selon la chef, Pauline Marois.
Voyons de quoi il est question ici. Selon la compilation
faite par le PQ, Ottawa «doit» à Québec 2,6 milliards comme
compensation pour l’harmonisation de la TVQ avec la TPS, 2,1
milliards pour le financement des infrastructures, 1,25
milliard en raison des changements à la formule de
péréquation, 800 millions pour l’enseignement
post-secondaire, etc. Le PQ n’a pas inventé ces chiffres, la
plupart viennent du gouvernement Charest qui endosse la
plupart de ces revendications.
Dans tout désaccord entre Québec et Ottawa, la majorité des
Québécois prennent spontanément parti pour la première.
Pourtant, ce n’est pas parce que le gouvernement du Québec
réclame quelque chose du fédéral qu’il a raison. Or, en ce
qui a trait à plusieurs des éléments sur cette liste de
contentieux, l’argumentaire du gouvernement Charest et du PQ
n’est pas convaincant.
Prenons le
cas de la péréquation. Le gouvernement Harper a modifié le
programme en 2007, un changement dont le Québec a été la
principale province bénéficiaire. L’an dernier, estimant que
les paiements de péréquation allaient croître trop
rapidement pour ses moyens, Ottawa a décidé de prendre des
mesures pour ralentir cette croissance. Le gouvernement du
Québec espérait recevoir 9,2 milliards en 2010-1011; en
raison des nouveaux plafonds, il recevra plutôt 8,5
milliards. Il n’y aura pas de baisse de la péréquation;
simplement, les paiements n’augmenteront pas aussi vite que
ce qui était attendu. Le fédéral ne doit donc rien au
gouvernement du Québec. Il a simplement mis un terme à la
croissance exponentielle des coûts d’un de ses programmes,
ce qu’il a certainement le droit (voire le devoir) de faire.
Voyons maintenant l’enseignement post-secondaire. Là aussi,
le fédéral a accru ses transferts aux provinces. Toutefois,
Québec estime qu’Ottawa devrait revenir au niveau de
transferts de 1994-1995, en tenant compte de l’inflation.
Pourquoi le fédéral aurait-il l’obligation de revenir au
niveau de 1994-1995, année où il était dans le rouge de 38
milliards? Ottawa a décidé de mettre plus d’argent dans ses
transferts pour la santé; qui est contre? Une chose est
sûre, encore ici, le fédéral a parfaitement le droit de
prendre de telles décisions et cet argent n’est d’aucune
façon dû au gouvernement du Québec.
Au cours des trois dernières années, les revenus autonomes
du gouvernement provincial – les impôts et taxes qu’il
prélève lui-même – ont baissé de 1 milliard, en raison des
baisses d’impôts et du ralentissement de l’économie. Pendant
la même période, les transferts fédéraux ont crû de presque
3 milliards. Dans ce contexte, comment peut-on rendre Ottawa
responsable des problèmes financiers du gouvernement du
Québec? Cela
dit, il n’y a rien d’étonnant dans ce débat. Depuis Honoré
Mercier au XIXe siècle, les partis provinciaux se sont
toujours servi des contentieux avec le fédéral pour faire
diversion. Quoi de mieux, pour éviter de mettre les
Québécois face aux conséquences de leurs choix, qu’une bonne
vieille guéguerre avec Ottawa?
Est-ce vraiment le Canada qui exploite le Québec ?... -
Lysianne Gagnon
La manne d’Ottawa
Ici et là, des
voix s’élèvent pour remettre en question le programme de la
péréquation.
L’événement est survenu le 14 avril dernier. Il est passé à peu
près inaperçu, surtout au Québec, mais il pourrait avoir de
sérieuses conséquences. Le 14 avril, donc, pour la première fois
depuis l’instauration de la péréquation, en 1957, l’Ontario a
changé de statut. De province « riche », elle devenait membre du
groupe des cousines « pauvres », celles qui reçoivent des
paiements de péréquation. En tant
que locomotive économique, l’Ontario a toujours considéré de
son devoir de subventionner les régions moins riches.
Maintenant en crise, la province commence à ruer dans les
brancards.
Ce même jour, le gouvernement fédéral transférait un premier
paiement de 14,4 millions au Trésor ontarien. À la fin de
l’année financière, l’Ontario aura reçu 347 millions… alors que
Terre-Neuve, pour la première fois, passe dans le camp des
provinces riches grâce à ses ressources énergétiques. Pour la
même raison, le Manitoba et la Saskatchewan font maintenant
partie du club des riches… alors que l’industrie manufacturière
sur laquelle reposait la prospérité de l’Ontario s’écroule sous
les coups de la crise financière.
Ici et là, notamment dans le National Post, des voix s’élèvent
pour remettre en question le régime même de la péréquation,
régime duquel le Québec tire cette année 8 milliards – une somme
énorme, à comparer aux 347 millions qu’Ottawa versera à
l’Ontario.
Le raisonnement est le suivant, et il n’est pas absurde. La
raison d’être de la péréquation, c’était de permettre
auxprovincespauvres d’offrir à leurs citoyens des services
comparables à ceux des provinces riches, dans des domaines comme
la santé, l’éducation, la sécurité sociale, etc. Or, le Canada
n’est plus ce qu’il était il y a 52 ans. On peut dire,
aujourd’hui, que la qualité des services offerts par les
provinces s’est égalisée dans tout le Canada. Les provinces
pauvres se sont enrichies, pendant que les vaches à lait
traditionnelles, l’Ontario et l’Alberta, souffrent de la crise.
Et le Québec? À
cause de sa forte population, c’est la province qui reçoit le
plus, bon an mal an, au titre de la péréquation (cette année,
60% du total des transferts, plus de deux fois plus que son
poids démographique). Or, il se trouve que le Québec s’offre des
services coûteux qui n’existent pas ailleurs, comme l’assurance
médicaments, les garderies à 7$, une fonction publique
pléthorique, etc. Et lorsque le gouvernement Charest a utilisé
les premiers transferts visant à régler le « déséquilibre fiscal
» (auquel le Québec était le seul à croire) pour baisser les
impôts à la veille des élections de 2007, il a scié la branche
sur laquelle il était assis. C’était faire la preuve que le
Québec n’avait nul besoin de la péréquation pour des services
essentiels. Et il ne s’est pas fait d’amis dans le reste du
Canada en passant son temps à se plaindre et à quémander plus,
encore plus, toujours plus.
L’Ontario, qui en tant que locomotive économique, considérait
qu’il en allait de son devoir de subventionner les régions moins
riches, commence à ruer sérieusement dans les brancards.
L’argent de la péréquation, ne l’oublions pas, ne provient pas
d’une mystérieuse caisse dont la manne tomberait du ciel
d’Ottawa. Il provient des contribuables canadiens, au premier
chef des Ontariens… qui alimentent près de la moitié de la
«caisse » de la péréquation, même si, cette année, ils en
reçoivent une infime fraction. Or, l’économie ontarienne
flageole, la province a un taux de chômage supérieur à celui du
Québec, et des services moins « chromés » dans nombre de
domaines.
La rébellion n’est pas loin. Le National Post, un journal
conservateur, réclame carrément l’abolition du programme. Mais
le questionnement se fait jour dans des milieux plus
progressistes, comme au Globe and Mail, où le chroniqueur
Jeffrey Simpson, entre autres, s’interroge lui aussi sur le sens
de la péréquation, à une époque où l’Ontario traverse une crise
sans précédent.
La fin de la
surenchère - Brian Lee Crowley
Les
provinces riches seront de plus en plus réfractaires à
financer l’État providence du Québec
L’auteur a écrit l’ouvrage Fearful Symmetry : the fall and
rise of Canada’s founding values, qui vient de paraître chez
l’éditeur Key Porter. La présence simultanée durant les
années 60 d’une bulle démographique et d’un mouvement
crédible prônant l’indépendance du Québec a déclenché une
espèce de surenchère pour capter la loyauté des jeunes
baby-boomers francophones. Des programmes fédéraux visant à
rendre les francophones financièrement dépendants envers le
Canada ont été, par la logique du fédéralisme, généralisés à
toutes les provinces.
PHOTO PATRICK SANFAÇON,
ARCHIVES LA PRESSE
Il en a résulté un Canada de nouveau composé de deux
«nations», mais d’un caractère très diffèrent : une nation
qui produit la richesse (‘Making Canada’, composé
principalement de l’Ontario, de l’Alberta et de la
Colombie-Britannique) et une autre qui la détourne (‘Taking
Canada’, composé surtout des autres provinces, mais avec le
Québec dans le peloton de tête).
Sans les changements profonds que la Révolution tranquille
ainsi que la montée des baby-boomers ont enclenchés au
Québec, le Canada n’aurait pas connu l’expansion démesurée
de l’État qu’on constate depuis les années 60. Cette
dynamique est cependant en sérieuse perte de vitesse.
L a su renchère opposa nt Québec et Ottawa a alimenté une
croissance démesurée de l’État au Québec qui a, à son tour,
miné la croissance économique, approfondi la dépendance
d’une certaine couche de la population vis-à-vis de
l’État-providence, multiplié les emplois improductifs dans
le secteur public, renforcé le pouvoir de chantage des
syndicats, des entreprises et d’autres groupes qui cherchent
à s’abreuver à la fontaine des deniers publics, affaibli la
famille, et encouragé l’émigration tout en décourageant
l’immigration. Le poids politique, économique et
démographique du Québec s’en est trouvé amenuisé, tout comme
sa capacité de poursuivre la surenchère.
Selon Statistique Canada, en 2031, le Québec représentera à
peine 21% de la population canadienne. Par contre, la
Colombie-Britannique, l’Alberta et l’Ontario compteront pour
les deux tiers de la population et accapareront trois fois
plus de sièges que le Québec à la Chambre des communes.
Cette
coalition (Making Canada) représentera également 70 % de
l’économie nationale. Comparés au Québec, sa population, sa
natalité, son immigration, sa productivité et son niveau
d’emploi seront tous plus élevés alors que son fardeau
fiscal et son taux de retraites anticipées seront de
beaucoup inférieurs. La pénurie de travailleurs qu’annonce
le vieillissement des baby-boomers rendra cette région du
pays de plus en plus réfractaire à participer au financement
d’une partie non négligeable de l’État providence obèse du
Québec.
Il va sans dire qu’un Québec qui représente une cinquième de
la population et de l’économie continuera d’être influent,
et tous ces développements auront aussi des conséquences
positives.
Par exemple, l’invasion par Ottawa de bien des domaines de
politique sociale a eu pour mobile la poursuite de la
surenchère. Sciemment ou non, le gouvernement fédéral a
ainsi fini par subventionner une série de politiques,
notamment au Québec, mais ailleurs aussi, qui ont
profondément endommagé les économies provinciales.
On pourra résoudre ce problème en mettant fin aux transferts
fiscaux et en les remplaçant par un transfert de capacité
fiscale. Lorsque les provinces auront à acquitter la note de
leurs politiques sociales à partir de leurs propres
ressources, elles seront plus attentives aux résultats
obtenus.
En contrepartie, les provinces seraient appelées à
reconnaître, une fois pour toutes, le rôle prépondérant du
fédéral en ce qui a trait à la création d’un marché libre et
sans entrave à l’échelle du Canada. L
e Q u é b e c s ’o p p o s e r a évidemment à ce
renouvellement de la présence d’Ottawa dans la vie des
Canadiens. Par contre, sortir Ottawa des politiques sociales
de ressort provincial tout en s’enrichissant d’une partie de
la capacité fiscale du gouvernement fédéral constituerait
une victoire importante vue sous l’angle des revendications
traditionnelles du Québec. Tout compte fait, on pourrait
assister à un renouvellement du pacte confédératif qui sera
dans l’intérêt de tous.
L’ombre de Meech - Richard Le
Hir
La vente
d’Énergie NB à Hydro-Québec risque de mobiliser les
démagogues aux préjugés antiquébécois
Il faut croire que nos dirigeants actuels ont
bienmauvaisemémoire. Si le projet d’acquisition
d’Énergie NB par Hydro-Québec peut avoir un certain sens
sur le plan des affaires (un sens dont il restera
d’ailleurs à faire la preuve dans le concret), il ne
faut pas écarter le risque d’un dérapage politique qui
pourrait nous replonger dans une crise majeure pour
l’avenir du Québec et du Canada.
À peine annoncée, la transaction s’attire les foudres de
Danny Williams, le premier ministre de Terre-Neuve.
Terre-Neuve... Ça ne vous rappelle rien? Et comme ce fut
le cas pour l’accord du lac Meech de si funeste mémoire,
la transaction est assujettie à un processus de
consultation populaire, circonscrit au
Nouveau-Brunswick, il est vrai. Mais parions que tout ce
que le pays compte de démagogues et de pêcheurs en eaux
troubles va se mobiliser pour fustiger une opération
qui, il faut bien l’admettre, accroît sensiblement
l’emprise d’HydroQuébec sur le marché de l’électricité
dans le nord-est du continent. Au-delà de la clientèle
du Nouveau-Brunswick, c’est le marché des États
américains voisins qui est visé pour des exportations
ponctuelles profitables.
Il faut êtrebien inconscientoutrèsnaïf pour croire que
l’affaire est dans le sac. Les milieux anglo-canadiens
des finances et du génie-conseil se souviennent des
effets qu’avait eus la nationalisation d’Hydro-Québec
sur leurs activités.
ÀMontréal et au Québec, ils s’étaient rapidement vus «
tasser » par une nouvelle élite francophone que
l’opération avait enhardie, et avaient du se résigner à
une diminution de leur chiffre d’affaires et à une perte
d’influence.
En l’espace de 10 ans, HydroQuébec est devenue le «
navire amiral » de l’économie québécoise. Dans son
sillage allaient apparaître une pléthore d’entreprises
dont on mesure encore tous les jours les gains en
importance et en influence. Et il y a les autres. À la
Caisse de dépôt, on doit se frotter les mains.
Cependant, en affaires, ce que les uns gagnent, les
autres le perdent. Si les consommateurs du
Nouveau-Brunswick risquent d’y gagner avec des tarifs
dont le rythme d’augmentation va ralentir, les plus gros
fournisseurs de services d’Énergie NB vont la trouver
saumâtre.
Quoi de
plus normal pour HydroQuébec de consolider certains
centres de décision aujourd’hui encore au
Nouveau-Brunswick à son siège social de Montréal.
Les provinces atlantiques ne comptent pas de nombreux
sièges sociaux. La perte de l’un des plus gros risque
d’avoir de grosses répercussions sur les réseaux
d’affaires qui y sont établis.
Le bonheur de Montréal et du Québec risque d’être
singulièrement terni par les lamentations et le bruit
des chemises déchirées qu’on s’apprête à entendre d’un
bout à l’autre du pays.
Au-delà des seules considérations économiques, on aurait
tort de sousestimer les conséquences politiques. Le
débat lui-même va être difficile.
Chauffé à blanc par les démagogues de tout acabit, il
risque de devenir le déversoir de tous les préjugés
antiquébécois qui prolifèrent au Canada. L’affaire
débouchera sur un climax toxique au possible qui ne
pourra se solder que par la « défaite » des uns ou des
autres, avec les risques politiques que cela comporte
pour l’avenir du Québec et du Canada.
On oublie vite les victoires, elles ne font les
manchettes qu’un jour. Les défaites, elles, marquent. On
parle encore des plaines d’Abraham. De Meech aussi. Ce
sont les amateurs de chiffons rouges et de drapeaux
piétinés qui vont être ravis. À quoi pense donc Jean
Charest?
Les futurs Canadiens connaîtront les Patriotes
OTTAWA —
Les référendums pour la souveraineté, la reconnaissance de
la nation québécoise par le Parlement canadien, les luttes
des Patriotes et la Révolution tranquille feront partie du
nouveau guide de citoyenneté remis aux aspirants
Canadiens, a déclaré hier le ministre fédéral de
l’Immigration, Jason Kenney.
La nouvelle mouture de ce guide sera rendue publique
demain. Elle vise à donner une plus grande place aux
valeurs, aux symboles, mais surtout à l’histoire du
Canada, a confié le ministre lors d’un entretien
téléphonique avec La Presse, hier.
Ce nouveauguide, nommé Découvrir le Canada: Les droits et
responsabilités liés à la citoyenneté, devrait faire une
plus grande place à l’histoire militaire du pays – comme
la bataille de Vimy ou le symbole du coquelicot le jour du
Souvenir – et non plus seulement mentionner son rôle de «
gardien de la paix » internationale.
Le ministre Kenney a aussi indiqué que le nouveau document
d’une soixantaine de pages contiendra certains passages
plus sombres de la chronique canadienne, tels que la taxe
d’entrée imposée aux immigrants chinois de 1885 à 1923.
Plusieurs
des exemples mentionnés par M. Kenney font partie de
l’ordre du jour du Parti conservateur de StephenHarper,
dont cette taxe d’entrée pour laquelle Ottawa a présenté
ses excuses officielles à la communauté chinoise ou la
reconnaissance de la nation québécoise au Parlement
canadien.
Mais Jason Kenney s’est défendu d’avoir tenté de s’emparer
de la symbolique identitaire nationale à des fins
partisanes. «On a consulté un groupe d’experts, dans
plusieurs domaines, dont des Québécois, des gens avec un
point de vue plutôt nationaliste», a-t-il dit. « C’est
l’histoire du Canada, avec ses grandeurs, ses faiblesses,
aussi objective que possible.»
Selon lui, un telle démarche était nécessaire, à cause de
l’ignorance des Canadiens de leur histoire et de leurs
institutions. «Il y a beaucoup de livres critiques publiés
dernièrement qui disent que nous vivons une certaine
amnésie historique », a-t-il ajouté.
C’est pourquoi il espère pouvoir étendre l’utilisation du
nouveau guide au-delà de la sphère des nouveaux arrivants.
«C’est pour une meilleure éducation civique des citoyens,
a noté M. Kenney. Mais j’espère également qu’on peut
l’utiliser comme ressource chez les élèves nés au Canada.»
Ma tasse de thé - Jean-François
Lisée
Dans sa
chronique de vendredi dernier, Alain Dubuc me fait l’honneur
d’une brève apparition, écrivant que, « en lisant les
sondages comme les feuilles d’une tasse de thé, (Lisée)
estime que le reflux de l’option (souverainiste) est une
conclusion bizarre ».
Les
feuilles de thé n’étant pas ma tasse de thé, j’aime comparer
ce qui est comparable. M. Dubuc fait référence à un texte
publié dans La Presse en juin, où je citais un sondage Angus
Reid publié également dans La Presse – donc une source sûre
– qui mettait le Oui et le Non à égalité lorsqu’on interroge
l’opinion sur la question référendaire de 1995. Le même
résultat venait d’être obtenu da ns un sondage interne du PQ
publié da ns Le De voir. On peut en conclu re que, en
octobre 1995 et en juin 2008, les Québécois avaient
essentiellement le même avis. Les
sondeurs ont généralement cessé de poser la question de 1995
(ou d’inclure la notion de partenariat
ou d’association) da ns leu rs
sondages sur la souveraineté depuis plusieurs années. Ils
ont raison ou tort. Mais si on veut comparer correctement
l’évolution de l’opinion sur une longue période, il faut lui
poser la même question. J’ai bon espoir qu’avec un bon café,
même M. Dubuc pourra être d’accord avec ce principe de base.
Le boulet de Pauline Marois - ALAIN DUBUC
L’élément le
plus étonnant du sondage CROP publié la semaine dernière par
La Presse, ce n’est pas le succès des troupes de Jean Charest.
C’est bien davantage la faiblesse du Parti québécois qui, avec
33 % des intentions de vote, est loin derrière les 44% du PLQ.
33%, c’est très peu pour un parti qui s’est bien tiré des
dernières élections, qui forme une opposition professionnelle
et rigoureuse, qui devrait, en principe, pouvoir profiter de
la crise et des ratés de la première année de l’administration
libérale.
Alors, c’est quoi le problème ? Les yeux se tournent vers la
chef, Pauline Marois. On évoque son image, des carences de sa
personnalité, son château de l’Île-Bizard. Autant
d’explications qui relèvent de l’anecdote. Pauline Marois, une
ministre appréciée et compétente, devrait en toute logique
mériter mieux que cela.
C’est pourquoi je pense qu’il faut chercher l’explication
ailleurs. Et regarder du côté de l’option. C’est le faible
attrait du projet souverainiste qui est devenu un boulet pour
le Parti québécois et qui affecte la popularité de Mme Marois.
Les chiffres sont franchement catastrophiques. Dans un
référendum sur la souveraineté, le «oui» récolterait 33% des
voix contre 62% pour le «non». En répartissant les indécis,
très peu nombreux, on arriverait à un score de 35-65. En gros,
à peine plus d’un électeur sur trois appuie la souveraineté.
Bien sûr,
ce ne sont que des sondages. Ça peut changer. Mais l’écart
colossal de 30% entre le «oui» et le «non», et la
persistance de cet insuccès depuis des années, suggèrent
plutôt qu’on a quitté le terrain des fluctuations cycliques
et que nous sommes en présence d’un phénomène structurel
plus profond, et que nous sommes entrés dans une période que
l’on peut qualifier de post-souverainiste.
Cela affecte le PQ de deux façons. Moins de souverainistes,
c’est moins d’appuis naturels au PQ. Mais l’effondrement de
l’option fait aussi en sorte que le PQ perd son pouvoir
d’attraction auprès de non-souverainistes. Face à des gens
qui ne veulent plus en entendre parler, les efforts de Mme
Marois pour maintenir la flamme jouent un rôle de
repoussoir. Notamment la stratégie du saucisson, qui
consiste à multiplier les combats, et éventuellement les
référendums, sur des enjeux sectoriels.
Depuis quelques jours par exemple, le PQ a lancé une grande
offensive pour promouvoir l’indépendance énergétique du
Québec. Il s’agit en fait de miser sur les énergies
renouvelables et de réduire la dépendance envers les
hydrocarbures. En soi, c’est une excellente chose. Mais le
PQ essaie d’inscrire ce projet dans la marche vers la
souveraineté. Au nom de quelle logique, puisque la réduction
de la consommation de pétrole n’a pas grand-chose à voir
avec le statut constitutionnel du Québec. Le lien, c’est
qu’on joue sur les deux sens du mot indépendance. C’est le
genre d’arguties qui réjouira peut-être les plus convaincus
mais qui tombera sur les nerfs de tous les autres.
Le problème du PQ, c’est qu’il est encore au stade de la
négation, et même parfois du jovialisme. L’ex-premier
ministre Bernard Landry affirmait récemment que «l’idée
progresse inexorablement » grâce entre autres à une triple
alliance intergénérationnelle. Le conseiller Jean-François
Lisée, en lisant les sondages comme les feuilles d’une tasse
de thé, estime que le reflux de l’option est une «conclusion
bizarre». Pauline
Marois
a interprété le fait que des souverainistes participent à la
politique municipale, notamment à Montréal, comme un signe
que la souveraineté avait « le vent dans les voiles ». Il
serait plus juste d’en conclure que des souverainistes,
devant l’impasse de l’option, ont choisi de mettre leurs
talents aux services d’autres causes.
Le nationalisme d’accommodement -
Jean-François Simard
À défaut de faire du Québec un pays, le PQ et le Bloc font
aujourd’hui le pari d’en faire une province forte
Ancien député
du Parti québécois, l’auteur est professeur et titulaire de la
chaire Senghor de la francophonie à l’Université du Québec en
Outaouais Il y a de ces événements qui ressortent si vite de
notre actualité politique, qu’on se demande, en y repensant
quelque temps après, s’ils ont véritablement existé. Cela est
particulièrement le cas pour l’entente historique cosignée en
décembre dernier, entre les chefs du Parti libéral du Canada,
du Nouveau Parti démocratique et du Bloc québécois. Même si
cette entente est maintenant chose du passé, que retenir d’un
tel geste, quel sens lui donner? Le
chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, et la chef du Parti
québécois, Pauline Marois. Bloquistes et péquistes s’en
défendront jusqu’à leur dernier souffle, mais ils sont
entrés, plus ou moins consciemment, dans une ère
d’accommodement économique, social et constitutionnel avec
le Canada.
La première réponse qui vient à l’esprit relève de la simple
considération tactique. Stephen Harper est à la tête d’un
gouvernement de droite qui, selon ses adversaires, met à ce
point en danger les grandes valeurs canadiennes qu’il faille
le renverser, minoritaire qu’il se retrouve à la Chambre des
communes. Logique tout à fait compréhensible pour des libéraux
et des néo-démocrates en mal de pouvoir. Logique beaucoup
moins évidente à tenir pour un parti indépendantiste. Première
hypothèse: cette entente n’aura été rien d’autre qu’un
éphémère mariage de raison, auquel aurait consenti le Bloc, à
la recherche qu’il était, du moindre mal pour le Québec.
Pourtant, l’adhésion du Bloc québécois à cette coalition
parlementaire pour une période de dix-huit mois – une éternité
en politique – a laissé plusieurs souverainistes perplexes.
Non sans raison. D’une certaine manière et bien malgré eux
dans certains cas, les bloquistes se sont enfermés dans une
logique laissant entendre que les libéraux constituaient une
option à ce point viable et valable pour les Québécois qu’il
faille les porter au pouvoir sans en appeler au verdict
populaire. Les Québécois n’auraient-ils pas été alors tentés,
la prochaine élection venue, de voter directement pour les
libéraux?
L’hypothèse du moindre mal ne tient pas la route pour
comprendre pourquoi le Bloc québécois s’est indirectement
porté à la défense des intérêts d’un parti qui incarne encore
aux yeux de la majorité des Québécois, le rapatriement
unilatéral de la constitution, la perte du droit de veto,
l’échec de l’Accord du lac Meech, la loi sur la clarté
référendaire, la non-reconnaissance de l’intégrité
territoriale du Québec en cas d’indépendance, le scandale des
commandites, etc., etc.? Il y a forcément autre chose…
Une nouvelle étape?
De l’aveu même
de Gilles Duceppe, l’établissement d’une coalition
gouvernementale soutenue par une autre coalition, celle-là
parlementaire, dont le Bloc était la clef de voûte, fut aussi,
et peut-être surtout, justifié par la volonté de défendre des
valeurs communes sur le plan social, des valeurs partagées par
les trois partis d’opposition (même chance pour tous, justice
distributive, interventionnisme réfléchi de l’État, droit à la
syndicalisation, autonomisation de la politique étrangère du
Canada, etc.).
Malgré des réticences historiques à l’égard du PLC, pour la
première fois depuis le référendum de 1995, un parti
souverainiste, en cela largement appuyé par sa base militante
et la population québécoise, concevait comme étant non
seulement possible, mais souhaitable, d’établir un dialogue
politique de longue durée avec le reste du Canada et au
premier chef, avec ses traditionnels frères ennemis. Sans
aller jusqu’à parler de réconciliation nationale, loin sans
faut, il y avait dans cette entente un espoir de rapprochement
que bien des Québécois espéraient voir se concrétiser depuis
longtemps. Espoir qu’est rapidement venu étouffer Michael
Ignatieff.
Deuxième acte
La nouvelle option défendue par le Parti québécois n’est pas
neuve. Du temps où, jeune attaché politique, j’étais au
cabinet du premier ministre Jacques Parizeau, elle circulait
déjà sous le boisseau. Les objections finales à ce scénario
étaient toujours les mêmes: les référendums sectoriels sont
d’une tout autre nature qu’un référendum portant sur
l’indépendance, car ils visent davantage à réformer le Canada
qu’à en sortir.
Pauline Marois est on ne peut plus explicite à cet égard : «
le Parti québécois souhaite redéfinir l’espace législatif
partagé avec Ottawa ». Les mots parlent d’euxmêmes.
Paradoxalement, le Parti québécois s’inspire aujourd’hui
davantage du livre beige de Claude Ryan, que du livre blanc
sur la souveraineté-association de René Lévesque. À
l’unanimité, sans véritables débats, sans consultations
préalables de leurs membres, tous les présidents d’association
ont endossé le plan Marois. Cet apparent consensus est
révélateur de l’état d’âme qui prévaut dans ce parti.
La perpétuelle fuite par en avant que les souverainistes
opèrent depuis le lendemain de la dernière défaite
référendaire peut encore faire son temps. Mais il n’en demeure
pas moins qu’une impertinente question se pose chaque jour
avec plus d’acuité. Que faire si, ayant cru ardemment à la
souveraineté, la conviction de la voir se réaliser de son
vivant s’évanouit ? Faut-il coûte que coûte refouler ce
sentiment et poursuivre aveuglément un combat que l’on croit
définitivement perdu? Faut-il rester chez soi, dans une
logique de mutisme et d’abstinence politique, en espérant que
le vent tourne par on ne sait trop quel miracle? Faut-il
envisager de vivre autrement sa passion du Québec? Et si oui,
comment? (...)
Ni colonisés ni opprimés
(...) À
défaut de faire du Québec un pays, les péquistes font
aujourd’hui le pari d’en faire une province forte, au sein
du Canada. Bloquistes et péquistes s’en défendront jusqu’à
leur dernier souffle, mais ils sont entrés, plus ou moins
consciemment, dans une ère d’accommodement économique,
social et constitutionnel avec le Canada. Dès lors, ceux qui
seront vraiment tentés de réformer le Canada se demanderont
si le Parti québécois est le meilleur endroit pour relever
ce défi. Par contre, ceux qui veulent toujours faire du
Québec un pays, sans compromis, se demanderont si le PQ est
encore le véhicule politique qui leur convient réellement.
Je ne crois pas dans la fin de l’histoire. Un destin
national n’est jamais achevé. Mais force nous est de
constater que le nationalisme québécois est depuis quelques
années entré dans une nouvelle phase : celle de
l’accommodement.
À terme,
j’ai l’intime conviction que la libération d’un peuple
s’inscrit en réaction à une situation d’oppression. Les
partis politiques ne sont que le reflet de leur société. Or,
si les Québécois ont majoritairement choisi la voie de
l’accommodement, c’est peut-être parce que leur rapport au
Canada a considérablement évolué et qu’ils ne se sentent
plus ni colonisés ni opprimés. En ce sens, la Révolution
tranquille donne aujourd’hui sa pleine mesure.
Mais attention, l’accommodement ne signifie pas
l’acceptation béate et complaisante d’un Canada immuable. Du
reste, le nationalisme d’accommodement ne fera qu’un temps
si les Québécois ont le sentiment qu’il est à sens unique.
Il s’agit maintenant de savoir comment le reste du Canada
réagira à cette métamorphose de la question québécoise...
Point de rupture - Claude Poulin
Le constat de
Jean François Simard sur le « nationalisme d’accommodement » (
La Presse, 8 juillet) s’inscrit dans la suite des événements
récents qui représentent en somme un point de rupture dans
l’histoire du mouvement souverainiste.
Face à cette situation, Mario Polèse, ex-militant souverainiste,
a exprimé dans La Presse et Le Devoir les raisons pour
lesquelles il a choisi la voie du réalisme politique et décidé
de changer de camp.
L’automne
dernier, Daniel D. Jacques, philosophe et intellectuel
indépendantiste respecté, était allé dans le même sens en
s’appuyant sur des arguments d’ordre sociologique. ( La fatigue
politique du Québec français). « Le danger ultime de
l’ambivalence, a-til écrit, est de nous réfugier dans le rêve, à
distance du pays qui se construit… Les élections du Bloc
québécois à Ottawa témoignent de cette schizophrénie collective
qui conduit à fuir la vérité effective d’un pays qui demeure,
quoiqu’on en pense, le nôtre, et à nous situer de nouveau, à la
marge du pouvoir. »
On peut comprendre que cet appel est très difficile à entendre
pour ceux qui sont encore d’ardents souverainistes. Mais ceux
qui ne le sont pas et qui pratiquent le cynisme n’ont pas à se
réjouir. Puisque face à ce tournant, ils ont aussi un sérieux
défi politique à relever.
Tout peut changer - PAULINE MAROIS
Le « Plan pour
un Québec souverain » propose de mettre fin aux ingérences
fédérales et d’acquérir de nouveaux pouvoirs
L’auteure est chef du Parti québécois.*
PHOTO GRAHAM HUGHES, PC
La chef péquiste Pauline Marois a
dévoilé dimanche, lors d’un point de presse à la permanence
du PQ, son « Plan pour un Québec souverain » où elle propose
quatre actions concrètes.
Le Parti québécois a toujours eu pour objectif que le Québec
devienne pleinement souverain. Cette conviction inébranlable
demeurera le coeur de son action politique tant et aussi
longtemps qu’elle ne sera pas devenue réalité.
Puisque la motivation de ce projet est que le peuple québécois
soit enfin le seul à décider pour lui-même et par lui-même, il
a été convenu depuis longtemps que cet événement surviendrait
le jour où les Québécoises et les Québécois en auront décidé,
par la voie d’un référendum.
D’ici là cependant, il y a des choses à faire pour régler des
problèmes qui ont un impact concret dans le quotidien des
gens. Il y a des gestes à poser pour permettre au pouvoir
politique du Québec de grandir, et il y a des actions à
prendre pour mobiliser la population autour d’un projet de
pays porteur de la réalisation de nos rêves.
Rompre avec l’attentisme: c’est ce que le « Plan pour unQuébec
souverain », présenté dimanche dernier, propose de faire dès
maintenant.
Pour défendre l’espace actuel du pouvoir des Québécois, quatre
actions doivent être enclenchées.
Premièrement, il faut freiner et combattre les ingérences du
gouvernement fédéral dans nos champs de compétence.
Que ce soit dans les secteurs de l’éducation, de la santé et
des politiques familiales, un gouvernement du Parti québécois
s’assurera que le gouvernement fédéral se retire des champs de
compétence exclusifs du Québec avec compensation financière
pleine et entière.
Deuxièmement, il faut occuper pleinement tous les pouvoirs que
nous avons déjà et que nous n’exerçons pas pleinement. Nous
protégerons l’identité québécoise et occuperons pleinement
tous nos champs de compétence pour faire progresser le Québec.
Pour ce faire,
la loi sur l’identité québécoise sera adoptée. La Charte
québécoise des droits et libertés sera bonifiée pour y inclure
les valeurs québécoises. Le tout sera enchâssé dans une
constitution québécoise.
De même, nous adopterons une nouvelle loi 101 afin de
renforcer le statut du français comme langue de
l’administration ainsi que pour franciser les entreprises de
moins de 50 employés.
Nous ferons de l’enseignement de l’histoire nationale une
priorité. Les relations internationales du Québec doivent être
intensifiées. Par ailleurs, il est primordial que le Québec
puisse atteindre son indépendance énergétique.
Troisièmement, il revient à un gouvernement souverainiste
d’occuper tout l’espace dans les compétences partagées avec le
palier fédéral. Nous prendrons notamment l’initiative en
matière d’environnement, d’agriculture et de recherche. Voilà
autant de dossiers qui ont une importance fondamentale dans la
vie des Québécois. Dorénavant, c’est le Québec qui établira
ses priorités. Par exemple, en matière d’immigration, nous
voulons assurer une intégration réussie aux nouveaux arrivants
qui ont décidé de venir se joindre à la grande famille
québécoise.
Quatrièmement, nous voulons acquérir de nouveaux pouvoirs afin
de répondre à des besoins réels et prioritaires de la nation
québécoise. Il est évident que nous souhaitons que le Québec
récupère tous les pouvoirs et devienne pleinement souverain,
mais d’ici là, nous récupérerons chacun des pouvoirs qui,
selon les Québécois, devrait être assumé par leur
gouvernement.
C’est dans cet esprit que le Parti québécois a pris position
en faveur de la reconnaissance de la pleine compétence du
Québec en matière de culture et de communication. Nous avons
aussi demandé la rétrocession des plaines d’Abraham et des
terrains de l’Assemblée nationale.
Une nouvelle proposition s’ajoute. Le gouvernement du Québec
doit réclamer du fédéral qu’il lui cède la pleine
responsabilité de percevoir tous les impôts sur son
territoire.
Réaffirmant son objectif premier, le Parti québécois élargit
donc la voie vers la souveraineté.
Le Parti québécois n’aura de cesse de rechercher, pour nous et
pour nos enfants, une pleine et entière souveraineté, mais
d’ici là, ce sera toujours plus pour le Québec, toujours plus
pour les Québécoises et les Québécois.
Vraiment, avec le « Plan pour un Québec souverain: tout peut
changer ».
« Faire avancer le Québec en attendant la
souveraineté »
Le plan de
match de Pauline Marois: ouvrir tous les fronts avec Ottawa
Le référendum est toujours dans le programme péquiste, mais
non l’obligation de le tenir « le plus rapidement possible
dans le mandat ».
— La souveraineté n’est pas pour demain. En attendant, le
Parti québécois veut mobiliser les Québécois en ouvrant de
nombreux fronts, en multipliant les revendications auprès du
gouvernement fédéral. À défaut d’obtenir toute la
souveraineté, un gouvernement péquiste commencera par la
récupérer morceau par morceau, compétence par compétence.
C’est ce qu’a indiqué hier la chef péquiste Pauline Marois
dans un point de presse à la permanence du PQ. Elle devançait
une intervention qui devait être faite le weekend prochain à
Rivière-du-Loup, à l’occasion d’une conférence des présidents
de circonscription. Un gouvernement du Parti québécois,
a-t-elle expliqué, « a le devoir de proposer aux Québécois une
démarche qui les fera avancer, qui nous rapprochera de notre
souveraineté. On va utiliser toutes les compétences du Québec
pour faire avancer les Québécois ».
L’approche du « toujours plus pour le Québec » remplacera
celle du « tout ou rien », a-t-elle résumé, un plan qui, selon
elle, assurera « la cohésion du mouvement souverainiste » et
permettra de rompre avec « l’immobilisme » qui a frappé les
péquistes depuis le référendum de 1995. « On se remet à
l’action, on retrouve l’esprit des années 70 », a-t-elle
illustré.
Élu, le PQ voudra « utiliser le maximum de pouvoirs qui sont à
Ottawa pour faire avancer les Québécois ». Déjà, à l’Assemblée
nationale, le PQ s’était engagé à faire en sorte que le Québec
récupère des compétences exclusives comme la santé,
l’éducation et la famille avec pleine compensation d’Ottawa.
Le PQ avait aussi promis de donner plus de muscle à la Charte
de la langue française.
Hier, Mme Marois a dévoilé une autre cible, un autre jalon
dans la marche vers la souveraineté. Comme l’a indiqué La
Presse la semaine dernière, le PQ proposera la mise en place
d’une déclaration de revenus unique: le Québec serait le seul
« percepteur » de la totalité des impôts des Québécois. Le
projet sera discuté au congrès du printemps 2011 – un
rassemblement qui normalement aurait dû avoir lieu l’automne
prochain.
Pour Mme Marois, des économies annuelles de 840 millions de
dollars découleraient de cette mesure, qui « simplifierait la
vie des citoyens ». Le Québec est la seule province où les
citoyens font deux déclarations.
Des sondages internes démontrent que 70% des Québécois
seraient d’accord avec cette mesure. Hier, le porte-parole
PascalMonette a refusé toutefois de fournir plus de détails
sur ces sondages, sur la formulation des questions et même sur
la maison qui les avait réalisés.
Ces mêmes
sondages indiquent que les Québécois sont favorables à 72% à
ce que le Québec entame des discussions avec Ottawa pour
récupérer les compétences en matière de culture. De plus, 71%
sont favorables à ce qu’un débat soit ouvert pour que le
Québec récupère tous les pouvoirs en matière linguistique, ce
qui ne peut se faire dans l’ordre constitutionnel actuel.
Référendum « sur une question précise »
« Je ne propose pas une série de référendums à répétition, a
souligné Mme Marois. Il est possible que nous puissions tenir
un référendum sur une question précise… mais notre objectif
n’est pas ça. C’est de tenir un référendum, celui qui
comptera, celui sur la souveraineté du Québec. » Le référendum
est donc toujours dans le programme péquiste, mais non
l’obligation de le tenir « le plus rapidement possible dans le
mandat ». « Je garde l’agenda ouvert, a précisé Mme Marois. Je
veux pouvoir le tenir le plus rapidement possible, lorsque
nous penserons que nous pouvons avoir l’appui de la
population. »
Pour Gérald Larose, le président du Conseil de la
souveraineté, la « démarche large » d’y aller avec une liste
de revendications doit être appuyée par des référendums
sectoriels: « Si on nous répond non, on doit aller demander
l’opinion du peuple. » Le nouveau plan péquiste aura « une
vertu pédagogique » observe M. Larose.
C’est aussi ce que croit Pierre Dubuc, le président du SPQ
libre: « Les discussions avec Ottawa, les gens vont réaliser
que cela ne fonctionne pas. La conséquence logique sera la
tenue de référendums sectoriels. » Son groupe réclamera que le
référendum s’enclenche quand suffisamment de gens le
réclameront, une consultation « d’initiative populaire ». Mais
Mme Marois a prévenu qu’elle n’approuvait pas cette démarche,
que prônait, quand il était député, Jonathan Valois, devenu
président du PQ.
D’autres volets du plan de Mme Marois peuvent se réaliser sans
changements constitutionnels. « M. Charest pourrait faire un
certain nombre de choses, mais il ne demande rien, donc
n’obtient rien » a-t-elle soutenu. Ainsi, dès son élection, «
la première action » du PQ sera « de freiner et combattre par
tous les moyens les intrusions du fédéral dans les champs de
compétence exclusifs du Québec ».
Un gouvernement Marois voudra « occuper pleinement tous les
pouvoirs qu’on a déjà et qu’on n’exerce pas pleinement. On
protégera l’identité québécoise ». On compte adopter une « loi
sur l’identité québécoise » qui assurera la prépondérance du
français et des valeurs communes comme l’égalité entre les
sexes et la laïcité des institutions. Une nouvelle loi 101
serait adoptée « avec un véritable statut de charte » qui
s’appliquera aux entreprises de moins de 50 employés. Un
gouvernement péquiste fera par ailleurs de l’enseignement de
l’histoire « une priorité » et visera l’autonomie énergétique.
« À l’avenir, c’est le Québec qui déterminera ses priorités,
il occupera tout l’espace nécessaire », a promis la chef
péquiste.
Du côté d’Ottawa, clairement, on n’entendait pas entrer sur le
terrain des revendications du PQ. « Le PQ et le Bloc rêvent à
un gouvernement libéral fédéral qui pratique un fédéralisme
centralisateur et dominateur. Heureusement, depuis 2006, le
gouvernement Harper respecte les compétences du Québec et
reconnaît les aspirations de la nation québécoise », a dit
Dimitri Soudas, l’attaché de presse de Stephen Harper.
Place à la « gouvernance souverainiste »
Le Parti
québécois entend jouer la carte du rapatriement des compétences
— Le « grand soir » de l’indépendance du Québec ne surviendra
pas dans un avenir prévisible. En lieu et place, Pauline Marois
proposera mi-juin sa « gouvernance souverainiste ». Un
gouvernement péquiste revendiquera d’être seul maître d’une
série de compétences pour lesquelles le Québec partage
actuellement le terrain avec Ottawa. Au
lendemain de l’élection du PQ, Mme Marois promettra que les
Québécois « récupèrent tous leurs impôts ».
Pour illustrer les changements qui surviendraient au lendemain
de l’élection du PQ, Mme Marois promettra que les Québécois «
récupèrent tous leurs impôts ». Il s’agit d’un morceau important
du programme péquiste, qui définit l’indépendance comme les
pleins pouvoirs sur « les impôts, les lois et les traités ».
L’idée que les Québécois n’aient plus à remplir qu’une seule
déclaration de revenus galvanise les militants péquistes depuis
longtemps.
Ce réalignement, le « plan de match des prochaines années »,
sera dévoilé le 13 juin, à la « conférence des présidents » du
PQ, tenue stratégiquement à Rivière-du-Loup, où aura lieu, neuf
jours plus tard, une élection complémentaire.
Le PQadéjà annoncé qu’il reportait au printemps 2011 le congrès
d’orientation qui, normalement, aurait dû se tenir cet automne.
Au moment du congrès, il se sera écoulé six ans depuis la
dernière instance du PQ, en juin 2005, lorsqueBernardLandry a
démissionné. Historiquement, le PQ tenait ses congrès aux deux
ans.
Cette semaine à Québec, plusieurs députés ont assisté à un
cocktail des anciens employés politiques du PQ. Pauline Marois y
a promis un geste imminent pour « relancer la souveraineté ».
Le plan auquel ont travaillé quelques députés – Alexandre
Cloutier, Camil Bouchard et Pierre Curzi, notamment – a été
présenté hier soir à la réunion du comité exécutif du parti, à
Montréal. Pascal Monette, le directeur des communications du PQ,
s’est refusé hier soir à tout commentaire.
Avec le PQ au pouvoir, le Québec voudra « faire des gains, avoir
une position très autonomiste », sans attendre le « grand soir »,
explique-t-on dans les coulisses au PQ. La chef péquiste a déjà
tâté le terrain avec plusieurs députés. Elle fera aussi valoir une
liste de compétences, de la culture à l’agriculture, pour
lesquelles le Québec devrait être seul maître à bord.
Plusieurs sources indiquent qu’elle ne proposera pas de gestes de
rupture. En cas d’impasse, Mme Marois laissera entrevoir les «
référendums sectoriels » qui constituaient la plateforme de
Jacques Parizeau à son retour à la tête du PQ en 1987. En panne de
stratégie en 2002, Bernard Landry avait aussi songé à dresser
cette liste de revendications susceptibles d’être populaires
auprès des électeurs, et on avait alors indiqué qu’un référendum
sectoriel serait utilisé en cas de désaccord avec Ottawa.
Mme Marois ne voudra surtout pas préciser de moment où le
référendum sur la souveraineté aurait lieu – pendant la campagne à
la direction du PQ, en 2005, elle avait soutenu qu’il ne saurait y
avoir de référendum avant deux ou trois mandats. Inversement, Mme
Marois ne voudra pas s’engager à ne pas tenir de référendum, au
cas où l’occasion se présenterait.
La stratégie ne remplacera pas l’objectif de la souveraineté
obtenue par référendum mais donnera aux militants un plan de
rechange dans une période où la souveraineté ne suscite guère
d’enthousiasme – le Oui au référendum ne ferait guère mieux que
les 40% de 1980, selon les plus récents sondages.
Il s’agit de rassurer les militants péquistes, dont le parti ne
parvient pas à distancer clairement le gouvernement libéral, qui
en est pourtant à son troisième mandat.
Marois nie vouloir provoquer des crises
« Nous ne
souhaitons pas des crises. S’il y avait des crises, ce serait
Ottawa qui les provoquerait », dit la chef du PQ
« Est-ce qu’on peut avoir plus tordu que de souhaiter du tort
aux citoyens du Québec pour faire avancer la cause de la
souveraineté ?» selon Jean Charest.
Se disant très heureuse de l’appui de Jacques Parizeau à son
projet de rapatriement de pouvoirs à la pièce, la chef du
Parti québécois, Pauline Marois, se défend cependant de
vouloir susciter des crises à dessein pour faire avancer la
souveraineté.
D’autres péquistes ont choisi quant à eux de prendre
clairement leurs distances des propos tenus par l’ancien
premier ministre. Samedi, M. Parizeau a déclaré qu’un
référendum sectoriel serait utile aux souverainistes en
provoquant une crise politique qui mènerait à l’indépendance
du Québec.
Pour les libéraux, « le chat sort du sac ». M. Parizeau « a
dit tout haut ce que Mme Marois n’osait pas dire »,
c’est-à-dire « qu’elle veut une crise au Québec pour pouvoir
faire avancer sa cause de la souveraineté », a lancé le
premier ministre Jean Charest, qui accuse son adversaire de
vouloir « faire du mal au Québec ».
« Est-ce qu’on peut avoir plus tordu que de souhaiter du tort
aux citoyens du Québec pour faire avancer la cause de la
souveraineté ? C’est exactement ce que propose la chef du PQ
aujourd’hui », a-t-il ajouté lors de la période des questions.
Pauline Marois était absente du parlement. Elle a réagi plus
tard en marge de la Conférence de Montréal. « Nous ne
souhaitons pas des crises. S’il y avait des crises, ce serait
plutôt Ottawa qui les provoquerait », a-t-elle dit.
Loin de désavouer Jacques Parizeau comme l’y invitait Jean
Charest, Mme Marois s’est dite « très heureuse » de son appui
au plan sur la souveraineté qu’elle a présenté dimanche
dernier. Elle a renvoyé la balle au premier ministre.
« Actuellement, ce sont les propos de M. Charest qui
m’inquiètent, lui qui n’a rien demandé à Ottawa. Il a écrit
une lettre pendant la campagne électorale et depuis, c’est le
silence complet. »
Mme Marois a évoqué l’échec de l’accord du lac Meech, en 1987.
« S’il y en a qui s’y connaissent en crise, c’est bien M.
Charest (qui était alors ministre conservateur au fédéral). Il
y a 20 ans, à l’occasion de l’accord du lac Meech, il a
présenté un rapport qui allait contre le lac Meech et qu’il a
fait déraper avec les résultats que l’on connaît. »
Tendant l a main à Jean Charest, Mme Marois a souhaité que sa
formation puisse éventuellement former, avec les libéraux, des
coalitions pour faire avancer des revendications du Québec, en
matière de langue par exemple.
Le Plan pour
un Québec souverain, présenté dimanche par Mme Marois, prévoit
le rapatriement de certaines compétences, notamment en matière
de culture. En cas de refus de la part d’Ottawa, un
gouvernement péquiste pourrait tenir un référendum sectoriel
sur le sujet.
Samedi , au col loque des Intellectuels pour la souveraineté,
Jacques Parizeau a indiqué que « les référendums sectoriels,
dans certaines circonstances, ça peut être très utile ». Il a
souligné qu’un de ses « anciens assistants » lui a déjà dit
que « pour faire la souveraineté, il faut une crise ».
« C’est bien embêtant, a-t-il ajouté. Il y a des crises qui
apparaissent de temps à autre, mais ce n’est pas toujours au
bon moment pour nous. En fait, il faudrait qu’on suscite une
crise. C’est évident qu’un référendum sur un sujet défini peut
créer une crise. » M. Parizeau appuie le plan de Pauline
Marois dont il connaissait le contenu avant que la chef ne le
rende public.
« Il interprète mal les objectifs du plan de Mme Marois », a
affirmé à La Presse la présidente du comité national des
jeunes du PQ, Isabelle Fontaine. « Je ne pense pas qu’il faut
une crise pour faire la souveraineté. »
« Une crise, ça fait augmenter l’appui à la souveraineté de
façon conjoncturelle. Mais ce qu’il faut, c’est que l’appui
augmente de façon structurelle », ce que permet le
rapatriement de pouvoirs, a-t-elle ajouté. « Augmenter
l’espace politique du Québec, ça va fai re augmenter le l ien
entre les Québécois et l’État du Québec, le sentiment
d’appartenance, la confiance qu’on peut se prendre en main. On
gagne plus à obtenir davantage de pouvoirs qu’à créer une
crise politique. »
Isabelle Fontaine a soutenu du bout des lèvres qu’« une crise
politique peut être une conséquence des référendums
sectoriels, car on ne sait pas comment Ot tawa va réagi r.
Mais ce n’est pas ça l’objectif du plan ».
L e s pr o p o s de J a cque s Pa r i zeau ont provoqué un
malaise au sein de la députation péquiste. Sa déclaration sur
la nécessité d’une crise, « je ne trouve pas ça bon. Moi je
dis que c’est une possibilité d’avoir des référendums
sectoriels. Il faut vivre avec ce que cela veut dire », a
soutenu François Rebello.
« Ce que M. Parizeau et tout le monde souhaitent, c’est que le
Québec avance. C’est ce que je comprends de ses propos », a
déclaré le leader parlementaire, Stéphane Bédard. Bien des
députés ont fui les micros des journalistes.
Jean-François Lisée, qui fut conseiller de Jacques Parizeau et
de Lucien Bouchard, estime que le plan de Mme Marois « n’est
pas conçu pour provoquer une crise ». Et si un éventuel
gouvernement péquiste posait « un geste qui serait vu par les
Québécois comme une façon de provoquer une crise, ça ne
marcherait pas ».
M. Lisée croit cependant qu’un refus d’Ottawa sur une
revendication importante et largement par tagée par les
Québécois pourrait, selon le contexte, provoquer une crise et
augmenter la « volonté de souveraineté ». Mais il est
difficile de prévoir une telle éventualité des années à
l’avance, a-t-il dit. Il a souligné que les grands changements
dans une société surviennent souvent dans un contexte de
crise. L’ancien premier ministre Bernard Landry a refusé de
commenter.
Les militants se rallient au plan deMarois
Le
référendum entre parenthèses
« Il est temps de marquer une rupture avec l’attentisme. Il
faut marquer une rupture avec le défaitisme des
fédéralistes. Il faut passer de l’approche du " tout ou rien
" au " toujours plus ". »
RIVIÈRE-DU-LOUP— Sans débat ni controverse, les péquistes se
sont ralliés hier au plan étapiste de Pauline Marois, qui
promet désormais la souveraineté à la pièce, une série de
revendications pour récupérer des compétences auprès
d’Ottawa en attendant le « grand soir » souverainiste. Dans
son plan de « gouvernance souverainiste », la chef du PQ
Pauline Marois veut freiner les ingérences fédérales dans
les compétences québécoises, affirmer la primauté de la
langue française et de la culture québécoise.
Au printemps 2011, en congrès, les militants péquistes
auront à approuver un nouveau programme qui officialisera
cette démarche, laquelle remplacera la tenue d’un référendum
sur la souveraineté « le plus tôt possible dans le mandat »
– la formulation que Mme Marois, dès son arrivée à la barre
du PQ, il y a deux ans, avait promis de faire disparaître.
En point de presse, hier, la chef péquiste a souligné que
bien peu d’éléments dans ces nouvelles orientations
nécessitent un affrontement constitutionnel avec Ottawa.
Dans plusieurs cas, on veut récupérer des compétences
partagées. Ces litiges peuvent se régler avec le fédéral par
des ententes administratives, a-t-elle souligné.
Plus tôt, devant ses troupes, elle avait prévenu: «
Dorénavant, ce sont les fédéralistes qui auront le fardeau
de la preuve. J’ai présenté mon plan pour un Québec
souverain. Il est temps de marquer une rupture avec
l’attentisme. Il faut marquer une rupture avec le défaitisme
des fédéralistes. Il faut passer de l’approche du " tout ou
rien" au " toujours plus".
« Chaque fois que le fédéral viendra se mêler de nos
affaires, on le remettra à sa place », a-t-elle promis. Les
souverainistes adopteront le « toujours plus » quand il sera
question de définir l’identité québécoise, de bien parler le
français, de définir le modèle québécois en matière
d’environnement ou d’énergie.
« Notre objectif est d’abord de faire respecter les
compétences du Québec. Cela ne demande aucune ronde
constitutionnelle, cela ne demande qu’une discussion avec
Ottawa pour qu’on nous transfère des points d’impôt ou des
compétences, a-t-elle indiqué en conférence de presse.
J’espère que ce plan concret, qui touche la vie des gens, va
redonner aux Québécois le goût de se donner un pays. »
Dans son plan de « gouvernance souverainiste » , Mme Marois
veut freiner les ingérences fédérales dans les compétences
québécoises, affirmer la primauté de la langue française et
de la culture québécoise. On veut aussi occuper tout
l’espace dans des à Ottawa, l’adoption de lois à l’Assemblée
nationale. Avant de recourir à ces appels au peuple, il
faudra épuiser tous les autres moyens », a-t-elle fait
valoir. Elle n’exclut pas un recours judiciaire pour tester
le pouvoir de dépenser du fédéral – un coup de poker que
n’ont jamais voulu risquer les gouvernements péquistes
jusqu’ici. compétences partagées comme l’environnement et
l’agriculture. Le PQ veut également que le Québec obtienne
de nouveaux pouvoirs. C’est le seul objectif qui ne peut se
réaliser sans amendement constitutionnel.
Les référendums sectoriels font partie de la « panoplie des
moyens » qui s’offriraient à un gouvernement Marois. « Avant
d’y arriver, on va utiliser tous les autres moyens, à partir
de la négociation, de la représentation
Plutôt que
d’attendre le « grand soir » de la souveraineté, il vaut
mieux « faire avancer le Québec » par des progrès moins
ambitieux, estime la chef péquiste.
Militants perplexes
Embarrassés par les déclarations récentes des Jacques Par i
zeau, Yves Michaud et Bernard Landry, pour qui des « crises
» sont nécessai res à l’avancement de la souveraineté (des
propos qu’a vite récupérés Jean Charest), les militants
avaient besoin d’être rassurés.
Les sources d’inquiétude étaient nombreuses : la fin abrupte
de la controverse sur les tests de cancer, la controverse
avec le DGE sur les coûts de la rencontre de Rivièredu-Loup
en marge d’une élection partielle et, tout récemment, la fin
en queue de poisson du débat sur l’éthique à l’Assemblée
nationale.
Le PQ, qui avait l’avantage sur le terrain de l’Assemblée
nationale avec les déboires de la Caisse de dépôt et le
dérapage des FIER, paraît essoufflé depuis deux semaines.
Devant des militants qui avaient besoin d’être réconfortés,
Mme Marois a durement attaqué Jean Charest, « le démolisseur
en chef », « l’imposteur ». Elle a rappelé que, l’automne
dernier, il avait même évoqué le rapatriement de la culture
et des communications dans sa liste de demandes à Ottawa.
Depuis, il se contente, a-t-elle dit, « d’un fédéralisme de
correspondance » en réitérant ses attentes dans des lettres
à Ottawa qui restent sans réponse.
Mme Marois a fait monter sur scène Paul Crête, candidat
péquiste à l’élection partielle du 22 juin dans
Rivière-duLoup, ainsi que Christ i ne Normandin, sa
candidate dans Marguerite-Bourgeoys.
Aujourd’hui, journée du vote par anticipation, les députés
et les délégués réunis à Rivièredu-Loup peuvent agir à titre
de « bénévoles » . Selon Jean Fournier, directeur par
intérim du PQ, les discussions avec le directeur général des
élections indiquent que « quelques milliers de dollars
seulement » des frais du congrès devront être comptabilisés
dans les dépenses électorales du candidat Crête. Dans un
point de presse tenu loin du lieu du rassemblement, M. Crête
a soutenu que la présence de tous ces militants n’influait
pas sur ses chances d’élection. Il a été élu six fois comme
député sous la bannière du Bloc québécois, a-til rappelé. Il
a dû aussi justifier la généreuse pension de plus de 80 000$
par année qu’il encaissera après 15 ans à la Chambre des
communes. « Une pension, c’est un salaire différé »
insistera Mme par la suite, approuvant son candidat.
La souveraineté suscite peu d’espoirs
La
grande majorité des Québécois rejettent le statu quo
constitutionnel - Tommy Chouinard
, révèle un sondage Angus Reid- La Presse
Seul un Québécois sur quatre croit que l’avènement d’un Québec
souverain est assez ou très probable.
— Les trois quarts des Québécois jugent que les chances que le
Québec se sépare un jour du Canada sont faibles, voire nulles,
révèle un sondage Angus Reid-La Presse.
Mais les nouvelles ne sont pas que mauvaises pour Pauline
Marois. La grande majorité des Québécois rejettent le statu
quo constitutionnel. Leur coeur oscille entre plus d’autonomie
et la souveraineté pure et simple.
Les résultats de ce sondage en ligne, réalisé les 4 et 5 juin
auprès de 805 Québécois, tombent au moment où la chef péquiste
vient de dévoiler son plan de match pour la souveraineté. Elle
propose de multiplier les revendications auprès du
gouvernement fédéral en attendant le moment propice pour faire
la souveraineté.
Ce moment, les Québécois sont bien peu confiants de le voir,
selon le sondage Angus Reid. Pas moins de 74% des répondants
estiment qu’il n’est pas tellement (47%) ou pas du tout (27%)
probable que le Québec se sépare un jour du Canada. Vingt pour
cent pensent que c’est assez (15%) ou très probable (5%). Six
pour cent se disent incertains.
Invités à faire un choix entre le statu quo constitutionnel,
la souveraineté et plus d’autonomie, les Québécois sont
divisés. Ainsi, 32% croient que « le Québec a suffisamment
d’autonomie et devrait demeurer au sein du Canada ». Pour 28%
des répondants, « le Québec devrait être un pays séparé et
indépendant ». Mais 30% jugent que « le Québec a besoin de
plus d’autonomie, mais devrait tout de même demeurer au sein
du Canada ».
Selon Jaideep Mukerji, viceprésident Affaires publiques
d’Angus Reid, « la stratégie de Pauline Marois semble bonne »,
puisqu’elle pourrait séduire la partie de l’électorat qui,
bien qu’attachée à la fédération canadienne, désire davantage
d’autonomie pour le Québec. Il note également que 80% des 805
répondants ont identifié au moins un domaine où le Québec
devrait avoir plus de pouvoirs.
La culture ( 34%), l’économie (33%) et la fiscalité (26%)
viennent en tête de liste de ces « domaines où le Québec a
besoin de plus d’autonomie par rapport au gouvernement fédéral
».
Ces résultats
ont tout pour conforter la chef péquiste dans ses choix.
Pauline Marois propose de récupérer toutes les compétences en
matière de culture. Elle veut également mettre en place une
déclaration de revenus unique: Québec percevrait seul tous les
impôts sur son territoire.
Le Oui crée peu d’enthousiasme
La ferveur souverainiste est peu élevée, indique le sondage
d’Angus Reid. Pour 40% des répondants, « le Québec devrait
obtenir sa souveraineté après avoir fait une nouvelle offre
formelle au Canada pour une alliance économique et politique
». Mais une proportion de 41% est contre l’idée.
Quand la firme demande directement si « le Québec devrait être
un pays séparé du Canada », le Oui chute à 34%. Le Non atteint
54%.
Le sondage en ligne a été réalisé les 4 et 5 juin, donc avant
la sortie de Pauline Marois, auprès d’un échantillonnage
représentatif de 805 Québécois, choisis au hasard et inscrits
au Forum Angus Reid. La marge d’erreur est de 3,5 points, 19
fois sur 20.
Avec la même technique, les résultats des sondages en ligne de
cette firme sont arrivés très près de ceux des dernières
élections québécoises et fédérales.
Est-ce en raison de ses artistes comme Natasha St-Pier, Roch
Voisine et Wilfred LeBouthillier? De sa forte communauté
francophone et de son statut bilingue unique au Canada? De
l’histoire du peuple acadien ? Quoi qu’il en soit, de toutes
les provinces, c’est le NouveauBrunswick qui « comprend le
mieux la culture et la société du Québec », estiment 42% des
Québécois interrogés par Angus Reid. Les autres provinces se
trouvent loin derrière. À 9%, l’Ontario arrive au second rang.
Suivent la Colombie-Britannique (4%), l’Alberta (3%) et
l’Île-du-PrinceÉdouard (2%). Trois provinces obtiennent 1% (
Terre-Neuve, Manitoba, Nouvelle-Écosse). La Saskatchewan
obtient un résultat si peu significatif que la firme
l’arrondit à 0%.
Un plan qui rallie bien des souverainistes
DU SCEPTICISME À
L’ADHÉSION
Selon Patrick Bourgeois, leader du Réseau de résistance du
Québécois, le PQ ferait mieux « d’opter pour les gestes de
rupture pour foutre un beau bordel ».
— Ténor des souverainistes orthodoxes, Patrick Bourgeois
estime que Pauline Marois s’est contentée d’ajouter de la «
sauce moumoune » en diluant exagérément un véritable plan de
match pour arriver à la souveraineté du Québec. Selon
Gérald Larose, président du Conseil de la souveraineté et
ex-président de la CSN, il faut « sortir le fédéral des
platebandes du Québec » et réclamer des compétences, « et si
cela ne marche pas, on ira voir le peuple... ».
Promise dimanche par la chef péquiste, la guérilla
systématique pour récupérer des compétences auprès d’Ottawa ne
fera rien pour mobiliser les troupes, prédit l’éditeur du
Québécois.
« J’avais appelé ça la sauce « moumoune » quand La Presse
l’avait annoncé. On connaît aujourd’hui la recette: beaucoup
de coquilles vides avec un soupçon de voeux pieux! » soutient
M. Bourgeois. Le leader du Réseau de résistance du Québécois
était, parmi les « purs et durs » souverainistes, de loin le
plus réfractaire à la « gouvernance souverainiste » annoncée
dimanche.
Pour lui il s’agit plutôt « d’un plan autonomiste à l’ADQ,
avec une étiquette souverainiste pour faire plaisir aux
militants péquistes ». Il est clair, selon lui « qu’il n’est
pas dans les priorités de Mme Marois de tenir un référendum
sur la souveraineté ». Avec son plan, « il n’y a pas de
rapport de force, ça va être du quémandage et on va revenir la
queue entre les jambes. Cela va démobiliser. C’est même pas
clair qu’il y aurait des référendums sectoriels, pourquoi le
fédéral plierait! » lance-t-il.
Selon M. Bourgeois, le PQ ferait mieux « d’opter pour les
gestes de rupture pour foutre un beau bordel », cesser
unilatéralement de payer à Ottawa la TPS qu’il perçoit pour le
fédéral par exemple. Ce ne serait pas légal, « mais quand on
fait un pays, on respecte pas toujours les lois de l’ennemi »,
poursuit-il, convaincu que les militants ne seront pas
mobilisés par ce nouveau plan de match.
Bernard Landry, ancien chef péquiste, saluait une stratégie
destinée à faire bouger les choses, mais demande plus de temps
avant de faire des commentaires. « Amorcer une réflexion,
comme c’était le cas pour la Saison des idées, ce n’est jamais
mauvais » se contente-t-il de dire, pour l’instant. Mme Marois
avait, avant de le divulguer, soumis son projet à tous les
anciens leaders péquistes, de Jacques Parizeau à André
Boisclair. Un seul « oublié », Pierre Marc Johnson.
Un président du Québec
Président du
Conseil de la souveraineté, Gérald Larose salue une stratégie
« qui nous sort de l’attentisme et de l’éternel débat
référendiste... Fini le débat du Grand Soir, euphorique pour
les uns, cataclysmique pour les autres. La souveraineté doit
être le fruit d’une stratégie systématique de construction ».
Pour lui la « gouvernance souverainiste » de Mme Marois doit
s’appuyer sur « la reconnaissance », et un pas a été fait
quand Ottawa a reconnu la nation québécoise. Avec cet acquis,
le Québec, sans modifier l’ordre constitutionnel, peut créer
une « Cour suprême québécoise » et même un « président de
l’État québécois pour ranger au placard le
lieutenant-gouverneur, le représentant de la reine. Ce «
président » serait le chef politique de l’État québécois et il
aurait à approuver les lois, suggère l’ex-président de la CSN.
Il faut aussi, selon lui, « sortir le fédéral des platebandes
du Québec » et réclamer des compétences, « et si cela ne
marche pas on ira voir le peuple... ».
Selon M. Larose, même si Mme Marois dit qu’elle n’a pas « pour
objectif » de tenir des référendums sectoriels, «
politiquement, si c’est nécessaire, il faudra en faire ».
Finalement, il faut « envoyer le monde réfléchir au Québec
souverain » avec une nouvelle commission « Bélanger-Campeau »,
donne-t-il en exemple. Robin Philpot, ex-candidat péquiste et
associé aux orthodoxes du PQ, est « agréablement surpris que
Mme Marois fasse un effort pour reprendre l’initiative qui
nous a fait défaut depuis 1995 ». Son plan de match, « soulève
des questions de compétences qui n’ont pas été réglées. On
rompt avec l’attentisme, pour moi c’est bien ».
Plus de concret...
Selon Mario Beaulieu, président de la Société
Saint-Jean-Baptiste, le projet de Mme Marois va dans la bonne
direction, mais reste incomplet. « Il faudra des
revendications claires pour que les gens comprennent
concrètement ce qu’on ne peut pas faire dans le fédéralisme. »
Par exemple, MmeMaroisdevraitproposer clairement que le
gouvernement ne communique qu’en français avec les
entreprises. Aussi, elle devrait s’engager sans équivoque à ce
que la loi 101 s’applique à l’admission au cégep. « Pour
mobiliser, il faut plus que des concepts abstraits, il faut
que les gens voient l’impact tangible », selon M. Beaulieu. «
Il faut une campagne réelle pour la souveraineté. Pour sortir
de l’attentisme comme le veut Mme Marois, cela prend une
campagne avec du porte-à-porte et des rassemblements », a dit
M. Beaulieu.
Selon Pierre Dubuc, du SPQ libre, Mme a axé sa stratégie sur
la récupération de pouvoirs, « ce qui n’exclut pas le
recoursàdes référendums sectoriels ». Cette stratégie « aux
vertus éducatives certaines » doit, selon lui, être «
complétée par l’engagement à tenir un référendum sur
l’indépendance du Québec, un engagement que Mme Marois a pris
», écrit M. Dubuc. Selon lui, le PQ doit aller plus loin, «
mettre le peuple dans le coup » avec un référendum
d’initiative populaire – un référendum s’enclencherait dès que
10% de la population se rendrait signer un registre à cette
fin, une approche que désapprouvait dès dimanche Mme Marois,
et qui avait été battue à plate couture par les militants
péquistes en conseil national, en 2008.
Selon Marc Laviolette, aussi membre du SPQ libre, le plan de
Mme Marois va « préparer le terrain à la tenue d’un référendum
sur la souveraineté ». Un gouvernement péquiste se fera
rapidement dire non par Ottawa, notamment sur la mise en place
d’une déclaration de revenus unique. « Penses-tu qu’Ottawa va
être d’accord pour rapatrier au Québec le pouvoir de percevoir
la totalité des impôts? » a-t-il lancé.
« Tant mieux si le Québec obtient plus de pouvoirs », mais
cette stratégie fera la démonstration que « le Canada ne
marche pas ». « Je suis à l’aise avec cette stratégie de
pédagogie », a-t-il dit. Convaincu qu’ainsi le PQ prouvera que
la souveraineté est « la seule solution ».
La soupe de Mme Marois - Vincent Marissal
Au sein de la
population, le PQ court le risque de paraître complètement
déconnecté en revenant avec les vieux débats constitutionnels.
Oon le fait depuis 1995, il faut faire des gestes », résume un
proche de Pauline Marois. Avant
de demander aux Québécois d’épouser son plan, Pauline Marois
doit d’abord s’assurer qu’il tient la route dans son propre
parti.
Le recours à la stratégie de la souveraineté en pièces
détachées, avec référendum ou non, n’est pas nouveau pour le
Parti québécois. Jacques Parizeau l’avait déployée en 1989 et
Jean-François Lisée l’avait reprise dans son livre Sortie de
secours.
Il s’agit néanmoins d’un passage délicat pour Pauline Marois.
On sentait d’ailleurs, au cours des derniers jours, par les
téléphones et les courriels, une certaine nervosité dans
l’entourage de Mme Marois. n y revient donc encore une fois :
la chef du PQ, Pauline Marois, doit, comme ses prédécesseurs,
trouver une stratégie pour garder le feu sous la soupe en
attendant que les Québécois retrouvent, éventuellement,
l’appétit pour la souveraineté.
Au PQ, on reconnaît d’emblée que les Québécois n’ont pas
d’appétit pour un troisième référendum. Ce n’est pas une
raison, toutefois, pour garder indéfiniment la soupe au
congélateur.
« On ne peut plus continuer d’attendre le Grand Soir, comme
La chef du PQ a préparé minutieusement le terrain en
communiquant avec ses prédécesseurs André Boisclair, Bernard
Landry, Lucien Bouchard et Jacques Parizeau. ( Il semble que
MM. Boisclair et Bouchard se soient montrés plutôt favorables
à la stratégie ; Jacques Parizeau comprend la nécessité, même
s’il souhaiterait une voie plus rapide vers la souveraineté,
et Bernard Landry aurait mani festé des réserves avant de se
rallier).
Pauline Marois a aussi consulté les éminences grises du PQ,
dont Jean-François Lisée et Éric Bédard, et elle a joint
samedi tous les présidents d’association de comté par
téléconférence pour les mettre au parfum.
La stratégie sera débattue dès la fin de semaineprochaine à
Rivièredu-Loup à l’occasion d’une rencontre de la Conférence
des présidents de circonscription, un premier test de cohésion
pour la chef du PQ au sein même de son parti.
Avant de demander aux Québécois d’épouser son plan, Mme Marois
doit d’abord s’assurer qu’il tient la route dans son propre
parti, d’où les précautions des dernières semaines. Il reste
plus de trois ans avant les prochaines élections québécoises
et trois ans, c’est long dans un parti peuplé d’impatients.
La manoeuvre est manifestement destinée à la consommation
interne, mais, au sein de la population, le PQ court le risque
de paraître complètement déconnecté en revenant avec les vieux
débats constitutionnels en pleine période de crise économique.
La référence
de Pauline Marois à « l’esprit des années 70 » ne fait
qu’accentuer cette impression de retour en arrière. La chef du
PQ réalise-t-elle que les jeunes qui voteront pour la première
fois aux prochaines élections, et dont elle a besoin pour
soutenir son option, sont nés dans les années... 90? Pour eux,
les années 70, c’est la préhistoire.
Le plus grand défi de Pauline Marois sera de convaincre les
Québécois qu’elle n’essaye pas de les entraîner dans une
nouvelle ronde de chicanes avec Ottawa. Ou, pire encore,
qu’elle ne réclame pas tous ces pouvoirs dans le seul but de
se faire dire non, question de démontrer, une fois de plus,
les limites du fédéralisme. Or, on sait que plusieurs de ses
demandes sont inacceptables pour Ottawa.
Les conservateurs de Stephen Harper veulent bien reconnaître
la nation québécoise, mais ne leur demandez pas d’émasculer le
gouvernement fédéral en transférant ses pouvoirs aux
provinces.
Quant aux libéraux, leur chef Michael Ignatieff a dit
clairement la semaine dernière que le Québec, selon lui, a
bien suffisamment de pouvoirs.
En fait, le plan Marois peut se diviser en trois sections : le
faisable, le souhaitable et l’impensable.
Le faisable: rien n’empêche Québec d’adopter sa Constitution,
de renforcer la loi 101, d’imposer des cours d’histoire.
Le souhaitable : les relations fédérales provinciales se
porteraient beaucoup mieux, en effet, si Ottawa respectait les
champs de compétences provinciales et cessait de s’immiscer en
santé et en éducation (quoique cela ferait davantage avancer
le fédéralisme que la souveraineté du Québec, n’en déplaise
aux péquistes). Le droit de retrait avec compensation peut
très bien se pratiquer sans mettre l’unité du Canada en jeu.
Idem pour les pourparlers sur le transfert de la compétence et
des budgets en culture. Ce n’est pas inconcevable.
L’impensable : un gouvernement péquiste expulserait Ottawa des
champs de compétence partagés comme l’environnement,
l’agriculture et l’intégration des immigrants. Un coup parti,
on pourrait aussi demander au gouvernement fédéral de décréter
l’indépendance du Québec...
Il y a quelque chose de malhonnête dans cette approche. Le
Parti québécois demande au fédéral de respecter la
Constitution pour les champs de compétence exclusive – « Si le
gouvernement canadien n’est pas capable de respecter sa
Constitution, on a un problème », disait MmeMarois dimanche –,
mais il refuse d’accepter la réciproque pour les compétences
partagées.
Autrement dit, Ottawa doit respecter la Constitution, mais le
Québec peut la contourner à volonté. Ce n’est pas de la
négociation que propose Mme Marois, c’est un hold-up. Aucun
parti fédéraliste n’acceptera de jouer à ce jeu. Les péquistes
le savent fort bien, ce qui rend leur démarche parfaitement
transparente.
La « nausée constitutionnelle » - Katia Gagnon
Pour rapatrier
des pouvoirs d’Ottawa, comme la chef péquiste Pauline Marois
désire le faire si son parti prend le pouvoir, des
négociations constitutionnelles devront inévitablement se
tenir, estime le constitutionnaliste Henri Brun. Une
éventualité qui risque de provoquer une certaine « nausée
constitutionnelle » au sein de la population, croit le
politologue Jean-Herman Guay.
Sur tous les points évoqués par la chef péquiste en fin de
semaine, que ce soit les pouvoirs en culture, en santé, les
compétences linguistiques ou de nature fiscale, le Québec doit
d’abord réclamer un amendement constitutionnel, explique M.
Brun, que ce soit pour obtenir les pouvoirs ou alors limiter
le pouvoir fédéral de dépenser.
« Modifier la Constitution du Canada, c’est devenu très
difficile. Mais il est très facile d’enclencher le processus.
Il s’agit que l’Assemblée législative d’une province adopte
une résolution à cet effet. À partir de ce moment-là, toutes
les parties ont le devoir de négocier de bonne foi. Il y a une
obligation de négocier », dit M. Brun.
Ce qui ne veut pas dire, évidemment, que la négociation se
conclue au bénéfice du Québec. « Si la négociation se conclue
par un échec, juridiquement, c’est terminé », précise M. Brun.
Mais « si c’est un sujet qui mobilise la population, un échec
peut avoir un impact politique ».
Un gouvernement péquiste n’enclencherait pas nécessairement de
négociations constitutionnelles, réplique le porte-parole du
PQ, Alexandre Cloutier. « Il n’y aurait pas nécessairement de
négociations constitutionnelles, mais ça peut effectivement se
produire, dit-il. Si on demande des nouveaux pouvoirs, comme
en matière de télécommunications, par exemple, oui, il faut un
amendement. Mais freiner le pouvoir fédéral de dépenser, on
peut faire ça par le biais d’une entente administrative. »
Accueil mitigé
Les politologues accueillent de façonplutôtmitigée les
propositions du « plan Marois » dévoilé en fin de semaine. «
Mme Marois veut réunir les pressés et les réalistes. Mais les
deux risquent d’être insatisfaits, observe Jean-Herman Guay,
de l’Université Sherbrooke. Dans la population, ces
propositions vont provoquer la nausée constitutionnelle. Ça
risque de positionner le PQcomme le parti qui veut revenir à
la chicane. Ce n’est pas une formule gagnante, sauf pour
occuper les militants. »
La proposition présentée en fin de semaine est,
essentiellement, du recyclage, estime M. Guay. « Ils ont pris
les vieilles composantes, ils ont essayé de faire une nouvelle
macédoine avec ça. Mais personne n’est dupe », dit-il.
« On revient à égalité ou indépendance de Daniel Johnson,
s’insurge le politologue DenisMonière, de l’Université de
Montréal. C’est une régression politique. Le PQ se définit
maintenant comme un parti nationaliste. C’est l’Union
nationale, le Parti libéral du Québec avant Jean Charest. »
« C’est un plan pour les militants du parti, résume Réjean
Pelletier, politologue à l’Université Laval. On a rejeté la
possibilité de tenir des référendums sectoriels, ce qui est
tout de même plus près de la réalité de la population. En ce
sens là, c’est une bonne chose. » Mais le dernier politicien
québécois qui a réclamé des pouvoirs à Ottawa en matière de
culture, n’a même jamais reçu de réponse, rappelle le
politologue: c’est l’ancien ministre des Affaires
intergouvernementales, Benoît Pelletier, qui a depuis quitté
la politique.
« Une démarche d’autonomie et d’affirmation, c’est bienvenu.
Il faut rappeler que l’autonomieduQuébec est sacrée, qu’il
faut la promouvoir et l’accroître », commente Benoît
Pelletier, revenu à ses fonctions de politologue à
l’Université d’Ottawa, qui salue donc la prémisse de la
démarche péquiste. « Mais là où ça risque demal tourner, c’est
que l’affrontement va devenir la stratégie du gouvernement. Ça
va déplaire royalement à la population. »
Le PQ
doit redevenir une large coalition - JOSEPH FACAL
Le PQ doit
faire de l’intérêt national du Québec, et non de l’axe
gauche-droite, sa grille d’analyse primordiale.
(...) Les Québécois ont compris depuis longtemps qu’on ne
fera pas l ’i ndépendance sans un e f for t col lecti f
herculéen, sans une puissante envie de nous dépasser col
lect ivement , sans courage ni abnégation, sans en appeler
aux raisons authentiquement fortes que sont le sentiment
national, la volonté de durer, le désir de s’émanciper, la
fierté et le respect de soi.
Face à un peuple beaucoup plus futé que ne le pense une
bonne partie de l’élite souverainiste, la minimisation de
l’ampleur de la tâche, le réflexe de séduire plutôt que de
convaincre, la peur, au fond, de placer le peuple devant
ses responsabilités, les publicités « cute » et les
slogans de marketing pendant les cinq semaines d’une
campagne référendaire ne suffiront jamais, jamais, jamais.
Il faut aussi regarder froidement les résultats électoraux
du PQ depuis 1994. Ceux-ci s’inscrivent dans une tendance
marquée vers le bas : 44,75% en 1994, 42,87% en 1998,
33,24% en 2003, 28,35% en 2007. La glissade fut certes
stoppée lors des élections du 8 décembre 2008. Mais on
notera que le PQ n’y récolta que 16 205 votes de plus
qu’aux élections de 2007, où il avait obtenu son pire
résultat en plus de 30 ans, et que la remontée du vote de
28,35% à 35,17 % tient largement à la distorsion
introduite par l’effondrement historique du taux de
participation à 57,43%. On peut désormais être un
souverainiste non péquiste sans que cela semble incongru,
en logeant à l’ADQ ou chez Québec solidaire ou tout
simplement en s’abstenant.
Comment expliquer cette érosion progressive de l’appui
populaire au PQ? Je risque une explication.
Le PQ s’est voulu, dès ses débuts, une coalition
d’électeurs et de militants très large, donc très
hétérogène. Pour dire les choses rapidement, cette
coalition a été d’autant plus large que tous ceux qui la
composaient trouvaient que les progrès rapides du projet
souverainiste justifiaient (et facilitaient) les compromis
que chacun devait faire sur les autres enjeux, comme les
questions économiques et sociales.
Désormais,
comme
la souveraineté ne semble pas se rapprocher rapidement,
plusieurs électeurs souverainistes décrochent du jeu
politique ou préfèrent soutenir des petits partis qui sont
plus près de leurs vues sur ces autres enjeux.
Bien sûr, s’il y avait un référendum, ces souverainistes
qui ont pris leurs distances du PQ voteraient sans doute
pour le Oui. Dans la conjoncture actuelle, il n’est
cependant pas évident du tout que le PQ pourrait prendre
le pouvoir avec un score suffisamment robuste pour espérer
raisonnablement tenir un référendum peu de temps après son
élection.
(. . .) La conclusion me semble incontournable: si le PQ
aspire sérieusement à autre chose qu’à prendre le pouvoir
pour les mauvaises raisons, c’est-à-dire pour exercer un
pouvoir provincial de plus en plus évanescent, il doit
absolument redevenir une large coalition rassemblant des
gens de gauche et de droite. Cela implique forcément qu’il
fasse de l’intérêt national du Québec, et non de l’axe
gauche-droite, sa grille d’analyse primordiale.
Évidence, me dira-t-on. Pas du tout, répondrai-je, si on
examine plusieurs de ses prises de position sur les enjeux
qui opposaient « lucides » et « solidaires », la hausse
des seuils d’immigration alors qu’il déplore du même coup
la non-intégration de beaucoup d’immigrants déjà parmi
nous, le cours Éthique et culture religieuse, qui n’est
pas du tout ce qu’il prétend être, la funeste réforme de
l’éducation qui se déploie depuis des années ou encore
l’appui donné au Bloc québécois lorsque celui-ci envisagea
de faire accéder Stéphane Dion (Stéphane Dion!) à la
fonction de premier ministre du Canada. Mettre
au-dessus
de tout l’intérêt national, c’est aussi, par exemple, agir
maintenant afin de préserver, voire d’élargir, les espaces
d’autonomie que le Québec possède déjà.
LE DOLLAR AMÉRICAIN ? - JEAN-FRANÇOIS LISÉE
Le pétrole
faisant sans cesse grimper le huard, un Québec indépendant
pourrait avoir avantage à adopter le billet vert comme
devise
Comme la production d’hydrocarbures canadiens va doubler
d’ici 10 ans, le processus de destruction de l’emploi
manufacturier ne fait que commencer auQuébec.
Ayant vanté, ces dernières semaines , les retombées
positives pour le Québec de l’exploitation des sables
bitumineux, André Pratte est peiné de me voir citer une
étude d’économistes d’Ottawa, d’Amsterdam et du Luxembourg
établissant un lien causal entre la hausse spectaculaire de
l’exploitation des sables albertains, l’appréciation de la
devise canadienne et la destruction, en cinq ans, de 54% des
emplois manufacturiers au Canada. Ce qui, lorsque j
’applique cette proportion, fait 55 000 emplois perdus au
Québec.
Comme on nous
annonce que, surtout grâce à l’Alberta, la production
d’hydrocarbures canadiens va doubler d’ici 10 ans, puis
probablement encore doubler pendant la décennie suivante, ce
processus de destruction de l’emploi manufacturier ne fait
que commencer.
M. Pratte affirme que ces pertes se seraient produites plus
tôt, ou de toutes façons. Il en veut pour preuve la bonne
tenue du taux de chômage québécois, aujourd’hui plus bas que
celui de l’Ontario, du Canada ou des États-Unis. Il me
retrouve dans son camp (ou lui dans le mien) pour vanter la
résilience du modèle social-démocrate québécois dans la
crise. Mais force est de constater que l’impact des sables
sur la devise, donc sur la compétitivité de nos entreprises,
est un obstacle, pas un atout. L’impact combiné de la hausse
de la production et de la hausse du prix du baril va rendre
l’obstacle de plus en plus imposant.
Je note
aussi que M. Pratte avait mis beaucoup moins de ses
excellents neurones en activité pour critiquer l’étude du
Canada West Foundation nous promettant 35 000 emplois de
retombées économiques des sables sur 20ans. Ma conclusion
est la même que celle d’Équiterre: l’impact économique sur
le Québec de la transformation du Canada en grande puissance
pétrolière sera majeur et multiforme. Le ministère québécois
des Finances devrait mettre experts et économistes à
l’oeuvre pour nous en brosser un tableau plus équilibré que
ce que Pratte ou Lisée peuvent en penser.
Sur le plan politique, l’éditorialiste estime qu’il est
caricatural d’opposer le Québec à l’Alberta, car «l’Alberta
n’est pas le Canada». Il est vrai que l’Ontario et la
Colombie-Britannique souffrent, comme nous, d’une devise
dopée aux sables. Mais le Canada est gouverné depuis quatre
ans par des Albertains et cela ne semble pas prêt de se
terminer. Même le premier ministre de remplacement, Michael
Ignatieff, fait la cour à l’Alberta. Les « prodigieux »
sables, dit-il, « changent tout: pour notre avenir
économique et pour l’importance du Canada dans le monde».
Bref, pour Harper comme pour Ignatieff, l’avenir du Canada
est pétrolier. Économiquement et politiquement, le Canada
est en passe de devenir l’Alberta.
André Pratte tire la conclusion logique: un Québec souverain
qui garderait le dollar canadien serait aussi prisonnier de
cette spiraleque s’il restait au Canada. Je pourrais
rétorquer que les politiques économiques du Québec
souverain, son budget, se libéreraient de l’emprise
pétrolière, mais la question de la devise est en effet
centrale. Et comme le dit Ignatieff, le pétrole «change
tout». Les
souverainistes
doivent se poser la question de la devise d’un Québec
souverain. Il n’y a que deux options réalistes : le
pétrodollar canadien ou la devise américaine, appuyée sur
une diversité économique plus proche de la nôtre. Il est
trop tôt pour trancher. Mais c’est un vrai débat.
Une liberté à conquérir
Il est temps
que le peuple québécois se lève pour réaliser ses espoirs
d’indépendance
C’est en nous gouvernant nous-mêmes que nous pourrons nous
réaliser pleinement en
tant que nation.
Steve Théberge, Julie Blanche Graveline, Mélanie Légaré,
Catherine Dorion, Pierre-Luc Potvin, André Desnoyers, Martin
Ross, Marc-André Provost, Denis Pagé et Guillaume Néron.
Par notre histoire, notre langue, notre culture, le territoire
que nous occupons, les institutions que nous avons créées au
fil des siècles, les liens que nous avons tissés avec le
monde, nous, Québécoises et Québécois, formons une nation.
Et comme toutes les nations de la Terre, nous avons le droit
inaliénable de décider librement de notre avenir. Nous avons
le droit légitime de proclamer notre indépendance politique.
Depuis 250 ans, par notre détermination, par notre
persévérance, par nos luttes, nous avons combattu toutes les
tentatives de nous assimiler et de nous soumettre; de
supprimer notre volonté de vivre, de travailler et de créer en
français; de briser nos espoirs de liberté et d’indépendance
perpétués par des générations de résistants.
Il est temps, aujourd’hui, que le peuple québécois se lève
pour réaliser ses espoirs de liberté et d’indépendance. Il est
temps d’arrêter d’en rêver de ce Québec français, de ce Québec
libre en Amérique du Nord. Il est temps que le peuple
québécois passe à l’action pour le faire naître!
C’est en nous gouvernant nous-mêmes que nous pourrons nous
réaliser pleinement en tant que nation.
C’est en possédant l’entière capacité de faire nos lois et de
gérer nos ressources financières que nous pourrons vraiment
développer notre potentiel économique et social.
C’est en disposant des moyens d’un État souverain que nous
pourrons défendre et promouvoir avec succès notre langue et
notre identité culturelle en Amérique du Nord.
C’est en parlant de notre propre voix dans les grandes
institutions internationales que nous pourrons faire avancer
nos valeurs de paix, de respect de l’environnement, de
justice, de solidarité, d’égalité entre les hommes et les
femmes, de laïcité, de liberté et de démocratie dans le monde.
Nous avons
tous les atouts pour réussir:
• avec ses 7,7 millions d’habitants, le Québec est plus
populeux que 120 pays qui siègent aujourd’hui à l’ONU;
• avec sa superficie de 1,6 million de km2, le Québec est
trois fois plus grand que la France. Seuls 18 pays sur les 200
pays reconnus disposent d’un territoire plus étendu;
• nos ressources naturelles, notamment notre capacité à
produire en abondance une énergie hydro-électrique et éolienne
propre, comptent parmi les plus importantes au monde;
• notre population est parmi les plus scolarisées de la
planète: 12% de nos concitoyens possèdent un diplôme
universitaire, comparativement, par exemple, à 10% en Finlande
et 7% en Belgique et en Australie;
• notre économie est parmi les plus modernes et les plus
compétitives. Elle se compare à celles de plusieurs pays
européens prospères de taille équivalente tels la Finlande, la
Norvège, le Danemark, la Suisse, l’Autriche et la Suède;
• nos instruments de solidarité sociale sont parmi les plus
équitables qu’on puisse aujourd’hui trouver sur la Terre;
• bien vivante et dynamique, notre culture apporte une
contribution originale de plus en plus reconnue au patrimoine
de l’humanité.
Il est temps, aujourd’hui, de cesser d’avoir peur; de mettre
fin à nos divisions; de nous unir et de nous mobiliser;
d’affirmer haut et fort notre souveraineté; de conquérir enfin
notre liberté.
Appuient cette initiative et ses objectifs : Yves Beauchemin,
Gérald Larose, Bruno Roy, Claude Jasmin, Gilbert Paquette,
Pierre Falardeau, Lucia Ferretti , Yves Préfontaine, Pierre
Graveline, Henri Lamoureux, Richard Nadeau et Claude Guimond,
députés du Bloc québécois, le Comité national des jeunes du
Parti québécois, le Forum jeunesse du Bloc québécois, le Parti
indépendantiste, le Mouvement souverainiste du Québec, l’Union
des écrivaines et écrivains québécois et le Conseil central de
la CSN de Montréal.
Pour un pays normal
M. Pratte,
Dans votre éditorial d’hier, vous écrivez: «Pas moins de 78%
des Québécois sont tout à fait d’accord (30%) ou plutôt
d’accord (48%) pour dire que le Canada est le meilleur pays
du monde. (...) Ce pourcentage élevé révèle un paradoxe: bon
nombre d’indépendantistes croient que le Canada est le
meilleur pays sur Terre.»
Peut-être faites-vous simplement semblant de vous étonner.
Sinon, vous écrivez cela parce que vous n’avez peut-être
jamais compris la base véritable du projet indépendantiste:
se doter d’un pays normal, administrer nos propres affaires;
même si c’est avec incompétence, au moins ça sera la nôtre.
C’est basique, on ne devrait même pas avoir à le dire. Il
n’y a qu’au Québec qu’on a dit non deux fois à la
possibilité de devenir un peuple adulte, chaque fois à cause
de la peur.
Croyez-vous que le fait que le Québec, en tant que partie
du Canada, soit un des pays où il fait le mieux vivre (ce
qu’il est, à mon avis) soit dû au système fédéral et que sans
la bonté incommensurable de nos amis du Canada anglais nous
serions sans-abri internationaux? Ou peut-être est-ce dû à la
série de chefs sages et bons pour le Québec qui ont défilé à
Ottawa: Diefenbaker, Pearson, Trudeau, Chrétien, Harper… ( je
ne mets pas les étoiles filantes ni Mulroney, qui fut sans
doute le plus compréhensif envers les Québécois). Peut-être
est-ce dû au grand maître à penser du Canada anglais, Don
Cherry.
C’est maintenant un peu tard. De toute façon, peut-on faire un
pays en y allant à reculons ou sur une éphémère mauvaise
humeur suivie d’une tout aussi éphémère montée dans les
sondages? L’occasion a été ratée deux fois et je crois bien
que ça ne reviendra plus. Dans le futur, il y aura une
proportion de plus en plus grande d’immigrants et la donne
aura changé. Les combats à mener seront différents et encore
plus fondamentaux, et ils toucheront tous les habitants de
cette planète.
En attendant, rien n’empêche qui que ce soit de vivre sa vie
personnelle au mieux et le Canada demeure un des meilleurs
endroits sur terre (sauf si on est autochtone, mais
apparemment tout le monde se fout d’eux dans ce pays) parce
que jusqu’à maintenant on y jouit d’une grande liberté et
qu’il y a quelque chose à la fois de vivant et doux dans la
vie ici , par t icul ièrement au Québec.
Espoirs déçus et rêves brisés - Jean
-François Lisée
Le groupe
Idée fédérale a bien choisi son nom mais mal choisi son
moment
Le Québec se détache du sentiment d’infériorité économique
qu’il a toujours traîné comme un boulet.
L’auteur a écrit les ouvrages « Nous » et « Pour une gauche
efficace ». Les
chiffres de CROP/Idée fédérale révèlent que la proportion
de gens se disant « seulement » ou « d’abord » Québécois a
grimpé de 55 à 60%.
Du jamais vu. 55% desQuébécois estiment qu’un « Québec
indépendant » aurait fait mieux (14%) ou aussi bien (41%)
que le Canada dans la crise économique. Voilà une des bonnes
nouvelles livrées par le sondage CROP rendu public vendredi
dernier par le groupe Idée fédérale.
C’est capital, car la crainte face à l’avenir économique
d’un Québec souverain fut LE facteur de la défaite du Oui en
1995. Elle n’opère plus. D’autant qu’un autre cap
statistique est franchi: il y a désormais moins de chômage
au Québec qu’en Ontario ou aux États-Unis. Le Québec se
détache du sentiment d’infériorité économique qu’il a
toujours traîné comme un boulet.
On dit les niveaux d’appuis à la souveraineté en reflux.
Conclusion bizarre car les sondeurs d’Angus Reid et ceux du
PQ nous disent à l’unisson que le Oui et le Non sont, sur la
question de 1995, toujours au nez à nez. Surtout, d’autres
phénomènes sont en train d’élargir les points d’appui de
l’idée souverainiste: la confiance économique et l’identité.
évolutions. Lorsque tout est dit, on ne peut voter pour un
Québec souverain si on ne se juge pas d’abord Québécois. Le
nouveau groupe de réflexion sur le fédéralisme a bien choisi
son nom, et mal choisi son moment. Le nom rend bien compte
de l’écart entre « l’idée fédérale », noble, et la réalité
fédérale, désolante, le statu quo n’étant jugé satisfaisant,
selon Angus Reid, que par 38% des Québécois.
Pire, jeudi
dernier, Michael Ignatieff giflait les penseurs fédéralistes
en annonçant qu’il n’offrirait au Québec aucune marge de
manoeuvre supplémentaire. Sa résolution sur la nation? Rien
qu’un symbole, avouait-il.
Les chiffres de CROP/ Idée fédérale révèlent qu’en 11 ans,
la proportion de Québécois se disant « seulement » ou «
d’abord » Canadiens a chuté de 7 points, à 21%. Celle se
disant également Canadiens et Québécois est stable à 26%.
Mais la proportion se disant « seulement » ou « d’abord »
Québécois a grimpé de 55 à 60%. Le sondeur fédéraliste
Maurice Pinard avait le premier révélé l’importance
prédictive majeure de ces
Mes amis fédéralistes vont d’espoirs déçus en rêves brisés.
Ils pensaient qu’Ignatieff serait The One. Ils avaient misé
sur Stephen Harper, dont ils ont attendu en vain la
limitation du pouvoir fédéral de dépenser – ce cancer qui
ronge « l’idée fédérale ». Le sauveur précédent était Paul
Martin. Bilan: zéro absolu. Il faut remonter à Brian
Mulroney pour trouver un leader qui ait sincèrement tenté
une réconciliation, pour la voir s’échouer sur les récifs du
trudeauisme, ceux-là qu’Ignatieff étreint ou craint – le
résultat est le même.
Mais il y a changement. Le fait que le parlement fédéral –
contre le voeu de 75% des Canadiens hors Québec – ait
reconnu l’existence de leur nation conforte les Québécois
dans leur volonté d’être plus autonomes. Pas moins de 65%
des Québécois désirent davantage de pouvoir sur la langue et
la culture – ce que le parlement et M. Ignatieff ont refusé
de faire, la semaine dernière, sur une question de simple
application de la loi 101 aux 200 000 salariés du Québec
oeuvrant dans des entreprises sous juridiction fédérale.
Seul un Québec remobilisé autour de ses revendications et de
la souveraineté peut espérer un changement. L’Idée
souverainiste nécessite l’adhésion d’une majorité de
Québécois. Ce n’est pas une mince affaire. Mais cela n’est
pas une démarche aliénante, dont la clé résiderait dans le
regard de l’autre. C’est une question que l’on se pose à
nous-mêmes. Une question dont la réponse s’appuie, en
définitive, sur notre identité et notre confiance en nous.
Deux forces que les Québécois possèdent chaque jour
davantage.
Le militant - Patrick Lagacé
«Je p e
u x e mpr u n t e r ton téléphone ? Faut que j’appelle
au Parti québécois. »
Maxime Laporte veut un pays, mais il n’a pas de
téléphone portable. C’est donc avec le mien qu’il a
appelé au PQ, devant moi, pour secouer les puces à
quelque attaché politique.
« Ah, il y a un deuxième problème d’agenda ? Ah non, tu
ne peux pas me rappeler. Au pire, on va présumer que
Pauline viendra le 2. »
Je vous présente Maxime Laporte. Étudiant à l’
Université de Montréa l. I ndépenda nt iste . M’éc r it
souvent pour pester contre certains de mes papiers, ou
contre ceux de collègues de La Presse. Un pur et dur, si
on veut, à qui j’ai un jour suggéré, après une chicane
par courriel, d’aller se faire cuire un oeuf.
Il m’a défié de le rencontrer. « Tu vas voir, a-t-il
promis, je ne suis pas un tata. » Ça m’a amusé.
Appelle-moi à l’automne, Maxime, on verra.
L’au t o m n e e s t ve nu , Maxime m’a rappelé. C’est
ce qui explique notre rencontre dans un café de ce
quartier de la ville qui grouille de vie,
Côte-des-Neiges, un aprèsmidi récent où l’autom ne
ressemblait à l’été que nous n’avons pas eu.
Maxime a éteint mon téléphone. Deux fois que Pauline
changeait la date de sa conférence à la semaine de la
souveraineté qu’il organise sur le campus avec d’autres
étudiants souverainistes. Thème de la semaine : le
Québec sous occupation.
Come on, Maxime ! « Sous occupation » ?
Bah, il faut bien attirer l’attention, a-t-il fait,
sourire en coin.
Nouvel appel. Toujours avec mon téléphone.
« Non, t u peu x pas me rappeler. Ça me prend une
réponse. Vous comprenez, je suis avec un journaliste de
La Presse. Il faut que je lui dise si Mme Marois sera là
ou pas. Pour une fois qu’on peut percer La Presse ! »
J’ai roulé les yeux. Je suis certain que Maxime a fait
exprès pour dire ça, juste pour me picosser.
Maxime
m’a expliqué son adolescence de militant libéral, dans
Lanaudière. Puis, un jour, il a vu la lumière grâce à un
célèbre poète : « J’ai lu Gaston Miron et, je sais pas,
j’ai allumé, j e suis devenu souverainiste. »
Il se passe quelque chose chez l e s s o u ve r a i n i
s t e s . Quelque chose qui ressemble à une grogne
grandissante envers le PQ. Ils sont plusieurs, du côté
de ceux qui espèrent un OUI, à trouver que le PQ ne se
bat pas avec assez de vigueur pour faire avancer l’idée
d’un pays. Maxime est de ceux-là.
Ça explique les Jeu nes Patriotes, ça explique le Réseau
de résistance du Québécois (RRQ), ça explique la Société
Saint-Jean-Baptiste.
Ça explique le déraillement de la reconstitution prévue
de la bataille des Plaines, ça explique les manifs
devant le bureau de Justin Trudeau, ça explique le
rififi da ns L’Assomption, quand Pauline Marois a
désavoué l’ancien député Jean-Claude SaintAndré, jugé
trop radical pour le PQ.
Ça ex pl ique qu’u n kid comme Maxime L aporte, 21 ans,
pétillant d’énergie et d’idéaux, dise un truc comme : «
Moi, je suis militant indépenda ntiste. Pas milita nt
péquiste. » Il trouve que le PQ s’est « coupé de sa base
», qu’il s’est embourgeoisé. Qu’il a peur de choquer.
Prenez le CHUM. Ce qui embête les militants
indépendantistes comme Maxime, ce n’est pas que le CHUM
soit encore dans un « bureau de projet », c’est que le
Parti québécois ne soit pas entièrement, résolument et
publiquement contre l’idée de la construction d’un CHUM
pour les Anglais, mieux connu sous le nom de CUSM.
En marchant vers le pavillon Jean-Brillant, j’ai signalé
à Maxime qu’il a 21 ans et que, à cet âge, si la
politique nous intéresse, on devrait vendre des cartes
de membre d’un parti, faire élire des députés. J’allais
lui dire qu’il y autre chose à faire, aussi, à 21 ans,
mais bon...
« Je n’y crois pas, aux ailes jeunesse. On y apprend la
politique du simulacre.
– La politique du simulacre, Maxime?
– On y pratique la politicaillerie. Je préfère militer à
ma façon, avec des activistes qui n’ont pas de moyens. »
J ’a i r e g a r d é Ma x i me accueillir Bernard Landry
dans le vestibule animé. Partout dans le pavillon, des
gars et des filles allaient et venaient, dans la jeune
vingtaine pour la plupart. Il y avait longtemps que
j’avais mis les pieds dans une université. J’avais
oublié à quel point ils sont beaux, les petits
chenapans. Peut-on être plus beau qu’à 21 ans, sortant
d’un cours de bio ou de sciences po? Je ne pense pas.
Maxime, lui, n’en avait que pour Bernard Landry. Je le
regardais aller, petite boule d’intensité
hyperpolitisée, même pas un regard de travers pour
admirer le paysage.
À M. Landry, Maxime a rapidement raconté la fois où il a
vu la lumière : « J’ai lu Gaston Miron et, je sais pas,
j’ai allumé. » Je
me suis demandé si Maxime, dans cette quête
incandescente, avait un peu de temps pour l’amour.
J’espère, sinon, c’est gâché. Surtout à 21 ans. C’est
bien, être militant, mais il y a l’amour, aussi. C’est
pas moi qui le dis, Maxime, c’est Gaston Miron,
justement.
Le FLQ? Bof - YVES BOISVERT
Fascinant de voir comment tout ce qui touche au FLQ
est l’objet d’une banalisation systématique.
La semaine dernière, des centaines de zozos ont
applaudi la lecture du manifeste du FLQ lors du Moulin
à paroles. Rien làdedans de surprenant, la mystique
révolutionnaire fait toujours recette.
La réaction de Pauline Marois est plus intéressante.
«Moi, je n’aurais pas applaudi», a-t-elle dit
sobrement. Gilles Duceppe a dit qu’il réprouvait
l’utilisation des termes employés pour décrire Robert
Bourassa et Pierre Elliott Trudeau (serin et tapette),
mais qu’il fallait lire ce document historique – même
s’il allait, de manière très prévisible, être célébré
par une partie de la foule.
Voilà qui est ferme, n’est-ce pas? Si Pauline Marois
avait du cran, elle aurait dénoncé ces
applaudissements. C’était la moindre des choses, mais
c’était trop demander. Elle préfère le relativisme
émotionnel : c’est affaire de goût. Certains prennent
leur café noir et applaudissent les textes
terroristes, moi pas
Françoise David nous a rappelé qu’il y a eu un temps
un courant de sympathie pour le
CHRONIQUE FLQ au Québec, qui exprimait le sentiment de
révolte légitime et d’aliénation des Québécois
francophones.
« Cependant, à la suite de l’assassinat de Pierre
Laporte, j’ai trouvé que c’était trop. » L’enlèvement
de James Richard Cross et de Laporte, apparemment, ce
n’était pas trop pour elle à l’époque – comme pour
bien des gens, au fait.
L’excellent film de Ca rl Leblanc, L’Otage (2004), sur
l’enlèvement de M. Cross, pourrait peut-être faire
réaliser aux spectateurs sympathiques de nos drames
historiques ce qu’est un enlèvement et une
séquestration. Mais passons.
Il y a mieux. Mme David, avec le recul des ans, nous
dit aujourd’hui que « Robert Bourassa a laissé tomber
M. Laporte car il n’y avait pas eu beaucoup de
négociations avec le FLQ».
J’en déduis que, d’après elle, aujourd’hui (pas dans
sa fougueuse j eunesse), il faut négocier intensément
avec les terroristes. J’en déduis surtout qu’elle fait
porter une partie importante du blâme de la mort de
Pierre Laporte sur Robert Bou rassa . C ’est u ne
sorte d’équivalence morale qu’on nous propose. Certes,
le FLQ est allé «trop loin», mais d’un autre côté,
Robert Bourassa ne négociait pas beaucoup. Chacun ses
torts, en somme!
Ne soyons donc pas surpris d’entendre les réactions à
l’article écrit par Éric Clément hier au sujet d’André
Lavallée.
On savait déjà tout ça! Un coup pour embarrasser
Gérald Tremblay! Un faux scandale!
D’abord, il est vrai que bien des journalistes
savaient que le nom de M. Lavallée figure dans le
rapport Keable (1980). Pas moi, remarquez bien. De
plus, si un journal de quartier en a parlé en 1986,
quand M. Lavallée s’est présenté comme conseiller
municipal, c’est passé totalement sous le radar.
Normal
: M. Lavallée était en 1986 un acteur politique mineur
ayant eu un rôle encore plus mineur dans le FLQ
(complice dans un vol de bingo et auteur de
communiqué).
Il est maintenant un des hommes les plus importants de
l’administration Tremblay. Conséquemment, ce «détail»
de son passé prend plus d’intérêt.
Quant à la théorie voulant que La Presse attaque
systématiquement l’équipe de Gérald Tremblay pour
favoriser Louise Harel, elle est assez savoureuse.
D’habitude, la théorie du complot fait présumer de
sombres visées fédéralistes. C’en serait une nouvelle
mouture absolument inédite et prometteuse!
Les scandales touchant l’administration de Montréal,
étalés dans notre journal depuis un an, sont l’objet
d’enquêtes criminelles – il y en a une demidouzaine –
et du vérificateur de la Ville.
Y en a-t-il sérieusement pour dire que le but de la
publication de ces nouvelles était de remplacer Gérald
Tremblay par Louise Harel ou Benoit Labonté ou Richard
Bergeron? Je veux dire: les nouvelles n’étaient pas
assez grosses par elles-mêmes, il faudrait imaginer un
motif secret de publication ? Avezvous oublié le
sujet? Faubourg Contrecoeur, les compteurs d’eau, les
voyages en bateau, le copinage des entrepreneurs...
Allô?
Comme Michèle Ouimet l’écrivait hier, rien dans les
textes infiniment nuancés d’Éric Clément ne justifie
la démission de M. Lavallée. C’est un homme respecté,
un des plus solides de l’administration Tremblay. Je
ne vois même pas d’embarras pour le maire dans cette
affaire, je veux dire que tout le monde sera d’accord
pour dire qu’après 38 ans, il y a lieu de pardonner.
Juridiquement, ce n’est même pas nécessaire, puisqu’il
n’y a pas de casier judiciaire: sa condamnation était
trop insignifiante.
Mais est-ce à dire que ce qui est pardonnable et
pardonné doit être pour toujours tu, ou plus
exactement chuchoté entre initiés?
C’est ici que je suis embarrassé par la réaction
instinctive de plusieurs journalistes: il ne fallait
pas le dire !
Certes, c’est une erreur de jeunesse sur laquelle on a
passé l’éponge. Mais se joindre au FLQ en 1971, quand
on sait qu’il y a eu assassinat en 1970, c’est une
moins bonne idée encore qu’en 1969. C’est un fait qu’à
cette époque, l’organisation était totalement
infiltrée sinon contrôlée par la police. Mais peut-on
au moins dire les choses?
On dirait que non.
Il y a des raisons à cette banalisation de ce qui
touche au FLQ. D’abord, la réaction du gouvernement
fédéral en 1970, qui a violé les droits fondamentaux
de centaines de citoyens, a laissé des traces : il a
déclenché les mesures de guerre et fait emprisonner de
400 à 500 innocents présumés sympathisants sans mandat
et sans accusation pendant plusieurs semaines.
Deuxièmement, le fait que les policiers auteurs des
actes c r i m i nels de provo c at ion entourant le
FLQ, mais aussi de crimes contre le Parti québécois
(on avait volé les listes de membres), n’ont jamais
payé pour leurs actes. Donc une deuxième injustice
flagrante.
Et finalement, on n’en sort pas, une sourde sympathie
pour les felquistes dans certains secteurs. On excuse
leurs actes comme un mal nécessaire, ces fameux oeufs
qu’il faut casser pour faire des omelettes.
Quoi qu’il en soit, le rôle des médias n’est pas
d’enterrer complaisamment ce passé, même les portions
qu’on pardonne.
La Presse et André Lavallée -
Philippe Cantin
Chers
lecteurs, La nouvelle concernant le passé d’A nd ré L
avallée, publiée dans notre numéro d’hier, a suscité
de nombreuses réactions. Des lecteurs et des
commentateurs ont remis en cause notre décision de
lever le voile sur ses activités au sein du FLQ en
1971. À leur avis, ces événements, vieux de près de 40
ans, appartiennent au passé et auraient dû y rester.
Je respecte cette opinion mais ne la partage pas.
En journalisme, trois éléments permettent d’évaluer la
pertinence de publier ou non une nouvelle : la
véracité des faits, la démarche journalistique et
l’intérêt public. Dans le cas qui nous occupe, la
véracité des faits ne soulève aucun doute, comme M.
Lavallée l’a luimême reconnu. La démarche
journalistique, elle, a été faite dans les règles de
l’art. Nous avons fait largement état de ses réponses
à nos questions, en plus de rappeler ses réussites
professionnelles depuis son engagement en politique
municipale.
Reste alors la question de l’intérêt public. M.
Lavallée, je le rappelle, n’est pas un politicien
ordinaire. Son poste de vice-président du comité
exécutif de la Ville de Montréal en fait le numéro
trois de l’administration municipale, qui gère un
budget annuel de 4 milliards et dont les décisions
influencent chaque jour la vie de centaines de
milliers de personnes habitant la grande région de
Montréal. Occuper un poste électif dans cette ville
constitue une lourde charge.
Depuis le XIXe siècle, les médias examinent le passé
des candidats. Cela est vrai dans toutes les
démocraties du monde. Il est sain qu’il en soit ainsi.
Les électeurs sont en droit d’avoir un portrait
complet du parcours de ceux et celles qui sollicitent
leur confiance. Dresser la liste de tous les
politiciens du Québec et d’ailleurs au Canada, des
États-Unis et d’Europe qui, un jour, ont été
confrontés publiquement à leur passé même lointain
remplirait de nombreuses pages de ce journal.
L a pa
rticipation de M. Lavallée à une action du FLQ, un vol
dans un bingo pour financer ce groupe, est survenue en
1971. Le fait qu’il ait choisi d’y participer, sachant
fort bien que le FLQ avait commis l’assassinat du
ministre Pierre Laporte et l’enlèvement du diplomate
James Richard Cross un an plus tôt, est certainement
d’intérêt public. M. Lavallée a plaidé l’erreur de
jeunesse. Il a soutenu avoir agi dans un contexte de
provocation et d’infiltration policière. Et nous avons
publié ses explications.
Toute la journée d’hier, à la radio et à la
télévision, des gens ont dit que «tout le monde» était
au courant de cette affaire et qu’il était inutile de
la rappeler. Chose sûre, au moins une personne n’était
pas au courant : le maire de Montréal lui-même. M . L
ava llée a d’a illeu rs reconnu avoir appelé son
patron pour l’informer de la situation après son
entretien avec nos journalistes.
D’autres observateurs ont mentionné que La Presse
était «en croisade» contre le maire G érald T remblay
et son équipe. Et que la publication de cette nouvelle
en fournissait une autre preuve.
À cette allégation, je répondrai simplement ceci: sans
le travail soutenu des journalistes de La Presse, qui
ont fouillé avec minutie des dossiers complexes,
interrogé des dizaines de personnes, consulté un
nombre incalculable de documents et recoupé des
informations provenant de sources diverses, des
nouvelles majeures n’auraient pas été dévoilées. Parmi
elles, les zones d’ombre dans l’attribution du contrat
des compteurs d’eau, les transactions douteuses de la
Société d’habitation de Montréal, et les liens entre
des élus et des entrepreneurs ayant obtenu des
contrats importants de la Ville de Montréal. Là aussi,
des gens auraient sans doute souhaité que nous nous
taisions.
Faire état de ces faits s’inscrit au coeur du travail
journalistique. La Presse n’est pas en croisade contre
qui que ce soit. Mais elle est déterminée à jouer avec
vigueur son mandat premier, qui est d’informer ses
lecteurs sur les agissements de nos gouvernements et
de nos élus. Nous continuerons donc d’enquêter, de
vérifier et de publier lorsque l’intérêt public le
commandera.
Quand les secrets remontent à la surface...
- Louise Leduc
Un
curriculum vitae enjolivé, une croix gammée sur un
sarrau, une grossièreté commise devant des ados... Les
petits et grands secrets ont vraiment la fâcheuse
habitude de toujours remonter à la surface.
Les dernières élections fédérales ont été
particulièrement fertiles en la matière.
En 2008, le néo-démocrate Julian West a dû se retirer de
la course après qu’eut été révélé cet épisode où il
s’était baigné nu avec des mineurs.
Le Parti conservateur a lui aussi perdu une candidate,
Rosamond Luke, quand son casier judiciaire a été mis au
jour. En 2006, elle avait été condamnée à 18 mois de
probation pour avoir proféré des menaces, puis à neuf
mois additionnels pour ne pas avoir respecté les
conditions de sa probation.
Le libéral Simon Bédard avait lui aussi dû se retirer de
la course après qu’une de ses déclarations de 1990, du
temps où il était animateur de radio, eut refait
surface. Peu après la crise d’Oka, il avait lancé que
les militaires auraient dû entrer de force à Kanesatake
: « Tu rentres là avec l’armée pis tu nettoies tout ça.
Cinquante morts, 100 morts, 125 morts, ça vient de
s’éteindre. »
En France, on a toujours tôt fait de vérifier, dans le
passé des f ig u re s publ iques, s’il n’y aurait pas eu
quelque collaboration avec les A llema nds penda nt la
guerre. François Mitterrand lui-même a dû s’expliquer
là-dessus.
Au Québec, la question du felquisme demeure toujours
extrêmement délicate, comme en témoigne bien la
controverse qu’a suscitée la lecture du manifeste du FLQ
sur les plaines d’Abraham en fin de semaine dernière.
Les
personnes clairement identifiées au mouvement, comme
l’ex-éditeur Jacques L a nc tôt , ont pou rsu iv i le
cours de leur vie sans être trop embêtées.
C e n ’e s t pa s le ca s de Richard Therrien. En 2001,
la Cour suprême a confirmé sa destitution à titre de
juge. Le plus haut tribunal du pays avait estimé que, en
omettant de préciser au comité de sélection qu’il avait
hébergé, à 19 ans, des membres du FLQ liés à
l’enlèvement de Pierre Laporte, il avait miné la
confiance que doit avoir le public à l’égard des juges.
Q uelques a n nées plu s tôt, en 1996, la nomination
d’un ex-felquiste à titre de sous-ministre adjoint à la
Métropole a déchiré la classe politique québécoise.
Alors député libéral, Thomas Mulcair avait jeté les
hauts cris devant cette nomination. Dans la foulée, la
ministre Louise Harel avait aussi été montrée du doigt
parce que son chef de cabinet était lui-même un ancien
felquiste.
Louise Ha rel avait alors déclaré que ce dernier avait
assez payé et elle avait déploré « les tentatives du
député de Chomedey (Mulca ir) de détruire maintena nt
des gens ».
M m H a rel ava it aussi brandi la Charte des droits et
libertés. « Nul ne peut refuser d’embaucher une personne
du seul fait qu’elle a été déclarée coupable d’une
infraction criminelle, si cette infraction n’a aucun
lien avec l’emploi ou si cette personne a obtenu le
pardon. »
« Laissons en paix ceux qui ont obtenu leur pardon »,
avait pour sa part déclaré l’ancien chef du Parti
libéral Claude Ryan.
P o u r c e q u i e s t d ’A n - d ré L ava l lée, i l n
’a p a s eu à demander de pardon p u i s q u ’ i l n ’a
p a s e u d e dossier criminel.
La vraie faute d’André Lavallée - Michèle
Ouimet
Pendant
des années, il a vécu dans la peur que son secret soit
dévoilé. André Lavallée, vice-président du comité
exécutif de la Ville de Montréal, bras droit de Gérald T
remblay, maire de l’arrondissement de Rosemont-La
Petite-Patrie. Un homme qui en mène large.
Hier, dans son vaste bureau de l’hôtel de ville, il a
répondu aux questions de La Presse avec une prudence de
Sioux. Sa voix tremblait, lui, un grand six pieds quatre
pouces qui n’a peur de rien. Il avait l’émotion à fleur
de peau. Son passé felquiste venait le hanter.
En 1971, un an après la crise d’Octobre, au cours de
laquelle un ministre a été assassiné et un diplomate
britannique kidnappé, le jeune André Lavallée, 19 ans,
cégépien, milite dans le FLQ. Il est membre de deux
cellules. Il écrit un communiqué et il le distribue.
Il participe aussi à un vol dans un bingo, au sous-sol
d’une église. Ils sont quatre. Ils se préparent
minutieusement. Ils s’équipent d’un revolver jouet, de
menottes et de chloroforme.
Le soir du vol, André Lavallée surveille le corridor.
Son complice entre dans la salle et vole la caisse, qui
contient 31,90$. Les quatre hommes sautent dans des
taxis. La police les poursuit et tire six coups de feu.
Ils sont arrêtés, accusés de vol simple et condamnés à
une amende de 25$ chacun. Voilà l’histoire. Grave ? Oui
et non. Oui : le FLQ a tué et kidnappé, c’était une
organisation terroriste et André Lavallée s’y est
associé en militant activement dans deux cellules.
Non : Lavallée était jeune. Il n’a pas posé de bombe et
n’a tué personne. Et il a été manipulé par la police. À
l’époque, plusieurs cellules étaient infiltrées, y
compris celle qui a organisé le vol du bingo. C’est
Carole Deveault, une informatrice branchée 24 heures sur
24 sur la police, qui a orchestré le vol dans ses
moindres détails. Ce n’est pas compliqué, c’est
quasiment la police qui a commis le vol.
Les policiers étaient au courant de tout et ils
attendaient les felquistes dans le sous-sol de l’église.
C’est ce qui explique la peine extrêmement légère inf
ligée au x quatre hommes: 25$ d’amende.
André Lavallée devrait-il démissionner ? Non. Il a été
arrêté, jugé, condamné et il a payé sa dette à la
société. La charte québécoise est claire : une personne
qui a purgé sa peine a le droit d’occuper un poste
public, sauf si son emploi a un lien direct avec le
crime. Par exemple, un pédophile ne pourrait pas
enseigner dans une école.
Le FLQ possède une charge émotive. L a preuve :
l’incroyable débat entourant la lecture du manifeste du
FLQ sur les Plaines. Un débat qui a frisé l’hystérie.
Le FLQ
occupe une place douloureuse dans l’histoire du Québec.
L es milita nts dénonçaient la mainmise des Anglais sur
la société et l’asservissement des francophones.
Trente-huit ans plus tard, André Lavallée, ex-felquiste,
occupe un poste politique-clé à Montréal, où vit une
importante population anglophone. Ironique, certes, mais
on est loin d’une faute qui exigerait sa démission.
Et la charte est claire. On ne peut tout de même pas
créer une exception pour le FLQ. Autant jeter à la
poubelle toute idée de réhabilitation.
André Lavallée n’est pas le seul à se retrouver au
pouvoir après avoir commis un acte « politique »
illégal.
Wolfred Nelson a participé à la révolte des Patriotes en
1837. Il a été arrêté, accusé de haute trahison et
emprisonné. Des années plus tard, il a été élu maire de
Montréal.
On est loin d’un vol de 31 ,9 0 $ da n s u n sou s-sol
d’église.
Augustin-Norbert Morin, autre patriote, a connu un
destin semblable. Il a mené la rébellion de 1837. Des
années plus tard, il a été élu député, puis nommé juge.
La réhabilitation existait déjà au XIXe siècle.
Le passé trouble d’André Lavallée est-il d’intérêt
public ? Oui. Il n’est pas un obscur conseiller qui
passe son temps à s’ennuyer sur les banquettes arrière
du conseil municipal. Il est vice-président du comité
exécutif, maire d’un arrondissement, et il pilote des
dossiers costauds, comme le plan de transport. Et il est
proche du maire Tremblay.
Parlons-en, du maire. André Lavallée ne lui a jamais
avoué qu’il avait milité dans le FLQ. Il le lui a dit
hier, après le coup de fil de La Presse. Elle est là, sa
faute : dans son silence, dans la façon dont il a couvé
son passé en s’imaginant qu’il passerait sous le radar.
En se taisant, André Lavallée plonge G éra ld T remblay
dans l’embarras à la veille du déclenchement de la
campagne électorale. Il a menti par omission. Dans
l’univers politique, ce n’est pas une faute légère.
Mais je préfère cent fois la faute d’un André Lavallée à
celle d’un Frank Zampino qui a accepté de se balader sur
le yacht d’un entrepreneur qui a décroché le plus gros
contrat de l’histoire de Montréal.
Le cabotin est mort, vive le cabotin
! - Esther Delisle
Pierre Falardeau était un pitre intelligent, fier de
se montrer chauvin, ridicule et grossier
Invité à l’émission Sucré Salé à l’été 2009, Pierre
Falardeau déclare à l’animateur, Guy Jodoin, que le
Québec a de grands artistes et qu’il n’a rien à
envier à personne. Il se désole de ce que des
artistes qui ne sont pas du cru soient admirés,
comme, par exemple, Leonard Cohen, quand nous avons
Gaston Miron. P ier re Fa la rdeau ér uc te a lors :
« L eona rd Cohen… de la maaaarrrrrde. » Il tient
quelques autres propos à l’avenant puis conclut que
l’enseignement de l’anglais est parfaitement inutile
et qu’on ferait mieux « d’enseigner le
jaaarrrdinaaage » aux étudiants. Chauvin, ridicule
et grossier en deux phrases. Et fier de l’être.
Cet homme intelligent ne pouvait ignorer
qu’enseigner le jaaarrrdinaaage au détriment de
l’anglais à de futurs mécaniciens automobiles,
infirmières ou comptables et tutti quanti est
ridicule et irréaliste. Il ne se croyait pas
lui-même, mais son sourire en coin révélait un
plaisir évident à tenir ces propos. Comme le potache
qui s’amuse à dire des âneries pour irriter la
maîtresse d’école et amuser les élèves : les nuls
parce qu’il représente leur revanche devant
l’autorité d’un système où ils échouent et les
autres parce que cela brise l’ennui d’un
enseignement monotone qui, soit dit en passant,
produit 49% d’analphabètes, fonctionnels ou non.
L’auteure est politicologue et historienne. Cabotin
: acteur médiocre qui a une haute opinion de
luimême. (Larousse)
Cette recette a trouvé son public dans la classe du
primaire. Pierre Falardeau disposait d’une chronique
dans l’hebdomadaire Ici qui le présentait comme «un
brasseur de cage et un esprit libre ». Ainsi se
trouvaient transmutés son chauvinisme et son
exhibitionnisme anal expulsif. Falardeau agitait la
cage avec des éructations spasmodiques et sa liberté
d’esprit était celle de proférer des jurons sans
imagination, des injures éculées et de saupoudrer le
tout, sophistication oblige, de populisme
marxo-fascisant.
On pouvait entendre Pierre Falardeau à la radio et
le voir dans des émissions de grande écoute et de
variétés comme Tout le monde en parle, et ce, en
dehors de toute campagne promotionnelle pour ses
films. La chaîne publique comme les privées ne l’ont
jamais boudé, bien au contraire.
L’envie
est un sentiment inavouable, mais bien présent dans
la classe de l’école primaire. Le bouffon vedette
enviait les célébrités internationales nées dans la
même ville que lui. Leonard Cohen, intronisé au Hall
of Fame du rock’n’roll et en pleine tournée mondiale
à l’âge de 75 ans, est de la maaaaarrrrrde. Charles
Taylor n’est pas un philosophe connu et reconnu par
tous ses confrères dans le monde, non, cela faisait
rire Falardeau, qui voyait clair, lui, et le
considérait comme «un bloke de McGill, juste un
bloke de McGill». Se dissimule mal derrière ce
procédé l’envie d’un cinéaste dont la stature
internationale ne pouvait rivaliser avec la leur.
Le Québec peut se targuer d’u ne tradition de pitres
: Fa la rdeau , Gilles P rou l x , Michel Chartrand,
qui a donné au procédé ses lettres de déshonneur,
avec ses jurons suivis d’une flopée d’injures.
Ces pitres représentent le plaisir coupable des uns,
l’épouvantail des autres. Le plaisir coupable des
indépendantistes militants ou sympathisants qui
apprécient secrètement leurs outrances comme on
rigole doucement des grossièretés du cousin qui rote
bruyamment au souper de Noël de la tante Gertrude:
il exprime les fantasmes honteux ou embarrassants
qu’on réprime tout en nous donnant la satisfaction
de mieux paraître. Au décès de Pierre Falardeau,
Bernard Landry, ancien président du Parti québécois,
ne déclare-t-il pas penser comme lui, juste en
d’autres mots?
Pour succéder à Falardeau se tient dans les
coulisses un émule, piaffant, qui n’attend qu’une
invitation d’un recherchiste pour donner la première
d’une longue série de prestations. Le cabotin est
mort, vive le cabotin !
Le dernier des felquistes - ALAIN
DUBUC
ALAIN DUBUC COLLABORATION SPÉCIALE
Pierre Falardeau ne laisse pas plus indifférent dans
la mort que dans la vie. Il sera aimé ou détesté
jusque dans son dernier sommeil. Le Québec perd un
grand cinéaste. Il perd certainement aussi un
militant, « un des plus ardents défenseurs de la
cause indépendantiste», comme l’a dit la chef du
Parti québécois, Pauline Marois.
M a is que va-t-i l rester des idées qu’il défendait
avec férocité ? Probablement peu de chose, parce que
sa lecture de la question nationale est clairement
en désuétude. Et que sa principale contribution au
débat public ne tient pas au fond, à ses idées, mais
plutôt à la forme, le fait d’avoir introduit dans le
débat public l’insulte, la violence verbale et le
recours aux attaques personnelles.
Cette brutalité, on s’en souvient, a atteint son
apogée lors d’un autre décès, celui de Claude Ryan.
Pierre Falardeau avait horrifié bien des gens avec
son pamphlet franchement épouvantable qui commençait
par «Voilà enfin une bonne chose de faite ! Claude
Ryan vient de mourir» et qui se terminait par «
Salut, pourriture ».
Ce ton s’explique par les idées mêmes de Pierre
Falardeau, que je décrirais comme l’un des derniers
felquistes. Non pas parce qu’il était partisan du
terrorisme. Mais parce que sa grille d’analyse de la
question nationale était essentiellement la même que
celle des auteurs du manifeste de 1970.
Ce que disait Falardeau, c’est que les francophones
ont été conquis, qu’ils sont devenus des colonisés,
que l’accession à l’indépendance est donc un geste
de libération, que ceux dont on essaie de se libérer
sont des oppresseurs, que cette bataille n’est pas
un débat politique mais un combat dans lequel on
peut faire preuve de lâcheté ou de courage, et que
ceux qui, au Québec, ne partagent pas cette vision
sont des complices de l’ennemi, des vendus qu’il
faut dénoncer.
Cette vision extrêmement simpliste du monde permet
de comprendre l’agressivité verbale de Falardeau. Il
ne participait pas à un débat politique entre deux
conceptions valides de l’avenir du Québec, mais il
défendait une cause juste contre des ennemis envers
qui il disait ressentir de la haine.
Il n’en reste pas moins que Pierre Falardeau, un
radical dans une société modérée, était fort
populaire. Mais pourquoi au juste? Pour son talent
de cinéaste ? Pour sa personnalité attachante – si
on était du bon bord? Parce que les Québécois
affectionnent les grandes gueules au discours
linéaire? Ou pour ses idées?
Ce genre d’idées exerce un certain attrait dans la
famille souverainiste. Par exemple, Bernard Landry a
dit ce week-end que le décès de Falardeau constitue
«une perte considérable pour notre nation». En
faisant un aveu tout à fait stupéfiant : « Je lui
disais : Pierre, je pense à peu près comme toi sur à
peu près tout, mais je ne le dis pas de la même
manière. » Est-ce que cela signifie que Landry,
ex-premier ministre du Québec, serait, en secret, un
fanatique aux idées simplistes et animé par la rage?
Cet aveu de M. Landry reflète sans doute un autre
phénomène. Et ce sont les rapports complexes des
modérés qui dominent le mouvement souverainiste avec
ses éléments radicaux. Ils ont besoin de ces alliés
encombrants pour jouer du coude. Et ils ressentent
malgré tout un certain sentiment d’admiration envers
les vrais, les purs, qui incarnent l’idéal oublié.
Mais cela n’empêche pas les idées défendues par
Pierre Falardeau d’être devenues marginales. Dans la
population dans son ensemble, puisque l’appui à la
souveraineté est en baisse. Et au sein du mouvement
souverainiste, qui n’est plus animé, comme il y a 40
ans, par la rage et la colère.
Un combattant de la liberté - Pierre
Schneider
Cofondateur du FLQ en 1963, l’auteur a été cadre
de l’information au Journal de Montréal. (NDE : QUOI !?!... AIS-JE
BIEN LU !?!...) Comme
cinéaste, Pierre Falardeau a toujours fait des
films à travers lesquels son engagement profond
pour son pays, le Québec, transpirait en milliards
de pixels. Il faut saluer son rare courage d’être
resté fidèle à ses idées dans ce monde où il
aurait facilement pu devenir un bébé gâté du
système des subventions... s’il avait fermé sa
grande gueule. Non, il avait choisi la voie la
plus difficile, celle des bâtisseurs de pays,
celle des combattants de la liberté. Au « yâble »
le confort et l’indifférence des souverainistes de
salon qui s’admirent mutuellement dans les lofts
d’Outremont où ils amassent des fonds pour un
parti qui a fait sauter l’article 1 de son
programme, soit l’indépendance. Falardeau aimait
fréquenter le vrai monde et n’avait pas peur
d’être vu avec de vrais colonisés comme on en
retrouve dans ses films sur Elvis Graton,
l’archétype du Québécois content de son sort de
looser et respectueux de toutes les autorités.
Falardeau est demeuré un militant exemplaire qui,
au fil des années les plus sombres de la lutte de
libération nationale, n’a jamais baissé les bras
comme l’ont fait tant de ses contemporains
défaitistes, fatigués, usés et abattus. Non, il
était un homme de conviction profonde et ce n’est
pas parce que le vent changeait de direction qu’il
allait renier ses convictions. Même si ça lui
coûtait souvent très cher, car les cinéastes qui
ne reçoivent pas de subventions de Québec et
d’Ottawa peuvent difficilement faire fleurir leurs
oeuvres.
PHOTO ANDRÉ
TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE
Pierre Falardeau
Tenace. F idèle à lu i-même. Généreux. Déterminé.
Fier. Optimiste. Ce sont toutes des qualités qu’on
peut accoler au grand personnage qui vient de nous
quitter. Il était aussi une voix, une parole qui
dérange, qui secoue, qui bouscule, qui ne laisse
personne indifférent. Il était la voix des
sans-voix. De tous ceux qui ont envie de crier «
crisse, c’est assez ! » mais qui n’osent pas.
Le
Québec lui doit beaucoup. Et la meilleure façon de
lui rendre hommage, c’est de poursuivre le combat
pour le pays du Québec, pour la République.
Repose-toi bien, fier combattant. D’autres vont
reprendre les armes. Et nous allons poursuivre le
combat.
Dérapages médiatiques - David Haziza
Pierre Falardeau a été un cinéaste qui aura
marqué son époque et un ardent militant pour la
souveraineté du Québec. Mais l’homme pratiquait
régulièrement le racisme anti-anglais et qu’il
multipliait les dérapages médiatiques. Rappelons son
passage à l’émission Tout le monde en parle où il
expliquait son désarroi lors d’une visite dans une
école de Montréal-Nord parce que, disait-il, « il y
avait 60 % d’Haïtiens et 30 % de Latinos et qu’il
était le seul Québécois ». Avant qu’on lui rappelle
avec justesse que tous ces jeunes étaient nés au
Québec et qu’ils étaient Québécois au même titre que
tous les autres. Il faisait bien sûr le régal de
certains médias qui s’abreuvaient de ses diatribes
souvent puériles et méprisantes. À mon sens, il a
été l’illustre exemple de ces souverainistes que le
président Sarkozy a qualifiés de sectaires et
refermés sur euxmêmes. Pour Falardeau, la fin
justifiait les moyens.
La mort du cinéaste suscite des témoignages émus
Armé de sa caméra, de sa plume et de ses
opinions tranchées, Pierre Falardeau a passé sa
vie à lutter pour défendre sa vision du Québec.
L’auteur, réalisateur et libre penseur a perdu
sa dernière bataille vendredi soir, emporté par
un cancer à l’âge de 62 ans.
Durant tout le week-end, artistes, politiciens
et militants souverainistes se sont succédé pour
rendre un dernier hommage au créateur.
- Daphné Cameron
«Pierre a vécu sa vie comme il aurait voulu son
pays: indépendant et libre», a confié Luc
Picard, comédien et ami du cinéaste. «Il va
vraiment me manquer. Car contrairement à ce que
la plupart des gens croient, c’était un gars
drôle, affectueux et surtout très humain.»
Pierre Falardeau est décédé vendredi soir à
l’unité de soins palliatifs de l’hôpital
Notre-Dame à Montréal. Sa conjointe, Manon
Leriche, et ses enfants, Jules, Hélène et
Jérémie, qui souhaitent pour l’instant vivre
leur deuil en privé, n’ont pas indiqué le moment
des obsèques. Une soirée hommage a toutefois été
organisée le 11 octobre par le Mouvement
souverainiste du Québec.
Au-delà du personnage coloré, les gens qui l’ont
connu se souviendront surtout de lui pour sa
persévérance et son intégrité intellectuelle.
«Fierté et intégrité»
«La fierté et l’intégrité sont en deuil», a
écrit le scénariste de la série Elvis Gratton,
François Avard, dans un courriel qu’il a fait
parvenir à La Presse. «Falardeau avait le talent
pour devenir riche. Il a néanmoins choisi de
mettre ce talent au service de ses convictions
et de ses idées, loin du consensus qui
rapporte.»
« On perd un père spirituel », a ajouté son ami
Patrick Bourgeois, également porte-parole du
mouvement Le Québécois. « Il fallait
se promener avec Pierre en public pour
comprendre à quel point il aimait les gens et
que les gens l’aimaient. C’est rare,
aujourd’hui, les personnes qui bâtissent leur
vie autour d’une cause. Même quand le système
lui a tapé dessus, il a tout le temps continué à
se battre, il n’a jamais mis ses idéaux de
côté.»
Le personnage public
«Sous des dehors un peu rugueux, c’était un
personnage très sensible», a confié son ami et
collègue de la revue Couac, Jean-François
Nadeau. «C’est contradictoire par rapport au
personnage public qui était demi-truand, très
sûr de lui et qui n’avait pas peur de la
controverse. En privé, c’était quelqu’un qui
écoutait beaucoup, mais je dois ajouter qu’il
était droit comme un tronc d’arbre!»
De Jean Charest à Pauline Marois, en passant par
Amir Khadir, de nombreux politiciens ont
souligné l’apport du cinéaste à la culture
québécoise. Pauline Marois a d’ailleurs indiqué
que le Parti québécois allait bientôt organiser
un événement pour lui rendre hommage.
De son côté, l’ancien premier ministre du Québec
Bernard Landry s’est dit profondément attristé
par sa mort.
«Je le rencontrais souvent et, chaque fois, je
lui disais qu’on pensait à peu près tout le
temps la même chose, mais qu’on l’exprimait de
façon complètement différente. Cela nous faisait
beaucoup rigoler ! » se souvient-il.
«Son cinéma était vivant et vigoureux. Son art a
servi l’indépendance nationale de façon
inoubliable et humoristique avec Elvis Gratton
et de façon poignante et dramatique avec 15
février 1839, son film sur les patriotes»,
a-t-il ajouté. « J’espère que son oeuvre va
continuer de faire réfléchir et que lorsque l’on
parlera d’indépendance, on aura une pensée pour
lui.»
UNE VIE DE COMBAT -
Daniel Lemay
«J’ai toujours fait des films populaires, des
affaires qui s’adressaient aux p’tits bums de
l’est. Je ne me suis jamais emmanché dans le
cinéma d’auteur...»
Pierre Falardeau, c’est connu, a toujours été
plus à l’aise avec le «peuple» que dans les
salons. «Je n’ai jamais gagné de médaille,
mais j’ai le prix de la rue», nous disait-il
en entrevue, début mai, lors de la sortie de
son livre Rien n’est plus précieux que la
liberté et l’indépendance (voir «Un homme et
son credo» sur cyberpresse.ca).
Né à Montréal le 28 décembre 1946, Pierre
Falardeau fréquente le Collège de Montréal où
il fait la connaissance de Julien Poulin qui
restera son ami et complice jusqu’à la fin.
Sportif, le jeune Falardeau s’adonne à la
pratique du football et s’initie brièvement à
la boxe qu’il a découverte grâce à Ernest
Hemingway. Après son cours classique, il
entreprend en 1967 des études d’anthropologie
et d’ethnologie à l’Université de Montréal.
L’arène de lutte
Pierre Falardeau coscénarise et coréalise avec
Julien Poulin un premier court métrage en
1971: Continuons le combat transpose le combat
pour l’indépendance du Québec dans l’arène de
lutte. Le ton est donné. Suivent Les Canadiens
sont là (1973), dans une mission culturelle
canadienne à Paris; Le Magra, (1976) sur la
formation des policiers, qu’ils présenteront à
la Biennale de Venise; À force de courage
(1977), tourné en Algérie.
Après six ans de tournage (à leurs frais),
Falardeau et Poulin sortent leur premier long
métrage en 1978: Pea Soup traite de
l’aliénation du peuple québécois. Deux ans
plus tard, avec un titre du même souffle,
arrive Speak White, sur le célèbre poème de
Michèle Lalonde: «Nous sommes un peuple
inculte et bègue»...
En 1981, Julien Poulin passe devant la caméra
pour i ncarner Elvis Gratton – il porte des
boxers aux couleurs de l’unifolié – dans un
court métrage du même nom. Et « Gratton »
(Pierre Falardeau ne disait jamais Elvis) vaut
au duo un Genie Award à Toronto. Le mythe
s’étend de toute sa force dans Elvis Gratton,
le King des Kings qui, en 1985, réunit trois
courts métrages. Le Québec a une nouvelle
devise : « Think big, s’tie ! ».
Falardeau change de ton avec Le party (1989)
dans lequel il traite de liberté du f ond de
la cellule d’une prison. L’ex-felquiste
Francis Simard, qui a purgé 11 ans pour le
meurtre du ministre Pierre Laporte en 1970, a
collaboré au scénario du film ; son livre Pour
en finir avec octobre servira de base à
Octobre le film, que Falardeau sortira
finalement en 1994 après 10 ans de marchandage
avec les instances subventionnaires.
Une charge virulente
Le temps des bouffons (1993) représente
probablement, à l’écran, la charge la plus
virulente de Pierre Falardeau contre
l’establishment. Sur des images filmées au
Beaver Club, le cinéaste livre en voix
horschamp un texte qu’il a écrit luimême et
dans lequel il pourfend les élites
francophones québécoises en des termes d’une
violence sans égal, avant ou depuis.
À la fin des années 1990, le refus de Téléfilm
de subventionner la production de 15 février
1839 amène Falardeau à lancer une campagne de
souscription publique. Le film de 3 millions
de dollars, qui sortira en 2001, raconte les
dernières heures de Chevalier de Lorimier – ce
rôle vaudra un Jutra à Luc Picard –, pendu
pour son rôle dans la rébellion des patriotes.
La loi des hommes
Il y a deux semaines, à Québec, Pierre
Falardeau n’avait pu participer à ce Moulin à
paroles dont il avait, indirectement, provoqué
la mise sur pied en menaçant de perturber la
reconstitution de la bataille des plaines
d’Abraham. À sa place, Luc Picard a lu cette
«Lettre à mon fils», que Pierre Falardeau
avait écrite à Jérémie, son «ti-cul» de trois
mois, au soir du référendum de 1995. « Dans
quinze ou vingt ans, (…) tu sauras que ton
père s’est battu pour la cause de la liberté
comme tu devras te battre à ton tour. C’est la
loi des hommes, la loi de la vie.»
Se souvenir de l’artiste
MARC CASSIVI CHRONIQUE
Luc Picard, en Chevalier de Lorimier condamné
à mort, enlace une dernière fois Sylvie
Drapeau sur le sol froid de sa geôle. L’adieu
déchirant des amoureux. Un plan, aux teintes
d’ocre et de marron, d’une infinie beauté.
L’une des grandes scènes du cinéma québécois.
Julien Poulin, en prisonnier Boyer envoyé au
«trou», pleure ses dernières larmes de rage.
Sa blonde l’attend en vain. Il ne viendra pas.
Sur scène, Lou Babin chante Le coeur est un
oiseau, de Richard Desjardins, l’âme brisée,
la voix chancelante de désespoir, pendant que
son chum se tranche les veines. «Liberté,
liberté, liberté ! » crie-t-elle avant de
s’écrouler, à bout de force. J’en ai encore
des frissons.
Pierre Rivard, en jeune felquiste, le t-shirt
maculé du sang de Pierre Laporte, s’abandonne
au doute, à la panique et au désespoir. Le
temps d’un regard, d’un rictus, d’un cri,
captés subtilement par la caméra.
Pierre Falardeau était un artiste. Un cinéaste
d’une grande acuité, d’une grande humilité
aussi, d’une évidente intelligence, d’une
sensibilité à fleur de peau. Un metteur en
scène de talent, qui a marqué le cinéma
québécois bien audelà de ses coups de gueule
erratiques et de ses prises de position
équivoques des dernières années.
Je
préfère
me souvenir de l’humour grinçant et cinglant
d’Elvis Gratton première mouture, de la charge
caustique et rafraîchissante du Temps des
bouffons, de la fougue des documentaires de j
eunesse (avec Julien Poulin). Je préfère me
souvenir du cinéaste unique et singulier,
soucieux du détail et du propos, plutôt que du
pamphlétaire hargneux, caricatural et aigri
qui distribuait son fiel à grandes lampées
d’une langue trop longtemps trempée dans le
vinaigre, à la fin de sa vie.
Pierre Falardeau a laissé sa monomanie prendre
le pas sur son oeuvre de cinéaste. Son dernier
film valable datait d’il y a presque 10 ans.
Il avait porté ce remarquable 15 février 1839
à bout de bras, contre vents et marées, malgré
l’opposition politique et les tentatives de
censure. L’artiste en a bavé, film après film,
essuyant refus après refus. Le polémiste
enragé a pris le relais. L’appel des sirènes,
et sans doute une certaine lassitude dans son
combat contre les institutions, l ui ont fait
perdre son temps (et le nôtre) avec deux
suites, indignes de son talent, d’Elvis
Gratton.
De poil à gratter essentiel de l’ordre établi,
du pouvoir politique et économique en place,
Pierre Falardeau était devenu depuis, à force
de dérapages autour d’un discours manichéen
resté figé dans une autre époque, le symbole
d’une génération d’ultranationalistes amers.
Nombre d’indépendantistes modérés (j’en suis)
ne se reconnaissaient pas dans son discours de
plus en plus réactionnaire et intolérant. Le
cinéaste ne tournant plus, l’équilibre entre
l’artiste et le polémiste était rompu.
Aveuglé par ses délires identitaires, d’une
haine à peine dissimulée pour «l’ennemi», le
fédéraliste de tout acabit, Pierre Falardeau
s’était réjoui, en 2004, en des termes
particulièrement odieux, de la mort de Claude
Ryan dans un texte intitulé «L’enterrement du
Bonhomme Carnaval ». «Voilà enfin une bonne
chose de faite! Claude Ryan vient de mourir,
avait-il écrit à propos de l’ancien chef
libéral. Ne reste plus qu’à l’embaumer et à
fermer le couvercle. Avec sa belle tête de
sous-diacre empaillée et mangée par les mites,
il n’aura fait, en mourant, qu’officialiser
une situation qui perdurait depuis longtemps.»
Falardeau avait conclu: «Salut pourriture». Je préfère,
aujourd’hui, me souvenir de l’artiste sensible
et de son cinéma inspiré. De ces scènes
d’émotions fulgurantes, de cet amour
inconditionnel pour les acteurs, de ces
répliques inoubliables. Et penser à tous ces
films qui auraient pu exister, si le parcours
de l’homme avait été différent. Salut,
Falardeau. Repose enfin en paix.
Un honnête homme
-
Pierre Foglia
Je dis un honnête homme. Enfin, je le dis
plus loin. Mais d’abord l’i mprécateur qui
détestait tout de La « grosse » Presse, sauf
moi peut-être. Il disait à répétition des
horreurs sur quelquesuns de mes confrères
pour lesquels j’ai de l’affection, et sur
d’autres que je respecte. Je pense à Alain
Dubuc. Je m’entends dire encore récemment à
Falardeau : mais non Pierre, c’est pas une
pute, Dubuc ; c’est un surdoué qui donne
parfois envie de fesser dedans comme souvent
les surdoués, mais c’est pas une pute.
C ’t’u n plei n de ma rde ! me renvoyait-il.
S’ensuivait une discussion forcément
lapidaire su r le thème : peut-on être plein
de marde et hyperintelligent ? Il en avait
convenu après qu’on se fût rappelé
quelques-uns de ceux-là qu’on avait connus
lui et moi, maoïstes tendance Hoxha –
peut-on être plus plein de marde que ça ? –
et
CHRONIQUE pourtant brillants eux aussi, et
même parfois savants.
C ’e st com me ton a m ie Françoise (David)
et sa gang de téteux, pas capables de se
brancher clairement sur la question
nationale, m’avait-il alors balancé.
Non, il n’était pas de tout repos,
Falardeau. Des grenades plein les poches
qu’il dégoupillait à tout propos et qui
blessaient des gens que j’aimais. Même, une
fois, il en a dégoupillé une pour tuer un
mort. Non, ce n’était pas toujours facile
d’être de son bord.
Combiendefoisai-jeentendu en arrivant au
bureau : fait chier, ton chum Falardeau.
Il me fallait d’abord rectifier : ce n’est
pas mon chum. On ne se fréquentait pas. Il
m’appelait parfois. La dernière fois,
l’automne dernier. I l ava it entendu dire
que j’avais entendu dire qu’il était bien
malade. J’en vois qui frétillent déjà à
l’idée que je vais bientôt crever, avait-il
déconné ; dis-leur que je suis pas pressé.
Il venait de passer un été épouvantable. Je
l’avais réinvité, en vain, à venir faire un
tour à la maison. J’ose pas, m’avait-il
répondu. Il avait des mots comme ça qu’on
n’attendait tellement pas de lui : j’ose
pas. Mais bref, ce n’était pas un chum.
D’ailleurs, j e n’ai presque pas vu ses
films, ni lu grand-chose de ce qu’il a
écrit.
Ç a m ’a fa it ri re, cette semaine, tous
ces gens qui disaient quel grand cinéaste il
était. Et quel grand polémiste. Et quel
grand patriote. C’est sûrement très vrai.
Mais ce qui m’a amusé, c’est cette façon de
prélever sur le cadavre le meilleur morceau
pour mieux suggérer que le reste bof, le
reste ne valait peutêtre pas grand-chose.
Petit poison diffus dans la tisane des
éloges.
Et
c’est tellement tout le contraire. Si
Falardeau est gra nd, ce n’est pas pa r le
cinéma, pas par la polémique, pas par
l’écriture. C’est par la subversion. Il est
grand de son refus des contraintes, de son
refus de flagorner le pouvoir en
particulier.
D a n s F a l a r d e a u , c ’e s t l’homme
qui est grand. L’honnête homme. Pas
honnête-scrupuleuxvertueux. Pas honnête et
con comme un oeuf qui n’a jamais volé un
boeuf. Pas honnête non plus comme peut
l’être une politologue prof d’histoire (1),
je veux dire pas honnête intellectuellement,
de cette honnêteté purement cérébrale que
n’irrigue jamais le sang du coeur.
Je dis un honnête homme. J’allais ajouter
qu’ils sont rares, mais pas tant que cela.
J’en connais d’autres, vous aussi vous en
connaissez, des silencieux qui traversent la
vie doucement « et aussi intimement que la
couleur du ciel» (2).
Ils sont rares sur les tribunes. Ils sont
rares dans les journaux. Ils sont rares
debout devant un micro. Ils sont rares à
prendre la parole. Ou alors ils la prennent
le temps d’un livre pour dire ah ! lala !
comme les éléphants sont gros, et 20 ans
plus tard sont devenus les plus gros de tous
les éléphants qu’on n’avait encore jamais
vus sur une tribune (3).
Je dis un honnête homme. Pas un éléphant. Un
loup. Efflanqué et qui hurle, comme dirait
Desjardins, chaque fois, et c’était souvent,
que « les downs de ses highs lui défonçaient
l’intérieur ». Un honnête homme, ajouterait
le même, un honnête homme que personne n’a j
amais enculé, comprenez n’a jamais enfermé
dans aucune chambre de commerce, à qui j
amais personne n’a passé les menottes, 62
ans de liberté, de révolte. Une putain de
bonne cote.
Un honnête homme avec des fureurs
imprécatoires. Jamais à la mode. Jamais dans
le consensus. Toujours dans cette quête du
pays qui en énervait tant. Avec cette
extraordinaire capacité – qui n’est pas
politique mais poétique – de transmuter sa
libre parole en émotion pure.
Un honnête homme. Un poète. Je vous le
redis, la poésie est une clameur.
J’arrive de l’église SaintPierre-Apôtre où
le public était invité à se recueillir hier
après-midi. Le défilé des gens. C er t a i n
s s ’agenou i l la ient brièvement devant le
cercueil fermé. J’ai touché au bois en
retroussant le tissu du drapeau du Québec.
J’ai salué ses enfants, embrassé Manon, sa
compagne. Un grand
soleil presque d’hiver éclairait le
boulevard René-Lévesque. J’ai marché jusqu’à
La (grosse) Presse.
L’héritage de la victime -
Richard Vigneault
Le
Moulin à paroles a donné l’impression d’une
interminable souffrance de 400 ans des Québécois
L’auteur est consultant en communication, conseiller
ad hoc du gouvernement de Jean Charest et membre de
l’Idée fédérale. Quelqu’un aurait été bien naïf de
croire qu’il y avait une place pour les fédéralistes
ou pour ceux qui rêvent d’autre chose que de
l’indépendance défendue par le mouvement
souverainiste dans la cohorte de ceux qui se sont
succédé derrière le microphone du Moulin à paroles
en fin de semaine. Aucune ambiguïté possible!
PHOTO LE SOLEIL
Des spectateurs attentifs au
Moulin à paroles.
En plus d’avoir banalisé l’appel à la violence du
Manifeste du FLQ, considéré comme un texte comme les
autres, cette entreprise avait toutes les allures
d’une récupération de l’histoire. C’était, sans
l’ombre d’un doute, un hymne à l’indépendance,
marqué par la présence en force des ténors de la
souveraineté.
Après avoir confisqué le drapeau, la langue et la
Fête nationale pour les placer au service de
l’option souverainiste, voilà une tentative
d’embarquement de l’histoire, de la littérature et
de la poésie.
On aura eu l’impression un peu lourde que l’histoire
du Québec, livrée par ce festival de paroles comme
un des organisateurs a décrit l’événement, est une
interminable souffrance de 400 ans.
On aura eu le sentiment que le Québécois
d’aujourd’hui porte encore le fardeau d’un joug
originel, abandonné par les Français, vaincu par les
Anglais et opprimé par l’Église, ou encore ses
élites ou ses patrons. On aura voulu nous faire
croire qu’être une victime est notre seul héritage.
On aura voulu amener les spectateurs à penser que
comme l’indépendance n’est pas encore réalisée,
aucun progrès ne compte. Que l’on soit dans le
peloton de tête des peuples les plus libres et les
plus développés de la Terre est un fait qui n’était
malheureusement pas au programme du Moulin à
paroles.
On
se sera rappelé qu’un moulin est également un
appareil à broyer. En l’occurrence, on aura broyé la
réalité actuelle du Québec, son audace, ses succès
dans le monde et chez lui, son refus de la
séparation. On aura aussi eu l’impression que tout
ce qui a été écrit depuis Jacques Cartier, l’aurait
été dans le seul but de faire l’apologie de la
souveraineté.
De ce long ruban de nostalgie et de réaménagement de
sens, on aura retenu que le Québec qui a été lu
n’est pas celui que l’on connaît, mais celui imaginé
par ceux qui recollent des morceaux de l’histoire
qui ne vont pas ensemble pour mieux servir leur
cause.
Il y avait dans cet amalgame beaucoup de textes
partiels ou encore arrachés à leur époque, mais dont
je recommanderais volontiers la lecture à des jeunes
d’aujourd’hui. J’entends la lecture complète, dans
une mise en contexte et en dehors de tout
détournement idéologique, de montage ou de réédition
de l’histoire.
Demandez aux jeunes Québécois d’aujourd’hui s’ils
veulent vivre dans cet enfermement d’extraits
choisis dans le seul but de démontrer que le peuple
n’a pas encore fait le bon choix. Demandez à ces
jeunes, eux qui côtoient sur les bancs de l’école
des néo-Québécois qui viennent de pays où l’on
aimerait bien que l’oppression soit dans les livres
d’histoire plutôt que dans la vraie vie. Demandez
pour voir à nos jeunes soldats dont la mission est
de libérer les Afghans si nous avons quelque chose à
envier à ce peuple pourtant indépendant?
Un poème écrit à une autre époque ne justifie pas un
mauvais choix aujourd’hui. L’indépendance n’est pas
la résolution de tous nos problèmes comme seraient
tentés de le croire ceux qui ont organisé le Moulin
à paroles. Quand
je pense que ce peuple du Québec, décrit 24 heures
durant comme une victime, compte un milliardaire qui
s’en va lire un poème dans l’espace à bord d’un
vaisseau spatial soviétique, je me dis que le Québec
actuel n’a pas de limites pour ceux qui bâtissent
l’avenir et refusent de se complaire dans les
méandres du passé.
Un drame québécois - NATHALIE
PETROWSKI
Je
m’en souviens comme si c’était hier. Je m’en
souviendrai sans doute toute ma vie. C’était au
matin du 18 octobre 1970, exactement 10 jours après
avoir entendu la voix décalée de Gaétan Montreuil
lire à la télévision de Radio-Canada le manifeste du
Front de libération du Québec. Dans le salon de la
maison, rue Melrose, j’avais levé le poing en signe
de solidarité, convaincue que malgré mes 16 ans de
petite bourgeoise bien élevée, j’allais faire la
révolution du prolétariat. Plus tard, quand le
pauvre Montreuil, la mort dans l’âme, avait été
obligé d’ânonner «Drapeau le dog, Bourassa le serin
des Simard et Trudeau la tapette », j’avais éclaté
de rire et applaudi d’un air ravi.Trudeau la
tapette, ha ! ha ! ha !
Je ne suis pas allée au grand rassemblement au
Centre Paul-Sauvé le 15 octobre. Mais même si je n’y
étais pas physiquement, j’y étais avec mon coeur
d’adolescente rebelle et avec mes sympathies pour le
FLQ. Qu’importe s’ils avaient enlevé deux hommes à
la pointe du fusil et les séquestraient quelque part
en ville. La cause était noble et personne n’était
mort. Vive le Front de libération du Québec ! Vive
la révolution québécoise ! Vive le Québec libre!
Et puis, le matin du 18 octobre, dans les splendeurs
incendiaires d’un automne d’or et de feu, mon poing
tendu dans l’enthousiasme de mon engagement
adolescent a été broyé par une nouvelle crachée par
la radio. Pierre Laporte était mort. Pierre Laporte
avait été assassiné. Pierre Laporte avait été
exécuté par les gars du FLQ. Vous dire le choc, la
culpabilité et la honte, l’horrible honte d’avoir
sympathisé avec des assassins...
Depuis,
chaque fois qu’il est question du manifeste du FLQ,
mon coeur se crispe légèrement et je pense moins à
l’Histoire qu’à ma propre perte d’illusions...
Ce long préambule pour en venir au Moulin à paroles,
spectacle commémoratif de la bataille des plaines
d’Abraham qui débute aujourd’hui à 15h sur les
plaines à Québec après avoir fait couler des litres
d’encre. Au coeur de la controverse, la lecture du
fameux manifeste du FLQ par Luck Mervil qui, au
moment de la crise d’Octobre, avait 3 ans et vivait
encore en Haïti. C’est dire que celui qui a insisté
pour lire le manifeste n’a pas vécu ni ressenti dans
son ventre et dans ses tripes le traumatisme
collectif causé par le FLQ. Idem pour la metteuse en
scène Brigitte Haentjens qui avait 19 ans, mais qui
vivait encore à Paris. Idem pour Biz et Sébastien
Ricard, les instigateurs du spectacle qui, en
octobre 1970, n’étaient même pas nés. Si
j’insiste
sur ce détail, ce n’est pas pour accabler les
organisateurs du Moulin à paroles, qui se sont
démenés tout l’été pour choisir les 140 textes et la
centaine de personnalités qui les liront pendant les
24 prochaines heures. Ils ont fait un travail
colossal et généreux. C’est tout à leur honneur.
Comme l’est leur choix esthétique de monter un
spectacle sobre, sans artifices, sans strass, sans
showbiz. Un spectacle où la parole et les textes
écrits dans l’encre indélébile de l’Histoire seront
souverains. Il n’en demeure pas moins que leur
obstination à voir le manifeste du FLQ comme un
texte parmi tant d’autres témoigne d’un manque
évident de sensibilité. Qu’on le veuille ou non, le
manifeste n’est pas et ne sera jamais un texte comme
les autres. Ce n’est pas un texte drôle ou glorieux.
C’est le texte d’une défaite et d’une impuissance
collective. J’espère que Luck Mervil le lira avec
cette gravité en tête. J’espère aussi que quelqu’un
lira le texte que René Lévesque a écrit par la suite
dans l’espoir de régler ce qu’il qualifiait de drame
québécois. Mais avant, par respect pour les morts et
les blessures collectives qui n’ont jamais tout à
fait cicatrisé, il faudra que quelqu’un s’avance
avec une lettre qui commence par : « Mon cher
Robert, j’ai la conviction d’écrire la lettre la
plus importante de toute ma vie.» Et qui se termine
par : « Décide de ma vie ou de ma mort. Amitiés,
Pierre Laporte.»
Ignatieff contre le manifeste du FLQ
Le chef du Parti libéral du Canada, Michael
Ignatieff, estime qu’on ne devrait pas « célébrer » le
manifeste du FLQ, comme entendent le faire les
organisateurs du Moulin à paroles ce week-end, sur les
plaines d’Abraham. « Pour moi, (la crise d’octobre 70)
était un épisode de violence. Je crois donc qu’il ne
faut pas célébrer ou fêter le manifeste du FLQ. Bien
sûr, il ne faut pas non plus cacher son existence. Mais
le fêter, ça fait partie d’un exercice de propagande. Ce
n’est pas utile », a déclaré M. Ignatieff. Selon lui, la
plupart des Canadiens ont gardé un mauvais souvenir du
FLQ et retiennent que les actions du groupe sont
synonymes de « tristesse et de violence ».
Marois n’aura pas d’excuses de Charest
- Tommy Chouinard
QUÉBEC— La chef du Parti québécois, Pauline Marois,
presse Jean Charest et le ministre Sam Hamad de
s’excuser pour avoir accusé les organisateurs du
Moulin à paroles de faire l’apologie de la violence
et de banaliser les actes terroristes du FLQ. Pas
question, répond le premier ministre.
PHOTO JACQUES
BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE
La chef du Parti québécois
Pauline Marois et le chef du Bloc québécois Gilles
Duceppe participeront au Moulin à paroles ce
week-end, sur les plaines d’Abraham. On les voit
ici au caucus conjoint tenu par les deux partis
hier, à Québec.
Selon Pauline Marois, la lecture du manifeste du FLQ
ne signifie pas que les organisateurs et les
participants de cet événement approuvent son contenu
ou le recours à la violence. Elle croit toutefois
que ce document est important dans l’histoire du
Québec, ce qui justifie qu’il soit lu comme d’autres
textes ce week-end sur les plaines d’Abraham.
« Je ne suis pas d’accord avec quelque mouvement de
violence que ce soit. Mais on ne peut pas empêcher
des gens de vouloir lire un document qui a eu un
impact considérable au moment où il a été prononcé »
, a affirmé Mme Marois en conférence de presse,
hier, à l’issue d’un caucus conjoint du PQ et du
Bloc québécois.
La chef péquiste accuse MM. Charest et Hamad d’avoir
« politisé » le débat avec leurs sorties. Pauline
Marois juge « inacceptable » que le premier ministre
ait refusé de prendre part à l’événement.
« Je trouve dommage que M. Charest se soit servi de
son budget discrétionnaire pour contribuer à hauteur
de 10 000 $ en 2004-2005 au Conseil pour l’unité
canadienne, mais qu’il ne participe pas au Moulin à
paroles qui est un moment historique, un rappel de
ce que nous sommes. Ce n’est pas acceptable
l’attitude du gouvernement Charest à l’égard de cet
événement. »
La
chef péquiste a versé 500$ au Moulin à paroles. La
majorité des députés ont donné 300$ chacun.
PaulineMaroisacondamné ladécision du gouvernement de
rejeter la demande de subvention de 20 000$ du
Moulin à paroles. Le député de Marie-Victorin,
Bernard Drainville, est allé plus loin en affirmant
que le gouvernement Charest pratique « une forme de
censure » en refusant de financer l’événement.
« C’est de la démagogie de prétendre que c’est de la
censure, a répliqué Jean Charest. On n’empêche
personne de prendre la parole. Ce qu’on dit, c’est
qu’on ne veut pas être associé à un événement comme
celui-là. On a bien le droit. Et comme gouvernement,
on a le droit de dire que ce n’est pas un événement
auquel on veut être associé. »
La Commission des champs de batailles nationaux a
finalisé l’entente avec les organisateurs du Moulin
à paroles pour la tenue de l’événement ce week-end,
mais l’organisme tient à se dissocier du contenu des
textes qui seront lus par quelque 130 artistes et
personnalités publiques sur le parc des plaines
d’Abraham.
La CCBN « n’est d’aucune façon associée au choix des
participants ni aux lectures et discours qui seront
faits au cours de cet événement », a fait valoir
l’organisme fédéral par voie de communiqué. « Les
gens qui font un événement sur les Plaines sont
responsables de ce qu’ils disent et de ce qu’ils
font », a indiqué à La Presse André Juneau,
président de la CCBN.
LE VRAI MANIFESTE DU FLQ - ANDRÉ PRATTE
De
nombreuses personnalités ont défendu le projet des
organisateurs du Moulin à paroles de faire lire le
manifeste du FLQ en fin de semaine prochaine sur
les plaines d’Abraham, parmi de nombreux autres
textes. Ces personnalités estiment qu’il est
important de se « rappeler ces événements tristes,
sans évidemment les célébrer » ( Bernard Landry).
Si telle est l’intention, je suggère qu’on ajoute
un texte au programme du Moulin. Le document en
question permet de rappeler à ceux qui n’étaient
pas encore nés et à ceux qui l’ont oubliée la
véritable nature du Front de libération du Québec.
Certes, les felquistes mettaient de l’avant des
revendications politiques et sociales. C’est sur
ces revendications, plutôt que sur l’action
violente, qu’insistait le manifeste lu à la
télévision le 8 octobre 1970. Ce sont ces
revendictions, aussi, qui ont valu aux felquistes
la sympathie de certains milieux.
Mais c’est bien la violence, pas les idéaux
politiques, qui caractérisait le FLQ. Si on veut «
regarder l’histoire en face », comme le prône M.
Landry, il faut montrer cette violence dans toute
sa brutalité, dans toute sa froideur.
Pour compléter la leçon d’histoire qu’il veut
donner aux jeunes Québécois, Luck Mervil devrait
donc terminer sa prestation par la lecture de ce
court communiqué, envoyé par les felquistes le 17
octobre 1970. C’est le vrai manifeste du FLQ.
Moulin à vent - Lysianne Gagnon
Les
souverainistes ont tout à fait le droit de s’offrir
une grand-messe aux frais de la Commission (fédérale)
des Champs de bataille qui leur offre gracieusement le
théâtre, mais ils devraient s’abstenir de prétendre
servir l’Histoire. Si telle était leur intention, ils
auraient inclus dans leur florilège au moins un ou
deux textes fédéralistes issus de ce courant de pensée
qui fait au moins autant partie de l’histoire que le
délire felquiste, et qui représente toujours, ne leur
en déplaise, l’opinion dominante au Québec.
Un choix majeur s’imposait, celui de Pierre Elliott
Trudeau, l’auteur des textes remarquables regroupés en
1967 sous le titre « Le fédéralisme et la société
canadienne-française » (Éditions HMH). Ces textes
écrits dans les années 50 et 60, « La nouvelle
trahison des clercs » par exemple, sont de grands
classiques de la pensée politique, et la base
intellectuelle du courant fédéraliste au Québec.
Si la lecture d’un bouquin de 227 pages s’était avérée
trop ardue (c’est vrai que la langue est un peu plus
recherchée que celle dumanifesteduFLQ), on aurait pu
lire des extraits des deux discours historiques que
Trudeau a livrés durant la campagne référendaire de
1980.
Au lieu de choisir des textes rationnels et
intelligents (au risque qu’ils soient convaincants)
pour faire contrepoids aux textes souverainistes et
donner un caractère inclusif à la cérémonie, les
porte-parole de ce colloque se targuent hypocritement
d’être pluralistes en offrant à leur auditoire…
untexte de Lord Durhamet un autre deMordecai Richler!
Autrement dit, des textes de non-francophones – un
impérialiste britannique et un méchant Anglais – qui
serviront de repoussoir et qui conforteront les
zélotes dans leur impression qu’il n’y a ni salut ni
dignité (ni francophones!), en dehors de l’Église
souverainiste.
C’est
une chose que de travestir l’histoire (tout le monde
le fait en politique), c’en est une autre que de
prétendre qu’avec des alibis pareils, le Moulin
offrira une « programmation » inclusive.
Le manifeste du FLQ fait partie de l’Histoire,
certes, et il pourrait avoir sa place dans un
programme équilibré… encore qu’il s’agisse d’un
texte mal foutu, vulgaire et infantile, qui n’aurait
jamais survécu si Trudeau et RadioCanada, pour de
pures raisons humanitaires (dans l’espoir de sauver
la vie de James Cross), ne lui avaient pas donné un
tel retentissement.
Si les organisateurs du Moulin avaient eu un minimum
de culture politique, ils auraient choisi, pour
représenter à sa juste valeur le courant de pensée
indépendantiste-socialiste, l’un des excellents
textes que la revue Parti-Pris a publiés durant ces
années-là.
À l’époque, dans mon entourage pourtant très
indépendantiste, personne n’avait été ému par ce
manifeste, d’abord parce que nous abhorrions le
terrorisme, et aussi parce que le texte était
franchement minable. On avait bien ri, cependant, à
la vue du pauvre Gaétan Montreuil, le présentateur
des nouvelles qui lisait avec son impeccable accent
radio-canadien et une mine imperturbable les
imprécations joualisantes où il était question,
entre autres personnages, de « Trudeau-la-tapette ».
Le contraste entre Montreuil et ce qu’il était
obligé de réciter était irrésistible. Au
fond, le pire dans cette histoire n’est pas la
lecture du manifeste. C’est la banalisation du FLQ,
comme s’il avait servi « la cause », serait-ce en se
trompant sur les moyens. Sans l’intransigeance de
René Lévesque, qui a tout fait pour dissocier le PQ
du FLQ, le terrorisme aurait irrémédiablement
souillé le mouvement indépendantiste, car il était,
dans le contexte québécois, absolument inexcusable.
La décence élémentaire commanderait qu’on fasse
suivre la lecture du manifeste d’un texte condamnant
sans ambiguïté tout recours au terrorisme. Pourquoi
pas une citation de Lévesque?
L’art n’a pas à rassembler - Marc
Cassivi
On
l’aura compris, la polémique autour du Moulin à
paroles est politique. D’un côté, le ministre libéral
Sam Hamad flirte avec le révisionnisme en accusant les
organisateurs de faire l’apologie du terrorisme. De
l’autre, la famille péquiste hurle commodément à la
censure parce que le gouvernement a refusé une aide de
20 000$ à cette commémoration de la bataille des
plaines d’Abraham.
La lecture du manifeste du FLQ dans le cadre du Moulin
à paroles, qui doit avoir lieu ce week-end, n’est rien
de moins qu’un «dérapage», soutient Jean Charest, au
coeur de ce festival de la récupération politique.
Pauline Marois, pas en reste, a jugé hier
«inacceptable» que le gouvernement ne participe pas à
l’événement, récupéré politiquement – on n’y échappe
pas – par les partis indépendantistes.
On exige des excuses, on fait de l’esbroufe, on
s’accuse mutuellement de tous les torts. Petite
politique provinciale. Rien de bien original, sinon
que le dialogue de sourds est tel que l’on en a oublié
de féliciter le maire Labeaume et la ministre Josée
Verner de leur désistement de dernière minute. Au nom
de tous les miens, comme dirait l’autre, je les en
remercie.
Ce que
l’on a surtout oublié dans l’écume de la polémique,
c’est que le Moulin à paroles est une manifestation
artistique. Une manifestation chargée d’histoire et de
politique, soit, mais d’abord et avant tout
artistique. Un événement, imaginé entre autres par la
metteure en scène Brigitte Haentjens et le comédien
Sébastien Ricard qui, attablés il y a quelques mois
dans un restaurant vietnamien du Quartier chinois, ne
pouvaient se douter de la controverse à venir.
La polémique a pris une ampleur insoupçonnée.
Certains, semblant juger obscène la seule évocation du
manifeste du FLQ, souhaitent que Luck Mervil reste
chez lui au 3950, rue des Autruches, à Montréal, ce
week-end, plutôt que de lire à Québec ce fameux texte
d’extrême gauche, indissociable de l’un des événements
les plus marquants – et tristes – de notre histoire.
Ce serait plus raisonnable et plus rassembleur,
disent-ils.
L’art, ne leur en déplaise, n’a pas à être raisonnable
ni rassembleur. Le Moulin à paroles n’a pas à se plier
aux diktats de la majorité, ni d’ailleurs à ceux d’une
quelconque minorité.
L’événement n’a pas à ménager les
susceptibilités des uns et des autres, à se fondre
dans le consensus tiède du j uste milieu, à présenter
les deux côtés de la médaille de notre obsession
constitutionnelle compulsive. C’est même le contraire.
Le Moulin à paroles n’est pas un pow-wow de boy-scouts
ni une fête multiculturelle écolo subventionnée par
des fonds publics. C’est une performance de spoken
word, autour de 130 textes qui disent, traduisent,
évoquent notre histoire depuis la Conquête. La belle
et la moins belle, la douce et la rock’n’roll, la
glorieuse et la honteuse. Des textes modérés ou
radicaux, fondateurs ou anecdotiques, officiels ou
subversifs, admirables ou détestables, livrés
essentiellement, il est vrai, par des souverainistes.
Le Moulin à paroles est, à n’en point douter, un
spectacle engagé. Faut-il qu’il s’en excuse?
Le j our où l’art québécois s’excusera de déranger,
d’émouvoir et de provoquer, pour se fondre docilement
dans la masse, avec pour dessein d’être raisonnable et
rassembleur, on pourra commémorer une défaite bien
plus grave que celle de 1759.
V pour puéril
Mon
confrère du Soleil Richard Therrien rapportait la
nouvelle hier: la direction de V (ex-TQS) a mis un
terme à une entente publicitaire avec l’hebdomadaire
Voir dans la foulée de la publication d’une chronique
de Steve Proulx, qui reprochait au CRTC d’avoir
cautionné la transformation de TQS de télé généraliste
en télé spécialisée dans le divertissement.
Le porte-parole de V a reconnu que cette chronique,
«qui adoptait un ton méprisant et de mauvaise foi»,
était «la goutte qui a fait déborder le vase».
« Pouvons-nous encore écrire ce qu’on pense vraiment
dans les j ournaux ? » demande Richard Therrien sur
son blogue. La question est particulièrement
pertinente dans le contexte actuel de chute
publicitaire dans la presse écrite. D’autant plus que
le contrat résilié par V s’apparentait à du
publireportage déguisé (sa publication cesse
aujourd’hui même dans Voir).
La direction de V a bien sûr le droit d’annoncer où
bon lui semble. Mais sa réaction puérile dans les
circonstances témoigne d’une étonnante immaturité face
à la critique. On lui souhaite des j ours meilleurs.
Le moulin à propagande - ANDRÉ PRATTE
Com
menta nt la décision du gouvernement Charest de se
dissocier de l’événement en raison de la lecture du
manifeste du FLQ, les organisateurs du Moulin à
paroles ont dénoncé cette « censure ». « Le Moulin,
c’est une centaine de lecteurs, de voix qui
résonneront plus fort que celles des censeurs, de leu
r mesquinerie, leu r malhonnêteté et leurs
considérations bassement électoralistes », peut-on
lire dans le communiqué publié samedi dernier. Or, les
censeurs ne sont pas là où on croit.
L a cont rover se su sc itée depuis plusieurs mois par
la com mémoration de la bat a i l le de 17 5 9 e st u
ne pa r fa ite illust ration de la manière dont s’y
prennent les indépenda ntistes pou r imposer leur
interprétation de l’histoire du Québec.
Premier acte : les souverainistes ont obtenu, à la
suite d’une virulente campagne, l’annulation de la
reconstitution de la bataille prévue par la Commission
des champs de bata ille nationau x. L a reconstitution
ne plaisait pas à tous, évidemment, mais elle faisait
pa rtie d’un ensemble d’activités par lequel la
Commission avait cherché à ménager les susceptibilités
des différents courants d’opinion. Cette « victoire »,
les souverainistes la doivent su rtout à leu rs
éléments rad icau x , avec à leu r tête Pierre
Falardeau et Patrick Bou rgeois, qu i ont la issé
planer la menace d’incidents regrettables si la
reconstitution avait lieu.
Deuxième acte : les souverainistes ont mis sur pied
leur propre spectacle de commémoration. Le problème ne
venait donc pas de ce que la Commission cherchait à «
commémorer une défaite », comme on l’avait dit alors ;
le problème, du point de vue des indépendantistes,
c’était qu’ils ne contrôla ient pas l’événement. Une
fois chassé le fédéral, les Plaines étaient libres
pour une commémoration à saveur souverainiste.
D’où le projet du Moulin à paroles. Un projet
original, qu i au ra it pu ra ssembler les Québécois
si telle avait vraiment été la volonté des orga
nisateu rs. Cependa nt, quand on veut rassembler, il
faut être à l’écoute de ceux qu’on veut réunir et
faire les compromis nécessaires. En choisissant le
manifeste du FLQ, on allait immanquablement susciter
un profond malaise chez beaucoup de Québécois. En
faisant fi de ce malaise, on abandonnait l’aspect
rassembleur du projet pour privilégier sa vocation de
propagande.
Commémorer ou célébrer ?
On aurait tort de prêter aux organisateurs du Moulin
l’intention de faire l’apologie de l’action politique
violente. Toutefois, en choisissant le manifeste de
1970 comme un des textes marquants de l’histoire du
Québec, en le faisant lire par une vedette tel Luck
Mervil, ils lui confèrent une importance et une
légitimité qu’il ne mérite pas.
Dans
son contenu, le manifeste ne dit rien que l’on ne
retrouvait pas dans le fatras de textes gauchistes de
l’époque. Il n’a été connu de la population que parce
que ses auteurs ont en levé u n hom me et menacé de le
tuer si on ne diffusait pas leurs élucubrations
révolutionnaires. On ne peut donc pas dissocier le
texte de l’action terroriste. En lui accordant une
place de choix dans une telle manifestation, on
banalise les gestes violents qu’il servait à
justifier.
D’a illeu rs, on voit cette banalisation à l’oeuvre
dans beaucoup des propos tenus au cours des derniers
jours. Pensons à Gilles Duceppe affirmant hier que la
bataille des plaines d’Abraham a fait « beaucoup plus
de morts que la crise d’Octobre » (c’était une guerre,
M. Duceppe !). L e c hef du Bloc a aussi compa ré le
pa mph let du F LQ à la Ma rseillaise (le ma nifeste
felquiste seraitil l’hy m ne nationa l d ’u n Québec
indépendant ?).
Qu’aurait fait M. Lévesque ?
Hier, le leader autochtone Konrad Sioui a déploré le
choix du manifeste et indiqué qu’il profiterait de sa
pa rticipation pou r lire un texte pacifique. On au
rait aimé entendre les politiciens e t ve de t te s
indépenda ntistes exprimer les mêmes réserves. Au
contraire, ils cautionneront la lecture du manifeste
du FLQ par leur participation en grand nombre :
Pauline Marois, Gilles Duceppe, Louise Beaudoin,
Pierre Curzi, Maka Kotto, Bernard Landry, Françoise
David, Jea n Dorion, Yves Beauc hem i n , E m ma nuel
Bilodeau, Gilles Vigneault, etc . L’événement au ra u
n effet très rassembleur... pour les indépendantistes.
C e u x-là dev r a ie nt s e demander ce qu’aurait
fait René L éve sq ue d a n s les mêmes ci rconsta
nces . On imagine fort mal ce grand démocrate
s’associer de près ou de loin à tout événement où on
fera it la pa r t belle aux écrits des felquistes. Ne
serait-il pas plutôt scandalisé, comme il le fut en
1981 lorsque les militants du PQ ovationnèrent Jacques
Rose, complice de l’assassinat de Pierre Laporte ?
Les vrais censeurs
Le gouvernement libéral a refusé de subventionner le
Mou l i n à pa roles et a c r it iq ué l’événement . O
ù est la censure ? Québec n’a pas tenté d’en empêcher
sa tenue. Au niveau fédéral, la Commmission des champs
de bataille permet que le Moulin se déroule sur ses
terrains. Aucun leader d’opinion fédéraliste n’a
menacé d’en perturber le déroulement, comme l’avaient
fait de s s ouve r a i n i s te s l’hiver dernier à
l’égard de la reconstitution.
Les censeurs sont du côté du Moulin à pa roles, pas
ailleurs.
Grave erreur de jugement
En invitant Jacques Lanctôt, un exmembre du FLQ,
à lire le manifeste de cette organisation terroriste,
qui a posé des bombes, kidnappé et séquestré des
personnes et même tué un homme politique, les
organisateurs du Moulin à paroles ont ruiné leur
crédibilité. L’ex-terroriste restera à Cuba, mais le
texte de ce groupuscule ténébreux sera néanmoins lu
par un artiste indépendantiste, Luck Mervil. Ce
manifeste promeut la violence et le terrorisme à des
fins politiques, des moyens qu’a dénoncés avec force
et conviction le plus grand indépendantiste québécois,
René Lévesque. L’inclusion du manifeste du FLQ dans le
programme du Moulin à paroles est une grande bêtise.
Oui, l’avènement du FLQ et la crise d’Octobre font
partie de l’histoire du Québec et ce triste épisode
n’a certainement pas à être caché. Mais lire le
manifeste du FLQ lors d’une fête soi-disant organisée
pour commémorer le 250e anniversaire de la bataille
des plaines d’Abraham, c’est célébrer l’action d’un
groupe terroriste. Manifestement, certains
indépendantistes ont perdu le nord. Les organisateurs
du Moulin à paroles ont commis un geste politique et
ils s’offusquent que certains boycottent leur
événement. Qu’ils assument les conséquences de leur
erreur de jugement et qu’ils cessent de jouer les
vierges offensées devant la dénonciation de leur
événement par un ministre du gouvernement du Québec et
d’autres personnalités. Jean-Paul Gagné, Brossard
Les participants défendent « un événement très pluriel
» - Émilie Côté
Le
Moulin à paroles a été lancé notamment par la metteuse
en scène Brigitte Haentjens et deux membres du groupe
Loco Locass. La manifestation aura lieu samedi et
dimanche sur les plaines d’Abraham. Pendant 24 heures,
environ 130 artistes feront la lecture d’un texte qui
« raconte le Québec ». Luck Mervil a choisi de lire un
extrait du manifeste du FLQ, ce qui suscite la
controverse depuis quelques jours.
« On ne peut pas censurer l’histoire », lance Julie
Snyder, qui fera partie des 130 artistes qui
réciteront un texte le week-end prochain, sur les
plaines d’Abraham.
PHOTO MICHEL GRAVEL,
ARCHIVES LA PRESSE
Pour
certains,
le manifeste du FLQ fait l’apologie de la haine et
de la violence. Pour d’autres, on ne peut nier que
la crise d’Octobre fait partie de l’histoire du
Québec et de la mémoire collective.
La manifestation, intitulée Le Moulin à paroles,
suscite la controverse depuis quelques jours parce que
Luck Mervil lira une partie du manifeste du FLQ. «
Près de 150 textes seront lus, rappelle Julie Snyder.
C’est un événement très pluriel. Je lis un texte
d’Abla Farhoud, qui est d’origine libanaise. »
P ou r J u l ie S nyde r, le manifeste n’est qu’un
texte parmi d’autres. Par exemple, le journaliste
Andrew Wolfe Burroughs, descendant de James Wolfe,
lira une lettre du général britannique, et le
restaurateur Hubert Marsolais, du Club chasse et
pêche, présentera au public un extrait de la préface
d’un livre de Jehane Benoît.
« Ce n’est pas de politique qu’il est question, mais
de notre histoire, qui est de moins en moins enseignée
dans nos écoles, dit l’animatrice. Les absents ont
toujours tort. »
Le premier ministre Jean Charest et le ministre
responsable de la région de Québec, Sam Hamad, ont
affirmé vendredi dernier qu’ils n’assisteront pas au
Moulin à paroles. Ils jugent qu’il est trop partisan
et qu’il fait l’apologie de la haine et du terrorisme
prôné par le FLQ. Le gouvernement Charest a refusé de
verser une subvention de 20 000 $ aux organisateurs. «
Ils sont rendus loin de la poésie. Le FLQ, pour moi,
le souvenir que j’ai, ce sont les assassinats, les
bombes », a déclaré le ministre Hamad en entrevue à
RDI.
Pour Luck Mervil, la réaction des libérau x est « u n
ma nque tota l de respec t pour l’histoire ». Le
chanteur souligne que le manifeste a été lu
intégralement dans la pièce de Wajdi Mouawad Manifeste
! , présentée l’a n dernier à Ottawa, au Centre
national des arts, en présence de la gouverneure
générale, Michaëlle Jean.
« Le fondateur du Parti québécois, René Lévesque,
s’était élevé contre ce texte-là. S’il y a des gens
qui devraient être sensibles à sa lecture, ce sont les
souverainistes », dit-il.
Pour Pierre Godin, le biographe de René Lévesque,
toute la controverse des derniers jours est à la base
« un règlement de comptes entre les fédéraux et les
souverainistes » et « une excuse pour discréditer » la
manifestation.
Selon l’auteur, c ’est une reva nc he des fé dér a l i
ste s qui, l’hiver dernier, avaient lancé l’idée de
reconstituer la bataille des plaines d’Abra-
ham. «
C’est oeil pour oeil, dent pour dent », résume-t-il.
« La controverse politise l’événement »
À l’époque de la crise d’Octobre, René Lévesque avait
dénoncé avec virulence les gestes des felquistes. «
S’ils ont vraiment cru avoir une cause, ils l’ont tuée
en même temps que Pierre Laporte et, en se déshonorant
ainsi, ils nous ont tous plus ou moins éclaboussés »,
avait-il déclaré le 18 octobre 1970.
Q ue d i ra it L évesque aujourd’hui de la controverse
du Moulin à paroles ? « Il rirait. Ce sont les
fédéralistes qui ont allumé la mèche en voulant
commémorer la défaite de 1759 », répond Pierre Godin.
L éve sq ue fa isa it aussi pa rtie des 16 person na
lités publiques – avec Claude Ryan, Jacques Parizeau
et Yvon Charbonneau, notamment – qui avaient dénoncé
l’enlèvement de Pierre Laporte et James Cross, mais
aussi la rigidité « déjà presque militaire » d’Ottawa.
Da ns u ne décla ration commune, le groupe avait
demandé aux gouvernements de négocier avec les
ravisseurs. Il faisait valoir que « les gens du FLQ,
d’autre part, sont une fraction marginale de ce même
Québec, mais font qua nd même partie de notre réalité,
car l’extrémisme fait partie de l’organisme social, en
même temps qu’il en dénote le mauvais état et peut le
mettre en péril mortel ».
Fernand Daoust, à l’époque secrétaire général de la
Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), était au
nombre de ces leaders d’opinion. « Pour moi, le
manifeste fait partie de la mémoire collective, de
l’histoire du Québec moderne, dit le syndicaliste âgé
aujourd’hui de 80 ans. Le fait de le lire n’est
aucunement un appel à la violence. C’est un rappel.
Comment cacher cette période-là aux jeunes ? »
« L a controverse politise l’événement plus que les
organisateurs l’auraient souhaité », ajoute-t-il.
Jea n-F ra nçois Ca rd i n , auteur de l’ouvrage
Comprendre Octobre 1970, trouve que le ministre Hamad
a « déraillé » en associant Le Moulin à paroles à de
la violence. « Comme citoyen, il faut faire
l’équilibre des choses et comprendre que c’est une
bataille politique su r la réc upération qu’on peut
faire du passé selon nos intérêts. »
Pou r le professeu r en d idac tique de l’h istoi re à
l’ Université Laval, ressortir le manifeste est «
légitime et pertinent ».
Petite organisation, grosse controverse
- Michèle Ouimet
Lorsque le ministre libéral Sam Hamad a tiré avec un
bazooka sur les organisateurs du 250e anniversaire
de la bataille des Plaines, il a tourné les coins
ronds.
« Ils sont loin de la poésie et plus proche du FLQ,
a-t-il déclaré sur les ondes de RDI. Pour moi, le F
LQ, c’est la crise d’Octobre, les bombes et les
assassinats. Nous, comme gouvernement, on se
dissocie de cet événement. »
Un peu plus et il accusait les organisateurs de
bricoler des bombes dans un sous-sol.
La réalité est plus prosaïque.
Tout a commencé par un souper entre amis en juin,
m’a expliqué hier l’âme du spectacle, Brigitte
Haentjens. La conversation a glissé autour de la
bataille des Plaines : comment souligner la défaite
des Français en 1759 ? se sont-ils demandé.
C’est là que l’idée des textes a surgi : pendant 24
heures, des artistes et des politiciens liraient des
extraits de documents qui rappellent des moments,
grands et petits, de l’histoire du Québec. Sans
flafla ni paillettes. Des textes, que des textes.
Un groupe de bénévoles a pris les choses en main.
Trois personnes, Brigitte Haentjens, le comédien
Sébastien Ricard (le Batlam de Loco Locass, qui a
incarné le chanteur des Colocs dans le film Dédé à
travers les brumes) et Biz, aussi du groupe Loco
Locass, ont choisi les textes.
Un choix qui tire dans toutes les directions. On
cherche le fil conducteur à travers Bonheur
d’occasion, de Gabrielle Roy, Bozo les culottes, de
Raymond Lévesque, Discours en faveur du vote des
femmes, d’Idola SaintJean, la Flore laurentienne, du
frère Marie-Victorin… et le manifeste du FLQ.
Au total, 130 textes seront lus par 130 personnes
samedi et dimanche sur les Plaines. Parmi les
lecteurs, on entendra Bernard Landry, l’ex-ministre
conservateur Benoît Bouchard, Robert Lepage, Pierre
Curzi, Marie Tifo, Paul Piché, Julie Snyder…
Rien de révolutionnaire. On est plus près du projet
pondu sur le bord de la table par des organisateurs
broche-à-foin et bénévoles que du complot
souverainiste-terroriste qui vise à réhabiliter les
felquistes et la violence politique.
Dans la vraie vie, Brigitte Haentjens fa it de la
mise en scène, pas de l’agitation politique.
Petite organisation et petit budget, donc, mais
grosse controverse. La décision de mettre le
manifeste du FLQ au menu a mis le feu aux poudres.
Pourtant,
le manifeste fait partie de l’histoire du Québec.
Oui, l’événement a été dramatique, oui, le m i n ist
re Pierre Laporte a été assassiné et un diplomate
britannique kidnappé, mais la crise d’Octobre est
là, incontournable. Elle a profondément marqué la
société québécoise. C’est le seul acte terroriste de
l’histoire du Québec moderne.
Les felquistes exprimaient le g iga ntesque ra s-le
-bol d’une frange de la jeune génération contre la
domination anglaise et le sort de leurs pères,
porteurs d’eau et scieurs de bois. Une domination
qui plongeait ses racines dans la défaite des
Français sur les Plaines en 1759.
Le manifeste exprime les idées de ces jeunes qui ont
tué et kidnappé. Il est inscrit dans l’histoire,
comme la rébellion des Patriotes en 1837 et le
rapport de Lord Durham, écrit deux ans plus tard, en
1839, dans la foulée de la révolte.
Durham concluait que les Canadiens français étaient
un peuple sans histoire et sans culture, un peuple
que les Anglais devaient assimiler.
Ce tex te, au ssi , sera samedi.
lu
Je n’ai pas pu parler à Sam Hamad. Il ne veut pas
rallumer les braises de la controverse, a expliqué
son attaché de presse, Alexandre Boucher.
« Il y a des milliers de textes qui témoignent de
l’histoire du Québec », a-t-il précisé.
C’est vrai, mais on ne peut pas mettre sur le même
pied les recettes de cuisine de la brave Jeha ne
Benoît et le manifeste du FLQ.
L e ma nifeste est incontournable. Il n’y a aucune
provocation de la part des organisateurs qui l’ont
glissé parmi les 130 textes.
L’événement est récupéré par les souverainistes,
accuse le gouver nement Cha rest . Tout à fait. Il
faut être angélique pou r le n ier. Gilles Duceppe,
Bernard Landry, F ra nçoise Dav id , P au li ne Ma
rois, Louise Beaudoin, P ierre Cu rzi… seront au x
premières loges. Sans oublier Patrick Bourgeois, le
président du Réseau de résistance du Québécois,
réputé pour faire la promotion de l’indépendance
pure et dure sans s’enfarger dans la dentelle. Lui
aussi lira un texte. Le gouvernement Charest ref u
se de s ’a sso c ier à cet anniversaire et de verser
une subvention de 20 000 $ aux organisateurs. C’est
son droit le plus légitime. Les libéraux
n’interdisent pas le spectacle. Ils ne veulent tout
simplement pas être noyés dans une commémoration à
forte saveur souverainiste. Il
n’y a aucune censure, juste du gros bon sens.
Un défilé à saveur historique et
multiculturelle
Des
dizaines de milliers de Québécois se sont massés aux
abords de la rue Sherbrooke, hier après-midi, pour
assister au traditionnel défilé de la Fête nationale.
Cette année, les spectateurs ont pu admirer un cortège à
saveur historique et multiculturelle.
Tout le long du défilé, les statues géantes de personnages
marquants de l’histoire du Québec ont côtoyé danseurs
africains, rythmes brésiliens et dragons chinois. Des
chars allégoriques remplis de bambins d’origine asiatique,
d’acrobates ou de musiciens rock se sont succédé de la rue
Fullum au parc Maisonneuve.
« C’est le Québec métissé serré ! s’est exclamé le
porteparole de l’événement, l’humoriste Boucar Diouf,
originaire du Sénégal. On reconnaît des visages de
partout, c’est vraiment touchant. »
« Je pense que le défilé reflète les efforts que l’on fait
depuis des décennies pour que Montréal soit une ville
inclusive, a renchéri le maire Gérald Tremblay. Les
participants et les spectateurs viennent de partout. Cela
démontre que nous sommes une véritable terre d’accueil. »
Gi l les Duceppe, chef du Bloc québécois, qui souligne
avoir participé à près de 50 défilés dans sa vie, a
affirmé que le ton de la fête avait beaucoup changé au fil
des ans. « Imaginez, dans les années 50, le symbole du
peuple québécois, c’était le mouton ! À l’époque, c’était
beaucoup plus religieux, on brandissait le drapeau du
Vatican à côté du f leurdelisé. Aujourd’hui, les choses
ont beaucoup changé. On voit des Québécois de toutes les
origines et de toutes les couleurs se rassembler dans une
ambiance festive. C’est une pure journée de plaisir! »
Près de 200 bénévoles, une centaine d’organisateurs et
environ 130 000 participants ont pris part au défilé.
Saouli
Mohamed, qui a émigré d’Algérie il y a huit mois, semblait
ému par l’ampleur de l’événement. « On m’avait dit que
c’était une belle fête, mais je ne m’attendais pas à
quelque chose d’aussi gros, a dit le père de famille.
C’est magnifique de voir toutes les couleurs et toutes les
cultures du Québec. J’ai déjà hâte de découvrir le grand
spectacle au parc Maisonneuve. »
De Maisonneuve au Rocket
Pour le 175e anniversaire de la Saint-Jean-Baptiste, les
organisateurs ont également misé sur l’aspect historique
de la fête.
Des versions géantes de Paul de Chomedey s ieu r de
Maisonneuve, de LouisJoseph Papineau et de Ludger Duve r
nay ont dé a mbul é aux côtés des statues de Fanfreluche,
de Félix Leclerc et de René Lévesque. C’est toutefois le «
géant » Maurice Richard qui a volé la vedette.
« On voit nos stations de métro défiler! a lancé Nathalie
Richard, de Rosemont. Blague à part, je trouve que c’est
très important de montrer aux enfants à quoi ressemblent
les personnes qui ont marqué notre histoire. Et de
s’amuser aussi! »
« Aujourd’hui c’est ma fête, a résumé Marcel Vadenais.
C’est dans des moments comme ceux-là que je suis fier
d’être Québécois. »
LE
SPECTACLE DE LA SAINT-JEAN AU PARC MAISONNEUVE
«
GRAND-MESSE » SOUS LES ÉTOILES
Le jeune
David Massicotte arborait hier un mohawk aux couleurs du
Québec. Les
drapeaux fleurdelisés fendaient l’air hier après-midi
avant le grand spectacle de la Saint-Jean au parc
Maisonneuve.
Le spectacle de la Fête nationale s’est déroulé dans une
ambiance survoltée hier soir au parc Maisonneuve, à
Montréal. Près de 250 000 personnes se sont rassemblées
sous les étoiles pour fredonner les succès de la chanson
québécoise d’hier et d’aujourd’hui.
« La Fête nationale au parc Maisonneuve c’est notre
grandmesse », a lancé le directeur général du Comité de la
Fête nationale à Montréal, Luc Savard, alors que la
chanteuse Marie-Mai sautait et dansait sur la scène au
rythme de son dernier succès. « C’est le seul endroit à
Montréal où autant de personnes peuvent se rassembler et,
ce soir, l’ambiance, le temps, les gens, tout est
exceptionnel. »
Il n’y a jamais eu autant d’artistes réunis sur la scène
du parc Maisonneuve. Hier, les spectateurs ont pu entendre
Florence K., Ariane Mofatt, Karkwa, Zébulon, La Bottine
Souriante et Éric Lapointe.
Les musiciens ont repris plusieurs grands titres
d’artistes ayant marqué l’histoire musicale de la
province, comme Gilles Vigneault, Les Colocs, Beau
Dommage, Corbeau et Michel Pagliaro.
Dès les premières notes, la foule s’est mise à chanter et
à danser en brandissant des milliers de drapeaux bleu et
blanc. Plusieurs spectateurs ont commencé à déferler au
parc Maisonneuve dès 16h.
« C’est LE show de la SaintJean, LA place où il faut être
le 24 à Montréal, a affirmé Yvan Lavoie, 25 ans. Les
artistes changent chaque année, mais le calibre est
toujours vraiment bon. Je viens ici depuis l’âge de 10 ans
et j’y reviens toujours. L’ambiance est à ce point
exceptionnelle. »
Pas
d’incident majeur
Vêtue d’un drapeau fleurdelisé, la Montréalaise Sylvie
Bizier assistait à son sixième spectacle au parc
Maisonneuve.
« L’ambiance est complètement folle ! L’animateur Guy A.
Lepage est excellent, les gens sont heureux, c’est notre
journée. La seule, en fait, où l’on peut se représenter
sans penser à des questions politiques. »
« J’ai 30 ans et c’est la première fois que j’assiste au
spectacle, a ajouté Denis Couture. Je dois dire que c’est
franchement spectaculaire de voir la population québécoise
se tenir comme cela. Je suis également fier de voir qu’on
est capables de célébrer sans qu’il y ait d’altercations.
»
Malgré l’ambiance enflammée, la soirée s’est déroulée sans
incident majeur. Au moment de mettre sous presse, le
Service de police de la Ville de Montréal n’avait fait
aucune arrestation sur les lieux. Quelques personnes ont
toutefois été appréhendées dans d’autres secteurs de la
métropole.
Par ailleurs, malgré la controverse entourant la
prestation de deux groupes anglophones lors du spectacle
L’autre Saint-Jean mardi au parc du Pélican, la chanteuse
Florence K. a chanté un morceau en espagnol hier.
« En tant qu’Égyptien qui vit au Québec depuis trois ans,
je me sens privilégié d’être inclus aux célébrations de la
Fête nationale même si je ne suis pas un pure laine, a
confié Imyah Bahnas. L’an dernier, j’étais à Tokyo pour le
travail et j’ai trouvé cela difficile de manquer le
spectacle. »
« Il y a autant de raisons de célébrer que d’individus, a
résumé Luc Savard. Que ce soit pour la fierté, l’identité,
le sens de l’appartenance, ou pour fêter le début de
l’été, l’important, c’est que le plus de monde possible
soit là. » AUTRE
Un « big deal » imprévu - Émilie Côté
«Merci aux
gens de m’avoir enlevé du show », lance Bloodshot Bi l l
avec ironie. Sans le vouloir, le chanteur rockabilly s’est
fait connaître partout au Québec la semaine dernière.
Pourtant, quand le Montréalais anglophone s’est levé
samedi dernier, seuls ses fans s’intéressaient à lui et à
sa musique. Le
groupe Lake of Stew
Même chose pour les membres du groupe country Lake of
Stew. « D’un côté, c’est bon pour nous, mais de l’autre,
on aurait aimé mieux que les gens parlent de nous parce
qu’ils aiment notre musique », indique l’un d’eux, Richard
Rigby.
Après avoir été exclus du spectacle de L’Autre Saint-Jean
qui doit avoir lieu le 23 juin au parc du Pélican, dans le
quartier Rosemont, Bloodshot Bill et Lake of Stew ont été
réintégrés à la programmation, qui comprend également
Malajube et Vincent Vallières.
Mais l’histoire a fait boule de neige. En moins de 24
heures, les groupes ont été plongés au coeur d’une
controverse qui a défrayé les manchettes. Les deux
formations ont été bombardées par les médias, enfilant les
entrevues l’une après l’autre. « Je ne peux pas imaginer
faire ça tous les jours, souligne Richard Rigby. Je ne
pensais pas que ce serait autant un big deal. Deux soldats
québécois venaient de mourir en Afghanistan et personne
n’en a parlé. »
Exagéré, tout cela ? « On nous a mis dans la programmation
pour être différents. Je suis un musicien, pas un
politicien », répond sagement Bloodshot Bill, joint à
Toronto, où il s’est produit après avoir quitté Montréal,
mardi dernier. « C’était une façon de m’évader », dit-il.
Pierre Thibault, le directeur de C4 Productions – qui
organise le spectacle –, a également vécu une semaine
folle. Le week-end dernier, quand le « scandale » a
éclaté, il était à la pêche, mais il avait déjà donné
quelques entrevues vendredi avant de partir. « En me
levant lundi matin, je me doutais que je n’avais pas de
temps à perdre dans le bois. »
C4 n’a
jamais voulu faire un geste de provocation en invitant
deux formations anglophones, mais plutôt organiser « une
fête de quartier » qui démontre la richesse de la
collaboration entre les scènes musicales francophone et
anglophone de Montréal. « C’était une démonstration
artistique et non politique », plaide-t-il.
Les prestations de Lake of Stew et Bloodshot Bill ne
dureront qu’une vingtaine de minutes chacune. Sur six
heures de spectacle, rappelle Pierre Thibault.
Sujet éternellement sensible
La langue est toujours un sujet très sensible au Québec,
qui alimente abondamment les boîtes de courrier des
lecteurs. « Deux jours, une journée et demie en fait, dans
l’année, pour célébrer notre francité, c’est vraiment
beaucoup demander? » a écrit à La Presse Richard Simoneau.
« Nous sommes la ville des Leonard Cohen, de la famille
McGarrigle–Wainwright, de Karen Young et Michel Donato,
d’Oliver Jones, de Ranee Lee et de Suzie Arioli », a
plutôt fait valoir Michael Sevigny.
Guy A. Lepage, qui anime le spectacle du parc Maisonneuve,
a dénoncé le caractère rétrograde des contestataires à
l’inclusion d’artistes anglophones. « Ce n’est pas nous
qui décidons qui a le droit de fêter le Québec », a-t-il
dit à La Presse.
L’animateur de Tout le monde en parle aévoqué une image
empruntée au chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe,
affirmant que s’il y a des « rednecks » au Canada anglais,
il y a des « cous bleus » au Québec.
Pierre Thibault, de C4, a aussi été déçu de certains
Québécois, surtout quand il pense à la souveraineté. « Je
suis un peu triste de voir qu’on n’est pas proche de la
faire si on n’est pas capable d’être inclusif »,
conclut-il.
FÊTE NATIONALE De nouvelles voix s’élèvent contre
la présence des musiciens anglophones
La présence
de deux groupes anglophones à L’Autre St-Jean crée un
précédent qui ouvre la porte à des festivités bilingues à la
Fête nationale, dénoncent des souverainistes et des
défenseurs de la langue française. Certains estiment que les
prestations de Lake of Stew et Bloodshot Bill pourraient
carrément troubler la « paix sociale ».
La controverse a persisté autour des deux formations
anglophones, hier. Et ce, même si les organisateurs de la
soirée et le Mouvement national des Québécois (MNQ) ont
réitéré leur appui à la programmation annoncée cette
semaine.
Le Rassemblement pour un pays souverain (RPS) estime que la
Fête nationale doit se dérouler dans la langue officielle du
Québec. Les anglophones sont les bienvenus, tout comme les
représentants des autres minorités culturelles, dit le
président Benoît Roy. Mais à condition qu’ils festoient en
français.
« Qu’il y ait des groupes musicaux anglophones, nous croyons
que c’est un dangereux précédent, a indiqué M. Roy. Nous ne
voulons pas que les fêtes deviennent bilingues et c’est vers
cela qu’on risque de bifurquer. »
Il a
aussi accusé certains médias d’avoir fait passer pour
intolérants ceux qui souhaitent que la Fête nationale se
déroule en français. Judi Richards, Nanette Workman et Jim
Corcoran ont pris part à des spectacles à l’occasion de la
Fête nationale, souligne-t-il, mais ils se sont produits
en français.
Militant souverainiste de longue date, Gilles Rhéaume,
porte-parole de l’Association des descendants des
patriotes, a pour sa part laissé entendre qu’il craint
qu’il y ait de l’agitation si le spectacle en anglais a
bien lieu au parc du Pélican, mardi prochain.
« Je suis inquiet, moi, je suis inquiet pour la paix
sociale » si ce spectacle en anglais a lieu, a commenté M.
Rhéaume.
« En tant qu’ancien président des Fêtes, moi si j’avais de
jeunes enfants, je n’irais pas là. Que la police assume
ses responsabilités, qu’elle assure la sécurité du
spectacle. Il peut se produire n’importe quoi, y compris
des agents infiltrés d’Ottawa qui vont venir causer des
problèmes et mettre ça sur le dos des séparatistes »,
s’est-il exclamé.
Les organisateurs de L’Autre StJean disent avoir révisé
leurs mesures de sécurité, mais ils ne les ont pas
rehaussées. La soirée pourrait attirer des manifestants,
convient le producteur, Pierre Thibault, mais il a bon
espoir qu’ils seront pacifiques. « Ce n’est pas quelque
chose que je crains, mais c’est dommage, a-t-il indiqué.
Ça met un stress sur un spectacle qui était, à la base,
fait dans une vocation artistique honnête. »
Ayatollahs
de la québécitude ALAIN DUBUC
Comment peut-on réaliser
une fête rassembleuse quand ses organisateurs sont des
militants portés à l’affrontement? Mario
Beaulieu, président de la Société SaintJean-Baptiste de
Montréal et « big boss » de la Fête nationale à Montréal.
Dans un autre ordre d’idées, ceux qui ont lu le Journal de
Montréal dimanche ont pu y apprendre que j’étais dans la ligne
de mire des stratèges du Parti libéral du Canada, et du
lieutenant de Michael Ignatieff au Québec, M. Denis Coderre, à
la recherche de candidats de prestige pour le Parti libéral.
Certains me verraient à Outremont. Il est vrai que la
recherche de candidats à l’approche d’une élection peut faire
l’objet de ballons, de rumeurs. Mais il ne faut pas croire
tout ce que l’on lit. Je n’ai pas rencontré M. Coderre, je
n’ai pas eu de discussions avec les libéraux, et je n’ai pas
l’intention de faire un saut en politique. Ma contribution au
débat public, je la fais à travers mes écrits. e bon sens et
l’ouverture ont triomphé. L’Association culturelle
Louis-Hébert a fait volte-face et réintégrera les deux groupes
qui avaient été exclus du spectacle de la Saint-Jean à
Rosemont, parce qu’ils auraient chanté en anglais.
Cet incident est rassurant à plusieurs égards. Car si cette
censure culturelle et linguistique a été évitée, c’est grâce
au tollé qu’elle a provoqué. Pas parce que les lobbies
anglophones se sont déchaînés. Mais parce que des
francophones, en très grand nombre, ont exprimé leur malaise
devant ce sursaut d’étroitesse.
Mais il y a une ombre au tableau. Il y a du monde qui ont
appuyé ce sursaut d’anglophobie. À commencer par M. Mario
Beaulieu qui, en tant que président de la Société
Saint-JeanBaptiste de Montréal, est le « big boss » de la Fête
nationale à Montréal. Les ayatollahs sont bien là. Et ils ont
applaudi.
On a
néanmoins fait du chemin. Le 24 juin n’est plus la fête du
saint patron des Canadiens-français, mais la Fête nationale
des Québécois. Pour un nombre croissant de gens, cela
signifie que c’est la fête de tout le monde, y compris des
allophones, y compris de la minorité anglophone. Le fait de
les associer à la fête, même dans leur langue, est une
mesure des progrès accomplis. L’expression d’une nation plus
mûre, plus sûre d’elle, capable d’être vraiment inclusive,
capable de refléter les complexités et les contradictions de
la société.
Mais cette ouverture ne fait pas que des heureux. Certains
francophones ressentent un malaise, surtout parmi ceux qui
croient que le français est menacé. On souhaite que la
SaintJean se passe en français, de crainte que la présence
de l’anglais à la Fête nationale n’envoie de mauvais
messages. On peut chanter en wolof, en espagnol ou en
créole, mais pas en anglais, la langue perçue comme une
menace.
Hélas, parfois, l’opposition à l’anglais peut aller plus
loin, quand la défense du français se transforme en bataille
contre l’anglais, contre les anglophones et leurs
institutions, par exemple leur hôpital universitaire. Ce
courant anglophobe, on ne le trouve pas seulement dans des
groupes marginaux, mais dans des organismes qui ont pignon
sur rue, comme le Mouvement Montréal français comme la
Société Saint-Jean Baptiste de Montréal.
Le problème – et il est de taille – c’est que ce sont ces
purs et durs qui contrôlent la Fête nationale. Dans une
aberration que j’ai dénoncée depuis des années, le
gouvernement du Québec confie l’organisation de la fête, et
les fonds qui vont avec, au Mouvement national des
Québécois, et à la SSJBM à Montréal, des organismes
militants, des radicaux au sein du mouvement souverainiste.
Comment peut-on réaliser une fête rassembleuse quand ses
organisateurs sont des militants portés à l’affrontement?
Pour éviter le dogmatisme et la pensée unique, pour éviter
des dérapages, le gouvernement Charest, s’il en avait le
courage politique, devrait en toute logique confier
l’organisation de la fête nationale à un organisme neutre.
Le nationalisme d’ouverture André Pratte ANDRÉ PRATTE ANDRÉ PRATTE
On a beaucoup
parlé au cours des derniers jours de l’intention de certains
organisateurs de la Fête nationale d’exclure des artistes
anglophones du spectacle prévu dans le quartier Rosemont. Le
plus important, toutefois, c’est le tollé qu’a suscité cette
intention.
Des Québécois de tous les mi l ieux, pol it iciens comme
artistes, francophones comme anglophones et allophones,
indépendantistes comme fédéralistes, ont dénoncé l’attitude
rétrograde de ces personnes. C’est ce tollé qui a rassuré
l’Association culturelle Louis-Hébert et lui a permis de
maintenir l’invitation faite à Bloodshot Bill et Lake of
Stew.
Le Québec moderne s’est levé. Ces Québécois restent divisés
au sujet de l’avenir politique de la province mais ils
partagent le même amour de leur culture et la même ouverture
à l’autre.
C’est ce Québec confiant qui s’était exprimé dans le rapport
de la commission Bouchard-Taylor et qui l’avait emporté sur
une vieille garde frileuse. Comme l’ont écrit les
commissaires, « la francophonie québécoise ne doit pas céder
au parti de la peur, à la tentation du retrait et du rejet,
ni s’installer dans la condition de victime. » C’est ce
Québec de tolérance, aussi, qui avait vertement condamné les
propos de Jacques Parizeau le soir du référendum de 1995.
Les
Québécois francophones se comportent de plus en plus comme
une majorité solide plutôt que comme la minorité fragile
du passé. Pour eux, l’anglais n’est pas la langue du
colonisateur ou de la « grosse madame de chez Eaton »,
mais la langue d’une minorité qui a beaucoup contribué à
l’édification du Québec.
C’est surtout la langue internationale par excellence,
qu’on ne peut se permettre d’ignorer. C’est pourquoi des
jeunes souverainistes s’opposent à ce qu’on impose
l’enseignement collégial en français; ils veulent profiter
de leur passage au cégep pour apprendre l’anglais. C’est
ce qui explique aussi que des gens de tous âges, de toutes
langues et de toutes orientations politiques peuvent
partager les mêmes émotions à l’écoute de la poésie de
Leonard Cohen.
Ce Québec d’avenir doit continuer de gagner du terrain. Il
faudrait par exemple qu’on puisse commémorer des moments
douloureux de notre histoire sans faire chaque fois une
crise d’apoplexie. Il faudrait aussi que les organisateurs
de la Fête nationale aillent plus loin dans leurs efforts
d’inclusion. En particulier, on devrait décourager les
artistes participant aux grands spectacles de la Fête de
profiter de l’occasion pour lancer des appels à
l’indépendance du Québec. Ces appels ne produisent rien
d’autre qu’un profond malaise chez les Québécois ne
partageant pas cette idéologie et qui devraient avoir le
droit de fêter en paix.
Le Québec ne survivra comme société originale en Amérique
du Nord que s’il demeure français. Il ne se développera
comme société moderne que s’il est ouvert sur le monde et
multiculturel.
Une fête « nationale », hein? - YVES
BOISVERT
Il y a une
présence anglophone au Québec depuis 250 ans. Me semble que
ça donne le droit de pousser deux, trois tounes dans un
spectacle parallèle subventionné le 23 juin.
Amenez-nous un groupe africain, des rappeurs vietnamiens ou
des trombonistes finlandais, on trouve ça mignon comme tout.
C’est la Fête nationale! Tout le monde est québécois !
Mais un Anglais dans un spectacle secondaire de la
Saint-Jean? Quelle répugnante idée…
À bien y penser, l’étonnant n’est pas tant de voir quelques
zélés de la ceinture f léchée bannir des groupes
anglophones. C’est que, pendant toutes ces années, les
Anglais aient été officieusement bannis de la fête nationale
de « tous les Québécois ». Ce qui était normal en 1974, du
temps de la fête des Canadiens français, est devenu
franchement honteux maintenant que c’est la Fête nationale.
Tout dépend évidemment de ce que vous voulez inclure dans
votre nation.
Il y a dans cet incident toute la schizophrénie du
nationalisme contemporain.
Il n’est plus acceptable qu’il soit « ethnique ». Il se veut
« territorial ». Il inclut donc tous ceux qui veulent vivre
sur le territoire québécois, quelle que soit leur origine.
Pas seulement l’ethnie canadienne-française qui vit au
Québec.
En même temps, il n’y a pas de nationalisme québécois sans
désir de défendre et de promouvoir le français face à
l’anglais. La géographie ne génère pas tellement d’émotion
nationale à elle seule…
Donc, tout le monde est bienvenu dans la nation. Elle est
diverse mais a sa langue officielle, le français.
Est-ce que cela veut dire que la culture, pour être
nationale, doit être unilingue?
C’est apparemment le point de vue mesquin des organisateurs
de la Saint-Jean.
La Saint-Jean a suivi la même évolution que le nationalisme
québécois. Autrefois, c’était la fête des Canadiens
français, où qu’ils soient. La Société SaintJean-Baptiste,
d’ailleurs, était à l’origine vouée à la défense de tous les
Canadiens français sur le territoire nord-américain. C’est
sous l’impulsion du mouvement souverainiste qu’elle s’est
muée en organisation indépendantiste.
Le Parti québécois, sous René Lévesque, a consacré la
SaintJean Fête nationale du Québec. Il y a depuis 1978 une
Loi sur la Fête nationale. C’était habile politiquement,
mais cela supà pénétrer dans la cité pour semer la mort et
la dévastation, on se demande s’il faut rire ou s’inquiéter,
mais enfin, ça partait d’un bon sentiment…
En même
temps, un peu comme Trudeau a voulu noyer le nationalisme
québécois dans la mer du multiculturalisme, les
organisateurs des fêtes nationales se sont employés à
dissoudre les anglophones dans l’océan des autres « nous
autres ».
Le défilé culmine toujours par un grand discours souvepose à
terme de repenser tranquillement pas vite cette fête… ou la
nation. Ça reste à faire.
On a vu dans les défilés et dans les fêtes des efforts pour
inclure les communautés culturelles.
Il y a 20 ans, je me souviens de cet hommage équivoque qui
avait défilé devant moi, rue Sherbrooke, sous la forme d’un
mouton de Troie dans lequel souriaient des représentants des
immigrés. Ils arrivent de partout et entrent dans la cité.
Quand on sait que le cheval de Troie a servi rainiste, suivi
d’un grand spectacle où il faut montrer patte bleue.
Nonobstant l’excellence des artistes, l’empreinte
idéologique de la SSJB est manifeste. C’est la Fête
nationale telle que la conçoit l’organisation souverainiste.
Ça fait partie du rituel annuel, et le public en redemande.
Il est dans la normalité des choses que le spectacle
principal soit entièrement en français. La Fête nationale
reste aussi l’affirmation joyeuse de la culture francophone
dans ce coin d’Amérique du Nord.
Mais toutes les manifestations, partout, doivent-elles être
du même moule ?
La culture du Québec s’exprime dans plusieurs langues, c’est
presque humiliant d’avoir à le dire. Il y a une mesquinerie,
une sorte de fascisme culturel bon chic bon genre dans ce
bannissement.
« Au Québec, ça se passe en français », tel est le mot
d’ordre des gens de la SSJB et autres représentants de
l’avant-garde patriotique.
Il se trouve que ça ne se passe pas seulement en français.
Il y a une présence anglophone au Québec depuis 250 ans. Me
semble que ça donne le droit de pousser deux, trois tounes
dans un spectacle parallèle subventionné le 23 juin.
Me semble que la bataille des Plaines, si on n’en revient
pas encore, on peut s’entendre pour dire que ce n’est pas de
la faute des membres de Lake of Stew.
Me semble que la culture anglophone a le droit d’être
subventionnée, et d’être entendue aussi, même dans le temps
de la Saint-Jean.
Me semble qu’on n’est pas obligés de se soumettre aux
diktats idéologiques de ces organisateurs « nationaux ».
Patrick Lagacé - Risible
Hier, sur monblogue, j’ai abordé cette affaire de groupes
anglophones bannis d’un spectacle de la Saint-Jean. La
Société Saint-JeanBaptiste, Grande Gardienne de la Pureté, a
fait pression auprès des organisateurs pour les expulser du
spectacle du parc Pélican, dans Rosemont.
Leur cr i me : ben, chanter en anglais.
Pis, bon, la Saint-Jean, c’est en français que ça se passe.
Niaiseux de même. Sur mon blogue, le sujet a mis le feu aux
poudres. Plus de 160 commentaires en quelques heures.
Le plus sidérant, c’est le décalage. Le décalage entre le
discours des chefs souverainistes, largement et généralement
« inclusif », et les soldats zélés de la mouvance
on-veut-un-pays-tout-de-suite, bave au coin de la gueule.
Entre ces « patriotes » et la moyenne des ours
souverainistes, pas excitée du tout.
Pour des gars qui veulent gagner, c’est fou comme ils sont
bons pour scorer dans leur but, les purs et durs. Des
champions du monde du but contre son camp. Être colonisé,
c’est ça: se sentir menacé par deux groupes inconnus qui
vont chanter en anglais dans un show confidentiel.
Si j’étais Guy A., animateur du grand spectacle du 24 juin
au parc Maisonneuve, j’inviterais Lake of Stew et Bloodshot
Bill sur scène. Juste pour fermer la gueule aux extrémistes
et montrer que les tous les souverainistes ne sont pas des
sans-dessein.
Des débats passionnés
Les
souverainistes sont loin d’être unanimes à appuyer
l’exclusion de deux groupes anglophones d’un spectacle de la
Fête nationale. Pendant que les passions se déchaînent dans
les forums de discussion en ligne, l’une de ceux qui ont eu
l’idée d’inviter Lake of Stew et Bloodshot Bill à L’Autre
St-Jean se dit cruellement déçue par l’attitude de certains
militants.
Membre de l’Association culturelle Louis-Hébert, Marilyne
Lacombe est également employée de l’entreprise C4, qui
produit le spectacle L’Autre St-Jean. C’est aussi une
ex-militante des Jeunes Patriotes, qui estime qu’il est
grand temps que des anglophones soient invités à la Fête
nationale, ne seraitce que pour « briser le tabou ».
« Pour moi, le fait d’être servie en français sur
Ste-Catherine, ou encore qu’il y ait des problèmes
d’intégration liés au français, ça n’a strictement rien à
voir avec le fait que des anglophones chantent en anglais et
qu’ils nous représentent tout autant à l’international »,
dit-elle.
Pendant ce
temps, des sites de discussions en ligne ont été inondés.
Des dizaines de sympathisants ont pris d’assaut le forum du
site du journal Le Québécois, la plupart pour s’opposer
auxprestations de Lake of Stew et Bloodshot Bill.
« C’est totalement inacceptable de tolérer que des artistes
chantent ‘in english’ à notre Fête nationale, car cela crée
un précédent, écrit l’un d’eux. Parce que l’an prochain les
artistes anglophones seront plus nombreux à vouloir chanter
in english à notre Fête nationale. »
Sur Cyberpresse aussi, la nouvelle a soulevé les passions.
Plusieurs ont défendu la position des opposants. Mais
d’autres estiment que les souverainistes se tirent dans le
pied en excluant ainsi les anglophones.
« Il serait temps que les sociétés réactionnaires telles la
Société StJean-Baptiste comprennent que le Québec, et
particulièrement Montréal, ne se définissent pas seulement
par leur francophonie, mais bien par leurs habitants, écrit
un internaute. Si je ne peux fêter la StJean avec mes amis
anglophones, je préfère ne pas célébrer du tout. »
Les politiciens marchent sur des oeufs
L’exclusion de deux groupes anglophones d’un spectacle de
la Fête nationale est « triste », affirme la ministre de
la Culture, Christine St-Pierre. Mais Québec refuse de
s’immiscer dans la programmation de L’Autre St-Jean. Tout
comme le maire Gérald Tremblay, qui a esquivé les
questions sur le sujet, hier.
« Loin de moi l’idée de me mettre le nez dans la
programmation, mais je trouve que c’est triste, a affirmé
Mme St-Pierre hier soir. La Fête nationale est la fête de
tous les Québécois. On doit reconnaître que "tous les
Québécois" inclut aussi les anglophones. »
Québec verse chaque année 3,6 millions au Mouvement
national des Québécois, qui subventionne à son tour 750
fêtes les 23 et 24 juin. Mais la ministre estime qu’il
n’est pas question de remettre en question le financement
public fourni aux organisateurs de L’Autre St-Jean.
À la défense de la Société Saint-Jean-Baptiste
Interrogé
sur la controverse qui entoure les deux formations
anglophones, le maire Gérald Tremblay a répondu: «
Montréal, c’est une ville de langue française. La Société
Saint-Jean-Baptiste a fait et continue de faire des
efforts considérables pour être inclusive. J’ai assisté
avec les présidents de la Société à tous les efforts qui
ont été faits avec la communauté anglophone, les
communautés d’origines diverses. »
Le maire de l’arrondissement de Rosemont-La Petite-Patrie,
André Lavallée, affirme qu’il n’est pas question
d’intervenir dans le programme de L’Autre StJean: « Il
faut qu’ils trouvent une solution qui est acceptée par les
gens concernés. Le Comité national finance cette fête. Il
est en droit d’avoir son mot à dire sur la programmation.
»
L’autre candidate à la mairie, Louise Harel, a pris ses
distances face aux groupes qui réclamaient le départ de
Lake of Stew et Bloodshot Bill. Elle estime que la Fête
nationale devrait être celle de « tous les Québécois ».
« La nation québécoise, c’est des personnes de toutes
origines et de différentes langues maternelles, a-t-elle
affirmé. Le français, c’est la langue commune. C’est cette
langue commune que je souhaite le plus utilisée. Mais dans
la nation, on n’exclut pas la communauté anglophone
montréalaise. »
De son côté, le Parti québécois a refusé de commenter
l’affaire.
Des appuis et des critiques
Le spectacle
en français L’Autre St-Jean
« On n’a absolument rien contre le fait qu’ils chantent en
anglais. Mais la Fête nationale, ça se passe en français. »
LaFêtenationaledoit êtrecélébrée en français, affirme
l’Association culturelle Louis-Hébert,
commanditaireduspectacleL’Autre St-Jean, qui
confirmeavoirexigé leretraitde deux formations musicales
parce qu’elles chantent en anglais. Cette décision a été
vertement critiquée par des artistes et des membres de la
communauté anglophone, mais plusieurs organisations
souverainistes l’ont appuyée.
« Ce que nous voulons, ce sont des groupes qui chantent en
français le jour de la Fête nationale », a affirmé Mathieu
Bouthillier, vice-président de l’Association culturelle
Louis-Hébert.
Tous les ans, cet organisme composé de bénévoles reçoit des
fonds publics pour organiser les festivités de la Saint-Jean
dans Rosemont. Cette année, sa direction a décidé de confier
la programmation artistique de la fête à l’entreprise C4,
qui a invité Malajube, Vincent Vallières, Les Dales
Hawerchuck et Marie-Pierre Arthur, mais aussi Lake of Stew
et Bloodshot Bill, deux groupes anglophones.
M. Bouthillier dit avoir appris la présence de ces deux
derniers groupes mercredi dernier au cours de la conférence
de presse qui annonçait le programme. Dès le lendemain, il a
sommé le producteur de les en retirer, sans quoi il
annulerait sa commandite. Certains militants ont aussi
menacé de tenir une manifestation le soir du spectacle.
Une réunion tenue vendredi n’a pas permis de trouver un
compromis. Pour M. Bouthillier, c’est donc officiel : les
Anglos ne seront pas de la fête. « Pour nous, le dossier est
clos », a-t-il affirmé.
Mario Beaulieu, président du Comité de la Fête nationale de
Montréal, est également intervenu auprès des producteurs
pour faire modifier le programme. Dans les derniers jours,
son organisme avait reçu plusieurs plaintes de militants
mécontents. Il dit ne pas s’opposer à ce que des artistes
anglophones participent aux festivités de la Saint-Jean, à
la condition qu’ils se produisent en français.
« Ils sont québécois et on les accepte comme québécois,
a-t-il indiqué. On n’a absolument rien contre le fait qu’ils
chantent en anglais. Mais la Fête nationale, ça se passe en
français. »
Le Mouvement national des Québécois, qui reçoit 3,6 millions
de Québec pour financer quelque 750 spectacles à l’occasion
de la Fête nationale, a refusé de commenter le cas précis de
L’Autre St-Jean. Son porte-parole, Julien Beaudry, affirme
toutefois que l’argent versé pour ces spectacles doit avant
tout contribuer à la promotion de la langue française.
« On pense
que, deux jours par année, on célèbre notre Fête nationale,
a-t-il indiqué. Qu’onlacélèbre en français, deux jours par
année, ce n’est pas trop demander. »
« Honteux »
Mais ces arguments n’ont pas convaincu certains membres de
la communauté anglophone. Jack Jedwab, directeur général de
l’Association des études canadiennes, affirme que le
comportement de ces groupes est « honteux ». En agissant
ainsi, ils envoient un « message de rejet » à tous les
Québécois qui parlent l’anglais.
« Ça stigmatise la communauté anglophone, ça donne
l’impression que, pour être québécois, il faut chanter
strictement en français, a-t-il dénoncé. J’ose croire que,
pour la Fête nationale, on veut inclure toutes les
composantes de la société. »
Les artistes déçus
Les artistes qui devaient monter sur scène avec Lake of Stew
et Bloodshot Bill sont déçus de la tournure des événements.
Dave Ouellet, alias MC Gilles, devait animer la soirée. Ce
souverainiste convaincu était emballé à l’idée que des
anglophones célèbrent la Saint-Jean aux côtés d’artistes
francophones.
« Je trouvais ça le fun qu’un groupe anglophone ait le
réflexe, quand on parle de la Fête nationale, de participer
le 24 juin plutôt que le 1er juillet », a-t-il déploré.
Même son de cloche du côté du groupe Malajube, dont l’agent
n’a pas mâché ses mots. Selon Gourmet Délice, tous les
artistes à l’affiche étaient ravis de partager la scène avec
des anglophones.
« Les gars de Malajube sont allé jouer en français partout
dans le monde, a-t-il souligné. Ils ne comprennent pas
pourquoi il y aurait un problème à jouer avec des gens qui
sont nés ici. Pourquoi il n’y aurait pas de show en anglais
? Je trouve que c’est de l’étroitesse d’esprit. »
Pas d’anglos à une fête de la Saint-Jean ?
La
participation de deux groupes de musique à un spectacle de la
Fête nationale a provoqué une telle controverse que les
organisateurs craignent de devoir les retirer de la
programmation. La raison: ils sont anglophones.
L’Autre St-Jean aura lieu le 23 juin au parc le Pélican, à
l’angle du boulevard Saint-Joseph et de la rue Molson.
L’objectif de la soirée est d’offrir aux Montréalais une
solution de rechange au vaste spectacle de variétés qui a
traditionnellement lieu au parc Maisonneuve à l’occasion de la
Saint-Jean.
Bloodshot Bill et Lake of Stew, deux formations montréalaises,
devaient s’y produire aux côtés des artistes francophones
Malajube, Vincent Vallières, Les Dales Hawerchuck et
MariePierre Arthur. Mais jeudi, les organisateurs de la soirée
leur ont expédié un courriel, les informant qu’un
commanditaire s’opposait à leur présence pour des raisons «
philosophiques ».
Le groupe affirme que le français est en danger au Québec. Et
pour cette raison, il s’oppose à ce qu’un artiste se produise
en anglais à l’occasion de la Fête nationale.
Il a même menacé de tenir une manifestation si le programme
avait lieu comme prévu. Et comme la police aurait obligé les
organisateurs à payer des effectifs supplémentaires, ils ont
avisé les artistes anglophones qu’ils pourraient bientôt être
rayés de la programmation.
« Nous avions l’impression de faire partie d’un progressif, de
participer à un événement où le vieux paradigme entre
francophones et anglophones n’était plus là », a déploré
Richard Rigby, l’un des membres de Lake of Stew, une formation
qui joue du folk.
« J’étais
honoré d’être un des premiers anglophones à participer à un
spectacle de la SaintJean, a renchéri Bloodshot Bill, qui
pilote un groupe rock. Nous sommes des Québécois, nous aussi,
nous avons été élevés ici. »
Selon différentes sources, ce sont des personnes proches de la
Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal qui sont à l’origine
de cette farouche opposition.
« C’est le Comité de la Fête nationale et l’Association
culturelle Louis-Hébert qui ont fait des pressions pour régler
le problème », a indiqué une source au fait du dossier.
Il n’a toutefois pas été possible d’obtenir les commentaires
de ces deux organisations, hier. Le président du Comité de la
Fête nationale, Mario Beaulieu, n’a pu être joint, pas plus
que Marilyne Lacombe, qui dirige l’Association culturelle
Louis-Hébert.
Les organisateurs de L’Autre St-Jean ne sont guère plus
loquaces. La porte-parole de l’entreprise C4, Paule Claveau,
n’a pas rappelé La Presse. Son directeur Pierre Thibault passe
le weekend à l’extérieur de Montréal, indique-t-on.
Le producteur du spectacle a rencontré l’organisme
récalcitrant vendredi après-midi dans l’espoir de trouver un
compromis. D’autres rencontres sont prévues demain.
Montréal, tous artistes unis
La Fête
nationale célèbre la diversité culturelle
Cette diversité culturelle dans les arts contribue à l’image
de marque de Montréal, mais aussi à sa qualité de vie.
Ce texte est signé par les membres du Chantier Diversité de
Culture Montréal : Simon Brault, président, Culture
Montréal; Eric M’boua et Damian Nisenson, coprésidents,
Diversité artistique Montréal (DAM) ; Gilles Garand,
président, Société pour la promotion de la danse
traditionnelle québécoise (SPDTQ)/ Espacetrad.org ; Aida
Kamar, présidente, Vision Diversité ; Adhika Maharaj,
fondatrice et directrice générale, Prem United; Guy Rogers,
président, English Language Arts Network (ELAN) ; Michael
Toppings, directeur général, Montréal, Arts interculturels
(MAI) ; Alix Laurent, président, Chantier Diversité de
Culture Montréal.
PHOTOALAIN ROBERGE,
ARCHIVES LA PRESSE
Le 24
juin, comme tous les jours, chaque Montréalais doit
pouvoir contribuer à l’identité et à la culture de sa
ville, et doit pouvoir faire partie de l’image qu’elle
projette dans le monde.
Façonnée au fil des siècles par la rencontre singulière des
Premières Nations avec les communautés francophone et
anglophone, enrichie par l’apport culturel des nombreuses
autres communautés l’ayant adoptée également, Montréal est,
à bien des égards, une métropole unique au monde. Terre
d’accueil et lieu de rencontres, francophone et cosmopolite,
bilingue et de plus en plus trilingue, Montréal tient son
unicité de cette capacité à accueillir, les bras ouverts,
les personnes et les idées, et à s’enrichir sans cesse du
bouillonnement généré par les liens qui s’y tissent.
Reconnue dans le monde pour son imposant bassin d’artistes,
d’artisans et de créateurs de grand talent oeuvrant dans
toutes les disciplines, Montréal abrite un potentiel énorme
de créateurs et d’artistes d’origines et d’expressions
diverses qui , grâce à leurs créations professionnelles,
mettent à la portée des publics du Québec un patrimoine du
monde entier et nourrissent le développement culturel
montréalais et son rayonnement.
Cette
diversité culturelle dans les arts, indissociable d’une
ouverture sur le monde, contribue bien entendu à l’image de
marque de Montréal, mais aussi à sa qualité de vie, à la
vitalité de ses quartiers et à son développement économique.
Le 24 juin, comme tous les jours, chaque Montréalais doit
pouvoir contribuer à l’identité et à la culture de sa ville,
et doit pouvoir faire partie de l’image qu’elle projette
dans le monde. En faisant écho à la mosaïque culturel le qui
compose la population montréalaise, la diversité artistique
métropolitaine permet aux arts et à la culture d’agir
pleinement comme outils de rapprochement interculturel et
comme moteurs d’intégration citoyenne. On ne peut faire
l’économie de cette richesse et de ce potentiel immenses,
plus spécialement à l’occasion des célébrations de la Fête
nationale du Québec, un 24 juin que l’on veut sous le signe
de l’inclusion et du rassemblement.
La Fête nationale est soulignée chaque année comme le sont
toutes les fêtes, c’est-à-dire par le partage des mots, des
chants, des rythmes, des couleurs et des saveurs qui,
réunis, forment notre culture commune. Cette célébration
ancrée dans l’histoire et dans le code génétique des
Québécois, les artistes issus de la diversité culturelle la
célèbrent depuis longtemps et y contribuent abondamment, sur
les grandes scènes comme dans les quartiers. Ils y déploient
leurs plus beaux atours et leur talent pour chanter, danser
et jouer leur profond attachement au Québec. Ce faisant,
chaque année, les artistes de la diversité, établis à
Montréal et ailleurs, font grandir le Québec, sa culture et
son identité.
À l’aube des festivités qui, dès ce soir, souligneront une
fois de plus le plaisir qu’éprouvent les Québécois à vivre
ensemble et à se réclamer d’une identité commune, unique et
précieuse, Culture Montréal et les partenaires du Chantier
Diversité souhaitent à tous les Québécois une très joyeuse
Fête nationale.
De précieux alliés
Toutes
langues
confondues, les artistes d’ici font partie intégrante de
la culture québécoise et de notre identité nationale
Protéger et promouvoir le français n’implique d’aucune
manière l’exclusion de nos collègues anglophones de notre
identité nationale.
Simon Jodoin, auteur-compositeurinterprète et chroniqueur au
BANGBANG; Jules Hébert, directeur de CISM; Dominique Lebeau,
alias Domlebo, auteur-compositeurinterprète; Toute l’équipe
de Bonsound; Une cinquantaine de travailleurs culturels ont
aussi signé la lettre (www.nationquebec.net). Les
groupes québécois qui chantent en anglais comme Arcade
Fire contribuent à construire une identité culturelle
unique en son genre.
Depuis une semaine, nous assistons à une polémique provoquée
par la présence d’artistes anglophones lors d’un spectacle
de la Fête nationale, le 23 juin. À la fois président de la
Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) et président du Comité de
la Fête Nationale (CFN), Mario Beaulieu a multiplié les
pressions sur le producteur délégué, C4 Productions, afin
que les anglophones soient retirés du spectacle, au nom d’un
principe qui s’apparente à un dogme indiscutable: la Fête
nationale ne devrait être célébrée qu’en français.
Nous sommes majoritairement des travailleurs culturels
québécois, qui se consacrons quotidiennement, depuis
plusieurs années, au rayonnement de notre culture nationale.
Nous y prenons part avec coeur et engagement. Nous voulons,
par la présente, dénoncer de manière ferme l’attitude et
l’idéologie de M. Beaulieu et de la SSJB pendant toute la
durée de cette polémique.
Les productions locales et indépendantes, fruit du travail
des artistes d’ici, font partie intégrante de la culture
québécoise et de notre identité nationale. La langue dans
laquelle ces artistes s’expriment ne change rien à cette
réalité. La langue française au Québec et, plus
généralement, la culture francophone en Amérique du Nord, ne
sont pas menacées par nos artistes locaux qui ont pleinement
le droit de s’exprimer dans leur langue maternelle.
Afin de lutter contre l’hégémonie de la culture américaine
qui concurrence directement les productions locales, tous
les artistes et producteurs d’ici, toutes langues
confondues, sont de précieux alliés.
Il n’y a
aucune espèce de rapport entre le fait que des artistes
locaux issus de traditions anglophones s’expriment dans leur
langue maternelle, même le jour de la Fête nationale, et la
lutte, essentielle, pour la protection du français. Protéger
et promouvoir le français n’implique d’aucune manière
l’exclusion de nos collègues anglophones de notre identité
nationale.
Refuser à un artiste d’ici le droit de présenter le fruit de
son travail et nier son droit de participer à la célébration
de notre nation, c’est porter une grave atteinte à notre
dynamisme culturel. On voudrait nous faire croire que ce
refus sert à protéger notre identité nationale. Au
contraire, nous sommes persuadés qu’une telle attitude ne
fait que miner tous les efforts quotidiens effectués
d’arrache-pied par les travailleurs culturels duQuébec afin
de construire une identité culturelle unique en son genre.
Que nous disent les protagonistes d’une telle exclusion?
Qu’il y aurait une catégorie d’artistes qui seraient
Québécois 364 jours par année, sauf le jour de la
Saint-JeanBaptiste? Que ces artistes, bien qu’ils se sentent
profondément Québécois devraient se contenter de fêter le
Canada Day? Que pour eux, cette journée de la fête
nationale, est un jour de congé forcé où ils n’ont pas le
droit de travailler?
Et c’est avec ce genre de message qu’on souhaite célébrer
notre identité nationale et stimuler la francophilie chez
les anglophones? Si ce n’était pas si triste, on aurait
presque envie de rire!
Qu’on nous comprenne bien: les travailleurs culturels
québécois ne sont pas tous d’accord sur la question
nationale et le débat qu’elle suscite. Certains sont
souverainistes, d’autres fédéralistes, d’autres encore n’ont
pas d’opinion. Mais là où nous sommes tous d’accord c’est
que toutes les initiatives culturelles locales, qui
participent au dynamisme de la scène artistique québécoise,
méritent de prendre part à la célébration de notre nation.
Nous demandons à la SSJB, au Comité de la Fête nationale et
au Mouvement national des Québécois de se contenter de
coordonner les événements de la Fête nationale et de gérer
les budgets qui leur sont attribués de manière non
partisane, sans s’immiscer dans le contenu des spectacles
proposés par les travailleurs culturels et encore moins
d’utiliser leurs pouvoirs pour faire pression sur ceux qui
oeuvrent avec coeur à promouvoir la culture québécoise.
Rien n’est acquis - Yves Beauchemin
Le français recule à Montréal au profit de l’anglais
J’ai
toujours cru que la Fête nationale voulait célébrer la
marque distinctive du Québec en Amérique du Nord,
c’est-à-dire son caractère français.
Cette controverse sur la participation de deux groupes de
musiciens anglophones aux fêtes de L’Autre Saint-Jean (
L’Autre Singeant ?) dans le quartier de
Rosemont-La-Petite-Patrie excite bien des esprits. Elle a
même créé une scission chez les souverainistes ! Leurs
adversaires s’en frottent les mains. La
Fête nationale doit être ouverte aux autres cultures, mais
elle doit célébrer son caractère français, écrit Yves
Beauchemin.
Dans La Presse du 15 juin, le chroniqueur Yves Boisvert se
montrait cinglant : « Amenez-nous un groupe africain, des
rappeurs vietnamiens ou des trombonistes finlandais, on
trouve ça mignon comme tout. C’est la Fête nationale! Tout
le monde est québécois ! Mais un Anglais dans un spectacle
secondaire de la SaintJean? Quelle répugnante idée... »
On conviendra que la question ne porte pas sur le nombre de
tounes anglaises ou la durée de ces tounes, mais que nous
sommes en pleine symbolique. Une fête nationale n’est pas
autre chose. D’où l’émotion.
Mais, en même temps, des réalités bien concrètes s’imposent
à nous. Par exemple : L’auteur est écrivain.
1) Ce n’est pas le vietnamien ou le finlandais qui domine
massivement l’Amérique du Nord et exerce une pression
écrasante sur les 2% de locuteurs français que nous
représentons, mais bien l’anglais.
2) Ce n’est
pas le Vietnam ou la Finlande qui a conquis la
Nouvelle-France en 1759, mais bien l’Angleterre, et
l’expérience ne fut pas très plaisante, du moins pour nous.
Cette conquête nous a fragilisés (et rendus parfois même un
peu paranoïaques, comme tous les peuples conquis), elle a
diminué considérablement notre liberté collective et causé
d’énormes dommages, économiques et culturels; nous ne les
avons réparés qu’en partie, de peine et de misère. Et rien
ne semble encore acquis sur le plan de la langue. En effet,
depuis quelques années, le français s’est mis à reculer à
Montréal au profit de l’anglais. On devine les conséquences
d’un Montréal bilingue (puis de plus en plus anglicisé) sur
le sort du Québec comme nation.
Rappels déplaisants ? Accrocs à l’étiquette en ces jours où
l’on devrait se préparer à la Fête? Les nombreux partisans
du « faire comme s’il n’y avait pas de problèmes » jouissent
sans doute d’une pression artérielle plus basse que la
moyenne – promesse de longévité –, mais c’est peutêtre aux
dépens de leur lucidité.
J’ai toujours cru que la Fête nationale voulait célébrer la
marque distinctive du Québec en Amérique du Nord,
c’est-à-dire son caractère français, qui ne l’empêche pas de
s’ouvrir aux autres cultures et d’en faire son miel.
Faudrait-il désormais s’adonner à une sorte de bi l i
nguisme vaguement canadien?
Je parle, bien sûr, du Canada officiel et non réel.
Détail piquant : cette Autre Saint-Jean, qui se veut une
fête de quartier aromatisée d’anglais, se tiendra dans un
secteur massivement français. Un des organisateurs, tenant
de la participation des deux groupes anglophones au
spectacle, affirmait candidement que celui-ci se voulait
représentatif du « Montréal actuel ». Mais quel Montréal
souhaite-t-il ?
Entrer en scène en sortant du placard -
Sylvie St-Jacques
« Chez les
artistes, les discussions tournent surtout autour de
l’argent »
En France, l’élection de Nicolas Sarkozy a décomplexé les
artistes de droite. Aux États-Unis, la plupart des artistes
républicains demeurent par contre bien cachés dans leur
placard. Et au Québec, où le clivage droite-gauche n’est pas
aussi fort? Existe-t-il d’autres opinions « inavouables »
pour les artistes? À quelques heures de la Fête du Canada,
qui aura lieu mercredi, quelques écorchés se prononcent.
Sébast ien Dhaverna s qua l i f ie de « coming out » sa
candidature sous la bannière libérale, l’automne dernier,
dans le comté d’Outremont.
« Certains artistes m’ont dit qu’ils me comprenaient, que je
faisais bien. Mais d’autres m’ont carrément demandé si
j’étais en dépression ou si j’avais été victime d’une
insolation ! » confie le comédien-politicien, qui a résilié
son adhésion au Parti québécois en 1996, après l’échec du
référendum.
Avant lui, Céline Dion, Gregory Charles, Plume Latraverse et
Luck Mervil se sont fait reprocher de chanter à la Fête du
Canada.
Si Dhavernas, ancien administrateur de l’Union des artistes
et mieux connu pour ses rôles dans Le temps d’une paix, Chop
Suey, Urgence et Watatatow, a choisi le rouge fédéral comme
couleur d’allégeance, c’est parce qu’il considère que c’est
la teinte qui va le mieux à sa communauté artistique.
« Les artistes ont toujours été bien servis par les
libéraux. Le Québec reçoit plus que sa quote-part de
Patrimoine Canada, ce qui est un signe que le Canada a
compris que nous étions une forte composante pour le pays »,
estime ce fédéraliste avoué, qui a décidé de se lancer en
politique à la suite des compressions du Parti conservateur
en culture.
Le comédien Pierre Gendron, après avoir prêté seulement sa
voix aux publicités du Parti libéral fédéral, a accepté d’af
ficher ouvertement ses couleurs pendant la campagne de
l’automne 2008. Une position qui, reconnaît-il, ne reflète
pas l’opinion générale de sa communauté.
« Si certains ont perçu mon geste de façon négative, peu
d’artistes me l’ont exprimé ouvertement. Mais beaucoup ont
salué mon courage de m’avouer fédéraliste », relate celui
qui s’est glissé dans la peau de Pierre Elliott Trudeau,
dans la série télévisée René. Or, Gendron refuse de nommer
des artistes qui lui ont ouvertement signifié leur appui.
L’argent et le vote artistique
Pierre Gendron estime que, de nos jours, les causes que les
artistes sont prêts à défendre ne sont plus les mêmes. S’ils
se mobilisent pour décrier les réductions de subventions,
les artistes ne sortent plus dans la rue avec des slogans
souverainistes ou pour défendre la survie du français.
« Chez les
artistes, les discussions tournent surtout autour de
l’argent », note le comédien qui est convaincu que les
libéraux sont mieux outillés que le Bloc québécois pour
défendre les intérêts des artistes au fédéral.
Après avoir participé à la Fête du Canada, fait du
porte-à-porte en compagnie du bloquiste Maka Kotto, offert
son soutien à André Boisclair lors de la course à la
direction du PQ, le chanteur et animateur Luck Mervil s’est
récemment rangé du côté du Québec solidaire de Françoise
David.
Pour avoir passé d’un camp à l’autre, on lui a reproché son
côté « girouette ».
Selon Mervil, il n’y a pas d’opinion politique qui soit
inavouable pour un artiste. Encore faut-il avoir les
arguments pour défendre ses allégeances. « Un artiste est
avant tout un citoyen, qui a des parents, des enfants, qui
deviendra vieux un jour, qui est préoccupé par la santé,
l’éducation », clame celui qui se dit déçu du cynisme qui a
gagné ses compatriotes.
Plusieurs artistes continuent d’afficher des idées
gauchisantes, mais certains ne sont pas convaincus que la
souveraineté leur permettra de les concrétiser. En avril
2006, Michel Tremblay a exprimé son ambivalence en disant :
« Il y a beaucoup de gens et d’artistes qui ont besoin de se
faire reconvaincre de cette idée-là. »
Le bleu du PQ domine encore
Selon Jean-François Lisée, directeur du Centre d’études et
de recherches internationales de l’Université de Montréal,
le bleu du PQ reste la couleur dominante chez les artistes.
À cet égard, Lisée cite des artistes qui n’ont pas hésité à
prendre la parole en faveur de l’indépendance du Québec :
Emmanuel Bilodeau, les Cowboys fringants, La Chicane, Les
Colocs.
« L’indépendance incarne le départ, le voyage. Il est plus
difficile de chanter le fédéralisme, le statu quo, ou la
joie d’être minoritaire dans un grand pays… », analyse
Lisée.
Contrairement à la France ou aux États-Unis , les a r t i
stes québécois qui pensent à droite le font dans le silence.
Et ceux qui penchent à gauche – Richard Desjardins, Dan
Bigras, Raymond Lévesque, Judi Richards, Paul Ahmarani,
Christian Vanasse… – vont grossir les rangs de Québec
solidaire.
Quant à être présent sur une scène de la Saint-Jean ou de la
Fête du Canada, cela ne donne plus aucune indication sur le
choix qu’un artiste peut faire dans l’isoloir. Ou peut-être
devrions-nous dire dans le placard…
Bill Clinton : « Je suis heureux que vous n’ayez pas
divorcé » - Laura-Julie Perrault
Invité à
l’Université McGill, Bill Clinton livre le fond de sa pensée
sur la souverainté du Québec
Président des États-Unis lors du référendum de 1995, Bill
Clinton avait à maintes reprises dit qu’il était favorable à
un « Canada fort et uni », mais avait immanquablement ajouté
que le choix appartenait aux Québécois. Débarrassé de son
chapeau de chef d’État, il a dit hier à Montréal le fond de
sa pensée sur la souveraineté du Québec. « Je suis heureux
que vous n’ayez pas divorcé. »
PHOTO BERNARD BRAULT, LA
PRESSE
Le
chancelier de l’Université McGill, Arnold Steinberg, a
remis à l’exprésident Bill Clinton un doctorat honorifique
en droit de l’institution, en présence de la principale
Heather Munroe-Blum.
« Quand vous n’êtes pas président, personne ne se préoccupe
de ce que vous pensez, alors, dites-le! » a lancé à la
blague M. Clinton lors d’une allocution qu’il a prononcée
après avoir reçu un doctorat honorifique en droit de
l’Université McGill.
Pour l’occasion, près de 700 personnes invitées par
l’université montréalaise étaient venues l’entendre.
Le 42e
président des ÉtatsUnis, qui a mis sur pied une fondation
humanitaire portant son nom après avoir quitté la
Maison-Blanche en 2001, s’est lancé dans un exposé sur la
nécessité pour la communauté internationale de s’entraider
pour faire face à la faim, à l’instabilité politique et aux
changements climatiques. « Ce sont des défis que nous ne
pouvons pas relever en vase clos. Un monde dans lequel il y
a autant d’inégalités ne peut pas être durable. Un monde
dans lequel il y a autant d’instabilité peut facilement se
retrouver en eaux troubles », a dit l’ancien président.
P r of i t a nt de l a Jou r née mondiale de l’alimentation,
soulignée alors que de nouvelles études de l’ONU démontre
qu’un être humain sur six souffre de sous-alimentation,
l’ex-président américain a salué les efforts du Canada qui
investit une partie importante de son aide internationale
dans l’essor de l’agriculture des pays en voie de
développement.
La pratique aux États-Unis, a-t-il rappelé, est d’acheter
des vivres aux agriculteurs américains et de les faire
parvenir sous forme d’assistance humanitaire dans les pays
en crise, une approche qui, selon M. Clinton, fait peu pour
régler le problème à long terme. « Malgré tous mes
désaccords avec George W. Bush, je dois reconnaître qu’il a
essayé de faire la même chose (que le Canada). Il a été
cloué au piloris. Je pense que j’étais le seul démocrate qui
lui était favorable », a dit M. Clinton.
En plus de parler de justice sociale dans les pays où sa
fondation est active, dont Haïti, où M. Clinton est aussi
l’envoyé spécial des Nations unies, l’exprésident a réitéré
son soutien à la réforme de la santé aux ÉtatsUnis, réforme
sur laquelle il s’est lui-même cassé les dents dans les
années 90. Selon le mari de l’actuelle secrétaire d’État des
ÉtatsUnis, l’administration Obama pourrait réussir à faire
adopter son ambitieuse réforme puisque la société civile
américaine demande des changements.
L’humour gaulois -
MARIO ROY
Au beau milieu de
la mégaboutique peutêtre la plus fréquentée de Paris, en tout
cas la mieux située, trône un étalage des oeuvres complètes de
Stephen Clarke (une dizaine de livres, en anglais ou en
traduction). À commencer par sa pièce maîtresse lancée il y a
quatre ans, A Year in the Merde... Clarke est un auteur
britannique exilé de l’autre côté de la Manche, une sorte
d’anti-Peter Mayle qui passe la France et les Français à la
moulinette avec une bel le férocité – et même un zeste de
méchanceté.
Pourtant, autour du présentoir monté chez Virgin, sur les Champs
- É lysées , chacun feuillette en rigolant ces pages assassines.
Et, visiblement, tout cela se vend comme des petits pains.
Sur la page « Stephen Clarke » du site hexagonal d’Amazon, des
lecteurs et lectrices rient... même si c’est parfois un peu
jaune. « Je suis désolée pour les chauvins, mais c’est si vrai!
» commente l ’ une. « Même si certaines situations sont
exagérées, d’autres restent vraies et c’est sûrement ce qui fait
le plus mal à notre orgueil gaulois », remarque l’autre. « Un
bon livre pour se distraire si on ne se prend pas trop au
sérieux », liton enfin.
Justement : le cliché universellement véhiculé veut que les
Français soient chauvins, orguei l leux, génétiquement
programmés pour se prendre très au sérieux.
Comment se
fait-il, en ce cas, que nos cousins soient parfaitement
disposés à se laisser moquer par un vilain auteur anglo-saxon
alors que nous, Québécois, en sommes totalement incapables ?
Nous n’avons pas la couenne très dure, il faut bien le
constater. En particulier lorsque la pique vient d’un «
Anglais », terme générique incluant toutes les variétés
d’anglophones, qu’ils soient du Mile-End ou de Melbourne
(Australie).
Un des rares écrits humoristiques à notre sujet et qui puisse
être vaguement comparé à ceux de Clarke, The Anglo Guide to
Survival in Québec, de Josh Freed, a fait grincer des dents de
Venise-en-Québec à Val-d’Or. On ne se souvient de Mordecai
Richler, dont l’oeuvre est gigantesque, que pour entretenir la
rage qu’ont alimentée ses oc casionnelles poussées de f i èv r
e man g e - canayen. Une remarque selon laquelle les Québécois
sont « des paysans avec des cartes de crédit » (assez comique,
nous semble-t-il...) a provoqué l’indignation nationale.
Enfin, il ne se passe pas six mois sans qu’un nouvel essai ant
i-Anglos made i n Québe c paraisse en librairie. Et il arrive
que cette prose soit à ce point dépourvue d’humour, raciste,
haineuse, ignare et insensée qu’on se demande qui, de la
police des droits de l’homme ou de l’infirmier responsable, il
vaudrait mieux alerter.
Nous, Gaulois d’Amérique, avons certainement beaucoup de
qualités. Mais nous n’avons peut-être pas encore acquis cette
assurance tranquille, noble et raffinée qui permet aux Gaulois
d’Europe, par exemple, à la fois de s’adonner aux joies de la
dérision et de laisser reposer en paix le passé.
ANGLAID. Et
si c’était FRENSHIT ? - Sébastien Dhavernas
Nous,
francophones, luttons pour le respect. Mais nous
ne pourrons pas l’obtenir sans respecter ceux qui nous
entourent.
DL’auteur est comédien. Il a été candidat libéral dans la
circonscription d’Outremont lors des élections fédérales de
2008. epuis quelques semaines, on a pu apercevoir dans les
rues de Montréal et même sur le pont Jacques-Cartier, des
publicités qui attirent notre attention : ANGLAID. Cette
publicité fait référence à un l ivre récemment paru, écrit par
Michel Brûlé. La prémisse de ce livre est que la structure de
la langue anglaise a un lien direct avec les abus commis par
les peuples anglosaxons. Ma critique ne porte pas sur le
livre, ni sur les événements du passé. Je tiens plutôt à
dénoncer la propagation d’une intolérance banalisée, véhiculée
par ces affiches.
Nous, Québécois, voulons former une société de tolérance,
ouverte sur toutes les cultures du monde, et dans l’ensemble
nous y réussissons. Cependant, il y a une culture qu’on ne se
gêne pas pour écorcher: la culture anglo-saxonne. Les exemples
ne manquent pas et ce livre en est un de plus. Cet essai
insulte toute la culture anglosaxonne (américaine,
britannique, canadienne, australienne, etc.) et malgré tout,
ce message semble être toléré. Cette discrimination à
l’endroit des Anglo-Saxons se fait dans la plus grande
indifférence, et parfois avec une certaine complaisance, sous
prétexte que c’est moins grave parce qu’« ils le méritent ».
Imaginez qu’il ait traité de la sorte la culture arabe, j uive
ou chinoise... quel scandale cela aurait fa it (avec raison).
Pire encore, imaginez qu’un Torontois publ ie un l ivre i nt i
t ulé FRENSHIT. Et que, comble du comble, une publicité grand
format sur une artère principale de la Ville reine affiche en
gros caractères FRENSHIT. J’entends déjà le tollé !
Le passé
anglo-saxon n’est pas sans reproche, mais il en va de même du
passé de tous les peuples. C’est une culture riche et qui nous
a apporté, entre autres choses, l’habeas corpus, la démocratie
moderne, le parlementarisme, le développement économique et,
par conséquent, tout ce qui en découle: la culture
scientifique (Charles Darwin et la théorie de l’évolution pour
ne citer que cela), ainsi que la culture artistique, où les
exemples abondent. Cette culture tant méprisée par ces
affiches publicitaires nous a beaucoup donné.
Au cours de mes 40 ans de militantisme pour la protection et
la promotion du français, j ’ai acquis la certitude que la
défense d’une langue ne peut se faire par l’abaissement d’une
autre. Depuis le début de notre histoire en Amérique du Nord,
nous, francophones, luttons pour le respect. Mais nous ne
pourrons pas l’obtenir sans respecter ceux qui nous entourent.
Or, faire comme si de rien n’était devant ces affiches
intolérantes, c’est manquer de respect envers les anglophones
et envers nous-mêmes.
Subventions
pour la fête du Canada - Harper attaqué de toutes parts
— Le gouvernement Harper a été contraint de se défendre
sur deux fronts à la fois hier au sujet du financement accordé
aux provinces par Ottawa pour souligner la fête du Canada le
1er juillet.
Si le Bloc québécois s’indigne de voir que 85% des 3,76
millions qu’accorde annuellement le ministère du Patrimoine
pour financer des activités afin de souligner la fête du
Canada aboutit au Québec, le NPD s’indigne tout autant de voir
que le reste du pays doit se contenter de seulement 15% du
budget.
La Presse révélait hier que le Québec continue de recevoir la
part du lion du budget fédéral pour financer le comité Le
Canada en fête, responsable d’organiser les activités
entourant le 1er juillet. En 20082009, le Québec a ainsi
obtenu 3,2 millions de dollars tandis que l’Ontario a dû se
contenter de 100000$ et l’Alberta, 50 000$.
Résultat : le Québec continue d’être inondé d’argent pour
célébrer la fête duCanada, tant sous les libéraux que sous les
conservateurs.
Aux Communes, hier, le ministre du Patrimoine, James Moore, a
soutenu que les chiffres contenus dans les documents
expliquant la répartition par province du budget pour la fête
du Canada – des documents que La Presse a obtenus de sonpropre
ministère – étaient « incorrects ».
Le ministre a soutenu que le gouvernement fédéral dépense en
fait annuellement 6,7 millions de dollars, dont 3,7 millions
sont investis au Québec, ce qui ramène la proportion des
investissements fédéraux pour la fête du Canada dans la
province à 55%.
Mais M. Moore
ajoute au budget accordé aux différents comités des
célébrations du Canada tous les fonds consentis par Ottawa à
des organismes canadiens à but non lucratif, aux
établissements d’enseignement et à d’autres institutions
municipales, provinciales et territoriales pour leur permettre
de souligner le 1er juillet.
Quoi qu’il en soit, ces chiffres ont donné lieu à une guerre
des mots aux Communes entre le ministre Moore et le Bloc
québécois, d’une part, et le ministre Moore et le NPD, d’autre
part.
« Plus ça change, plus c’est pareil. Tout comme les libéraux,
les conservateurs utilisent la fête du Canada à des fins de
propagande. Cette volonté de gaver le Québec comme une oie
tranche avec plusieurs secteurs d’activité, comme
l’harmonisation des taxes, l’industrie forestière et la
péréquation où le Québec ne reçoit pas sa juste part », a
lancé la députée bloquiste Carole Lavallée.
Le ministre Moore a rétorqué que toutes les régions du pays
étaient traitées équitablement par le gouvernement
conservateur, soulignant entre autres que, sous les libéraux,
79% des fonds destinés aux arts et à la culture aboutissaient
dans des circonscriptions détenues par les libéraux.
Pour sa part, la députée du NPD de la Colombie-Britannique,
Jean Crowder, a reproché au gouvernement Harper d’ignorer les
autres provinces lorsqu’il s’agit de souligner la fête du
Canada.
« Le financement des activités pour la fête du Canada au
Québec est important, mais le gouvernement peut-il nous
expliquer pourquoi ce n’est pas assez important dans le reste
du pays? » a demandé Mme Crowder.
L’UDA sonde ses membres sur la souveraineté
- Paul Journet
L’Union
des artistes (UDA) cherche à savoir si ses membres sont
souverainistes et s’ils souhaitent qu’elle défende
publiquement cette option, a appris La Presse. Le
président de l’UDA, Raymond Legault, dit avoir commandé
le sondage sur l’appui à la souveraineté afin de mieux
orienter les interventions du syndicat.
Le syndicat a récemment sondé ses membres sur leur
satisfaction face à ses services et aussi un peu sur leurs
opinions politiques. Réalisée par Léger Marketing,
l’enquête se penche entre autres sur leur appui à la
souveraineté. On leur demande aussi s’ils sont favorables
au rapatriement des pouvoirs en matière de culture et de
communications, et s’ils veulent que l’UDA défende cette
option lors d’une future campagne électorale.
L’UDA a reçu les résultats du sondage hier. L’information
sera bientôt transmise à son conseil d’administration, qui
décidera ensuite s’il la rendra publique.
Joint hier à Los Angeles, le président de l’UDA, Raymond
Legault, a confirmé ces informations. Il n’avait cependant
pas en main la formulation exacte des questions. Plus tard
en journée, Michel Laurence, conseiller aux instances
politiques de l’UDA, a refusé de nous transmettre cette
information.
Sil’UDAsondeainsisesmembres, c’est pour mieux orienter ses
interventions, explique M. Legault. «C’est un sujet
important, et ça faisait très longtemps qu’on n’avait pas
questionné nos membres là-dessus. Les derniers résultats
remontaient à 1990. Ils disaient qu’environ 90% de nos
membres étaient en faveur de la souveraineté. On entend
souvent le public dire que l’UDA ou les artistes sont
souverainistes. Nous, on doit se fier à des faits et non à
des perceptions. On aurait pu faire un référendum auprès
de nos membres, mais ça coûte cher, et en plus, ceux qui
participent sont surtout ceux qui sont très en faveur ou
en défaveur.»
Pour son
sondage, l’UDA a contacté environ 1000 de ses quelque 11
400 membres actifs et stagiaires. «Ça donnera un résultat
très précis, indique M. Legault. En comparaison, des
sondages questionnent parfois 1000 personnes pour
connaître l’opinion de toute la population canadienne.» Il
ajoute que l’UDA n’a pas fait le sondage elle-même pour «
garantir l’anonymat des membres».
Les résultats sont entre autres répartis selon l’âge, le
revenu et la région des répondants. «Nous ne voulons pas
dire quel taux d’appui serait nécessaire (pour décider
d’appuyer une option politique), indique M. Legault. Tout
cela doit être étudié auparavant par notre conseil.»
Il ajoute que l’UDA ne prend présentement pas position sur
la question constitutionnelle. Aux plus récentes élections
fédérales, le syndicat n’avait appuyé aucun parti, mais
dans le mouvement de protestation contre les coupes en
culture, il s’était prononcé contre le Parti conservateur.
Lors de la dernière campagne sur la scène provinciale,
l’UDA avait envoyé un questionnaire aux partis pour
connaître leur position en matière de culture, mais
n’avait appuyé aucun parti.
«Notre position, c’était que le parti de l’UDA était le
parti des arts et la culture», rappelle-t-il.
Ce n’est pas la première fois que l’UDA procède à ce genre
d’exercice. Dans un sondage de 2006, qui portait
majoritairement sur la qualité de ses services, elle
demandait aussi à ses membres si, selon eux, l’UDA devait
«prendre plus souvent position sur la scène publique en ce
qui concerne certains sujets d’intérêt général». La
réponse avait été positive (56% oui, 43% non).
Ni pour, ni contre - Anabelle Nicoud
La
question nationale fait son retour au cinéma avec la
présentation, au FFM, du documentaire Questions
nationales, de Jean-Pierre Roy et Roger Boire. «C’est le
premier documentaire à être non pamphlétaire, non partisan
et c’est une bouffée d’air frais», se félicite Roger
Boire.
PHOTO FOURNIE PAR LE FFM
Le
documentaire de Jean-Pierre Roy et Roger Boire,
Questions nationales, est présenté en première au FFM,
ce soir à 19 h, et le 2 septembre à 13 h.
Ne vous fiez pas, donc, à la couleur politique des invités
qui devraient assister à la première de Questions
nationales, ce soir (Bernard Landry, Louis Bernard, Gilles
Duceppe ou encore F ra nçoise Dav id) . Questions
nationales ne demande pas pourquoi faire (ou non) la
souveraineté, mais plutôt, pourquoi le Québec n’a-t-il pas
encore accédé, depuis 40 ans, à la souveraineté ?
Cette question est discutée tant par des hommes politiques
de toutes allégeances (l’ancien premier ministre Bernard
Landry et l’ancien chef du Parti
Un film pédagogique
Divisé en chapitres, le film est plus pédagogique que
militant. Avec pour point de départ la déconfiture du PQ
lors des élections provinciales de 2007, Questions
nationales se penche aussi sur le rapport du PQ au libéral
Stéphane Dion) que par des historiens ou des experts. Mais
ce sont surtout les débats nationaux en Écosse et en
Catalogne qui nourrissent la réflexion menée par les
réalisateurs de Questions nationales.
« L’idée était de comparer des pommes avec des pommes. On
me demandait pourquoi pas la Belgique? Pourquoi pas la
Corse? Mais dans ces deux cas, les rapports de force ne
ressemblent pas à ceux du Québec avec le Canada. L’Écosse
et la Catalogne permettent de comparer des choses qui se
ressemblent », estime Roger Boire. pouvoir et à la
souveraineté ainsi que sur l’ambivalence des Québécois
pour le Canada.
«Louis
Balthazar fait le lien entre le confort et l’incapacité à
se séparer. Il dit que c’est à cause de notre condition
riche et moderne que l’on a pu se prêter à rêver à la
souveraineté. Mais c’est aussi parce que l’on est une
société riche et moderne que l’on a beaucoup à perdre (à
se séparer)», croit Jean-Pierre Roy.
P rojet incontestablement ambitieux, Questions nationales
réintroduit la souveraineté dans les salles obscures
québécoises: un enjeu délaissé depuis À hauteur d’homme,
le documentaire que Jean-Claude Labrecque a consacré à
Bernard Landry en 2003. «La cause s’est essoufflée», croit
Germain Lacasse, professeur et historien.
Que l’on pense à Pierre Per rau lt ( Un pays sans bon sens
! , 1970), Gilles Groulx ( 24 heures ou plus, 1977),
Michel Brault ( Les ordres, 1974), Denys Arcand ( Le
confort et l’indifférence, 1982), Pierre Falardeau ( Le
temps des bouffons, 1985) ou Jacques Godbout ( Le mouton
noir, 1992), nombreux sont les cinéastes marquants à avoir
abordé la question nationale dans leurs films.
«Le cinéma des années 60, 70 et 80 était beaucoup plus
militant. Il y avait une adhésion fervente au
nationalisme. Le cinéma s’est ensuite industrialisé. Alors
que les pères fondateurs du cinéma québécois liaient art
et affirmation identitaire, aujourd’hui, on veut faire
vivre le cinéma », analyse M. Lacasse.
Production indépendante
Produit de façon indépendante, Questions nationales est un
film «sans précédent» dans son ton, affirment ses
réalisateurs. «On veut jouer le jeu du détachement
émotif», dit Jean-Pierre Roy. Sur la souveraineté, les
deux réalisateurs ont d’ailleurs tenu leurs points de vue
personnels à l’écart (l’un est pour, l’autre n’a jamais
été convaincu).
«On a joué le jeu de ceux qui sont ouverts, dit
Jean-Pierre Roy. Ce que nous pensons, à la limite, c’est
secondaire. On laisse au spectateur le soin de discuter du
film...»
Un référendum en 2016 ANDRÉ PRATTE
Il y a 10
ans, Bernard Landry soutenait que l’évolution démographique
rendait l’indépendance du Québec inéluctable. « Le simple
écoulement du temps donne 0,5% de plus à l’option
souverainiste chaque année parce que la fatalité fait que
les plus vieux ne votent plus », avait déclaré celui qui
était alors vicepremier ministre. On s’en doute, ces propos
avaient choqué. Ils se sont aussi révélés inexacts.
Quel impact aura l’évolution démographique sur notre débat
national au cours des prochaines années? Il n’est pas facile
de le prévoir. Les plus récentes projections de l’Institut
de la statistique du Québec permettent toutefois
d’intéressantes conjectures. Qu’arriverait-il si, porté au
pouvoir aux prochaines élections, le Parti québécois tenait
un référendum sur l’indépendance autour de 2016?
En 2016, il y aura quelque 1,1 million d’électeurs
potentiels de plus que lors de la consultation de 1995. De
ce nombre, plus de la moitié auront 65 ans et plus. Ces
personnes âgées serontelles, comme celles qui les ont
précédées, très majoritairement opposées à la souveraineté ?
Impossible à dire. On sait seulement que dans les plus
récents sondages CROP, les trois quarts des personnes âgées
sont défavorables à l’indépendance.
On sait aussi que, contrairement à ce que calculait M.
Landry, les vieux ne cessent pas de voter, car au lieu de
mourir, ils ont la bonne idée de vivre longtemps. En 2016,
il y aura 636 000 Québécois âgés de 75 ans et davantage,
presque deux fois plus qu’en 1995. Les souverainistes auront
vraisemblablement du mal à conquérir cette clientèle.
De plus en plus, la croissance de la population
québécoise dépend de l’immigration. Depuis 2004, plus de 40
000 personnes venant de l’étranger s’installent chaque année
au Québe. En 2016, on comptera par conséquent quelques
centaines de milliers de Québécois nés hors du Canada de plus
qu’en 1995. Bien qu’au sein du mouvement souverainiste, il y
ait davantage de Québécois de souches diverses qu’autrefois,
la très grande majorité des allophones reste opposée à la
séparation (seulement 7% de oui selon CROP).
On peut enfin s’interroger sur les répercussions des
migrations internes. On remarque que le bastion souverainiste
de la province, le Saguenay– Lac-Saint-Jean, voit sa
population diminuer lentement mais sûrement : entre 1995 et
2016, la région aura perdu 23 000 résidants.
Des régions où le mouvement indépendantiste obtient
traditionnellement des scores plus faibles – Montréal, Québec,
l’Outaouais et l’Estrie – connaîtront une croissance
significative de leur population. Par contre, parmi les
secteurs qui jouiront de la plus forte poussée démographique
se trouvent des régions – Lanaudière, Laurentides, Montérégie
– où le Parti québécois compte plusieurs forteresses.
Au total, les changements démographiques pourraient rendre la
tâche des indépendantistes plus ardue. Cependant, ardu ne veut
pas dire impossible. D’autant plus que, outre la démographie,
d’autres tendances jouent. Notamment, des sondages ont montré
que l’attachement des Québécois à l’égard du Canada est plus
faible aujourd’hui que jamais. Leur adhésion à la fédération
est donc fragile, conditionnelle... et malléable.
Une progression inexorable -
BERNARD LANDRY
Une triple
alliance intergénérationnelle est favorable à la
souveraineté du Québec
Dans un éditorial récent ( La Presse, 24 juillet), André
Pratte récusait de façon péremptoire la thèse que j’ai
défendue et défends toujours d’un rapport positif entre
l’écoulement du temps et la marche vers l’indépendance
nationale. Cette thèse n’est pas du tout à savoir que les
personnes âgées votent moins. Au contraire, les faits
démontrent qu’elles participent aux scrutins souvent plus
que les jeunes, ce qui est à leur honneur. La fatalité
fait tout simplement qu’un jour, nous cesserons tous de
voter.
PHOTO ANTOINE DÉSILETS,
ARCHIVES LA PRESSE
Malgré
une courbe en dents de scie, souvent liée à la
conjoncture, l’idée de l’indépendance progresse
inexorablement depuis Pierre Bourgault (notre photo,
prise lors d’une assemblée pendant les années 60), alors
que son appui était au début marginal.
En attendant, il est évident que les souverainistes, en
vieillissant, rejoignent une couche d’âge dont ils étaient
naguère presque totalement absents. Quand j’ai commencé à
militer pour l’indépendance, presque tous ceux qui étaient
plus vieux que nous, sauf de notables exceptions, étaient
contre nous. Pour des raisons souvent très respectables,
mais fréquemment aussi à cause de l’exécrable démagogie
des pensions de vieillesse menacées.
Mon propre grand-père a été bouleversé quand j ’ai évoqué
devant lui, dans les années 60, l’idée d’indépendance du
Québec. Pour lui, les Canadiens c’étaient nous, et les
autres des Anglais. Il croyait à la « revanche des
berceaux » et à la reconquête messianique du Canada. Il
visitait sa parenté dans l’Ouest qui, à cette époque,
parlait toujours sa langue. Il chantait avec émotion Un
Canadien errant en pensant à nos patriotes exilés.
Aujourd’hui, une bonne proportion de souverainistes sont
grands-parents et ils n’ont généralement pas à convaincre
de leur idéal les deux générations de leur descendance :
c’est presque toujours déjà fait naturellement. Cela crée
une triple alliance intergénérationnelle extrêmement
porteuse.
C’est
pourquoi malgré une courbe en dents de scie, souvent liée
à la conjoncture, l’idée progresse inexorablement depuis
Pierre Bourgault, alors que son appui était au début
marginal. Un an avant le référendum de 1995, le Oui était
à moins de 40%. Aujourd’hui, sans campagne référendaire,
ni contexte particulièrement favorable, il est à près de
50%. Le dernier sondage que j’ai reçu comme chef du Parti
québécois le mettait à 54%, ce qui correspond en gros à la
progression d’un demi-point par année dont j’ai parlé.
J’admets des hauts et des bas, mais on ne peut nier une
tendance à long terme très encourageante.
Quant à l’analyse régionale d’André Pratte, elle est tout
simplement indéchiffrable: le résultat d’un référendum est
global et non géographique. Comment se pourrait-il qu’un
souverainiste qui quitte le « fabuleux royaume » du
Saguenay-Lac-Saint-Jean puisse changer d’idée en
rejoignant les francophones de Montréal qui sont encore
plus indépendantistes, s’il se peut, que dans sa région
d’origine ?
M. Pratte mentionne pa r ailleurs un point majeur qui est
au coeur de la question: l’attachement au Canada baisse
inexorablement. Il existe une puissante argumentation
rationnelle en faveur de l’indépendance et plusieurs
raisons fondamentales justifient que notre nation rejoigne
le G195, comme Ban Ki-moon appelle l’ONU. Mais quand le
sentiment d’appartenance s’ajoute à la rationalité,
s’amorce une convergence décisive. Je crois que nous
allons la voir se concrétiser de plus en plus.
Je n’ai jamais pensé que l’accès à l’indépendance était
une simple question mathématique. Pour y arriver, il faut
du courage, de la patience, de la lucidité, tout en
respectant les autres. On voit que le temps consolide
l’amour de la patrie et du pays du Québec, appelé par son
vrai nom. Et le désir de le voir libre se retrouve plus
naturellement chez les enfants et petits-enfants de mes
contemporains que ce n’était le cas pour les générations
précédentes.
C’est comme Québécois que nous nous identifions
massivement aujourd’hui . Toutes origines confondues
d’ailleurs. Cette évolution est porteuse de grands espoirs
correspondant au rêve de René Lévesque et Pierre
Bourgault.
Plus de pouvoirs? Pour quoi faire? ANDRÉ PRATTE
Au lieu de
foncer sur les moulins à vent fédéraux, les péquistes
devraient nous faire savoir comment ils comptent s’attaquer
aux vrais problèmes du Québec.
Le « Plan pour un Québec souverain » présenté dimanche par
le Parti québécois propose notamment le rapatriement de
pouvoirs fédéraux vers le gouvernement du Québec. Cela n’a
rien d’original. C’était l’approche du rapport Allaire.
C’est l’autonomisme de l’ADQ. Le Parti libéral du Québec a
une politique moins maximaliste, mais similaire.
Cette unanimité provinciale s’appuie sur un consensus: tous
les sondages montrent que la grande majorité des Québécois
souhaitent voir le gouvernement du Québec obtenir plus de
pouvoirs. Pas étonnant: on leur répète depuis des décennies
que tous leurs problèmes sont causés par l’hydre fédérale.
La réalité est pourtant très différente. Prenons le secteur
culturel. Les trois grands partis exigent le rapatriement à
Québec de toutes les activités d’Ottawa relatives à la
culture. Cela semble tomber sous le sens: la culture, ça
devrait être québécois. Pourtant, songeons-y un instant: en
quoi l’action fédérale en ce domaine a-t-elle mal servi
notre culture? L’Office national du film n’a-t-il pas été le
berceau du cinéma d’ici? Le Conseil des arts du Canada ne
constituet-il pas une prodigieuse source de fonds pour les
artistes québécois, ceux-ci recevant une part plus
importante des subventions que ce que justifierait notre
proportion de la population du pays? Il n’y a tout
simplement aucune raison d’expulser le gouvernement du
Canada de la culture au Québec.
Le plan
présenté par Pauline Marois propose de « combattre » les
ingérences du gouvernement fédéral dans des domaines comme
la santé et l’éducation. De quelles ingérences parle-t-on?
Qu’est-ce que le gouvernement du Québec est empêché de
faire par ces supposées intrusions? Débordements aux
urgences, pénuries de médecins et d’infirmières,
insuffisance des soins aux personnes âgées, retards dans
la construction du nouveau CHUM, absence de contrôles de
qualité en pathologie, décrochage scolaire, ratés de la
réforme pédagogique, mauvaise qualité du français: toutes
ces questions prioritaires relèvent de la compétence
exclusive du gouvernement du Québec. Au lieu de foncer sur
les moulins à vent fédéraux, les péquistes devraient nous
faire savoir comment ils comptent s’attaquer à ces
problèmes bien réels.
Dans les chicanes QuébecOttawa que provoquent
inévitablement les luttes de compétences, les Québécois
devraient exiger des élus qu’ils expliquent comment,
concrètement, la détention d’un pouvoir par un ordre de
gouvernement plutôt qu’un autre améliorerait les choses.
Ainsi, le PQ réclame que le parc des plaines d’Abraham
soit cédé au gouvernement du Québec. Et pourquoi donc? Le
parc a été pensé et aménagé par les instances fédérales;
ne s’agit-il pas d’une extraordinaire contribution à la
beauté de la ville de Québec? Le parc est géré par Ottawa
depuis sa création en 1908; en quoi les Québécois ont-ils
eu à s’en plaindre?
D’aucuns voudraient voir la présence fédérale au Québec
réduite à sa plus simple expression. Le gouvernement du
Québec disposerait ainsi d’un monopole des services
publics. Les Québécois devraient y réfléchir à deux fois
avant d’endosser cette approche:
face à unmonopole, qu’il soit privé ou public, le
citoyen est rarement gagnant.
Une p’tite crise avec ça? ALAIN DUBUC
Aucune des
batailles sectorielles de Mme Marois n’est justifiée.
Jacques Parizeau, qui n’en ratera jamais une pour mettre ses
successeurs dans l’embarras, a affirmé que les référendums
sectoriels peuvent être utiles, en permettant de créer une
crise politique avec Ottawa. Une
crise politique avec Ottawa est toujours une bonne chose
pour le mouvement souverainiste, a soutenu Jacques
Parizeau.
Il y avait du calcul dans sa sortie, une façon de donner une
caution morale à la stratégie de Pauline Marois, tout en lui
donnant une petite touche plus radicale. Mais il exprimait
aussi une évidence. Une éventuelle victoire référendaire est
absolument impossible en dehors d’un climat de crise
politique. Et si cette crise n’est pas là, il faut la créer.
Comme le veut le rituel parlementaire, les libéraux se sont
indignés. Mais dans la vraie vie, pour qu’une crise soit
possible, il faudrait qu’il y ait matière à crise, et il
faudrait que les Québécois acceptent de se laisser
entraîner. Quel rapatriement de pouvoir les ferait bouger ?
On pourrait croire que ce pourrait être le dossier de la
culture. Les Québécois peuvent s’enflammer là-dessus, on l’a
vu avec les compressions du gouvernement Harper. Il y a un
certain consensus sur la question, puisque même les libéraux
de Jean Charest réclament le retrait du fédéral de ce
dossier. On comprend le principe. Le Québec forme une
nation, et son gouvernement doit avoir la maîtrise de ses
politiques linguistiques et culturelles, qui définissent
cette nation.
Le
problème, c’est qu’en culture, le Québec est maître de ses
choix, il n’est pas soumis à une quelconque tutelle
fédérale. Il est vrai qu’Ottawa dépense des sommes
importantes, mais il le fait bien, d’une façon qui sert le
monde de la culture, et il le fait généreusement, puisque
le Québec reçoit bien plus que son poids ne le justifie.
Ce qui mène à deux difficultés. D’abord, qu’est ce que le
Québec ferait de différent ou de mieux s’il était seul
maître à bord? Une question fondamentale à laquelle on ne
répond jamais. Ensuite, le rapatriement des pouvoirs en
vaut la chandelle uniquement si Ottawa accepte à la fois
de se retirer de ce champ et de rester tout aussi
généreux. Ce qu’on pourrait appeler de l’autonomie
subventionnée. Bref, quand on creuse un peu, le dossier
devient moins clair, on doit soupeser le pour et le
contre, et la bataille perd de son mordant.
Un autre dossier, le rapatriement de la perception
fiscale, semble attrayant. L’idée, en soi, est logique. Le
double système est lourd et coûteux. Notre vie serait plus
simple avec une seule déclaration à remplir. Mais laquelle
des deux? Techniquement, le gouvernement fédéral, qui
perçoit déjà l’impôt sur le revenu pour les autres
provinces, est mieux équipé pour prendre en charge une
déclaration unique. Et c’est ça qui permettrait au Québec
de réaliser de véritables économies. Parce que dans
l’autre sens, il y aurait des économies seulement si
Ottawa, en plus de laisser Québec percevoir les deux
impôts sur le revenu, accepte, encore une fois, de payer
le Québec pour le faire.
Mais le vrai débat serait fiscal : parce que les deux
déclarations reposent sur des concepts différents, il
faudrait qu’il y ait harmonisation des deux systèmes
fiscaux. Un débat certes fascinant pour les fiscalistes,
mais qui risque d’endormir les gens plutôt que les
mobiliser.
Pour justifier un référendum sectoriel sur le rapatriement
d’un pouvoir, et à plus forte raison pour mobiliser les
citoyens, il faut démontrer le caractère majeur de
l’enjeu, il faut un sentiment d’urgence, il faut
construire un argumentaire pour montrer en quoi le
changement renforcerait le Québec ou améliorerait de façon
perceptible la vie des Québécois. Aucune des batailles
sectorielles qu’évoque Mme Marois ne remplit ces
conditions.
Le gène de la souveraineté -
Richard Vigeault
Selon
Bernard Landry, la souveraineté serait la seule forme
d’amour de la patrie et du pays !
Consultant en communication, l’auteur est conseiller ad
hoc du premier ministre Jean Charest. Il est également
membre de l’Idée fédérale.
Dans un texte publié dans les pages de La Presse d’hier en
réaction à un éditorial d’André Pratte ( La Presse, 24
juillet), l’ancien premier ministre Bernard Landry nous
explique ni plus ni moins le contraire de ce qu’il
soutenait autrefois, à savoir que les électeurs aînés
optaient davantage pour le fédéralisme, mais que le temps
et l’âge auraient raison d’eux. Selon lui, les
souverainistes de la première heure rejoignent aujourd’hui
une couche d’âge dont ils étaient naguère totalement
absents. Autrement dit, le vieillissement de ceux qui
furent un jour souverainistes, disons dans les années
70-80, favoriserait l’option indépendantiste dans le cas
d’un éventuel référendum.
Ce raisonnement de M. Landry suppose deux choses. Soit les
fédéralistes sont tous morts ou soit les souverainistes
sont indépendantistes un jour, indépendantistes toujours.
Les premiers dégénèrent, les seconds se régénèrent.
L’adhésion à la souveraineté serait une forme de sagesse
qui mûrit avec l’âge.
Mais on
peut aller plus loindans l’analysealambiquée, un
rendez-vous que M. Landry ne rate jamais. C’est ainsi
qu’il écrit: «Aujourd’hui, une bonne proportion des
souverainistes sont grands-parents et ils n’ont
généralement pas à convaincre de leur idéal les deux
générations de leur descendance, c’est presque toujours
déjà fait naturellement. » On a peine à croire ce qu’on
lit! La souveraineté ne serait, selon M. Landry, rien de
moins qu’héréditaire!
On comprend mieux pourquoi M. Landry ne sent pas le besoin
d’élaborer sur la puissante argumentationrationnelle en
faveur de l’indépendance à laquelle il fait référence dans
son texte pour prétendre qu’il est inexorable que le
Québecdevienne le 196e membre de l’ONU. Nous n’aurons donc
pas besoin d’expliquer à nos petits-enfants qu’ils sont
déjà plus libres et plus développés que dans la très
grande proportion de ces 195 autres pays dits indépendants
puisqu’ils auront, selon M. Landry, le gène de la
souveraineté.
M. Landry ne s’arrête pas là. Il s’insurge: « Comment se
pourrait-il qu’un souverainiste quiquitte le fabuleux
royaume duSaguenay–LacSt-Jean puisse changer d’idée en
rejoignant les francophones de Montréal qui sont encore
plus indépendantistes que dans sa région d’origine »?
Voilà une phrase qui est assenée comme un dogme. Sous la
plume de M. Landry, ce genre de raccourci exclut toute
possibilité qu’un francophone puisse choisir une autre
option que la sienne sans être ostracisé. La souveraineté
serait selon lui la seule forme d’amour de la patrie et du
pays! Là, l’ancien premier ministre ferme la porte de sa
chapelle à double tour. Il rejoint l’Église catholique
d’il y a 50 ans qui n’imaginait pas qu’un francophone, né
au Québec, puisse suivre une autre voie que celle du
catholicisme étroit qui était imposé. Résultat: les
églises sont vides… et les chapelles aussi.
Les artistes en otages - Sébastien
Dhavernas
Ce n’est
pas parce que le gouvernement Harper malmène la culture
qu’il faut expulser le fédéral de ce domaine
La compétence partagée a toujours bien servi la culture
québécoise.
L’auteur est comédien. Aux élections fédérales de 2008, il
a été candidat du Parti libéral dans Outremont. Après les
« conditionsgagnantes » et « l’étapisme », voici
maintenant que le Parti québécois nous annonce une
nouvelle stratégie pour que la pilule passe mieux:
l’indépendance par petites doses ou « la souveraineté
homéopathique ».
« Rien ne garantit
que tout serait plus « rose » sous une compétence
exclusive du Québec », estime Sébastien Dhavernas.
Cette nouvelle
stratégie est en fait le constat d’échec de l’incapacité
de remporter un référendum sur la souveraineté dans un
avenir rapproché. Le plan B, basé sur l’insatisfaction
perpétuelle, consiste donc à se lancer dans une série de
demandes continuelles de nouveaux pouvoirs. Et à chaque
fois que l’on en obtiendra un, on en demandera
immédiatement un autre. En cas de refus, ce ne sera pas
grave puisqu’on mise sur un sentiment de rejet pour
déclencher une crise constitutionnelle, ce qui ne pourra
avoir qu’un effet bénéfique sur la cote de la
souveraineté.
Au contraire, la compétence partagée a toujours bien servi
la culture québécoise. Le Conseil des Arts, Téléfilm, le
Fond canadien du cinéma et de la télévision, la SRC et
l’ONF, pour ne citer que les principaux, ont été des
intervenants essentiels dans l’élaboration et la diffusion
de notre culture. Il convient de rappeler que le Québec,
représentant 23% de la population canadienne, reçoit une
part du budget de Patrimoine Canada largement supérieure à
ce chiffre.
Pourquoi? Parce que depuis longtemps le gouvernement
fédéral
Une des premières compétences visées sera la culture.
Cette dernière est devenue un enjeu sensible depuis les
compressions effectuées dans certains programmes par le
gouvernement Harper, et qui ont été au coeur des dernières
élections fédérales.
Mais il est important de se rappeler qu’il ne faut pas
jeter le bébé avec l’eau du bain. Ce n’est pas parce que
l’actuel gouvernement conservateur malmène la culture
qu’il faut automatiquement conclure que le fédéral n’a pas
sa place dans ce champ de compétence et qu’il nuit à la
culture québécoise. Ce raccourci ne résiste ni à l’analyse
ni aux faits. et le reste du Canada ont compris que les
deux langues et les deux cultures qui se côtoient sont un
exemple unique au monde et sont au coeur même de l’essence
et de la richesse de ce pays.
Puisqu’on
nous promet un référendum sectoriel en cas d’échec des
négociations, la question posée devrait alors s’articuler
comme suit: « Seriez-vous d’accord pour que les artistes
et les industries culturels perdent d’importantes sommes
d’argent pour que la culture devienne compétence exclusive
du Québec? »
Bien sûr, certaines économies d’échelle pourraient être
réalisées mais les pertes seraient plus considérables que
les gains. La pilule serait difficile à avaler.
Qu’arriverait-il si le Québec était aux prises avec de
sérieux problèmes financiers qui l’obligeraient à diminuer
son soutien à la culture de façon conjoncturelle? Le
milieu et les industries n’auraient plus le filet de
sécurité que constitue la compétence partagée.
Et puis rien ne garantit que tout serait plus « rose »
sous une compétence exclusive du Québec. Le dossier du
doublage en est un exemple flagrant. Cette industrie
traverse une énième crise parce que les gouvernements qui
se sont succédés à Québec ont toujours manqué de courage
politique pour régler cette question, avec comme résultat
qu’actuellement seulement 5% des DVD distribués au Québec
sont doublés ici.
La levée de boucliers provoquée par la situation actuelle
à la SRC nous montre que fédéralistes et souverainistes
peuvent travailler ensemble pour défendre une institution
qui a joué un rôle prépondérant dans l’édification et la
diffusion de la culture québécoise. Ainsi,
il est évident que le milieu et les industries culturels
ont beaucoup à gagner dans le dialogue et la collaboration
entre nos ordres de gouvernement et n’ont surtout pas
besoin d’être pris en otages par des jeux politiques et de
faire les frais d’une nouvelle querelle
fédéraleprovinciale. Méfions-nous du chant des sirènes!
Les
adversaires s’en donnent à coeur joie
Jean
Charest estime que la chef du PQ n’aura pas la
crédibilité nécessaire pour négocier avec Ottawa.
« Menace sur l ’économie du Québec », manque de
responsabilité, « esprit de confrontation » : les
adversaires du Parti québécois ont multiplié les
attaques hier contre le nouveau plan de match dévoilé
en fin de semaine par la chef Pauline Marois.
En point de presse hier à la Conférence de Montréal,
le premier ministre Jean Charest a qualifié le projet
de Mme Marois de « menace sur l’économie du Québec »
et de « guerre contre le gouvernement fédéral » qui
annonce « beaucoup de chicane ». « Son objectif n’est
pas de faire fonctionner le système fédéral canadien,
mais de s’en séparer. Elle voudra aller chercher plus,
mais elle va en avoir moins. »
Le « Plan pour un Québec souverain », présenté
dimanche par la chef du PQ, propose de rapatrier à
Québec le maximum de pouvoirs. En attendant de faire
la souveraineté, un gouvernement péquiste cherchera
notamment à freiner les intrusions du gouvernement
fédéral, assumera « pleinement » les pouvoirs déjà
existants et tentera de récupérer les pleins pouvoirs
dans des domaines comme la culture et les
communications.
En cas d’impasse dans les négociations, le PQ suggère
de tenir des référendums « sur une question précise ».
Étape hautement symbolique, on proposera la mise en
place d’une déclaration de revenus unique faisant de
Québec le seul percepteur des impôts, une mesure qui à
elle seule engendrerait des économies de 840 millions.
Les demandes de Mme Marois ne seront « pas crédibles
», estime Jean Charest. « Dans un système fédéral, il
faut avoir des objectifs clairement énoncés, avoir de
la détermination et être crédible. Quelle crédibilité
aura Mme Marois (en demandant des concessions à Ottawa
tout en continuant de prôner la séparation du Québec)
? Mettez-vous dans les souliers de n’importe quelle
personne raisonnable. Ça donnera beaucoup de confusion
de l’autre côté de la table de négociation. »
« Les l ibéraux ont fa it la démonstration que le
système fédéral est capable de changements sans
amendement constitutionnel, a affirmé M. Charest. Nous
avons fait l’entente sur la santé, l’entente sur
l’UNESCO, le rapatriement du régime d’assurance
parentale, l’entente sur la péréquation. » M. Charest
a affirmé que les négociations sur une entente sur la
langue et la culture ont « autant de chances » de
succès que celle sur l’UNESCO.
Objectif : un seul référendum
De
passage hier à Laval, la ministre de l’Éducation,
Michelle Courchesne, a raillé la volonté du PQ de
tenir des référendums sectoriels en cas d’impasse dans
les négociations. « Mme Marois, il n’y a pas si
longtemps, nous a dit qu’après un référendum, il y
aurait cinq ans de perturbations. Comment aujourd’hui
peut-elle encore mettre de l’avant non pas un, mais
plusieurs référendums ? On est dans une période
économique qui demande de s’unir et de se rassembler.
Ce n’est pas le temps de faire des référendums, c’est
le temps de relancer l’économie, de soutenir l’emploi.
»
La ministre met en doute le sens des responsabilités
de la chef du PQ. « C’est évident que Mme Marois fait
un geste où on peut s’interroger sur son niveau de
responsabilité par rapport à la situation que vivent
tous les Québécois. »
Dimanche, lors de la présentation de son plan, Pauline
Marois s’était bien défendue de vouloir tenir des «
référendums à répétition ». « Il est possible que nous
puissions tenir un référendum sur une question
précise, mais notre objectif n’est pas ça. C’est de
tenir un référendum, celui qui comptera, celui sur la
souveraineté du Québec. »
Également présent hier à Laval, alors qu’on annonçait
des investissements dans le système d’eau potable de
la ville, le ministre fédéral des Travaux publics,
Christian Paradis, a dénoncé « l’esprit de
confrontation » des souverainistes. « Présentement, on
cohabite avec un gouvernement fédéraliste à Québec qui
veut que les choses fonctionnent. Alors c’est toujours
dans cette optique-là qu’on veut gouverner avec un
fédéralisme d’ouverture. Les dossiers peuvent avancer
dans un esprit de collaboration et non pas de
confrontation. »
Le gouvernement Harper, assure-t-il, a prouvé depuis
trois ans que son fédéralisme « d’ouverture » pouvait
avoir des résultats bien tangibles pour le Québec. «
Il y a toujours collaboration. On a parlé de
déséquilibre fiscal, de fiscalité des municipalités,
c’est une dynamique qui évolue. On est crédible, on a
tenu parole relativement à ces engagements-là. »
La chef intérimaire de l’ADQ, Sylvie Roy, accuse quant
à elle Pauline Marois de copier la position
autonomiste de son parti. « Elle nous donne raison »,
a-telle dit à La Presse. Mais selon elle, un
gouvernement adéquiste aurait plus de chances de faire
des gains que le PQ. Ottawa « accusera le PQ de ne pas
négocier de bonne foi, de vouloir faire échouer les
négociations pour prouver la pertinence de la
souveraineté », a-t-elle expliqué.
Selon la députée de Lotbinière, Pauline Marois fait
des « acrobaties » pour vendre « l’idée sclérosée » de
la souveraineté. « Elle parle des deux côtés de la
bouche. Elle dit aux militants qu’elle veut faire la
souveraineté. Et elle dit à la population qu’elle ne
veut pas la faire. C’est une stratégie confuse »,
a-t-elle ajouté.
Les crises gagnantes ANDRÉ PRATTE
Les
souverainistes profiteraient d’une saute d’humeur
populaire pour déclarer l’indépendance au plus vite.
Si M. Jacques Parizeau disait des niaiseries sans
lien avec la réalité, ses déclarations ne créeraient
pas chaque fois un tel remous. Qu’il s’agisse de la
« cage à homards », de « l’argent puis des votes
ethniques » ou de l’utilité des crises pour le
mouvement souverainiste, l’ancien premier ministre
dit souvent tout haut ce que certains
indépendantistes pensent, mais n’osent pas exprimer
en public. D’où l’embarras évident des élus
péquistes et la jouissance presque indécente de
leurs adversaires.
Avant même la publication du « Plan pour un Québec
souverain » de Mme Pauline Marois, des péquistes
confiaient que la revendication de nouveaux pouvoirs
pour le Québec se heurterait nécessairement à un
mur, d’où un affrontement Québec-Ottawa, d’où une
hausse des appuis à la souveraineté. La chef du PQ
préférait dire qu’il s’agissait de « faire avancer
le Québec » ; M. Parizeau a sorti le homard du sac.
Après l’étapisme et les conditions gagnantes, voici
donc le « crisisme », la recherche des crises
gagnantes.
Cette tactique, qui n’est pas nouvelle, mais qui se
retrouve aujourd’hui au centre de l’arsenal
péquiste, est révélatrice de l’état d’esprit de
plusieurs souverainistes. Pour ceux-là, il ne s’agit
plus de convaincre une solide majorité de Québec des
vertus de l’indépendance. Cet objectif leur paraît
désormais hors de portée. Ils se contenteraient de
profiter d’une saute d’humeur populaire pour obtenir
un appui de 50% plus un et déclarer l’indépendance
au plus vite.
Ce
serait une bien mauvaise façon de faire un pays. «
Une crise, ça fait augmenter l’appui à la
souveraineté de façon conjoncturelle. Mais ce
qu’il faut, c’est que l’appui augmente de façon
structurelle », a dit à La Presse la présidente du
comité des jeunes du PQ, Isabelle Fontaine. Comme
quoi la sagesse n’attend pas nécessairement le
nombre des années.
Depuis un demi-siècle, le projet de séparer le
Québec du reste du Canada n’a obtenu un appui
clairement majoritaire dans les sondages qu’à une
reprise : au lendemain du naufrage de l’Accord du
lac Meech. Il y a eu d’autres sursauts: à la fin
de la campagne référendaire de 1995 (à la faveur
de la Lucienmanie) et à l’occasion du scandale des
commandites. Tout le reste du temps, la
souveraineté s’est maintenue autour de 40%, soit
le score obtenu lors du référendum de 1980.
Devant cette apparente stagnation de l’option
indépendantiste, les fédéralistes sont tentés de
triompher. C’est une erreur. En effet, l’adhésion
de bon nombre de Québécois au projet canadien et à
l’idée fédérale reste très fragile, peut-être plus
fragile que jamais. C’est justement cette
fragilité qui rend vraisemblable l’éventuel succès
de la stratégie des crises.
Ce n’est pas en accusant les péquistes de vouloir
« nuire aux Québécois » ou d’être des « pyromanes
», des propos excessifs tenus hier par le premier
ministre Jean Charest, qu’on persuadera nos
concitoyens de l’importance de demeurer au sein du
Canada et de participer activement à son
évolution. Selon M. Parizeau, « c’est par le
sérieux de nos analyses, de nos études et de nos
comportements » que les indépendantistes finiront
par convaincre les Québécois. Ce devoir de sérieux
s’impose aussi aux fédéralistes.
L’exode vers Mars LYSIANE GAGNON
Nous sommes en 2012, un an après la prise du
pouvoir par le Parti québécois…La chef du PQ, Pauline
Marois.
Un autre scénario. Celui-là s’amorce en 2011,
alors que Mme Marois menace de tenir une série de
référendums sectoriels sur la culture, le fisc,
l’application de la loi 101 aux entreprises
fédérales, les pleins pouvoirs sur la recherche et
la santé et sur les Plaines d’Abraham, alouette. «
Nous revenons aux années 70 », lance-t-elle
jovialement.
Quelques vieux baby-boomers agitent leurs
marchettes et envoient leurs orthèses en l’air
pour célébrer ce merveilleux retour à leur
jeunesse. Les jeunes demandent c’était quoi les
années 70: une époque pré-Twitter, aussi bien dire
l’ère glaciaire…
Sur ces entrefaites, voilà que les Québécois
tombent malades les uns après les autres, victimes
d’une étrange épidémie, dont le principal symptôme
est une indigestion aiguë à la seule audition de
tout mot commençant par « réfé ». La plus violente
réaction allergique se produit quand se pointent à
la télévision un constitutionnaliste ou un
stratège politique, de quelque parti que ce soit.
L’Organisation mondiale de la santé, appelée à la
rescousse, conclut que loin d’être d’origine
animale, cette terrible grippe provient d’une
intolérance à toute forme de discours
constitutionnel, intolérance qui se serait
graduellement développée durant les décennies
précédentes. Seuls les enfants d’âge préscolaire,
qui n’ont jamais entendu parler de la question
nationale, échappent à la grippe.
N’importe. Le gouvernement Marois s’entête à
piloter son projet de référendums sectoriels.
Comme on ne peut pas congédier le gouvernement, et
que les Québécois sont de nature pacifique (ce ne
sont pas eux qui auraient décapité Louis XVI), ils
se disent: « pu’capab, aussi bien s’en aller. »
Suit un grand mouvement d’exode. Des leaders
naturels, au sein de la population civile,
prennent contact avec Guy Laliberté qui, après son
périple dans la navette spatiale, a ouvert un
centre d’entraînement du Cirque du Soleil sur la
planète Mars et règne en maître sur de très grands
espaces. Y a-t-il de la place pour sept millions
de Terriens? Pas de problème, dit Laliberté,
amenez-vous, entre deux cirques, le mien est plus
amusant!
Village après village, ville après ville, les
Québécois s’embarquent pour Mars, en emportant ce
qu’il faudra pour y recréer le Québec: des pousses
d’érable pour le sirop, des vaches laitières pour
la poutine, des semences de bleuets du Lac
St-Jean, des motoneiges, des Bixis, un exemplaire
du Code civil, la Charte de la langue française,
des antennes paraboliques pour suivre TLMP au cas
où Radio-Canada continuerait à diffuser, un CD de
Céline, les recettes d’Unibroue, des chandails du
Canadien et un poster de René Lévesque.
Rendus sur Mars, les Québécois sont en train de
déballer leurs affaires, quand un loustic s’écrie
: « Cou’donc la gang, réalisezvous qu’on est
devenus souverains sans même avoir été obligés de
se séparer du Canada? ». Applaudissements. Puis,
un autre de lancer, à l’assentiment général: «
Mais quand même, j’espère que vous avez tous
emporté vos passeports canadiens, on ne sait
jamais… ». n scénario parmi d’autres… Nous sommes
en 2012, un an après la prise de pouvoir du Parti
québécois. La première ministre Pauline Marois a
demandé aux citoyens, par référendum, s’ils
veulent le transfert au Québec de tous les
pouvoirs sur la culture.
La proposition a recueilli une majorité de 72% et
la question était claire, ce qui répondait
parfaitement aux exigences de la Cour suprême. Le
gouvernement fédéral est sur les charbons ardents.
Osera-t-il défier la volonté clairement exprimée
des Québécois? S’il cède, il s’engage dans un
processus qui mène à l’émasculation totale du
pouvoir fédéral au Québec. S’il résiste, il
provoquera la crise dont rêvent les
indépendantistes. Mme Marois attend, prête à tenir
un référendum qui portera, cette fois, sur la
souveraineté pleine et entière…
Le germe d’une nouvelle crise -
Lysiane Gagnon
Ce
n’est pas sans raison que le très machiavélique
Jacques Parizeau a approuvé le plan Marois.
En théorie, le plan Marois est d’une habileté
consommée. D’abord parce qu’il tient compte du
fait, indéniable, que l’électorat est «
autonomiste » plutôt que souverainiste; ensuite
parce qu’il permet au PQ de faire patienter son
aile dure en laissant flotter la possibilité d’un
recours au référendum; enfin parce qu’il porte en
germe, à moyen terme, la possibilité d’une crise
ouverte entre Québec et Ottawa – crise qui,
espèrent les stratèges péquistes, pourrait
provoquer une remontée du sentiment
indépendantiste, comme cela s’était produit en
1990 lors de la faillite de Meech. Michael Ignatieff serait
le premier à s’opposer à un scénario qui ferait
du Canada un appareil sans âme.
Ce n’est pas sans raison que le très machiavélique
Jacques Parizeau a approuvé ce plan. À défaut de
pouvoir imposer aux Québécois un référendum sur la
souveraineté dont ils ne veulent pas, cette voie
détournée est la seule solution, d’autant plus
qu’elle recèle moults pièges pour les
fédéralistes.
Imaginons qu’un gouvernement péquiste, après avoir
(en vain, bien sûr) exigé le transfert
constitutionnalisé des pouvoirs sur la culture et
les communications, en appelle au peuple par
référendum. L’objectif sera populaire, car les
francophones sont spontanément portés à souhaiter
ce transfert que la classe politique réclame
depuis des lustres.
Demandons-nous maintenant qui sera dans le camp du
Non. Les libéraux? Certainement pas, puisqu’ils se
sont eux-mêmes mis la corde au cou en réclamant la
même chose! Jean Charest en a même rajouté une
grosse louche en réclamant ce « rapatriement » au
beau milieu de la dernière campagne électorale
fédérale. À défaut d’une présence forte du PLQ,
l’animation de la campagne du Non sera laissée…
aux anglophones.
Les artistes entretiendront des réticences en leur
for intérieur. Car en fait, le système actuel les
avantage grandement, en leur permettant de
bénéficier de deux réseaux subventionnaires et en
accroissant leur espace de liberté. Qui plus est,
le Québec reçoit actuellement quelque 40% des
fonds destinés à la culture, alors qu’il ne
représente que 26% de la population canadienne. Et
qui donc oserait dire que les grandes institutions
fédérales comme Radio-Canada, l’ONF ou le Conseil
des Arts ont desservi la culture francophone?
N’importe. Les artistes se tairont car aucun ne
voudra prendre le risque de se faire étiqueter
(voire boycotter) comme un « traître » à la
nation. Donc, la question passera comme une lettre
à la poste.
Elle aura été claire, et le résultat aussi, avec
une majorité qui pourrait dépasser les 70%. Que
fait alors Ottawa? S’il respecte l’esprit de la
décision de la Cour suprême sur les référendums,
il devra négocier… en sachant que d’autres
référendums sont à venir (le rapport d’impôt
unique, le « rapatriement » des pouvoirs sur la
santé, la recherche, etc.), lesquels
entraîneraient à terme l’érosion graduelle de la
présence fédérale au Québec. Michael Ignatieff
serait le premier à s’opposer, lui qui tient à ce
que le Canada soit autre chose qu’un appareil sans
âme servant à contrôler les douanes et la défense
nationale.
Mais ce faisant, Ottawa défierait la volonté
démocratiquement exprimée des Québécois. D’où la
possibilité de la crise ouverte qui fait saliver
les stratèges souverainistes… lesquels
profiteraient de la colère populaire pour proposer
la souveraineté pleine et entière.
Cela n’est qu’un scénario parmi d’autres. Mais
c’est un scénario possible.
Il se pourrait par contre que la population,
sachant que ce plan de « référendums sectoriels »
a pour but de fomenter une crise dont ils ne
veulent pas, fasse savoir ( par les sondages)
qu’elle refuse tout référendum, même s’il portait
sur une matière d’allure inoffensive. C’est le
problème des scénarios machiavéliens: on finit
toujours par voir au travers. Les observateurs
aguerris n’avaient pas besoin que M. Parizeau
vienne éventer la stratégie du PQ, elle était
évidente.
Le projet souverainiste à l’agonie
- ALAIN DUBUC
La
stratégie proposée par Mme Marois a quelque chose
de bâtard. C’est une bataille sans sincérité.
LReid– La Presse de cette semaine. Et ils n’y
croient plus: les trois quarts des Québécois
pensent que cela n’arrivera pas. Et rien ne permet
de croire que cette tendance lourde va s’inverser.
L’idée de pouvoirs
additionnels pourra plaire aux Québécois, à
condition qu’on leur montre en quoi le Québec en
sortira gagnant, ce que les troupes de Mme
Marois auront du mal à faire.
Ce à quoi on assiste, ce sont les efforts du Parti
québécois pour s’ajuster à cette réalité. Le
processus est laborieux parce que les leaders
souverainistes doivent mettre de côté le projet
qui est leur raison d’être tout en maintenant la
cohésion de leurs troupes, en gardant leur
pertinence auprès de leur électorat, et en restant
fidèle à leurs idéaux.
Ce n’est évidemment pas simple. Mais ce qui est
étonnant, c’est la lenteur avec laquelle le
PQprend acte de l’impasse. Face à l’échec du
projet souverainiste, le plan A, René Lévesque
avait fait le pari d’un plan B, le « beau risque
». Son successeur Pierre Marc Johnson a voulu
définir un plan C, celui de « l’affirmation
nationale ». Après un succès éphémère en 1995,
l’option a connu une autre crise, à laquelle le
premier ministre Lucien Bouchard a répondu avec un
plan D pour repousser l’échéance, celui des «
conditions gagnantes », suivi du plan E de Bernard
Landry, la « certitude morale de l’emporter ».
Avec ses batailles pour le rapatriement de
pouvoirs, Mme Marois nous propose maintenant un
plan F.
Le PQ est donc encore entre deux chaises et semble
incapable de faire ce qu’ont réussi les
socialistes européens, qui modifié radicalement
leur projet, tout en conservant leur idéal de
justice sociale. Cet exercice, en toute logique,
aurait dû mener le PQ vers l’autonomie, une idée
qui rallie une majorité de Québécois.
Mme
Marois propose certes des revendications de type
autonomiste. Mais l’autonomie, ce n’est pas
seulement des demandes, c’est un projet, une
conception du Québec, de ses besoins, de ses
rapports avec le reste du Canada. Comme le PQ ne
souhaite pas l’autonomie, il propose donc une
série de revendications sans croire à l’idée qui
leur donnerait leur cohérence, pour combler le
vide, pour créer une dynamique d’affrontement,
pour provoquer un braquage canadien qui
mobiliserait peut-être les Québécois.
Résultat : la st ratégie proposée par Mme Marois a
quelque chose de bâtard. C’est une bataille sans
sincérité parce que le PQ n’y croit pas, sans
logique, parce qu’elle repose sur une liste de
demandes plutôt que sur un projet – une liste que
nous savons sans fin –, sans crédibilité non plus
parce que le PQ n’est pas l’interlocuteur idéal
pour transformer un pays qu’il veut quitter.
Est-ce que cette stratégie peut permettre au PQ de
marquer des points? Pas si évident, parce que le
jupon dépasse trop. Il est clair que les
souverainistes essaient ainsi de sauver les
meubles. Bien sûr, l’idée de pouvoirs additionnels
pourra plaire aux Québécois, foncièrement
autonomistes. À condition qu’on leur explique
pourquoi, qu’on leur montre en quoi le Québec en
sortira gagnant. Cette démonstration, les troupes
de MmeMarois auront du mal à la faire, parce que
ce qui les intéresse, ce ne sont pas les
résultats, mais le processus, pas les gains, mais
la bataille. Et ça, les Québécois n’en raffolent
pas. es forces fédéralistes ont vivement critiqué
la stratégie de la chef du PQ, Pauline Marois,
qui, faute de pouvoir faire la souveraineté, veut
aller chercher un à un les pouvoirs à Ottawa, y
voyant la recette parfaite pour une interminable
période de chicanes.
Cen’est pas faux. Mais il faut analyser ce projet
dans son contexte. La signification profonde de
cette stratégie péquiste, c’est que le projet
souverainiste est à l’agonie. L’idée n’est pas
morte, mais elle n’a aucune chance de succès. Les
Québécois ne veulent pas de la souveraineté: à
peine une personne sur trois, selon le sondage
Angus
Des pleurnichards - LAURENT SAGALOVITSCH
L’auteur est un écrivain français installé à
Vancouver. Sa lettre a été publiée sur le site
français liberation.fr.
Quand ils débarquent à Vancouver, les Québécois
sont aussi retors que des inspecteurs du fisc.
Le Canada est un pays étrange. I rréductiblement
schizophrène. Atteint d’une crise de bilinguisme
aiguë. Théâtre d’une guéguerre qui dure depuis
l’enfantement entre les arrogants anglophones et
les fieffés francophones.
Le Québec pleurnichard contre le reste du monde.
Le Québec, malaimé du continent nord-américain.
L’emmerdeur de tourner en rond. Le Québec pourtant
: son accent chuintant, sa bonhomie chaleureuse,
son hospitalité toute méditerranéenne.
Mais aussi, mais surtout, son combat
d’arrière-garde pour sauvegarder coûte que coûte
un morceau de France en cette Amérique
foncièrement angliciste. Sympathique a priori.
Quand ils débarquent à Vancouver, les Québécois
sont aussi retors que des inspecteurs du fisc,
prêts à flinguer le premier officiel qui ne
comprend goutte au français, à vilipender tel
événement qui ne serait pas retransmis dans les
deux langues maternelles du pays, à rebaptiser
aussi sec les rues et avenues de la citadelle en
péril : Granville Island, l’île de Granville;
English Bay, la baie des Anglais; Stanley Park, le
parc Stanley.
Au
début, ce côté tabernacle râleur version José Bové
prête à sourire. Et puis la énième incartade finit
par lasser. Parce que, tout simplement, le nombre
de francophones en ColombieBritannique plafonne à
60 000. Que la France, fille aînée de l’Église, se
trouve à 8000 bornes. Que si vous demandez dans la
langue de Marc Levy votre chemin au piéton jamais
pressé, il vous sourira gentiment et balbutiera du
bout des dents un « sorry » contrit.
Comme une maîtresse délaissée par son amant volage
parti pour s’en aller batifoler avec la voisined’à
côté, Québec l’a mauvaise, que ce soit Vancouver,
qui attire sur elle, pendant deux semaines, toutes
les paillettes médiatiques du monde. Et le fait
savoir.
À l’image d’un sale moutard capricieux jamais
content et bien décidé à pourrir le voyage de
noces de ses parents recomposés, elle râle dans
son coin, ne cesse de vitupérer le colon anglais
et de se plaindre à tire-larigot. Trop chaud, pas
assez de neige, frites pas cuites, bière pas
mousseuse, rues trop propres, cygnes trop blancs,
mouettes hargneuses, canards boiteux, pigeons
méprisants, organisation déplorable, transports
déficients, édifices repoussants.
Pour l’expatrié qui a quitté en catimini la France
pour ne plus avoir à subir la mauvaise humeur
perpétuelle de ses adorables compatriotes, le coup
est rude à encaisser. En contemplant le soleil se
suicider sur les vagues dansantes de l’océan
ensanglanté, on se surprend de nouveau à rêver à
d’horizons encore plus lointains et à rimbaldiser.
Vite, est-il d’autres vies?
Pleurnichards ? Entêtés plutôt - ANNE-MARIE POULIOTTE ET LUC
BÉLAND Les auteurs résident à
Gatineau. Ils réagissent à l’opinion de Laurent
Sagalovitsch, intitulée « Les pleurnichards »,
qui a été publiée mardi dernier. Les Jeux olympiques de
Vancouver sont un événement international. Le
Canada a deux langues officielles – égales l’une
à l’autre – et est donc, selon sa Constitution,
un pays « bilingue ». Du moins, c’est la vision
trudeauiste du Canada. En théorie. Celadit, rienn’a laissé voir
au monde entier cette «réalité officielle» lors
des premières journées à Vancouver. Que ce soit
la signalisation, les « hôtes », les cérémonies,
etc. Après avoir fait part (encore une fois!) de
notre mécontentement, le tout a été rectifié, en
partie. Mais c’est toujours à recommencer…
depuis quatre siècles. Ça, c’est la réalité, pas
la théorie. Nous nous battons depuis
tout ce temps, francophones d’Amérique, sur un
continent anglophone. Au Québec, seule province
francophone dans un pays anglophone, nous devons
sans cesse faire valoir nos droits
linguistiques. Les francophones hors Québec
doivent aussi se battre encore plus pour
conserver leur langue. Il n’y a qu’à voir le
taux d’assimilation d’une génération à l’autre. M. Sagalovitsch, vous ne
pouvez passer de jugement, car vous ne pouvez
comprendre. Lorsque vous retournerez en France,
vous n’aurez pas à vous battre pour votre langue
car, en France, la langue c’est le français.
Bien sûr, on en parle plusieurs autres sur son
territoire, mais vous n’avez pas à vous soucier
de la survie du français en France. Tout comme
les Italiens ne se posent pas la question de la
disparition de l’italien chez eux, non plus que
les Allemands de la langue allemande. C’est la réalité de notre
situation. Mais on parle encore français après
tout ce temps. Il se peut qu’on « pleurniche »,
comme vous dites. Mais surtout parce que nous
sommes entêtés.
La méthode IKEA - Richard
Vigeault
La
stratégie de souveraineté à la pièce de Mme Marois
repose uniquement sur la vieille politique de
l’affrontement
Ce n’est certainement pas le meilleur remède aux
incertitudes économiques qui
pèsent sur le Québec.
PL’auteur est consultant en communication,
ex-journaliste, conseiller des premiers ministres
Daniel Johnson et Jean Charest et membre de l’Idée
fédérale. auline Marois s’est inscrite en fin de
semaine dans la parfaite lignée des chefs du PQ qui
ne savent plus où donner de la sémantique pour
relancer l’idée de la souveraineté. Nous voici
maintenant devant le concept de l’indépendance
morceau par morceau. Après le trait d’union de la
souveraineté-association et le beau risque (
Lévesque), après l’affirmation nationale ( Pierre
Marc Johnson), après le partenariat du référendum de
95 ( Parizeau-Bouchard), après les circonvolutions
de Bernard Landry sur le moment d’un référendum et
la feuille de route d’André Boisclair, nous voici
placés devant l’épreuve de la souveraineté à la
pièce, une sorte de méthode IKEA de montage étape
par étape de Pauline Marois. Nous allons finir par
avoir besoin d’un mode d’emploi !
Bien sûr, il y a des domaines dans lesquels le
Québec pourrait rapatrier plus de compétences. Ce
n’est toutefois en rien une garantie qu’elles
seraient exercées à la satisfaction des Québécois,
comme on peut le constater en santé et en éducation,
où les problèmes fluctuent d’un gouvernement à
l’autre. Je présume que prélever tous nos impôts ne
les fera pas diminuer! Mais en toute logique,
l’objectif de Mme Marois n’est pas de réussir, mais
d’échouer. Seuls les échecs répétés (voire
souhaités) ou ce qui sera présenté comme tel
pourront raviver la flamme vacillante de
l’indépendance et la ferveur pour l’option du PQ.
Par contre si la tactique de Pauline Marois devait
réussir et qu’elle obtient les pouvoirs revendiqués,
les membres les plus durs de son parti ne
manqueraient pas de lui rappeler qu’elle a laissé la
proie pour l’ombre. C’est-à-dire qu’elle aura fait
évoluer le fédéralisme dans le sens des intérêts des
Québécois et, ce faisant, elle aura contribué à
éloigner encore l’avènement de ce que son parti
croit encore être l’indispensable indépendance. Ça
ressemble davantage à un dilemme qu’à une tactique.
Dans
l’esprit des membres les plus radicaux du PQ, plus
n’est jamais assez! Mme Marois dit elle-même qu’elle
cherche à revenir à l’esprit des années 70! On veut
bien que le PQ en soit resté là, mais tout de même,
qui peut affirmer que le fédéralisme a entravé le
développement du Québec depuis 29 ans?
Les Québécois sont sages et n’importe quel sondage
peut leur faire dire que le Québec devrait avoir
plus de pouvoirs. Mais le même sondage révélera
aussi, et dans une forte majorité, que ces
descendants des Normands ne veulent rien savoir
d’une rupture. Déguiser ce piège à ours en volonté
de faire avancer le Québec ne trompera personne.
Cette tactique, véritable camouflage de l’option,
repose uniquement sur la vieille politique de
l’affrontement. Ce n’est certainement pas le
meilleur remède aux incertitudes économiques qui
pèsent sur le Québec.
La proposition de Gérald Larose en appui à la
manoeuvre de Pauline Marois de faire des référendums
à répétition sur chacun des échecs appréhendés ne
ferait pas avancer le Québec d’un pouce. Oui à
l’évolution du fédéralisme, mais franchement, avec
bonne foi, sans chercher à le dynamiter.