GRIPPE
SAISONNIÈRE Des experts recommandent le vaccin dès que
possible
TORONTO
— I l n’est pas nécessaire de retarder l’administration
du vaccin contre la grippe saisonnière sous prétexte
qu’il pourrait augmenter le risque de contracter la
grippe porcine.
Cette recommandation a été émise hier par le Comité
consultatif national de l’immunisation (CCNI), un groupe
d’experts canadiens en immunisation.
Le CCNI suggère aussi que les provinces et territoires
offrent cette immunisation contre la grippe saisonnière
dès que possible.
Il n’avait pas critiqué la décision prise par la plupart
des provinces et territoires de ne pas l’offrir avant le
début de l’année prochaine. Cette décision était en
partie basée sur des études canadiennes non publiées
selon lesquelles les personnes ayant déjà reçu
l’immunisation contre la grippe saisonnière risqueraient
davantage de contracter la grippe porcine.
Mais le CCNI soutient que même si les conclusions de ces
études se vérifiaient, les risques auxquels une personne
s’expose en n’étant pas vaccinée contre la grippe
saisonnière sont plus importants que ceux évoqués dans
les études.
Le
comité presse les provinces et les territoires de lancer
leur campagne de vaccination contre la grippe
saisonnière dès que possible. Il est même favorable à
l’idée d’administrer les deux vaccins au même moment, si
la chose est possible.
La présidente du CCNI, la Dre Joanne Langley, a expliqué
que le vaccin contre la grippe saisonnière peut être
administré avant celui contre la grippe A(H1N1), après
ou simultanément.
La Nouvelle-Écosse, qui avait prévu de reporter la
vaccination contre la grippe saisonnière, sauf pour les
aînés, a changé d’idée et offre maintenant les deux
immunisations aux personnes qui en font la demande, a
cité en exemple la Dre Langley.
Au moins deux membres du CCNI figurent parmi les auteurs
des études non publiées à l’origine des inquiétudes
concernant la double vaccination.
Mais Mme Langley n’a pas voulu préciser si les Dres
Danuta Skowronski , du Centre d’épidémiologie de la
Colombie-Britannique, et Natasha Crowcroft, de l’Agence
ontarienne de protection et de promotion de la santé,
avaient participé au vote pour la recommandation d’hier.
En attendant le vaccin - Stéphane Laporte
Je ne suis
pas un bébé. Je ne suis pas une personne âgée. Je ne suis
pas une personne malade. Je ne suis pas un travailleur de
la santé. Je ne suis pas une femme enceinte, non plus.
Bref, je ne fa is partie d’aucun des groupes qui doivent
recevoir de façon prioritaire le vaccin contre la grippe A
( H1N1).
Si j a ma i s il reste des doses, je devrais donc pouvoir
me faire piquer avant la fin de la construction du nouveau
CHUM. En attendant, qu’est-ce que je fais ? J’arrête de
respirer ? Je rentre chez les moines trappistes ? Je
m’habille en homme-grenouille ? La deuxième vague sévit,
comment fa i re pour surfer dessus ?
À défaut de me donner le vaccin, le gouvernement m’off r e
une brochu r e. Ça s ’ i nt i t u l e Grippe A ( H1N1) –
Ce que vous devez savoir, ce que vous devez faire. On y
apprend d’abord que c e g uide est très i mportant et
qu’il faut le conserver précieusement. On nous explique ce
qu’est la grippe : une infection très contagieuse des
voies respiratoires. On nous dresse la liste des personnes
à risques. Et on rappelle combien il est important de se
faire vacciner. J’veux bien...
Photos à l’appui, on nous montre comment se laver les
mains en six étapes : mouiller, s avon ner, f r ot t e r ,
r i ncer, sécher, fermer. Enfin, je sais ! On dit aussi
que si on se sent faible, il faut se reposer. Un peu plus,
on nous enseignerait comment dormir en trois étapes :
s’allonger, se fermer les yeux, et ne penser à rien.
On nous indique que si on est confus, il faut aller aux
urgences. Le problème, c’est que lorsque je serai confus,
je risque de ne me plus me rappeler ce qui est écrit dans
la brochure.
D’ailleurs, je suis peut-être déjà confus car j ’a i relu
la phrase suivante 10 fois avant d’en comprendre l e sens
: « Si vos symptômes durent plus de sept jours, vous
pouvez reprendre vos activités quand votre état général
vous le permet. »
Ça veut dire quoi ? Plus vague que ça, tu tousses. Si ça
fait sept jours que je suis malade, je peux reprendre mes
activités pourvu que j ’aille mieux ? ? ? Bref, si je me
sens bien, je peux recommencer à t ravailler. À moins
qu’il faille aborder cette directive a contrario. Si ça
fait moins de sept jours que mes symptômes durent, il est
préférable de ne pas reprendre mes activités, parce que je
suis toujours contagieux. Plus ça fait longtemps que tu es
malade, plus que tu peux retourner travailler parce que tu
n’es plus un danger. Au fond le gouvernement se fout que
tu sois malade comme un chien depuis un mois, pourvu que
tu ne contamines personne. C’est ça le bien commun.
Je me
moque mais j e ne devrais pas. Écrire un guide de 16 pages
sur la grippe, faut le faire. Au fond, tout tient en trois
phrases...
Lavez-vous les mains, ne touchez pas aux autres,
faitesvous vacciner. Si ça ne file pas, restez chez vous.
Si ça va plus mal, appelez le docteur. Si vous êtes en
train de crever, allez aux urgences. Pas besoin de
compliquer ça comme un manuel IKEA.
Aussi vilaine soit-elle, une grippe, ça reste une grippe.
Ce n’e s t pas l a pa r a l ysie supranucléaire
progressive, la myopathie de Duchenne ou la
leucodystrophie. Une grippe, tu fais de la fièvre, t’as
mal partout, pis tu ne files pas. Normalement, ça dure une
semaine, si tu te soignes, et ça dure sept jours, si tu ne
te soignes pas. Normalement quand t’as la grippe, personne
ne te plaint. Personne ne te donne de cadeau non plus.
Ceux qui vainquent la grippe ne deviennent pas des héros,
n’écrivent pas de livre, et ne vont pas à la télé raconter
leur combat. La grippe, c’est à peine une maladie, c’est
banal, comme les pellicules. Il y a bien eu la grippe
espagnole, mais personne ne s’en souvient. Pour la
majorité des gens, la grippe espagnole, c’est ce qui
explique la voix de Julio Iglesias.
La grippe a toujours été le moindre de nos soucis. Toutes
les alertes à la pandémie nous pa r a i s s a i ent pat
hétiques . Ben oui, ben oui, la grippe aviaire... Ben oui,
ben oui, la grippe porcine... On n’y croyait pas.
Tellement que la plupart des Québécois ne souhaitaient pas
se faire vacciner.
Ça, c ’é t a it ava nt . Avant lundi. Lundi, jour un de la
grande vaccination, un jeune Ontarien en santé est décédé
de la grippe A ( H1N1). Tout a viré de bord. La file pour
aller voir le film de Michael Jackson a changé d’idée et
s’est précipitée vers le centre où on pouvait se faire
vacciner. On ne veut pas ressembler à Thriller.
Depuis lundi, c’est l’opér a t i o n p i q u e z - moi . R
u e S a i nt-Den i s , de s pushers chuchoteraient : pote,
coke, vaccin anti-grippe A ( H1N1), ils feraient fortune.
Tout le monde veut sa dose. Un renversement de situation
qui prend les autorités de cours. On ne s’attendait pas à
une telle ferveur pour le vaccin. Le beaujolais nouveau
songe à ajouter de l’adjuvant tellement c’est populaire.
Certaines personnes devront at t endre encore au moins un
mois avant de recevoir la potion magique. Que fait-on ? La
brochure a beau avoir 16 pages, elle se lit en un quart
d’heure. Pour ne pas que les patients cessent de l’être,
le gouvernement devrait nous occuper. Distribuer des
masques et des gants dans nos boîtes aux lettres. Ou
pourquoi pas une bonne soupe maison ? Un petit geste
rassurant pour ne pas que l’on cède à la panique. Juste
pour sentir que même si on n’est pas bébé, âgé ou
enceinte, on est quand même important à leurs yeux.
Bon vaccin tout le monde, profitez-en, c’est sur le bras
de l’État. Et sur le vôtre, aussi !
Gare aux faux prophètes -
Jean Barreau
Magiciens de la recherche, ces opposants à la
vaccination détournent l’attention vers des faits
invérifiés et souvent invérifiables
Je me lève le matin et je me demande quelle baliverne
tombera sur mon bureau ou dans ma boîte courriel au
sujet de la vaccination A(H1N1). Puis, je tombe
parfois sur un prophète, intellectuel autoproclamé,
qui arpente le Québec pour nous délivrer d’une vaste
conspiration de savants fous.
Je prends la peine parfois de les écouter, ces
intellectuels. Je me dis qu’il faudrait au moins que
je prête une petite oreille à un homme qui prétend
passer 26 heures par jour et huit jours par semaine à
faire des recherches théoriques sur des complots, pour
voir ce qu’il en est de ces vantardises.
Je me surprends parfois à perdre du temps sur le site
internet de certains de ces prophètes pour aller y
chercher les références et la source des accablantes
preuves qu’ils détiennent. Et je ne trouve rien! Que
des pages blanches qui poudroient, et quelques très
édifiants courriels, qui ont le mérite, au moins, de
me divertir. Mais, quand même, lorsqu’on prétend avoir
ce qu’il faut pour abattre le réseau de santé publique
mondiale, on doit faire plus que de parler des
diplômes que l’on a commencés sans les finir.
Ces prophètes parlent bien, ont un discours qui – en
apparence – semble articulé, et que des gens vont se
laisser convaincre. Que de questions j’aimerais leur
poser à ces « débusqueurs » de complot!
Trouver des liens et des rapports obscurs est à la
portée de quiconque possède un ordinateur. Comprendre
ce qu’on lit, être critique est une autre paire de
manches. Si ces magiciens de la recherche passaient
moins de temps plongés dans leurs lectures et plus de
temps sur le terrain, dans le vrai monde, à vérifier
qu’ils ont bien compris ce qu’ils ont lu, nous
perdrions moins de temps à chasser des mouches.
Mais,
hélas! On les voit partout ces prophètes. Ils
pourrissent les débats, congestionnent les boîtes de
courriel, détournent l’attention vers des faits
invérifiés et souvent invérifiables, et nous forcent à
leur consacrer du temps et de l’énergie qui seraient
diablement plus utiles ailleurs. Ce faisant, nous leur
donnons une légitimité qu’ils ne méritent pas.
Lorsque quelqu’un m’annonce, preuve à l’appui que la
Terre est plate, je me dis : « Bien, merci pour cette
information utile », et je balaye le dossier dans la
filière ronde sous mon bureau. Personne ne va en
mourir, la santé publique n’est pas menacée. Mais
lorsqu’un expert autoproclamé tente, et réussit, à
convaincre des gens d’arrêter leur traitement ou de ne
pas recevoir un vaccin sécuritaire qui leur
épargnerait des problèmes, je dis: « Commencez par
nous démontrer que vous savez de quoi vous parlez – et
non comment vous parlez – et arrivez-nous avec autre
chose que de belles ballounes mauves ficelées avec des
lacets de bottine. Si vous voulez contredire des
experts qui ont consacré leur vie à trouver des moyens
pour améliorer la santé de leurs semblables (et je ne
parle pas de moi), il vous faudra plus que nous dire
que vous êtes des intellectuels surdoués. »
Comment un expert peut-il, de façon convaincante,
réfuter une série d’énormités sans y perdre un temps
fou? Le voilà qui se débat, qui cite ses
connaissances, la littérature, son expérience de
terrain et sa logique. Et le débat s’enlise dans les
détails techniques. Ce qui laisse croire, faussement,
que l’expert s’adresse à un autre expert. Peu importe
l’issue, le faux prophète aura gagné, au moins, d’être
traité d’égal à égal. Et les conséquences peuvent être
démesurées.
Le virus pandémique est bénin et vous vous en sortirez
avec deux ou trois jours de repos, nous disent
certains bien-pensants, le sourire narquois. La belle
affaire que voilà! La grippe A (H1N1) tue des jeunes
comparativement à ce qu’on voit avec la grippe
saisonnière. C’est un fait, solide comme une cloison
d’acier. Pas à la tonne, il n’y a pas d’hécatombe;
mais on ne se bat pas contre la vaccination en
essayant d’entraîner le plus gens possible parce qu’il
n’y a pas encore assez de décès qui le justifie. C’est
une énormité. Chaque décès est un décès de trop s’il
peut être évité.
Le vaccin est là, il ne coûte presque rien et il est
sûr. Et quand bien même elle ne sauverait que 200 vies
au Québec, la vaccination de la population aura eu un
sens.
La santé publique lance un appel au calme
- Pascale Breton
Alors
qu’il suscitait la méfiance il y a quelques jours à
peine, le vaccin contre la grippe A ( H1N1) entraîne
maintenant une course contre la montre. À tel point que
la santé publique lance un appel au calme.
PHOTO PATRICK SANFAÇON,
LA PRESSE
« On offrira la vaccination à tout le monde, je pense
qu’il faut se calmer », déclare le directeur national de
la santé publique, le Dr Alain Poirier.
La mort d’un adolescent en apparente bonne sa nté en
Ontario, plus t ôt cette semaine, a provoqué une vive
inquiétude, notamment parmi les parents. Les files
d’attente s’allongent devant les centres de vaccination
de masse. Plusieurs se présentent alors qu’ils ne font
pas partie des catégories qui doivent être vaccinées en
priorité.
Il y a quelques jours à peine, des sondages montraient
pourtant que les Québécois étaient réticents à se faire
vacciner. Pour espérer atteindre un plus haut taux de
vaccination dans la population, la santé publique avait
alors indiqué que, tout en faisant appel au bon sens de
la population pour respecter les dates de vaccination,
personne ne serait refusé.
Face à l’affluence des derniers j ours, l e message a
changé. La santé publique demande maintena nt au x
agences régionales de resserrer les consignes. « Nous
allons insister un peu plus sur le fait que les gens
doivent respecter les consignes d’appel. Nous pensions
que ça se ferait un peu plus dans l’ordre », reconnaît
le Dr Poirier.
Parmi les gens qui réclament le vaccin, il y a beaucoup
de parents inquiets. « Si une mère vient faire vacciner
son enfant de 3 ans, on va tenter de la vacciner du même
coup, plutôt que de lui demander de revenir lorsque ce
sera son tour », explique le Dr Poirier.
Le problème, souligne-t-il, ce sont les autres,
notamment les personnes âgées. « Elles n’ont aucune ra i
son, elles débarquent même en autobus d’une région
voisine pour se faire vacciner. (...) On a beaucoup de
gens qui ne regardent pas t rop comment ça fonctionne.
Là, on en a trop. »
Les personnes âgées ont été les moins touchées par la
première vague de grippe A ( H1 N1) au pr i ntemps . I l
semble qu’elles aient été exposées à des souches du
virus au cours de leur vie et qu’elles aient développé
une immunité.
Ac t uel l e ment , le v i r us H1N1 semble affecter les
plus jeunes en plus grand nombre. Par conséquent, ils
sont plus nombreux à développer des complications
graves. C’est ce qui explique que les personnes âgées
figurent dans les catégories de personnes qui seront
vaccinées plus ta rd, explique le Dr Poirier.
Pas de vaccin dans les cabinets privés
Face à
l’affluence dans les centres de vaccination, plusieurs
réclament par ailleurs que le vaccin soit accessible
dans les cabinets de médecin et les écoles. Pour le
moment, ce ne sera pas le cas.
Certaines régions peuvent choisir de faire une
vaccination dans les écoles, mais ce n’est pas possible
à grande échelle. I l faut le consentement des parents,
d’abord, mais il y a aussi une question de logistique,
explique le Dr Poirier.
Dans des régions comme Mon t r é a l , L a v a l o u la
Montérégie, où l’on compte des centaines d’écoles, il
est i mpossible de vacciner un nombre suffisant de
personnes en peu de temps.
En outre, toutes les doses ne sont pas disponibles
actuellement. C’est aussi la raison pour laquelle les
cabinets de médecins n’offrent pas le vaccin,
contrairement à ce qui se produit avec la vaccination
contre la grippe saisonnière, où l ’on peut généralement
recevoir le vaccin chez son médecin ou sur son lieu de
travail.
« Avec le vaccin saisonnier, nous avons beaucoup moins
de doses et beaucoup plus de temps pour procéder à la
vaccination », explique le Dr Poirier.
Pour le moment, même si la deuxième vague de grippe A (
H1N1) est bel et bien commencée, la situation est
toujours maîtrisée, rappelle la santé publique.
Les urgences sont plus achalandées ces jours-ci, mais
les cas ne sont pas plus graves, constate d’ailleurs le
Dr Bruno Ber na r di n , s pécia l i s t e de médecine
d’urgence à l’Hôpital général de Montréal.
« J ’a i vu plus de cas de grippe en trois jours qu’en
une saison normale. Ce ne sont pas des gens très
malades, ils sont surtout inquiets », relate-t-il.
L’inquiétude vient notamment des décès récents chez des
j eunes. Mais la grippe saisonnière entraîne aussi,
chaque année, quelques rares décès subits chez des
jeunes, souligne le Dr Bernardin.
La différence avec la grippe A (H1N1), outre le fait
qu’elle semble t oucher dava ntage les jeunes, est
qu’elle semble aussi plus contagieuse.
Si plus de personnes sont touchées, il est normal qu’un
plus grand nombre d’entre elles développent des compl i
c a t i ons g r aves , c e qui risque d’entraîner plus
d’hospitalisations, notamment aux soins i ntensifs. D’où
l ’ i mportance de la vaccination pour prévenir cette
situation, rappelle-t-il.
Des hôpitaux pédiatriques congestionnés Le service
Info-Santé répond à trois fois plus d’appels qu’à
l’habitude
Les
urgences de l’ Hôpital de Montréal pour enfants et du
centre hospitalier universitaire Sainte-Justine
débordent. En raison de la deuxième vague de la
pandémie de grippe A ( H1N1), les deux établissements
fonctionnent à 180 % de leur capacité.
En conférence de presse hier matin, les directeurs des
urgences des deux hôpitaux ont la ncé un message aux
parents : si les enfants présentent des symptômes de
grippe bénins, ils doivent demeurer à la maison. « Les
urgences sont réservées aux cas urgents », ont-ils
répété.
« Comme l a maladie est bénigne, je pense qu’on fait
face, à ce stade-ci aujourd’hui, à une psychose du
H1N1 », a dit le Dr Michael Arsenault, directeur
médical des serv i c e s d ’ u r ge nc e a u C H U
Sainte-Justine.
I l estime que près de la moitié des enfa nts qui se
présentent aux urgences de s on ét abl i s s ement
depuis une semaine présentent des symptômes d’allure
grippale. Puisque plusieurs cas sont « bénins »,
a-t-il souligné, son équipe pourrait avoir du mal à
soigner promptement les enfants les plus souffrants.
« Le mécanisme pour dépister ceux qui sont plus
malades dépend du triage. Et si le triage est débordé
par des cas de personnes moins malades, ça rend le
travail au triage très difficile et c’est ça qui
pourrait causer des problèmes », a-t-il expliqué.
La mort subite d’un garçon de 13 ans en Ontario de
symptômes s’apparentant à la grippe A ( H1N1) suscite
l’inquiétude chez beaucoup de parents dont l’enfant
est fiévreux. La direction des deux hôpitaux comprend
les préoccupations des parents. Elles leur demande
toutefois, s’ils sont i nquiets, de consulter d’abord
un médecin de famille ou encore le personnel d’une
clinique sans rendez-vous de leur quartier.
Il est avisé de se rendre à l ’ hôpital seulement en
cas d’urgence ou de symptômes de grippe chez un enfant
atteint d’une maladie chronique.
Info-Santé
Avant de consulter un médecin avec un enfant, beaucoup
de parents consultent d’abord I nfo-Santé. À Montréal,
le service a d’ailleurs détaché une partie de son
personnel pour répondre uniquement à des questions au
sujet de la grippe. « Si l’on regarde le nombre total
d’appels, on est passé du simple au triple en une
semaine » , c a l c ule Marcelle Raymond,
coordonnatrice qualité et partenariat au service
régional Info-Santé de Montréal.
Dans la seule journée de mercredi , les i n f i r
mières d’Info-Santé à Montréal ont répondu à 841
appels à propos de la grippe. Près de la moitié des
appels concernent des enfants. Mme Raymond assure
toutefois que les infirmières ne dirigent qu’une mi
nor i t é de c a s ver s urgences.
« Des appels reçus mercredi à propos de la grippe,
nous n’en avons dirigé que 4,3 % dans les urgences,
tous âges c onfondus. Normalement , pour l’ensemble de
nos appels, on en di r i ge 9 % vers les urgences. Il
y a malheureusement un mythe qui dit que nous
dirigeons tout le monde vers l’hôpital. »
Le débordement est toutefois palpable au service
InfoSanté de Montréal depuis lundi. Le temps d’attente
au téléphone peut atteindre 30 minutes selon les
moments de la journée.
« Info-Santé fait face à un i mportant volume
d’appels, c’est tout à fait observable. Nous t
ravaillons pour voir ce qu’il est possible de faire
pour rehausser le nombre d’appels auxquels on répond,
mais c’est un défi quotidien », assure Dominique
Breton, porte-parole du ministère de la Santé.
les
Les centres de vaccination de la région doivent refuser
des gens
Affluence dans les Laurentides
Victi me de son succès, l a région des Laurentides
doit maintenant restreindre la vaccination aux
seules personnes qui figurent parmi les catégories
jugées prioritaires.
Hier, le centre de vaccination de Sa i nt-Eustache
reflétait bien l’état de panique qui règne chez
certains. En après-midi, plus de 2000 personnes
attendaient d’être vaccinées, selon les estimations.
Or, il est possible d’en vacciner de 800 à 1000 en
une journée.
« On ne pensait jamais qu’il y aurait une telle
affluence », a reconnu la Dre Blandine
Piquet-Gauthier, directrice de l a s a nté publ i
que des Laurentides.
La région des Laurentides a amorcé sa campagne de
vaccination plus tôt que d’autres. Dès lundi, les
travailleurs de la santé, les pompiers, les
policiers, mais aussi les enfants en bas âge et les
malades chroniques de moins de 65 ans étaient
attendus pour la vaccination.
Résu l t a t , des r é s i da nt s d’autres régions,
notamment de Montréal, sont venus gonf ler les files
d’attente dans les Laurentides. Il y a aussi
plusieurs parents très anxieux qui souhaitent faire
vacciner leurs petits rapidement, surtout depuis le
décès d’un jeune garçon survenu en Ontario plus tôt
cette semaine, a noté la Dre Piquet-Gauthier.
« I l y avait beaucoup de parents antivaccin, mais
ils ont changé d’idée avec ce qui s’est passé en
Ontario. Nous sommes obligés de faire un appel au
calme. La situation actuelle n’est pas dramatique. »
Tension
Mais en fin d’après-midi, la tension était palpable
chez ceux qui attendaient leur tour, dans le
stationnement face au centre de vaccination.
« C’est pathét ique, c ’est une désorganisation
totale ! » pestait Louise Baillargeon, 61 ans, de
Montréal. Dans la file depuis plus de deux heures,
elle n’était même pas encore à mi-c hemin de l a
porte d’entrée du bâtiment. « J ’a i passé quatre
mois à l ’ hôpital et j ’ai été opérée pou r l e c
oeur l a s e maine dernière. Pour moi, i l n’y a auc
u ne c ha nce à prendre » , a-t-el le pla idé pour
justifier sa présence dans le stationnement.
Pour gérer la foule, deux employés du centre de
santé et de services sociaux de DeuxMontagnes,
responsable de la vaccination à Saint-Eustache,
écumaient le stationnement en répondant aux
questions. Des policiers étaient également postés
tout près.
La responsable des communications au CSSS de
DeuxMontagnes, Line Gendron, reconnaît que la
situation a pris une ampleur inattendue.
« On f a i t appel au s ens civique, mais
évidemment, ce n’est pas écrit dans le front d’une
personne qu’elle a une maladie chronique ou pas. »
Elle s ’est tout de même réjouie de voir que le
message sur l’importance de la vaccination semble
avoir passé. Au terme de sa campagne, l ’ a gence
des L au r e nt i des espère avoir rejoint au moins
4 4 0 0 0 0 des 525 0 0 0 résidants de la région.
« Les écoles peuvent très bien continuer à fonctionner
» - Pascale Breton & Isabelle Audet
Depuis
la rentrée scolaire, 16 écoles de Montréal ont rapporté
que plus de 10 % des élèves d’un même niveau
présentaient des symptômes d’allure grippale. La moitié
de ces foyers d’éclosion ont été signalés mardi, a
rapporté hier l’Agence de santé et de services sociaux
de Montréal.
La
situation
n’est pas hors de contrôle dans les écoles, estime la
direction de la santé publique à Montréal, qui
surveille de près les foyers d’éclosion de la grippe A
(H1N1).
Sur le lot, 12 des institutions touchées par la grippe
sont des écoles primaires, et quatre des écoles
secondaires. Malgré l’augmentation récente des cas
présumés de grippe, le directeur de la santé publique à
l’Agence de santé et de services sociaux de Montréal, le
Dr Richard Lessard, s’est fait rassurant.
« I l y a des éclosions de grippe dans les écoles chaque
année. (…) et on n’arrête pas le système scolaire pour
autant. Pour l’instant, on attache une attention
particulière aux éclosions dans les écoles parce qu’on
suit ce qui se passe avec le H1N1, mais on est loin
d’une situation qui est hors contrôle. Les écoles
peuvent très bien continuer à fonctionner même s’il
manque quelques enfants. »
Il a ajouté qu’il n’est pas nécessaire que les parents
gardent les enfants à la maison si plusieurs camarades
présentent des symptômes de la grippe. Selon lui, les
parents peuvent aussi contracter la grippe dans leur
milieu de travail et « ramener le virus à la maison ».
Le responsable des communications à la Commission
scolaire de Montréal, Alain Perron , t enait l ui aussi
à relativiser la situation. « Oui, c’est vrai, ça
(l’évolution de la pandémie) va vite. Mais
habituellement, en février, le taux d’absence à cause
des rhumes est plus grand qu’en ce moment. On ne se
cache pas la tête dans le sable, la grippe est là, mais
on veut juste mettre les choses en perspective. »
Le
ministère de l’ Éducation suit lui aussi quotidiennement
la situation dans les écoles du Québec. Chaque jour, la
direction des établissements où plus de 10 % des élèves
et du personnel ne se présentent pas (toutes maladies
confondues) en avisent le ministère. D’après Santé Ca
nada , c e t au x de 10 % représente un signal d’une
situation « à suivre ».
Priorité aussi aux élèves ?
Le président de la Centrale des syndicats du Québec,
Réjean Parent, s’est interrogé publiquement hier sur
l’ordre prioritaire dans la campagne de vaccination. Il
a rapporté l’inquiétude des travailleurs de l’éducation,
dont plusieurs réclament d’être vaccinés dès maintenant,
comme le personnel du secteur de la santé.
« Certains de nos membres se demandent pourquoi nous ne
sommes pas dans un secteur prioritaire étant donné qu’on
est dans des espaces restreints et qu’on est un lieu de
propagation aisé », a-t-il déclaré.
L’Agence de sa nté et de services sociaux de Montréal a
toutefois précisé que, pour le moment, l’ordre
prioritaire n’allait pas changer.
Femmes enceintes : Les obstétriciens et gynécologues
sont inquiets - Pascale Breton
Les
craintes et les réticences d’un grand nombre de femmes
enceintes à se faire vacciner inquiète l’Association des
obstétriciens et gynécologues du Québec.
« On demande à ce qu’elles soient vaccinées en premier,
mais surtout, qu’elles soient rassurées de le faire »,
explique la présidente de l’Association, la Dre Corinne
Leclercq.
Dès l a 14 e s e mai ne de grossesse, soit le début du
deuxième trimestre, les femmes peuvent recevoir le
vaccin avec adjuvant. Et elles devraient le faire,
puisque la deuxième vague de grippe A ( H1N1) est bel et
bien commencée, i nsiste l a Dre Leclercq.
Les femmes enceintes ne sont pas plus à r i sque de
contracter le virus, mais plus s usceptibles de s ubir
des complications si elles sont infectées.
Si, au
départ, la recommandation était d’utiliser un vaccin
sans adjuvant pour les femmes enceintes, il semble
maintenant qu’il soit efficace et sécuritaire d’utiliser
le vaccin avec adjuvant pour ce groupe de population. es
bénéfices seraient supérieurs aux risques.
D’ailleurs, il existe certains désavantages à utiliser
le vaccin sans adjuvant, souligne aussi la Dre Leclercq.
Il semble moins efficace, donc il pourrait nécessiter
plus d’une dose, sans compter que la charge virale qu’il
contient est plus élevée.
Les femmes enceintes de moins de trois mois sont plus c
raintives puisque c ’est la période où le foetus se
forme. « La communauté scientifique ne peut pas prouver
hors de tout doute qu’effectivement, il n’y a aucun
risque de malformation », indique la présidente de
l’Association.
Pour ces femmes, un vaccin sans adjuvant sera disponible
d’ici une semaine ou deux.
Le vaccin se fait attendre - Pascale
Breton
L’augmentation des cas de grippe A (H1N1) laisse
présager que le pire pourrait survenir dès la
mi-novembre, alors que la majorité de la population ne
sera pas immunisée. Les foyers d’infection sont nombreux
en Montérégie, en Mauricie et en Outaouais.
PHOTO ANDRÉ TREMBLAY,
LA PRESSE
La
grippe A (H1N1) pourrait prendre de vitesse le
programme national de vaccination. Le pire pourrait
d’ailleurs survenir dès la mi-novembre, alors que la
majorité de la population ne sera pas immunisée.
Faisant partie des groupes prioritaires, Julie
Lefebvre, infirmière à LaSalle, s’est présentée hier à
la clinique de vaccination du CLSC Dorval-Lachine pour
recevoir le vaccin.
Une trentaine d’écoles de la Montérégie, une trentaine
en Mauricie et 26 en Outaouais r apportaient hier un t
aux d’absentéisme de plus de 10 % parmi les élèves et le
personnel, notamment pour des symptômes d’allure
grippale.
« Tous nos indicateurs du virus sont en augmentation »,
confirme le directeur national de la santé publique, le
Dr Alain Poirier.
Pas question toutefois de changer l’ordre de
vaccination, comme en Ontario, qui a pris cette décision
après le décès d’un hockeyeur de 13 ans. Certaines
personnes n’auront pas été vaccinées quand le pire de la
grippe va frapper, reconnaît le Dr Poirier.
« À mesure que le vaccin arrive, on va leur offrir, dans
l’ordre de ce qui nous apparaît le plus préoccupant. (…)
Il va falloir que certains attendent », explique-t-il.
La plus r écente c apsule d’information diffusée par la
santé publique indique qu’au pire de la deuxième vague,
de 50 à 200 lits de soins critiques pourraient être
requis pour soigner les enfants malades.
Chez les adultes, i l faut prévoir de 250 à 1000 l its
pendant la semaine la plus critique, probablement
quelque part à la fin novembre. Des salles de réveil et
des salles de chirurgie pourraient alors être
réquisitionnées pour hospitaliser les malades.
Des ratés à Montréal
Pour l’heure, ce sont toutefois des ratés dans la
distribution des doses de vaccins dans certains hôpitaux
de Montréal qui suscitent l’inquiétude. En fin de
journée hier, les deux plus gros centres hospitaliers
universitaires, le CHUM et le CUSM, n’avaient pas encore
reçu les doses pour vacciner les travailleurs de la
santé.
Da n s les cou loi rs des u r ge nc e s du C H U M, les
interrogations quant au début de la vaccination
alimentent les conversations.
« Les
gens en parlent beaucoup. Ils sont un peu fâchés et un
peu inquiets. Ils se demandent pourquoi nous n’avons pas
encore le vaccin alors que dans d’autres hôpitaux, la
vaccination est commencée », raconte la chef des
urgences du CHUM, la Dre Emmanuelle Jourdenais.
L a di r ec t i on du CH UM multipliait les efforts hier
pour obtenir quelques doses. Dès qu’elles arriveront,
les médecins et le personnel qui travaillent directement
auprès des malades, notamment aux urgences, aux soins
intensifs et en dialyse, seront vaccinés en priorité.
Hier, l’Agence de santé et de services sociaux de
Montréal ne pouvait expliquer ces différences dans la
distribution des vaccins. Une conférence de presse est
prévue ce matin.
« C’est tout un déploiement. Il y a des hôpitaux qui ont
reçu leurs doses, d’autres qui ne les ont pas reçues, ça
va rentrer au fur et à mesure cette semaine », explique
Monique Laganière, du ser vice des communications.
Pourtant, plusieurs hôpitaux ont commencé la vaccination
de leur personnel, notamment sur la Rive-Sud. À
Montréal, l ’ h ô p i t a l Ma i s o n n e u v e -
Rosemont c o mmencera à vacciner ses employés en fin de
journée jeudi. À l’hôpital du Sacré-Coeur, un premier
lot de vaccins est arrivé. La vaccination du personnel
en contact avec les patients les plus malades, notamment
aux urgences et aux soins intensifs, a donc commencé
hier.
La direction de l’hôpital du Sacré-Coeur espère que les
employés et les médecins se feront vacciner en grand
nombre.
« Nous avons organisé des rencontres d’information avec
tous les employés pour expliquer en quoi consiste le
vaccin et pourquoi on pense important de se faire
vacciner », souligne la porte-parole de l’hôpital,
Josée-Michelle Simard.
Réaction des microbiologistes
L’hésitation de plusieurs à se faire vacciner a par
ailleurs fait réagir l’Association des microbiologistes
du Québec. Elle presse la population de se faire
vacciner.
« Nous prenons ra rement position, mais là, c’est une
situation qu’on jugeait particulièrement choquante, de
voir à quel point les gens, sans aucune i nformation
réelle, doutent du vaccin. (…) C’est de la démagogie qui
se produit sur l’internet, avec les chaînes de courriels
et les blogues », affirme le président de l’Association,
Stéphane Bourget.
Adversaires en politique, unis contre la grippe
- Pascale Breton
Qu’ont
en commun le ministre de la Santé Yves Bolduc, le député
péquiste Bernard Drainville et le député de Québec s ol
i da i r e Amir Khadir ? Tous trois se sont fait
vacciner contre la grippe A( H1N1) hier, à l’hôpital
Pierre-Boucher de Longueuil.
PHOTO FRANÇOIS ROY, LA
PRESSE
Bernard
Drainville, député Parti québécois
Ce coup d’éclat se voulait avant tout un geste
symbolique. Face à une menace comme celle de la
pandémie, il n’y a plus d’esprit partisan qui tienne, a
expliqué le ministre Bolduc à La Presse. Seul le député
adéquiste Éric Caire était absent car il avait un
empêchement.
Cette vaccination de politiciens était aussi une façon
de montrer l’exemple. « Recevoir un vaccin est bénin
comme geste, mais en même temps, c’est un geste
tellement important parce que ça peut éviter un risque
de complications », a déclaré le ministre.
Les
doutes qui subsistent encore chez certains concernant le
vaccin vont se dissiper avec le début de la campagne,
croit aussi M. Bolduc.
« On comprend que les gens, avant qu’ils aient à faire
le geste, aient un doute, aient des questionnements,
c’est normal. Mais là, on est rendu dans la réalité où
ils doivent prendre une décision. »
Selon lui, c’est un noyau dur de 5 à 10 % de la
population qui tente d’influencer les autres en
soutenant que la vaccination est nocive.
Le ministre s’attend par ailleurs à ce que
l’approvisionnement en vaccins se déroule bien. La
campagne de vaccination a débuté deux semaines plus tôt
que ce qui était prévu initialement, rappelle M. Bolduc.
« À l’intérieur de cinq ou six semaines, on devrait être
capable de vacciner l’ensemble de la population. »
Grippe et questionnement à travers le
monde
Le personnel médical sceptique
- Marc Thibodeau
FRANCE
PARIS — « En tout cas, moi, il n’est pas question que je
me fasse vacciner », lance à La Presse un médecin à
l’issue d’une consultation survenue il y a quelques
jours dans un cabinet privé du 19e arrondissement de
Paris.
PHOTO FRANCOIS GUILLOT,
AGENCE FRANCE-PRESSE
Un
récent sondage montre qu’en France, à peine la moitié
des médecins en pratique libérale souhaitent se faire
vacciner. Du côté du personnel infirmier, le taux de
participation prévu tombe à 35 %. Ci-dessus, un membre
du personnel hospitalier reçoit le vaccin à Paris.
La défiance de la praticienne face à la campagne lancée
pour endiguer la progression du virus (H1N1) n’a rien
d’original en France, où la communauté médicale se
montre plus que réticente à l’idée de se faire vacciner
malgré les appels insistants du gouvernement.
Un récent sondage montre qu’à peine la moitié des
médecins en pratique libérale souhaitent se faire
vacciner. Du côté du personnel infirmier, le taux de
participation prévu tombe à 35%.
« Il y a plus de risques à se faire vacciner qu’à
affronter le H1N1 sans vaccination. On en fait trop et
on fait prendre des risques à la population », répète
aux médias Thierry Amouroux, secrétaire général du
syndicat des professionnels infirmiers.
Dans un récent communiqué au ton alarmiste,
l’organisation affirme que les adjuvants utilisés dans
les vaccins pour amplifier leur effet peuvent influencer
leur sécurité « de façon complètement imprévisible ».
Signe des temps, divers établissements ont indiqué cette
semaine que moins de 10 % du personnel s’était i nscrit
pour recevoir le vaccin contre la grippe A (H1N1), soit
bien moins que pour le vaccin contre la grippe
saisonnière.
La
ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, multiplie les
interventions pour tenter de rassurer le personnel. Les
adjuvants sont « connus et utilisés » depuis longtemps,
souligne la politicienne, qui parle de la vaccination
comme étant un « acte de responsabilité vers soi, mais
aussi et surtout pour autrui ».
Les autorités auront aussi fort à faire pour convaincre
la population de participer à la campagne de
vaccination, qui doit débuter formellement pour le grand
public au retour des vacances de la Toussaint, dans deux
semaines.
Bien que la grippe A (H1N1) soit présente dans tous les
esprits, notamment en raison de la forte couverture
médiatique du sujet, nombre de Français sont sceptiques
face à la nécessité d’un vaccin, voire carrément
hostiles à l’idée. « Moi, je suis contre les vaccins en
général », a commenté Séverine Van Wersch, croisée jeudi
dans une rue du 3e arrondissement avec son jeune enfant
de 4 mois.
Pas question, dit-elle, de vacciner le bébé ou sa soeur
de 6 ans. « On l’avait fait vacciner contre le tétanos
et elle a développé une réaction allergique. Alors moi,
les vaccins, vous savez... » a lancé la Parisienne avant
de reprendre son chemin.
Le scepticisme de la population est alimenté par un
florilège d’écrits sur le web qui colportent une foule
de rumeurs non vérifiées.
Mais aussi par les mises en garde d’intervenants plus
sérieux, qui questionnent l’innocuité des vaccins, la
vitesse à laquelle ils ont été approuvés par les
autorités sanitaires et la pertinence d’une campagne
massive alors que le nombre de décès demeure de loin
inférieur à celui normalement associé à la grippe
saisonnière.
La confusion règne chez les femmes enceintes
- Mali Ilse Paquin
GRANDE-BRETAGNE Un Gordon Brown victorieux a déclaré
la Grande-Bretagne en avance sur le reste du monde
pour son programme de vaccination cette semaine. Le
pays ayant été durement touché, avec 122 morts,
l’arrivée des vaccins a été accueillie avec soulage
LONDRES — Le gouvernement britannique n’y est pas allé
de main morte pour ses provisions de vaccins : 132
millions de doses de Pandemrix et de Celvapan. Un
nombre suffisant pour vacciner deux fois l’ensemble de
la population.
La première phase de la vaccination a démarré en
grande pompe merc r e d i der n i e r . Objectif :
l’inoculation de 11 millions de personnes à risque,
soit les femmes enceintes, les personnes souffrant de
diverses maladies et le personnel hospitalier.
« Les premiers volontaires font preuve de leadership,
i l s e nvoient l e bon message », a affirmé le
ministre de la Santé, Andy Burnham, mercredi dernier à
l’hôpital University College London.
Quelques poches de résistance font toutefois craqueler
le vernis du consensus face au vaccin. Pas moins de 47
% des i nfi r mières n’ont pas l’intention de se faire
immuniser, selon un sondage du Nursing Times. Les
directeurs d’hôpitaux prévoient la participation de
seulement 20 % de leurs effectifs médicaux.
L’efficacité et la sécurité du vaccin sont en cause.
Du côté des fem mes enceintes, la con f usion r è g
ne, c omme en fa it f oi le populaire site pa renta l
Mumsnet. Une discussion en ligne cette semaine a
révélé une grande inquiétude chez les futures mères.
« Je
suis tellement déchirée, écrit " louii ", une femme
enceinte depuis 25 semaines. J u s qu’à l a s e mai ne
dernière, il n’était pas question que j e me f a s s e
vacci ner. Maintenant, je ne sais plus quelle
résolution prendre. »
L’objet de cette angoisse ? L e s a dj uva nt s à ba s
e de squalène présents dans le Pandemrix, produit par
GSK. Les effets secondaires de ces ingrédients, dont
la fonction est de sti muler le système immunitaire,
sont encore peu connus sur les futures mères.
L’Organisation mondiale de la santé a suggéré l’été
dernier qu’elles devraient les éviter dans la mesure
du possible.
Par ailleurs, les États-Unis n’ont toujours pas
approuvé l ’ u s a g e d e v a c c i n s a ve c
adjuvants.
Or, la Grande-Bretagne a commandé deux fois plus de
Pandemrix que de Celvapan, sa ns adjuvant. Sur le site
Mumsnet , qui c ompte un million d’usagers par j our,
une pa r t i c i pa nte nommée « laurawantsababy » a
soumis une pétition au gouvernement exigeant un plus
grand accès au Celvapan pour les femmes enceintes.
Elle a été rejetée.
« Je pense sérieusement me rendre aux États-Unis pour
éviter une i nj ec t i on avec des adjuvants », écrit
« oremstango ».
Cette « panique » est injust i f iée, selon un expert
en conception de vaccin, Tarit Mukhopadhyay. « Je
comprends que les futures mères aimeraient avoir un
"oui" ou un "non" catégorique sur les risques du
Pandemrix, dit le professeur de l’ Univeristy College
London. Toutefois, plus de 40 000 personnes ont été
testées avec succès et il n’y a aucune raison pour que
les femmes enceintes soient plus vulnérables au
vaccin. »
Le dilemme des parents new-yorkais
- Richard Hétu
ÉTATS-UNIS
NEW YORK — À partir de mercredi, les écoles
publiques de New York lanceront une campagne de
vaccination contre la grippe A ( H1N1) qui vise à
vacciner plus d’un million d’enfants d’ici à
décembre. Mais Amanda Castillo, une fillette de 8
ans, ne sera pas du nombre. Ainsi en a décidé sa
mère.
PHOTO WILFREDO LEE,
ASSOCIATED PRESS
À New York, les élèves
pourront recevoir le vaccin contre la grippe A
(H1N1) sous forme de vaporisateur nasal ou par
injection intramusculaire, selon la réponse
qu’auront donnée leurs parents dans un formulaire
de consentement offert en 10 langues, dont
l’ourdou et le bengali. Sur notre photo, une jeune
élève reçoit le vaccin en vaporisateur nasal dans
son école de Miami.
« Je dois avouer que les ef fets secondaires du
vaccin me font plus peur que la grippe elle-même »,
déclare Maria Casti l l o e n a l l a nt cueillir sa
fille dans une école primaire du quartier East
Village, à Manhattan. « J’ai lu tous les articles du
New York Times sur le sujet et aucun ne m’a
rassurée. »
Sa m Si nger, père d ’ u n enfant d’âge scolaire, a
une o pi n i o n d i a mét r a l e ment opposée à
cel l e de Maria Castillo. Il entend ainsi profiter
de l’initiative de la Ville de New York, qui offrira
gratuitement le vaccin contre la grippe A ( H1N1)
aux élèves des écoles primaires d’abord et à ceux
des écoles secondaires ensuite.
« C’est vraiment la meilleure façon de protéger mon
fils », dit Sam Singer, dont le garçon de 6 ans
fréquente le même établissement qu’Amanda Castillo.
« J’ai fait des recherches sur les vaccins en
général et sur celui contre le virus A ( H1N1) en
particulier et je ne vois aucune raison d’avoir
peur. »
Aucun sondage n’a été réalisé à New York pour
déterminer l e pourcentage des parents qui se
retrouvent dans le camp de Maria Castillo ou dans
celui de Sam Singer. Une étude nationale a cependant
révélé cette semaine que 52 % des parents américains
veulent que leurs enfants soient vaccinés contre la
grippe A (H1N1). En r eva nche, plus de si x adultes
sur dix refuseront de se faire vacciner eux-mêmes,
selon le sondage publié dans le Washington Post.
À New York, les élèves pourront recevoir le vaccin
contre la grippe A (H1N1) sous forme de vaporisateur
nasal ou par injection intramusculaire, selon la
réponse qu’auront donnée leurs parents dans un
formulaire de consentement offert en 10 la ngues,
dont l’ourdou et le bengali.
Comme plusieurs autres grandes villes américaines,
New York doit échelonner sa campagne de vaccination
sur plusieurs semaines en raison d’u ne pénurie de
vacci ns contre le virus A ( H1N1) aux États-Unis,
un problème que les laboratoires pharmaceutiques ne
devraient pas pouvoir résoudre avant le mois de
décembre. « En ce moment, nous en sommes à un stade
où la demande est plus forte que la production », a
déclaré la sec réta ire à l a S a nt é , Kathleen
Sebelius.
La demande est également plus forte que la
controverse au sujet de la campagne de vaccination
aux États-Unis, où 30 % des gens ne font pas
confiance à la sécurité des vaccins contre le virus
A ( H1N1), selon le sondage du Washington Post.
Manuela Ruiz, une mère new-yorkaise, fait partie de
ce groupe. Elle fera néanmoins vacciner sa fille de
7 ans.
« Je ne suis pas en faveur de la vaccination, mais j
’ai l’impression de ne pas avoir le choix, dit-elle
à l’extérieure de l’école de sa fille. Quand j’ai
appris que le vaccin serait of fer t gratuitement, j
e me suis dit que tous les enfants le recevraient.
Je ne veux pas que ma fille soit la seule à ne pas
être vaccinée. »
A ( H1N1) 5000 morts dans le monde,
selon l’OMS
GENÈVE — L a grippe A ( H1N1) a tué au moins 5000
person nes da ns 195 pays et territoires de la
planète depuis s on appa r i t i on en mars-av r i
l , s elon l e dernier bilan de l’Organisation
mondiale de la santé (OMS) publié hier.
L e pr é c é de nt bi l a n de l’OMS, diffusé le
16 octobre, faisait état d’« au moins 4735 morts
», soit une hausse de 265 décès en une semaine.
En Amérique du Nord, le nombre de décès a attei nt
3539 personnes.
La région Asie-Pacifique compte 1028 morts, contre
« au moins 261 » en Europe.
L’
I sla nde, l e Soudan et Trinité-et-Tobago ont
enregistré leurs premiers décès liés à la grippe A
( H1N1), t a nd i s que l a Mongol i e , le Rwanda
et São Tomé et Principe ont signalé leurs premiers
cas de personnes infectées.
L a malad i e a t oute f oi s commencé à reculer
dans les régions t ropicales, hormis à Cuba, en
Colombie et au Salvador.
« En général, l’activité grippale dans
l’hémisphère Nord est la même que la dernière
semaine, bien que les maladies respiratoires
continuent de se propager et de voir leur
intensité progresser », selon un communiqué de
l’OMS.
En recul net dans l’hémisphère Sud, le nouveau
virus a affecté au moins 414 945 personnes dans le
monde, selon les dernières données de l’OMS, qui
souligne que ce chiffre est bien en deçà de la
réalité étant donné que nombre de pays ne
comptabilisent plus tous les cas.
La grippe en questions - Isabelle Audet
QUE CONTIENT LE VACCIN?
Principalement, le vaccin qui sera administré aux
Canadiens contient trois ingrédients : > LE VIRUS TUÉ ET
FRAGMENTÉ Pour fabriquer le vaccin contre la grippe A
(H1N1), l’industrie pharmaceutique dépose le virus dans des
oeufs. Dans cet environnement, le virus se multiplie
rapidement. Ensuite, le virus est extrait, puis tué avec un
dérivé du chlore. Enfin, il est fragmenté pour qu’on ne
puisse utiliser que les parties qui permettront à
l’organisme de fabriquer des anticorps. > L’ADJUVANT
Puisque les fragments du virus sont très petits, les
fabricants du vaccin utilisent un « artifice » pour les
rendre plus attrayants pour le système immunitaire.
L’adjuvant est un dérivé de la vitamine E. Huileux, il forme
des billes microscopiques dans le vaccin. Les fragments se
collent à ces billes et semblent plus gros. La réponse
immunitaire est alors plus rapide. > LE THIMÉROSAL Le
vaccin sera offert en fioles contenant chacune 10 doses.
Afin d’éviter que le vaccin soit contaminé d’une utilisation
à l’autre, le fabricant y ajoute du thimérosal. Il s’agit
d’une forme de mercure « éliminée rapidement par le corps »,
précise le Dr Yves Robert, secrétaire du Collège des
médecins. Il ne s’agit pas du méthylmercure, une forme qui
peut être nocive pour l’organisme. Explications : Dr Yves
Robert, secrétaire du Collège des médecins du Québec
ET LA GRIPPE AVIAIRE ?
Le virus de l’influenza prend naissance chez les
animaux. En 1998, l’Organisation mondiale de la santé a
craint qu’une souche présente chez les oiseaux mute et se
transforme en grippe transmissible entre humains. Cette
grippe aviaire a préoccupé les autorités lorsque des
personnes en contact avec des volailles ont attrapé la
maladie en 2003. À ce jour, le virus ne s’est toutefois pas
encore transmis entre humains. « Est-ce que la grippe
aviaire est oubliée ? Non. On surveille toujours son
évolution, mais depuis 11 ans, elle est devenue moins
préoccupante », explique le Dr Yves Robert.
LES ENFANTS, IMMUNISÉS DÈS LE PREMIER VACCIN?
Les enfants de 6 mois à 9 ans devront recevoir deux
demi-doses du vaccin contre la grippe A (H1N1) à trois
semaines d’intervalle. Serontils totalement immunisés dès la
première injection ? Pas tout à fait. Dès la première dose,
le système immunitaire des enfants se prépare à combattre le
virus. Le nombre d’anticorps n’atteint toutefois pas le
niveau optimal pour les protéger complètement. Voilà
pourquoi la deuxième dose est nécessaire. Il est donc
possible qu’un enfant contracte la maladie entre la première
et la deuxième dose. Cependant, pour la grande majorité des
enfants, le premier vaccin diminue les risques de
complications, assure le Dr Yves Robert.
LES RISQUES ASSOCIÉS
> POUR 10% DES PERSONNES VACCINÉES Maux de tête,
fatigue, douleur locale, bosse dure au site d’injection et
douleurs articulaires. > ENTRE 1 ET 10% DES CAS Sensation
de chaleur, démangeaison ou ecchymose au site d’injection,
sueurs ou grelottement accrus, symptômes grippaux, enflure
des glandes du cou, des aisselles ou de l’aine. > ENTRE
0,1 ET 1 % DES CAS Picotement ou engourdissement des mains
ou des pieds, somnolence, insomnie, étourdissements,
diarrhée, vomissements, maux d’estomac, sensation d’être
malade, démangeaisons ou éruptions cutanées. Source : Santé
Canada
LE VIRUS À MONTRÉAL
>
Nombre total de cas confirmés et probables :
1287 > Nombre total de morts : 12 > Nombre de
Montréalais hospitalisés : 232
(18 % des
cas déclarés) > La proportion de Montréalais
hospitalisés est plus élevée chez les enfants de moins de
5 ans et chez les adultes de 60 ans et plus. *Depuis le
début de la première vague,
et jusqu’au 10 octobre. Source : Agence de la santé et des
services sociaux
de Montréal
POURQUOI LES JEUNES SONT-ILS PLUS TOUCHÉS?
Le virus de l’influenza mute fréquemment. Plus une
personne est âgée, plus son système immunitaire a combattu
de souches différentes de la maladie. Les personnes de plus
de 60 ans sont susceptibles d’avoir rencontré une forme
analogue de la grippe A (H1N1) dans les années 50. Les
jeunes de 15 à 45 ans sont les plus touchés par la présente
grippe car leur système immunitaire ne connaît pas cette
souche. « Le virus influenza nous réserve toujours des
surprises parce qu’il a toujours la capacité de décider par
lui-même quand il se met un nouveau masque. Il n’attend pas
l’Halloween », vulgarise le Dr Yves Robert. Ce sont les
personnes atteintes de maladies chroniques qui risquent de
souffrir des complications du virus.
Désinformation inquiétante -
Christian Dufour
L’auteur
est politicologue à l’ École nationale d’administration
publique (ENAP).
On a appris avec stupeur que 67% des Québécois – 67%! –
refuseraient de se fa i re vacciner contre la grippe
A(H1N1). En cette ère d’hyper-information liée à la
révolution technologique, cela révèle quelque chose de
troublant sur l’état de notre société.
On est confronté à une régression collective à un stade
préscientifique, relativement à un enjeu – se faire ou
non vacciner – que l’on croyait naïvement réglé depuis
les années 1770. Le roi de France Louis XV étant mort de
la petite vérole, Louis XVI s’était alors fait vacciner
publiquement contre cette maladie, comme on avait
commencé à le faire en Angleterre, pour calmer les
craintes irrationnelles à ce sujet.
On a l’habitude de dire que l’information, c’est le
pouvoir, et que plus les citoyens auront accès à de
multiples sources d’information, mieux ce sera pour tout
le monde. On voit pourtant dans cette affaire qu’il ne
suffit pas que les gens soient informés, encore faut-il
qu’ils disposent du minimum de jugement ou de formation
leur permettant d’évaluer les diverses informations
qu’ils obtiennent, en ne mettant pas tout sur le même
pied.
Ce qu’il y a de nouveau, c’est que beaucoup de ceux qui
ne veulent pas se faire vacciner ont l’impression d’être
très bien informés: ils ont pris euxmêmes connaissance
sur internet d’un tas d’informations sur le sujet, sans
l’intermédiaire des filtres traditionnels comme les
autorités gouvernementales ou les grands médias.
Disposer de trop d’information sans avoir le support
nécessaire peut être pire que de ne pas être informé du
tout, les gens qui s’estiment bien informés ayant
tendance à manifester une assurance que les autres
n’auront pas.
La
nouvelle hyper-i nformation résultant d’internet
camoufle mal une inquiétante désinformation. En effet, à
moins d’adhérer aux théories du complot ou à l’idéologie
du risque zéro, il suffit de savoir qu’il est probable
qu’une pandémie arrive et que le vaccin offert par le
système a toutes les chances d’être efficace pour
adopter un comportement rationnel dans l’affaire du
A(H1N1).
Un grand nombre de gens vous diront pourtant – gravement
– que c’est beaucoup plus compliqué que cela et qu’ils
ont lu ou entendu un tas de choses troublantes sur le
sujet.
Le trop plein d’informations douteuses condamne une
partie de la population à l’impuissance, provoquant une
régression à un stade que l’on croyait révolu depuis
deux siècles.
On voit clairement les limites de l’approche citoyenne
en matière d’information à l’ère d’internet. Cela
rappelle l’importance de disposer d’élites véritablement
formées et informées, comme les fonctionnaires de la
santé et les journalistes. On n’ose penser à ce que cela
sera si les journaux traditionnels disparaissent, comme
on nous le promet.
L’individualisme exacerbé de nos sociétés, où le
citoyen-roi a la conviction de pouvoir juger de tout, y
compris de ce qu’il ne connaît pas, est dangereux. Car
non seulement monsieur et madame Tout-le-monde ont-ils
individuellement accès à un nombre illimité
d’informations pas toujours fiables, ils se méfient
maintenant de tout système d’autorité quel qu’il soit.
C’est
la recette pour la catastrophe alors qu’on croit dur
comme fer en son droit imaginaire à une vie sans aucun
risque.
La campagne en dix questions - Isabelle
Audet
La
campagne de vaccination s’amorcera lundi. Dès samedi,
l’information au sujet des cliniques de vaccination
régionales sera accessible sur le site internet
(ou encore au 1-877-644-4545). Le site, constamment mis
à jour, contiendra les détails de la campagne pour
toutes les régions du Québec, assure le ministère de la
Santé. Tous les Québécois pourront recevoir le vaccin c
e t autom ne. Cependa nt , puisque la province ne
dispose pas encore de toutes les doses, certaines
personnes jugées « à risque » seront vaccinées en
priorité. I l s’agit des travailleurs de la santé, des
personnes atteintes de maladies chroniques comme
l’asthme, des femmes enceintes, des enfants de 6 mois à
5 ans moins un jour, et des Québécois sit ués dans les
régions éloignées (où l’accessibilité aux services de
santé est plus complexe).
RPersonne ne vérifiera si ceux qui demandent le vaccin
dans la première vague font partie de la population à
risque. « Évidemment, le principe général, c’est qu’on
ne renvoie pas les gens (à la maison). Mais ne vous
présentez pas tous la première journée ! Faisons
l’hypothèse q ue s e u l e ment 3 0 % de s Québécois
sont intéressés à la vaccination, ça fait quand même 2
millions de doses. On n’a pas ça présentement, ni même à
l’intérieur des deux premières semaines », a indiqué le
docteur Alain Poirier, directeur national de la santé
publique.
ROui. L’adjuvant est ajouté au vaccin pour accélérer la
réponse immunitaire et rendre le produit plus efficace.
Il s’agit essentiellement de vitamine E. Cependant, le
vaccin avec adjuvant n’a pas été testé auprès des femmes
enceintes. Bien que la Santé publique recommande aux
futures mères de se faire vacciner dès maintenant,
celles qui demeurent inquiètes pourront obtenir un
vaccin sans adjuvant au cours des prochaines semaines.
Non. Il faut attendre entre 7 et 14 jours avant que le
corps ait produit suffisamment d’anticorps protecteurs.
D’après la Santé publique, le vaccin contre la grippe A
(H1N1) est efficace dans une proportion variant de 95 à
98 % après cette période. Pour les adultes, oui. Les
enfants de 6 mois à 9 ans devront toutefois recevoir
deux demi-doses du vaccin avec adjuvant, dans un
intervalle d’au moins trois semaines. Les nourrissons de
moins de 6 mois ne sont pas autorisés à recevoir le
vaccin.
RL a Sa
nté publique demande à ceux qui se sentent malades
d’attendre d’être guéris avant de se présenter dans une
clinique de vaccination. De plus, les personnes
allergiques aux oeufs doivent recevoir le vaccin sous
surveillance médicale. Elles doivent se faire vacciner à
l’extérieur de la campagne destinée au grand public.
Enfin, ceux qui ont déjà souffert de la grippe A ( H1N1)
sont immunisés. Inutile pour eux de recevoir ce vaccin.
RAlain Poirier espère qu’un maximum de personnes
recevront le vaccin. « Si 80 % des Québécois se
faisaient vacciner, ce serait très bien, mais nous
n’avons pas fixé de pourcentage idéal, a-t-il dit. Tout
de même, chaque personne qui recevra le vaccin
contribuera à diminuer le risque de maladie pour
elle-même, et pour ses proches. »
RQuébec n’envisage aucune mesure pour forcer la
population à se faire vacciner. Au besoin, le ministère
de la Santé diffusera de nouveau l’information relative
au vaccin et aux moyens de se protéger de la grippe A
(H1N1). Il planifie d’ailleurs une campagne publicitaire
qui sera lancée au cours des prochaines semaines.
RSur l e s s i t e s w w w. pa ndemiequebec. gouv. qc.
ca et www. combattezlagrippe.ca, ou encore par
téléphone, au 1-877-64 4-4545 (Service Québec) et
1-800-O CANADA.
La vaccination pourrait débuter dès lundi
- Ariane Lacoursière
La plus
grande campagne de vaccination de l’histoire du Canada
est sur le point de commencer. Le ministre de la Santé
du Québec, Yves Bolduc, a confirmé hier que les
provinces n’attendent plus que le feu vert d’Ottawa pour
distribuer les premières doses. « D’ici les deux ou
trois prochains jours, nous ferons une annonce
officielle », a dit M. Bolduc.
Si le vaccin est homologué rapidement cette semaine, M.
Bolduc n’écarte pas l’idée que la campagne puisse
commencer dès lundi prochain.
Comme prév u , les travailleurs du milieu de la santé
seront vaccinés en premier, de même que les personnes à
risque telles que les femmes enceintes, les jeunes
enfants et les personnes atteintes de maladies
chroniques.
Plus tôt hier matin, la ministre fédérale de la Santé,
Leona Aglukkaq, a indiqué que deux millions de doses de
vaccins ont déjà été acheminées aux provinces, qui
n’attendent que l’homologation. Selon elle, le processus
qui doit déterminer si le vaccin est sûr ou non suit son
cours et devrait être terminé rapidement.
Mme Aglukkaq a aussi promis que des vaccins sans
adjuvant seront bientôt disponibles pour les femmes
enceintes. L’adjuvant est un produit qui rehausse
l’efficacité d’un vaccin pour qu’une dose plus faible
puisse être utilisée. Ottawa, qui n’avait pas prévu au
départ acheter de vaccins sans adjuvant, s’est
finalement ravisé et en a acheté 1,8 million de doses.
Le
ministre Bolduc a précisé que ces vaccins sans adjuvant
seront disponibles un peu après les autres et que la
campagne de vaccination pour ces produits sera « un peu
décalée », sans pouvoir préciser de combien de jours.
Et les bébés ?
Québec et Ottawa ne s’entendent pas pour savoir si les
jeunes enfants, tout comme les femmes enceintes,
devraient recevoir le vaccin avec ou sans adjuvant. Hier
matin, l’administrateur en chef de la santé publique du
Canada, le Dr David ButlerJones, a affirmé que le vaccin
avec adjuvant est recommandé dès l’âge de 6 mois.
Pourtant, au cours des dernières semaines, le
gouvernement du Québec a déclaré qu’il préférait donner
la version sans adjuvant aux enfants de moins de 2 ans.
« On continue de recommander le vaccin sans adjuvant
pour les enfants de 6 à 23 mois », a affirmé le ministre
Bolduc en ajoutant que si les autorités fédérales
émettent des directives différentes, Québec rajustera le
tir.
Le ministre Bolduc a aussi confirmé que le gouvernement
pourrait avoir recours à une loi spéciale modifiant les
conditions de travail du personnel du réseau de la santé
si l’épidémie de grippe faisait des ravages. « La loi
prévoit qu’on peut adopter un décret en temps de
catastrophe. C’est-à-dire si 30% ou plus de la
population est touchée », a dit M. Bolduc. La semaine
dernière, M. Bolduc avait écarté la possibilité de
recourir à un décret. Advenant que l’épidémie soit très
sévère, les infirmières à la retraite depuis quelques
années et les étudiantes en soins infirmiers pourront
être appelées en renfort. Leur contribution se fera de
façon volontaire.
Le front du refus - Alain Dubuc
Une
grippe dangereuse est à nos portes. Dangereuse à cause
de sa propagation, et à cause de ses victimes, souvent
des jeunes. Nous avons heureusement un outil pour
combattre la grippe porcine : un vaccin. Mais la
résistance est forte.
Un puissant mouvement anti-vaccination balaie le Québec,
tout comme le reste du monde industrialisé. Des parents,
prêts à bannir la malbouffe pour la santé de leurs
enfants, ne savent pas si, oui ou non, ils feront
vacciner les membres de leur famille contre le virus
H1N1. L’expression « majeur et vacciné » est en train de
perdre son sens.
C’est un symptôme de la crise de confiance qui touche
nos sociétés. Face à la science, et plus
particulièrement la science médicale. Face au pouvoir,
ce qui a été encouragé par l’absence de leaderhip des
autorités politiques et sanitaires.
Il n’y a pas que les folkloriques adeptes du complot. Le
refus prend des formes sophistiquées qui n’épargnent pas
les citoyens éduqués et éclairés. On peut peut-être y
voir un effet pervers de la pensée verte, quand on
applique la saine méfiance des médicaments et de la
médecine officielle au cas de la pandémie de grippe.
Quelle erreur. S’il y a un endroit où la médecine s’est
montrée irremplaçable, c’est bien avec la vaccination.
Mais sur ce terreau déjà fertile s’est ajouté le doute.
Nous assistons à la première pandémie en temps réel de
notre histoire. Nous sommes bombardés d’informations,
contradictoires, parce que la médecine n’est pas une
science exacte, et que le virus de cette grippe porcine
est une nouvelle bibitte dont on sait peu de choses.
Paradoxalement, les gens, qui se méfient pourtant de la
médecine, sont décontenancés parce que celle-ci ne leur
assène pas des vérités d’Évangile.
On ne
sait pas quand la grippe va frapper. Ni quelle sera
l’ampleur de la pandémie. Ni dans quelle proportion ceux
qui l’attraperont souffriront de complications graves.
Ajoutons à cela le fait que le vaccin est nouveau,
quoique c’est le cas chaque année avec l’influenza
traditionnelle.
Le doute est d’autant plus grand que l’épidémiologie est
une science statistique, dont l’approche probabiliste,
difficile à comprendre, horripile les gens. On mesure
les risques pour des populations, tandis que les gens
pensent à leur risque personnel.
Le risque d’attraper la grippe est relativement faible,
celui d’être atteint d’une forme grave encore plus.
Pourquoi alors se faire vacciner? Pour la même raison
qu’on s’attache en automobile, même si la probabilité
d’avoir besoin de la ceinture de sécurité est très
faible. Les effets négatifs d’un tel vaccin sont quasi
nuls, tandis que la grippe A(H1N1) peut, dans certains
cas, avoir des effets dévastateurs.
Mais le message ne passe pas. C’est en partie la faute
des organismes de santé publique. On se souvient qu’ils
ont crié au loup au printemps dernier. Depuis, la
stratégie de l’Agence de la santé publique du Canada n’a
pas été facile à suivre, sur le choix du type de vaccin,
sur le calendrier.
Une lacune qui n’a pas été comblée par le leadership
politique. Le ministre québécois de la Santé, Yves
Bolduc, n’a pas été très présent. C’est le président de
la Fédération des médecins spécialistes, Gaétan
Barrette, dont le message a été le plus efficace sur
YouTube, quand il a dit pourquoi lui et sa famille se
feraient vacciner.
Mais
la palme revient au premier ministre Stephen Harper, qui
a dit qu’il prendrait le vaccin si c’était la
recommandation générale, ne semblant pas être au courant
que son gouvernement multiplie les efforts pour
promouvoir la vaccination. Pour mémoire, le président
Obama, en conférence de presse, a personnellement
recommandé aux Américains de se faire vacciner.
Pis, le vaccin? - Marie-Claude Lortie
En ce
moment, dans les fêtes, dans les soirées, le midi au
lunch, autour de la machine à café au bureau, à la
sortie de l’école, la question est partout : «
Allez-vous faire vacciner vos enfants contre le H1N1?»
Vous l’avez sûrement entendue durant le long week-end. «
Pis, le vaccin ? » Con na issez-vous u n parent qui ne
se l’est pas fait demander?
Sauf que même si la question est dans toutes les
bouches, les réponses, elles, ne sont pas exactement
limpides et précises. « Pas encore décidé. » «Pense pas…
Bien que…» « Ouain. » «Ben…» Des t on nes de gens ne
savent pas quoi faire.
E t c e n ’e s t p a s p a r c e qu’ils sont décrochés
et pas informés. Au contraire. Ils savent très bien que
la grippe existe et de quoi elle retourne. Ils
comprennent qu’il y a parfois des compl ic ations a ig
uës . I ls saisissent l’importance des vaccins comme
mesure de santé publique non seulement pour prévenir les
cas particuliers mais aussi pour limiter la propagation…
Mais ils n’ont quand même pas arrêté leur verdict.
On nage actuellement dans un flou décisionnel.
Et ce n’est pas du tout parce que tous ces parents
adhèrent aux théories du complot farfelues qui se
baladent sur l’internet… Ils hésitent parce qu’ils ont
de la difficulté à évaluer la probabilité que la maladie
soit vraiment grave pour eux.
Cela n’a rien d’étonnant. Même les experts ont de la
difficulté à mesurer le danger de cette foutue grippe.
Car oui, il y a eu morts d’enfants, et oui, les femmes
enceintes semblent particulièrement vulnérables. Et oui,
cette grippe dérape parfois de façon virulente et ça
s’est vu chez les petits… Mais la H1N1 demeure, malgré
tout, quand même très « normale » comparativement aux
grippes saisonnières que l’on voit chaque année. Pour la
vaste majorité des gens, c’est tout simplement… une
grippe !
D’ailleurs, saviez-vous que Montréal a été une des
villes les plus touchées au monde par la maladie ?
On ne peut pas dire que cette grippe soit terrifiante.
Personnellement, je préférerais ne pas avoir à faire
vacciner mes enfants. Pourquoi? Pour les mêmes raisons
que vous.
D’abord, en gros, parce que le vaccin est tout neuf et
que j’ai envie de faire comme les enfants devant un plat
nouveau : attendre que les autres y goûtent avant d’y
plonger ma fourchette. Toutefois, je sais très bien que
c’est une réac tion i r rationnelle. Un médecin m’a fait
remarquer hier que je n’hésite pas à les faire immuniser
contre la grippe saisonnière avec des vaccins mis au
point dans le même genre de délai…
Et puis il est vrai que si je mets dans une balance,
d’un côté, mes hésitations au sujet du vaccin et, de
l’autre, mes craintes face à la grippe et à ses
complications, les histoires d’horreur de la H1N1 sont
imbattables. Mais il y a autre chose. Une bonne partie
de l’hésitation face au vaccin vient, je crois, du
sentiment qu’ont beaucoup de gens, à tort ou à raison,
d’avoir déjà été frappés par la grippe.
À la fin du printemps et durant l’été, on le sait, des
milliers de familles québécoises ont été malades. Grippe
hippopotamesque. Rien de subtil. Maladie tout en
grosseur : grosse fièvre, grosse toux, grosse nausée,
gros malaise généralisé...
Sauf que dans la très, très vaste majorité des cas, le
diagnostic n’a jamais été confirmé par test. Il y en
avait trop dans les hôpitaux à ce moment-là. Cela aurait
coûté trop cher et causé trop de délais inutiles.
Mais cette décision de ne pas identifier automatiquement
tous les cas de H1N1 fait que, aujourd’hui, on pense
avoir eu le virus, on n’est pas certain… Cela met tous
ces gens devant une situation mitigée face au vaccin.
Leur est-il réellement nécessaire ?
Cette situation ne pourraitelle pas se régler si Québec
acceptait d’offrir à ceux qui le demandent des tests
sanguins pour déterminer la présence des anticorps de
H1N1 ? Vous savez, un peu comme pour la rubéole…
J’entends déjà les responsables de la santé publique
dire : « Trop cher. » Et quand on sait à quel point les
hôpitaux ont besoin de tous leurs moyens pour se
préparer à recevoir les cas les plus graves, aux unités
de soins intensifs notamment, on s’incline.
Mais ne serait-ce quand même pas une option intéressante
à offrir aux incertains ? Pour faire fondre une partie
de l’incrédulité ?
Car croyez-vous vraiment qu’une campagne de vaccination
antigrippe peut marcher si on ne prend pas au sérieux
les hésitants et leurs hésitations ?


Décidément, ces épidémies sont vraiment trop pleines de
flous…
QUI A PEUR DE LA GRIPPE A (H1N1) ? - Pascale
Breton
D’un
côté, les responsables de la santé publique affirment
qu’il faut prendre la menace au sérieux. De l’autre,
plusieurs les accusent de crier au loup. Entre les deux,
une majorité de la population ne sait plus ce qu’elle
doit penser de la grippe A (H1N1).
Les passa nts du centre-ville me j ettent un bref coup
d’oeil avant de détourner rapidement le regard. Dans
leur voiture, les automobilistes se permettent de me
dévisager plus longuement. Pas de doute, je ne passe pas
inaperçue.
Certaines
entreprises
vendent sur l’internet des ensembles individuels de
protection contre la grippe A (H1N1). Notre
journaliste Pascale Breton s’en est procuré un.
Ce n’est pas surprenant. Je me promène vêtue de la tête
aux pieds d’une combinaison blanche en tissu, les mains
protégées par des gants de chirurgien, le visage
camouflé par un masque et des lunettes de protection.
L’idée est de voir la réaction des gens et leurs
craintes face à la grippe A (H1N1).
Le nouveau virus est LE sujet de discussion de
l’automne. Plusieurs traînent une petite bouteille de
Purell dans leur sac. Les masques ont repris leur place
dans les présentoirs des pharmacies. Et certaines
entreprises, surtout aux ÉtatsUnis et en France, vendent
par internet des trousses de protection contre la grippe
porcine.
Je m’en suis procuré une, et me voilà donc au coeur du
centre-ville, dans la foule compacte de l’heure du midi.
Il y a quelques semaines, le New York Times a tenté une
expérience du genre. Voyons mai ntena nt comment les
Montréalais réagissent de leur côté.
Dans les couloirs du métro, certains font un grand
détour pour m’éviter. D’autres m’interpellent
directement : « Estce que je dois avoir peur ? » me
demande quelqu’un. « Est-ce que la deuxième vague de
grippe A ( H1N1) est arrivée ? », me demande un autre.
Non, la grippe A (H1N1) ne laisse personne indifférent.
Mais faut-il en faire autant pour se protéger? Bien sûr
que non.
Le virus se transmet par les gouttelettes de salive en
suspension. Il peut rester cinq minutes sur les mains,
de 8 à 12 heures sur les vêtements et de 24 à 48 heures
sur les surfaces dures.
Mais de là à ce qu’il colle à la peau et que le reste de
la maisonnée soit contaminé, il y a un pas, explique le
Dr Gaston De Serres, médecinconseil à l’Institut
national de santé publique du Québec.
« Ces combinaisons sont exclusivement réservées aux
travailleurs de la santé qui sont en contact avec des
gens très malades», précise le Dr De Serres.
Généralement, un bon lavage des mains suffit. Pour ceux
qui toussent, le port d’un masque est aussi recommandé.
Le
problème avec la grippe A (H1N1), c’est que les gens ne
savent plus quoi penser. Les avis sont contradictoires.
À preuve, cette étude publiée il y a quelques jours dans
le Journal de l’Association médicale canadienne, qui
affirme que le lavage des mains n’est pas suffisant pour
se protéger du virus. Une information aussitôt
contredite par les responsables de la santé publique,
qui affirment le contraire.
Faut-il craindre une deuxième vague de grippe porcine
cet automne? Que penser des vaccins fabriqués en
quatrième vitesse ? Sont-ils vraiment inoffensifs ? Et
surtout, la grippe A (H1N1) est-elle vraiment plus
dangereuse que la grippe saisonnière ?
En date du 6 octobre, le nouveau virus avait tué 78
Canadiens, dont 27 Québécois, à une période de l’année
où l’on ne voit plus de cas de grippe, indique le
directeur national de la santé publique du Québec, le Dr
Alain Poirier, pour expliquer l’inquiétude des
autorités.
Les victimes sont relativement jeunes et souvent en
bonne santé. Ce ne sont pas des personnes généralement à
risque face à la grippe saisonnière.
D’ailleurs, les personnes âgées de plus de 55 ans
semblent même avoir une certaine protection naturelle
contre le nouveau virus, probablement parce qu’elles ont
été en contact avec des souches de H1N1 qui ont déjà
circulé. Ce n’est pas le cas des plus jeunes, qui sont
donc plus fragiles.
« On s’attend à ce que la deuxième vague de grippe A
(H1N1) frappe plus durement que celle du printemps. Mais
est-ce qu’elle sera plus grave que la grippe saisonnière
? C’est difficile à évaluer », résume le Dr Poirier.
L’Agence de santé publique du Canada prévoit que le
tiers de la population pourrait être touché dans cette
seconde vague. Et la seule protection efficace reste le
vaccin, soutiennent les autorités.
Chaque automne, le pays connaît d’ailleurs une campagne
de vaccination contre la grippe sa isonnière. L a
différence, cette année, c’est qu’au lieu d’offrir le
vaccin gratuitement à certains groupes jugés plus
vulnérables, on vise toute la population.
C’est ce qui dérange. Même des médecins croient qu’une
ca mpagne de vaccination massive est inutile, ce qui
ajoute à la confusion.
Le défi de communication est énorme. Il faut redoubler
d’efforts, a d’ailleurs dit le ministre de la Santé,
Yves Bolduc, la semaine dernière en entrevue à La
Presse. Il entend d’ailleu rs se fa i re vacciner,
question de donner l’exemple.
I l r e s t e q ue l a g r i ppe A (H1N1) est le sujet
parfait pour relancer le débat sur la vaccination. Ses
opposants ne sont pas à court d’arguments, d’autant plus
que les essais cliniques visant à déterminer l’innocuité
et l’efficacité du vaccin ne seront terminés que dans
plusieurs mois, soit bien après que l’ensemble de la
population aura été vacciné.
R i e n p o u r c a l mer les inquiétudes.
Les personnes atteintes du VIH laissées pour compte
- Pascale Breton
Les
personnes atteintes du VIH vivent dans la crainte
d’attraper la grippe A (H1N1) e t s e s e nt e nt to t
a le ment oubliées par les responsables de la santé
publique.
« I l existe u n t rès haut niveau d’anxiété. Tous nos
malades nous pa rlent de leu rs i nqu i é t u d e s ,
ma i s nous ne savons pas quoi leur répondre. Nous
avons très peu d’information de la part de la sa nté
publique », dénonce le Dr Réjean T h o ma s , d e la
cl i n ique médicale L’Actuel.
Pas moins de 2500 patients sont suivis à cette
clinique. La plupart souffrent de comorbidité,
c’est-à-dire qu’ils ont plu s d ’u ne malad ie . Dans
bien des cas, leur système immunitaire est déjà
affaibli.
Mais leurs questions ne trouvent pas de réponses.
Doivent-ils se faire vacciner ? Si oui, recevront-ils
le vaccin en premier, comme c’est le cas pour les
groupes à r i sque ? C ’e st u n vér it a ble c a s s
e - tê te pou r médecins.
« On attend. Mais on le voit, ça crée une panique chez
nos patients, davantage que chez le reste de la
population. Ce sont des personnes qui ont déjà un
système immunitaire affaibli. On ne voit jamais cette
panique-là avec la grippe saisonnière », a j o ut e le
Dr T homas , en
les rappelant que tous les ans, les personnes vivant
avec le VIH sont invitées à se faire vacciner contre
la g r ippe saisonnière.
La santé publique se veut pou r t a nt ra ssu ra nte.
L es personnes séropositives ne sont pas considérées
comme plus à risque de contracter la grippe A (H1N1),
explique le Dr Horacio Arruda, directeur de la
protection de la santé publique du Québec.
«
Elles vont être vaccinées au même titre que la
population en général. Nous recommandons le vaccin,
comme c’est le cas pour la grippe saisonnière, mais il
n’y a pas de complications plus sévères qui ont été
décelées », indique le Dr Arruda.
L a c ra i nte d’attraper la grippe A (H1N1) frappe
plus durement ceux dont le système immunitaire est
affaibli, ou encore ceux qui souffrent d’un fort
niveau d’anxiété.
Les gens qui souffrent de troubles obsessifs compulsi
fs , pa r exemple, v ivent constamment dans la peur
d’attraper une maladie. Le nouveau virus en
circulation n’y fait pas exception.
« Ça fait des années qu’ils ont déjà cette crainte,
pour la grippe, pour les rhumes, le s pneu monies »,
ex pl ique le Dr Martin Tremblay, porte-parole
scientifique de la Fondation des maladies mentales.
Ces personnes ne resteront pas pou r auta nt recluses
à la maison. Pour elles, la menace est la même
qu’avant la pa ndémie, ajoute le Dr Tremblay.
« La plupart de ces personnes vont fonctionner en
apparence normalement, au prix de grands efforts pour
tout surmonter, tout contourner, pour se laver les
mains 75 fois dans la journée », explique le Dr
Tremblay.
En revanche, les personnes qui souffrent d’anxiété
maladive ou de troubles obsessifs compulsifs ont
l’impression que le reste de la population comprend
désormais mieux leur angoisse, ajoute-t-il.
Grippe A cherche plan B - Rima
Elkouri
Face à
la pa ndémie de g r ippe A ( H 1 N 1) , le Québec et l’
Onta rio sont comme la cigale et la fourmi, ai-je écrit
mardi. Je venais de m’entretenir avec le Dr Redouane
Bouali, exchef des soins intensifs de l’Hôtel-Dieu, qui
a désormais un pied en Ontario et l’autre au Québec. Il
s’inquiétait du manque de planification des autorités
québécoises. Il me disait que, si une seconde vague de
grippe frappa it, il préférera it être du côté ontarien.
Le Dr Bouali s’inquiètet-il pour rien ? Pas du tout, me
con firme le Dr T udor Costachescu, chef des soins i
ntensi fs au Cent re hospitalier de l’ Université de
Montréal. « Au CHUM, on est prêt. Mais on sera
rapidement débordé. Et si on est débordé, il n’y a pas
de plan B. »
On prévoit que le quart de s pat ient s ho s pit a l i
sé s avec un diagnostic de H1N1 au ront besoin de soins
intensifs et de ventilation mécanique. Or, il suffirait
de huit patients atteints du virus aux soins intensifs
du CHUM pour qu’on atteigne un seuil critique, avertit
le chef des soins intensifs. Cela pourrait prendre moins
de deux semaines. « Au CHUM, nous serons très, très
rapidement saturés. Moi, après huit patients, il est
certain que je ne serai plus en mesure de faire quoi que
ce soit d’autre. Et on parle d’activités qui ne peuvent
être faites qu’ici : neu roc h i r u rgie, c h i r u
rgie cardiaque, greffes, etc. »
Le CHUM a bien sûr son propre plan local pour faire face
à la pandémie. Le problème, c’est qu’il n’y a pas de
plan cohérent à l’échelle du réseau , souligne le Dr
Costachescu. « La différence, en O nt a r io, c ’est que
les plans ne sont pas seulement propres à chaque
hôpital. On sait à l’avance que des hôpitaux désignés
vont préférentiellement prendre ces patients ».
Le Dr Costachescu trouve affligeant que nos
gestionnaires n’aient rien appris de la crise du SRAS.
Leurs homologues ontariens ont démontré beaucoup plus de
leadership, observe-t-il. « Chez nous, au début de
l’été, l’Agence de la santé et des services sociaux
s’est contentée de pelleter le problème dans la cour des
directeurs des services professionnels des hôpitaux en
leur disant de faire un plan d’urgence local. Mais il
n’y a pas de leadership global à l’échelle de la
province. »
Et la
pénurie de personnel, dans tout ça ? « C’est une autre
catastrophe ! » dit le chef des soins intensifs du CHUM.
Il s’attend à un taux d’absentéisme de 30 %. C’est ce
qui s’est passé en Australie, où la grippe A (H1N1) a
frappé fort cet été. C’est ce qui s’est aussi passé au
Manitoba, dont les com munautés autochtones ont été
durement touchées durant l’été. « Si ça arrive chez
nous, on est vraiment dans le trouble », avertit-il.
Au ministère de la Santé, on nous assure que l’on aura
les ressources appropriées. Le Dr Costachescu est pour
le moins sceptique, le CHUM étant déjà en pénurie
d’infirmières spécialisées. « La c a r a c tér i st iq
ue de s s oi n s intensifs de tous les centres
universitaires, c’est que nous fonctionnons sur la lame
du couteau, sans aucune marge de ma n oe uv re. Nos tau
x d’occupation sont toujours de 10 0 %, c’est-à-dire que
toutes nos infirmières sont occ upées en per ma nence.
Alors qu’en Ontario, on fonctionne avec des taux
d’occupation avoisinant les 85 %. Il y a toujours une
infirmière et demie qui peut être dégagée pour autre
chose. Nous n’avons pas ce luxe. »
L a prem ière vag ue de H1N1 en juin aurait dû servir
d’avertissement aux gestionnaires de la santé. « Il a
suffi de deux patients au début de l’été pour qu’on ne
soit plus capable de faire de chirurgie cardiaque
pendant plus de deux semaines à l’hôpital Notre-Dame. Ça
nous a littéralement paralysés », souligne le Dr
Costachescu.
Pourquoi ? Parce que même si la mortalité associée au
H1N1 demeure très basse, ceux qui sont malades sont très
malades, ils le demeurent longtemps et mobilisent des
ressources monstres.
Au moment où la première vague a frappé, au CHUM, on a
sonné l’alarme auprès de l’Agence de santé et des
services sociaux, raconte le Dr Costachescu. « On leur a
dit : on a un sérieux problème. Non seulement un
problème de ressou rces , mais aussi des problèmes
éthiques. Si on a un transplanté et un patient H1N1,
lequel on va prioriser ? »
Qu’a fait l’Agence ? « Elle a traîné les pieds tout
l’été », dit le chef des soins intensifs, qui précise
qu’on l’a finalement invité à participer hier après-midi
à une conférence téléphon ique su r la pa ndémie. « Mais
écoutez , on est en octobre ! » Si le virus respecte le
cycle épidémique habituel, la deuxième vague devrait
frapper de plein fouet fin octobre, début novembre,
avertit-il. Est-il possible de monter un plan cohérent
en si peu de temps ? Il en doute. « On est pas mal sous
les 12 coups de minuit. »
J
’a i t e n t é d ’a vo i r d e s éclaircissements de la
part de l’Agence de la santé et des services sociaux de
Montréal. Réponse : « Nous ne sommes pas prêts à donner
l’information », m’a dit la porte-parole, en précisant
qu’il y aura une conférence de presse dans une semaine
ou peut-être même deux. Mais qu’en est-il de votre plan
régional ? « Le plan est en marche depuis plusieurs
années », m’a-t-on dit. Tellement « en marche » qu’on
semble l’avoir perdu en chemin.
La cigale et la fourmi, version pandémie -
Rima Elkouri
J’ étais
de ceux qui pensa ient que l’on s ’i nquiète un peu trop
pour rien avec la grippe A (H1N1). C’était avant
d’interviewer le Dr Redouane Bouali.
Le Dr Bouali était jusqu’en 2005 chef des soins
intensifs de l’Hôtel-Dieu du CHUM. Lassé de notre
système de santé, il a quitté Montréal pour Ottawa. En
Ontario, il dirige maintenant le Réseau local intégré de
soins de la région de Champlain, qui regroupe 18
hôpitaux. Mais il garde encore un pied au CHUM, où il
vient faire des gardes plusieurs semaines par année.
Or, quand le Dr Bouali vient travailler à Montréal, il
est étonné de voir les différences entre l’approche
québécoise, plutôt relaxe, et l’approche ontarienne,
plus méticuleuse, face à la pandémie de grippe A ( H1
N1) . « E n Onta r io, peut-être parce qu’il y a eu le
SRAS, les gens sont beaucoup plus craintifs de ce qui va
arriver », me dit-il.
En écoutant ce spécialiste en soins intensifs comparer
deux systèmes de santé qu’il connaît parfaitement,
j’avais l’impression d’être plongée dans la fable de la
cigale et de la fourmi, version pandémie. Chez nos
voisins ontariens, en cas de recrudescence de la grippe
A ( H1N1), t out est prévu da ns les moind res déta ils
, m’ex pliquet-il. Pendant ce temps, au Québec, on est
beaucoup plus serein. « Quand je traverse la frontière
pour venir faire ma garde au CHUM, j ’a i l ’ i mpr e s
s i o n q u ’o n en fa it peut-êt re t rop en Ontario
parce que, ici, les gens vivent normalement. » Mais tout
en louant notre attitude « sereine » et en se disant
qu’il est peut-être un peu trop parano, le Dr Bouali ne
peut s’empêcher d’être inquiet. Si, soudainement, on a
un afflux de patients extrêmement malades qui ont besoin
de techniques de ventilation ava ncées da ns les lits de
soins intensifs d u C H U M, q u ’a r r i ve r a - t-i l
? « C’est là qu’est ma crainte. »
Selon l’Organisation mondiale de la santé, le problème
le plus urgent auquel les hôpitaux risquent de devoir fa
i re face sera d’a r river à placer les nombreux
patients gravement atteints pa r le virus H1N1 aux soins
intensifs. Pour mieux se préparer à un tel scénario, le
Dr Bouali a appelé au début du mois de juillet ses
collègues austra liens, qui ont été pris au dépourvu par
la grippe A (H1N1) en juin, en plein hiver austral. «
Ils m’ont dit qu’en l’espace de 10 semaines ils ont eu
300 patients intubés, ventilés, gravement malades, qui
ont eu besoin de lits aux soins intensifs. » C’est donc
ce qui pourrait arriver ici entre novembre et fin
janvier, observe-t-il. « Est-ce que vous pensez qu’à
Montréal, avec la pénurie de personnel, vous arriverez à
faire face à ça ? Vous serez en face d’une crise grave.
C’est ça, mon inquiétude. »
Ce qui a étonné les médecins australiens, c’est que les
patients les plus gravement atteints étaient
relativement jeunes, souvent âgés de 20 à 40 ans. Et ce
qui a le plus surpris le Dr Bouali, c’est la rapidité
avec laquelle l’état de certains patients s’est
détérioré, d’où la nécessité de faire appel à des
techniques de traitement très sophistiquées. « Ils m’ont
décrit la situation d’une jeune de 15 ans qui était à
l’école le mercredi et qui, le vendredi, était sous
système d’échanges extramembranaires pour être oxygénée.
»
L’expérience australienne ne change rien au fait que la
grippe A (H1N1) reste une maladie mineure avec une
mortalité très basse, précise le Dr Bouali. « Mais ceux
qui étaient malades sur le plan respiratoire l’ont été
très gravement. C’est ce qui nous a surpris. »
Le métier du Dr Bouali, c’est bien sûr de penser au pire
des scénarios et de s’assurer d’y être bien préparé. «
J’aime bien le principe qui dit : plan for the worst and
hope for the best. » Prévoir le pire en espérant le
meilleur. Est-ce ce qu’on fait au Québec ? « Mes
craintes, c’est quand je vois ce qui s’est passé en
Australie. Si la même chose se produisait ici,
j’aimerais être du côté de l’Ontario. »
Pour se préparer au pire, le Dr Bouali s’est intéressé à
l’i mpact de la f la mbée sur le personnel hospitalier
en Australie. « Il y a eu un manque de 25 à 30 % du
personnel. Les gens ne se présentaient pas au travail.
Alors imaginez-vous, vous avez déjà une pénurie de
personnel et vous perdez 30 % du personnel ! Qu’est-ce
qui va arriver ? »
En Ontario, on a déjà prévu le coup en recrutant des
infirmières aux soins intensifs à la retraite ou du
personnel des salles de réveil ou des urgences qui ont
déjà certaines compétences. « On s’est dit que peut-être
ces gens auraient besoin d’un rafraîchissement de leurs
connaissances, alors on est en train de mettre sur pied
un cours. » Et ici ? Au cabinet du ministre québécois de
la Santé, la porte-parole m’assure que l’on aura, au
besoin, les ressources humaines appropriées, mais qu’il
serait « un peu prématuré » de faire comme les
Ontariens.
Un autre grand défi en cas de crise, c’est la
coordination des ressources hospitalières dans les
différentes régions de la province. En Ontario, à la
suite de la crise du SRAS, on a créé le Secrétariat des
soins critiques, qui fait ce travail, avec des leaders
qui ont des tâches précises. Au Québec, la coordination
semble beaucoup plus floue. « Nous sommes en train de
peaufiner », me dit le Dr Pierre Savard, directeur des
urgences au ministère de la Santé, qui reconnaît
l’importance de travailler « en interrégional ».
Le Dr Savard m’assure que le Québec est prêt. « Les
plans ont été faits depuis 2006. Les directions
d’hôpital ont le plan entre les mains. »
« Si le plan existe, il aurait besoin d’être communiqué
», c onst a te pou r s a pa r t le Dr Bouali. Sur le
terrain, le personnel de première ligne ne sait pas
exactement ce qu’on attend de lui. Vu de l’intérieur, au
CHUM, bien des questions demeurent sans réponse,
notet-il. « Qui va prendre le lead pour commencer à
annuler des opérations et reporter des opérations
électives ? Qui sera responsable d’ouvrir plus de lits ?
Qu’est-ce qui va arriver par rapport au personnel qui
est à risque d’être contaminé ? Comment peut-on rassurer
ces gens ? »
Le Dr Bouali invite ses collègues intéressés à voir ce
qui se fait en Ontario afin de partager le savoir-faire
en temps de crise. Et il croise les doigts. « J’espère
que ça n’arrivera pas et que tout le monde sera content.
» Il ajoute : « J’espère aussi me tromper. » Je l’espère
aussi. Car son inquiétude m’inquiète.
Les autorités inquiètes... du manque d’inquiétude
- Pascale Breton
Les
mises en garde alarmistes qui circulent contre le vaccin
de la grippe A (H1N1), à l’approche d’une campagne de
vaccination massive, préoccupent la santé publique du
Québec au plus haut point.
Préoccupé
par le scepticisme au sujet de la grippe A (H1N1), le
ministre de la Santé, Yves Bolduc, mise sur un élément
: mieux informer la population.
« Chacun peut dire n’importe quoi, ce qui n’est pas
nécessairement basé sur des données scientifiques. La
meilleure façon de bloquer des dossiers est de créer le
doute, de semer l’incertitude et d’utiliser la règle "on
ne sait pas à 100 %" », a reconnu le ministre de la
Santé, Yves Bolduc, en entrevue avec La Presse.
Mais voilà , Québec ne dispose pas de beaucoup de
pouvoir pour contrer cette campagne négative. Chacun a
droit à la liberté d’opinion. La santé publique mise
donc sur un élément : mieux informer la population.
« La seule arme contre ça est la communication et
l’information », ajoute M. Bolduc, en précisant que le
Ministère devra redoubler d’efforts en ce sens.
« On veut que notre population soit protégée. On va lui
fournir les moyens de l’être, on va essayer de lui
donner la meilleure information possible. Ce qui
n’empêche pas que des gens vont déformer le propos et
créer le doute. »
Vaccination : mi-novembre
La campagne de vaccination massive doit se mettre en
branle à la mi-novembre dans tout le Canada. Les
travailleurs de la santé, les femmes enceintes, les
jeunes enfants et les malades chroniques figurent parmi
les groupes à risque qui devraient être vaccinés en
premier, selon les responsables de la santé publique.
Mais des sondages menés tant au Canada qu’ailleurs dans
le monde révèlent beaucoup de scepticisme face aux
dangers réels de la grippe A (H1N1). Au point où
plusieurs ne comptent pas se faire vacciner.
C’est souvent le cas lors de campagnes de vaccination
massives, souligne le ministre Bolduc. Au début des
années 90, quand Québec a entrepris de
vacciner
quelque 1,5 million de jeunes âgés de 6 mois à 20 ans
contre la méningite, les vaccins n’avaient pas la cote.
Jusqu’à ce qu’il y ait des morts. À ce moment, «tout le
monde a voulu avoir le vaccin, sauf des groupes qui
disaient que ça allait faire mourir les enfants»,
rappelle le ministre.
Deuxième vague à venir ?
Pour l’instant, le virus ne semble pas avoir repris
beaucoup de vigueur au Québec. En revanche, on a signalé
des cas en Colombie-Britannique, si bien que la santé
publique s’attend à une deuxième vague dans les semaines
à venir.
À ce moment, le plan d’action mis en place par Québec
sera prêt, assure le ministre.
« Ce n’est pas du jour au lendemain que la grippe
apparaît. Ça se fait en quelques jours, alors on va le
voir. Et tous nos plans sont prêts. On peut ouvrir 3000
lits supplémentaires en 24 ou 48 heures », assure M.
Bolduc.
Si les hôpitaux sont trop engorgés, on recourra à des
centres de soins non traditionnels. Les cas jugés moins
u rgents , pa r exemple u n patient qui fait vérifier sa
tension artérielle chaque semaine, pourraient être
repoussés afin de concentrer le personnel soignant dans
les urgences, ajoute le ministre.
« Dans le système de santé, la majorité des soins sont
électifs et, lorsqu’arrive une grosse urgence, on met la
priorité là-dessus. »
La santé publique a cessé depuis plusieurs semaines déjà
de faire des tests auprès des malades pour vérifier s’il
s’agit bel et bien du virus A (H1N1). Cela n’était plus
nécessa ire lorsqu’il a été confirmé que l’épidémie
avait vraiment gagné le Québec au printemps dernier.
Ces tests pourront êt re repris dès que l’on soupçonnera
une deuxième vague, afin de déterminer que c’est bien le
cas.
Les infirmières réclament un retrait préventif
- Catherine Handfield
La
Fédération interprofession nel le de la s a nté du
Québec (FIQ), qui représente 58 000 infirmières et
inhalothépareutes, demande que ses membres enceintes
soient immédiatement retirées de leur milieu de
travail pour éviter qu’elles contractent la grippe A
(H1N1).
La présidente de la FIQ, Régine Laurent, concède que
cette demande est radicale. Mais l’« abus » de
certains employeurs la rend maintenant nécessaire,
dit-elle.
Au Québec, les femmes enceintes qui craignent de
contracter le virus au travail doivent s’adresser à
leur médecin traitant. Ce dernier peut recommander à
l’employeur d’affecter sa patiente à un poste sans
danger ou de la retirer de façon préventive. La CSST
administre ce programme depuis 1981.
« Le problème, c’est que certains employeurs ne
respectent pas les recommandations des médecins »,
affirme Régi ne L au rent . D’autres affectent leurs
employées à des postes inappropriés, dit-elle. Le
syndicat aurait reçu « plusieurs dizaines » de
plaintes à ce sujet.
Les femmes enceintes ne sont pas plus susceptibles de
contracter le virus, mais elles risquent davantage de
souffrir de complications, selon les études.
Le ministre ne pliera pas
Le
ministre de la Santé, Yves Bolduc, n’entend pas donner
suite à la demande de la FIQ. Il avait également
refusé en septembre d’ordonner le retrait préventif
des enseignantes enceintes. « Le ministre s’en remet
au programme de la CSST », a dit son attachée de
presse, MarieÈve Bédard.
À ce j ou r, 91 2 fe mmes enceintes se sont adressées
à la CSST de peur de contracter la grippe A (H1N1)
dans leur milieu de travail. La CSST n’a pu préciser
hier combien d’entre elles ont été retirées ou
affectées à d’autres tâches.
Pas de problème... pour l’instant
L e r e t r a i t de s femmes enceintes ne compromet
pas encore la capacité des hôpitaux à pourvoir les
postes, selon les directions d’établissement
interrogées hier. C’est le cas à l’hôpital
MaisonneuveRosemont, au CHUM et au CUSM. À la
Commission scolaire de Montréa l , qu i a reç u 90
demandes de retrait préventif d’employées enceintes en
lien avec la grippe A (H1N1), « les suppléants
comblent a mplement les retraits », assure le
porteparole Alain Perron.
La donne pourrait toutefois changer si une deuxième
vague du virus se manifeste. « Dans les prochains
mois, on pourrait avoir des problèmes », a reconnu
Rebecca Burns, coordonnatrice des communications du
CUSM.
Je suis du bord du consensus - PATRICK
LAGACÉ
Une c
onfession , en ce début d’octobre 2009: je suis tanné
d’avoir peur. Voilà. C’est dit. Je n’ai plus peur, dès
aujourd’hui. Ça commence ce matin. Enfin, hier soir,
puisque j’ai écrit ce texte hier soir.
J’ai eu très peur, ces dernières années. Le bacille du
charbon. Le virus du Nil occidental. L’autre
cochonnerie, dont j’oublie le nom, là, qui nous forçait
à nous essuyer les pieds en descendant d’avion. La
grippe aviaire. Est-ce que j’en oublie? Ah, oui, le
SRAS. J’ai décidé que, non, il y a quand même une sacrée
limite, je ne vais pas avoir peur, en plus, de la grippe
porcine, cette grippe qui a muté, au chapitre
terminologique, en grippe A (H1N1).
Parce que c’est pas des farces, quand même. Il ne faut
plus se serrer la main, il faut traîner son Purell. Tout
ça pour éviter la propagation du virus, qu’on dit plus
virulent que celui de l’influenza, qui cause la grippe
normale et qui assomme, comme chacun le sait, sept jours
ou une semaine, selon sa virulence.
Des églises ont même banni l’eau bénite pour éviter la
propagation du virus. Heureusement, je ne vais pas à
l’église...
Donc, bref, je n’ai pas peur de la grippe A (H1N1).
Et je n’ai pas peur des vaccins. Voilà. C’est dit.
Vous pouvez m’en l e ver i mmédiatement des l i stes
d’envois de vos courriels qui « révèlent » la « vérité »
au sujet du lien secret entre les États, le virus et les
grands laboratoires pharmaceutiques.
Je sais, je sais. Il y a des courriels qui circulent.
Ils proclament la vérité : les vaccins, c’est de la
merde, une invention de Big Pharma pour faire du fric
et, accessoirement, peut-être, qui sait, réduire la
population mondiale.
Tenez, au moment où j’écris ces lignes, ma messagerie
clignote: un courriel qui m’incite urgemment à regarder
le documentaire Silence, on vaccine, de l’Office
national du film (ONF), sur Google Vidéo.
Avec ce message quasiment haletant : « L’ONF a permis la
sortie du documentaire sous condition qu’aucune
personne, aucun commerce, ne puisse acquérir le film
pour la revente. De plus, aucune publicité ne sera faite
pour faire connaître la sortie DVD... »
Il n’y a pas eu plus, ou moins, de publicité faite par
l’ONF pour ce documentaire. Et si l’ONF veut « cacher »
ce docu, pourquoi l’avoir financé? Pourquoi l’ONF
offre-t-il, sur son site, des extraits du film? Un lien
vers la boutique virtuelle où on peut acheter le DVD de
Silence, on vaccine?
Pour une société d’État qui veut cacher la « vérité »,
on a déjà vu mieux...
Écoutez,
je me souviens encore de mes notes dans les rares cours
de science que j’ai suivis : ça me pousse à un peu
d’humilité quand j’aborde le sujet. Je suis loin d’être
docteur en physique quantique, disons.
C’est pourquoi, en science, je suis un mouton. Je suis
la majorité.
Le cl i mat, par exemple. Bien sûr, il y a une poignée
de scientifiques qui doutent du réchauffement
climatique. Mais l’immense majorité des experts qui font
métier d’étudier le climat disent qu’il se réchauffe. Et
que c’est la faute de l’homme. Je suis de leur bord.
Autre exemple: l’évolution. Oui, il y a des biologistes
qui pensent que l’homme a été créé par le « dessein
intelligent » de Dieu. Mais l’immense majorité des
biologistes sont convaincus que l’homme descend du
singe, dont la naissance est une sorte d’accident de la
nature mais qui s’est si bien adapté qu’il peut
désormais, ce singe, regarder Occupation double sans
faire de crise d’épilepsie...
Je suis de leur bord. Du bord du consensus.
Et c’est la même chose avec les vaccins. Je suis du bord
du consensus. Et le consensus dit que, sans être 100%
inoffensive, la vaccination est un plus pour l’homme.
La vaccination massive a éradiqué une nuée de maladies
infectieuses mortelles et débilitantes. Ne plus mourir
en bas âge de la poliomyélite, par exemple?
Pardonnez-moi de croire que c’est une avancée
formidable.
Chaque époque a ses psychoses. À 15 ans, ma mère me
traînait dans des conférences de conspirationnistes. Je
me souviens, un dimanche d’été, à l’ UQAM, un
conférencier nous assurait, rétroprojecteur en renfort,
que le sida était une création du gouvernement
américain. C’était en 1987. Et, pour lui, c’était clair:
le sida, c’est la CIA qui l’a disséminé, à travers le
Coke diète... Ben quoi? Le Coke diète et le sida sont
apparus aux États-Unis à peu près en même temps. Avouez
que c’est louche...
Aujourd’hui, le sida n’est plus à la mode au supermarché
de la peur. La peur, c’est comme les poires: ça ne reste
pas frais longtemps. À chaque époque ses angoisses,
intimement liées à l’actualité. Aujourd’hui, la
psychose, c’est la grippe et les vaccins.
Autre époque, mêmes conférences qui carburent à la peur.
Ma collègue Pascale Breton a parlé à l’un de ces
Einstein du complot grippal, qui dissémine son message
de sceptique dans des conférences à 20$ le ticket.
J’en retiens que la conférence, comme la pilule, c’est
une industrie...
Antoine Vitkine, dans son livre Les nouveaux imposteurs,
a superbement décortiqué la mécanique des t héories du
complot et les tactiques de leurs adeptes. À L’Express,
il a déclaré, en 2008, en parlant du 11 septembre: « La
théorie du complot apporte un certain confort à ceux qui
y adhèrent, parce qu’elle donne une explication
simpliste. Il est plus rassurant de rationaliser le mal,
de se dire que le mal est le fruit des manigances du
gouvernement américain et non des agissements de
terroristes radicaux. »
Répétez après moi: il est rassurant de rationaliser le
mal. J’aime cette phrase. Toute la psychose de notre
époque est là, dans ces sept petits mots. Un peu de
notre crédulité, aussi.
L’opposition au vaccin inquiète les autorités
canadiennes - Malorie Beauchemin
OTTAWA —
Le scepticisme grandissant dans la population à l’égard
du vaccin contre la grippe A ( H1N1) inquiète les
autorités de la santé publique, qui c ra ignent que l a
pandémie ne soit aggravée parce que trop de Canadiens
refusent l’injection. « L’idée que des gens pou r r a i
e nt choisir de ne pas être immunisés est préoccupante
», a estimé hier l’administrateur en chef de l’Agence de
santé publ i q u e du Ca n a d a , le Dr David
Butler-Jones.
Depuis plusieurs semaines, des pétitions contre une
vaccination de masse, des doutes sur les effets
secondaires du vaccin ainsi que des allégations de
complot au profit des sociétés pharmaceutiques se sont
multipliés et ont malmené les efforts du gouvernement à
convaincre la population de l’importance de se faire
vacciner contre le virus de la grippe A (H1N1).
Or, le Dr Butler-Jones met la population en garde: «
Moins de gens immunisés, ça va vouloir dire plus de gens
aux soins intensifs, plus de gens dans les hôpitaux et
plus de gens infectés par le virus contraints de se
soigner à la maison. »
« Si davantage de gens sont immunisés, ça protégera non
seulement eux-mêmes, mais les autres autour, a-t-il
ajouté. Éventuellement, la seule façon d’enrayer
complètement la pandémie, c’est soit d’être tous
infectés, ou tous immunisés. Je préfère la deuxième
option. »
Au
début du mois, un sondage Harris-Décima pour La Presse
Canadienne avait révélé que 45% des Canadiens seulement
affirmaient avoir l’intention de se faire vacciner
contre la grippe A (H1N1).
« Personnellement, je ne voudrais pas conseiller à ma
famille de refuser un vaccin qui les protégerait et
assister ensuite à la mort d’un de mes enfants », a
tranché le Dr Butler-Jones, qui estime, à la veille
d’une possible deuxième vague de la pandémie, que la
population ne devrait pas craindre le vaccin tant
attendu.
Deux vaccins
Par ailleurs, les analyses du ministère de la Santé ont
révélé que le fait d’être immunisé contre l’influenza
saisonnière n’augmenterait pas le risque de contracter
une forme sévère du virus de la grippe A (H1N1). Ottawa
recommande donc aux personnes à risque de se faire
vacciner, comme chaque année, contre le virus de la
grippe saisonnière, en plus du vaccin contre la pandémie
actuelle, qui doit être disponible au Canada à partir de
la mi-novembre.
Complot ou menace réelle? - Pascale Breton
La
menace d’une pandémie de grippe A (H1N1) – et surtout la
vaccination massive qui se mettra en branle cet automne–
suscite une suspicion et des questionnements
grandissants.
PHOTO FRANÇOIS ROY, LA
PRESSE
Jean-Jacques
Crèvecoeur et Cyrinne ben Mamou dénoncent le complot
des compagnies pharmaceutiques, des gouvernements et
de l’OMS dans le but d’organiser une campagne de
vaccination obligatoire contre la grippe A(H1N1).
Certains crient à la théorie du complot. D’autres
multiplient les mises en garde alarmistes dans les
boîtes de courriel.
À les croire, c’est une pandémie inventée par les
compagnies pharmaceutiques pour s’en mettre plein les
poches. Le vaccin est dangereux; il a été volontairement
contaminé pour provoquer un génocide de masse. Les
gouvernements vont obliger la population à se faire
vacciner, à la pointe du fusil s’il le faut.
« Je veux réveiller les gens sur le fait que nous sommes
en train d’être manipulés. » Jean-Jacques Crèvecoeur
s’est, quant à lui, donné pour mission d’alerter la
population québécoise sur les dessous de la grippe A
(H1N1) en organisant une quinzaine de conférences dans
cinq villes du Québec, dont Montréal, cet automne.
Spécialisé en philosophie et en physique quantique, une
branche de la physique moderne, M. Crèvecoeur ne croit
pas les discours officiels. Tant l’Organisation mondiale
de la santé que les gouvernements et les médias sont à
la solde des compagnies pharmaceutiques, dit-il.
Dans ses conférences – il faut débourser 20$ pour y
assister –, il se questionne sur la menace réelle de
pandémie et met en doute le bien-fondé des vaccins. Mais
il se défend de vouloir faire peur à la population: «
Moi, je préviens les gens qu’ils sont en train de se
faire avoir. »
Ce qu’il craint par-dessus tout? « Que les gouvernements
obligent les gens à se faire vacciner. » Comme plusieurs
autres, il est persuadé que c’est ce qui va se produire.
La Loi sur la santé publique du Québec prévoit que le
gouvernement peut « ordonner la vaccination obligatoire
de toute la population ou d’une certaine partie de
celle-ci contre la variole ou contre une autre maladie
contagieuse menaçant gravement la santé de la population
» en cas d’urgence sanitaire.
« C’est un pouvoir qui existe, qu’on s’est donné pour
une situation très particulière, où le taux de mortalité
serait très élevé, pour la variole par exemple, mais on
est très loin de ça. C’est plus théorique que réel »,
assure pour sa part le directeur de la protection de la
santé publique du Québec, le Dr Horacio Arruda.
Même
lorsque le Ministère envisageait un taux d’attaque de
35% de la grippe et prévoyait un taux de mortalité
supérieur à ce qu’il est actuellement, il n’a jamais été
question d’une vaccination obligatoire.
« Ça demeure une vaccination volontaire, fortement
recommandée surtout aux personnes à risque », affirme le
Dr Arruda.
Théorie du complot
La grippe A ( H1N1) semble un sujet de prédilection pour
les adeptes de la théorie du complot. L’un des nombreux
documents qui circulent affirme, références à l’appui,
qu’une journaliste scientifique autrichienne aurait
intenté des recours judiciaires notamment contre l’OMS,
qu’elle accuserait de génocide planifié à l’aide de
vaccins contaminés.
« Les théories du complot ont toujours été appuyées sur
des citations d’apparence scientifique. Pourtant, ça ne
repose sur aucune base. Ce sont des experts
autoproclamés. Je peux trouver plein de gens qui pensent
que la Terre est plate », commente André-A. Lafrance,
professeur au département de communication de
l’Université de Montréal.
Le dossier de la grippe A (H1N1) est très complexe alors
que tout le monde a besoin de simplifier les choses. «
Quelle merveilleuse façon de simplifier les choses que
de croire qu’il y a un complot! » ajoute-t-il.
Titulaire de la chaire de recherche en relations
publiques et communications marketing à l’Université du
Québec à Montréal, Bernard Motulsky abonde dans son
sens. « Ce n’est pas nouveau comme attitude de penser
que des forces occultes gouvernent le monde. »
« L’internet permet à n’importe qui d’émettre à peu près
n’importe quelle idée. La force vient du fait que ça se
dissémine très rapidement, et plus il y a de gens qui y
croient, plus les médias s’en mêlent », déclare M.
Motulsky.
Comment faire la part des choses ? Les Sceptiques du
Québec affirment qu’il faut se baser sur la méthode
scientifique avant tout. Mettre en opposition les
experts dans le dossier de la grippe A (H1N1) apporte
aussi un éclairage intéressant, souligne le porteparole,
Pierre Cloutier.
« Les gens voient deux experts, mais il y en a un qui
représente des milliers de scientifiques, si ce n’est
pas des millions, alors que l’autre représente un petit
groupe de quelques personnes, mais qui sont très
volubiles. »
Le point sur le vaccin
Même
si les responsables de la santé publique rappellent
l’importance de la vaccination, la population demeure
divisée à ce sujet.
En fait , il n’y aura pas un, mais plusieurs vaccins
contre la grippe A ( H1N1). Chaque compagnie
pharmaceutique a travaillé à partir de la même souche
du virus, mais pour produire un vaccin propre à
chacune des compagnies, selon ses procédés de
fabrication.
Au Canada, GlaxoSmithKline ( GSK) a le contrat
d’exclusivité. « Le procédé de fabrication sera
strictement identique à celui du vaccin contre la
grippe saisonnière » , explique le Dr Philippe De
Wals, président du comité sur l’immunisation du Québec
et médecin-conseil à l’Institut national de santé
publique du Québec.
Le vaccin pandémique disponible au Canada contient un
adjuvant et un agent conservateur. Le premier est
ajouté pour stimuler la réponse immunitaire.
L’adjuvant retenu par GSK est le AS03.
Il s’agit « essentiellement de vitamine E » qui crée
de petites gouttelettes de liquide dans le vaccin,
indique le Dr De Wals, également professeur à
l’Université Laval.
Cet
adjuvant est l’un des moins connus sur le marché,
reconnaît-il. Mais il s’apparente au squalène, utilisé
de longue date en Europe.
Ce produit a été mis en cause dans une étude qui
révélait que d’anciens combattants de la guerre du
Golfe avaient eu des séquelles après avoir reçu un
vaccin qui en contenait.
L’Organisation mondiale de la santé a par la suite
indiqué que cette étude avait « des faiblesses
techniques » et rappelé que cet adjuvant est utilisé
depuis longtemps dans la production de vaccins
antigrippaux. Administré à plus de 22 millions de
doses, il n’a pas provoqué « de manifestations
postvaccinales indésirables », dit l’OMS.
Au Québec, un vaccin sans adjuvant sera administré aux
femmes enceintes et aux bambins parce que le vaccin
avec adjuvant n’a pas été testé pour ces deux groupes
de population, précise le Dr De Wals.
Quant au conservateur contenu dans le vaccin de GSK,
il s’agit de thiomersal. Il est nécessaire pour éviter
les contaminations bactériennes avec les vaccins
multidoses.
« C’est un produit utilisé depuis des dizaines
d’années, notamment dans le vaccin saisonnier, qui n’a
jamais donné l’autisme », bien que des études aient
tenté de démontrer le contraire, souligne le Dr
DeWals.
Deux campagnes de vaccination
La
campagne de vaccination contre l’influenza saisonnière
sera repoussée au mois de janvier pour laisser toute la
place à celle contre la grippe A (H1N1), a confirmé hier
la direction de la santé publique du Québec. Si les
dernières analyses sont concluantes, les premières doses
pourront être administrées à partir du 15 novembre.
La
vaccination
contre la grippe A (H1N1) pourrait commencer le 15
novembre. Celle contre l’influenza saisonnière sera
repoussée à janvier.
« Com me la menace de la grippe A ( H1 N1) est à
l’automne, on préfère conserver nos énergies », a
expliqué hier le directeur de la protection publique du
Québec, le Dr Horracio Arruda. « Mais si l’on se rend
compte que la souche de la grippe saisonnière circule
avant son pic normal, qui survient généralement après le
temps des Fêtes, là on pourrait rendre des doses
disponibles pour les gens plus susceptibles de
l’attraper. »
Les résultats de récentes études canadiennes qui
semblent indiquer que le fait d’être vacciné contre la
grippe saisonnière augmente le risque de contracter la
grippe A (H1N1) ont été pris en considération dans la
décision de repousser la vaccination contre la grippe
saisonnière, a indiqué le Dr Arruda.
Hier, les autorités québécoises et canadiennes se sont
toutefois empressées de mentionner que ces résultats
étaient préliminaires car ils n’ont pas franchi l’étape
de la validation aux fins de publication.
« Nous sommes au courant des études mentionnées dans les
médias qui pourraient montrer un lien entre la
vaccination contre la grippe saisonnière et la
susceptibilité de contracter le virus de la grippe A
(H1N1) et nous les examinons attentivement », a affirmé
la Dre Patricia Huston de la Direction générale des
maladies infectieuses et des mesures d’urgence de
l’Agence de la santé publique du Canada.
« Ce
sont des observations surprenantes car nous savons aussi
qu’il existe des études si m ila i res réa lisées da ns
d’autres pays qui n’appuient pas les observations faites
au Canada, a-t-elle poursuivi. Pour le moment, nous ne
pouvons pas dire pourquoi les résultats des études sont
différents. Mais un examen i ndépenda nt des d iverses
méthodologies est en cours pour en déterminer la cause.
»
Le gouvernement du Canada a commandé 50,4 millions de
doses du vaccin contre la grippe A (H1N1). Comme le
recommande l’Organisation mondiale de la santé, les
vaccins contiendront de l’adjuvant, une substance
composée d’huile et d’eau qui permet de renforcer le
système immunitaire, mais qui cause parfois des effets
secondaires.
En conséquence, 1,8 million de doses sans adjuvant ont
été commandées pour les femmes enceintes et les enfants
âgés de moins de 3 ans.
«La vaccination est l’une des mesures efficaces de
l’histoire moderne pour prévenir les pandémies, a
souligné le Dr Arruda. Il demeure encore clair que les
bénéfices de la vaccination dépassent les inconvénients
des effets secondaires.»
Selon le gouvernement canadien, 78 personnes sont
décédées depuis l’éclosion du virus en avril. Par
ailleurs, 16 personnes atteintes de la maladie seraient
actuellement hospitalisées au pays. De 2000 à 8000
personnes meurent chaque année au pays de l’influenza.
Grippe saisonnière / La campagne de vaccination mise
sur la glace - Pascale Breton
La
direction de la santé publique du Québec remet en
question la campagne de vaccination contre la grippe
saisonnière cette année, au point de la mettre sur la
glace pour les prochains mois, a appris La Presse.
Des
études
préliminaires, en cours de validation, semblent
montrer que le fait d’avoir été vacciné contre la
grippe saisonnière augmente le risque de contracter la
grippe A (H1N1).
Les provinces tergiversent depuis quelques semaines déjà
à savoir si elles doivent lancer deux campagnes de
vaccination simultanément, l’une contre la grippe A
(H1N1) et l’autre contre l’influenza saisonnière.
De nouvelles études menées au Canada, notamment au
Québec, en Ontario et en Colombie-Britannique, donnent
maintenant du poids à leur hésitation. Les études
semblent montrer que le fait d’avoir été vacciné contre
la grippe saisonnière augmente le risque de contracter
la grippe A (H1N1).
Il s’agit toutefois de résultats préliminaires puisque
les études n’ont pas encore franchi le cap de la
validation aux fins de publication. Les chercheurs
refusent d’ailleurs de faire part officiellement de
leurs conclusions.
«Actuellement, c’est en évaluation par les pairs. Les
autres scientifiques regardent nos données pour évaluer
la qualité de la méthodologie. Tant qu’on n’a pas les
résultats de cette évaluation, on ne peut pas parler des
résultats », a indiqué le Dr Gaston De Serres, médecin
épidémiologiste à l’Institut national de santé publique
du Québec (INSPQ), l’un des auteurs d’une étude.
« Aucun résultat ne peut être considéré comme concluant
ava nt la fin du processus d’examens par les pairs »,
at-on par ailleurs indiqué à l’Agence de santé publique
du Canada. D’autres études similaires menées ailleurs
dans le monde n’ont d’ailleurs pas donné les mêmes
résultats, ajoute-t-on.
Pou r le m inistère de la Santé et des Services sociaux
du Québec, les informations disponibles semblent
toutefois suffisantes pour mettre la campagne de
vaccination saisonnière sur la glace, du moins
momentanément.
Selon
ce qu’il a été possible d’apprendre, la campagne sera
retardée pour laisser toute la place à la campagne de
vaccination contre la grippe A (H1N1) qui doit débuter à
la mi-novembre. Le directeur de la protection publique
du Québec, le Dr Horacio Arruda, devrait en faire
l’annonce en conférence de presse cet après-midi.
Hier, l’Ontario a pris une décision en ce sens,
modifiant son calendrier de vaccination habituel.
Au Q uébec , plu sieu rs cliniques médicales annonçaient
pourtant depuis quelques semaines déjà les dates de
vaccination contre l’influenza saisonnière,
principalement pour les personnes à risque, soit dans ce
cas les personnes âgées, les malades chroniques et les
jeunes enfants.
La décision de retarder la campagnehabituelle automnale
donnera le temps nécessaire aux experts de la santé
publique pour étudier l’évolution du virus dans la
société. La vaccination contre la grippe saisonnière
pourrait ensuite débuter, au début de l’année prochaine
probablement, explique le Dr Karl Weiss, microbiologiste
et infectiologue à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont.
Québec a pris une sage décision, croit-il. « Il faut
probablement donner la priorité au virus H1N1 parce
qu’on sait que c’est ce qui circule actuellement. »
Il est rare que deux virus de la grippe circulent en
même temps, précise aussi le Dr Weiss. Lorsqu’une
majorité de Québécois qui le souhaitent auront été
vaccinés, les responsables de la santé publique
pourraient peut-être envisager une vaccination contre la
grippe saisonnière, d’autant plus qu’elle semble
circuler plus tard depuis quelques années, apparaissant
souvent en janvier.
Québec doit par ailleurs apporter d’autres précisions
concer na nt la vacc i nation contre la grippe A (H1N1).
À la suite d’un avis des experts de l’INSPQ, la santé
publique devrait ainsi recommander aux femmes enceintes
et aux jeunes enfants d’opter pour le vaccin sans
adjuvant.
L’adjuvant est un produit ajouté au vaccin afin de
stimuler une meilleure réponse immunitaire et produire
plus de doses. Ce type de vaccin peut toutefois
entraîner des effets secondaires et n’a pas été testé
sur les deux groupes à risque.
Même la traditionnelle bise est menacée -
Marc Thibodeau
Psychose
de la grippe A (H1N1) en France
La campagne actuelle de sensibilisation à la grippe A
(H1N1) en France risque-t-elle de « rendre fous » les
citoyens de l’Hexagone ? La question a été posée
publiquement alors que des gestes quotidiens comme la
bise sont maintenant proscrits. Et parfois remplacés par
des coeurs en papier.
PARIS — Le virus de la grippe A (H1N1) fait peur en
France, au point de compromettre des pratiques
culturelles apparemment immuables comme la bise.
PHOTO XAVIER LEOTY,
ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE
Aux
Mathes,
dans l’ouest de la France, 86 élèves et leurs
enseignants ont été retenus dans un camp de vacances à
la fin du mois d’août après que deux cas de grippe A
(H1N1) eurent été détectés parmi le groupe.
C’est le cas notamment à l’école maternelle Jea n-Le
Brun, à Guilvinec, où la direction a décidé d’interdire
aux enfants cette salutation rituelle dans l’espoir de
limiter les risques de contagion.
«On a mis en place un système de boîtes à bisous. Les
enfants, plutôt que de faire la bise à leurs
instituteurs ou leurs petits copains, leur donnent des
petits coeurs en papier», a expliqué hier à La Presse
une adjointe administrative de l’établissement, Brigitte
Le Goff.
«Nous leur faisons aussi préparer des coffrets à bisous
qu’ils vont pouvoir mettre dans leurs casiers», a ajouté
la porte-parole, qui dit avoir obtenu une excellente
collaboration des élèves.
Bien qu’elle n’ait pas connu de large écho dans le
réseau d’éducation national, l’initiative de Guilvinec
reflète les précautions prises par plusieurs entreprises
du secteur privé, qui mettent en garde leurs employés
contre les contacts «inutiles».
C’est le
cas notamment de la firme d’assurances Axa, qui a mis en
place une ligne téléphonique pour que les salariés
puissent s’informer sur la maladie et les comportements
à éviter.
Dans les rencontres publiques, il est désormais courant
d’éviter la bise. Une journaliste rapporte que lors
d’une récente conférence de presse, ses collègues se
saluaient par un léger hochement de tête à la japonaise.
Ces marques de prudence, justifiées ou pas, dépriment le
j ournaliste Pascal Riché, du site Rue89, qui ironise
sur le fait que les « êtres humains ne se rendaient pas
compte jusque-là des risques qu’ils prenaient en se
touchant ». « La campagne actuelle (de sensibilisation)
risque de nous rendre fous. Dans les entreprises, on
commande des masques par dizaines de milliers... On
surnettoie les poignées de porte, on espace les chaises
dans les cantines, on barbote dans le gel
hydroalcoolique, on se lingette, on se virucide, on
s’aseptise », déplore-t-il.
Mutation dangereuse ?
Les médias alimentent largement les préoccupations de la
population en multipliant les reportages sur le virus,
qui a fait moins d’une demi-douzaine de morts dans
l’Hexagone j usqu’à maintenant. Le quotidien Le
Parisien, commentant le « choc » causé par la mort «
foudroyante » d’un homme d’une trentaine d’années qui
n’avait aucune ma ladie con nue ava nt de contracter le
virus, souligne dans un récent numéro que « personne
n’est à l’abri ».
Le Monde, plus posé, met en opposition deux chercheurs
qui ne s’entendent pas sur les risques que pose le
virus. L’un parle d’une grippe « unique » qui aurait
peut-être connu récemment une mutation dangereuse.
L’autre rappelle que la mortalité liée au virus reste
sensiblement inférieure à celle de la grippe
saisonnière.
LE VACCIN INQUIÈTE
En France, le débat s’étend aussi à la campagne de
vaccination qu’entend lancer sous peu le gouvernement pour
tenter d’endiguer la progression du virus. Dans une lettre
ouverte, une députée européenne écologiste, Michèle
Rivasi, s’inquiète des effets secondaires potentiels du
vaccin qui sera utilisé et somme la ministre de la Santé,
Roselyne Bachelot, de ne pas se « précipiter » dans ce
dossier. Mme Bachelot précise pour sa part que le vaccin
ne pose aucun risque et écarte les critiques qui
l’accusent d’apeurer les Français en multipliant les mises
en garde.
A (H1N1) 20 % des Canadiens vaccinés en
priorité - Catherine Handfield
Au
Canada, six groupes seront vaccinés en priorité contre
la grippe A (H1N1) : les personnes atteintes de maladie
chronique, les femmes enceintes, les enfants d’âge
préscolaire, les résidants des communautés éloignées ou
isolées, les travailleurs de la santé et les gens qui
habitent avec des personnes à risque élevé.
C’est ce qu’a annoncé hier l’Agence de la santé publique
du Canada, qui a produit à l’intention des provinces et
des territoires un document d’orientation sur la
séquence de la vaccination.
E nv i ron 7 m i l l ion s de Canadiens entrent dans
l’une ou l ’au t r e d e s c a t é go r ie s visées,
soit le cinquième de la population totale. Les
catégories ne sont pas classées selon un ordre de
priorité, a précisé David Butler-Jones, administrateur
en chef de la santé publique du Canada.
« Chaque groupe est important, a-t-il déclaré au cours
d’un point de presse à Ottawa. Les provinces et les
territoires vont utiliser le guide dans leurs opérations
de planification, mais ils sont libres de les
interpréter en fonction de la situation et des
circonstances locales. » Québec expliquera les détails
de son plan de vaccination cet après-midi en conférence
de presse.
Les gens qui n’entrent pas da ns les catégories
déterminées pourront également recevoir le vaccin en
début de campagne, a indiqué David Butler-Jones.
Lancement en novembre
« Au
Canada, nous n’avons pas besoin d’un programme de
rationalisation, a-t-il assuré. Nous n’allons pas
renvoyer les gens. Le but est plutôt d’encourager les
gens à risque à se présenter rapidement pour recevoir le
vaccin. »
GlaxoSmithKline, à qui le gouvernement fédéral a
commandé 50,4 millions de doses de vaccins, commencera
ses essais cliniques au Canada à la fin de ce mois-ci ou
au début du mois d’octobre, a indiqué Marie-Christine
Beauchemin, responsable des communications de la
société. Les essais se feront sur 2000 Canadiens dans 30
endroits différents.
Santé Canada devra approuver le vaccin avant le
lancement de la campagne, qui commencera au début du
mois de novembre, prévoit David Butler-Jones. À la
mi-octobre, le gouvernement fédéral devrait avoir reçu
entre sept et 10 millions de doses. La production se
fait au rythme de 3,5 millions de doses par semaine.
Une seule injection pourra it êt re su f f isa nte,
selon les premiers résultats d’essa is cl i n iques
menés pa r GlaxoSmithKline en Europe.
« Nous espérons que les Canadiens vont retrousser leurs
manches et recevoir le vaccin, une procédure simple qui
peut réellement faire une différence », a dit le Dr
Butler-Jones.
Par ailleurs, l’activité grippale est demeurée «
relativement basse » cette semaine. Deux Canadiens sont
morts, portant le bilan des victimes à 76 depuis
l’éclosion du virus, en avril.
A (H1N1) OTTAWA ENVOIE DES SACS
À CADAVRES À DES RÉSERVES DU MANITOBA
Santé Canada a envoyé des sacs mortuaires à des
communautés autochtones du Manitoba dans le cadre des
mesures de prévention contre la grippe A (H1N1). La
ministre de la Santé, Leona Aglukkaq, a demandé à son
sous-ministre d’enquêter. Des réserves du nord de la
province ont reçu des dizaines de sacs à cadavres,
livrés en même temps que du désinfectant et des masques.
C’est Santé Canada qui a envoyé ce matériel en vue d’une
deuxième éclosion du virus, a indiqué le grand chef
David Harper. L’affaire a suscité l’indignation des
chefs autochtones du Manitoba et de nombreuses
questions. « Je me demande si les responsables de la
Santé savent des choses que nous ignorons », a dit David
Harper, qui se dit « horrifié » par la situation. La
ministre Aglukkaq, qui a ordonné une « enquête immédiate
» dans ses services, affirme ignorer les circonstances
de l’envoi. « Présentement, je me pose les mêmes
questions que vous », a-telle dit. Les réserves du
Manitoba ont été frappées durement lors de l’éclosion de
la grippe au printemps, avec un taux d’infection 20 fois
plus élevé que la population générale, selon les données
des autorités locales.
La grippe A(H1N1) contagieuse pendant plus d’une
semaine - Pascale Breton
Au moins
15% des personnes infectées par le virus de la grippe A
( H1N1) sont toujours contagieuses plus d’une semaine
après l’apparition des premiers symptômes, révèle une
nouvelle étude québécoise.
Les
autorités
de santé publique considéraient jusqu’à aujourd’hui
qu’un isolement d’une semaine était suffisant dans le
cas de la grippe A(H1N1).
Présentée ce matin dans le cadre de l’Interscience
Conference in Antimicrobial and Chemotherapy, un congrès
international qui se tient à San Francisco, l’étude
indique en revanche qu’aucun sujet n’était toujours
contagieux au bout de 10 jours.
Ces nouvel les informations concernant la grippe A
(H1N1) pourraient changer la donne. À ce jour, la
directive des autorités de santé publique préconisait de
rester en isolement pendant sept jours si l’on
développait des symptômes grippaux.
Or, les chercheurs savent maintenant que 15% des
participants à l’étude étaient toujours contagieux au
huitième jour.
« Ça sera aux autorités de santé publique de prendre en
considération cette étude, à la lumière d’autres études
faites en ce moment à travers le monde, afin de voir
s’il y a lieu ou pas de changer les recommandations en
ce qui a trait à l’isolement des sujets atteints »,
indique le Dr Guy Boivin, du Centre hospitalier
universitaire de Québec, l’un des chercheurs principaux
de l’étude.
Le projet de recherche a réunit une quinzaine de
chercheurs québécois d’horizon aussi divers que
l’épidémiologie, la virologie ou l’infectiologie.
L’initiative a été lancée au printemps par le Fonds de
la recherche en santé du Québec (FRSQ), avec la
collaboration de l’Institut national de santé publique
du Québec. Une subvention de 250 000$ a été accordée aux
chercheurs pour leurs travaux.
Cette
étude « montre la capacité des chercheurs au Québec de
réagir rapidement à des défis de santé », s’est réjoui
le président et directeur général du FRSQ, Yves
Joanette.
Dans un premier temps, les chercheurs voulaient évaluer
la contagiosité du virus. Ils ont rencontré 65 familles
québécoises dont au moins une personne avait été
infectée par le virus. Au total, près de 200
participants ont été rencontrés.
Des analyses sanguines ont aussi été prélevées chez les
participants afin de déterminer quelle proportion de la
population est infectée sans pour autant développer de
symptômes grippaux. Ces résultats devraient être connus
d’ici quatre à six semaines.
Après avoir présenté un abrégé de leurs travaux, le
groupe de chercheurs tentera maintenant de publier son
étude dans une revue spécialisée.
D’ici là, ils continuent de suivre les derniers
développements du virus. Il en est d’ailleurs beaucoup
question lors du congrès qui se tient à San Francisco.
Ce qui se passe actuellement dans le sud des États-Unis,
où la saison grippale est revenue avec plus de vigueur,
est un bon indicateur de ce à quoi il faut se préparer
au Québec, croit d’ailleurs le Dr Boivin.
« C’est une question de temps, de mois ou de semaines,
avant qu’on ne soit frappé de nouveau par une deuxième
vague de H1N1 » , croit le chercheur.
Les dernières données disponibles concernant la grippe A
(H1N1) révèle que le virus a fait 74 morts au Canada,
dont 26 au Québec.
Les femmes enceintes devraient se tenir loin des
grandes foules - Catherine Handfield
L’Agence
de la santé publique du Canada lance une campagne
publicitaire pour rappeler les précautions visant à
prévenir et à réduire la propagation de la grippe A (
H1N1). Par ailleurs, les personnes à risque, dont les
femmes enceintes, devraient songer à ne pas prendre part
à de grands rassemblements.
La ministre fédérale de la Santé, Leona Aglukkaq, a
annoncé hier le lancement d’une campagne publicitaire à
l’approche d’une seconde vague du virus. Dès le 14
septembre, les Canadiens pourront entendre des
publicités à la radio et les voir dans les transports en
commun et sur l’internet.
La campagne durera quatre semaines, a précisé
l’administrateur en chef de la santé publique du Canada,
David Butler-Jones, qui prête sa voix à certaines
publicités radio.
Les publicités rappellent de se laver les mains, de
tousser dans sa manche et de désinfecter les poignées de
porte et autres surfaces fréquemment touchées. On
conseille aussi aux gens atteints du virus de rester à
la maison et aux personnes à risque de joindre leur
médecin si elles présentent des symptômes grippaux.
Une étude publiée hier dans la revue américaine Science
suggère que les campagnes intensives de
vaccinationdevraientcommencer au moins unmois avant
l’apogée de la pandémie, puisque deux doses du vaccin
administrées à trois semaines d’intervalle pourraient
être nécessaires.
Que
fera le Canada si l’épidémie commence en octobre? « Nous
aurions déjà en notre possession plusieurs doses
disponibles », a répondu le Dr Butler-Jones, soulignant
que la production s’élève à 3,5 millions de doses par
semaine. Les clientèles à risque seraient vaccinées en
priorité.
Des précautions
Par ailleurs, l’Agence de santé publique a publié hier
deux nouveaux feui l lets de direc tives qu’on peut
consulter sur son site web (www. santepublique. gc. ca).
Le premier est une version plus détaillée des consignes
d’hygiène généra les . Le second s’adresse aux
organisateurs et participants à de grands
rassemblements, comme les manifestations sportives, les
concerts ou les remises de diplômes, par exemple.
Les autorités conseillent aux personnes à risque, soit
les femmes enceintes et les personnes
immunodéficitaires, « d’envisager de ne pas assister à
ce genre de rassemblement ». Les personnes atteintes du
virus, quant à elles, ne devraient pas s’y présenter.
Grippe A (H1N1) : les femmes enceintes
pourront opter pour un vaccin sans adjuvant
TORONTO
— Le Canada offrira des vaccins sans adjuvant contre la
grippe A (H1N1) aux femmes enceintes qui, autrement,
auraient pu choisir de ne pas se faire vacciner, a
indiqué le premier administrateur en chef de la santé
publique du Canada.
Le docteur David Butler-Jones a confirmé à La Presse
Canadienne que le Canada achètera 1,2 million de doses
du vaccin sans adjuvant. Celles-ci seront réservées aux
femmes enceintes, qui courent de plus gra nds risques
d’être malades et même de mourir si elles contractent le
virus.
Un
adjuvant est un composé qui stimule la réaction du
système immunitaire au vaccin, permettant d’utiliser de
moindres doses pour chaque personne. Le Canada a choisi
de s’approvisionner en vaccins avec adjuvant à la suite
des recommandations de l’Organisation mondiale de la
santé, qui a suggéré aux pays populeux d’utiliser des
techniques de vaccination favorisant « l’économie
d’antigènes » afin de maximiser l’approvisionnement
mondial.
Alors que quelques pays européens utilisent des vaccins
avec adjuvant depuis plusieurs années, aucun des vaccins
homologués au Canada ne contient un adjuvant. Et il
n’existe aucune donnée relative à l’utilisation d’un
vaccin avec adjuvant pour les femmes enceintes – une
situation qui en fait hésiter plus d’une à faire usage
de toute forme de médicament ou de thérapie.
A (H1N1) SOMMES-NOUS PRÊTS AU PIRE ? -
Pascale Breton
Le virus
de la grippe A (H1N1) a déjà fait 2185 victimes et
infecté près de 210 000 personnes dans le monde. Alors
que plusieurs pays se préparent à combattre ce fléau,
des voix s’élèvent pour affirmer que le Canada fait
preuve de lenteur. Sera-t-il prêt
Le Canada se prépare depuis plusieurs années à affronter
une pandémie, stockant antiviraux, masques et gels
antibactériens. Mais tout pourrait basculer si la
deuxième vague attendue de grippe A (H1N1) frappe trop
tôt cet automne, avant que le vaccin ne soit prêt
Le fédéral et les provinces
se préparent à une campagne de vaccination massive à
compter de la mi-novembre. Le vaccin ne sera pas
obligatoire, mais 50 millions de doses seront
disponibles au pays. Les autorités estiment que jusqu’à
30% de la population pourrait être touchée par la
maladie.
Si l’apogée de la grippe survient en janvier, comme
c’est le cas depuis quelques années avec l’influenza
saisonnière, tout pourrait bien se passer.
« Ce serait un scénario idéal parce qu’on aurait le
temps de vacciner tout notre monde avant que le virus ne
commence à circuler. Et avec une bonne vaccination, on
réduirait considérablement l’impact de la maladie »,
estime le Dr Gaston de Serres, épidémiologiste à
l’Institut national de santé publique du Québec et
professeur en épidémiologie à l’Université Laval.
Le problème est que la deuxième vague de grippe A(H1N1)
pourrait aussi frapper dès le mois de novembre, comme ce
fut souvent le cas avec la grippe saisonnière par le
passé.
Dans ce cas, le Canada n’est pas prêt, estime le Dr Paul
Hébert, éditeur du Journal de l’Association médicale
canadienne, qui signe un éditorial cette semaine
pressant le gouvernement de vacciner plus rapidement les
personnes à risque.
« Idéalement, il faudrait pouvoir vacciner les gens deux
mois avant que le virus ne frappe, de façon à protéger
le plus de monde possible », explique le Dr Hébert.
À ce jour, il estime que tant le fédéral que les
provinces se sont bien préparés pour faire face à la
pandémie. Les plans d’action semblent complets et sont
mis à jour régulièrement.
Mais malgré toute la préparation possible, il n’existe
que deux façons de prévenir la crise : l’accès à des
antiviraux pour les personnes vulnérables et la
vaccination. « On était prêts, mais tout à coup, il faut
attendre jusqu’en novembre pour avoir le vaccin »,
déplore le Dr Hébert.
Tous les
pays sont engagés dans la course à la production d’un
vaccin. Des essais cliniques ont débuté au cours de
l’été. Mais dans le meilleur des cas, il serait
surprenant qu’un vaccin soit disponible avant octobre,
estiment plusieurs. Stocks de masques, d’antiviraux et
de gels antibactériens
Au Québec, tant les hôpitaux que les écoles, les
universités, les établissements publics et de nombreuses
entreprises disposent d’un plan d’action pour agir face
à une pandémie.
Au cours des dernières semaines, une trentaine de
collèges ont ainsi fait affaire avec la firme Prudent,
un groupe-conseil spécialisé dans la gestion des risques
et la planification des mesures d’urgence, expliquait
récemment le président-directeur général de la
Fédération des cégeps, Gaétan Boucher, en rencontre à La
Presse.
Comme plusieurs, l’Université de Montréal a fait
installer 200 distributrices de gel antibactérien sur
son campus. À l’entrée des hôpitaux, des agents de
sécurité rappellent aux visiteurs de se désinfecter les
mains.
Chaque hôpital dispose aussi d’une réserve de masques
N-95 pour une semaine. Par la suite, en cas de besoin,
ils pourront s’approvisionner dans la réserve nationale
constituée par Québec.
« Nous sommes constamment en train de mettre nos lignes
directrices à jour pour adapter nos pratiques selon les
avancées médicales », souligne la porte-parole du
ministère de la Santé et des Services sociaux, Dominique
Breton.
Difficile toutefois de s’assurer que toutes les mesures
mises en place seront les bonnes. Ce n’est qu’une fois
la crise passée, rétrospectivement, qu’on le saura,
rappelle le Dr Brian Ward, directeur adjoint du Centre
de recherche en maladies infectieuses et microbiologie
du Centre universitaire de santé McGill.
« Nous sommes beaucoup mieux préparés que la grande
majorité des pays et ce, malgré un délai très court »,
croit le Dr Ward. Il y a déjà plusieurs années que le
Canada a signé un contrat avec la compagnie GlaxoSmithKl
ine, l’assurant ainsi d’avoir accès à des doses
suffisantes de vaccin lorsque cela serait nécessaire,
rappelle-t-il.
Cet après-midi, des partenaires du Ministère de la Santé
feront le point sur la situation au Québec.
Faut-il craindre le vaccin? - Pascale Breton
Pétition contre une vaccination de masse, rumeurs de
complot des grandes pharmaceutiques, doutes quant à
l’innocuité du vaccin, les allégations circulent
allègrement au sujet de la grippe A (H1N1).
Selon
sondageLaPresseCanadienneHarris-Décima, seulement 45 %
des répondants au Canada (48% au Québec) ont affirmé
avoir l’intention de se faire vacciner.
Faut-il craindre le vaccin en préparation? Non,
répondent les experts consultés. Même s’il est vrai
que le vaccin peut entraîner des effets secondaires
inconnus à ce jour, qui n’auraient pas été décelés
lors des essais cliniques.
Ces effets secondaires sont théoriques, rappelle le Dr
Gaston de Serres, épidémiologiste à l’Institut
national de santé publique du Québec et professeur en
épidémiologie à l’Université Laval.
« Le risque d’être malade avec le virus H1N1, lui,
n’est pas théorique, il est tout à fait réel. Avec ce
qui va arriver à l’automne, ceux qui ne seront pas
vaccinés vont avoir une forte probabilité d’attraper
le virus H1N1. S’ils l’attrapent, plusieurs vont être
hospitalisés et quelques-uns vont en décéder »,
explique le Dr de Serres.
Comme l’Organisation mondiale de la santé le suggère
en cas de pandémie, le vaccin en préparation contient
un adjuvant. Il s’agit d’un produit qu’on ajoute au
vaccin afin de stimuler une meilleure réponse
immunitaire et de produire plus de doses.
Àce jour, rien n’indique que l’adjuvant pose problème,
bien qu’il n’ait pas été testé spécifiquement sur
certains groupes vulnérables, notamment les femmes
enceintes, indique le Dr de Serres.
Chacun
doit peser le pour et le contre, se questionner sur
les bénéfices et les inconvénients de se faire
vacciner ou non, croit pour sa part le Dr Brian Ward,
directeur adjoint du centre de recherche en maladies
infectieuses et microbiologie du Centre universitaire
de santé McGill.
Après avoir subi les désagréments de la grippe A
(H1N1) en juin dernier, lui-même n’hésitera pas à
recommander à ses proches de se faire vacciner.
« Il n’y a aucune personne qui sera forcée de prendre
le vaccin. Il s’agit de trouver un équilibre entre les
craintes de la maladie et les craintes du vaccin »,
déclare le Dr Ward.
Les craintes face au vaccin viennent peut-être du fait
que toute la population est aujourd’hui visée.
Généralement, le vaccin contre l’influenza saisonnière
cible plutôt des groupes précis, suggère de son côté
le Dr Guy Boivin, microbiologiste et infectiologue au
Centre hospitalier de l’Université Laval.
Certains se rappellent aussi cet épisode survenu en
1976, alors que des militaires américains basés au New
Jersey avaient été frappés par un virus H1N1 de souche
porcine, mais différente de la souche actuelle.
Les autorités avaient procédé en catastrophe à une
vaccination de masse avant de se rendre compte qu’il
n’y avait pas de pandémie et que le vaccin provoquait
une paralysie chez certains, rappelle le Dr Boivin.
La situation est différente aujourd’hui, ajoute-t-il.
« Je crois personnellement que les craintes ne sont
pas justifiées. Avant de rendre un vaccin disponible,
on fait des tests de sécurité et d’efficacité. »
Vaccin trouble - ARIANE KROL
Ot t awa
of f r i ra - t-i l le vaccin contre la grippe A (H1N1)
assez tôt cet automne ? La ministre fédérale de la Santé
a beau répéter que oui, elle ne convainc personne. Leona
Aglukkaq doit s’expliquer sur la stratégie canadienne.
La ministre Aglukkaq, qui participe à une importante
conférence sur la prévention de la grippe à Winnipeg,
est sur la défensive depuis mardi. Et elle se défend
très mal. Nier que le Canada soit en retard, comme elle
l’a fait à plusieurs reprises, n’avance à rien. Nous
savons que d’autres pays comme les États-Unis, la
Grande-Bretagne et l’Australie commenceront à offrir
leur vaccin environ un mois avant le Canada. Pourquoi ?
Pour l’instant, on n’a pas reçu l’ombre d’une
explication.
Le
Journal de l’A ssociation médicale canadienne a dénoncé
la situation en éditorial lundi. Le Canada doit
commencer à vacciner les groupes à risque plus tôt,
réclament les cosignataires du texte. Une demande simple
qui exige une réponse claire. Car si la grippe A (H1N1)
s’est révélée moins féroce qu’on le craignait au départ,
elle s’est aussi montrée d’une grande virulence envers
certains groupes. Les femmes enceintes et les
autochtones, par exemple, risquent beaucoup plus de
souffrir de complications graves. La ministre, pourtant,
n’a donné aucune garantie à leur sujet.
Mme Aglukkaq doit comprendre que la controverse ne
s’éteindra pas d’elle-même. L’éditorial du Journal n’est
qu’un avant-goût. Vers la mioctobre, on commencera à
voir des images d’Américains et de Britanniques qui se
font vacciner. Peut-être même des Australiens avant la
fin de septembre. Les Canadiens vont poser des
questions. Que leur répondra la ministre ? Que tout
baigne puisque leur gouvernement s’occupera d’eux un
mois plus tard ? Bonne chance !
Pourtant, d’après les informations que nous avons
obtenues, Ottawa serait capable d’offrir le vaccin plus
tôt à certains groupes à risque. C ’e s t m ê m e u n s
c é n a r io envisagé pour les femmes enceintes. Par
ailleurs, notre calendrier de vaccination plus tardif
découlerait de certains c hoi x j u s t i f ia ble s – l
’éva - luation préalable du vaccin et la quantité
commandée, entre autres. Bref, il y aurait des arguments
défendables à l’appui de la stratégie canadienne.
Pourquoi ne pas nous les présenter au lieu de répéter
des phrases creuses qui ne rassurent personne ?
La
ministre peut se compter chanceuse. Pour l’instant, les
Canadiens semblent se méfier davantage du vaccin que de
la grippe. Plus de la moitié n’ont pas l’intention de se
faire immuniser, révélait un sondage cette semaine. Mais
le vent peut tourner. Si le virus frappe tôt et,
surtout, beaucoup plus gravement qu’au printemps, le
vaccin risque de devenir très demandé. Si Ottawa n’est
pas encore prêt à l’offrir, il va devoir s’expliquer.
La lenteur d’Ottawa critiquée - Mathieu
Perrault
L e
gouver nement fédér a l devrait commencer la vaccination
contre le virus de la grippe A (H1N1) plus tôt que
prévu, réclame le Journal de l’Association médicale
canadienne. Sinon, des victimes inutiles dans des
groupes à risque, comme les femmes enceintes et les
jeunes enfants, pourraient en souffrir et créer des
goulots d’étranglement dans le réseau de la santé.
« Beaucoup de pays ont décidé de faire les choses de
manière différente du Canada, explique Paul Hébert,
l’éditeur du Journal, qui a signé l’éditorial. La
manière dont Santé Canada a décidé d’approuver le vaccin
fait en sorte qu’on commencera à vacciner au début
décembre plutôt qu’au début octobre. Or, tout porte à
penser que le pic de la grippe A (H1N1) cet automne aura
lieu à la mi-décembre. Pour bien protéger les clientèles
à risque, comme les femmes enceintes, les autochtones et
les jeunes enfants, il faut commencer à vacciner début
octobre. »
Des tests nécessaires
Selon le
Dr Hébert, Santé Canada a décidé de procéder à des tests
plus poussés que pour le vaccin de la grippe ordinaire.
Ces tests sont nécessaires parce que le virus H1N1 de la
grippe porcine n’a pas circulé depuis longtemps dans la
population, ce qui fait que le vaccin est considéré
comme un nouveau médicament. De plus, il doit être
administré avec un adjuvant qui augmente son efficacité.
Le Dr Hébert propose que le vaccin seul soit approuvé en
version accélérée pour les clientèles à risque, et que
le vaccin avec adjuvant soit approuvé selon les plans
actuels pour le reste de la population.
« Ça ferait toute la différence pour les groupes à
risque, dit le Dr Hébert. Et ça éviterait des
embouteillages dans notre système de santé. Le Canada
est l’un des pays les mieux placés pour répondre à la
pandémie actuelle parce qu’il a une bonne capacité de
production de vaccin, mais il faut bien se servir de cet
atout. »
À Santé Canada, le relationniste Gary Scott Holub assure
que l’approbation du vaccin sera accélérée si nécessaire
et qu’elle « peut être rapidement ajustée pour répondre
aux besoins en santé du public ». « Santé Canada sera en
mesure d’approuver rapidement un vaccin antigrippal avec
adjuvant ou sans adjuvant dès qu’un vaccin sera
disponible et qu’une décision de santé publique
autorisera l’utilisation d’un vaccin. »
« Au Canada, la vaccination
n’est pas obligatoire »
2,7 millions de plus pour la recherche
-
Pascale Breton
Au
moment où plusieurs mettent en doute la pertinence de se
faire vacciner contre la grippe A ( H1N1), l’Agence de
santé publique du Canada débloque des sommes
supplémentaires pour étudier l’innocuité du vaccin.
Le gouvernement fédéral a ajouté hier 2,7 millions pour
la recherche sur le vaccin, une somme qui s’ajoute au
fonds de 10,8 millions annoncé au début de l’été.
« Ce fonds sera utilisé pour évaluer la sécurité et
l’efficacité du vaccin pour lutter contre pour la
pandémie », a annoncé hier la ministre de la Santé,
Leona Aglukkaq.
Des études cliniques seront menées en 10 endroits
différents au pays. La vaccination devrait ensuite
débuter à la mi-novembre. À ce moment, le Canada devrait
disposer de 12 millions de doses sur les 50 millions
prévues au total.
La
capacité de production est en effet de 3,4 millions de
doses par semaine et à la mi-novembre, la production
devrait être commencée depuis quelques semaines.
« Au Canada, la vaccination n’est pas obligatoire », a
rappelé l’administrateur en chef de l’Agence de santé
publique du Canada, le Dr David Butler-Jones, voulant du
coup mettre fin à certaines rumeurs qui circulent.
« Nous espérons que les gens vont faire le choix d’être
immunisés (de se faire vacciner), mais ça reste leur
choix. »
Depuis quelques semaines, beaucoup d’information
circule, particulièrement sur l’internet, afin de
dénoncer les campagnes de vaccination et de mettre en
garde la population.
Des études menées auprès de médecins et d’infirmières
montrent aussi les réticences de plusieurs à se faire
vacciner. Un sondage publié cette semaine dans la revue
BMJ (anciennement le British Medical Journal) révèle que
moins de 50% des infirmières et médecins chinois qui
avaient répondu au sondage avaient l ’ intention de se
faire vacciner.
Vaccination à la chaîne contre la grippe -
Pascale Breton
Québec
espère ainsi contourner la pénurie anticipée de
personnel en santé
Les autorités de santé publique craignent de manquer
d’infirmières ou de médecins. Un certain nombre d’entre
eux pourraient devoir s’absenter du travail, soit parce
qu’ils seront malades ou parce qu’ils devront s’occuper
de leurs proches.
Québec mise sur une campagne de vaccination massive, où
300 personnes seront vaccinées à l’heure dans chaque
point de service, pour lutter contre la pandémie de
grippe A (H1N1).
PHOTO ARCHIVES REUTERS
Jusqu’à
300 personnes à l’heure pourraient être vaccinées dans
chaque point de service au Québec. Ce modèle à la
chaîne a déjà été testé dans certaines régions lors de
campagnes de vaccination contre la grippe saisonnière.
Ce modèle de vaccination à la chaîne permettra de
vacciner la population plus rapidement, mais aussi de
faire face à un taux d’absentéisme plus élevé qu’à
l’habitude dans le réseau de la santé.
« Certaines tâches seraient réservées au x in firmières,
mais il y aurait aussi d’autres ressources, comme des
personnes retraitées, pour aider à l’organisation de
l’administration des vaccins », explique la porte-parole
du ministère de la Santé, Dominique Breton.
Ce modèle de vaccination à la chaîne a déjà été testé
dans certaines régions – notamment la région de la
CapitaleNationale – lors de campagnes de vaccination
contre la grippe saisonnière.
Au Québec, on ne semble d’ailleurs pas craindre une
pénurie de personnel. Ailleurs au pays, l’inquiétude
commence à poindre à ce sujet. Les autorités de santé
publique craignent de manquer d’infirmières ou de
médecins. Un certain nombre d’entre eux pourraient
devoir s’absenter du travail, parce qu’ils seront
malades ou parce qu’ils devront s’occuper de leurs
proches.
Banques de ressources
Selon le
Globe and Mail d’hier, des provinces comme la
Colombie-Britannique et l’Alberta songent même à faire
appel aux pharmaciens pour vacciner la population afin
de compenser un éventuel manque de main-d’oeuvre.
« Au Québec, précise Dominique Breton, la vaccination
n’est pas un acte autorisé pour les pharmaciens. Seuls
les médecins, les infirmières et infirmières auxiliaires
peuvent administrer les vaccins. »
En plus du personnel en place, le gouvernement estime
mières et infirmières auxiliaires se concentrent
uniquement sur la vaccination.
Des infirmières à la retraite pou rraient aussi être
rappelé e s . D e pu i s plu sieu r s
Ces banques de ressources vont permettre de pallier le
ma nque de person nel , c roit la présidente de la
Fédération interprofessionnelle du Québec , Régi ne
qu’il peut compter sur un bassin de 40 000 étudiants et
9000 fonctionnaires qui pourraient s’occuper de
l’inscription et de la préparation des personnes afin
que les infirannées déjà, on tient à jour des listes de
disponibilités des professionnels retraités ou qui
vaquent à d’autres activités, notamment dans les
syndicats. Laurent. « Notre âme d’infirmière demeure.
C’est sûr que tout le monde va s’empresser d’offrir son
aide pour aller vacciner. »
L’apport des infirmières au x ilia i res pou r ra it êt
re i mpor t a nt , aj oute - t-el le . « C’est une
main-d’oeuvre de plus si on a besoin d’une vacc i nation
ma ssive et urgente. »
Les autorités de santé publique du Québec doivent par
ailleurs faire le point sur la question de la
vaccination cette semaine. On s’attend à ce que la
campagne commence en novembre et que deux doses soient
administrées, mais tout reste encore à préciser. Québec
doit aussi faire le point sur la question des
travailleuses enceintes quand il aura reçu l’avis de
l’Institut national de santé publique.
La rentrée scolaire aura lieu comme prévu
- Pascale Breton
La
première vague de grippe A (H1N1), qui a atteint un
sommet au début du mois de juin, est derrière nous. Mais
les autorités de la santé publique se préparent à une
deuxième vague, plus tard à l’automne. À la veille de la
rentrée scolaire, la vigilance est de mise. La rentrée
scolaire aura lieu comme prévu la semaine prochaine. Il
n’est pas question de fermer les écoles de manière
préventive ou de retirer systématiquement les
travailleuses enceintes.
Le
ministre
québécois de la Santé, le Dr Yves Bolduc, en compagnie
du directeur de la protection de la Santé publique du
Québec, le Dr A (H1N1) à la veille de la rentrée
scolaire. Arruda, ont fait le point hier sur la grippe
En fait, rien ne change dans le plan prévu à ce jour.
Les autorités fédérales comme provinciales ont fait le
point hier pour rassurer les parents et rappeler qu’il
n’a pas lieu de fermer les écoles actuellement.
Mais la vigilance reste de mise et tout le monde se
tient prêt. « On ne néglige aucun détail. S’il n’arrive
rien, tant mieux. Mais s’il arrive quelque chose, on est
prêts à tous les scénarios », a déclaré le ministre de
la Santé, Yves Bolduc.
La première vague de grippe A ( H1N1), qui a frappé au
printemps, a atteint son sommet pendant la deuxième
semaine de juin. À ce moment, jusqu’à 107 cas ont été
signalés en une seule journée. Mais depuis, l’indice
grippal est en constante diminution, a expliqué le
directeur de la protection de la santé publique, Horacio
Arruda.
Si une deuxième vague de grippe frappait avec virulence,
la décision de garder certaines écoles ouvertes pourrait
être revue.
« Si la situation épidémiologique changeait et qu’on
avait l’impression qu’il était nécessaire ( de fermer
les écoles) parce que la sévérité est plus importante,
les autorités de santé publique reviendraient pour
prendre une décision », a précisé le Dr Arruda.
La question des travailleuses enceintes demeure
toutefois en suspens. La situation est suffisamment
préoccupante pour qu’un avis sur le sujet ait été
demandé à l’Institut national de santé publique du
Québec. La réponse devrait arriver dans les prochains
jours.
La semaine dernière, une jeune mère de 23 ans est morte
à Montréal à la suite de complications dues à la grippe
A (H1N1) qu’elle a contractée en juin. Son bébé, né par
césarienne, a survécu et se porte bien.
Une étude publiée dans la revue The Lancet plus tôt cet
été a démontré que les femmes enceintes risquent
davantage d’avoir des complications, d’être
hospitalisées ou de mourir à cause de la grippe porcine.
Cette
situation suscite des inquiétudes particulières dans les
écoles, reconnues comme un foyer de propagation de la
maladie.
Pour l’instant, c’est le programme en place qui
s’applique, à savoir que le médecin traitant recommande
le retrait préventif de la travailleuse enceinte s’il le
juge nécessaire. Plusieurs enseignantes en bénéficient
déjà puisqu’elles ne sont pas immunisées contre le
parvarovirus B19, responsable de la « cinquième maladie
», qui peut être dangereuse pour le foetus.
Selon l’avis qu’il aura reçu de ses experts, le
ministère de la Santé pourrait recommander le retrait
préventif des travailleuses enceintes, principalement
dans les écoles et les services de garde.
Au moment où élèves et professeurs s’apprêtent à
reprendre le chemin des classes, c’est la vigilance qui
est de mise. Il faut rappeler les mesures de protection
contre la grippe, notamment le lavage des mains. Si un
enfant est malade, il devrait rester à la maison. Même
chose pour le personnel enseignant, ont rappelé les
autorités hier.
Nul besoin de courir acheter du désinfectant pour les
mains. « Dans toutes les écoles du Québec, il y a de
l’eau et du savon et ça suffit. Le Purell peut être une
mesure de plus, mais le Ministère ne recommandera pas
aux écoles et aux parents d’en acheter », a précisé
Bruno Faucher, du ministère de l’Éducation, du Loisir et
du Sport en rappelant que ce produit, qui contient de
l’alcool, peut même être contre-indiqué pour les jeunes
enfants.
Les écoles se tiennent prêtes à faire face à une
recrudescence de la grippe plus tard à l’automne. Une
mise à jour du plan de préparation sera prête d’ici à
quelques semaines. Au début du mois de septembre, toutes
les organisations du réseau doivent aussi tenir une
rencontre.
Même si on se trouve en pleine pandémie, les cas de
grippe A ( H1N1) sont moins graves que ce qui avait été
appréhendé.
Par contre, la maladie peut être dangereuse pour
certaines catégories de personnes. C’est le cas des
bambins de moins de 2 ans, des femmes enceintes, des
personnes atteintes de maladies chroniques (diabète,
maladie respiratoire) et des personnes âgées de plus de
60 ans.
« On ne doit pas faire peur, mais dans certaines
situations, il peut y avoir des conséquences très graves
», a rappelé Horacio Arruda. Ces personnes devraient
consulter leur médecin dès l’apparition de symptômes
grippaux.
Les syndicats réclament des directives claires
- Catherine Handfield
Les
syndicats des milieux scolaire et médical ont
accueilli le point de presse d’hier de façon mitigée.
Plusieurs ont dénoncé le fait qu’il n’y ait pas de
directives claires en cas de deuxième vague de grippe
A (H1N1).
Le président de la centrale de
l’enseignement du Québec (CSQ), Réjean Parent, s’est
dit déçu du point de presse d’Yves Bolduc.
Réjean Parent, président de la Centrale des syndicats
du Québec, s’est dit « très déçu » des recommandations
faites hier par les autorités. « On laisse planer une
incertitude, une confusion », a-t-il déploré.
Réjean Parent, dont le syndicat représente 90 000
travailleurs du réseau scolaire québécois, aurait
souhaité que les autorités de la santé publique
lancent un plan d’action uniforme pour toutes les
écoles du Québec.
M. Parent espérait aussi que le gouvernement mette sur
pied une veille qui comptabiliserait les absences des
élèves liées à la grippe, question d’assurer un suivi
adéquat.
Même son de cloche du côté de Manon Bernard,
présidente de la Fédération des syndicats de
l’enseignement. Elle apprécie que le ministère de
l’Éducation ait envoyé des directives aux commissions
scolaires, hier, concernant les mesures d’hygiène à
adopter pour éviter la propagation du virus. « Mais
concrètement, quel sera le suivi des autorités ? »
À
l’opposé, Josée Bouchard, présidente de la Fédération
des commissions scolaires du Québec, s’est dite « très
satisfaite » du point de presse. « On connaît les
règles d’hygiène à suivre, et on sera prêt à faire en
sorte que tout fonctionne bien », a dit Mme Bouchard.
Le président de la Fédération des médecins
omnipraticiens du Québec, Louis Godin, a déploré le
fait que les médecins de famille qui travaillent en
cabinet privé n’aient pas reçu de directives claires.
Actuellement, la communicationaveclesautoritésest «
difficile » et « déficiente », selon le Dr Godin.
Contrairement à leurs collègues du milieu hospitalier,
les omnipraticiens qui travaillent en clinique sont
laissés à eux-mêmes, dit-il.
« Plusieurs questions restent en suspens. En cas de
pandémie, qui travaillerait en clinique? Doit-on faire
vacciner le personnel? Où peut-on se procurer des
gants et des masques? »
« S’il y avait une deuxième vague de grippe demain
matin, ce serait difficile », a-til conclu.
Ottawa déconseille la fermeture d’écoles
- Malorie Beauchemin
Même
si les écoles et garderies représentent des lieux
propices à la propagation des virus, et que les
vaccins adéquats ne seront pas disponibles avant le
mois de novembre, le gouvernement fédéral
déconseille aux établissements scolaires de fermer
leurs portes de façon préventive.
La direction de la santé
publique n’envisage pas de recommander la
fermeture des écoles comme ce fut le cas en
Argentine plus tôt cette année.
La ministre de la Santé, Leona Aglukkaq, a présenté
hier les lignes directrices pour aider les écoles,
garderies et établissements d’éducation
postsecondaire à se préparer à une possible
recrudescence des cas de grippe H1N1 à l’aube d’une
saison habituellement propice à l’influenza.
Alors que la fermeture préventive d’écoles peut
sembler un bon moyen de prévenir la propagation du
virus, les autorités canadiennes rejettent cette
mesure, expérimentée dans d’autres pays, dont
l’Argentine.
« Les écoles représentent des situations contrôlées.
On peut y superviser le lavage des mains,
l’enseignement des mesures d’hygiène, l’information
aux parents », a estimé le Dr David Butler-Jones,
administrateur en chef de la santé publique du
Canada.
Fermer les écoles aurait selon lui davantage
d’effets négatifs : certains parents seraient
contraints de s’absenter du travail, des enfants
sans supervision pourraient propager le virus dans
des endroits publics, comme des centres commerciaux,
f réquentés notamment par des personnes âgées.
« Si les circonstances changent dramat iquement, et
qu’on voit, par exemple, un taux de mortalité élevé
chez les enfants, à ce moment-là on pourra
reconsidérer la mesure », a-t-il ajouté.
Les autorités canadiennes recommandent plutôt des
mesures d’hygiène, mais suggèrent aussi aux écoles
et aux commissions scolaires de préparer des «
protocoles d’isolement » , à mettre en place
rapidement si des cas de grippe H1N1 surviennent.
Selon M. Butler-Jones, les vagues d’influenza
surviennent habituellement vers la fin de l’automne,
avec un sommet entre janvier et mars.
« À ce moment-là, tous ceux qui le souhaitent auront
pu avoir au moins une dose de vaccin, voire deux si
nécessaire », a-t-il ajouté. Le gouvernement fédéral
a commandé il y a deux semaines 50 millions de doses
de vaccins pour pallier une possible deuxième vague
de grippe H1N1 dans les prochains mois.
Les PME doivent y voir
Le
virus A (H1N1) est l’occasion d’adopter un plan
d’urgence - Victor Pellegrino
Les autorités sanitaires du Canada se préparent en
prévision d’une éventuelle épidémie de grippe A (H1N1) à
l’automne, pendant que les organismes de santé
provinciaux et fédéraux s’efforcent de mettre en place
une stratégie pour affronter le virus.
Les problèmes de ce genre peuvent être inhabituels ou
rares, mais ils n’ont pas à être imprévus. Pour les
propriétaires d’entreprises du Canada, il peut s’agir
d’une occasion idéale pour réfléchir à leurs plans
d’urgence – qu’ils soient conçus pour le virus A (H1N1)
ou pour toute autre éventualité.
Selon un sondage Harris/ Decima commandité par BMO
Groupe financier, les propriétaires de PME du Canada qui
disposent d’un plan d’urgence sont bien conscients de
l’importance d’un tel plan. En fait, ceux qui en ont un
le considèrent comme un important facteur de succès lors
des périodes économiques difficiles.
Et c’est logique. Car les entreprises doivent pouvoir
faire face à toutes sortes de situations susceptibles
d’avoir des répercussions directes sur leur personnel et
sur leur façon de faire des affaires, que ces situations
soient liées à des problèmes sanitaires ou qu’elles
résultent d’un ralentissement économique.
Mais pour ce qui est des problèmes de santé comme la
grippe A (H1N1), la majorité des propriétaires de PME
n’ont aucun plan. Selon le sondage mené auprès de
propriétaires d’entreprises le mois dernier, seulement
une entreprise sur 10 possède un plan de continuité des
activités conçu spécialement pour affronter le virus A
(H1N1).
Les propriétaires de microentreprises (moins de cinq
employés) sont parmi les moins préparés. Les
conséquences peuvent être importantes: si un seul
employé d’une de ces petites entreprises tombe malade,
cela peut représenter plus de 20% de son effectif.
Lorsqu’on prépare un plan d’urgence, il faut considérer
plusieurs éléments.
• Envisager d i f férentes situations susceptibles
d’avoir des répercussions sur votre entreprise, et en
particulier la façon dont elles pourraient influer sur
vous. Il peut s’agir, par exemple, d’une maladie et de
la peur d’une pandémie qui inciteraient les employés et
les clients à rester chez eux, de pannes d’électricité
ou encore de conflits de travail. Les propriétaires
d’entreprises devraient agir dès maintenant, notamment
en organisant des séances de remue-méninges avec leurs
gestionnaires pour s’assurer, autant que possible, que
rien n’a été négligé.
• Dresser une l iste des mesures à prendre pour chaque
scénario envisagé et les mettre par écrit afin que tous
les employés-clés comprennent bien quelles sont leurs
responsabilités dans chacun des scénarios.
• Élaborer un plan de communication, comprenant
notamment un arbre d’appel et un schéma des
communications, pour s’assurer que tous les employés
peuvent être contactés en cas d’événement majeur et
qu’ils peuvent ensuite exécuter les tâches qui leur ont
été spécifiquement attribuées.
Un plan d’urgence devrait aussi comporter certains
éléments propres aux urgences sanitaires. Par exemple,
indiquer les services et les opérations prioritaires,
former des employés pour qu’ils puissent assumer les
responsabilités de leurs collègues absents, établir des
lignes directrices en matière d’hygiène et prévoir des
politiques d’horaires flexibles et de rémunération
alternative.
Enf i n , un plan n’aura aucune valeur tant qu’i l
n’aura pas été diffusé largement parmi les employés,
afin qu’ils puissent prendre les mesures appropriées le
moment venu.
Aujourd’hui, la menace de la grippe porcine inquiète les
gens, mais d’une certaine façon, elle pourrait avoir
quelque chose de bon. Nous avons parfois besoin d’une
menace comme celle-là pour passer à l’action. En fait,
si les autorités sanitaires canadiennes sont aujourd’hui
relativement bien préparées à affronter le virus de la
grippe A ( H1N1), c’est en grande partie parce qu’elles
ont déjà vécu la crise du SRAS il y a six ans à peine et
qu’elles en ont tiré des leçons.
Cette mort doit convaincre de mieux protéger les
femmes enceintes - Ariane Lacoursière
Fatiha
Idrissi Kaitouni, une Montréalaise de 23 ans qui était
atteinte de la grippe A (H1N1), est morte hier matin à
l’hôpital du Sacré-Coeur. Pour les proches de la jeune
femme, ce décès doit convaincre les autorités de
l’importance de protéger les femmes enceintes contre
cette nouvelle épidémie.
PHOTOFOURNIE PAR LA
FAMILLE
Fatiha
Idrissi
Kaitouni était maintenue en vie artificiellement
depuis la naissance de son fils Yassine.
Mme Kaitouni avait contracté la grippe A(H1N1) il y a
deux mois, alors qu’elle était enceinte. Présentant une
forte fièvre, elle s’était rendue à l’hôpital
SainteJustine le 7 juin. Dans les jours suivants, elle a
commencé à souffrir de graves problèmes respiratoires, à
un point tel que les médecins ont dû ordonner son
transfert à l’hôpital du Sacré-Coeur, où elle a subi une
césarienne.
Dès sa naissance, son fils Yassine a été transféré à
l’Hôpital de Montréal pour enfants où on l’a traité pour
des problèmes respiratoires. Là-bas, il a reçu des
antiviraux de façon préventive. « Le petit n’a jamais eu
la grippe. Ce n’est pas le cas de sa mère, qui n’a pas
eu de traitement rapidement même si on savait qu’elle
était atteinte! » a dénoncé Hajar Rougui, une bonne amie
de Mme Kaitouni.
À la suite de son accouchement, Mme Kaitouni a été
plongée dans un coma artificiel. Dans les jours qui ont
suivi, son état n’a fait que se détériorer. Souffrant de
nombreuses hémorragies, elle a perdu beaucoup de sang. «
Elle avait huit drains! Elle perdait 1,8 litre de sang à
l’heure! Elle se faisait transfuser 34 sacs de sang par
jour! » a dit Mme Rougui.
MmeKaitounin’a jamais repris totalement connaissance. «
Juste une fois, elle s’est mise à parler un peu, a
raconté Mme Rougui. Elle a juste dit: "Mon bébé... Mon
bébé..." Elle avait tellement hâte de voir son bébé... »
Mme
Kaitouni est morte tôt, hier matin. « Les médecins ont
appelé son mari vers minuit et lui ont dit de venir à
l’hôpital, car la pression artérielle de sa femme
diminuait énormément. Il s’est rendu à son chevet. Elle
est morte vers 4h45 du matin », a raconté Mme Rougui.
Le mari de Mme Kaitouni, Mohammed Idrissi, n’a pas voulu
parler à La Presse, hier. « Pas aujourd’hui... Je suis
si fatigué », a-t-il soufflé. L’hôpital du Sacré-Coeur
n’a pas voulu commenter la situation. Le ministère de la
Santé duQuébec a dit attendre des résultats d’analyses
avant de parler des causes du décès. Le Ministère a
confirmé queMme Kaitouni était bel et bien atteinte de
la grippe A(H1N1), mais il reste à déterminer si sa mort
a réellement été causée par le virus.
M. Idrissi a porté plainte à l’hôpital Sainte-Justine,
car il estime que sa femme n’a pas été traitée assez
rapidement. Mais il n’a pas l’intention d’entamerune
poursuite, selon Mme Rougui. « Notre objectif est
simplement que les autres femmes enceintes ne vivent pas
pareille situation », a-t-elle assuré.
Si les femmes enceintes ne sont pas plus à risque de
contracter la grippe A(H1N1), elles risquent davantage
de subir des complications, puisque leur système
immunitaire est affaibli. Les femmes enceintes ont
quatre fois plus de risques que la moyenne d’être
hospitalisées, selon une étude américaine publiée en
juillet.
D’a i l leurs, une femme enceinte espagnole de 31 ans
est morte hier, à l’hôpital de Castellon, des suites de
complications liées à la grippe A (H1N1).
L’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal
conseille d’ailleurs aux médecins de traiter les femmes
enceintes dès l’apparition de symptômes grippaux.
GRIPPE A(H1N1) Faut-il craindre la rentrée scolaire
? - Pascale Breton & Louise Leduc
« Si une
forte propagation de personne à personne devait survenir,
des établissements d’enseignement pourraient être
exceptionnellement fermés »
Pendant que l’Europe se demande si des écoles devraient
fermer leurs portes cet automne pour limiter la
propagation de la grippe A (H1N1), la
rentréescolairedevrait avoir lieu comme prévu à la fin du
mois au Québec.
Pour l’instant, il n’est pas question de fermer les
écoles, affirme le directeur national de la santé
publique, le Dr Alain Poirier.
« Selon ce qu’on sait du virus, il y aura probablement
plus de désavantages à fermer les écoles et les garderies.
»
L’inquiétude vient du fait que le virus se propage
facilement chez les jeunes. Mais il semble aussi moins
virulent dans cette catégorie de la population. Fermer les
écoles n’est pas la solution, poursuit le Dr Poirier.
« Est-ce que ce sont les parents qui vont devoir s’occuper
des enfants et délaisser le travail? Est-ce que ces
enfants seront confinés à la maison? La réponse est non.
Ces enfants vont sortir, iront au cinéma, au centre
commercial, vont se retrouver en groupe et transmettre le
virus. »
Le Ministère compte plutôt sur la collaboration des écoles
et des parents pour recenser les cas de grippe et rappeler
les règles d’hygiène comme le lavage des mains.
C’est d’ailleurs la politique qui a été appliquée en
avril, lorsque les premiers cas de grippe A( H1N1) ont été
signalés au Québec. Des élèves ont été contaminés au
collège Charlemagne, à l’école primaire de
Dollard-desOrmeaux et au collège SaintBernard, à
Drummondville.
Les écoles n’ont pas fermé leurs portes. Seul
l’établissement de Drummondville a fermé sa section
primaire pendant une journée, le temps de procéder à une
désinfection.
Comme les municipalités, les hôpitaux et plusieurs
entreprises, les écoles disposent d’un plan de préparation
à une pandémie depuis 2006.
« Si une forte propagation de personne à personne devait
survenir, des établissements d’enseignement pourraient
être exceptionnellement fermés » , peut-on lire dans ce
plan aux lignes plutôt générales.
Une mise à jour du plan est en cours et sera prête cet
automne, précise le porte-parole du ministère de
l’Éducation, des Loisirs et du Sport, Pierre Noël. Mais
rien n’indique pour le moment que l es recomma ndat i ons
vont changer.
« La rentrée aura lieu comme prévu, le 27 août, i ndique
d’ailleurs Nathalie Roberge, porte-parole de la Commission
scolaire de Montréal . Nous avons un comité de pandémie en
place et nous sommes toujours en lien avec les autorités
de la santé publique pour évaluer la situation. »
Plutôt
que la fermeture systématique des écoles, le plan
québécois préconise de maintenir le plus possible les
services en place, tant les services éducatifs,
administratifs que de garde.
Si un trop grand nombre de travailleurs manquent à
l’appel pour cause de maladie, les services essentiels
devront être maintenus. Même grippées, certaines
personnes pourraient devoir travailler, précise le plan.
De leur côté, les syndicats suivent également la
situation de près. « Pour le moment, nous n’envisageons
pas d’action particulière à la rentrée, sinon de
surveiller les actions ministérielles s’il en est »,
indique Claude Girard, porte-parole de la Centrale des
syndicats du Québec, qui représente la majorité des
enseignants.
Situation différente en Europe
La situation est fort différente de l’autre côté de
l’océan. La propagation de la grippe A( H1N1) préoccupe
les autorités au point où certains pays songent à fermer
des écoles.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a récemment
indiqué que des pays pourraient retarder la rentrée
scolaire. Il revient à chaque gouvernement d’évaluer la
situation qui lui est propre, selon l’ampleur de la
pandémie, a signalé en entrevue Aphaluck Bhatiaseve,
porteparole de l’OMS.
En France, par exemple, les autorités pourraient hausser
le degré d’alerte à 6 en septembre, ce qui pourrait
entraîner des fermetures d’école.
Ju squ’à ma i ntena nt , le Québec a adopté une
stratégie bien différente de celle des autres pays en ne
confinant pas les personnes malades, note le Dr Karl
Weiss, microbiologiste et infectiologue à l’hôpital
Maisonneuve-Rosemont.
« Il faut faire attention à la façon dont on est perçu.
Le Canada est considéré, de l’extérieur, comme une zone
chaude. Si ça se mettait à déraper, ce serait
problématique », croit le Dr Weiss, qui cite notamment
le risque que des citoyens canadiens soient mis en
quarantaine à l’étranger.
D’ailleurs, il considère que la stratégie de
communication mise en place par les autorités
canadiennes et québécoises tend à banaliser la maladie.
« Je tiens à le souligner. Ce n’est pas une maladie
bénigne. »
Au printemps, le Mexique avait été le premier pays
touché par la grippe A( H1N1). Il a aussi été le premier
à confiner la population. Pendant une semaine, écoles,
universités, garderies, gyms et restaurants ont fermé
leurs portes pour endiguer la propagation du virus.
Par la suite, les États-Unis ont à leur tour fermé 533
écoles, obligeant plus de 330 000 élèves à faire l’école
buissonnière. Le Japon a, pour sa part, fermé 4400
écoles à la mi-mai.
Choisir le bon moment
FERMETURE DES ÉCOLES
En cas de pandémie, la fermeture d’écoles doit faire
partie des avenues à considérer, et l’idéal semble
d’agir avant que 1% de la population ne soit malade,
écrit la revue médicale britannique The Lancet dans un
article consacré à la question dans son numéro du mois
d’août.
Les
contacts
sont très étroits dans les écoles et les enfants sont
considérés comme d’importants agents de transmission
du virus de la grippe A(H1N1).
Selon Cauchemez et ses collaborateurs, en fonction des
modèles étudiés, c’est en effet sous ce stade de 1% «
que l’effet de l’intervention peut être maximal ».
Si chaque pandémie est unique, peut-on lire, il reste
que l’on peut tirer des enseignements des réactions
gouvernementales face à chacune. Alors qu’ils citent
nommément les pandémies d’influenza en France en 1957 et
à Hong Kong en 2008, les auteurs signalent que la
fermeture d’écoles, dans ces deux occasions, « n’a pas
eu d’effet significatif parce que la décision a été
prise très tard après le début (de la pandémie) ».
Il est difficile de savoir à quel moment fermer les
écoles, de la même façon qu’il est difficile de décider
sur quelle base on le fait. Si l’on s’en remet aux taux
d’absentéisme dans les écoles, dit The Lancet, le danger
est justement de réagir trop tard étant donné la
difficulté de colliger de telles données.
À
l’inverse, si on réagit trop rapidement dès lors que
quelques centaines de cas sont confirmés, le risque est
de réagir plus fortement que ce que nécessite la
capacité de transmission du virus.
Quoi qu’il en soit, les autorités – aussi bien des
écoles, des localités ou des gouvernements – ne peuvent
pas faire l’économie d’une réflexion sur la question,
les contacts étant très étroits dans les écoles et les
enfants étant considérés comme d’importants agents de
transmission. Les auteurs estiment aussi que les parents
d’enfants d’âge scolaire doivent commencer à réfléchir à
leur propre plan dans l’éventualité où des écoles
fermeraient pour une période plus ou moins prolongée.
Ces réflexions sont d’autant plus nécessaires dans le
cas de la grippe A ( H1N1), écrivent Cauchemez et ses
collaborateurs, que « 60% des personnes infectées ont 18
ans et moins ».
On est bien conscient de cela au Québec, comme en
témoigne le message d’accueil téléphonique dans les
hôpitaux affiliés à l’ Université McGill. On y précise
d’emblée, sur la question des visites, qu’« il n’est pas
recommandé aux jeunes de 18 ans » qui n’ont ni
rendez-vous ni traitement de rendre visite à un malade.
C’est là « une mesure temporaire car ce groupe d’âge est
particulièrement touché par le virus », est-il précisé
dans le message.
En juin, l’hôpitalMaisonneuveRosemont a été le premier à
interdire les visites aux moins de 18 ans. Le centre
hospitalier universitaire Sainte-Justine avait emboîté
le pas et limité les visites aux seuls parents des
enfants hospitalisés.
VACCIN CONTRE LA GRIPPE A (H1N1) Le Canada
achètera 50,4 millions de doses - Catherine Handfield
Ottawa
passera bientôt une commandede50,4 millions dedosesde
vaccin contre la grippe A (H1N1), un investissement
de400millions. Le Canada sera en mesure de commencer
sacampagne de vaccination massive en novembre.
La ministre fédérale de la Santé, Leona Aglukkaq, a
annoncé hier que le gouvernement du Canada avait signé un
contrat à long terme avec GlaxoSmithKline, le plus grand
fabricant de vaccins antigrippaux au pays. Ottawa paiera
60% des coûts. Les provinces se chargeront du reste. «
Nous estimons que les 50,4 millions de doses seront
suffisantes pour immuniser tous les Canadiens qui ont
besoin d’une protection », a déclaré Mme Aglukkaq dans une
conférence téléphonique.
Les essais cliniques devraient commencer d’ici à octobre,
et si tout se passe bien, la campagne de vaccination
débutera en novembre ou plus tôt, a-t-elle indiqué.
Le Canada accuse un léger retard sur les États-Unis,
l’Australie et la Chine, qui ont déjà entrepris leurs
essais cliniques. Ces pays devraient être en mesure de
commencer les vaccinations en septembre, a indiqué hier la
directrice de la recherche sur les vaccins à
l’Organisation mondiale de la santé, Marie-Paule Kieny.
Les
autorités canadiennes ont toutefois assuré que leur
échéancier correspond en grande partie à ce qui se passe
ailleurs. De plus, « l’épidémie de grippe atteint son
apogée après Noël, a rappelé le Dr David Butler-Jones,
administrateur en chef de la santé publique. D’ici là,
nous devrions avoir suffisamment de vaccins pour donner
une dose à tous les Canadiens qui en feraient la demande
».
Pour contrer le nouveau virus qui se répand à vive
allure sur la planète, les gouvernements se sont lancés
dans la course à l’achat du vaccin. Ils ont décidé
d’accélérer les procédures d’approbation du nouveau
médicament afin de démarrer au plus vite la campagne de
vaccination.
Réagissant aux craintes relayées dans les médias, l’OMS
a assuré hier sur son site internet que les procédures
en place étaient « rigoureuses » et qu’elles « ne
compromettaient pas la sécurité et la qualité des
contrôles ».
« Nous ne sommes pas prêts à simplifier les choses quand
la sécurité est en jeu », a également déclaré Leona
Aglukkaq.
A (H1N1) Une campagne de vaccination dès
l’automne - Pascale Breton
Plus
susceptibles de souffrir de complications, les femmes
enceintes auront la priorité
« L’enjeu n’est pas de savoir qui aura accès ou non au
vaccin, mais plutôt de savoir qui sera vacciné dans la
première semaine ou dans la quatrième semaine de la
campagne. »
Malgré les difficultés signalées à ce jour dans la
production d’un vaccin contre la grippe A (H1N1), le
Canada pourra entreprendre une campagne de vaccination
massive à la fin de l’automne.
Le
Canada entreprendra dès l’automne une campagne de
vaccination massive contre la grippe A (H1N1). Les
femmes enceintes et les travailleurs de la santé seront
parmi les premières personnes à être vaccinés. En
Australie, un premier groupe de volontaires ont été
vaccinés contre le virus (notre photo).
Les femmes enceintes, plus susceptibles de souffrir de
complications graves ou de mourir, selon une nouvelle
étude, seront du premier groupe vacciné. C’est ce qu’ont
confirmé hier les autorités canadiennes.
« Le vaccin sera prêt à temps pour que les provinces et
les territoires entreprennent leur campagne de vaccination
à la fin de l’automne » , a déclaré la ministre de la
Santé, Leona Aglukkaq.
L e Ca n ad a a s i g né u n contrat d’exclusivité avec la
compagnie pharmaceutique GlaxoSmithKline pour la
distribution du vaccin. La firme « devrait être en mesure
de commencer ses essais cliniques en octobre et peut-être
même plus tôt », a ajouté la ministre d’un ton optimiste.
L’Organisation mondiale de la santé avait fait savoir
récemment que la production du vaccin s’avérait pourtant
moins efficace que celle du vaccin contre l’influenza
saisonnière.
Tous les Canadiens qui le souhaitent pourront néanmoins
être vaccinés, a assuré l’administrateur en chef de
l’Agence de santé publique du Canada, le Dr David
Butler-Jones.
« L’enjeu n’est pas de savoir qui aura accès ou non au
vaccin, mais plutôt de savoir qui sera vacciné dans la
première semaine ou dans la quatrième semaine de la
campagne », a-t-il déclaré.
Une liste des groupes à vacciner en priorité sera établie
d’ici aumois de septembre. Les travailleurs de la santé et
les femmes enceintes en feront partie.
Une étude
publiée dans la revue The Lancet vient de démontrer que
les femmes enceintes sont quatre fois plus susceptibles
d’être hospitalisées en raison de complications graves
dues à la grippe A (H1N1). Le taux de mortalité est
également plus élevé que dans la population en général.
Cet te étude provient d’une analyse menée par les Centers
for Disease Control and Prevention, aux États-Unis,
concernant les cas de contamination survenus dans les
premières semaines où le virus a frappé.
Les chiffres compilés montrent que 32% des femmes
enceintes qui avaient contracté le virus avaient dû être
hospitalisées en raison de complications. C’est quatre
fois plus que le ratio dans la population en général.
En deux mois, six Américaines qui attendaient un enfant
sont également mortes des suites de la grippe A ( H1N1).
C’est 13% du total des décès enregistrés aux États-Unis à
cause de la grippe.
Ces données renforcent l’idée que les femmes enceintes
doivent être traitées rapidement avec des antiviraux si
elles ont des symptômes. Elles devraient aussi être
vaccinées.
Or, bien des femmes enceintes craignent les conséquences
de la médication pour leurs bébés.
« Il faut peser le pour et le contre. La réalité est que
le risque d’avoir une complication grave avec le H1N1 est
quatre fois plus élevé chez les femmes enceintes
comparativement aux autres femmes du même groupe d’âge »,
analyse le Dr Butler-Jones.
Au Canada, 45 des 235 femmes qui ont dû être hospitalisées
à ce jour en raison de la grippe A ( H1N1) étaient
enceintes. Neuf d’entre elles, soit 15%, ont souffert de
complications très graves.
La vaccination reste toutefois un choix très personnel,
mentionne le médecin. « On ne peut pas obliger tout le
monde à se faire vacciner, mais nous pouvons encourager
les gens à le faire, particulièrement ceux qui font partie
des groupes à risque. »
LE
QUÉBEC RESTE SUR SES GARDES - Pascale
Breton
Chaque hôpital a envisagé ce qu’il pourrait faire en cas
de pandémie majeure : retarder des opérations, réserver
des unités complètes au traitement des malades, ouvrir des
centres de soins à l’extérieur des hôpitaux, travailler
avec du personnel réduit.
Après un mois de juin des plus chaotiques, le virus de la
grippe A (H1N1) semble en perte de vitesse au Canada
depuis trois semaines. Mais les autorités de santé
publique s’attendent à un retour en force du virus au
cours des prochains mois. Ils se préparent au pire, en
espérant le meilleur. Unedeuxièmevaguede la grippeA (H1N1)
pourrait forcer les hôpitaux québécois à
annulerdesopérations, à retarder des examens médicaux et à
remplacer en catastrophe le personnel malade.
En fait, le plan en cas de pandémie prévoit que les
hôpitaux devront procéder à un certain délestage de leurs
activités pour parer au plus urgent si la grippe frappe
avec vigueur.
C’est ce qui s’est produit au printemps 2003 à Toronto. Le
SRAS avait alors frappé par surprise et personne n’était
préparé. Seulement quelques centaines de personnes avaient
contracté le syndrome respiratoire, mais, étant donné la
virulence du virus, 43 personnes en étaient mortes en
quelques semaines.
Le système avait fonctionné au ralenti pendant des
semaines. Infirmières et médecins étaient tombés malades.
Des unités de soins avaient été fermées. Économiquement,
la région de Toronto a mis du temps à se remettre de la
crise.
Du plus rose au plus sombre, tous les scénarios sont
envisageables en ce qui concerne la pandémie de grippe A
(H1N1) qui sévit maintenant partout sur la planète,
souligne le Dr Karl Weiss, microbiologiste-infectiologue à
l’hôpital Maisonneuve-Rosemont.
Dans le cas d’un scénario-catastrophe, « l’impact sur le
système de santé sera le moindre des maux parce qu’il va y
avoir un impact économique titanesque. Le SRAS a coûté 8
milliards à l’économie canadienne. Une pandémie majeure
pourrait coûter plusieurs centaines de milliards »,
explique le Dr Weiss.
Le plan de préparation à une pandémie prévoit des
interventions à l’échelle tant provinciale que bénins
semblables à ceux de la grippe saisonnière.
« Beaucoup de gens ont la grippe et ne le savent même pas.
Pour toutes les maladies infectieuses, c’est pareil »,
mentionne le Dr Alain Poirier, directeur national de la
santé publique.
Ainsi, des sondages montrent que, dans la région de New
York, jusqu’à10% de la populationaurait contracté le virus
en un mois.
Le Québec collige actuellement ses données pour évaluer le
nombre de personnes touchées. Mais déjà, certains chiffres
révèlent locale. Chaque hôpital a envisagé ce qu’il
pourrait faire en cas de pandémie majeure: retarder des
opérations, réserver des unités complètes au traitement
des malades, ouvrir des centres de soins à l’extérieur des
hôpitaux, travailler avec du personnel réduit.
Mais pour l’instant, la grippe A (H1N1) est loin de se
comparer avec l’épisode de SRAS. La vague qui a frappé en
avril a été relativement peu grave.
La plupart des personnes infectées ont éprouvé des
symptômes que 50 000 Québécois auraient contracté la
grippe sans le savoir.
Le virus a tout de même fait 55 victimes à ce jour au
Canada, dont 19 au Québec. Mais la plupart sont des
personnes dont le système immunitaire était déjà affaibli
par une maladie chronique.
Le pic a été atteint en juin. « Le virus H1N1 a fait bien
plus de ravage durant le mois de juin 2009 que l’influenza
ordinaire n’en fait durant les mois de janvier ou février
», déclare leDr KarlWeiss, de l’hôpital
Maisonneuve-Rosemont.
Le nombre de cas est à la baisse depuis trois semaines,
mais la santé publique se prépare à une deuxième vague
vers la fin de l’automne ou à l’hiver.
« Est-ce qu’il va nous revenir en janvier ou février,
comme la grippe habituelle? Personne n’est capable de le
dire. Mais compte tenu du comportement habituel du virus,
ce pourrait très bien être durant l’hiver », croit le Dr
Alain Poirier, directeur national de la santé publique.
Le virus risque aussi de muter. Un premier cas de
résistance au Tamiflu en Amérique du Nord a d’ailleurs été
signalé la semaine dernière, dans un laboratoire de
Québec. D’autres cas ont été découverts au Danemark, au
Japon et en Chine.
Le médicament avait alors été administré à titre préventif
à un septuagénaire. « Si d’autres cas surviennent, il
faudra peut-être réévaluer l’utilisation du Tamiflu en
prophylaxie à grande échelle. Il faudra peut-être le
réserver pour le traitement des cas plus sérieux », croit
le Dr Guy Boivin, microbiologiste-infectiologue au Centre
hospitalier de l’Université Laval, qui a fait la
découverte avec son équipe.
Des travaux sont en cours au laboratoire pour tenter de
déterminer si cette souche résistante du virus se transmet
aussi facilement que les souches sensibles au Tamiflu.
Cette donnée sera importante s’il y a une deuxième vague
de grippe.
DÉSACCORD SUR LES STATISTIQUES - Mathieu Perrault
Les autorités médicales ont souvent relativisé la grippe
A (H1N1) en soulignant que la grippe saisonnière tue
1500 personnes par année au Québec. À côté, le bilan de
19 victimes de la grippe A (H1N1) semble bénin.
L’Association pour la
prévention des infections à l’hôpital et dans la
communauté du Canada estime que la grippe cause de 500
à 1500 morts directement au Québec et entre 4000 et
8000 à cause de complications. La grippe A (H1N1) a
fait 19 victimes jusqu’à maintenant dans la province.
Mais depuis quelques semaines, les données sur
lesquelles s’appuie cette estimation sont contestées.
Les autorités médicales sont accusées de surestimer
l’ampleur de la grippe saisonnière afin d’avoir accès à
des subventions de recherche. Cela pourrait
paradoxalement miner la réaction du public devant la
pandémie qui s’annonce.
Les travaux d’un anthropologue américain, Peter Doshi,
sont cités par de nombreux chroniqueurs scientifiques,
du New Scientist au Wall Street Journal. Depuis 2005, il
a publié plusieurs études contestant la validité
statistique des estimations de la mortalité due à la
grippe, ce qui lui a valu d’être invité à des
conférences de médecine parallèle avec des militants
contre la vaccination.
« Le problème, c’est qu’on peut avoir les symptômes de
la grippe causés par un autre virus que celui de la
grippe, a expliqué M. Doshi en entrevue avec La Presse.
Cette confusion mine la fiabilité des données et
pourrait rendre mois efficaces les mesures de lutte
contre la pandémie.
Le chiffre de 1500 victimes au Québec provient de
données canadiennes. L’Association pour la prévention
des infections à l’hôpital et dans la communauté du
Canada estime que la grippe cause de 500 à 1500 morts
directement et entre 4000 et 8000 à cause de
complications. Mais une épidémiologiste de l’Agence de
santé publique du Canada, Dena Schanzer, a publié en
2007 et 2008 des études estimant à entre 1000 et 6000 le
nombre total de morts dus à la grippe saisonnière.
Dans les années où la grippe n’est pas très virulente,
cela signifie que pas plus de 250 personnes meurent de
la grippe au Québec. En 2006, dans une présentation
interne, la Direction de la santé publique du Québec a
d’ailleurs indiqué que de 59 à 132 décès « en excès »
étaient officiellement attribués chaque année à la
grippe saisonnière.
COURSE CONTRE LA MONTRE
PRODUCTION D’UN VACCIN
Le vaccin contre la grippe A (H1N1) est plus difficile à
produire que prévu. L’Organisation mondiale de la santé
(OMS) a annoncé hier que, malgré des progrès, la
production du vaccin est encore de deux à quatre fois
moins efficace que la production du vaccin contre la
grippe saisonnière.
Un
technicien
prépare des échantillons à partir d’une souche du
virus H1N1 au laboratoire de GlaxoSmithKline à Dresde,
en Allemagne, le mois dernier.
Malgré tout, le gouvernement américain a annoncé
mercredi que des essais cliniques sur le nouveau vaccin
commenceront d’ici au début du mois d’août afin que les
premières doses de vaccins soient prêtes en septembre.
La Chine a aussi annoncé des essais cliniques imminents.
L’Australie a été le premier pays à commencer des essais
cliniques, à la mi-juillet; le temps presse tout
particulièrement dans ce pays parce que c’est
actuellement la saison de la grippe dans l’hémisphère
Sud.
Aux États-Unis, cette hâte pourrait paradoxalement
diminuer le nombre total de doses disponibles. Le Bureau
national scientifique sur la biodéfense a annoncé qu’il
n’autoriserait pas l’utilisation d’un adjuvant, une
molécule qui améliore la performance du vaccin dans le
corps humain, parce que les essais cliniques sont
insuffisants.
L’Agence de santé publique du Canada, qui ne commencera
pas la vaccination pandémique avant le mois d’octobre, a
pour sa part annoncé que le vaccin contiendra un
adjuvant, déjà testé pour la grippe aviaire H5N1.
L’OMS a indiqué que, si les di f ficultés de production
du vaccin ne sont pas résolues, le nombre de doses
permettant de couvrir la population des pays
industrialisés ne sera pas atteint en novembre comme on
le prévoyait, mais en janvier.
Le délai pour le reste du monde (sauf la Chine et
l’Inde, qui peuvent produire leurs propres vaccins)
passera d’avril à juin.
En juin dernier, la Fédération internationale des
fabricants pharmaceutiques avait estimé que, si la
production de vaccins commençait en juin et que le
rendement était aussi efficace que pour la grippe
saisonnière, seulement un milliard de doses seraient
disponibles avant la fin de l’année, selon
l’hebdomadaire britannique The New Scientist.
SUR LA PISTE DU VIRUS
Comment le virus de la grippe A (H1N1) est-il
parvenu à créer la fameuse pandémie attendue depuis
une dizaine d’années ? Parce qu’il pénètre plus
profondément dans les voies respiratoires du furet,
un intermédiaire essentiel pour le processus de
mutations génétiques qui permet à un virus animal
d’infecter l’humain. La plupart des virus de la
grippe restent dans le nez des furets, ont découvert
deux équipes, l’une hollandaise et l’autre
américaine, alors que celui de la grippe porcine se
rend jusqu’aux poumons. Il reste donc plus longtemps
dans leur corps et a plus de temps pour muter,
expliquent les chercheurs dans la revue
Cela
explique aussi le nombre élevé de pneumonies chez
l’homme. Le virus qui a aussi une affinité avec les
cellules intestinales, provoque des nausées peu
fréquentes avec les autres grippes.
LA POINTE DE L’ICEBERG - Guy
Boivin
Si 2500
cas ont été confirmés, on estime que plus de 50
000Québécois ont été infectés par le virus A(H1N1)
Le virus A(H1N1) a une virulence intermédiaire, plus
importante que celle des grippes saisonnières, mais
moins grande que celle de la grippe espagnole.
L’auteur est médecin et titulaire de la chaire de
recherche du Canada sur les virus en émergence et la
résistance aux antiviraux au Centre hospitalier de
l’Université Laval.
Plusieurs
sociétés
préparent actuellement un vaccin contre le virus
A(H1N1) en vue d’une vaccination à l’automne,
notamment au laboratoire du groupe pharmaceutique
britannique GlaxoSmithKline, producteur du Relenza, de
Dresde, en Allemagne.
Les pandémies de grippe font partie de l’histoire de
l’humanité depuis des millénaires même si l’agent causal
– les virus influenza A – n’a été décrit que dans les
années 30. Ces virus ont une extraordinaire capacité de
muter et donc de déjouer notre système immunitaire,
permettant des réinfections à répétition sur une base
quasi annuelle (appelées épidémies saisonnières).
Le nouveau virus grippal, aussi appelé A( H1N1)
d’origine porcine, est particulier à bien des égards.
Son origine immédiate résulte d’une combinaison de gènes
provenant de virus porcins américain et eurasien.
Cependant, son matériel génétique indique que certains
de ses gènes sont à la base d’origine porcine, mais
aussi aviaire et humaine.
Des études génétiques ont affirmé que ce nouveau virus
pouvait avoir circulé chez les porcs depuis une dizaine
d’années, mais que sa transmission chez l’humain ne
serait survenue qu’au début de 2009. Il est maintenant
bien établi que le virusA(H1N1) d’origine porcine se
transmet très bien d’humain à humain, chaque cas
infectant en moyenne 1,5 autre personne, ce qui
contribue à la dissémination rapide du virus dans le
monde.
Il y a actuellement plus de 100 000 cas confirmés
d’infection par le virus A( H1N1) d’origine porcine sur
la planète, incluant 10 000 cas au Canada et plus de
2500 cas au Québec. Ce nombre de cas ne représente
seulement que la pointe de l’iceberg puisque la vaste
majorité des personnes atteintes ne consultera pas un
médecin et un prélèvement du nasopharynx n’est requis
que pour le diagnostic des cas plus sévères nécessitant
une hospitalisation ou un traitement.
On peut donc facilement estimer que plus de 50000
Québécois ont été infectés par ce virus depuis le début
du mois de mai 2009. La très vaste majorité des cas
présente des symptômes grippaux classiques, à savoir de
la fièvre, de la toux, unmal de gorge, des céphalées,
des douleurs musculaires et de la fatigue.
À noter cependant que 25% à 30% de ceux-ci présentent
également des symptômes gastro-intestinaux
(vomissements, diarrhée), ce qui est inhabituel avec la
grippe saisonnière.
Les personnes qui souffrent d’une maladie pulmonaire
chronique (asthme sévère, bronchite chronique,
emphysème) et les femmes enceintes sont plus
susceptibles d’avoir une maladie sévère.
Globalement, le taux d’hospitalisation des cas varie
entre 3% et 15%, mais ce pourcentage est certainement
surestimé en raison du faible nombre de sujets chez
lesquels on recherche le virus.
Par ailleurs, le taux de mortalité se situe sous la
barre de 0,5%, ce qui est nettement moins que celui
associé aux cas sporadiques d’infection par le virus
A(H5N1) d’origine aviaire en Asie (taux de mortalité de
50-60%). Des études animales récentes ont démontré que
le virus A(H1N1) avait une virulence intermédiaire,
c’est-àdire plus importante que celle associée aux virus
humains saisonniers, mais moins grande que celle due aux
virus A(H5N1) et au virus de la grippe espagnole.
Les
personnes qui ont reçu le vaccin antigrippal à l’automne
2008 ne sont aucunement protégées contre le virus; à
l’inverse, certaines personnes âgées de plus de 60 ans
semblent posséder des anticorps reconnaissant ce virus,
ce qui laisse croire qu’elles auraient été infectées par
un autre virus porcin apparenté à celui de 2009 au cours
de leur vie.
Plusieurs compagnies sont présentement à préparer un
vaccin contre ce nouveau virus en vue d’une vaccination
à l’automne. Quelques obstacles se dressent cependant à
l’horizon: plus faible rendement de production du virus
A(H1N1) dans les oeufs embryonnés de poulet et possible
besoin de vacciner à deux reprises (au lieu d’une fois)
pour stimuler adéquatement la production d’anticorps.
Selon toute évidence, l’ensemble de la population
mondiale ne pourra être vacciné cet automne et on devra
donner la priorité à certains groupes : travailleurs de
la santé, femmes enceintes, personnes avec maladies
pulmonaires sous-jacentes, etc.
En attendant la disponibilité d’un vaccin efficace, les
mesures d’hygiène de base (lavage des mains fréquent,
port d’un masque chez les personnes infectées pendant
des activités de groupe) ainsi que l’utilisation
ponctuelle d’antiviraux avec ou sans antibiotiques
constituent les seuls moyens pour diminuer les effets du
virus.
Deux antiviraux spécifiques contre ce virus
(l’oseltamivir ou Tamiflu, le zanamivir ou Relenza) sont
utilisés dans les cas sévères
d’infectionets’avèrentefficaces s’ils sont utilisés
rapidement (moins de 48 heures après le début des
symptômes). Ils sont parfois aussi utilisés pour
prévenir la grippe chez des personnes avec des maladies
sous-jacentes qui ont été en contact avec des personnes
infectées.
Rappelons toutefois que certains virus A(H1N1) d’origine
porcine ayant acquis une résistance au Tamiflu ont été
récemment détectés au Danemark, au Japon, à Hong Kong et
même au Québec… Dans l’état actuel des connaissances, on
estime qu’un individu est contagieux 24 heures avant et
jusqu’à sept jours après le début des symptômes, d’où la
recommandation de s’absenter de l’école ou du travail
pour une période d’une semaine.
La reconnaissance actuelle d’une pandémie implique la
transmission efficace d’un nouveau virus grippal chez
les humains sans statuer pour autant sur sa virulence
(taux de mortalité). Dans le cas de la grippe espagnole,
une première vague estivale peu sévère a été suivie
d’une deuxième vague automnale beaucoup plus meurtrière.
Bien qu’il y ait eu des vagues secondaires durant les
pandémies de 1957 et de 1968, ces dernières ont été
beaucoup moins sévères que celle de 1918-19. Également,
une grande partie desdécès survenus lors de la pandémie
de grippe espagnole était attribuable aux surinfections
bactériennes qui n’ont pu être traitées à l’époque, dû à
l’absence d’antibiotiques.
Le phénomène de mutations virales pouvant mener à une
augmentation de la sévérité reste un phénomène aléatoire
et de fait difficile à prédire.
Donc, en ce moment, nous ne pouvons conclure
nécessairement à la survenue d’une vague associée à une
plus grande virulence à l’automne ou à l’hiver prochain
bien qu’il est presque certain que ce virus circulera
pour encore quelques années. Cependant, comme pour
toutes choses relatives à l’inf luenza, il faut tenter
de se préparer à l’imprévisible…
Le Canada ne comptera plus ses cas de
grippe A (H1N1)
« On
délaisse le recensement individuel pour se tourner vers
un portrait global appelé Surveillance influenza. Il
révélera le portrait global de la situation et toute
nouvelle tendance. »
La grippe A ( H1N1) a fait une nouvelle victime hier au
Québec, ce qui porte à 18 le nombre de décès survenus
depuis l’éclosion de la pandémie en avril. Il s’agit
toutefois de l’un des derniers décomptes quotidiens des
autorités sanitaires locales. À la demande de
l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les pays ont
abandonné hier le recensement des cas de grippe A (
H1N1) pour se concentrer sur l’étude générale de la
pandémie.
« On délaisse le recensement i ndividuel pour se tourner
vers un portrait global appelé Surveillance inf luenza.
Ce document d’analyse hebdomadaire sera publié tous les
vendredis à 16h. Il révélera le portrait global de la
situation et toute nouvelle tendance », a dit hier
l’administrateur en chef de la santé publique du Canada,
David Butler-Jones.
Selon l’OMS, le virus de la grippe A ( H1N1) se propage
dans le monde à une vitesse « sans précédent » par
rapport à d’autres pandémies. « Au cours des pandémies
dans le passé, il a fallu plus de six mois aux virus
grippaux pour se propager aussi largement que l’a fait
le nouveau virus H1N1 en moins de six semaines », a
relevé l’organisation dans une note publiée sur son site
internet.
Pour cette raison, il serait « improductif » de demander
aux pays touchés de continuer de faire des statistiques
exhaustives des cas de grippe porcine, selon l’OMS.
Le Canada se conforme donc à cette demande. « Nous
continuerons malgré tout d’observer comment l’influenza
se répand au pays et de répondre rapidement aux
situations de crise », a assuré la ministre fédérale de
la Santé, Leona Aglukkaq. Les cas inhabituels, les
mutations du virus et les éclosions dans des endroits
isolés continueront de faire l’objet de suivis étroits.
Assez de vaccins
La
majorité des cas de grippe A (H1N1) au Canada sont
encore bénins. « On note une baisse du nombre de
personnes qui demandent des soins pour la grippe A (
H1N1) », a dit Mme Aglukkaq.
Mais ce n’est qu’une accalmie. Selon l’OMS, tous les
pays auront besoin de vaccins au cours des prochains
mois pour contrer la deuxième vague de grippe. «
Virtuellement, les 6,8 milliards d’habitants de la
planète sont susceptibles d’être contaminés », a affirmé
un por te-parole de l’ OMS, Gregory Hartl.
Au Canada, on assure que l’on a largement assez de doses
de vaccin. M. Butler-Jones assure même que le pays sera
mieux outillé que les États-Unis et la Grande-Bretagne,
car on a commencé à constituer des réserves de vaccins
il y a 10 ans.
Grâce à des ententes avec des sociétés pharmaceutiques,
le Canada est en mesure de produire près de 14 millions
de doses par mois. « Donc, en quelques mois, nous aurons
assez de vaccins pour que tous les habitants du Canada
reçoivent au moins une dose, ce qui sera possiblement
suffisant pour la plupart d’entre nous », a dit M.
Butler-Jones dans une entrevue au Globe and Mail.
La ministre Aglukkaq assure pour sa part que les vaccins
seront prêts à la fin du mois d’octobre ou au début du
mois de novembre. Les travailleurs du milieu de la
santé, les personnes aux prises avec des maladies
chroniques et les membres des communautés isolées les
recevront en priorité.
L’Assemblée des Premières Nations a d’ailleurs
officiellement demandé hier que les communautés
autochtones, jusqu’à maintenant plus touchées que le
reste de la population par la grippe A ( H1N1),
reçoivent le vaccin en priorité.
A (H1N1) L’intensité de la grippe diminue au Québec
Pour
l’instant, la grande majorité des cas grippaux A (H1N1)
sont bénins, mais il ne faut pas sous-estimer la puissance
du virus.
Moins de visites dans les urgences, baisse des appels chez
Info-santé: la grippe A (H1N1) est en perte de vitesse au
Québec, malgré les cas qui continuent de s’accumuler.
« Depuis deux semaines, il y a eu diminution d’intensité
», confirme le Dr Alain Poirier, directeur national de la
santé publique.
Vingt-cinq nouveaux cas ont été confirmés depuis vendredi
au Québec, pour un total de 2247, incluant les 14 décès
attribuables à la grippe. Selon le Dr Poirier, il faut
toutefois observer les signaux externes pour mesurer
adéquatement l’indice grippal, dont l’achalandage dans les
urgences. Et ces signaux montrent une baisse d’intensité.
La proportion des cas de grippe A ( H1N1) confirmés chez
les patients qui consultent pour un cas potentiel est
aussi en diminution
Liste prioritaire
Hier, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé
que les travailleurs de la santé devraient obtenir un
accès prioritaire aux vaccins, dès qu’ils seront
disponibles . L’OMS conseille également de traiter en
priorité les femmes enceintes, les personnes atteintes de
maladies chroniques, mais aussi les enfants d’âge
scolaire, plus susceptibles de transmettre la maladie.
Au
Canada, les autorités fédérales ont également établi une
liste de priorités pour les traitements. Dans
l’éventualité où les cas de grippe se multiplieraient
tragiquement à l’automne, une liste préétablie
permettrait aux médecins de savoir à qui offrir les
soins d’urgence, a expliqué une responsable de l’Agence
de santé publique en entrevue au quotidien torontois The
Globe and Mail. Theresa Tam, directrice générale du
Centre de mesures et d’interventions d’urgence de
l’agence fédérale, précise aussi que des unités
complètes pourraient être consacrées à la grippe, dans
certains hôpitaux, si la situation le commandait.
À Québec, où il inaugurait une unité d’opération hier,
le ministre de la Santé Yves Bolduc a indiqué qu’il
comptait bien suivre ces recommandations de la santé
publique.
« Chaque établissement a préparé son plan d’action »,
confirme le Dr Poirier. Si les cas se multipliaient dans
un hôpital, l’établ issement pourrait dédier des salles
entières au traitement du virus, ce qui serait nettement
plus efficace si ce n’est que pour une question de
gestion de personnel, précise le Dr Poirier. Tous les
hôpitaux sont aussi en lien avec le plan régional qui
les concerne, poursuit-il. Si la situation empirait, de
nouveaux sites, comme des cliniques externes, pourraient
être dédiés au traitement du virus.
Banale, la grippe ?
Pour l’instant, la grande majorité des cas grippaux A (
H1N1) sont bénins, mais il ne faut pas sous-estimer la
puissance du virus, estime le Dr Yoshihiro Kawaoka, de
l’Université du Wisconsin. Comme il peut traverser la
partie supérieure de l’appareil pulmonaire, le virus est
plus susceptible de causer des pneumonies chez ceux qui
sont affectés, conclut ce spécialiste, qui dévoilait
hier les résultats d’une étude internationale publiée
dans la revue Nature.
Le Dr Kawaoka y fait une mise en garde contre la
banalisation de la maladie. La grippe A (H1N1) ressemble
à la grippe saisonnière, mais frappe plus durement. Le
virus a la capacité de se reproduire dans les poumons,
conclut son groupe de recherche qui a mené des tests en
laboratoire. Cette capacité est caractéristique des
virus pandémiques, comme celui de la grippe espagnole.
GRIPPE A (H1N1) Les femmes enceintes mises en
garde
Le fait que
trois femmes enceintes d’une même province se soient ret
rouvées dernièrement aux soins intensifs des suites de la
grippe A ( H1N1) amène le ministère fédéral de la Santé à
renouveler ses mises en garde à l’égard de ce groupe
particulièrement vulnérable.
Les femmes enceintes ne risquent pas plus de contracter le
virus, mais si cela arrive, « elles sont plus susceptibles
de souffrir d’une forme grave de la maladie et de
complications », a signalé la ministre de la Santé, Leona
Aglukkaq, au cours d’une conférence de presse
téléphonique, hier midi.
Les femmes enceintes qui contractent le virus risquent
d’accoucher prématurément ou de faire une fausse couche.
Le Ministère n’a pas voulu préciser de quelle province
étaient issus les six cas graves diagnostiqués récemment,
parmi lesquels se trouvent trois femmes enceintes. Il n’a
pas été possible non plus de savoir combien de femmes
enceintes avaient contracté le virus dans l’ensemble du
pays depuis le début de la pandémie.
Même si le ministère de la Santé incite les femmes
enceintes à être particulièrement prudentes, il ne leur
recommande pas pour autant de cesser de travailler ou de
vaquer à leurs activités habituelles. Elles ne devraient
pas s’empêcher de se rendre dans des lieux publics non
plus, mais elles seraient bien avisées d’éviter les
grosses foules, de se laver les mains particulièrement
souvent et de garder avec elles du désinfectant pour les
mains.
Quand
ils ont devant eux des femmes enceintes qui présentent
des symptômes grippaux alors qu’elles sont dans leur
deuxième ou troisième trimestre, les médecins devraient
leur prescrire du Tamiflu de préférence, écrit le
ministère de la Santé dans de nouvelles lignes
directrices cliniques. La même recommandation est faite
pour les femmes qui ont accouché dans les quatre
semaines précédentes. Ces lignes directrices s’appuient
sur des collectes de données et des études mises à jour
régulièrement dans le monde.
Un vaccin est toujours attendu pour octobre au pays,
vaccin qui devrait être offert à tous les Canadiens qui
souhaitent l’obtenir. Aucune vaccination obligatoire
n’est prévue.
Pour ce qui est des ventilateurs, dont on craignait
qu’ils soient en nombre insuffisant, 370 ont été
commandés pour que le total global au pays soit porté à
500.
En date d’hier, un total de 9717 cas du virus pandémique
H1N1 2009 ont été confirmés au Canada; 894 cas ont
nécessité une hospitalisation et 39 morts ont été
signalées. Au Québec, on parle de 2192 cas, de 426
hospitalisations et de 14 morts.
Les symptômes de la grippe A (H1N1) sont similaires à
ceux de la grippe saisonnière: fièvre, toux, fatigue,
diminution de l’appétit, maux de tête et douleurs
musculaires. Certaines personnes infectées par le virus
A (H1N1) présenteront également de l’écoulement nasal,
desmauxde gorge, desnausées, des vomissements et de la
diarrhée.
Les hôpitaux ont assez de respirateurs, dit
Yves Bolduc
Les
hôpitaux du Québec ne manquent pas de respirateurs
artificiels pour traiter les victimes graves de la
grippe, qu’elle soit de type A (H1N1) ou autre, a assuré
hier le ministre de la Santé du Québec, Yves Bolduc.
« Actuellement, le parc de respirateurs est à la
hauteur, indique la porte-parole du ministère de la
Santé, Dominique Breton. Mais c’est sûr que si la
demande devient plus importante, on verra s’il y a lieu
d’établir la priorité des cas ou de les regrouper à un
endroit où à un autre. » Le plan du Ministère pour faire
face à la pandémie de grippe A (H1N1) prévoit que chaque
lit de chaque unité de soins ait son respirateur
artificiel.
Mais est-ce que ce sera suffisant pour traiter les
personnes les plus affaiblies par des problèmes
respiratoires? Dans un article publié dans le Globe and
Mail hier, l’Agence de la santé du Canada a confirmé
qu’elle entendait augmenter son parc de respirateurs
artificiels – qu’elle prête aux provinces au besoin – de
130 à 500. L’achat des appareils supplémentaires devrait
coûter près de 4 millions de dollars.
Les grippés qui ont besoin d’un respirateur artificiel
sont tout de même marginaux, dit le Dr Terry-Nan
Tannenbaum, de la Direction de la santé publique (DSP)
de Montréal. « En général, on les utilise pour aider des
gens qui ont beaucoup de difficulté à respirer et qui
n’ont pas assez d’oxygène. »
L’article du Globe and Mail précisait que l’état de
santé de certaines victimes exigeait qu’elles soient
branchées sur des respirateurs à oscillation, un modèle
coûteux et peu courant qui insuffle une petite quantité
d’air dans les poumons à un rythme plus rapide. « Mais
ce n’est pas le premier choix de respirateur », dit la
coordonnatrice en inhalothérapie de l’Hôtel-Dieu,
Valérie Lemieux.
Les modèles de respirateurs artificiels ont beaucoup
évolué ces dernières années, selon Mme Lemieux. « Avant,
quand un patient ne respirait pas bien, on passait
peut-être plus rapidement à l’oscillation. Mais
aujourd’hui, avec les nouveaux respirateurs, on a accès
à une panoplie de possibilités pour s’ajuster au
patient. »
Vers un ralentissement
Le
ministère de la Santé a confirmé hier 31 nouveaux cas de
grippe A (H1N1) depuis vendredi dernier, ce qui porte à
2181 le nombre de cas enregistrés au Québec depuis la
fin du mois d’avril. Plusieurs sont aujourd’hui guéris.
« Le virus est présent dans la population, dit le Dr
Tannenbaum. Mais à Montréal comme ailleurs, ça commence
à diminuer si on regarde le nombre de tests positifs, le
nombre de visites aux urgences et les appels à
Info-Santé. Mais on ne sait pas ce qui va arriver à
l’automne. »
De fait, le taux d’occupation des urgences était de 127%
la semaine dernière et de 124% il y a deux semaines.
Hier, il était de 113%. Le début des vacances y est
certainement pour quelque chose, mais la baisse
d’activité du virus de la grippe aussi, croit la DSP.
Assez de labos
Par ailleurs, le ministre Yves Bolduc a estimé hier que
les laboratoires québécois seront en mesure de faire
tous les dépistages de la grippe A (H1N1) grâce à une
informatisation qui doublera d’ici l’automne leur
capacité d’analyse. Le ministre a bon espoir qu’ils
pourront traiter tous les échantillons qui leur seront
transmis, advenant une nouvelle recrudescence de cas de
la grippe A l’automne prochain.
Le bureau du ministre a aussi indiqué que deux autres
laboratoires pourraient être mandatés pour répondre à la
demande de tests nécessaires pour dépister le virus chez
les patients qui en éprouvent les symptômes.
Après l’éclosion de la nouvelle souche grippale, l’hiver
dernier, les laboratoires ont été inondés d’échantillons
à tester et il a fallu augmenter la capacité, notamment
en procédant à des analyses sept jours sur sept à
certains endroits.
Depuis la fin des classes, la situation s’est
stabilisée, mais l’accalmie pourrait n’être que
passagère, une deuxième vague de grippe l’automne
prochain n’étant pas exclue par les autorités
sanitaires.
TESTS DE LAGRIPPE A (H1N1) Les laboratoires sont
débordés
Les cinq
laboratoires québécois qui peuvent déterminer si un
patient est atteint ou non de la grippe A (H1N1) ne seront
pas en mesure de répondre à la demande advenant une hausse
du nombre de cas. Déjà au mois de juin, les laboratoires
fonctionnaient bien au-delà de leur capacité, a appris La
Presse. Alors que les experts prédisent que la grippe
reprendra de la vigueur cet automne, la situation est
inquiétante.
Seuls le Laboratoire national de santé publique du Québec
et les laboratoires des quatre centres hospitaliers
universitaires de la province (CHUM, CHUQ, CHUS et CUSM)
sont actuellement en mesure d’analyser les échantillons de
cas présumés de contamination à la grippe A (H1N1) et de
donner le bon diagnostic aux patients.
Les autres hôpitaux qui croient avoir des cas de grippe
doivent faire parvenir leurs échantillons à l’un de ces
cinq laboratoires.
Advenant un retour en force de la grippe A ( H1N1), les
laboratoires ne seraient pas en mesure de répondre à la
demande. Car au mois de juin, alors que la grippe
touchaient de plus en plus de Québécois, les laboratoires
étaient débordés.
Le Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ), qui
traite les échantillons de tout l’est de la province,
devait analyser jusqu’à 94 spécimens en une journée durant
cette période, alors que sa capacité n’est que de 50. «
Nous devions envoyer nos surplus au Laboratoire national
de santé publique », explique la porte-parole du CHUQ,
Pascale St-Pierre.
Au Laboratoire national de santé publique, la situation
n’était pas plus facile. À la mi-juin, l’établissement
devait analyser jusqu’à 175 échantillons par jour alors
qu’il a une capacité de 114, confirme la porte-parole de
l’Institut national de santé publique (INSPQ), Nathalie
Hudon.
Dès
l’éclosion de la grippe A ( H1N1) cet hiver, l’INSPQ a
augmenté ses ressources en laboratoire pour répondre à
la demande. « Depuis avril, les tests sont faits sept
jours sur sept », dit Mme Hudon. Malgré tout, le
Laboratoire a dû fonctionner à plein régime au mois de
juin, alors qu’un nombre croissant de Québécois étaient
atteints du virus.
Deuxième vague cet automne
Depuis la fin des classes, la situation s’est stabilisée
dans les laboratoires. « Au cours des cinq derniers
jours, on a traité moins de 25 échantillons par jour. La
situation est revenue à la normale », confirme Mme
St-Pierre du CHUQ.
L’accalmie pourrait toutefois être de courte durée. Dans
une conférence de presse jeudi, la ministre fédérale de
la Santé, Leona Aglukkaq, a averti la population de ne
pas croire la crise passée. « La situation est calme,
mais on peut s’attendre à une deuxième vague de grippe
cet automne », a-t-elle dit.
Au cabinet du ministre de la Santé du Québec, Yves
Bolduc, on minimise l’importance du problème. « On
demande déjà aux gens qui ont des symptômes mineurs de
la grippe de rester à la maison. Ce ne sont pas tous les
gens qui doivent se soumettre au test pour savoir s’ils
ont ou non la grippe », a dit l’attachée de presse du
ministre Bolduc, Marie-Ève Bédard.
Vendredi dernier, 21 nouveaux cas de grippe A ( H1N1)
ont été recensés au Québec, ce qui portait à 2150 le
nombre de cas enregistrés depuis la fin du mois d’avril.
Jusqu’à aujourd’hui, 14 personnes sont mortes de la
maladie.
Grippe A (H1N1) Bilan de l’OMS et de l’OPS L’Amérique
aura assez de traitements
« La région
est suffisamment bien couverte sur le plan des antiviraux
et des équipements pour établir des diagnostics. »
— Tous les pays des Amériques auront accès à un nombre
suffisant d’antiviraux pour faire face à la grippe porcine
dans les prochains mois, ont affirmé hier au Mexique l ’
Organisat ion mondiale de la santé ( OMS) et
l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS).
Margaret
Chan
(à gauche), directrice générale de l’OMS, pose aux côtés
de la ministre canadienne de la Santé Leona Aglukkaq
pour la photo du sommet extraordinaire sur la grippe A
(H1N1), qui a commencé hier à Cancun au Mexique.
Le laboratoire suisse Roche « nous a promis 5,6 millions
de doses de Tamiflu », a déclaré Margaret Chan, directrice
générale de l’OMS, au premier jour d’un sommet
extraordinaire sur la maladie rassemblant des experts et
ministres d’une cinquantaine de pays dans la station
balnéaire de Cancun.
Toutefois, l’OMS « poursuit ses négociations avec des
donateurs, car nous souhaitons obtenir des soutiens pour
acheter davantage de réserves d’antiviraux afin que les
pays puissent faire face à la situation dans les prochains
mois », a-t-elle ajouté.
Les autorités sanitaires s’inquiètent notamment de
l’arrivée d’une nouvelle vague du virus A ( H1N1) avec
l’automne boréal qui marque traditionnellement le début de
la saison de la grippe classique.
Mirta Roses, directrice de l’OPS, a également estimé que
la région était suffisamment pourvue après l’annonce d’un
don de 420 000 doses de Tamiflu par les États-Unis, plus
tôt dans la journée.
« La région est suffisamment bien couverte sur le plan des
antiviraux et des équipements pour établir des diagnostics
», a-telle assuré.
Le
continent américain est le plus touché par la pandémie
qui est apparue au Mexique à la fin du mois d’avril.
Les États-Unis (127 morts), le Mexique (116),
l’Argentine (43) et le Canada (25) sont les pays ayant
enregistré le plus de morts liées à la maladie.
À l’échelle mondiale, le virus A (H1N1) a déjà contaminé
77 201 personnes dans 120 pays et territoires, et a fait
332 morts, selon le dernier bilan de l’OMS publié
mercredi.
L’un des objectifs de la rencontre de Cancun organisée
par l’OMS est de connaître le nombre de traitements
antiviraux nécessaires pour la région des Amériques et
les autres pays en développement, afin de mieux enrayer
la première pandémie du XXIe siècle.
Felipe Calderon, président du Mexique, a de nouveau
estimé qu’i l fal lait garanti r l’accès des pays en
développement au vaccin, une fois qu’il sera
commercialisé.
Le premier laboratoire pharmaceutique à avoir annoncé la
production d’un lot de vaccins, le suisse Novartis, a
écarté l’idée de faire des dons aux pays pauvres et
envisage seulement de consentir des rabais aux
gouvernements démunis.
GRIPPE A (H1N1)
Haro sur les visites
pour éviter la propagation
Pour
limiter la propagation de la grippe A (H1N1), les visites
sont désormais interdites au centre hospitalier
universitaire SainteJustine, sauf pour les parents de
jeunes enfants hospitalisés.
La semaine dernière, l’hôpital Maisonneuve-Rosemont avait
pour sa part été le premier hôpital à interdire les
visites aux moins de 18 ans.
« Ce sont surtout les jeunes qui transportent le virus et
qui sont les plus touchés par la grippe A (H1N1). Avec
cette mesure, nous voulons essayer de diminuer la
propagation du virus », explique Mélanie Dallaire,
porte-parole du centre hospitalier universitaire
Sainte-Justine.
Il n’est donc plus question que les grands-parents, les
frères ou les soeurs visitent un malade. Jusqu’à nouvel
ordre, seuls les parents sont autorisés à se rendre au
chevet de leur enfant.
Lorsque la grippe A ( H1N1) a commencé à circuler, plus
tôt ce printemps, les cas recensés au Québec et au Canada
étaient plutôt bénins. Mais le virus semble gagner de la
vigueur. De plus en plus de cas d’hospitalisations sont
rapportés.
Mardi, dans son bilan quotidien, la Direction de la santé
publique a par ailleurs déploré deux nouveaux décès dus au
virus, ce qui porte le total à 11 depuis le 5 juin.
Il s’agit d’un homme d’une cinquantaine d’années et d’une
femme d’une soixantaine d’années, tous deux atteints de
conditions sous-jacentes qui ont aggravé leur situation.
La
propagation du virus force les hôpitaux à mettre en
place plusieurs mesures préventives. « Nous avons plus
de cas d’hospitalisation que d’habitude, notamment à
cause de la grippe. Nous allons être obligés de garder
des lits ouverts, alors que nous les fermons normalement
en période estivale », indique ainsi Mme Dallaire.
Du côté de l’Hôpital de Montréal pour enfants, la
clientèle s’est également accrue au cours des dernières
semaines. Au point où il faut trouver du personnel de
plus pour remplacer les travailleurs qui s’apprêtent à
prendre leurs vacances.
« À ce temps-ci de l’année, on ne voit généralement plus
de patients qui souffrent d’un virus respiratoire. Mais
actuellement, nous sommes confrontés à des cas confirmés
ou suspectés de H1N1 », note la conseillère en
prévention des infections, Lyne St-Martin.
Mais il n’est pas question de restreindre les visites
comme à l’hôpital Sainte-Justine, dumoins pour le
moment.
Les autorités de santé publique ne recommandent pas aux
gens atteints de se présenter systématiquement aux
urgences, à moins d’être gravement atteints ou de faire
partie de la population vulnérable. Pourtant, la
clientèle s’est considérablement accrue depuis
l’éclosion de la grippe A (H1N1) en avril.
La semaine dernière, l’hôpital Maisonneuve-Rosemont a dû
détourner des ambulances parce que ses urgences étaient
trop engorgées.
Pour le moment, la situation est revenue à la normale.
Par contre, la directive restreignant les visites est
toujours en vigueur. « Le ministère n’a pas demandé aux
établissements de mettre en place de telles mesures,
mais nous avons choisi de le faire pour éviter le plus
possible la contamination », indique Pascal Mailhot,
porte-parole de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont.
Dans la plupart des hôpitaux, des agents de sécurité
sont postés à l’entrée. Ils s’assurent que toutes les
personnes qui entrent se désinfectent les mains et que
celles qui toussent ou qui font de la fièvre portent un
masque.
GRIPPE A (H1N1) Des mesures doivent être prises
contre une seconde vague, préviennent des spécialistes
— Il faut
profiter du calme après la tempête pour mieux se préparer
à l’éventualité d’une seconde vague de maladie et de décès
liée à la grippe A ( H1N1), estiment des experts en
gestion de crise réunis cette semaine lors d’une
conférence tenue à Toronto.
Selon Reginal Phelps, une consultante en gestion de crises
de San Francisco, tout le monde devrait se préparer à
l’éventualité du retour en force du virus.
La situation évolue et est très volatile, dit-elle. « Si
une personne vous dit qu’elle sait ce qu’il arrivera, elle
se trompe parce que personne ne le sait », ajoute Mme
Phelps.
Elle
recommande que les systèmes de santé soient renforcés et
que les informations au sujet de la maladie continuent à
circuler de manière régulière.
« Je suis très contente de voir que tout le travail qui a
été fait a porté ses fruits mais nous sommes très loin
d’une réponse idéale au virus », a dit l’experte en
matière de grippe, la Dre Allison McGeer.
Elle croit qu’au Canada cette dernière devrait être mieux
coordonnée à l’échelle nationale et que cela passe par
l’amélioration des soins de première ligne.
La grippe fait pression sur les hôpitaux
La grippe
A ( H1N1) a un effet manifeste sur le système de santé, a
indiqué hier la direction de la santé publique. Le nombre
de visites aux urgences a augmenté de 2% et le nombre
d’appels au système téléphonique Info-Santé a aussi bondi.
Et ce, même si les autorités médicales de la province
conseillent maintenant aux gens qui en ont les symptômes
de ne se présenter à l’hôpital qu’en cas d’aggravation.
« Nous voulons retarder l’arrivée des cas à l’hôpital, a
indiqué Alain Poirier, le directeur national de la santé
publique, en point de presse à Québec. Nous ne voulons pas
augmenter la pression. »
Cette
stratégie semble enfin porter ses fruits. Le nombre de
nouveaux cas a augmenté plus lentement, de 77 cas, portant
le total à 1187. Deux de ces patients ont été
hospitalisés, portant le total à 162. Aucun nouveau décès
n’a été annoncé hier. Les sept décès jusqu’à maintenant
étaient des patients ayant d’autres problèmes de santé les
rendant plus vulnérables, par exemple une chimiothérapie
anticancéreuse ou des problèmes cardiaques diminuant la
capacité respiratoire.
La pandémie crée un deuxième pic de grippe cette année. Il
pourrait même dépasser le sommet généralement atteint à la
fin février – cette année, ce pic était de 600 nouveaux
cas par semaine. Par contre, une proportion plus élevée
des personnes atteintes se rend probablement à l’hôpital
et y subit des tests, par rapport à la saison ordinaire de
la grippe. Par exemple, le Dr Poirier est confiant que
presque tous les décès reliés au H1N1 ont été
comptabilisés, parce que les hôpitaux doivent faire passer
des tests pour tout patient atteint d’une maladie
respiratoire. Une saison ordinaire de grippe cause de 1000
à 1500 décès, mais ce chiffre n’est jamais observé
directement faute de tests – il est basé sur des modèles
épidémiologiques canadiens.
GRIPPE A (H1N1) 40000cas,
dont 167 morts dans le monde
GENÈVE — Le
virus A ( H1N1) de la grippe porcine a contaminé 39 620
personnes dans 89 pays et territoires, faisant 167 morts,
selon le dernier bilan de l’Organisation mondiale de la
santé (OMS) établi mercredi et publié hier sur le site
internet de l’organisation.
PHOTO AP
Un travailleur de la
santé pulvérise un désinfectant sur un collègue dans un
hôtel de la province de Hubei, en Chine, où des élèves
californiens ont été mis en quarantaine après que
quelques-un d’entre eux eurent contracté la grippe
A(H1N1).
Depuis le précédent bilan de l’OMS, publié lundi, 3692
nouveaux cas de grippe porcine, dont quatre morts
supplémentaires (1 en Argentine et 3 au Canada) ont été
répertoriés officiellement.
Le
nombre de patients recensés a fait un bond au Canada (+
1071 à 4049 cas, dont 7 mortels), au Chi l i (+ 641 à
2335 cas, dont 2 mortels), en Argentine (+ 390 cas à
733, dont un mortel), en Australie (+ 289 à 2112 cas),
en Thaïlande (+ 281 à 310 cas), au Royaume Uni (+ 235 à
1461 cas, dont un mortel) et aux Philippines (+ 116 à
193 cas).
L’OMS procède à ses propres vérifications, ce qui
explique le décalage entre ses statistiques et celles
des pays.
LES INFIRMIÈRES ONT PEUR
En cas de pandémie sévère, plus de la moitié du
personnel hospitalier pourrait manquer à l’appel,
particulièrement chez les infirmières et les préposés aux
bénéficiaires. C’est la conclusion de quatre études récentes
au Royaume-Uni, en Australie et aux États-Unis. L’étude
britannique est la plus pessimiste : seulement 15% des
répondantes à un sondage auprès d’infirmières ont indiqué
qu’elles continueraient à se présenter au travail coûte que
coûte. Aux États-Unis, 45% du personnel hospitalier disait
qu’il envisagerait de manquer des journées de travail si
leur santé ou celle de leur famille semble menacée. Les deux
études australiennes étaient plus optimistes, concluant que
l’absentéisme serait limité à 20% et 40% dans les hôpitaux.
Grippe A H1N1 La
vigilance
est de mise - Karl Weiss
Un virus
comme le H1N1, c’est un être vivant plus malin qu’on le
pense et qui peut nous réserver bien des surprises
Le temps travaille pour nous, un vaccin sera un jour
disponible et l’ennemi est bien identifié.
L’auteur est professeur titulaire de clinique à la faculté
de médecine de l’Université de Montréal et
microbiologisteinfectiologue à l’hôpital
MaisonneuveRosemont. Le mois de juin est habituellement
celui qui annonce l’été avec toutes ses couleurs et ses
saveurs, certainement pas le moment de l’année où
l’influenza et, a fortiori, une pandémie prend la tête
d’affiche des journaux et des sites d’information sur
internet. Pourtant, avec la déclaration de l’OMS qui
annonce de facto que nous vivons la première pandémie du
siècle, une situation un peu surréaliste semble planer sur
la ville.
Les
campagnes
de dépistage du virus de la grippe A H1N1 ont lieu un
peu partout dans le monde, comme ici, où une étudiante
fait prendre sa température dans une clinique de
Melbourne, en Australie.
En premier lieu, le virus de l’influenza H1N1 attaquait
initialement les enfants, les adolescents, les jeunes
adultes, et reste dans ce groupe d’âge, hormis quelques
exceptions, une maladie relativement bénigne. Lentement,
inexorablement, le virus a fait tache d’huile sur la
planète, affectant les deux hémisphères simultanément, et
commence à se propager aux autres couches démographiques,
incluant celles qui présentent des facteurs de risque en
terme de complications.
Il n’y a certainement pas lieu de paniquer pour l’instant,
de ne plus sortir, de cesser de travailler, de ne pas
planter ses fleurs, d’éviter les endroits publics. Il faut
simplement continuer de vivre, d’aller aux festivals qui
jalonnent l’été québécois, d’envahir les terrasses de café
et de planifier ses vacances.
Le temps travaille pour nous, un vaccin sera
éventuellement disponible d’ici la fin de l’année, nous
avons des médicaments très efficaces pour combattre le
virus sous toutes ses formes, et surtout l’ennemi est bien
identifié. Mieux encore, nous commençons à avoir une
certaine expérience clinique avec ce virus, nous le
rencontrons tous les jours plusieurs dizaines de fois, et
rien ne vaut le fait d’aller au feu.
Au Canada, notre système de santé hospitalier se comporte
au niveau 6 depuis plusieurs semaines déjà. L’incertitude
vient d’ailleurs. L’annonce de l’OMS n’a pas apporté sur
le terrain de changements notables dans notre façon de
faire au niveau hospitalier, nous voyons simplement un
nombre sans cesse accru de cas quotidiennement dont
certains sont très sévères.
Que
décideront les autres pays ? Comment sera perçu un pays
comme le nôtre qui compte en terme absolu plus de cas que
l’ensemble de l’Europe? Avec une population 30 fois
moindre, le Québec a répertorié deux fois plus de cas
confirmés que la France, l’Allemagne et l’Italie réunies.
L’approche a été différente entre le Canada et certaines
autres zones géographiques qui ont adopté une approche
plus agressive en terme d’isolement, de traitement, de
prophylaxie et de quarantaine.
Le problème actuel au Québec est surtout urbain puisque
Montréal semble être affectée de façon plus intense, et
c’était attendu puisque les aires urbaines à haute densité
de population sont certainement plus à risque de
propagation. Les mouvements humains, plus nombreux, plus
diversifiés, plus globaux sont certainement un facteur de
risque.
Je ne pense pas que nous connaitrons des scènes dantesques
dignes de « La peste » d’Albert Camus au Canada. Notre
collectivité est équipée de moyens qui permettront avec le
virus actuel d’en limiter les dégâts.
En fait, il y aura des pandémies avec des visages
différents plutôt qu’une pandémie, selon que l’on vit dans
un pays riche ou pauvre. La carte de distribution des cas
de l’OMS illustre parfaitement cet état de fait. Il y a un
grand trou béant de connaissances autour de l’Afrique, du
Moyen-Orient, d’une grande partie de l’Asie, de l’Amérique
centrale. Seuls quelques pays sentinelles comme
l’Australie, Israël ou le Japon nous permettent de
connaître la situation plus exhaustivement dans ces
espaces géographiques clés.
Un virus, c’est un être vivant plus malin qu’on le pense,
incontrôlable dans son évolution, qui peut nous réserver
bien des surprises. Alarmé ? Non, mais pas de complaisance
et de nonchalance non plus.
Pour paraphraser Winston Churchill, il y aura
malheureusement du sang et des larmes, on ne peut pas
passer au travers d’une pandémie sans aucun dommage. Seul
un travail coordonné entre les instances gouvernementales,
les entreprises dont certaines ont déjà une préparation
exemplaire, les travailleurs de la santé qui va falloir
protéger à tout prix et la population québécoise dans son
ensemble, nous permettra de limiter les impacts du virus.
LA PANDÉMIE EST DÉCLARÉE - Ariane
Lacoursière
C’est
fait. Il y a officiellement une pandémie de grippe A
(H1N1). Faut-il s’en inquiéter ? Non, croient les
experts. C’est avant tout la vigilance qui est de mise.
La première pandémie mondiale du XXIe siècle est
déclarée. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a
relevé hier son niveau d’alerte de la grippe A (H1N1) au
niveau maximal, incitant du coup les pays du monde
entier à intensifier leur vigilance.
Depuis son apparition au Mexique et aux États-Unis à la
fin du mois de mars, le virus A (H1N1) a fait près de 28
000 malades et 144 morts dans 74 pays.
La grippe A ( H1N1) a atteint le stade de pandémie car
elle se transmet maintenant rapidement d’humain à humain
et elle sévit dans plusieurs régions du monde. « Le
virus ne peut pas être arrêté », a souligné hier la
directrice de l’OMS, Margaret Chan. Cette dernière a
également averti les pays déjà aux prises avec le virus
qu’une « deuxième vague » de cas pourrait survenir.
Le Canada qui , avec 2978 personnes infectées, figure au
troisième rang des pays les plus touchés par la grippe A
(H1N1), est donc visé par cet avertissement. « Le Canada
est très affecté par rapport aux autres pays. »
Mais les citoyens n’ont pas à s’alarmer, a assuré la
ministre fédérale de la Santé, Leona Aglukkaq. « On
était prêts depuis longtemps pour la maladie. La
décision de l’OMS de confirmer la pandémie n’est que
technique. Ici au Canada, ça ne change pas grand-chose
et ça ne veut absolument pas dire que le virus est plus
virulent », a-t-elle déclaré en conférence de presse.
Le directeur de l’Agence de santé publique du Canada, le
Dr David Butler-Jones, ajoute qu’à l’heure actuelle, la
majorité des Canadiens qui contractent la grippe A
(H1N1) « se soignent à la maison » et ont des symptômes
qui « ressemblent à la grippe saisonnière ».
Micro-biologiste-infectiologue à l’hôpital
Maisonneuve-Rosemont, Karl Weiss confirme qu’il ne faut
pas s’inquiéter outre mesure de la nouvelle pandémie et
que la population n’a pas à courir s’acheter des
masques. L’OMS qualifie d’ailleurs la pandémie de «
modérée ».
« Mais il faut rester en alerte, dit M. Weiss, rappelant
que le simple fait de parler de grippe en plein mois de
juin n’est pas normal. « Et on ne connaît pas vraiment
l’histoire de ce virus. On ne sait pas encore s’il va
devenir plus virulent », commente M. Weiss.
Hier, l’OMS a discuté avec les huit pays les plus
touchés par la grippe A ( H1N1) pour confirmer qu’ils
avaient « les preuves incontestables de transmissions
locales ». Après cette discussion,
l’OMS a
décidé de faire passer son niveau d’alerte de 5 (
pandémie imminente) à 6 (pandémie).
Le Mexique et les États-Unis demeurent les pays les plus
touchés par le virus. Mais au cours des derniers jours,
plusieurs cas se sont déclarés en Australie. Au Chili,
le nombre des malades a plus que triplé en deux jours,
atteignant désormais 1694 personnes.
Et il ne pourrait s’agir que de la pointe de l’iceberg
selon M. Weiss. « Actuellement, on ne compte aucun cas
en Afrique, remarquet-il. Pas parce qu’il n’y en a pas.
Mais parce qu’on ne suit pas ce qui s’y passe. Il
pourrait y avoir déjà plusieurs cas sur ce continent. »
Et puisque les pays d’Afrique sont moins fortunés, la
grippe pourrait y faire plusieurs victimes.
Pas de panique au Québec
Au Québec, le nombre de cas de grippe augmente
lentement. La province a enregistré 39 nouveaux cas
hier. « Le nombre de cas continue d’augmenter, mais la
majorité demeure peu sévère », a déclaré le directeur
national de la santé publique du Québec, le Dr Alain
Poirier.
À Montréal , les hôpitaux pédiatriques notent une
affluence accrue aux urgences, principalement pour des
cas de grippe. Mais le Dr Poirier assure que les
établissements sont prêts à répondre à la demande.
Maintenant que la pandémie est déclarée, très peu de
choses changeront au Québec, assure le Dr Poirier. Des
sites hors hôpitaux pouvant accueillir et traiter des
patients advenant une pandémie majeure sont en
préparation. « Mais on ne doit pas les déployer
maintenant », dit le Dr Poirier.
Et la préparation à la vaccination massive, prévue pour
l ’ automne, s ’ accélère ( voi r encadré).
Selon le numéro deux de l’OMS, le Dr Keiji Fukuda, le
virus de la pandémie « va circuler dans le monde entier
pendant un à deux ans ».

Si la panique ne semble pas encore s’être installée dans
le monde, c’est que la virulence du virus est
équivalente à celle de la grippe saisonnière. « Mais sa
transmission est beaucoup plus efficace. La grippe
saisonnière tue environ 1000 personnes par année ici. La
H1N1 infecte trois fois plus de monde et on peut donc
s’attendre à ce qu’elle fasse trois fois plus de
victimes », explique Éric Frost,
microbiologisteinfectiologue à l’Université de
Sherbrooke.
Et puis? Et puis rien - Marie-Claude
Lortie
La
maladie est à ce point bénigne dans certains cas que des
gens l’ont attrapée sans le savoir. Ils pensaient avoir
eu un petit rhume.
«Alors, j e devrais paniquer ? » Une urgentiste calée
côté maladies infectieuses est au bout du fil, entre
deux patients.
Je suis un peu gênée de lui faire prendre le temps de sa
pause café pour répondre à mes questions, sauf que j’ai
un problème. Je suis incapable de m’inquiéter à la suite
de la décision de l’Organisation mondiale de la santé
(OMS) de déclarer officiellement une « pandémie » de
H1N1. Estce grave, docteur ?
« Non, pas du tout. Aucun besoin de paniquer. La
réalité, c’est que c’est actuellement une maladie tout à
fait bénigne. Moins morbide et moins mortelle que la
grippe saisonnière habituelle. Sauf que c’est vrai, oui,
il y en a partout. » Partout? Oui, partout. Dans les
garderies, dans les écoles, dans les bureaux, chez le
personnel hospitalier.
« Juste aujourd’hui, j ’ai dû rappeler 30 patients pour
leur dire qu’ils avaient des résultats positifs. » Et
puis? Et puis, rien du tout. Dans 99,9999% des cas, le
patient va bien après deux ou trois jours. Et même
moins.
La maladie est à ce point bénigne dans certains cas – on
ne parle pas, évidemment, des gens dont le système
immunitaire est affaibli et qui sont vulnérables – que
des gens l’ont attrapée sans le savoir. Ils pensaient
avoir eu un petit rhume. Ce sont des tests effectués
auprès du personnel hospitalier, même asymptomatique,
qui ont montré ce phénomène.
Sauf que
lorsque le médecin appelle à la maison pour dire à un
patient qu’il fait maintenant partie officiellement des
cas de H1N1 répertoriés, l’ex-malade s’inquiète quand
même. « Les gens pleurent au bout du fil, même s’ils
sont redevenus en parfaite santé », me raconte un
médecin. Comme s’ils refusaient de croire à cette
banalité. Et que les organismes de santé publique ne
réussissaient pas à trouver les mots justes et les
moyens efficaces pour à la fois nous calmer complètement
élucidés – n’ont pas aidé
Pourtant, il est maintenant officiellement dit que le
taux de mortalité du virus est bas. Un peu plus et on
aurait presque envie de l’attraper maintenant cette
bestiole, histoire de se bâtir quelques anticorps juste
au cas où elle décidait de muter et de devenir plus
féroce.
Le problème, c’est qu’il n’y a pas que le H1N1 qui
circule, il y a aussi la grippe saisonnière classique.
En tout, trois virus se baladent encore, me dit-on. Et
comme personne n’a envie d’attraper une grippe qui
pourrait s’avérer pénible et dangereuse, vaut mieux
malade, pour ne pas pulvériser sa maladie sur tout le
monde, on aide à prévenir la propagation de tous les
virus. Une bonne idée, car il y a toujours, partout, des
gens au système immunitaire affaibli.
Mais est-on devant un SRAS no 2? Tellement pas! Même
l’OMS parle de « sévérité modérée » et ne s’attend pas à
une hausse subite de la mortalité même en cas de
deuxième vague renforcée avec le retour de la saison
grippale à l’automne. et expliquer leur état d’alerte.
Qu’ils surveillent la situation d’aussi près nous
inquiète en soi. Et les décès qui ont fait les
manchettes, chez les jeunes gens en santé, au Mexique,
au début de la crise, fin avril – cas encore pas
continuer de suivre les recommandations anticontagion
qui ont été diffusées au sujet de la H1N1. En se lavant
bien les mains avec du savon, en ne touchant pas les
gens qui ont des symptômes... Et en se mettant un
masque, quand on est La maladie a fait officiellement
144 morts dans le monde, jusqu’à présent.
Les victimes du sida et de la malaria, elles, se
comptent par millions. Il y a quelque chose de gênant à
regarder les tableaux de statistiques de l’OMS en marge
de leurs nombreuses pages d’information concernant la
H1N1. Entre le VIH, le paludisme, la diarrhée et la
tuberculose, cette grippe a l’air pour l’instant d’une
fourmi de pays industrialisés qui toussote et parle à
peine avec le nez bouché.
Pandémie: et après? ARIANE KROL
Dans
son état actuel, la pandémie s’annonce étonnamment
clémente.
La directrice générale de l’OMS avait l’air d’un
médecin qui annonce d’un ton grave à son patient: j’ai
une bonne et une mauvaise nouvelle. La mauvaise, c’est
que vous êtes en pleine pandémie de grippe. La bonne?
Vous ne sentirez presque rien. Et le patient de se
demander : dans ce cas, pourquoi en faire tout un
plat?
C’est l’impression qui se dégageait de la conférence
de presse de l’Organisation mondiale de la santé, hier
à Genève. Un contraste frappant avec l’atmosphère qui
régnait à l’assemblée annuelle de l’organisme, il y a
trois semaines. Tout le monde était alors sur les
dents, dans l’attente que l’alerte soit relevée au
plus haut niveau. Lorsque le seuil fatidique a
finalement été franchi hier, ça ressemblait plutôt à
une formalité.
C’est que l’échelle pandémique de l’OMS n’a plus de
secrets pour personne. Nous avons tous compris que le
sixième et dernier niveau d’alerte mesure la
transmission, et non la gravité de la maladie. En
trois mois, la population a appris à appliquer les
mesures d’hygiène qui limitent la contagion, à évaluer
la gravité de ses symptômes et, surtout, à ne pas
paniquer. La somme d’informations et de réflexes
intégrés en si peu de temps est tout à fait
remarquable.
Évidemment,
le
virus peut muter et devenirplus féroce. Maisdans son
état actuel, la pandémie s’annonce étonnamment
clémente, du moins dans les pays développés. Ce sont
donc les populations qui s’inquiètent le plus du
virus qui risquent le moins d’en souffrir. Au
Québec, les autorités de santé publique en sont
rendues à demander aux parents de ne pas emmener
leurs enfants inutilement aux urgences –
apparemment, certains centres hospitaliers sont
débordés de cas sans gravité qui nécessiteraient
simplement du repos à la maison. Si c’est là le plus
gros mal de tête que nous cause cette pandémie, nous
pourrons nous compter chanceux!
Nous devons cependant être conscients que les
populations mal préparées risquent d’être frappées
beaucoup plus durement. Il suffit de regarder ce qui
se passe au Manitoba. Sur la vingtaine de patients
affectés au point de devoir être branchés à un
respirateur, plus de la moitié sont des autochtones.
Un triste rappel des conditions de vie qui prévalent
dans les réserves – habitations surpeuplées qui
n’ont pas toutes l’eau courante, manque de
médicaments et de personnel soignant.
La ministre fédérale de la Santé, elle-même inuite,
vient d’annoncer l’envoi de médecins, d’infirmières
et d’épidémiologistes dans les réserves touchées. Il
faudra faire plus, surtout en matière de prévention.
Le gouvernement fédéral ne peut pas tenir des
conférences de presse où il annonce, sur un ton
rassurant, que tout est « sous contrôle », alors
qu’une partie de sa population est touchée. C’est
indécent.
« Nous sommes là-dedans tous ensemble, et nous
allons tous passer à travers, ensemble », a déclaré
la directrice générale de l’OMS à la fin de son
allocution. C’est bien joli, mais si nous ne faisons
pas des efforts tous ensemble, et pour tout le
monde, il y en a qui ne passeront pas à travers.
Grippe A (H1N1) : Le Canada
préoccupé par les autochtones
« Nous
n’avons pas les données pour comprendre pourquoi
certaines communautés (sont touchées). »
— Le Canada enquête sur l’impact de la grippe A (H1N1)
sur ses populations autochtones, ont indiqué les
autorités sanitaires hier, tout en minimisant les
craintes que ces communautés soient touchées plus
sévèrement que d’autres.
« Il y a des informations sur
des cas plus graves dans certaines régions du pays.
C’est une préoccupation et nous enquêtons », a
déclaré hier la ministre de la Santé, Leona
Aglukkaq.
« Il y a des informations sur des cas plus graves dans
certaines régions du pays. C’est une préoccupation et
nous enquêtons », a déclaré la ministre de la Santé,
Leona Aglukkaq. « Il faut éviter les spéculations et
se fonder sur la science », a cependant fait valoir la
ministre, au cours d’un point de presse après la
décision de l’Organisation mondiale de la santé (OMS)
de déclencher le niveau 6 d’alerte maximale face à la
grippe porcine.
Mme Aglukkaq, el le-même inuite, a indiqué que les
autorités avaient envoyé du personnel supplémentaire
ainsi que du matériel médical dans des communautés
autochtones isolées. Mais les autorités ont indiqué ne
pas disposer d’un décompte des cas de grippe dans les
communautés amérindiennes.
« Ce n’est pas une maladie indigène », a souligné de
son côté le Dr David Butler-Jones, administrateur en
chef de la santé, affirmant que la maladie frappait
tout le monde » et pas spécialement les Amérindiens.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait
souligné mardi que certaines populations vulnérables
sont particulièrement exposées à l’épidémie et avait
cité le cas de communautés inuites ou amérindiennes du
Canada « où un nombre disproportionné de cas graves »
a été constaté.
L’inquiétude régnait dans des communautés
amérindiennes du Manitoba, où 26 personnes, dont la
moitié amérindienne, ont été placées sous respiration
artificielle pour des problèmes pulmonaires graves.
Plusieurs membres de communautés isolées, dont des
enfants, ont dû être transportés d’urgence à Winnipeg,
capitale duManitoba, et des chefs de communautés
autochtones ont reproché aux autorités d’avoir tardé à
leur venir en aide.
Le nombre de cas de grippe a également augmenté dans
le territoire autonome inuit du Nunavut, passant de 25
à 96 au cours des derniers jours.
« Nous n’avons pas les données pour comprendre
pourquoi certaines communautés (sont touchées) et il
est beaucoup trop tôt pour conclure, sur la base d’une
ou deux communautés, que la maladie est plus grave
chez certains groupes ethniques », a souligné le Dr
Butler-Jones.
Il a indiqué ne pas avoir de chiffres sur la gravité
des cas dans les communautés autochtones. Selon le
dernier bilan, le Canada compte près de 3000 cas de
grippe, dont 138, soit environ 5%, ont nécessité une
hospitalisation.
Les autochtones (Amérindiens, métis et Inuits) sont
environ 1,2 million sur une population de 33,5
millions de Canadiens.
M. Butler-Jones s’est montré relativement optimiste,
exprimant l’espoir que le nombre de cas allait
diminuer avec l’arrivée de l’été et de la chaleur.
Mme Aglukkaq s’est aussi voulue rassurante, soulignant
que le Canada était préparé à la décision «
principalement technique » prise par l’OMS et que cela
ne changerait pas l’approche canadienne face à la
maladie. « Heureusement, la grande majorité des cas de
la maladie au Canada demeurent bénins », a-t-elle dit.