Pauvreté
| LA PRESSE & COMPAGNIE |
AUTRES MÉDIAS |
|
Incroyable !!!...
L’impérialisme francais et ses
anciennes colonies d’Afrique noire
14
pays africains forcés par la France à payer l'impôt
colonial pour les avantages de l'esclavage et de la
colonisation
14
African Countries Forced by France to Pay Colonial Tax
For the Benefits of Slavery and Colonization
LA
FRANCE EXPLOITE L'AFRIQUE PAR LE BIAIS DU FRANC CFA
France Struggles to Retain Colonial Ties in Africa
Neo-Colonialism, the Last Stage of imperialismKwame
Nkrumah 1965
Pourquoi l’Afrique ne se développe pas
How
Rich Countries Got Rich . . . And Why Poor Countries
Stay Poor
The
Rich Get Richer, the Poor Go Hungry
Poorer
countries should abandon free trade agreements
Making
Globalization Work for the Poor
Cet
homme
qui
a inventé l'eau solide
OÙ S’EN VA L’AIDE
INTERNATIONALE CANADIENNE ?
L'ONU annonce une crise alimentaire mondiale pour 2013
Africa: the world’s most generous foreign-aid donor
- Gerald Caplan
Quand
la
faim justifie les moyens - Laure
Waridel
Peut-on vraiment se permettre de négliger la pauvreté, ne
serait-ce que selon une perspective tout ce qu'il y a de
plus économique ?
Rapport
du
Conseil national du bien-être social - La pauvreté coûte
cher
Quand l’aide alimentaire volée fait recette
Contre la « république des ONG »
Fundraising pitfalls: Somalia still needs us
Un
modèle d’entreprise contre la pauvreté
It’s time to say ‘not’ to not-for-profit
Here’s how we can be both smart and good - Margaret Wente
The folly of benevolence - Neil Reynolds
Après
l’amnistie
aux
shebabs,
une
meilleure
distribution
de l’aide?
Le
chantage
et l'aide humanitaire
Learning
to
live
on
a
crowded
planet
De
généreux
salaires pour des employés du secteur caritatif
Guerre et faim
Perspectives
-
Le prix de la violence
Homegrown
Somali
NGO fuels suspicion while feeding its people
The Horn of Africa’s last famine?
La
plus
grave crise de la planète
Shocking
images
aren’t enough
Hundreds dying daily as famine spreads in Somalia, UN says
Famine:
750
000 personnes en danger de mort en Somalie
K’naan in Somalia: beacon of hope - Globe Editorial
K’naan opens his heart to Somali famine victims
Famine
en
Afrique
- Le Canada égalera les dons de la population et ajoutera
un montant de 25,5 millions
Londres
se
fait
généreuse
Donors
can’t
give
up rescuing Somalia’s hungry - Globe Editorial
Humanitarian
groups
beg
Canadians
to do more to help famine victims
Famine
-
L'ONU
maintient
son aide à la Somalie malgré les vols
Famine:
n'accusez
pas la pluie!
Somalis suffer and die as Islamists ban ‘infidel’ aid
Sudden retreat of Islamist radicals from Mogadishu little
help for relief agencies
Après l’amnistie aux shebabs, une meilleure distribution
de l’aide?
LA LIGNE DE FRONT DU COMBAT CONTRE LA FAIM
MARCHER
À
LAVIE, À LA MORT
The
hard task of providing aid to Horn of Africa
LE PLUS GRAND CAMP DE RÉFUGIÉS DU MONDE
Des
millions
d'Africains
menacés
par
la
famine
-
Des
vedettes
lancent
un
SOS
pour
la Corne de l'Afrique
Catastrophe annoncée
Making
sense
of
a
senseless
famine
La
famine
déclarée
en
Somalie
Tens of thousands feared dead in south Somalia famine
La
Somalie
frappée par la famine, selon l’ONU
Sécheresse
-
La Corne de l'Afrique plongée dans la famine
The West must start heeding early famine warnings
Cri
d’alarme
«
Une tragédie humaine inimaginable »
Qu’est-
ce
que
la
famine
?
L’argent est dans le pré
Deux
jours
pour réformer l'agriculture mondiale
Qui
veut
la fin de la faim veut les moyens!
Le
commerce
agricole ne doit pas créer la faim dans le monde
Perspectives
-
Famine politique
Le
prix
des aliments explose
An unlikely path to aid: Paying to set up think tanks -
Doug Saunders
The dangers of treating food as a strategic asset
Let’s refocus our plan of attack on global poverty
How paying people’s way out of poverty can help us all
An international food reserve would calm markets – and
donors
LE PARCOURS DU COMBATTANT
Banning
the
food
Band-Aid
to
help
the
hungry
help
themselves
Canada
should
bring
poor
nations
to
the
food
aid
discussion
table
Renowned
economist’s
outlook
darkens
on
global
food
prospects
CIDA: a broken agency that needs to be overhauled - Globe
Editorial
Dadaab refugee camp is a city that shouldn’t exist
L'État du monde
At last, some good
news for African children
Rapport
de
l'ONU - Le monde parvient à endiguer la pauvreté, mais la
faim subsiste
Une voie mitoyenne pour sortir le monde de la pauvreté ?
The new global middle fights for its corner - Doug
Saunders
Et si l'on se mettait à aider réellement le monde, plutôt
que de ne chercher qu'à en profiter ?...
The
business
of
doing
business
in
Gadhafi’s
oil
kingdom
Paris empêtré dans le « printemps arabe »
Un pacte qui revient hanter Londres
Se pourrait-il donc qu'alors même que l'on prétend vouloir
aider les autres, on ait tendance à ne chercher en fait le
bénéfice de nul autre que nous-mêmes ?...
Les pros de la compassion
Est-ce que nos politiques d'aide étrangère n'auraient pas
déjà un peu plus de chances de fonctionner si elles avaient
vraiment pour but d'aider, plutôt que de ne servir que nos
propres intérêts ?...
Aide
internationale
- La politique canadienne d'aide pour lutter contre la
pauvreté est un échec
Allons-nous
baisser
les bras?
Et si la Chine s'avérait à peu près la seule grande
puissance à avoir compris qu'on ne saurait sans doute
trouver d'investissement plus rentable que celui qui est
fait sur le développement économique de la planète en tant
que tel, surtout pour les acteurs qui y sont le plus
directement impliqués ?...
China
is
winning
over
the
heart
of
Africa
–
at
the
West’s
expense
China’s ‘African land grab’
Et si le protectionnisme, surtout au niveau agroalimentaire,
s'avérait encore la meilleure façon de maintenir la pauvreté
en ce monde ?...
Responsabilité
alimentaire
Et si, pour lutter contre la pauvreté, nous commencions par
cesser nous-mêmes d'exploiter le reste du monde d'une façon
qui s'apparente à ni plus ni moins que de l'esclavage ?...
Une
association
canadienne
veut
intenter
un
recours
collectif
Des
Congolais
veulent un recours collectif contre une minière québécoise
Honte
au
Canada
Defeat of mining bill was disappointing
Des
millions
de détenus soumis à des traitements inhumains
MPs defeat private member’s bill on social responsibility
in mining sector
Mines à l'étranger: une loi pour réparer la réputation du
Canada
En
bref
- Secteur minier: Ottawa crée un poste d'ombudsman
Le
record
des conflits revient aux minières canadiennes
Doing
good
for
goodness’
sake
Millennium Development Goals: Broken promises, needless
deaths
Un
rapport
de la Croix-Rouge internationale - Un milliard de
personnes vivent dans des bidonvilles
Cruel dilemme somalien
Manger
dans
les fourmilières
Un enfant meurt de faim toutes les six secondes
En
bref
- Le coût de la faim
Et si le microcrédit représentait ne serait-ce qu'au moins
une partie de la solution ?...
Muhammad Yunus and the crisis of microfinance
Le
microcrédit
n'est pas à l'abri des grandes dérives
Peut-on toujours rêver d'une action mondiale pour mettre fin
à la pauvreté ?...
Objectifs
du
millénaire - Ban Ki-moon veut lancer un message d'espoir
... Ou se pourrait-il qu'on ne fasse ainsi qu'entretenir de
faux espoirs ?...
Millennium Development Goals: Broken promises, needless
deaths
Y a-t-il seulement encore de l'espoir pour la pauvreté en ce
monde ?...
Le nombre de pays très pauvres a doublé en 40 ans
Et se pourrait-il donc que l'aide humanitaire, au départ,
puisse finir par réussir qu'à créer plus de problèmes, en
commençant d'ailleurs par renforcer certaines problématiques
déjà présentes ?...
Comment repenser l'aide au développement...
NDP medicine bill has K'naan, Atwood singing same tune
Africa
must
learn
to
feed
itself
The
MDGs
miss
the
goal
posts
-
Globe
Editorial
In
farming,
small
is
deadly
Et si l'économie de marché pouvait vraiment aider à sortir
le monde de la pauvreté ?...
Entrepreneuriat
-
Compter sur soi et sur des capitaux
L'entrevue
-
L'économie contre la pauvreté
Extreme
affordability:
Why
we
must
wear
the
user’s
shoes
Et si, pour sortir le monde de la pauvreté, on ne
pouvait tout simplement trouver une base plus solide
qu'une économie réellement saine et dynamique ?...
Pays
en
développement - L'aide au commerce est restée stable
Forging
a
new
Haitian
strategy:
trade,
not
aid
G20
agrees
on
new
approach
to
fight
global
poverty
LA
FINANCE
AU
SECOURS
D’HAÏTI
Micro-finance
paying
off in Haiti
Le
bon
«Plan» des Habitations Jeanne-Mance
Le
logement
social revisité
Centres
de
pédiatrie sociale - La croisade solitaire du Dr Julien
Financement
du
Dr Julien - Les normes
Des
promesses
d'aide pour le Dr Julien
Le
Dr
Julien dans le rouge: Québec promet d'aider
Le
modèle
du Dr Julien miné par un manque de fonds
Un commentaire de Sylvain Charlebois sur l'état
des subventions agricoles au Canada
Dear
senators:
Pass
Bill
C-393
now
and
save
lives
Le G8 représente-t-il l'ultime espoir pour lutter contre la
pauvreté dans le monde ?...
G8 should stick to promises it can keep
Maternal
health
plan
is
something
of
a
start
-
Globe
editorial
Ou ne semble-t-il pas s'avérer incapable de s'acquitter de
la tâche qu'il s'est lui-même fixée ?...
L'occasion
manquée
Ou ne se contente-il pas plutôt de ne se borner qu'à jeter
de la poudre aux yeux ?...
Cinq milliards pour la santé maternelle
Santé maternelle et infantile: un échec, selon les ONG
Et par ailleurs, se pourrait-il donc que même les pays du G8
ne puissent vraiment parvenir à s'entendre entre eux ?..
Une annonce qui tombe à plat
Santé
maternelle
- Le Canada ne rallie pas le G8
... Et de toute façon, peut-on seulement se fier encore à
quelque promesse qu'il puisse faire ?...
G8 should stick to promises it can keep
La
valse
des promesses
Et en fait, l'enjeu premier du G8 ne devrait-il pas surtout
s'avérer de peut-être commencer à se soucier de sa propre
crédibilité ?...
Santé
maternelle:
de l'argent frais... en partie
The
G8
risks
becoming
increasingly
irrelevant
Credibility
of
G8
is
on
the
line
Un peu d'aide pour le G8 ?...
Le
G8
à court de 18 milliards
Advancing maternal health without ‘culture clash’
Beaucoup
moins
de
femmes
meurent
en
couches
Écoutez la voix du G172
How
Africa
will change the world
Bono
et
Bob Geldof ont été rédacteurs en chef invités du Globe and
Mail
Canada’s
vision
for
Africa’s
bright
future
is
as
murky
as
ever
Et si le véritable espoir pour le monde résidait surtout
dans l'apparition de partenaires d'affaires dignes de ce nom
?...
Afrique:
le
temps d'un nouveau partenariat
Mais cela devrait-il pour autant revenir à ne veiller
surtout qu'à son propre intérêt ?...
Reconstruction
de
Port-au-Prince:
le
Québec
veut
sa
part
du
gâteau
Repas et réconfort pour 4,50$
Adoptez une tomate!
Se pourrait-il donc qu'il ne soit pas faux d'affirmer que le
fossé entre les riches et les pauvres soit en train de
carrément s'élargir ?...
A tale of two Torontos
Et si notre société tout simplement devenue incapable
de faire preuve de la compassion la plus élémentaire
envers son prochain ?...
Quebecers
should
shake off the stinginess tradition
Société
-
Les assistés sociaux sont «en train de crever», selon
Gilles Kègle
Générosité
bien
ordonnée...
À
Noël, pourquoi ne pas offrir… une vie ?
Ces
enfants
laissés
à
la
traîne
Bien-être
matériel
- OCDE: de plus grandes inégalités chez les enfants
canadiens
Pauvres
de
coeur
Une
curiosité
éphémère
Pakistan:
où
est passé notre générosité
Sommet
du
millénaire: un appel à l'indignation
L'aide
au
développement n'augmente pas assez
Solving
our
problems on the backs of the poor-
Jeffrey
Simpson
Richesse déshumanisante
Pingre
ou
généreux,
le
Canada?
-
Claude Picher
Et si ce n'était pas nécessairement le cas ?...
‘World Giving Index’ measures charity in 153 nations
Voir aussi Et si notre société démontrait encore un
certain problème avec tout ce qui concerne la
répartition de la richesse ?...
Le Canada se moquerait-il
donc de la pauvreté, en réalité ?...
Aide
sociale
- Le piège
Rapport
du
Conseil national du bien-être social - Une aide sociale
insuffisante et de moins en moins accessible
People
forced
into destitution: report
L’aide
sociale
est toujours trop faible au Canada, selon un rapport
Lone-parent
poverty:
Canadian
social
policy
can
still
do
better
The
working
poor's
best
hope
Déficit de solidarité - RÉJEAN HÉBERT
Pas assez, 18$ par mois
Des
squatteurs
dénoncent les Jeux
Après
les
dons.. - André Pratte
Le deuxième souffle - Alain Dubuc
Note aux sceptiques de l'humanitaire - Rima Elkouri
De l’argent qui dort - Réal
Barnabé
Offensive bonté à Londres
Gêné
d'avoir
faim
La
pauvreté
a changé de visage
Pas
besoin
de souffrir pour être bon - Marie-Claude Lortie
Et si le gouvernement Harper se moque éperdumment du reste
de la planète, n'est-il pas alors prévisible qu'il se
moque encore davantage de la pauvreté qu'on peut y
observer ?...
Sommet
de
l'ONU - Le Canada à la traîne
Stephen
Harper
does
the
UN
-
but
shouldn't
-
Gerard
Caplan
Gel
de
l'aide internationale
Our
shaky
hand
on
African
aid
High time for a minister
who understands
the role of aid
The
time
is
now
for
a
bottom-up
poverty
plan
Ou en fait, se pourrait-il donc que le gouvernement Harper
se moque encore plus des pays pauvres qu'il ne peut se
moquer au départ de tous les autres pays ?...
Le Canada en Afrique: aux aguets ou en retrait?
Et lorsque les Conservateurs se résignent à faire "quelque
chose" pour la planète, ne se trouvent-ils pas surtout à
ne trouver qu'un prétexte de plus pour appliquer leur
"petit crédo conservateur", et ce même aux dépens du bon
sens le plus fondamental, et surtout en semblant ce moquer
éperdumment de ce dont les gens pourraient bien avoir
besoin, en réalité ?...
Santé
maternelle:
de l'argent frais... en partie
Nouvel
engagement
du Canada pour Haïti
Se pourrait-il que le gouvernement Charest
ne se sente aucunement concerné par la pauvreté ?...
For
all
the other Marios
Aide
sociale
- Solidarité de façade
Aides
domestiques:
la discrimination perdurera, craint une coalition
L'accueil Bonneau fermera 24 heures
Attaque
en
règle contre la ministre Thériault
Entreprises
d'économie
sociale: le gouvernement reprend ses 3,5 millions
Plus de 300 écoles changent de statut
- Marie Allard
... ou du moins que celui-ci ne passe que ce qu'il faut pour
sauver les apparences, en réalité ?...
Les
femmes
vont faire les frais des coupes à l'aide sociale, dit le
PQ
Entreprises d'économie sociale: des coupes illégales?
Pauvreté:
loin
du
compte
-
Ariane Krol
Homeless shelters need more help from Quebec
L'inquiétude
persiste
à l'accueil Bonneau
Des groupes anti-pauvreté
expulsés du lancement du plan d'action gouvernemental
Québec annonce son plan
Sept milliards pour combattre la pauvreté au Québec
C'est un début - Nathalie Collard
70 actions pour s’attaquer à l’itinérance -
Catherine Handfield
De l'aide pour les sans-abri à Laval
Mais à ce niveau, ne peut-on pas pourtant saluer les pas qui
se peuvent se faire dans la bonne direction ?...
Itinérance
-
Montréal donne un sérieux coup de barre
Et si nous commencions à régler le cas de notre propre
pauvreté avant de penser à régler celle qui sévit partout
sur la planète ?...
Quebecers
should
shake off the stinginess tradition
Est-
ce notre job?
Restraint
is
all very well, but have a little heart, too
A smile, a nod and Christmas
Et si l'on parlait tout simplement de réinsertion sociale
?...
La
gang
de
PC
Itinérance
Itinérance
-
De la détresse à l'accueil
L'itinérance,
le
problème des indignés?
La
discrimination persiste
Zamboni
dans
le
métro
Un
dernier
appel
à
l’urgence
La
plage
des
terroristes
Pauvres
de
coeur
21e
Nuit
des sans-abri - Une nuit parmi les autres
Vers
une
Bourse des denrées au Québec
Vancouver,
ville
ouverte?
Les
ressources
aux sans-abri s'organisent
Et par ailleurs, se pourrait-il donc que l'itinérance
visible ne représente en fait que la pointe de l'iceberg
?...
Canada’s hidden emergency: the ‘vulnerably housed’
L'itinérance
invisible
L'itinérance invisible
Voir aussi
Regardons
juste
ici - Marie-Claude Lortie
et QUÉBEC Des droits encore bafoués -
Silvia Galipeau
Et d'ailleurs, que peut-on donc faire aussi pour cette
pauvre planète ?...
Comment
sortir
les Africains de la misère
Et si l'on commençait surtout par nous résoudre à voir enfin
la pauvreté telle qu'on peut tout simplement la retrouver
chez nous ?...
To manage health costs, invest in social well-being
Ne sommes-nous pas pourtant capables de réaliser des
miracles dans la vie des gens, du moment que l'on s'emploie
tout simplement à aider les autres ?...
S. O. S. Don$
Le Dr Julien aussi dans Côte- des- Neiges
Quand
Montréal
tousse, Haïti éternue
Cachez
ce
chiffre que le Canada ne saurait voir
La
misère
pour un milliard d'enfants
La ruée sur l’Afrique - AGNÈS
GRUDA
Déséquilibre alimentaire - La Princess
Haya Bint Al Hussein
L’ONU en guerre contre la sous-nutrition
Des
SF
qui ne prennent pas position
L’humanitaire en talons hauts - Laura-Julie
Perrault
Pauvreté : Le mauvais élève canadien - ALAIN DUBUC
Québec félicité pour sa lutte antipauvreté
Les milliards de dollars ignorés du budget
LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ : LA RECETTE
QUÉBÉCOISE FONCTIONNE! - Hélène Baril
LES INÉGALITÉS SOCIALES AUGMENTENT - Hélène
Baril
Et y a-t-il encore un espoir pour le monde ?...
Bulletin
météo
La
planète
compte 1,7 milliard de pauvres
Une
personne
sur six souffre de la faim
Le combat contre la faim peut être gagné
L'Afrique de l'Est hantée par le spectre de la famine
Le Guatemala crie famine
L’échec de l’aide internationale
- Marcel Boyer
Coup d’oeil sur la détresse africaine
- Claude Picher
Les leçons du frère américain -
Richard Hétu
Obama en Afrique - Mario Roy
Promesses non tenues en matière d’aide au
développement Harper sermonne les autres pays du G8
Le G8 accusé de négliger les pays
pauvres - Marc Thibodeau
Le Canada concrétise son engagement de 10
milliards US au FMI
L’ex-président Bill Clinton confronté à la
dure réalité d’un pays sinistré
Le monde compte plus d’un milliard de
personnes affamées
« On craint que les émeutes de la faim ne se
reproduisent »
La récession des expatriés -
Richard Dupaul
Et ne sommes-nous pas nous-mêmes loins de nous être mis à
l'abri de la pauvreté ?...
Editorial:
Now
more than ever, others need our help
Noël
en
famille pour sept sans-abri
Une
somme
record pour le Dr Julien
La
chasse
aux BS - Patrick Lagacé
Le « vrai » père Noël - Annie
Richer
MONSIEUR SOURIRE - Geneviève Martel
ÉTATS-UNIS De plus en plus d’enfants
ne mangent pas à leur faim
Les banques alimentaires dans le rouge -
Stéphanie Bérubé
BANQUES ALIMENTAIRES La demande en
hausse partout au pays - Stéphanie Bérubé
Le Club des petits déjeuners fête ses 15
ans - Martin Croteau
Moisson Montréal en banqueroute
alimentaire - Stéphanie Bérubé
Des donateurs plus économes - Louise Leduc
AIDE ALIMENTAIRE Les demandes de boîtes à lunch
augmentent - Stéphanie Bérubé
Décrochage et pauvreté -
Richard Latulippe
Sans abrisme : Montréal, laboratoire de la réinser
tion - Katia Gagnon
« Claude Dauphin est
déconnecté de la réalité » - Éric Clément
Labonté demande une escouade policière
spéciale - Éric Clément
À la belle étoile et sous le
smog - Hugo Meunier
Dan Bigras se dit « très inquiet » -
Ariane Lacoursière
Des organismes claquent la porte des
consultations
Des asperges en novembre - Pierre Foglia
Bienvenue à toi, l’enfant d’immigrant -
Sylvia Galipeau
Pauvreté: pour une véritable chance
Toronto’s backward on public housing: Get ’em out, not in
Cutting poverty: increase transfers, not minimum wage
Guaranteed
income:
an idea worth rethinking
Should
Canada
have
a
guaranteed
annual
income?
Mais rendre les pauvres dépendants est-il vraiment la
solution ?...
Un revenu garanti pour les pauvres ?
Meilleur avant l'été 2008!
Voir aussi CONSOMMATION
RESPONSABLE
|
LE DEVOIR
Lettres
-
Le microcrédit en Haïti
Le bénévolat - Denise Bombardier
THE GAZETTE
Put
your
money where their mouths are
GLOBE AND MAIL
***
L'ACTUALITÉ
Philanthropie
durable
TIME MAGAZINE
|
Si nous voulons vaincre les
inégalités, il est temps d’éradiquer les paradis fiscaux
Oxfam
|
|
Un peu d'aide pour le G8 ?...
Le G8 est à court de 18 milliards de dollars ? Ce pauvre petit
club est un peu serré : à coups de 1,1 milliard pour trois jours
de réunion, comment consacrer plus d’argent aux pays en voie de
développement? Après les milliards consacrés au sauvetage de «
pauvres » banques, par ce même G8, mon coeur se déchire. Je vais
lui envoyer une petite contribution personnelle pour qu’il puisse
joindre les deux bouts à la fin du mois.
Déficit de solidarité - RÉJEAN HÉBERT
On ne se
préoccupe plus de nos sans-abri, de nos chômeurs plus
nombreux, de nos aînés en perte d’autonomie
Nous devons nous mobiliser pour lutter contre le déficit de la
compassion, beaucoup plus pervers que le déficit des finances
publiques.
Les mots économie, crise financière et déficit sont
omniprésents dans le discours politique actuel. De ce fait, on
occulte complètement d’autres termes au coeur des valeurs
québécoises comme solidarité et compassion.
Le déficit est tel que les aînés en
perte d’autonomie sont soutenus presque exclusivement par
leurs proches aidants, épuisés dans des programmes de «
misère à domicile » au financement ridicule.
La crise en Haïti en est une belle illustration. Nos
gouvernements parlent abondamment de reconstruction et d’une
implication significative du Québec et du Canada dans la
relance d’Haïti. On peut y voir un intérêt économique
important pour les entreprises et l’État. En dépit de belles
intentions, les gouvernements sont beaucoup moins enclins à
soutenir l’aide médicale et humanitaire d’urgence dont les
habitants sinistrés de ce pays ont grandement besoin. Les
obstacles bureaucratiques que la faculté de médecine et des
sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke a
rencontrés pour réussir à envoyer deux missions médicales
permet aussi de réfléchir à un autre déficit dont on ne parle
pas. Le déficit de solidarité et de compassion qui s’accroît
sans cesse au Québec et qui risque de nous faire perdre les
valeurs au coeur de notre spécificité en Amérique. Le désastre
haïtien, et la réaction humanitaire qu’il commande, nous
permet de réaliser combien ce déficit est aussi important ici,
chez nous.
On ne se préoccupe plus de la pauvreté d’une part de plus en
plus importante de la population, de nos sans-abri, de nos
chômeurs de plus en plus d’urgence en sont la démonstration la
plus éloquente.
Et pourtant, le peuple québécois, lui, fait preuve d’une
extraordinaire générosité, non seulement par ses dons, mais
aussi par son empressement à vouloir aider le peuple haïtien.
À preuve, seulement à notre faculté, quelque 160
professionnels se sont portés volontaires pour aller prêter
main-forte aux victimes en Haïti. Il y a donc un décalage
inquiétant entre la volonté politique et celle des citoyens
dans ce dossier.
Alors que l’attention est focalisée sur le déficit des
finances publiques, la crise d’Haïti nous nombreux.
Onnesesoucieguère des aînés en perte d’autonomie soutenus
presque exclusivement par leurs proches aidants, épuisés dans
des programmes de «misère à domicile» au financement ridicule.
L’important
pour plusieurs, c’est de payer le moins d’impôts possible: on
applaudit aux baisses d’impôt ou pire, on prive sans scrupule
l’État de revenus en utilisant l’évasion fiscale ou le travail
au noir. Peu importe les coupes dans les services, peu importe
la qualité de nos systèmes publics d’éducation et de santé,
peu importe les moins privilégiés de notre société.
On ne se soucie plus de l’équité d’accès aux soins de santé.
Si, en payant pour des services, on a accès plus rapidement à
des soins, cela nous importe peu de détériorer l’accès à ceux
qui en ont beaucoup plus besoin. L’argent devient le critère
d’accès au détriment de la priorité clinique. Quand on a les
moyens, on peut bien calmer au plus vite nos petites
angoisses. Les autres, qu’ils s’arrangent avec ce qui reste.
Heureusement, ce discours n’est pas celui de la majorité des
Québécois, mais d’une minorité qui monopolise l’opinion
publique et influence, voire établit ou finance les dirigeants
actuels. Il y a ici encore un décalage entre les citoyens et
les dirigeants.
Nous devons nous mobiliser pour lutter contre cet autre
déficit, celui de la solidarité et de la compassion. Un
déficit beaucoup plus pervers que le déficit des finances
publiques. Un déficit qui détruira notre âme et nos valeurs
fondamentales pour s’assimiler au reste de l’Amérique dans un
vaste espace où les échanges commerciaux l’emportent sur les
échanges humains et l’équité.
En cette période de crise financière, il est primordial de
préserver nos infrastructures de solidarité et même d’investir
davantage pour les améliorer. Il faut lutter contre le déficit
de solidarité qui se creuse dangereusement.
Caviar et pâté chinois - JEAN-MARC LORD
Les «lucides»
veulent nos biens, pas notre bien commun
Quand les «lucides» disent qu’ils veulent notre bien,
croyez-les sur parole. Mais ne vous faites surtout pas
d’illusions, ce sont «nos biens» qu’ils veulent et non notre
«bien commun».
Les solutions des «lucides» servent les intérêts d’une
minorité de gens très riches, sans doute scandalisés d’avoir à
manger du caviar de moins bonne qualité à cause de la crise.
Pendant ce temps, la très grandemajorité d’entre nous a de
plus en plus de difficultés à payer l’hypothèque, le chauffage
et l’épicerie.
Le plus sérieusement du monde, nos « lucides » nous font
rejouer le même disque en répétant que le Québec est pauvre et
que les coffres du gouvernement sont vides. Ils répètent
surtout qu’avant d’espérer redistribuer la richesse, encore
faut-il la produire.
J’ai des amis qui sont plus forts en maths que moi, mais je
peux quand même comprendre ceci : à part cette année à cause
de la crise, le PIB, donc la richesse, augmente sans cesse au
Québec. Mais pendant que la richesse augmente, Statistique
Canada nous dit que les revenus des 20% de gens les plus
riches au pays augmentent beaucoup plus que les revenus des
autres 80% de citoyens.
Est-ce que par
hasard, ceux qui nous répètent qu’il faut se serrer la
ceinture excluraient de serrer la leur? Voudraient-ils en plus
qu’on troque notre pâté chinois pour du Kraft Dinner afin
qu’eux puissent avoir du caviar top qualité?
En 2008, les 100 patrons les mieux payés au Canada avaient un
salaire annuel moyen de 7,4 millions, soit 3558$ l’heure.
C’est 174 fois plus que le salaire moyen d’un travailleur à
temps plein au canada (42 305$). Aux États-Unis,
l’augmentation des revenus des 1% les plus riches entre 1979
et 2006 a été de 256%, alors que les revenus des 20% les plus
pauvres n’ont monté que de 11%.
Au Québec, on produit collectivement beaucoup de richesses,
mais celles-ci sont accaparées par une minorité de gens déjà
immensément riches qui augmentent leurs salaires aux dépens
des nôtres, qui demandent à la classe moyenne de payer plus
cher l’électricité et l’université parce qu’eux, ils veulent
évidemment payer moins d’impôt ou encore ils s’arrangent
habilement pour ne pas en payer grâce à leurs paradis fiscaux
aux Îles Caïmans ou à la Barbade.
L’État a déjà été capable de jouer le rôle de réduire les
inégalités et de mieux répartir la richesse. Pourquoi ne le
fait-il plus ?
70 actions pour s’attaquer à l’itinérance -
Catherine Handfield
PLAN DE 14
MILLIONS SUR TROIS ANS
La minis t r e déléguée aux Services sociaux, Lise Thériault,
a dévoilé le plan d’action 2010-2013 aux côtés de sa collègue
de la Justice, Kathleen Weil, dans la cafétéria de la mission
Old Brewery, à Montréal.
PHOTO ROBERT SKINNER, LA
PRESSE
La Société d’habitation du Québec
(SHQ) réalisera cette année 150 chambres avec soutien
communautaire pour les sans-abri. L’organisme public
réservera 300 logements aux clientèles itinérantes dans sa
programmation Accès-logis 2010-2013.
Le document de 50 pages propose 70 actions qui seront
entreprises par 10 ministères et organismes publics. Il fait
suite aux recommandations d’un comité parlementaire, qui a
déposé un rapport à l’Assemblée nationale le 4 novembre au
terme d’une vaste consultation.
« Le document rendu public aujourd’hui représente un pas
important dans nos efforts pour contrer l’itinérance et pour
venir en aide aux personnes sans-abri ou en voie de le devenir
», a déclaré Lise Thériault.
Le gouvernement met de l’avant cinq priorités pour s’attaquer
au problème de l’itinérance. On souhaite renforcer la
prévention, favoriser la stabilité résidentielle, améliorer,
adapter et coordonner l’intervention, favoriser la
cohabitation et accroître la recherche.
Québecprévoit enoutredresser un portrait du phénomène de
l’itinérance au Québec, un exercice qui n’a pas été fait
depuis plusieurs années. Le plan 2010-2013 prévoit aussi une
meilleure formation des policiers pour intervenir auprès des
sans-abri.
La Société d’habitation du Québec (SHQ) réalisera cette année
150 chambres avec soutien communautaire. L’organisme public
réservera 300 logements aux clientèles it i nérantes dans sa
programmation Accès-logis 2010-2013.
Les groupes communautaires ont toutefois précisé qu’il
s’agissait de la participation habituelle de la SHQ, et non
d’investissements supplémentaires.
Le plan
d’action a suscité un accueil mitigé au Réseau sol ida r i t é
i t i nérance du Québec. « On reste sur notre faim. On est
déçus de l’absence de moyens, d’audace et de vision à long
terme », a dit le vice-président du Réseau solidarité
itinérance du Québec (RSIQ), Pierre Gaudreau.
Le plan ne prévoit pas de financement accru et à long terme
des organismes communautaires, a-t-il déploré. Le RSIQ réclame
une politique globale en matière d’itinérance, qui proposerait
des mesures concrètes à court, moyen et long terme.
La porte-parole péquiste pour les dossiers d’emploi et de
solidarité sociale, Monique Richard, a elle aussi plaidé pour
l’établissement d’une réelle politique. « En moyens concrets,
le plan d’action est assez tiède, a-t-elle dit. Quels moyens
donne - t-on aux organismes communautaires pour assumer leur
travail de proximité ? »
Lise Thériault a indiqué qu’elle ne « fermait pas la porte » à
l’adoption d’une politique. « Ce qu’on annonce aujourd’hui,
c’est une réponse rapide », a-t-elle souligné.
Questionnée sur le peu de ressources financières proposées
pour appuyer le plan d’action, la ministre Thériault a précisé
que le ministère de l’Emploi et de la Solidarité « bonifierait
» le plan d’action avec son nouveau Plan de lutte contre la
pauvreté et l’exclusion sociale.
La ministre a finalement annoncé qu’une entente multipartite
sera dévoilée au printemps afin de répondre aux demandes de
financement des trois grands refuges de la métropole, où sont
concentrés la grande majorité des sans-abri.
L’implantation du plan d’action sera évaluée en 2013.
La ruée sur l’Afrique - AGNÈS GRUDA
Les meilleures terres
arables en Afrique suscitent la convoitise planétaire,
s’inquiète le rapporteur spécial des Nations unies sur la
sécurité alimentaire, Olivier de Schutter.
La Presse l’a joint en marge du sommet sur la sécurité
alimentaire qui se te
Tirant la leçon de la crise alimentaire de
l’an dernier, de nombreux pays achètent massivement des terres
en Afrique. But de l’opération: échapper à l’impact de la
prochaine flambée des prix, mais cette vaste délocalisation
agricole risque d’engendrer des effets pervers. Et d’augmenter
les rangs des affamés du Sud.
Quelque 30 millions d’hectares de terres
arables font actuellement l’objet de négociations. Les
principaux acheteurs : la Chine, la Corée du Sud, l’Inde,
l’Arabie Saoudite. Parmi les pays les plus recherchés: le
Soudan, la République démoc ratique du Congo, la Tanzanie.
« C’est comme une grande partie de
Monopoly mondial », constate Olivier de Schutter, rapporteur
spécial sur de l’ONU sur le droit à l’alimentation.
Joint à Rome, où il assiste au sommet sur
la sécurité alimentaire qui se termine aujourd’hui, Olivier de
Schutter se dit pessimiste. Le nombre de personnes
sous-alimentés sur la planète vient de passer le cap des 1,2
milliard.
« Même si les cours des denrées
alimentaires ont baissé, la situation n’a cessé de s’aggraver
depuis un an », dit-il.
La crise
économique a accentué le problème. Et les changements
climatiques risquent de l’amplifier encore davantage. Au train
où vont les choses, les récoltes dans les pays subsahariens
pourraient chuter de moitié d’ici 10 ans, souligne le
rapporteur spécial.
Olivier de Schutter juge que ce phénomène est très
inquiétant. Car les paysans des pays dont les terres sont le
plus en demande figurent parmi les moins protégés de la
planète. Souvent, ils ne possèdent aucun titre de propriété.
Et ils sont mal outillés pour protester contre les
expropriations.
« La course aux terres arables risque de rendre leur
situation encore plus précaire », dit M. de Schutter. Ce
dernier craint que ces nouveaux « sans terre » n’aillent
grossir les rangs des habitants des bidonvilles, dans des
mégapoles africaines qui craquent de partout.
Pourtant, ces investissements massifs dans l’agriculture
du Sud pourraient, au contraire, constituer une belle occasion
pour l’Afrique, signale le rapporteur spécial. Dans plusieurs
pays africains, l’infrastructure agricole et les moyens de
communication sont à peu près inexistants. La nouvelle ruée
vers les terres, qui touche déjà un territoire une fois et
demie plus grand que la France, pourrait permettre de
construire des routes et des silos de stockage – bref, de
moderniser l’agriculture africaine.
Mais pour que les investissements étrangers profitent
aux populations locales, il faudrait que les gouvernements
imposent leurs exigences. Qu’ils demandent des investissements
durables et générateurs d’emplois. Et aussi, qu’ils demandent
aux responsables des grandes plantations d’écouler une partie
de leurs récoltes sur le marché local. Autrement, on risque de
se retrouver dans la situation paradoxale où des pays
producteurs se feront siphonner leurs ressources et devront
importer des grains pour se nourrir, souligne Olivier de
Schutter.Selon lui, ces scénarios de style «
républiques bananières » des années 60 ont malheureusement la
cote, pour l’instant.
Déséquilibre alimentaire - La Princess
Haya Bint Al Hussein
Pendant que 1
milliard d’humains souffrent de la faim, nous tombons malades
parce que nous mangeons trop
Avec 1 milliard de personnes souffrant de la faim dans le
monde, nous avons atteint un nouveau record. Les leaders du
monde vont se pencher sur ce problème du 16 au 18 novembre au
cours d’un sommet à Rome.
Mais je vois d’ici comment ce sommet va se dérouler : une
abondance de discours, un manque d’intérêt sur les questions
de fond, des repas à n’en plus finir… et encore davantage de
discours. J’ai déjà assisté à ces repas en tant
qu’Ambassadrice de bonne volonté du programme alimentaire
mondial. Combien de fois ai-je souhaité pouvoir, par un tour
de magie, transférer les 1000 calories du soufflé dans mon
assiette à un enfant sousalimenté et mendiant dans un
bidonville de Nairobi? Les calories de trop que nous
consommons en Europe ou en Amérique du Nord suffiraient à
régler le problème de la faim en Afrique.
Il y a dans ce monde de terribles déséquilibres dans la
consommation de la nourriture. Il y a les pays qui consomment
trop et d’autres pas assez. En Inde, plus de 300 millions de
personnes sont en surcharge pondérale alors que 300 millions
d’autres souffrent de la faim! Les maladies comme le diabète
ou les problèmes cardiaques souvent liées au surpoids sont en
augmentation plus rapide dans les pays en voie de
développement que dans les pays prospères.
En 2007-2008, une crise alimentaire avec sa flambée des prix
nous a tous pris par surprise. Mais cette crise aurait-elle
été aussi grave si nous n’avions pas pris la mauvaise habitude
de gaspiller la nourriture sans compter?
Une conscience morale émerge, surtout chez les jeunes, sur la
nécessité de réduire notre consommation en énergie. Mais on ne
voit rien surgir de la sorte en ce qui concerne la
consommation de nourriture – une forme pourtant vitale
d’énergie, celle de la survie de l’homme! Nous sommes tous
entrain de trop manger, et nous n’avons pas une seule pensée
pour ce que nous gaspillons! Servir des repas somptueux est
une marque d’hospitalité. Nombreux sont ceux qui estiment
qu’être un bon parent, c’est gaver ses enfants!
Plus
incroyable encore: manger en surabondance est même devenu un
sport! À Taiwan, un étudiant de 23 ans est mort d’avoir trop
mangé dans le cadre d’un concours. Tous les 4 juillet, à New
York, Joey Chestnut livre une bataille acharnée à son rival le
Japonais Takeru Kobayashi pour savoir à qui mangerait le plus
de hot-dogs. L’année dernière, Joe a englouti 68 hot-dogs en
10 minutes – ce qui représente plus d’une semaine de calories
pour un Africain affamé!
Nous payons cher pourtant cette suralimentation. Le coût des
maladies liées à l’obésité est évalué entre 150 et 200
milliards de dollars aux États-Unis – soit l’équivalent de
toute l’aide étrangère dans le monde! Le coût des soins
supplémentaires pour les obèses représente 1400 dollars par
personne par année. Plus de deux milliards de personnes ne
mangent pas l’équivalent de cette somme en un an!
Le gaspillage de nourriture est un autre exemple de nos excès,
au même titre que nos dépenses en énergie. Chaque année, un
Britannique gaspille l’équivalent de 800 dollars en
nourriture, une famille américaine jette 14% de sa nourriture.
Alors que de nouvelles initiatives voient le jour pour
sensibiliser l’opinion publique sur la qualité des aliments et
pour améliorer l’éducation dans le domaine de la nutrition,
rien n’est fait pour éduquer la population sur la nécessité de
manger moins et surtout demanière plus responsable. La
surconsommation et le gaspillage sont même encouragés par les
restaurants qui servent des portions hors normes et les
détaillants qui présentent leurs produits dans des emballages
tentants.
Il est temps de mettre à jour le lien qui existe entre la
surconsommation et le gaspillage et la perte en énergie, santé
et productivité. Chacun de nous pourrait manger plus
raisonnablement et donner ce que nous gaspillons aujourd’hui à
une banque alimentaire ou une organisation charitable.
S’ i l faut rédui re notre consommation en énergie pour
survivre sur cette planète, pourquoi alors jeter des milliards
de dollars de nourriture par les fenêtres et manger sans faim
au point de mettre notre vie et notre avenir en danger?
L’ONU en guerre contre la sous-nutrition
NEW YORK —
Environ 200 millions d’enfants de moins de 5 ans souffrent,
dans les pays en développement, d’un retard de croissance dû à
une sous-nutrition maternelle et infantile chronique, affirme
un rapport du Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF)
publié hier.
PHOTOJES AZNAR, AFP
Des enfants pauvres philippins mangent
de la soupe à Manille ; 28% des petits Philippins de moins
de 5 ans souffrent de sous-nutrition.
Selon ce document intitulé Suivre les progrès dans le domaine
du développement de l’enfant et de la mère, la sous-nutrition
contribue à plus d’un tiers des décès des enfants de moins de
5 ans dans le monde.
Cette situation serait pourtant évitable si la communauté
internationale honorait ses engagements concernant la sécurité
alimentaire, la nutrition et l’agriculture durable,
souligne-t-il.
« Lasous-nutritiondépouille un enfant de sa force. Des
maladies auxquelles il serait normalement en état de résister
deviennent bien plus dangereuses », déclare Ann Veneman,
directrice générale de l’UNICEF. « Plus d’un tiers des enfants
qui meurent de pneumonie, de diarrhée ou d’autres maladies
auraient pu survivre s’ils n’avaient souffert de
sous-nutrition. »
En outre,
«ceux qui survivent à la sous-nutrition seront en plus
mauvaise santé physique durant toute leur vie et leurs
facultés cognitives seront touchées, ce qui limitera leur
capacité d’apprentissage et leurs chances d’obtenir un revenu
décent. Ils sont piégés dans un engrenage de mauvaise santé et
de pauvreté qui peut durer plusieurs générations».
Plus de 90% des enfants qui présentent un retard de croissance
dans le monde en développement vivent en Afrique et en Asie,
souligne le rapport.
La réponse à ce problème est dans la prévention et il est
possible de réduire, voire d’éliminer la sous-nutrition.
D’énormes progrès ont été faits dans la mise au point de
solutions peu coûteuses, comme les micronutriments, offertes
aux populations vulnérables.
« Si l’on ne s’attache pas à lutter contre les causes de la
sous-nutrition maternelle et infantile aujourd’hui, les coûts
seront considérablement plus élevés demain, » avertit Mme
Veneman. L’ONU distingue la sous-nutrition de la malnutrition,
terme qui peut s’appliquer aussi à l’obésité.
RAPPORT DE LA
VÉRIFICATRICE GÉNÉRALE Ratés à l’ACDI
OTTAWA—
Les nombreuses
faiblesses constatées s’expliquent selon elle par le fait
qu’aucun «processus de gestion » ne guide l’agence et ne suit
le respect de ses engagements en matière d’efficacité de
l’aide.
« La nature du développement international est telle que
celui-ci doit reposer sur des programmes stables et
prévisibles. L’ACDI a besoin d’un plan d’ensemble pour
progresser», a souligné Mme Fraser en conférence de presse.
Selon elle, la situation est telle que les gouvernements des
pays bénéficiaires, les agents de programmes et les donateurs
«comprennent mal» l’orientation de l’Agence.
« Avec ce type d’aide, les impacts sur le terrain se font
sentir seulement après un certain temps. Lorsque les priorités
changent chaque année ou presque, ça crée beaucoup de
confusion au sein même de l’organisation », a expliqué la
vérificatrice.
«L’ACDI a
reconnu il y a plusieurs années, à l’instar de plusieurs
agences de développement international, qu’il fallait mettre
l’accent sur un nombre restreint de pays et de programmes,
a-telle ajouté. Malgré cet engagement, pris il y a longtemps,
de concentrer l’aide à environ 20 pays, l’Agence a encore des
programmes dans 60 pays.»
Les travailleurs étrangers
Par ailleurs, la vérificatrice générale a aussi trouvé des
failles dans la sélection des travailleurs étrangers. Les
réformes entreprises par le gouvernement de Stephen Harper en
2008 afin de faciliter l’arrivée d’immigrants qui pourront
répondre aux besoins les plus pressants du Canada en matière
de maind’oeuvre ne semblent pas avoir donné de résultats
satisfaisants jusqu’à maintenant.
«Il y a peu d’indications que ces changements s’inscrivent
dans une stratégie bien définie», a estimé Mme Fraser. De
plus, l’absence de suivi systématique dans les dossiers des
travailleurs étrangers temporaires pourrait mettre ces
derniers «dans une situation vulnérable», selon la
vérificatrice.
À cette dernière critique, le ministre de l’Immigration, Jason
Kenney, a répliqué que son ministère avait récemment établi de
nouvelles directives pour améliorer la coordination avec le
ministère des Ressources humaines, qui prévoient aussi des
mesures pour pénaliser les employeurs abusifs.
L’humanitaire en talons hauts - Laura-Julie
Perrault
Jasmine
Legault, fondatrice de Maât
Une grande brune filiforme entre dans le bureau du grand
patron d’une entreprise québécoise. Coiffée, maquillée, tirée
à quatre épingles, l’habituée des défilés de mode se lance
dans sa grande demande. « Nous avons besoin de 2500$ pour
refaire le toit de la radio communautaire que nous mettons sur
pied au Burkina Faso. » Elle repart avec un chèque.
PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE
Mannequin de profession, Jasmine
Legault est consciente que sa technique de collecte de fonds
détonne dans le milieu humanitaire canadien.
Ainsi t r ava i l l e Jasmine Legault, mannequin de profession
et fondatrice de l’organisation humanitaire Maât. « Ce n’est
pas compliqué. Si tu veux quelque chose, mets tes talons hauts
et va le chercher », explique Jasmine Legault, consciente que
la technique de collecte de fonds qu’elle pratique avec les
membres de son organisation détonne dans le milieu humanitaire
canadien.
Les longues demandes de subvention, ce n’est pas pour elle. «
Je n’ai pas peur de l’argent. Je me suis promenée en jet privé
et j’ai bu du (champagne) Cristal Rose. J’adore ça. Je ne suis
pas intimidée par l’argent. Je n’ai pas peur d’en demander,
surtout quand c’est pour soutenir une cause juste », ajoute,
candide, la très j olie femme de 30 ans qui gagne sa vie sur
les passerelles depuis l’âge de 17 ans.
La « cause juste » qu’a choisie Maât est celle des jeunes
filles qui deviennent mères avant d’atteindre la vingtaine.
Les Nations unies estiment qu’elles sont 13 millions à vivre
la maternité à la sortie de l’enfance chaque année. Les pays
de l’Afrique subsaharienne ainsi que l’Afghanistan et le Népal
sont les plus durement touchés par le phénomène. L’Amérique
latine, l’Inde et plusieurs pays d’Asie du Sud-Est, dont
l’Indonésie et la Thaïlande, suivent de près. Dans ces pays,
de 10% à 20% des nouvelles mamans sont des adolescentes.
« La plupart du temps, ces j eunes mères abandonnent leurs
études. Elles pensent que leur vie est terminée. Elles
sombrent dans la pauvreté », raconte Jasmine Legault.
Trois projets
Son message et sa méthode de f i na ncement s emblent
particulièrement efficaces : en deux ans, Maât a amassé 170 0
0 0 $ et soutient déjà t rois projets sur autant de continents
: une garderie à Port-au-Prince, en Haïti, qui, dès cet
automne, offrira une formation professionnelle aux jeunes
mères pour les aider à augmenter leur autonomie financière ;
une radio communautaire à Kénédougou, au Burkina Faso, qui
donnera la parole à plus de 500 femmes ; et un projet de
formation professionnelle pour les mères adolescentes dans
l’île d’Ometepe, au Nicaragua.
« La
meilleure manière de briser le cercle de la pauvreté dans
plusieurs pays est de permettre aux jeunes mères d’obtenir un
emploi décent », note Jasmine Legault, qui est mordue de
développement international depuis l’adolescence.
À 14 ans, cette native de Saint-Donat avait participé à un
projet de coopération en République dominicaine. Elle a
maintes fois répété l’expérience depuis.
« Un des avantages de mon emploi de mannequin, c’est que ça me
laisse du temps libre. J’en ai profité pour faire des séjours
prolongés dans plusieurs pays, dont le Bénin et le Togo. À mon
retour, je me suis dit que je voulais que tout ça fasse partie
de ma vie de tous les jours. »
Elle a tenté de trouver sa place dans une ONG existante. «
Tout était trop compartimenté. » Elle ne voulait pas faire
seulement de la collecte de fonds ou du marketing. Elle
voulait aussi participer aux projets eux-mêmes. Pousser à la
roue. Voyager.
Une mobilisation à la mode
Jasmine Legault aimerait aussi montrer de quoi est capable le
milieu de la mode. Certes, reconnaît-elle, peu de ses
collègues se lèvent le matin en pleurant sur le sort des
enfants-soldats de l’Ouganda, mais son expérience lui a
démontré qu’il est facile de les mobiliser. « Il y a beaucoup
d’enthousiasme. Lors de la dernière soirée de collecte de
fonds que j’ai organisée, j’avais 80 bénévoles », remarque la
jeune femme.
Elle veut canaliser la bonne volonté décelée parmi ses pairs
en mettant sur pied une nouvelle organisation : Model For Real
( De vrais modèles). Elle veut convaincre les Linda
Evangelista de ce monde – qui ne « se lèvent pas le matin pour
moins de 10 000 $ » – de donner 0,7 % de leur salaire au
développement international. « Aucun pays riche ne le fait,
mais nous, on réussira peut-être », ironise l’humanitaire en
talons hauts.
Pauvreté : Le mauvais élève canadien - ALAIN DUBUC
Le fait que le
Canada ait conservé le quatrième rang mondial de l’indice de
développement humain de l’ONU n’a intéressé personne. À peine un
entrefilet. Est-ce parce qu’on boude depuis que le Canada n’est
plus numéro un? Ou plutôt parce que le fait que le Canada soit
parmi les pays les plus avancés pour les progrès sociaux n’est
plus une surprise?
Un autre classement, rendu public à peu près au même moment,
devrait nous réveiller. C’est celui du Conference Board du
Canada, qui classe plutôt le Canada en milieu de peloton pour
son bilan social, au 9e rang de 17 pays industrialisés, derrière
les pays nordiques, derrière aussi la Belgique, l’Autriche, la
Suisse, les Pays-Bas. Si le Canada fait moins bonne figure,
c’est parce que ce classement, contrairement à celui de l’ONU,
tient compte des inégalités sociales.
Le Canada n’obtient que la note B pour ses indicateurs sociaux,
parce que s’il fait bien pour la cohésion sociale, pour la
qualité de vie, il obtient un D pour son taux de pauvreté, l’un
des pires des pays riches, notamment pour la pauvreté des
enfants, celle des travailleurs au bas de l’échelle, et
l’inégalité des revenus.
Je sais que bien des gens se méfient des palmarès, parce que les
choses importantes ne peuvent pas se traiter comme des concours
de Miss Canada. Mais ces classements ont une grande utilité: ils
permettent de nous comparer. Cela nous apprend que l’image que
nous nous faisons de nous-mêmes est fausse. Et surtout, qu’on
pourrait manifestement faire mieux puisque bien des pays
réussissent là où nous échouons.
Certains
pourraient s’étonner du fait que le Conference Board, qu’on
aura tendance à identifier à la droite, se préoccupe de
pauvreté. C’est un autre signe que les vieilles catégories ne
fonctionnent plus, que l’opposition entre la logique
économique et la logique sociale a tendance à s’estomper.
Entre autres parce qu’on voit bien que le progrès social n’est
pas un frein au succès économique, puisque les pays qui font
le mieux sur le terrain de la justice sociale sont des pays
prospères et performants.
On peut même aller plus loin. Le vrai progrès économique,
durable dans tous les sens du terme, est difficile à atteindre
sans progrès social. Parce que celui-ci permet la cohésion,
réduit les tensions sociales, contribue à la qualité de vie,
et surtout, réduit l’exclusion. Les économies avancées, qui
reposent sur le savoir, ont besoin de main-d’oeuvre qualifiée
et ne peuvent plus se payer le luxe de laisser de côté une
partie de leur population. Bref, les grands principes et les
froids calculs se rejoignent.
Cette convergence est également facilitée par une
compréhension plus fine des déterminants de la pauvreté, ou
plutôt des pauvretés. Parce que le succès dépend d’un ensemble
d’interventions, cela nous sort du débat simpliste où la
victoire contre la pauvreté reposait seulement sur le partage
de la richesse: faire payer les riches et augmenter le BS.
Avec les braquages de part et d’autre.
La guerre contre la pauvreté s’est déplacée: soutien des
travailleurs à faibles revenus pour ne pas compromettre
l’incitation au travail, aide aux mères monoparentales,
notamment par des garderies, accompagnement des enfants à
risques, avec des cantines, du soutien scolaire, et surtout,
de grands efforts en éducation pour réduire les obstacles à la
réussite scolaire. C’est en effet l’éducation qui permettra
aux enfants de s’extraire de la pauvreté et de l’exclusion.
Ces
efforts exigent d’importantes ressources. Mais ce sont des
approches plus consensuelles et plus susceptibles de donner
des résultats. À condition qu’on ne se berce pas d’illusions
et qu’on se rende compte que le Canada, et c’est également
vrai pour le Québec, n’est pas la société juste que l’on se
plait à décrire.
LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ : LA RECETTE QUÉBÉCOISE
FONCTIONNE! - Hélène Baril
LE NOMBRE DE PERSONNES VIVANT DANS LA PAUVRETÉ A DIMINUÉ DE
40% ENTRE 1997 ET 2008. UN RÉSULTAT SPECTACULAIRE QUE L’ON DOIT À
UNE PÉRIODE DE CROISSANCE ÉCONOMIQUE INÉGALÉE... MAIS AUSSI À LA
GÉNÉROSITÉ DES QUÉBÉCOIS.
LE QUÉBEC A DE MOINS EN MOINS DE PAUVRES
La lutte
contre la pauvreté est un vieux combat dont les résultats sont
souvent décourageants. Mais au cours de la dernière décennie,
le nombre de personnes considérées comme pauvres a diminué de
façon spectaculaire au Québec. De 1997 à 2008, la baisse
atteint 40%.
Le Québec compte moins de pauvres, moins de chômeurs et moins
d’assistés sociaux, principalement en raison de la longue
période de prospérité économique qu’il a connue depuis près de
15 ans.
À l’exception de trois légers ralentissements, la croissance
économique a été au rendezvous chaque année entre 1992 et
2008. Les emplois aussi, ce qui ne va pas nécessairement de
pair. Il y a des périodes de croissance qui s’accompagnent de
très peu de création d’emplois. Mais en 2008, il y avait 20%
plus d’emplois au Québec que 10 ans auparavant.
La croissance économique a-t-elle fini par vaincre la pauvreté
? Les disciples d’Adam Smith et de la « main invisible » du
marché le croient fermement. Selon la t héorie pensée par
l’économiste anglais au XVIIIe siècle, tout individu qui
travaille à son enrichissement personnel finit par enrichir la
collectivité. L’intervention de l’État n’est donc pas
nécessaire puisque les forces du marché (la main invisible) se
chargent de redistribuer la richesse.
« Le marché a
fait son travail », convient Pierre Fortin, économiste et
professeur qui s’intéresse depuis longtemps aux moyens de
vaincre la pauvreté.
Le marché a fait sa part du chemin, selon lui, mais pas tout
le chemin. « Lorsque l’économie croît, les Québécois partagent
volontiers », constate-t-il.
Meilleure couverture sociale
Ainsi, au cours des dernières années, la couverture sociale
s’est épaissie et protège mieux les moins nantis. L’assurance
médicament, les garderies d’abord à 5 $ par jour, puis à 7 $,
les congés parentaux sont des exemples de mesures sociales qui
ont contribué à réduire la pauvreté.

L’impact de ces mesures a été particulièrement remarquable
chez les femmes monoparentales, plus touchées par la
UNE RÉALITÉ DIFFICILE À MESURER
Dans une
de ses vieilles chansons, Plume Latraverse y va de sa
définition de la pauvreté. « Les pauvres, ont pas
d’argent, chante-t-il sur un air de blues. Les pauvres,
sont malades tout l’temps. Les pauvres savent pas
s’organiser. Sont toujours cassés ».
La réalité, bien sûr, est plus complexe. Peu de gens le
savent, mais la pauvreté, ça n’existe pas au Canada.
Officiellement, du moins. Après avoir essayé de plusieurs
façons de définir cet état, Statistique Canada y a renoncé
pour cause de complexité et de sensibilité politique.
Avec 25 000$ par année, une famille de quatre personnes
peut vivre assez bien à la campagne, mais être très pauvre
en ville où le logement, notamment, est beaucoup plus
cher.
Cette même famille, avec le même revenu, peut aussi être
plus ou moins pauvre selon la province qu’elle habite,
parce que le coût de la vie n’est pas le même en Alberta
qu’à Terre-Neuve. D’où la difficulté de définir la
pauvreté d’une façon simple.
Ce qui tient lieu de définition, ce sont les seuils de
faible revenu (SFR) conçus par Statistique Canada. Ils
établissent un revenu minimum nécessaire pour se loger,
s’alimenter et s’habiller.
Si on gagne moins que ce revenu minimum, on peut être
considéré comme pauvre. Le revenu minimum varie selon le
nombre de personnes et la taille de l’agglomération
habitée.
Autres
mesures
Même s’ils sont largement utilisés, les seuils de faible
revenu ont leurs limites et leurs détracteurs. Le calcul à
la base de l’indice établi par Statistique Canada, par
exemple, date de 1992. Autre problème : le coût du
logement qui sert au calcul pour les grandes villes est
une moyenne du coût à Vancouver, à Toronto et Montréal, ce
qui désavantage le Québec, où le coût du logement est plus
bas.
Le Centre d’étude sur la pauvreté et l’exclusion a suggéré
d’adopter la mesure du panier de consommation (MPC) qui,
estime-t-il, définit la pauvreté avec plus de précision.
Contrairement aux seuils de faible revenu, la mesure du
panier de consommation reconnaît par exemple que les
familles qui vivent à la campagne ont besoin d’une voiture
et que celles qui vivent en ville doivent consacrer une
partie de leur revenu au transport en commun.
Ni l es seui l s de f a i ble revenu ni la mesure du
panier de consommation ne permettent la comparaison avec
d’autres pays. C’est pourquoi la mesure du faible revenu
est aussi utilisée. La mesure du faible revenu est une
variante de la définition de Statistique Canada, mais
c’est la méthode la plus répandue ailleurs dans le monde,
ce qui permet les comparaisons internationales.
La définition de la pauvreté peut varier beaucoup, mais
entre 1996 et 2006, le nombre de pauvres a diminué au
Canada selon les trois méthodes de calcul les plus souvent
utilisées.
LES INÉGALITÉS SOCIALES AUGMENTENT - Hélène Baril
La
baisse
marquée de la pauvreté masque une autre réalité, pourtant
évidente. L’écart entre les plus riches et les plus pauvres
s’est accru au cours des 10 dernières années, et on n’a pas
besoin de statistiques pour le constater autour de nous.
Contrairement au niveau de pauvreté,
une réalité complexe et difficile à définir, les inégalités
sociales se mesurent à l’aide d’une méthode largement
utilisée un peu partout dans le monde, le coefficient de
Gini. Cette mesure varie entre 0 pour les sociétés dans
lesquelles les inégalités n’existent pas, jusqu’à 1, pour
celles dans lesquelles les inégalités sont le plus
prononcées.
Selon une étude de l’Organisation de
coopération et de développement économique (OCDE) publiée
l’an dernier, le fossé entre les riches et les pauvres s’est
élargi au cours des deux dernières décennies dans la plupart
des pays industrialisés, dont le Canada, les États-Unis et
l’Allemagne.
L’étude de l’OCDE indique que les
inégalités sont généralement plus élevées dans les pays
anglo-saxons et moins élevées dans les pays scandinaves et
en Europe de l’Ouest.
En
utilisant
des données similaires, Pierre Fortin a établi que le Canada
est un pays plus égalitaire que les États-Unis ou la
Grande-Bretagne, mais moins que la France et l’Allemagne.
Fait à souligner, l’économiste a
calculé que les inégalités telles que mesurées par le
coefficient de Gini sont moins prononcées au Québec
qu’ailleurs au Canada. Le fossé entre les riches et les
pauvres s’est creusé comme ailleurs au cours des dernières
années, mais de façon moins marquée.
Le fait que le fossé entre les riches
et les pauvres soit un peu moins grand au Québec s’explique,
entre autres, par nos taux d’imposition plus progressifs.
L’inégalité et la pauvreté sont deux
phénomènes différents, mais un niveau élevé d’inégalités va
généralement de pair avec un niveau élevé de pauvreté,
explique Pierre Fortin. Moins pauvre, moins inégalitaire, le
Québec supporte bien la comparaison avec les autres, a
constaté l’économiste.
Il y a 400 000 pauvres de moins qu’il
y a 10 ans au Québec. Mais il reste encore un peu plus de
800 000 personnes qui n’ont pas un revenu suffisant pour
subvenir à leurs besoins.
Le Guatemala crie famine
GUATEMALA — Le
président du Guatemala, Alvaro Colom, a décrété l’état de «
calamité publique » pour lutter contre la famine qui a fait
plus de 460 morts depuis le début de l’année dans ce pays
d’Amérique centrale, confronté à une sécheresse prolongée.
« Cela va nous permettre d’avoir accès aux ressources de la
coopération internationale et de mobiliser des ressources
budgétaires avec plus de facilité », a déclaré le dirigeant
social-démocrate au cours d’une allocution radiotélévisée
mardi soir.
Selon une
étude du ministère de la Santé, citée par le quotidien El
Periodico, 462 personnes, dont 54 enfants, sont mortes de faim
depuis le début de l’année au Guatemala.
La famine s’est accentuée en raison des destructions de
cultures de maïs et de haricots, aliments de base de la
population.
L’échec de l’aide internationale -
Marcel Boyer
Les régions et
les pays sous-développés ont besoin de personnes bien
intentionnées seulement si ces personnes sont avant tout
compétentes.
L’auteur est professeur émérite de sciences économiques à
l’Université de Montréal et fellow du CIRANO. L’éditorial de
Mario Roy ( La Presse, 10 juillet) et l’intervention du
président Obama au Ghana nous rappellent que tout individu
bien intentionné, compatissant et rempli de bonne volonté
voudrait définir un Grand Plan d’aide étrangère.
Malheureusement, ces grands plans finissent trop souvent par
être tributaires de deux caractéristiques principales.
D’abord, ils placent immanquablement au devant de la scène un
lot de politiciens, journalistes vedettes, stars de cinéma,
chanteurs et artistes pop. Deuxièmement, une fois la « langue
de bois » percée et dégonflée, ces plans, sous le contrôle de
bureaucrates fortement contraints par les politiques
nationales exigeant que les ressortissants du pays donateur
obtiennent d’importants bénéfices, généreront peu de résultats
bénéfiques pour les populations visées.
La principale raison de ces échecs répétés ne tient pas au
manque de fonds ou de ressources, mais plutôt à l’absence de
mécanismes rigoureux de responsabilisation, d’incitations à la
performance et de contraintes de bonne gouvernance.
L’économiste William Easterly a mont ré qu’après 50 ans et
près de 2500 milliards de dollars US d’aide étrangère, dont
près de 1000 milliards en Afrique subsaharienne, « il y a
scandaleusement très peu à montrer en contrepartie ».
Il est urgent d’adopter une nouvelle approche fondée sur deux
prémisses importantes. D’abord, la définition d’objectifs
clairs, responsabilité première du secteur gouvernemental
(pays donateurs, Banque mondiale, Fonds monétaire
international), complétée par un processus d’implantation
fondé sur des mécanismes concurrentiels et mené par des
organisations sous contrats incitatifs mettant largement
l’accent sur la performance et les résultats.
Ensuite, cette implantation doit nécessairement compter dans
les pays récipiendaires sur une gouvernance adéquate basée sur
la responsabilité publique, le de fonctionner sous des
contrats fortement incitatifs. C’est le seul moyen de faire
plus que de manifester un intérêt superficiel et un hommage du
bout des lèvres aux objectifs du développement et de l’aide
internationale.
Comme dans
tous les secteurs de l’activité humaine, les régions respect
des droits humains fondamentaux, la liberté économique et les
droits de propriété.
Les meilleures ressources
Ainsi, le plus important facteur de réussite en développement
consiste à faire appel aux meilleures ressources humaines et
technologiques par le truchement d’entreprises et
d’organisations compétentes capables et les pays
sous-développés ont besoin de personnes bien intentionnées
seulement si ces personnes sont avant tout compétentes,
c’est-à-dire seulement si elles peuvent montrer et prouver
leurs compétences dans un environnement concurrentiel, ouvert,
transparent et responsabilisant.
À défaut d’une telle approche, le sous-développement se
perpétue et apparaît lui-même comme l’état normal. Il devient
alors très difficile de changer le système, chacune de ses
parties défectueuses apparaissant essentielle par sa forte
interaction avec les autres parties défectueuses.
L’inefficience totale et omniprésente est une caractéristique
inhérente au système des Grands Plans, fondamentalement
hostiles à la concurrence, à la modularité et à
l’expérimentation.
La présence de groupes de pression bien informés, tirant
profit du système défectueux aux dépens des citoyens, aggrave
la situation, car ils peuvent bloquer les changements menant à
un système ouvert, transparent, concurrentiel, centré sur les
citoyens et fondé sur des processus de marché favorisant la
responsabilisation. Nous sommes alors laissés sans autre choix
que de verser toujours plus d’argent, de ressources et de
capital dans des systèmes et approches inefficaces.
Coup d’oeil sur la détresse africaine
- Claude Picher
Tous les yeux
sont tournés aujourd’hui vers le Ghana, où le président
américain Barack Obama doit prononcer une allocution que
certains qualifient d’avance d’« historique ». L’Afrique compte
54 pays. Six d’entre eux, en Afrique du Nord, font
géographiquement partie du continent africain, mais forment un
ensemble géopolitique distinct, rattaché au monde
arabo-musulman. C’est clairement aux 48 autres pays, à l’Afrique
subsaharienne, que s’adresse le président Obama.
Sur le plan économique, c’est une région en plein désarroi.
Voici quelques
chiffres qui permettent de mieux saisir l’ampleur de la
détresse africaine :
• Aux taux de change courants, les 48 pays de la région ont un
produit intérieur brut (PIB) combiné de 943 milliards( ou 1280
dollars par habitant. En réalité, ce montant ne reflète qu’une
partie de la réalité, puisqu’il inclut l’Afrique du Sud, qui
abrite seulement 7% de la population de la région, mais compte
à elle seule pour 30% du PIB. Dans les 47 autres pays, le PIB
par habitant tombe en moyenne à 960 dollars.
• Le montant de 943 milliards peut sembler énorme. Pourtant,
il représente l’équivalent, à quelques poussières près, du PIB
de la Corée du Sud, 15 fois moins peuplée et 325 fois moins
étendue. Les comparaisons avec les pays riches donnent le
vertige. La taille économique des 48 pays d’Afrique noire
réunis est trois fois inférieure à celle de la France, 15 fois
inférieure à celle des ÉtatsUnis. À elle seule, l’économie du
Texas est plus importante que l’économie africaine.
• La région
est, de loin, la plus pauvre de la terre. Sur les 28 pays les
plus pauvres de la planète, 24 sont situés en Afrique. La
République d’Haïti est, de loin, le pays le plus pauvre de
l’hémisphère occidental. Or, si Haïti était un pays africain,
il ne ferait pas si mauvaise figure au palmarès. Le Ghana, le
Lesotho, le Mali, le Burkina, la Tanzanie, la Gambie, le
Mozambique, le Rwanda, la Centrafrique, Madagascar, l’Ouganda,
la Guinée, le Togo, le Niger, le Sierra Leone, l’Éthiopie, le
Malawi, l’Érythrée, la Somalie, la Guinée-Bissau, le Liberia,
le Congo (RDC) et le Burundi sont tous des pays africains plus
pauvres que Haïti. En tout, cela fait 415 millions de
personnes qui vivent avec moins de deux dollars par jour. Ce
chiffre est calculé aux taux de change courants. Même si on
l’ajuste pour tenir compte du pouvoir d’achat des monnaies
locales, cela ne donne que 4,47 dollars par jour.
• Le continent le plus pauvre continue de s’appauvrir. En
1960, à l’aube de la décolonisation, le PIB régional
représentait 2,6 % du PIB mondial ; aujourd’hui, la proportion
n’est plus que de 1,6 %. Pendant ce temps, l’Afrique noire a
connu une forte croissance démographique. Elle comptait pour
8,8 % de la population mondiale en 1960, contre 11,4 %
aujourd’hui. Cela signifie de plus en plus de monde pour se
partager de moins en moins de richesse.
• Justement, parlons-en, de partage. Rares sont les endroits
où la richesse est aussi inégalement répartie. Le décile
supérieur, c’est-à-dire la tranche de 10 % de la population la
plus riche, empoche à elle seule 50 % des revenus. Je me
souviens, lors d’un voyage en Afrique il y a quelques années,
avoir été estomaqué par le luxe de certaines demeures ( je
devrais dire palais) au milieu d’une mer de misère humaine. La
corruption est rampante. En Somalie, un des pays les plus
pauvres et les plus désorganisés du continent, le ministre de
la Justice a été pincé, il y a quelques mois, en essayant de
détourner 800 000 dollars à son profit. Le plus odieux, c’est
que cet argent provenait d’un programme d’aide internationale
des Nations unies. Cet exemple est loin d’être unique.
Certes, depuis quelques années, on observe quelques pôles de
croissance ici et là, mais dans l’ensemble, l’Afrique demeure
pour l’instant un naufrage économique. On peut blâmer les
énormes erreurs de jugement de certains gouvernements
africains, les guerres, les coups d’État, les génocides,
l’instabilité chronique, les épidémies, les sécheresses, les
dictateurs fous, la corruption, l’ignoble protectionnisme
agricole des pays riches (européens, surtout) qui étouffe
l’agriculture africaine, les ratés de l’aide internationale.
Mais les chiffres parlent d’eux-mêmes. De nombreux pays, en
Asie, en Amérique latine, émergent rapidement de la pauvreté.
En 2009, cette prospérité nouvelle échappe encore largement
aux Africains. ( 1) Tous les montants, dans cette chronique,
sont exprimés en dollars américains.
Les leçons du frère américain -
Richard Hétu
Depuis hier
soir, le Ghana a l’honneur d’être le premier pays de l’Afrique
noire à accueillir le premier président afro-américain des
États-Unis. Barack Obama profitera de sa brève visite dans ce
pays modèle pour prêcher la bonne gouvernance et visiter un
C’est le message d’un frère sympathique mais exigeant que
livrera aujourd’hui Barack Obama à Accra, capitale du Ghana,
où il effectue un séjour bref mais hautement symbolique.
Pourquoi le Ghana ?
PHOTOPETE SOUZA, ARCHIVES
BLOOMBERG
Barack Obama en visite au Kenya, la
patrie de son père, alors qu’il était encore sénateur de
l’Illinois, en août 2006. Le président américain a justifié
son choix de se rendre au Ghana plutôt qu’au Kenya pour sa
première visite comme chef d’État en Afrique subsaharienne
en faisant valoir que le Ghana était un exemple de stabilité
et de bonne gouvernance dans un continent où l’instabilité
et la corruption ne représentent pas l’exception.
COLLABORATION SPÉCIALE
—À la veille de sa première visite en Afrique, à l’âge de 26
ans, Barack Obama se trouvait, de son propre aveu, dans une
position inconfortable: « Un Occidental pas tout à fait chez
lui à l’ouest, un Africain se rendant dans un pays rempli
d’étrangers », comme il l’écrivait dans son premier livre, Les
rêves de mon père.
Vingt-deux ans plus tard, l’Occidental pas tout à fait chez
lui à l’ouest occupe la présidence des États-Unis, le plus
puissant pays dumonde. Et l’Africain n’est plus en territoire
inconnu sur le continent noir. « Vous êtes mes frères et mes
soeurs », déclarait-il en août 2006 au moment de son troisième
voyage au Kenya, où il avait reçu un accueil triomphal en sa
qualité de sénateur de l’Illinois.
Et c’est le message d’un frère sympathique mais exigeant que
livrera aujourd’hui Barack Obama à Accra, capitale du Ghana,
où il effectue depuis hier soir un séjour bref – il rentrera à
Washington en fin de journée – mais hautement symbolique. Son
discours devant le parlement ghanéen, au cours duquel il
insistera sur la bonne gouvernance, constituera le point fort
d’une visite qui sera assortie d’un volet touristique
émouvant.
Accompagné de sa femme, le président américain doit en effet
visiter le fort esclavagiste de Cape Coast, à deux heures de
route d’Accra, d’où sont partis beaucoup d’esclaves noirs pour
le « voyage sans retour » vers l’Amérique. Un voyage auquel
ont été forcés les ancêtres de la première dame des
États-Unis.
Mais pourquoi Barack Obama a-t-il choisi d’effectuer sa
première visite comme chef d’État en Afrique subsaharienne au
Ghana plutôt qu’au Kenya, la patrie de son père, ou au
Nigeria, le pays le plus populeux du continent ?
Le président
américain a justifié son choix en faisant valoir que le Ghana
était un exemple de stabilité et de bonne gouvernance dans un
continent où l’instabilité et la corruption ne représentent
pas l’exception. Ce pays d’Afrique de l’Ouest a connu deux
changements de régime par la voie d’élections libres et
équitables dont les dernières, tenues en décembre, ont permis
au candidat de l’opposition, John Atta-Mills, de remporter de
justesse l’élection présidentielle.
« Je pense que le nouveau chef de l’État, le président Mills,
a démontré son engagement envers l’État de droit, un
engagement de nature démocratique qui garantit la stabilité du
pays », a déclaré Barack Obama dans une interview à
AllAfrica.com diffusée mardi. « Et à mon avis, la gouvernance
et la prospérité sont directement liés. Les pays bien
gouvernés, stables, dont les dirigeants reconnaissent qu’ils
doivent rendre des comptes à la population et que les
institutions sont plus fortes qu’une personnalité, quelle
qu’elle soit, sont généralement ceux qui produisent des
résultats pour les populations. Et nous voulons appuyer ce
message. »
Le gouvernement du Kenya, aux antipodes de celui du Ghana, est
né de la crise postélectorale qui a ensanglanté le pays l’an
dernier. Le Nigeria, de son côté, a tenu en 2007 des élections
également violentes et jugées frauduleuses par plusieurs pays,
dont les États-Unis.
En entrevue comme en conférence de presse hier, le président
américain a par ailleurs refusé de chercher dans l’héritage du
colonialisme des excuses aux problèmes actuels de l’Afrique.
« Je pense connaître l’histoire de l’Afrique aussi bien que
ceux qui m’ont précédé dans ces fonctions, a-t-il dit à
AllAfrica. com. Et je peux vous expliquer en long et en large
pourquoi les cartes coloniales qui ont été dressées ont
contribué à déclencher des conflits, et vous parler des termes
défavorables des échanges commerciaux de l’époque qui a suivi
le colonialisme.
« Et pourtant, la réalité, c’est que nous sommes en 2009.
L’Occident et les États-Unis ne sont pas responsables de la
situation économique du Zimbabwe des 15 à 20 dernières années.
Ils ne sont pas non plus responsables de certaines politiques
désastreuses que nous avons pu voir à l’oeuvre ailleurs en
Afrique. Et je crois qu’il est très important que les
dirigeants africains assument leurs responsabilités et soient
obligés de rendre des comptes. Et je pense que les populations
africaines le comprennent. »
La bonne gouvernance n’est sans doute pas la seule raison qui
a poussé Barack Obama à opter pour le Ghana, pays également
visité au cours des dernières années par Bill Clinton (1998)
et George W. Bush (2008).
Le
Ghana a découvert d’importants gisements de pétrole et de gaz
dans le Bassin de Tano au cours des deux dernières années. Le
pays a un besoin urgent d’investissements directs pour
l’exploitation commerciale de ces ressources.
Une compréhension « personnelle » de la pauvreté
Même s’il n’a
pas choisi le Kenya pour son retour symbolique en terre
d’Afrique, Barack Obama a beaucoup parlé de la patrie de son
père au cours des derniers jours pour étayer ses positions
vis-à-vis du continent.
« J’ai des membres de ma famille qui vivent encore aujourd’hui
dans des villages où la faim est une réalité. C’est donc quelque
chose que je peux comprendre à un niveau personnel », a déclaré
le président américain hier pendant une conférence de presse en
Italie, où il commentait l’engagement des pays du G8 à mobiliser
20 milliards de dollars sur trois ans pour lutter contre la faim
dans le monde.
Barack Obama a
également fait allusion à son père en établissant un parallèle
entre le Kenya et la Corée du Sud.
« Lorsque mon père a quitté le Kenya pour les États-Unis, au
début des années 60, les PIB du Kenya et de la Corée du Sud
n’étaient pas équivalents – celui du Kenya était en fait plus
élevé. Que s’est-il passé en 50 ans? » s’est-il interrogé, avant
de déplorer le « manque de transparence » des gouvernements
kényans.
Obama en Afrique - Mario Roy
Barack Obama
débarque en Afrique, aujourd’hui, dernier segment hautement
symbolique d’un séjour à l’étranger amorcé en début de
semaine. Il y prononcera au Ghana, demain, une allocution
destinée à la population du continent. C’est un discours que
l’on estime devoir être aussi substantiel et important que
celui donné au Caire, en juin, à l’intention du monde
musulman.
Fils d’un père kényan, époux d’une descendante d’esclaves, le
président des États-Unis saurat-il jeter un regard neuf sur
l’Afrique ? Sur cette terre qui a désespérément besoin qu’on
aborde d’un angle nouveau les problèmes qui la grugent?
Les signaux qu’Obama a récemment envoyés à ce sujet (notamment
dans une entrevue à AllAfrica.com) ne permettent pas de le
dire. Il n’y a pas fondamentalement remis en question les
formes d’aide existant depuis un demi-siècle, constatant
simplement que la bonne gouvernance et
l’auto-responsabilisation sont des pré-requis à tout progrès.
Sans doute est-ce vrai. Mais c’est peu.
La réalité est que l’aide au développement consentie à
l’Afrique depuis un demi-siècle a lamentablement échoué. Et
que les pays riches ne font que s’enfoncer dans ce cul-de-sac,
motivés à la fois par la culpabilité, par l’intérêt et par
l’humanisme « glamour ». En Occident, en effet,
l’incontestable autorité en matière de développement africain
semble être... Bono, le chanteur de U2!
« Le discours public (sur l’Afrique) est devenu une disco
publique... et on ne se bat pas contre une guitare électrique!
» ironise une économiste zambienne, Dambisa Moyo. Elle est
l’auteure du percutant ouvrage Dead Aid ( L’aide est morte:
Pourquoi l’aide ne fonctionne pas et comment faire mieux pour
l’Afrique, non disponible en français).
Appelons la « thèse Bono » celle qui enjoint les pays du Nord
de doubler ou même de tripler l’aide au développement
consentie à l’Afrique. C’est un plaidoyer moralement
confortable pour ceux qui sont lovés dans l’opulence des pays
riches. Mais ça ne marchera pas.
À ce jour,
1000 milliards de dollars ont été transférés à l’Afrique. Or,
entre 1970 et 1998, période au cours de laquelle cette manne a
été la plus considérable, le taux de pauvreté sur le continent
est passé de 11 à 66%! En 1960, le Kenya était plus prospère
que la Corée du Sud; le premier est misérable aujourd’hui
alors que la seconde est riche, a luimême remarqué Barack
Obama.
« L’aspect le plus déprimant de ce fiasco, c’est que les
donneurs, les décideurs, les gouvernements, les intellectuels,
les économistes et les spécialistes du développement savent,
au fond de leur coeur, que l’aide ne fonctionne pas. ( L’un
d’eux) remarque: tout le monde sait que c’est de la m..., mais
ça fait vendre des T-shirts ! » rapporte Dambisa Moyo.
Dans Dead Aid, elle soutient non seulement que l’aide...
n’aide pas. Mais elle nuit, alimentant la corruption, les
conflits, l’inefficacité, la dépendance – pour plus de
détails, voir le blogue de l’édito sur Cyberpresse.
En fait, l’économiste d’origine africaine n’est pas la
première à remettre en question les vieilles façons de faire.
Dans The White Man’s Burden (dont nous avons déjà parlé dans
cette colonne, bientôt disponible en français sous le titre:
Le fardeau de l’homme blanc), l’économiste américain William
Easterly faisait de même. Et l’expatron de CARE Canada, John
Watson, a déjà déclaré: « Nous vivons le naufrage de ces rêves
»...
Obama, donc, saura-t-il y faire ?
Il devra d’abord s’appliquer à corriger les choses chez lui.
Si les États-Unis sont le plus important distributeur d’aide à
l’Afrique, les gigantesques subventions versées aux
agriculteurs américains constituent par contre l’un des freins
importants à l’enrichissement du continent noir.
Au Ghana, demain, il faudra parler de ça aussi.
Le G8 accusé de négliger les pays pauvres
- Marc Thibodeau
« Seul le
Canada a respecté son engagement de doubler son aide (à
l’Afrique), ce qui est tout à son mérite. Tous les autres sont
en retard. »
— Les pays pauvres de l’Afrique font les frais de
l’indifférence des dirigeants du G8, qui accordent plus
d’attention à des mises en scène médiatiques liées au
tremblement de terre de L’Aquila qu’à la nécessité de
respecter leurs engagements en matière d’aide, accuse Oxfam.
PHOTO MAX ROSSI, REUTERS
Des militants de l’organisation Oxfam
portant des masques géants à l’effigie des chefs d’État et
de gouvernement des pays du G8 se sont attaqués à un faux
festin de spaghettis, hier, à Rome. Ils voulaient ainsi
attirer l’attention sur la question de l’aide au
développement, qu’ils estiment avoir été négligée lors de ce
sommet.
« Je suis consterné de voir le peu d’attention accordé à la
question de l’aide au développement », a déclaré hier en
entrevue à L’Aquila le directeur exécutif de la section
canadienne de l’organisation, Robert Fox.
Le meilleur exemple de cette « indifférence », a-t-il dit, est
que les dirigeants du G8 ont réservé une brève période
matinale au dernier jour du sommet à une rencontre avec une
dizaine de chefs d’État africains invités aux délibérations.
M. Fox déplore que la plupart des dirigeants des principaux
pays industrialisés n’aient toujours pas respecté les
engagements pris envers ce continent lors du sommet «
historique » de Gleneagles, en 2005.
Les membres du G8 avaient alors promis de doubler la somme
d’aide annuelle versée à l’Afrique pour atteindre 50 milliards
par année en 2010, mais ils sont en retard de près de 15
milliards de dollars sur cet objectif, selon Oxfam.
« Seul le
Canada a respecté son engagement de doubler son aide durant
cette période, ce qui est tout à son mérite. Tous les autres
sont en retard », a dit M. Fox.
Dans une déclaration commune diffusée mercredi, les pays du G8
ont réitéré leur engagement de respecter les promesses faites
à Gleneagles malgré l’impact « sévère » de la récession sur
leur économie. Le texte n’aborde pas les retards encourus.
Les chefs d’État insistent sur le fait qu’il est important «
d’agir maintenant pour empêcher la crise économique de se
transformer dans les pays pauvres en une grave crise sociale
».
Nombre des pays les plus pauvres, confrontés à une baisse
marquée de leurs revenus, ont sabré profondément les dépenses
sociales « critiques » pour le bienêtre de la population,
notent les membres du G8.
En plus de réitérer les cibles de 2004, ils ont confirmé hier
le lancement d’un plan de 15 milliards de dollars sur trois
ans pour soutenir la production agricole dans les pays
pauvres. Selon Oxfam, la majorité de cette somme provient des
budgets d’aide existants des pays participants.
Le Canada entend réserver 600 millions de dollars de plus par
année à cette fin. Le porte-parole du premier ministre Stephen
Harper, Dimitri Soudas, a précisé que cet argent serait alloué
à même le budget existant.
Des truffes avant de discuter de la faim dans le monde
Les leaders
des pays du G8 ont dégusté hier un menu gastronomique à cinq
plats faisant la part belle à la cuisine du pays hôte,
l’Italie, avant de se pencher, aujourd’hui, sur la
problématique de la sécurité alimentaire dans le monde.
Le menu
établi par le chef italien Michele Persechini pour les hôtes
du sommet de L’Aquila proposait en entrée une salade tiède de
tomates accompagnées de fromage. Ont suivi des macaronis frais
à la sauce à la viande, de l’agneau et des truffes d’été
accompagnées d’aubergines, de haricots verts et de pommes de
terre rôties, et du fromage. Le dessert consistait en une
pizza sucrée aux amandes. Six vins ont été proposés aux
convives.
Promesses non tenues en matière d’aide au
développement Harper sermonne les autres pays du G8 - Marc
Thibodeau
— Les pays du
G8 qui n’ont toujours pas respecté les promesses d’aide au
développement faites à l’Afrique lors du sommet « historique »
de Gleneagles, en 2005, compromettent la « crédibilité » de
l’organisation, soutient le premier ministre canadien Stephen
Harper.
Des
militants de l’organisation environnementale Greenpeace ont
peint, hier, le message « G8 Failed » (« Le G8 a échoué »)
sur la coque d’un navire sud-africain transportant du
charbon amarré à Civitavecchia, près de Rome. Ils demandent
aux dirigeants des pays les plus industrialisés de
réellement prendre la tête de la lutte contre les
changements climatiques, estimant que la déclaration du G8
sur le climat est « insuffisante et décevante ».
« Àtitre demembres duG8, nous prenons des engagements et nous
ne les respectons pas. Ça mine la crédibilité de notre
processus », at-il souligné hier lors d’une conférence de
presse tenue à l’issue du sommet de L’Aquila, en Italie.
Le Canada est l’un des seuls pays du G8 à s’être conformé à
l’engagement pris il y a cinq ans d’augmenter de 25 milliards
l’aide annuelle totale versée à l’Afrique pour 2010.
M. Harper a souligné, sans désigner de pays en particulier,
que les États qui tardent à verser l’aide promise allaient «
sentir de plus en plus de pression » à mesure qu’approche
l’échéance de l’année prochaine.
Plusieurs pays sont loin de la cible prévue, incluant
l’Italie, qui a décidé de sabrer dans son aide plutôt que de
l’augmenter comme prévu. La France est aussi montrée du doigt
par les organisations humanitaires pour son retard.
M. Harper a indiqué que les dirigeants de pays en défaut
n’avaient pas avancé d’explication lors des séances de travail
à L’Aquila.
L’enjeu est
majeur, selon le premier ministre, puisque une aide accrue est
requise rapidement pour faire reculer le nombre de personnes
souffrant de malnutrition, en forte hausse en raison de la
crise. « Des millions d’enfants vont mourir cette année parce
qu’ils n’ont pas assez à manger », a-t-il précisé.
Les ONG de la coa l it ion Abolissons la
pauvreté saluent le fait que le Canada a atteint son
objectif, mais insistent sur la nature relativement «
modeste » de l’objectif poursuivi par rapport aux efforts
d’autres pays.
Ces organisations pressent depuis des années Ottawa
d’augmenter l’aide au développement pour atteindre le seuil de
0,7% du PIB préconisé par les Nations Unies. M. Harper n’a pas
mis de l’avant de nouveaux engagements à ce sujet hier.
Le gouvernement canadien souhaite que le G8 adopte un
mécanisme de reddition de comptes plus contraignant pour faire
un meilleur suivi des promesses annoncées lors des sommets.
L’aide aux pays pauvres était hier à l’agenda du sommet du G8,
qui s’est conclu par une majoration du plan d’aide annoncée
plus tôt cette semaine pour soutenir la production agricole
dans les pays pauvres.
Le budget total du plan, financé largement à même des
enveloppes budgétaires existantes, a été porté de 15 à 20
milliards de dollars, a déclaré le président américain Barack
Obama.
« Nous croyons que le but de l’aide doit être de créer des
conditions permettant de faire en sorte que l’aide ne soit
plus requise », a-t-il précisé.
Le Canada concrétise son engagement de 10
milliards US au FMI
WASHINGTON —
Le Fonds monétaire international (FMI) a annoncé hier avoir
signé avec le Canada l’accord confirmant la promesse faite en
avril par Ottawa de lui accorder une aide d’urgence de 10
milliards US.
PHOTO SAUL LOEB, AGENCE
FRANCE-PRESSE
Le président de la République
française, Nicolas Sarkozy, et le président des États-Unis,
Barack Obama, ont fait plus ample connaissance, hier, dans
la salle de conférence de L’Aquila, où se tient le sommet du
G8.
« La signature de cet accord signifie que le Fonds peut
désormais ajouter ces ressources » supplémentaires à celles
déjà fournies par le Japon et la Norvège, écrit le FMI dans un
communiqué.
Ces
financements nouveaux permettent au FMI d’apporter à ses
membres « une assistance efficace en temps utile » dans la
crise actuelle, ajoute le texte.
Le Japon a accordé en février un financement complémentaire
d’urgence de 100 milliards US au FMI. La Norvège a concrétisé
début juillet sa promesse faite fin mars d’apporter 4,5
milliards US au Fonds.
Début avril, le G20, forum réunissant les principaux pays
avancés et émergents (et auquel appartiennent le Japon et le
Canada), s’est engagé à tripler les ressources du FMI en lui
apportant 500 milliards US dans le cadre des « nouveaux
accords d’emprunt » ( NAE) étendant les lignes de crédit dont
dispose le Fonds auprès de ses principaux contributeurs.
L’ex-président Bill Clinton confronté à la dure
réalité d’un pays sinistré
En visite en
Haïti
à titre d’envoyé spécial de l’ONU
— Les pieds dans la boue, le visage en sueur sous un soleil de
plomb, l’ancien président américain Bill Clinton s’est
confronté cette semaine aux Gonaïves, ville sinistrée du nord
d’Haïti, à la dure réalité d’un pays qu’il compte bien aider à
se relever.
PHOTOMARCODORMINO, ASSOCIATED
PRESS
L’ancien président américain Bill
Clinton, que l’on voit ici avec le président haïtien René
Préval, s’est notamment arrêté dans le seul hôpital en
activité aux Gonaïves, où il a fait connaissance avec un
jeune patient.
« Je vais rencontrer des donateurs, c’est important, et je
vais essayer d’accélérer l’aide et de m’assurer qu’elle est
dirigée vers les projets prioritaires pour Haïti », a déclaré
mardi Bill Clinton, récemment nommé envoyé spécial de l’ONU
pour le pays.
« Il sera difficile de travailler au service d’Haïti », a-t-il
toutefois concédé au terme de sa visite, qui l’a également
conduit dans les quartiers pauvres de la capitale,
Port-au-Prince.
« M. Clinton a la responsabilité de coordonner l’aide de la
communauté internationale promise à Haïti. Nous avons besoin
de plus d’unmilliard de dollars », a soutenu le président
haïtien René Préval, qui accompagnait son hôte dans les rues
boueuses des Gonaïves.
« Avec sa popularité, il peut nous aider à faire venir des
investisseurs privés en Haïti », a-t-il ajouté.
Alors qu’il prenait parfois la tête du cortège de
fonctionnaires de l’ONU et des cadres haïtiens qui
l’accompagnaient dans cette ville ravagée par une série de
tempêtes tropicales et d’ouragans meurtriers l’été dernier, M.
Clinton, vêtu d’un jean et d’un t-shirt, a visité les
chantiers en cours.
« Ce qu’i l
faut fai re, c ’est reconstruire de manière sûre afin non
seulement de créer de nombreux emplois, mais aussi de
minimiser les dommages », a-t-il déclaré, après avoir visité
les travaux de curage de la rivière La Quinte, dont les eaux
en crue s’étaient déversées sur la ville.
Les Haïtiens semblent espérer beaucoup de l’ancien président,
à l’image de Jocelyn, 30 ans, qui a suivi le cortège en
brandissant au-dessus de sa tête deux petits drapeaux, un
américain et l’autre haïtien.
« Nous souhaitons que les Américains prennent les choses en
main ici. Nos dirigeants ne font rien et ne se soucient pas de
nous », a-t-il dénoncé avant de crier : « We love you
president Clinton! »
Sur son passage, des centaines d’Haïtiens ont applaudi M.
Clinton pour sa première visite en tant qu’envoyé spécial de
l’ONU et lui ont tendu des affiches qui réclamaient du «
travail », de « l’eau potable » et des soins.
« Nous venons ici pour déterminer vos besoins et travailler
avec les autorités d’Haïti dans le but de les assouvir », a
affirmé M. Clinton après avoir visité le seul hôpital des
Gonaïves, installé dans un hangar depuis le passage des
ouragans l’été dernier.
« Maintenant, je vais rentrer aux États-Unis et memettre au
travail », a déclaré M. Clinton en conclusion de sa visite qui
s’achevait hier, promettant de revenir bientôt.
Le monde compte plus d’un milliard de personnes
affamées
« historique »
« Un monde affamé est un monde dangereux parce que la faim
mène aux émeutes, à l’immigration ou à la mort. »
ROME — Le monde a franchi en 2009 le cap « historique » du
milliard de personnes sous-alimentées en raison de la crise
économique, a annoncé hier à Rome l’Organisation de l’ONU pour
l’alimentation et l’agriculture (FAO).
« C’estavecungrandregret queje dois annoncer que nous avons
plus de victimes de la faim aujourd’hui que jamais auparavant
dans l’histoire de l’humanité », a déclaré à la presse Jacques
Diouf, directeur général de la FAOen présentant un rapport de
l’organisation.
« Un sixième de l’humanité est victime de sous-alimentation,
comme jamais auparavant », écrit la FAO dans ce rapport
préliminaire consacré à l’insécurité alimentaire.
Un système alimentaire fragile
« Un milliard 20 millions de personnes souffrent de la faim
comme conséquence d’un mélange dangereux entre la crise
économique et les prix alimentaires élevés », a expliqué M.
Diouf.
Il a déploré
cette « combinaison dévastatrice pour les populations les plus
vulnérables » qui a révélé « la fragilité du système
alimentaire ».
La FAO souligne dans son rapport que la situation actuelle «
n’est pas le résultat de mauvaises récoltes au niveau mondial
», mais est due à « la crise économique mondiale qui a
provoqué une baisse des revenus et des pertes d’emplois ».
En 20 09, « compte tenu essentiel lement des chocs de la crise
économique et des prix souvent élevés des denrées alimentaires
sur le plan national, le nombre des victimes de la faim
devrait augmenter globalement d’environ 11% », selon les
projections de la FAO qui s’appuient sur une étude du Service
de recherche économique du département américain de
l’Agriculture.
Une priorité
« Un monde affamé est un monde dangereux », a déclaré pour sa
part Josette Sheeran, directrice du Programme alimentaire
mondial des Nations unies ( PAM), rappelant que la faim mène «
aux émeutes, à l’immigration ou à la mort ».
« Nourrir la population doit devenir la principale priorité »,
a-t-elle ajouté, dénonçant « le triste cap historique » que
l’humanité a franchi.
RAPPORT ANNUEL
D’AMNISTIE INTERNATIONALE - « Une poudrière d’inégalités »
— La récession économique a entraîné une « crise des
droits de l’homme » qui a placé le monde « sur une poudrière
d’inégalités, d’injustice et d’insécurité sur le point
d’exploser », estime Amnistie internationale dans son rapport
annuel publié aujourd’hui.
PHOTO ZOHRA BENSEMRA, REUTERS
Dans son rapport annuel, Amnistie
dresse un sombre bilan des violations des droits humains
dans le monde, aggravées par la crise économique, et appelle
les dirigeants, notamment ceux du G20, à « investir dans les
droits humains avec autant de détermination que dans la
croissance économique ».
Dans ce document de plus de 400 pages, Amnistie dresse un
sombre bilan des violations des droits humains dans le monde,
aggravées par la crise économique, et appelle les dirigeants,
notamment ceux du G20, à « investir dans les droits humains
avec autant de détermination que dans la croissance économique
».
« De fait, nous sommes assis sur une poudrière d’inégalités,
d’injustice et d’insécurité qui est sur le point d’exploser »,
écrit dans le préambule Irene Khan, la secrétaire générale de
l’organisation, dont le siège est à Londres.
« Ce n’est
pas simplement une crise économique, c’est une crise des
droits humains », a-t-elle expliqué dans une interview. « Il y
a des problèmes sociaux, politiques et économiques qui ont été
aggravés par la crise économique, c’est comme une bombe à
retardement ».
« Ces dernières années, on a vu que les questions de sécurité
avaient sapé les droits humains. Aujourd’hui, avec la crise
économique, ces droits se retrouvent mis en veilleuse »,
déplore Mme Khan.
En Afrique, la crise alimentaire a « eu un impact
disproportionné sur les populations vulnérables », note le
rapport. Elle a entraîné sur tout le continent des
manifestations qui ont souvent été durement réprimées,
notamment en Tunisie, au Zimbabwe, au Cameroun ou au
Mozambique.
L’Europe n’est pas épargnée. Amnistie dénonce notamment
l’usage de bombes à sous-munitions et les pillages pendant le
conflit entre la Géorgie et la Russie. « Le déclenchement de
cette guerre a montré que l’idée d’une sécurité définitivement
acquise, dans l’Europe au lendemain de la guerre froide, était
un présupposé fragile », souligne le rapport.
« On craint que les émeutes de la faim ne se
reproduisent »
Au printemps
dernier, les Haïtiens, frappés de plein fouet par la crise
alimentaire, ont déversé leur désespoir dans les rues,
demandant du pain, mais aussi une grande ration de justice
sociale à leur gouvernement. Ces « émeutes de la faim » ont
fait des dizaines de morts. Un an plus tard, où en est le pays
le plus pauvre des Amériques?
Michel
Forst, expert indépendant des Nations unies sur Haïti.
À deux cheveux d’un autre soulèvement populaire, croit Michel
Forst, l’expert indépendant des Nations unies sur la situation
des droits de l’homme en Haïti. Venu présenter à Montréal les
résultats de la mission d’observation qu’il vient tout juste
de terminer, le spécialiste français, mandaté par le
secrétaire-général de l’ONU, a répondu aux questions de La
Presse hier. QUn
an près les émeutes, est-ce que le gouvernement haïtien a
réussi à répondre à certaines des doléances de sa population?
R La réponse est non et c’est la principale conclusion de mes
deux visites en Haïti. Ma crainte est que les émeutes qu’on a
connues en avril 2008 se reproduisent. Il y a une question à
aborder à Haïti (en matière des droits de la personne),
au-delà de la réforme de la police et de la justice et c’est
la question de l’extrême pauvreté et de l’accès aux droits
économiques et socioculturels. Je fais partie de ceux qui
pensent que l’insécurité actuelle est une menace pour Haïti et
on ne parle pas ici seulement de l’insécurité physique, mais
aussi de l’insécurité alimentaire. C’est làdessus qu’il faut
attirer l’attention de la communauté internationale. QVous
estimez que la
réponse de la communauté internationale n’est pas la bonne ? R
La difficulté pour le moment, c’est que la communauté
internationale répond aux besoins de la population haïtienne,
mais on parle peu de droits. La population a besoin d’eau
potable, on creuse des puits. On en est encore au stade où il
faut que le
– Michel Forst, expert indépendant sur la situation des droits
de la personne en Haïti gouvernement reconnaisse que les
droits qui sont garantis dans la Constitution (dont le droit à
l’éducation, aux soins de santé et au logement) peuvent être
revendiqués par la population. Il y a des communautés, en
Haïti, à Jacmel, à Jérémie et à Cap-Haïtien, par exemple, où
on réussit déjà à assurer ces droits. Où il y a des écoles
gratuites, de l’eau potable, des emplois. La difficulté sera
de prendre ces résultats locaux et d’en faire quelque chose de
national. QBill
Clinton vient tout juste d’être nommé envoyé spécial du
secrétaire-général des Nations unies en Haïti. Quel impact
croyezvous que cela aura sur la situation actuelle ? R C’est
quelqu’un qui a une stature internationale. Il sait parler à
la fois aux États et au secteur privé. Il faut aller chercher
du financement pour des projets destinés à la population et
faire revenir les investisseurs en Haïti. Par son charisme et
son carnet d’adresses, Bill Clinton a la possibilité
d’accomplir beaucoup de choses. QVous
notiez dans un rapport publié en mars qu’il y avait certains
signes positifs de diminution de la violence en Haïti,
notammentmoins d’enlèvements. À la lumière de votre dernière
visite, révisez-vous votre position? R Non, il y a des signes
positifs. La sécurité physique s’est améliorée. Mais on ne
peut pas encore se promener en toute quiétude dans les rues de
Cité-Soleil ! Les principaux chefs de gang ont été arrêtés et,
comme partout ailleurs, les chefs arrêtés ont été remplacés
par les sous-chefs. Il y a une lutte entre ces derniers qui
risque de se terminer par une reprise du pouvoir des gangs. La
situation reste très précaire.
Normand Brault : Le « vrai » père
Noël - Annie Richer
Le « vrai » père Noël
On doit
faire confiance au père Noël. S’il a promis d’apporter un
cadeau, il tiendra sa promesse. Normand Brault, fondateur
de l’Opération père Noël, n’a jamais failli à sa parole.
C’est pour lui une question d’honneur et de générosité.
Tout a commencé en 1995 avec une enfant de 7 ans en crise,
une enfant désespérée, en pleurs, placée pour sa
protection dans un centre jeunesse. « Je n’irai pas à la
maison à Noël ! Je ne verrai pas ma petite soeur ! Je
n’aurai pas de cadeau ! » Elle s’est enfin apaisée à la
suite de la promesse que lui a faite Normand Brault
d’intercéder pour elle auprès du vieillard à la barbe
blanche, si elle lui écrivait une lettre.
PHOTO FRANÇOIS ROY, LA
PRESSE
Ainsi a démarré l’Opération père Noël il y a 14 ans. Pour
Normand Brault, qui a entendu l’appel de détresse et lui a
donné suite, c’était le début d’une longue et vaste chaîne
de générosité spontanée. Avec peu de moyens, beaucoup
d’imagination et d’amour et un réseau de personnes
sensibles, Normand Brault a permis à des enfants en
difficulté de rêver. Grâce à ce père Noël engagé, c’est
près de 2000 enfants des centres jeunesse, des enfants de
familles pauvres, qui recevront à Noël le cadeau qu’ils
ont demandé. P ou r ce dévouement i ndéfec tible,
La Presse et Radio-Canada l’ont choisi Personnalité de la
semaine.
Un peu de magie
Il s’agit d’un réseau anonyme de pères Noël. Voici comment
cela fonctionne. Ceux qui travaillent dans le réseau des
centres jeunesse, qui sont en contact avec des familles
démunies dans les CLSC par exemple, qui savent que quelque
part un enfant sera oublié à Noël, proposent à l’enfant
d’écrire au père Noël et de lui fait part de sa demande.
La lettre est acheminée à un lutin d’Opération père Noël
qui la remet à une personne désireuse de jouer le rôle de
père Noël auprès de cet enfant. Cette personne achète le
cadeau, l’emballe, signe une carte au nom du père Noël et
le cadeau est acheminé à l’enfant le jour même de Noël.
« Ce que j’ai découvert avec le temps, au-delà du plaisir
que l’on fait aux enfants, c’est la réaction des adultes,
dit Normand Brault. D’abord, ils sont émus par la lettre
de remerciement de l’enfant, mais ils ont aussi
l’impression de réparer quelque chose dans l’injustice du
monde. Le geste enrichit donc l’un et l’autre. »
Dès le premier Noël, celui où la petite fille a lancé son
cri de désespoir, il y a eu une trentaine d’autres
enfants, bébés, enfants, adolescents, qui ont vu leur rêve
se réaliser. « On ne pouvait pas les abandonner ! J’ai
donc sollicité les gens de ma famille, mes amis, mes
collègues, afin de les mettre à contribution. »
Normand
Brault enseigne à l’Université du Québec à Trois-Rivières
en psychoéducation. Il est coordonnateur au Centre de
formation, responsable des programmes de formation pour
les intervenants, en formation continue. «Heureusement que
j’ai le soutien de mon employeur, dit-il. C’était mon rêve
que l’Opération père Noël s’étende partout au Québec.
C’est chose faite.»
En ces temps difficiles, les besoins augmentent. « C’est
dur à évaluer maintenant, mais je suppose qu’il y aura de
15 à 20% d’augmentation des demandes cette année. Et le
miracle se répète sans cesse, je n’ai jamais manqué de
pères Noël. Dans les lettres que je reçois, il y a ces
demandes insupportables : des mitaines, des bottes, un
manteau d’hiver !»
M. Brault ajoute : « Vous ne croyez pas aux miracles ? En
allant acheter le cadeau d’un enfant, une de mes mères
Noël est tombée par hasard sur une boutique qui offrait
des manteaux à 5 $, car les tailles n’étaient pas
conformes. Elle en a acheté 32 ! »
La tendre carapace
M. Brault poursuit: «Un enfant a écrit au père Noël:
"Viens, je te donnerai des biscuits." Certaines lettres
font preuve d’une maturité qui n’a pas d’affaire là. La
vie a forcé ces petits à être ailleurs, seuls au monde.
Moi, dans mon enfance à Drummondville, j’ai connu des
Noëls magnifiques. Et là je suis en contact avec la chair
à vif!»
Le cadeau que l’enfant reçoit est à la fois un plaisir et
une tristesse. Comment fait-on pour se protéger, pour ne
pas sombrer dans la désespérance? «Je suis un
professionnel de l’intervention. J’ai fait ma vie dans la
souffrance. Il y a des techniques, des moyens pour
protéger sa santé mentale», assure-t-il.
Et puis il y a d’autres larmes qui lui viennent devant la
bonté. Une mère monoparentale : « Donnez-moi une lettre,
je veux contribuer. » Des témoignages, des gestes simples,
toujours anonymes. Sauf que de temps en temps, il faut
bien donner l’exemple. Comme la chanteuse MarieMai, qui a
répondu il y a un an à l’appel de l’un de ses jeunes fans,
atteint d’un cancer au cerveau en phase terminale.
« L a plu s bel le chose pour moi ? Découvrir chaque fois
combien les gens sont bons ! Pa rticulièrement avec les
enfants. Et de voir tous ces héros, pères Noël, lutins,
participer à la pérennité de l’oeuvre », conclut M.
Brault.
MONSIEUR SOURIRE - Geneviève Martel
Un
sans-abri me confie : si les parcs sont fermés la nuit,
nous devrons dormir dans des endroits illégaux
L’auteure est étudiante en journalisme à l’Université de
Montréal.
Mis à part le trou dans la rangée inférieure de ses dents
jaunies, ce qui nous frappe chez Monsieur Sourire, ce sont
ses yeux d’un bleu pétillant. Cet être que j’ai surnommé
Monsieur Sourire, est Michel Lévesque, sansabri de la rue
Masson, dans le quartier Rosemont de Montréal.
PHOTO FOURNIE PAR
GENEVIEVE MARTEL
Geneviève
Martel et son Monsieur Sourire, Michel Lévesque.
Dans la coulée d’encre récente concernant la commission de
la santé et des services sociaux sur l’itinérance à
l’Assemblée nationale ainsi que la Commission des droits
de la personne, des personnalités de tous les milieux se
sont exprimées : le gouvernement du Québec s’est prononcé,
les travailleurs sociaux ont commenté, la police s’est
défendue, mais qui a donné la parole aux sans-abri?
C’est dans cette optique que je suis allée à la rencontre
de l’un d’entre eux. Michel Lévesque a accepté tout
sourire de discuter de sa situation. « J’ai étudié à la
faculté de médecine vétérinaire de l’Université de
Montréal à Saint-Hyacinthe », a-t-il affirmé. Il ajoute: «
J’ai eu une ferme laitière, mais je me suis divorcé et
j’ai tout perdu. Ça peut arriver à n’importe qui. » Dans
une société individualiste comme la nôtre, au-delà de
l’argent, Michel Lévesque, lui, s’adresse aux gens et leur
sourit. Bien que la majorité des passants feigne de ne pas
le voir, il reste positif. Un message d’espoir qui porte à
réfléchir.
Quel est, selon lui, le principal problème des personnes
de la rue ? Il s’agit du manque de ressources, car elles
sont environ 30 000 à Montréal. Est-il en accord avec la
fermeture des parcs la nuit ? « Non, car ces personnes
iront se réfugier dans les endroits illégaux, dit-il en
m’indiquant l’entrée de l’Énergie Cardio de l’autre côté
de la rue, et ce sont les commerçants qui écoperont. ».
Sent-il
que ces droits, telles la liberté et la dignité, sont
brimés ? Oui. « Je ne fais rien de mal. Nous sommes en
plein jour et je ne harcèle pas personne », explique-t-il.
Pourtant, les policiers viennent souvent le voir. En
l’espace de moins d’une demi-heure, leur voiture est
passée à deux reprises. « On se sent brimé, car on est
obligé d’obéir : il y a le premier avertissement, ensuite
au deuxième avertissement, tu récoltes une amende et au
troisième, ils t’embarquent », renchérit-il. « N’ont-ils
pas mieux à faire ? » se demande Monsieur Sourire. « Ils
m’interpellent car les citoyens n’aiment pas ça avoir des
itinérants dans leur quartier », ajoute-t-il.
Les policiers disent que les gens du quartier se
plaignent. Les gens de la rue ne doivent pas solliciter
les passants. Mais est-ce qu’on arrête les enfants du
quartier parce qu’ils font de la sollicitation aux portes
des logements pour une tablette de chocolat à 3$, qui est
mauvaise pour la santé ? Un dollar pour aider une personne
plus vulnérable n’est-il pas mieux dépensé? À la lumière
de ce témoignage, où me semblet-il cet homme ne fait rien
de mal, n’est-il pas le temps de faire tomber les préjugés
?
Avant d’entreprendre toutes sortes de mesures afin de
lutter contre les multiples problèmes de l’itinérance, ne
devrait-on pas, de prime abord, enrayer les préconceptions
sur les personnes marginalisées de la société ? Pourquoi
ne lance-t-on pas une campagne publicitaire comme celle
sur les maladies mentales au Québec ? Car les policiers ne
sont pas les seuls à blâmer. Nous sommes tous concernés.
Si vous ne voulez pas donner de l’argent aux sans-abri, ça
vous regarde, mais de grâce, ne détournez pas le regard en
apercevant un sansabri, et surtout, surtout, souriez !
Les banques alimentaires dans le rouge -
Stéphanie Bérubé
Québec
dépose un quart de million sous le sapin, une annonce
qui arrive à point nommé
« Beaucoup de gens qui ont perdu leur emploi cette année
nous ont écrit. Certains nous disent que, maintenant que
tous les comptes sont payés, il leur reste 20$ pour
l’épicerie jusqu’au mois prochain. »
— Johanne Théroux, directrice générale de Moisson
Montréal
Québec a versé hier une aide d’urgence de 250 000$ aux
banques alimentaires de la province, un geste qui arrive
à point nommé. Moins de deux semaines avant les Fêtes,
leurs donateurs se font plus rares, alors que davantage
de gens frappent à leurs portes.
PHOTO BERNARD BRAULT,
LA PRESSE
Selon
Moisson
Montréal, 2009 est une année particulièrement
difficile. L’organisme estime avoir reçu 10 fois moins
de dons en denrées non périssables que l’année
dernière.
Cette triste équation s’est confirmée samedi, lors du
tri des denrées recueillies à la Grande Guignolée des
médias. La récolte a été nettement sous la moyenne de
celle des années précédentes, et l’annonce de Québec est
particulièrement bienvenue.
« C’est très important pour nous, car c’est un geste
concret, lors d’une situation d’urgence », commente
Johanne Théroux, directrice générale de Moisson
Montréal, qui recevra une partie de cette enveloppe.
Le don sera versé à l’organisme Banques alimentaires du
Québec, qui aide plus de 1000 organismes, dont les 18
Moissons régionales.
L’idée du don a été lancée par la ministre déléguée aux
Services sociaux, Lise Thériault. L’argent provient des
enveloppes discrétionnaires de tous les ministres
provinciaux. C’est une première, a indiqué la ministre,
qui a elle-même sollicité ses collègues.
Durant les 12 derniers mois, il y a eu une hausse de 32%
des utilisateurs « réguliers » des banques alimentaires
montréalaises, c’est-à-dire des personnes qui s’y
rendent au moins trois fois par mois.
Partout au pays, les responsables de ces organismes de
dépannage alimentaire ont aussi vu arriver de nouveaux
visages. Selon leur dernier bilan, 9% des gens qui ont
fait appel à eux l’année dernière le faisaient pour la
première fois.
« Beaucoup de gens qui ont perdu leur emploi cette année
nous ont écrit, confirme Johanne Théroux. Certains nous
disent que, maintenant que tous les comptes sont payés,
il leur reste 20$ pour l’épicerie jusqu’au moisprochain.
Onsent vraiment qu’il y a une détresse plus grande cette
année.»
Moins de denrées, plus de qualité
Samedi, Moisson Montréal a constaté à son tour que 2009
était une année particulièrement difficile: en matinée,
au moment où des bénévoles commençaient à trier les
aliments récupérés lors de la guignolée de la semaine
dernière, les entrepôts étaient anormalement vides.
« Il y
a des bénévoles qui viennent ici tous les ans, tout le
monde voit la différence, a avoué le comédien Jasmin
Roy, qui était sur place pour égayer la corvée. On
essaie de garder le moral, tout de même... »
Au début de la journée, les gens de l’organisme
évaluaient qu’il y avait 10 fois moins de dons en
denrées non périssables, comparativement à l’année
dernière.
Certaines personnes ont toutefois apporté leurs denrées
directement aux bureaux montréalais de l’organisme,
durant la journée de samedi, renflouant un peu les
coffres. Moisson a aussi reçu un important don
alimentaire samedi, en fin d’après-midi.
« Nous avons aussi noté que la qualité des denrées avait
augmenté, explique Johanne Théroux. Il y avait de la
farine, de l’huile d’olive ; les gens avaient pris le
temps de faire des paquets, ils avaient laissé leurs
denrées dans des sacs réutilisables. » À la fin de la
journée, explique-t-elle, il y a eu beaucoup moins
d’aliments « rejetés » que d’habitude.
Opération Noël
Pour son opération Noël, Moisson Montréal compte faire
15 000 paniers. Chacun contient 25 articles essentiels
sélectionnés par l’organisme. L’argent recueilli en dons
sert, en partie, à acheter les produits manquants. Par
exemple, cette année, il y avait peu de lait concentré
et de lait en poudre dans les aliments recueillis.
Dans un autre volet de son opération Noël, Moisson
Montréal fournit des denrées et des fonds pour les repas
qui sont servis dans les gîtes pour les personnes en
difficulté.
Le bilan officiel sera annoncé aujourd’hui, mais malgré
les bonnes nouvelles de samedi, la directrice de Moisson
Montréal s’attend à une diminution par rapport à l’année
dernière, tant en denrées qu’en argent.
D’un autre côté, les courriels de demandes pour des
paniers se sont multipliés ces dernières semaines. «
Nous allons tout faire pour que tout le monde puisse
avoir son panier », e x pl i que Mme Thé r ou x .
Moisson a d’ailleurs relancé les trois grandes bannières
de l’alimentation pour faire face à cette situation
d’urgence.
Les 211 organismes soutenus par Moisson Montréal
commencent aujourd’hui leur distribution de paniers.
BANQUES ALIMENTAIRES La demande en hausse partout
au pays - Stéphanie Bérubé
Les banques
alimentaires sont les premiers témoins de la pauvreté et de
sa triste évolution. Le bilan qu’elles dressent, à la fin de
cette année, confirme une importante hausse des demandes
d’aide dans tout le pays.
Inévitablement, la récess i on a f o r c é plus i e u r s
Canadiens à franchir pour la première fois la porte d’une
banque alimentaire. Un peu plus de 9 % des gens qui sont
allés chercher leurs provisions dans un organisme étaient de
nouveaux bénéficiaires. La moitié d’entre eux avaient une
famille et des enfants, révèle le Bilan faim de Banques al i
mentaires Canada, qui nous apprend que l’Alberta est la
province la plus durement touchée. Les demandes d’aide
alimentaire y ont augmenté de 61%. Dans l’ensemble du pays,
l’augmentation moyenne est de 18%.
Ce bilan
confirme ce que Moisson Montréal a annoncé la semaine
dernière dans son propre état de la situation : la
récession a vidé bien des frigos canadiens. Et si les
demandes d’aide sont plus nombreuses, les offres, elles,
le sont moins. En 2009, Moisson Montréal a aidé plus
d’organismes qui offrent un service régulier de
distribution alimentaire, mais il a aussi dû augmenter son
aide aux organismes qui font du dépannage d’urgence
puisque plus de gens se sont présentés complètement
démunis.
La moitié des habitués des banques alimentaires reçoivent
de l’aide sociale. Toutefois , l a propor t ion de salar
iés qui ut i l isent les banques continue de grimper.
Elle est passée de 10 % en 2008 à 15% cette année. Moisson
Montréal et les banques alimentaires comptent sur la
générosité associée au temps des Fêtes et sur la populaire
guignolée pour se renflouer.
Le Club des petits déjeuners fête ses 15 ans
- Martin Croteau
Daniel
Germain était loin de se douter que le projet qu’il a
lancé dans une école primaire de Longueuil allait faire
boule de neige à ce point. Après avoir servi 12 millions
de repas à des enfants défavorisés, le Club des petits
déjeuners du Québec a fêté la semaine dernière ses 15 ans.
Et son fondateur n’a qu’un désir pour l’avenir: qu’il
n’ait plus sa raison d’être.
PHOTOROBERTMAILLOUX,
ARCHIVES LA PRESSE
Travailleur
humanitaire au Mexique et à Haïti dans sa jeunesse,
Daniel Germain a vu la misère de près. À son retour au
Québec, il a fondé le Club des petits déjeuners.
« Je suis l’une des rares personnes qui prient pour perdre
leur job », a confié M. Germain alors que des dizaines de
personnes s’étaient rassemblées à Boucherville pour
souligner l’anniversaire.
Travailleur humanitaire au Mexique et à Haïti dans sa
jeunesse, Daniel Germain a vu la misère de près. À son
retour au Québec, il a cherché un moyen d’améliorer le
sort des jeunes d’ici. Sa solution: une version modifiée
d’un programme gouvernemental pour servir des déjeuners
dans les écoles.
« Quand je me reporte à l’époque, il n’y avait pas
d’argent, je ne connaissais personne, les gens ne me
rappellaient jamais... relatet-il. Ça prenait parfois six
mois pour joindre quelqu’un. Aujourd’hui, 75% du temps,
c’est les gens qui m’appellent. Même les donateurs. »
L’expérience a débuté à l’école Lionel-Groulx, la plus
pauvre de Longueuil. Quinze ans plus tard, le Club des
petits déjeuners est établi dans 244 écoles au Québec. Il
y a deux ans, l’organisme a pris pied au Nunavik. Chaque
matin, 15 000 enfants reçoivent un petit-déjeuner par ses
soins.
« Ça
rassemble des enfants qui ont besoin de sortir de
l’ambiance difficile de leur maison, de rencontrer des
bénévoles souriants et de manger avec les autres élèves
sans se sentir poche ou nul », dit Sabrina Provost.
La jeune femme de 18 ans le sait mieux que quiconque :
elle a bénéficié du Club alors qu’elle fréquentait l’école
François-Williams, à SaintAmable. Son père avait eu un
accident du travail, sa mère avait perdu son emploi.
Aujourd’hui, elle étudie en sciences de la nature au cégep
Saint-Laurent et rêve de devenir médecin.
Pour Daniel Germain, chaque petite Sabrina Provost est un
pas de plus vers un Québec sans pauvreté. Chaque succès du
Club incite les citoyens à devenir bénévoles ou à donner à
la cause. Aujourd’hui, le budget annuel de l’organisme
s’élève à 9 millions, et 79% de la somme provient de dons
ou de contributions parentales.
« Quand on nourrit 15 000 enfants par jour au Québec,
comme on le fait présentement, on a l’impression d’arriver
à un seuil critique », explique Daniel Germain.
Pourtant, la tâche reste colossale, admet la directrice
générale du Club des petits déjeuners, Francyne Charette.
« On a dénombré plus de 850 écoles au Québec qui ont un
indice de faible revenu suffisant pour être admissibles au
Club des petits déjeuners, a-telle indiqué. On reçoit des
demandes chaque semaine et on a une liste d’attente. »
Cette année seulement, les enfants de 33 nouvelles écoles
pourront déjeuner en groupe grâce au Club des petits
déjeuners.
Moisson Montréal en banqueroute alimentaire
- Stéphanie Bérubé
L’automne
est toujours une période difficile pour les banques
alimentaires, entre la fin des récoltes et Noël. Mais
cette année est pire que les autres: les chiffres ne
balancent plus chez Moisson Montréal qui a vu ses dons
baisser de 21%, alors que les deux tiers des organismes
soutenus par Moisson demandent plus d’aide alimentaire
qu’auparavant. Certaines banques n’ont plus de réserves et
doivent renvoyer leurs bénéficiaires à la maison, les sacs
vides.
« On est vraiment en baisse par rapport à l’année
dernière, confirme Johanne Théroux, directrice générale de
Moisson Montréal. Il y a un gros lien à faire avec la
crise économique. Sur le terrain, on peut voir que les
gens sont vraiment désespérés. »
Le bilan
des six premiers mois de l’année financière vient de
chiffrer cette baisse à 21%, comparativement à la même
période l’année dernière. Déjà, 2008 s’annonçait très
difficile pour les banques alimentaires du Québec. Les
mauvaises nouvelles de la récession se multipliaient et
réduisaient les dons faits directement à l’organisme.
L’appel à l’aide du temps des Fêtes a toutefois été
entendu et les objectifs ont été dépassés pour les paniers
de Noël. « Ç’a sauvé notre année », dit Johanne Théroux,
qui craint toutefois que le même miracle de Noël ne se
reproduise pas cette année. « Les gens qui peuvent aider
le font quand ils le savent, dit-elle. Mais je ne peux pas
m’attendre à voir de nouveau un ange arriver avec un
chèque de 50 000$. »
Ces dons en argent comptant sont une bénédiction pour
Moisson Montréal parce qu’ils permettent de faire des
achats ciblés. Actuellement, l’organisme est en manque de
denrées non périssables. Dans un contexte économique
difficile, les grands de l’alimentation font une gestion
très serrée de leurs stocks et il y a moins de surplus
pour Moisson Montréal. Les maraîchers québécois ont aussi
terminé leurs récoltes, en grande partie, ce qui met un
terme aux dons de fruits et légumes d’ici.
Moisson Montréal mise maintenant sur une multiplication
des petits dons afin de renflouer ses coffres. L’organisme
demandera aussi aux entreprises qui ont des dons
corporatifs à faire de les apporter eux-mêmes à l’entrepôt
alimentaire. Car les temps sont durs pour tout le monde et
depuis quelques mois, Moisson Montréal fonctionne aussi
avec du personnel réduit.
Des donateurs plus économes - Louise Leduc
Campagnes
de financement des organismes de bienfaisance
Les organismes de bienfaisance retiennent leur souffle à
l’approche du lancement des campagnes annuelles de
financement d’avant les Fêtes. En ces temps de crise, la
pauvreté est croissante et les donateurs, plus économes.
À l’Accueil Bonneau, JeanPhilippe Dugré, coordonnateur au
financement et aux communications, note que l’organisme
(qui distribue 800 repas par jour) reçoit cette année 25 %
moins de dons que l’an dernier.
« C’est surtout du côté des dons des particuliers que ça a
chuté, explique M. Dugré. Il a aussi fallu composer avec
le fait que les grossistes alimentaires et les grandes
chaînes nous font des dons plus petits. »
Lors d’activités-bénéfices, les entreprises qui avaient
l’habitude d’acheter 10 billets en achètent maintenant
deux fois moins. Aussi l’Accueil Bonneau doit-il
multiplier les démarches auprès des entreprises. De la
même manière, dans l’espoir de diversifier les sources de
financement, des demandes massives de dons sont maintena
nt envoyées par la poste à des gens qui n’ont jamais
appuyé l’Accueil Bonneau.
À Jeunesse au soleil, qui se porte au secours de 400
familles de plus qu’en 2007, le v ice -président Tom my
Kulczyk dit lui aussi qu’« il faut travailler deux fois
plus fort » pour tenir le fort. L’an dernier, pour la
première fois en 50 ans, il a fallu faire une collecte de
nourriture pendant l’été. Compte tenu des besoins toujours
pressants, on a dû en faire une autre cet été.
Heureusement,
la chance a souri à Jeunesse au soleil, qui, presque par
miracle, a vu atterrir un immense don de via nde,
gracieuseté de l’organisme ontarien Feed the Children. «
Ça nous a permis de distribuer de la viande pendant plus
de six mois », souligne M. Kulczyk.
Du côté du Club des petitsdéjeuners, la grande difficulté
depuis le début de la récession, outre la perte de
certaines commandites d’entreprises, réside dans le
recrutement de bénévoles. « Les bénévoles sont souvent des
gens de 55 ans et plus, relève M a rie-Claude Bienvenue,
directrice des communications. Or, plusieurs ont dû
retourner travailler parce que leurs économies avaient
fondu et on les a perdus. »
Nouveaux visages
« Les organismes que nous aidons voient arriver à leur
porte de nouveaux visages, des couples qui appartenaient
jusqu’ici à la classe moyenne qui ont perdu leur emploi,
dit Lyne Harris, directrice adjointe de Centraide. Les
demandes d’aide sont croissa ntes et les revenus sont
moindres, alors la pression est forte. Par exemple, l’un
des organismes que nous aidons a vu l’une de ses
entreprises donatrices faire faillite. »
En vue de sa prochaine campagne, Centraide a fait un tour
d’horizon de la demande à laquelle doivent répondre des
organismes qu’il finance, poursuit Mme Harris. «Notre
constat, c’est que les banques alimentaires sont fortement
sollicitées. Les demandes aux cuisines collectives ont
aussi augmenté, et les consultations budgétaires dans les
ACEF (associations coopératives d’économie familiale) ont
augmenté jusqu’à 30% dans certaines régions depuis le
début de la récession.»
AIDE ALIMENTAIRE Les demandes de boîtes à lunch
augmentent - Stéphanie Bérubé
La récession
continue de se faire sentir à Moisson Montréal. L’organisme,
qui nourrit de plus en plus de Montréalais, veille aussi à
la préparation de boîtes à lunch pour les enfants, l’été.
Mais il ne peut pas répondre à la demande grandissante.
PHOTOROBERTMAILLOUX, LA
PRESSE
Deux
bénévoles, Pierre Talissé et Éric Larocque, préparent des
sandwichs pour les enfants qui fréquentent les camps de
jour d’organismes communautaires.
Cet été, 100 enfants de plus bénéficieront du programme
d’aide alimentaire en boîte. Au total, on prépare 700 boîtes
à lunch par jour. Dans la plupart des cas, ce sont des
jeunes qui reçoivent de l’aide alimentaire à longueur
d’année par l’entremise d’un autre programme, comme celui de
la Commission scolaire de Montréal qui s’assure que les
écoliers mangent à leur faim. L’été, les parents de ces
enfants sont aussi démunis que le reste de l’année.
« On sent vraiment qu’il y a une pression plus forte cet
été, estime Johanne Théroux, directrice générale de Moisson
Montréal. C’est un bon baromètre de la situation économique:
les groupes communautaires avec lesquels nous travaillons
reçoivent plus de demandes d’aide. »
Les boîtes à lunch sont remises à des enfants inscrits à des
camps de jour mis sur pied par des organismes
communautaires.
Le programme Alimenter le futur est une initiative de la
multinationale de services de cafétéria Sodexo. Le groupe
français fournit une partie de la nourriture utilisée et
Moisson Montréal complète avec des aliments reçus en don.
Aide d’une nutritionniste
La qualité
des lunchs est contrôlée par la nutritionniste Isabelle
Huot, qui a conçu des menus types afin que les enfants
reçoivent des aliments riches en protéines et vitamines,
mais pauvres en gras, en sucre et en sel. « Il faut les
côtoyer pour vraiment réaliser à quel point c’est un
besoin », confie Johanne Théroux.
Et les nouvelles ne sont pas très bonnes pour les banques
alimentaires. La crise avait déjà commencé à se faire
sentir l’été dernier. La hausse du prix de l’essence et
les tristes perspectives économiques avaient fait diminuer
les dons et hausser la demande de nour r iture. Moisson
Montréal a donc multiplié les initiatives et les appels à
l’aide pour finalement s’en tirer avec une toute petite
baisse de ressources pour l ’ année 2008-2009.
La nouvelle année lui a rappelé que la situation est loin
de s’être améliorée. Le mois d’avril 2009 a été
catastrophique, le pire de l’histoire de la banque
alimentaire, avec des dons moindres que prévu. Que faire ?
La di rect r ice de Moisson Montréal compte rencontrer des
représentants de la communauté anglophone et des
communautés culturelles, historiquement moins sollicitées
pour des dons à la banque alimentaire.
Le groupe a aussi lancé le programme Bonne boîte, bonne
bouffe, un service de paniers de fruits et légumes frais à
bas prix. Cela permet à des gens qui ont peu de moyens
d’éviter d’engorger les banques alimentaires.
Moisson Montréal a noté une hausse significative de gens
qui ont un emploi parmi sa clientèle.
Montréal, laboratoire de la réinser tion
- Katia Gagnon
Un
logement meublé et super visé par viendra-t-il à
sor tir les sa ns-a bri d e la ru e ?
S a n s-a b ris m e ri m e so u ve n t ave c p ro b
l è m es d e s a n té m e n ta l e. L e p roje t C h e z
soi, q u i ve r ra l e jo u r ce t a u to m n e à M o n
t ré a l , v i se à fo u r n i r p e n d a n t q u a t
re a n s u n l og e m e n t m e u b l é à q u e lq u e
30 0 s a n s-a b ri a u x p rises ave c ce t y p e d e p
ro b l è m es . O bje c tif : d é te r m i n e r s i, é
p a u l és p a r u n s u i v i socia l se r ré, ces la
issés-po u r-co m pte d u s ys tè m e ré u s s i ro n t
à re t ro u ve r u n e v ie n o r m a l e. U n e e x p é
r ie n ce q u i i n q u iè te l es ref u g es aya n t m
is s u r pie d d es p ro g ra m m es d e ré i n se r tio
n , q u i c ra ig n e n t q u e d ’éve n t u e ls rés u
l ta t s m i tig és l e u r fa s se n t p e rd re l e u
r s s u bve n tio n s . L a C o m m i s s i o n c a n a
d i e n n e d e l a s a n t é m e n t a le s ’a p pr ê t
e à l a n c e r l a plu s g r a n d e r e c h e r - c h
e j a m a i s m e n é e a u m o n d e s u r l e s s a n
s - a b r i a t t e i n t s d e p r o bl è m e s d e s a
n t é m e n t a l e . C e t t e r e c h e r c h e d ’e
nve r g u r e , q u i c o û t e r a 1 5 0 m i l l i o n
s à l ’é c h el le d u C a n a d a e t d u r e r a q u a
t r e a n s , s e c o n c r é t i s e r a d è s l ’ a u
t o m n e à M o n t r é a l . L e s c h e r c h e u r s
o f f r i r o n t p a s m o i n s d e 3 0 0 lo ge m e n
t s m e u - bl é s à d e s s a n s - a b r i a f i n d e
d é t e r m i n e r s i , é p a u l é s p a r u n s u iv
i s o c i a l s e r r é , c e s d e r - n i e r s r é u
s s i r o n t à r é i n t é g r e r l a s o c ié t é .
E n o c tobre pro c ha i n , quat re r e c r u t e u r s
e m b a u c h é s p a r l a C om m ission c a nad ien ne
de la s a nté ment a le a r penteront le s ref uges et
les r ues de Mont réa l p o u r t r o u v e r 5 0 0 s a
n s - a b r i q u i a c c e p t e r o n t d e p a r t i
c i p e r à c e t t e a m b i t i e u s e r e c h e r c
h e de te r r a i n , a a ppr i s P r e s s e .
L a D eu x c r itères : les pa r tic ipa nts , h o m m e
s o u fe m m e s , d o ive n t ê t r e s a n s lo g i s
e t s o u f f r i r d e p r o bl è m e s d e s a n t é m
e n t a l e , mo dérés ou i mpor t a nts .
L es pa
r tic ipa nts à ce proj et , bapt isé C hez soi , seront
d iv isés e n d e u x g r o u p e s : u n g r o u p e
témoi n su iv ra le pa rcou r s norma l – généra lement
c haot ique – d ’ u n s a n s - a b r i a t t e i n t d
e t rouble s ment au x , q u i tou r ne autou r du re f
uge , de l ’hôpit a l et de la pr ison . L a seu le obl
ig a t i o n d e s p a r t i c i p a n t s s e r a de
rencont rer u n i nter v ieweu r u ne fois pa r mois , a
f i n de fa i re l e p o i n t s u r l e u r s i t u a t
i o n . I l s r e c e v r o n t e n t r e 1 5 e t 35 $
pa r rencont re .
A u x 3 0 0 p e r s o n n e s q u i s e r e t r o u v e
r o n t d a n s l ’a u t r e g roupe, ex pér i ment a l
celu i-là , on t rouvera u n logement où i ls pou r ront
v iv re du ra nt les qua - t re pro c ha i nes a n nées
. I ls re ce - v ront u ne subvention de 2 0 0 $ pa r m
oi s . « C ’e s t l a pr e m iè r e c h o s e q u ’o n l
e u r o f f r i r a : u n toit », ex pl ique Ol iv ier
Fa r mer, psyc h iat re au C H U M , qu i fa it pa r t
ie de l’équ ipe c l i n ique . « E t pa s n’i mpor te
com ment , aj oute S on ia C ôté, coordon nat r ice du p
r o j e t p o u r l a C o m m i s s i o n . C ’est la
per son ne qu i nou s d i ra quel t y pe de logement el
le veut habiter, da n s quel qua r tier. »
P ou r t rouver ces logements , q u i c o û t e r o n t
e n m o y e n n e autou r de 5 0 0 $ pa r moi s , on s o
l l i c i t e r a l e s o r g a n i s m e s à but non
luc rati f qu i of f rent du logement so c ia l , ma is
au ssi les pr o pr ié t a i r e s pr ivé s . C e s de rn
i e r s c r a i n d r o n t-i l s d e l o u e r à u n e
t e l le c l ie n t è le , gé n é r a - le ment re f u s
é e pa r tout ? « L e s propr iét a i res sau ront qu ’i
l y a u ne éq u ipe autou r de la pers o n n e . S ’ i l
y a u n pr o blè m e ,
on va réa
g i r. O n va paye r le s pots c a ssés », C ôté .
P H OTO M A R T I N T R
E M B L AY, A R C H I V E S L A P R E S S E
Fa
i r e p a s s e r d i r e c t e m e n t l e s s a n s
- a b r i d e l a r u e à u n a p p a r t e m e n t p
r o p r e t , c o m m e l e p r é v o i t l e p r o g
r a m m e f é d é r a l , e s t u n e e n t r e p r i
s e t i t a n e s q u e . « Ç a v a ê t r e d u r. D u
r p o u r l a p e r s o n n e q u i v a a s s u r e r
l e s u i v i , d u r p o u r l e p r o p r i é t a i
r e e t d u r p o u r l e c l i e n t », e s t i m e G
e o r g e s O h a n a , c h e f d e s p r o g r a m m
e s d e l o g e m e n t s s o c i a u x à l a M i s s
i o n O l d B r e w e r y.
d it M m e
L a c r è m e d u s u i v i s o c i a l
L e s s uj et s du g roupe ex pé - r i ment a l bénéf ic
ieront en ef fet non seu lement d ’u n toit , ma is a u
s s i d e l a c r è m e d u s u i v i s o c i a l . U n
e q u i n z a i n e d ’ i n - t e r ve n a n t s s e r o
n t e m b a u c h é s p o u r f o r m e r l e s é q u i
p e s d e s u iv i . P s yc holog ue s , ps yc ho é - d
u c a t e u r s , p s yc h i a t r e s , e r go - t h é
r a p e u t e s . . . L e b é n é f i c i a i r e p ou r
r a r e c evoi r leu r s s e r v ic e s c hez lu i , si
x j ou r s su r sept , 1 2 heu res su r 2 4 .
« O n p
o u r r a a l l e r l e s v o i r deu x fois pa r j ou r
s ’i ls doivent p r e n d r e u n e m é d i c a t i o n
. O n va p o u vo i r l e s a i d e r d a n s l a ge st
ion de leu r logement . O n v a p o u v o i r l e s a i
d e r à f a i r e l ’épicer ie, à t rouver u n t rava i
l , u n pr oj e t de v ie », r é s u m e le D r r m e r
.
M a i s e n a c c e p - t a n t l e l o g e m e n t , l
e s s u j e t s de l ’ét ude ne sont pa s obl igés d
’avoi r recou r s à cet te pa nopl ie de ser v ices . «
L e logement leu r e s t o f f e r t s a n s c o n d i t
i o n . L e t ra itement n’est pa s obl igatoi re . I l
s ne s ont pa s obl igé s d ’ê t re sobre s . L eu r s
eu le obl igat ion , c ’e s t de r e n c o n t r e r q
uelq u ’u n u ne fois pa r sema i ne », préc ise Ol iv
ier Fa r mer.
M a r c - A n d r é M é n a r d , l u i - même u n a nc
ien sa n s -abr i qu i a réu ssi à reprend re d ’u ne v
ie nor ma le, sera l ’u n des « rec r ut e u r s » d e l
a C o m m i s s i o n à Mont réa l . « Je va is essayer
de r e c r u t e r le s pi r e s c a s . D ’a l le r c
herc her les ga r s sou s les ponts , qu i n’ont pa s pr
is u ne douc he d e p u i s t r o i s a n s » , r é s u
m e - ti l . « O n ve u t e s s a ye r d ’o f f r i r de
s s e r v ic e s c o m plé m e n t a i r e s à c e u x d
e s r e f u ge s , p o u r le s per son nes qu i ne sont
pa s desser v ies . D es c a s lou rd s », aj oute J a s
o n C h a m p a g n e , d u C L S C des Faubou rgs , c
ha rgé de l ’a spec t c l i n ique du projet .
O n m è n e r a l a m ê m e e x p é - r i e n c e d a n
s q u a t r e a u t r e s v i l l e s c a n a d i e n n
e s , s o i t Va ncouver, W i n n ipeg , Toronto et Monc
ton . B ut de la re c herc he ? D éter m i ner si u n
tel su iv i s o c i a l , c o u plé à u n lo ge m e n t
décent , per met la réhabi l it ation des sa n s -abr i
. « Da n s le réseau , f a c e à c e t t e c l i e n t è
l e , t o u t l e m o n d e a s e u l e m e n t u n p e
t i t b o u t d u p r o b l è m e . C h a c u n , a ve c
s o n m o r c e a u , n ’e s t p a s c a pa ble de fa i
re g r a nd - c ho s e . L’o c c a s io n , ic i , c ’e
s t q u e to u t le monde t rava i l le en semble », sou
l ig ne le D r

Fa r mer. L ’ a u t r e q u e s t i o n d e l a r e c h
e r c h e , f o n d a m e n t a l e , e s t c e l l e d
u c o û t . C o m p t e t e n u de s f r a i s élevé s q
u ’e nt r a î ne nt c e s p e r s o n n e s – h o s p i
t a l i - s a t i o n s , r e f u g e s , s é j o u r s
e n pr i s o n – , e s t-i l p o s sible q u ’ i l s o i
t p l u s é c o n o m i q u e d e l e s l o g e r e t d
e l e u r d o n n e r u n s u i v i s o c i a l ? D e s
é t u d e s p r é l i m i n a i r e s m e n é e s e n C
olo mbie - B r it a n n iq ue tendent à démont rer que
ou i . L e s s a n s - a br i c oûte nt à la pr ov i n c
e pa s moi n s de 6 9 4 m i l l ion s pa r a n en s e r
v ic e s , a lor s q u ’u ne i nte rve nt ion s o c ia
le s e r ré e , c ou plé e à u n e s u b v e n t i o n a
u l o g e - m e n t , c oû te r a it 6 6 2 m i l l io n
s . À l ’é c hel le de la pr ov i n c e , u n t e l p r
o g r a m m e p e r m e t t r a i t donc d ’é c ono m i
s e r 32 m i l l ion s a n nuel le ment .
Des groupes communautaires craignent l ’ef
fet Titanic
D e p u
i s q u e lq u e s a n n é e s , l e s ref uges mont réa
la is pou r sa n s - abr i ont subi u ne petite
révolution . L a plupa r t d ’ent re eu x ne se bor nent
plu s à of f r i r le g îte pou r la nu it au x sa n s
-abr i . I ls ont m is su r pied de vér it ables p r o g
r a m m e s d e r é i n s e r t i o n qu i , c ra ig
nent plu sieu r s , pou rr a ie n t vo i r le u r s s u
bve n t io n s se t a r i r advena nt des résu lt ats m
it igés de la va ste ex pér ience la ncée pa r le fédéra
l .
L’u
n
d e s r e c r u t e u r s d e l a C o m m i s s i o n
c a n a d i e n n e d e l a s a n t é m e n t a l e à
M o n t r é a l , l u i - m ê m e u n a n c i e n s a
n s - a b r i , e x p l i q u e q u ’ i l s e r a c h
a r g é d ’e n t r e r e n c o n t a c t a v e c d e s
« c a s l o u r d s ». « J e v a i s e s s a y e r d e
r e c r u t e r l e s p i r e s c a s . D ’a l l e r c
h e r c h e r l e s g a r s s o u s l e s p o n t s ,
q u i n’o n t p a s p r i s u n e d o u c h e d e p u
i s t r o i s a n s », r é s u m e -t-i l . C i - d e
s s u s , u n s a n s - a b r i m e n d i a n t p r è
s d e l a P l a c e d e s A r t s .
« O n c ra i nt l ’ef fet T itanic . L e g r o s b a t e
au q u i c o u le e t q u i fa it qu ’après , plu s per
son ne ne veut se la ncer da n s la con st r uc - t ion
de ce mo dèle », d it G eorges O h a n a , c he f de s
prog r a m me s d e l o g e m e n t s s o c i a u x à l
a M ission Old B rewer y ( MOB) . « O r, la réi n ser
tion , c ’est l’ave - n i r des ref uges », d it M at t
hew P ea rce, d i rec teu r de la MO B .
D ’a u t r e s g r o u p e s c o m m u - n a u t a i r e
s , c o m m e l e R é s e a u d ’a ide au x pe r s on ne
s s eu le s e t i t i n é r a n t e s , e x p r i m e n
t d ’ i m - p o r t a n t e s r é s e r ve s à l ’e n d
r oit du pr oj e t fé dé r a l . I l s c r a ig ne nt n
o t a m m e n t q u e l e s p a r t i c i - p a n t s s
o i e n t l a i s s é s à e u x - m ê m e s à l ’ i s s
u e d e s q u a t r e a n né e s de la re c her c he .
L e s p e r s on ne s s a n s - a br i q u i p a r t i c
i p e r o n t n e s e r o n t p a s l a i s s é e s p o
u r c o m p t e , a s s u r e S o n i a C ô t é , c o o
r d o n n a t r i c e p o u r l a C o m m i s s io n fé
d é r a le d e l a s a n t é m e n t a l e . « N o u s t
r ava i l lon s déj à à u n pla n de p é ren n ité . I l
n ’e s t pa s q ue s t ion q u ’ u n e p e r s o n n e d
i m i nu e s a q u a l ité de v ie pa r c e q ue c ’e s
t la f i n du proj e t . O n va s ’a s s u - re r q ue
tout e s t e n pla c e p ou r la s u ite de s c ho s e s
. »
U n l o
n g p a r c o u r s
I l re s te q ue l ’ent re pr i s e la n - c é e p a r l
a C o m m i s s io n fé d é - r a l e d e l a s a n t é
m e n t a l e e s t loi n d ’ê t re si mple , s ou l ig
ne M . O h a n a , q u i gè re le s 7 5 a ppa rt e m e n
t s d e r é i n s e r t i o n d e l a MO B . A u q uo t
id ie n , G e or ge s O h a n a doit gé r e r de s a lte
r c a - t ion s , de s c l ient s q u i b oivent . « J e
ne s u i s pa s u n ge ôl ie r, d iti l . M a i s i l y
a de s rè g le s de v ie , ic i , e t le s c l ie n t s
s aven t q u ’ i l y au r a de s c on s éq uen c e s s ’
i l s ne le s re s p e c te nt pa s . »
M a x i me, 3 6 a ns , v it depu is u n a n et dem i da
ns u ne des 3 0 cha mbres du pavillon Ma rcelle et Jea n
Coutu , géré pa r la MOB . Toxicoma ne penda nt plus de
10 a ns, diagnostiqué sch izoph rène, il s ’est ret
rouvé à la r ue après u ne sépa ration. I l a passé deu
x mois da ns le réseau des ref uges, jusqu’à ce que la
MOB lu i of f re u ne cha mbre.
« J ’ava is besoi n d ’a ide pou r r e p a r t i r à z é
r o » , d i t - i l s i m - plement . D eu x a n s plu s
t a rd , après 5 0 0 heu res de t hérapie, i l demeu re
a bst i nent e t v ient de fa i re u ne dema nde d ’ad m
ission au col lég ia l . Au pav i l lon C o u t u , i l
a e u s a c h a m b r e .
T o u t
e s i m p l e . U n l i t , u n b u r e a u , u n e c h
a i s e . « M a i s c ’est c ha mbre », d it-i l .
ma E n m o y e n n e , l e s c l i e n t s d e m e u r e
n t d e 1 2 à 1 8 m o i s da n s ces c ha mbres . I ls
ver sent 2 5 % d e l e u r r e ve n u p o u r y demeu
rer. M a is tou s ne réu s - sissent pa s à s ’acc l i
mater à la v i e n o r m a l e . « C e r t a i n s , e n
s o r t a n t d ’ i c i , t o m b e n t c o m - p l è t
e m e n t » , d i t M . O h a n a . « L o r s q u ’ i l
s e n t r e n t d a n s u n l o g e m e n t , c e r t a
i n s h o m - m e s q u i o n t v é c u p l u s i e u r
s a n nées da n s la r ue conti nuent à d o r m i r p a
r t e r r e p e n d a n t de u x o u t r oi s m oi s »,
i l lu s t r e C y r i l Morga n , d i rec teu r de la M
ission B on acc uei l , qu i a el le au ssi ouver t u ne
c i nqua nt a i ne de logement s pou r la réi n sert ion
depu is quat re a n s .
Ceu x qu i réussissent la tra nsit ion de la r ue à la c
ha mbre p e u v e n t p a s s e r à u n e a u t r e
étape. Sher yl , elle, a f ra nc h i ce seu il : depu is
t rois mois , elle est pa ssée du pav i l lon pou r
femmes de la MOB à la ressou rce L e Pont . Une qu i n
za i ne de logements , répa r tis u n peu pa r tout à
Montréa l , da ns des i m meubles tota lement a nony mes
. L es résida nts de ce « pav illon v i r tuel » y
reçoivent la v isite d’u n i nter vena nt de la MOB seu
lement u ne fois pa r sema i ne.
« Je su is heu reuse, ic i. C ’est u n i m meuble t rès
bien tenu », d it l a fe m m e d e 4 8 a n s , q u i a p
a s s é pl u s i e u r s m o i s d a n s la r ue.
U n e t
ra n s i t i o n c r u c i a l e
C e t te p é r io de de t r a n sit ion e n t r e l a r
u e e t u n l o g e m e n t quasi nor ma l est c r uc ia
le, soul ig ne M . Oha na . Fa i re pa sser d i rec
tement les sa ns-abri de la r ue à u n appa r tement
propret , com me le prévoit le prog ra m me fédéra l ,
est u ne entreprise titanesque . « Ç a va êt re du r. D
u r pou r la person ne qu i va assu rer le su iv i , du
r pou r le propr ié - ta i re e t du r p ou r le c l ie
nt . »
D e s e f fe t s p e r ve r s i n a t t e n - du s p ou
r r a ient s u r ven i r. « E n c a s d ’é c he c , on
va ren for c e r le s ent i ment q ue v ive nt plu sie u
r s de n ’ê t re pa s fa it s p ou r la v ie n o r m a
le », s o u l ig n e M a t t h e w P e a r c e . « L a p
r e m i è r e c h o s e q u ’o n va voi r, c ’e s t q ue
l ’a p - pa r te ment va ê t re v ide . L e ga r s va
avoi r ve n du tou s le s me u - ble s », prévoit C y r
i l M or ga n .
É r i c L a t i m e r , l e c h e r c h e u r p r i n c
i p a l d u p r o j e t C h e z s o i , c o m p r e n d
l e s c r a i n t e s d e s r e f u g e s . « M a i s d
a n s l e u r s u i v i d e c l i e n t è l e , i l s n
’o n t p a s l a c a p a c i t é d e f o r m e r u n e é
q u i p e m u l t i d i s c i p l i n a i r e c o m p l
è t e c o m m e c e l l e q u e n o u s a u r o n s . A
v e c u n t e l e n c a d r e m e n t , o n p e u t a i
d e r l e s g e n s à f a i r e l e s a u t e n l o g e
m e n t p l u s r a p i d e m e n t » , e s t i m e -
t-i l .
« C ’ e s t c l a i r q u e ç a l e u r s e m b l e i m
p o s s i b l e p a r c e q u ’ i l s s e r é f è r e n
t a u m o d e d e f o n c t i o n n e m e n t n o r m a
l d u r é s e a u d e l a s a n t é . O r , c e p r o -
j e t , c ’e s t t o u t a u t r e c h o s e » , s o u l
i g n e J a s o n C h a m p a g n e , d u C L S C d e s
F a u b o u r g s .
« Claude Dauphin est déconnecté
de la réalité » - Éric Clément
L’administration Tremblay est critiquée pour son
attitude face aux jeunes de la rue
« La triste réalité est que le centre-ville est devenu
une destination estivale pour ces jeunes marginaux et
leurs chiens. »
BernardPlanteetClaudeRainville, les deux directeurs
généraux des Sociétés de développement commercial du
centre-ville de Montréal, désapprouvent le responsable
de la sécurité publique à la Ville, Claude Dauphin, qui
ne voit « pas de problème » à la forte présence de
jeunes de la rue et de mendiants au centre-ville.
« L’été, c’est le fun à Montréal : il y a de l’action,
de belles femmes, de beaux hommes. Il y a aussi des
jeunes de la rue. Il faut vivre avec ça. Peut-être que
certaines personnes le voient comme un problème, mais il
ne faut pas exagérer. Personne ne nous a demandé de
ressources supplémentaires pour ça. Les travailleurs de
rue font leur travail. Moi, je ne le vois pas comme un
problème », avait déclaré mardi M. Dauphin à La Presse,
dans le cadre d’un reportage sur les jeunes de la rue.
« J’ai été très surpris et déçu des commentaires de M.
Claude Dauphin, dit M. Plante, DG de la SDC du Village,
dans un courriel envoyé hier à La Presse. Il est
inadmissible qu’un élu qui occupe d’aussi hautes
fonctions soit à ce point déconnecté de la réalité. »
« Ce ne sont pas des itinérants qui se battaient à coups
de chaînes et de bouteilles brisées sur Sainte-Catherine
Est (près de Place Dupuis) par un beau dimanche
après-midi, lors de la dernière vente trottoir que la
SDCduVillage a organisée. Mais bien des gangs de rue. Ce
ne sont pas non plus des itinérants qui ont agressé et
volé un employé de la Banque Nationale (succursale Place
Dupuis) sorti prendre sa pause d’après-midi pour fumer
une cigarette à l’extérieur. »
«
Incivilités »
Dans une lettre envoyée à La Presse, le directeur
général de la Société de développement du Quartier
latin, Claude Rainville, écrit également que la présence
de jeunes marginaux « est la cause de nombreuses
incivilités, particulièrement dans le secteur de la rue
Sainte-Catherine ».
« Malgré le fait que plusieurs d’entre eux viennent de
familles financièrement à l’aise, leur vie n’est pas un
conte de fées, écrit-il. Fugue, prostitution,
alcoolisme, toxicomanie, criminalité, maladie mentale,
désinstitutionnalisation: la triste réalité est que le
centreville est devenu une destination estivale pour ces
jeunes marginaux et leurs chiens, venus de partout au
Canada et au Québec. »
M. Rainville estime que le problème n’est pas réglé. «
Malgré le support exceptionnel des deux postes de police
de quartier, notre quotidien est teinté d’incivilités,
d’intimidation, de consommation de drogues et d’alcool
sur le domaine public et privé, d’altercations verbales
et physiques, d’actes criminels, de vandalisme. Pour nos
marchands, citoyens, visiteurs, consommateurs,
travailleurs, touristes, la présence des jeunes
marginaux et de leurs chiens est devenue tout simplement
insupportable. Sans une volonté politique et financière
d’enrayer ce fléau, demettre en place les ressources
additionnelles nécessaires et de passer le message que
Montréal ne tolère pas ce genre de comportement, il y a
peu de chance que la situation change de façon
significative. » Mardi, le maire de Ville-Marie, Benoit
Labonté, a réclamé plus de ressources policières au
centre-ville. Mais l’administration du maire Gérald
Tremblay n’est pas de cet avis. Au contraire, à en
croire un article du Devoir, publié hier,
l’administration Tremblay pourrait réduire les forces
policières. Les coupes budgétaires prévues par le SPVM
pourraient entraîner la suppression d’une centaine de
postes.
Louise O’Sullivan, candidate aux prochaines élections
municipales, a dit elle aussi, hier, être « révoltée »
par les propos de Claude Dauphin. « Les jeunes
désoeuvrés vivant dans la rue à proximité du Palais des
congrès qui accueille des visiteurs du monde entier ne
donnent pas une très bonne image de Montréal. Notre
ville, qui connaît une diminution de la fréquentation
touristique, n’a pas besoin que la municipalité
encourage le vagabondage saisonnier perçu par de
nombreux Montréalais comme un fléau urbain », dit-elle
par voie de communiqué.
Labonté demande une escouade policière
spéciale - Éric Clément
Le
maire de Ville-Marie veut renforcer la sécurité dans
le centre-ville de Montréal
Le maire de Ville-Marie, Benoit Labonté, s’est
récemment fait offrir de la drogue au centre-ville.
Estimant que la vente de drogues dans la rue et les
incivilités augmentent, il a écrit hier au maire de
Montréal, Gérald Tremblay, pour lui demander la
création d’une escouade policière spéciale au
centre-ville.
Dans sa lettre, M. Labonté dit avoir constaté que la
vente de stupéfiants augmente dans le quadrilatère
formé par les rues Amherst, Saint-Denis, Ontario et
le boulevard De Maisonneuve. Et que cette vente, au
vu et au su de tout le monde, « s’accompagne de
gestes qui vont du harcèlement agressif des
passants, résidants, travailleurs et visiteurs en
vue d’obtenir de l’argent pour se procurer des
drogues, à l’utilisation des entrées privées et des
cours arrière comme lieu de piqueries et de
prostitution, en passant par le vol à la tire, dans
les véhicules et sur les personnes », écrit-il.
M. Labonté réclame au maire des ressources
policières supplémentaires et la formation d’une
escouade policière spéciale dédiée à la vente de
drogues, pour redonner au secteur une certaine
quiétude.
Benoit Labonté déplore le commentaire de Claude
Dauphin, responsable de la sécurité publique, dans
La Presse de mercredi. M. Dauphin a dit en substance
que les jeunes de la rue ne représentent pas un
problème au centre-ville. « C’était extrêmement
déplacé de sa part, dit M. Labonté. Surtout que M.
Dauphin est président du comité exécutif et
responsable de la sécurité publique. C’est
totalement irresponsable. »
L’étude
internationale
réalisée par le magazine Monocle sur les villes du
monde où il est le plus agréable de vivre a
également fait réagir M. Labonté. Dans cette étude,
où Montréal se classe 19e sur 25, reculant de trois
places par rapport à l’année dernière, la métropole
obtient des résultats mitigés en ce qui a trait au
nombre de meurtres et de cambriolages.
Monocle indique que Montréal a enregistré 42
meurtres en 2007 et 11 105 cambriolages. En
comparant ces données avec celles des autres villes,
Montréal se classe, pour les meurtres, au 16e rang
sur 20 (les cinq villes suivantes n’ont pas de
données sur ces questions) et au 14e rang pour les
cambriolages. Ces résultats s’ajoutent à l’étude
récente de l’Atlantic Institute for Market Studies
qui place Montréal à la 21e place sur 29 en ce qui a
trait à la bonne gestion d’une ville.
« Il faut s’inquiéter du classement de Monocle et
des autres études, dit M. Labonté. Montréal, étude
après étude, perd du terrain et s’appauvrit. Il y a
un lien dans tout ça. L’appauvrissement entraîne les
incivilités. »
Du coup, les possibles coupes de centaines de postes
de policiers évoquées par la Fraternité des
policiers inquiètent M. Labonté. « Ce n’est pas le
temps de réduire les effectifs policiers, dit-il.
Toute baisse des forces policières va entraîner une
augmentation des problèmes, notamment de la vente de
drogues. Je m’en suis même fait offrir récemment. Il
faut une présence policière accrue. »
À la belle étoile et sous le smog
- Hugo Meunier
ON LES
APPELLE « CREVETTES », « SQUEEGEES » OU, PLUS SOUVENT,
SANS-ABRI : L’ÉTÉ VENU, LES GENS QUI DORMENT À LA BELLE
ÉTOILE DANS LAMÉTROPOLE SE MULTIPLIENT. NUISANCE POUR
CERTAINS, SIMPLE PHÉNOMÈNE SAISONNIER POUR D’AUTRES, ILS
SONT ÉGALEMENT LE SIGNE QU
« T’es trop bien traité, dehors. Tu ne décides pas d’être
dans la rue, mais tu décides d’y rester », admet Dave,
dans la rue depuis 8 ans.
À la fin de sa vie, Roland n’a plus qu’un sac de
vêtements, un vieux vélo déglingué et un sac de couchage.
Comme une poignée de compagnons d’infortune, l’homme de 72
ans dort sous un viaduc qui chevauche une piste cyclable,
en bordure du canal de Lachine, dans le quartier
Griffintown.
PHOTO FRANÇOIS ROY, LA
PRESSE
Boris,
50
ans, et Dave, 25, non loin de leur repaire sous un
viaduc dans le secteur Griffintown. Pour eux, comme pour
plusieurs, il vaut mieux passer l’été à l’extérieur. «
C’est pas tentant pour un jeune d’être obligé d’entrer
dans une mission en après-midi, d’avoir un horaire pour
prendre une douche et de dormir dans un dortoir avec des
vieux qui ronflent », énumère Dave.
Le sac de couchage usé du vieux sans-abri est étendu au
soleil sur un garde-fou, ce qui lui vaut la visite de
Daniel, autre « locataire » du viaduc. « Tu dois ranger
ton sac de couchage en haut. Si on est propre, la police
nous laisse tranquilles », explique Daniel à un Roland un
peu confus.
Installé sous le viaduc depuis quatre ans, Daniel s’est
attribué le titre de « directeur d’hôtel ». Son rôle:
s’assurer que les lieux soient en bon état.
Et ce rôle, il le prend au sérieux. Les cartons utilisés
comme tapis de sol, les vêtements, les sacs de couchage et
les autres effets personnels sont roulés et rangés dans
les extrémités du viaduc. Sauf quelques mégots, rien ne
traîne. « Il faut éviter que les usagers de la piste
cyclable roulent dans les cochonneries. Les policiers
m’ont dit: quand c’est propre, c’est correct », insiste
Daniel.
L’homme de 47 ans veut éviter les dérapages de l’an
dernier, lorsque les effets personnels et les restes de
nourriture envahissaient les lieux et attiraient les rats,
les plaintes puis les policiers. « J’ai alors pris les
choses en main », souligne ce père de deux enfants, qui
souhaite emménager avec Roland pour le sortir de la rue. «
Qu’est-ce que ça fait dans la rue, un gars de 72 ans? »
peste Daniel.
Trop bien à Montréal
À quelques mètres de là, Boris et Dave, deux autres
habitués du viaduc, partagent un joint. « La police nous a
dit: pas de plaintes, pas de troubles », résume Dave, 25
ans, dans la rue depuis huit ans. Le jeune homme de
Joliette se débrouille comme il peut. Il encaisse son
chèque d’aide sociale, mendie un peu et ramasse des
bouteilles. Assez pour griller quelques joints et manger
au restaurant tous les soirs.
Les nombreuses ressources pour sans-abri lui permettent
aussi de profiter quotidiennement de repas gratuits. « Des
fois, c’est ça qui n’aide pas à Montréal. T’es trop bien
traité, dehors. Tu ne décides pas d’être dans la rue, mais
tu décides d’y rester », admet Dave.
Mais vivre dans la rue n’est pas un conte de fées pour
autant. Les buveurs de bière et fumeurs de marijuana
occasionnels comme Boris et Dave trouvent difficile la
cohabitation avec les toxicomanes du centre-ville et les
personnes atteintes de problèmes de santé mentale. « Ils
sont de plus en plus nombreux. Si les fumeurs de crack
viennent ici, les problèmes vont commencer », résume
Boris, 50 ans.
Quant aux missions et aux ressources d’aide aux sans-abri,
elles n’ont jamais eu la cote chez les campeurs urbains.
Surtout pas en été. « C’est pas tentant pour un jeune
d’être obligé d’entrer dans une mission en après-midi,
d’avoir un horaire pour prendre une douche et de dormir
dans un dortoir avec des vieux qui ronflent », énumère
Dave.
« Et puis tu devrais voir ça, ici, le soir, il y a une
famille de renards qui vient nous visiter. C’est un
univers parallèle », enchaîne Boris, visiblement
émerveillé par son coin bétonné.
« C’est un
cinq-étoiles! »
« Ici c’est un cinq-étoiles! » ironise Yvon, assis sur son
matelas posé au milieu d’une mare de déchets, sous un
viaduc du sudouest de Montréal.
Une petite table, quelques bouteilles vides, des chaises
et des cartes à jouer traînent à côté du lit de fortune
dans lequel il dort depuis un mois.
Ce Montréalais de 57 ans partage cet espace glauque avec
une demi-douzaine de personnes. Certains y vivent depuis
des années. Des écouteurs vissés aux oreilles, Yvon écoute
la radio pour étouffer le vacarme des voitures qui
défilent sans relâche au-dessus de sa tête.
Il a atterri ici à cause de problèmes familiaux. « Mais
mes affaires vont se placer vite, croit-il. Je n’ai pas le
choix, je ne peux pas être plus bas que ça. »
Cohabitation pacifique
Le square Viger sert depuis des années de gîte aux
sans-abri. Ils sont plusieurs étendus les uns à côté des
autres sur des matelas, près de la rue Notre-Dame.
Ici, c’est le coin des consommateurs de drogues par
injection, explique l’un d’eux, Éric. « Les punks se
tiennent de l’autre bord, du côté de la rue Berri »,
ajoute-t-il.
Les deux groupes disent cohabiter pacifiquement.
Et puis il y a moins de « crevettes », cette année – ces
jeunes des régions ou du reste du pays qui viennent vivre
dans la rue le temps d’un été –, remarque Éric.
Même si la présence des sansabri semble tolérée au square
Viger, les policiers viennent régulièrement faire le
ménage. « Il y a deux jours, un camion de la Ville est
venu, escorté par les policiers. Ils ont tout jeté. On a
attendu une heure, puis on s’est réinstallés », raconte
Éric, qui assure que plusieurs règlements maison sont en
vigueur dans son coin pour éviter les problèmes avec les
autorités. « Si tu urines partout, cries, te mets tout nu
ou jettes tes seringues par terre, t’es dehors »,
prévient-il.
« On accumule des sofas, des matelas, des tapis, et quand
on commence à trop s’installer, les policiers viennent
nous évincer », raconte Aurélie, qui vit dans l’aile des
punks, quelques mètres plus loin. « Si on nous tolérait
vraiment, on ne nous mettrait pas dehors une fois par
semaine », ajoute la jeune femme de 19 ans avant de
partir, sa raclette sous le bras.
Du tourisme sans abri
On les
voit partout ces jours-ci au centre-ville de Montréal.
Jeunes et moins jeunes. Débraillés. Sans-abri d’un été,
ils quêtent, brandissent leur raclette aux intersections
des rues, boivent sur les trottoirs et campent n’importe
où, enroulés dans un duvet à l’ombre d’un mur de béton.
Montréal
attire
avec ses différents festivals et ses activités
multiple. Chaque été des jeunes de partout viennent y
passer l’été pour y faire la fête. Ils quêtent,
brandissent leurs raclettes aux intersections, boivent
sur les trottoirs et campent n’importe où, enroulés
dans un duvet à l’ombre d’un mur de béton.
On les appelle les crevettes. Ce sont souvent des jeunes
qui débarquent en ville. Montréal est si agréable,
l’été, quand il fait beau et qu’il y a de la musique
partout…
Considérés pa r plusieurs Montréalais comme un véritable
fléau urbain, ces jeunes ne doivent pas être confondus
avec les véritables sans-abri, prévient le maire de
l’arrondissement de Ville-Marie, Benoit Labonté.
« Attention, il y a les vrais sansabri, et il y a des
programmes et des ressources pour leur venir en aide.
Par ailleurs, il y a le phénomène estival, appelons-les
par leur nom, des crevettes, dit M. Labonté. Ces gens-là
ne sont pas des itinérants. Ce sont des fêtards,
généralement de l’extérieur, qui viennent solliciter nos
espaces publics. Il est là, le vrai problème, et il est
difficile à traiter. »
La Ville a du mal à circonscrire ce phénomène malgré les
contraventions données à la moindre infraction. L’an
dernier, un total de 229 constats ont été remis à des
personnes qui avaient sollicité un automobiliste,
notamment aux feux de circulation. En comptant ceux
donnés à des individus qui ont fait de la sollicitation
sur la place publique, on arrive à 317 constats.
Durant l’été 2007, soit du 1er mai au 30 septembre 2007,
le Service de police de la Ville de Montréal a remis un
total de 663 constats d’infraction à des sansabri qui
gisaient ivres ou flânaient sans raison dans un parc
après minuit (ce qui est interdit).
Le SPVM
ne nous a pas donné de chiffres pour l’été 2008, mais
pour toute l’année 2008: le nombre a atteint 886 en 12
mois. Peut-on parler d’une augmentation? Le commandant
du poste de quartier 21, Alain Simoneau, pense que non.
« Les gens de l’extérieur, on n’en voit pas plus,
dit-il. Par contre, on voit de plus en plus de gens de
Montréal. Des jeunes de la rue, il y en a autant, bon an
mal an. Ils sont peut-être plus dérangeants à cause de
la rue piétonnière. »
M. Simoneau dit qu’il y a des plaintes de commerçants,
mais « pas plus qu’avant. ». M. Labonté rappelle que son
arrondissement a pris des mesures dans le passé. On a
fermé les parcs après minuit il y a trois ans. Puis, on
a interdit les chiens au parc Émilie-Gamelin et au
square Viger. Mais on ne peut pas faire plus, dit Benoit
Labonté, car il faut respecter la charte des droits et
libertés. Pas question de procéder comme à New York, où
on a déclaré persona non grata tous les marginaux qui
quêtaient ou qui déshonoraient le paysage urbain et qui
faisaient fuir les touristes.
M. Labonté pense toutefois qu’on doit aller plus loin
mais que c’est du ressort de la ville centre, pas de
l’arrondissement. « Il y a un problème de ressources
budgétaires et humaines, dit-il. La Ville centre ne
reconnaît pas ce problème. La présence policière est
insuffisante. Il y a une fermeture d’esprit.
L’arrondissement ne peut pas ajouter de ressources. Dans
ce dossier, il y a des élans de partisanerie qui ne
devraient pas être. »
Quand La Presse a demandé au commandant Simoneau s’il
avait assez de ressources pour s’occuper de ce problème,
il a répondu: « Ce n’est pas à moi de répondre à cette
question. Je travaille avec les ressources dont je
dispose. C’est au corporatif qu’il faut poser la
question. »
Le « corporatif », c’est l’administration du maire
Gérald Tremblay. Le responsable de la sécurité publique,
Claude Dauphin, dit que les initiatives de Ville-Marie «
ont déplacé le problème dans les autres arrondissements
».
« L’été, c’est le fun à Montréal: il y a de l’action, de
belles femmes, de beaux hommes. Il y a aussi des jeunes
de la rue. Il faut vivre avec ça. Peut-être que
certaines personnes le voient comme un problème, mais il
ne faut pas exagérer. Personne ne nous a demandé de
ressources supplémentaires pour ça. Les travailleurs de
rue font leur travail. Moi, je ne le vois pas comme un
problème. »
M. Dauphin dit que la Ville a travaillé avec Québec pour
essayer de trouver des solutions, notamment en créant un
tribunal en santé mentale pour les sans-abri qui en ont
besoin. Mais cela ne s’applique pas à tous les jeunes de
la rue. « Je ne dis pas que c’est parfait mais il faut
travailler avec nos partenaires et trouver d’autres
solutions », dit-il.
VOUS AVEZ DIT CREVETTES?
Pourquoi
nomme-t-on « crevettes » les jeunes qui choisissent de
vivre dans les rues ou les parcs de la métropole en
période estivale ? Personne ne saurait vraiment le dire.
Mais dans le milieu, ce terme a été adopté pour désigner
des jeunes, souvent des mineurs, provenant parfois de
milieux aisés. Venus chercher « l’expérience » de la
rue, ils adoptent un style vestimentaire marginal.
Certains lavent des pare-brise, d’autres quémandent pour
vivre. Lorsque les premiers signes de la belle saison se
font voir, ils convergent au centre-ville. Si certains
sont des régions du Québec ou de la métropole, d’autres
viennent d’aussi loin que Vancouver, Halifax, Toronto ou
les États-Unis.
Dan Bigras se dit « très inquiet » - Ariane
Lacoursière
Le
porte-parole du Refuge des jeunes, le chanteur Dan Bigras,
se dit « très inquiet » du déménagement possible de son
organisme et déplore ne pas avoir été informé avant de
cette éventualité.
Le
Refuge des jeunes aide chaque année plus de 600
adolescents démunis.
Le Refuge des jeunes, qui aide chaque année plus de 600
adolescents démunis de la métropole, risque l’expulsion
depuis que l’église Saint-Louis-de-France, où sont situés
ses locaux, a été vendue.
L’établissement, situé au coin des rues Berri et Roy dans
le Plateau Mont-Royal, a été acheté au début du mois par
l’Église évangélique Restauration pour 1,3 million. Mais
le président de l’Église, Byron Quevedo, n’annoncera que
la semaine prochaine ce qu’il adviendra du Refuge des
jeunes.
« On nous garantit que la semaine prochaine, on saura ce
qu’il adviendra de nous, affirme la directrice générale du
Refuge, France Labelle. Mais en attendant, on est laissés
dans le noir. »
L’église Saint-Louis-de-France n’attirait plus les fidèles
depuis quelque temps et c’est pourquoi elle a dû être
vendue. L’Église évangélique Restauration, qui cherchait à
quitter ses locaux trop étroits du quartier Villeray, l’a
donc achetée.
Pour Dan
Bigras, il est étonnant que le clergé de Montréal n’ait
pas informé le Refuge des jeunes de la transaction. « Je
ne comprends pas ce silence. On a fait comme si le Refuge
n’existait pas », dénonce-t-il.
Comme l’a rapporté Le Devoir, hier, M. Quevedo n’a pas
encore déclaré officiellement ses intentions par rapport
au Refuge des jeunes. Par la voix de son fils, le nouveau
propriétaire a indiqué que la survie de l’organisme
n’était pas menacée dans l’immédiat, mais que l’Église
évangélique Restauration, qui compte déjà 400 fidèles, est
en pleine expansion.
Dan Bigras n’est pas optimiste. « D’après moi , l’ Église
aura besoin de tous les locaux... On est très inquiets.
Déménager une organisation comme le Refuge des jeunes
prend du temps », dit-il.
Le Refuge des jeunes occupe le sous-sol du bâtiment depuis
1989 et possède un bail valide pour encore deux ans. Il
pourra donc rester dans ses locaux jusqu’en octobre 2011.
Mais Mme Labelle a hâte d’être fixée sur son avenir.
En attendant, elle ne veut pas alerter ses jeunes clients,
qui sont aux prises avec des problèmes divers, dont la
toxicomanie. « On va attendre la réponse des nouveaux
propriétaires, dit Mme Labelle. Mais si on nous expulse,
je vais remuer ciel et terre pour nous réinstaller
rapidement. »
Des organismes claquent la porte des
consultations
— Les
consultations en vue de l’élaboration du prochain plan de lutte
contre la pauvreté ont commencésurunenotediscordante, hier, des
représentants d’organismes sociaux accusant le ministre de
l’Emploi et de la Solidarité sociale, Sam Hamad, d’avoir établi
des orientations qui ne tiennent pas compte de leur point de
vue.
Peu après l
’ouverture des consultations, neuf organismes ont claqué la
porte du Centre des congrès de Québec, où se tient la rencontre,
afin de protester.
Lors d’une conférence de presse, M. Hamad a tenu à assurer que
rien n’était décidé d’avance et que seules les consultations
serviront à élaborer le prochain plan de lutte contre la
pauvreté.
Bienvenue à toi, l’enfant d’immigrant -
Sylvia Galipeau
Cela a tout
l’air d’un banal cadeau pour nouveau-né. Une pochette rose ou
bleue, contenant pyjama, couverture, bonnet et pantoufles.
Sauf que ce cadeau pour nouveau-né est tout sauf banal. Car il
ne servira pas qu’au bébé à qui il est destiné. Il permettra à
d’autres, moins gâtés, de partir aussi du bon pied dans la
vie.
La pochette, signée Assistance maternelle, disponible pour
l’instant dans quelques magasins seulement (Bummies, Bleu
Nuit, Literie Toudou) fait partie d’une campagne plus vaste
d’autofinancement de l’organisme à but non lucratif qui,
depuis près de 100 ans, vient en aide aux femmes enceintes
dans le besoin. Lire: pauvres et sans ressources, pour la
plupart immigrantes.
En bref, chaque pochette vendue servira à financer la
confection d’un petit trousseau pour nouveau-né démuni. On ne
parle pas ici d’une pochette cadeau, mais d’un trousseau, un
vrai, pour répondre à une nécessité. Un « kit de départ »,
quoi, avec serviette, savon, bonnet, couverture, draps,
quelques pyjamas, camisoles et bavoirs. Le genre de truc que
ses copines offriraient à la future maman. Ou encore la
famille, ou les collègues de travail. Sauf que ces femmes
ciblées, référées par les CLSC, n’ont pas de copines ici.
Encore moins de famille ou de collègues de travail. Et elles
n’ont rien. Souvent elles ont moins que rien.
« Ici, neuf femmes sur 10 sont immigrantes. Ces femmes-là
viennent d’arriver. Elles n’ont personne vers qui se tourner,
a raconté cette semaine Marie Guilmette, chargée de projets,
rencontrée dans le sous-sol de l’église Saint-Viateur, le
quartier général de l’organisme. On entend toutes sortes
d’histoires. Plusieurs ont laissé des enfants dans leur pays
d’origine. » Imaginez leur désarroi.
Depuis près
d’un siècle, l’organisme Assistance maternelle roule sur les
intérêts de la fortune de sa fondatrice, une certaine Caroline
Hamilton, veuve d’un riche homme d’affaires. En 1912, la dame
s’est lancée dans la bienfaisance, en ouvrant des dispensaires
pour les « mères nécessiteuses », essentiellement, à l’époque,
des mères québécoises de plus de sept enfants, vivant dans une
extrême pauvreté. Ici, elles recevaient les premiers soins,
une layette pour leur bébé, même du charbon pour chauffer leur
maison. Avec les années et l’apparition de la carte soleil, la
mission médicale de l’organisme a disparu. Mais la vocation
vestimentaire est demeurée.
« Nous fonctionnons encore avec le capital d’origine, mais de
moins en moins », explique Marie Guilmette. D’où la campagne
d’autofinancement. Résultat: chaque pochette vendue en magasin
(100% faits au Québec: les pyjamas sont signés Coccoli et tout
le reste est confectionné par l’entreprise d’insertion Petites
Mains) servira à financer une autre pochette, un peu moins
coquette, certes, mais drôlement plus salutaire. Cette année,
on espère rejoindre 2000 mères dans le besoin.
Pourquoi si peu de Québécoises ? « Je pense que c’est parce
que les Québécoises ont déjà un réseau, une soeur, une
belle-soeur vers qui se tourner », avance Marie Guilmette.
Quand elles arrivent à leur tour à Assistancematernelle,
qu’elles viennent d’Iran, du Pakistan ou du Maghreb, ces mères
se trouvent, elles aussi, un petit début de réseau. « Et elles
nous remercient tellement. Parce que pour elles, la trousse,
c’est beaucoup plus qu’une couverture ou un bonnet. C’est un
signe de bienvenue. »
Pauvreté: pour une véritable chance
Le 21 avril dernier, le Comité
consultatif de lutte à la pauvreté et à l'exclusion sociale a
présenté son avis sur les cibles de revenu des personnes et des
familles. C'est un devoir que lui avait donné la Loi visant à
lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale.
Nous sommes le Comité AVEC, un comité
permanent du Collectif pour un Québec sans pauvreté. Notre
groupe est composé d'intervenants, de chercheurs et d'une
majorité de personnes en situation de pauvreté qui croisent
leurs perspectives pour éclairer la lutte à la pauvreté. Nous
avons réfléchi sur cet avis. Nous applaudissons les
recommandations du Comité consultatif qui portent sur
l'abolition des catégories à l'aide sociale : c'est un grand pas
dans la lutte aux préjugés. Nous apprécions aussi les efforts du
Comité consultatif pour améliorer le revenu des personnes en
situation de pauvreté.
Mais nous trouvons que l'avis ne va pas assez loin. Il
recommande de verser 80% de la mesure du panier de consommation
(MPC) comme soutien financier. La MPC correspond à la couverture
minimale des besoins de base. Ne verser que 80%, c'est accepter
que des personnes ne puissent combler ces besoins. Les personnes
devront encore choisir de se priver de nourriture saine pour
avoir le téléphone ou pour se chauffer convenablement. Il faut
donc viser à atteindre rapidement 100% de la MPC.
La MPC couvre les besoins de base, mais c'est encore loin
de la sortie de la pauvreté. Se payer le minimum en logement,
nourriture, transport et médicaments, c'est différent que de
pouvoir faire des projets pour l'avenir. L'esprit de la Loi vise
le respect de la dignité des personnes et la sortie de la
pauvreté, et c'est pourquoi il faut établir une cible claire
pour y arriver. La participation des personnes en situation de
pauvreté est nécessaire à la définition de cette cible.
Ça vaut la peine d'augmenter les revenus des personnes et
des familles. Il ne s'agit pas seulement de pouvoir combler ses
besoins de base, mais aussi de pouvoir s'épanouir sur les plans
social et culturel. Cela signifie pouvoir s'acheter une passe
d'autobus, recevoir les amiEs des enfants, quitter son logement
inadéquat et déménager dans un endroit qui correspond à ses
besoins, etc. Cela permet de faire autre chose que seulement
penser à couvrir ses besoins. C'est avoir le choix, avoir une
marge de manoeuvre. C'est aussi un tremplin, une véritable
chance d'améliorer sa situation, « c'est ça qui m'a permis de
retourner à l'école ».
Il y a également des effets qui touchent l'ensemble de la
société. Une hausse du revenu des personnes et des familles
permet de mieux distribuer la richesse, de mettre un terme à
l'appauvrissement, de faire des économies, de diminuer les coûts
en santé et services sociaux, de diminuer le décrochage
scolaire.
Il faut augmenter les revenus des personnes au bas de
l'échelle, parce que ne pas appliquer la Loi visant à lutter
contre la pauvreté et l'exclusion sociale que le Québec s'est
donnée, revient à ne pas respecter la démocratie et les droits
de tous. Nous croyons à la solidarité de tous les citoyens, que
nous soyons ou non en situation de pauvreté. Lutter contre la
pauvreté, c'est contribuer à l'enrichissement collectif de la
société québécoise dans son ensemble.
Il faut également, à part des revenus, aborder la question
de la redistribution de la richesse. Il faut inventer de
nouveaux modèles de développement humain, social et économique,
car ce n'est pas vrai que tous ont la même égalité de chances.
Au-delà des compétences et des efforts des personnes, un
ensemble de conditions sociales, politiques et économiques
influencent les possibilités de sortir de la pauvreté. Pour
reprendre une image du Collectif pour un Québec sans pauvreté,
vivre la pauvreté, c'est comme essayer de monter dans un
escalier roulant qui descend.
Dans cet escalier, il y a toutes sortes de visages de la
pauvreté : personnes handicapées ou malades, travailleurs et
travailleuses à faible revenu, femmes, autochtones, étudiants et
étudiantes, immigrantes et immigrants, personnes âgées,
personnes seules. Car la pauvreté n'envoie pas de carton
d'invitation; demain, c'est aussi chez vous qu'elle peut se
présenter.
Le comité AVEC est composé de Patrick Bacon, Micheline
Bélisle, Michel Bellemare, Sophie Dupéré, France Fournier,
Lucie Gélineau, Jean-Pierre Hétu, Pierre-Paul Jourdain,
Laurence Lavoie, Bert Luys, Danielle Thibault et Noëlla
Vincent.
Un revenu garanti pour les pauvres ?
Un rapport du
Sénat sur la pauvreté conclut que les avantages fiscaux pour
les pauvres devraient être revus à la hausse afin de leur
fournir un revenu égal au seuil de faible revenu.
Le rapport,
rédigé par le comité sénatorial permanent des Affaires
sociales, des Sciences et de la Technologie, recommande à
Ottawa de rétablir un salaire minimum fédéral fixé à 10$
l’heure. Il conseille aussi l’augmentation progressive de la
Prestation nationale pour enfants.
Le rapport fait valoir que l’objectif devrait être de sortir
les Canadiens de la pauvreté plutôt que de tenter de rendre la
pauvreté plus gérable. Il exhorte aussi les gouvernements
fédéral et provinciaux à unir leurs efforts pour garder les
jeunes à l’école, aider l’éducation postsecondaire et appuyer
davantage les programmes de formation.