Politique
générale
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Another ‘Winner
Take All’ System: Alternative Vote (AV)
Trump
and Mussolini: It Can't Happen Here?
Government of the technocrats, by the technocrats, for the
technocrats
La médiocratie
Le consensus au coeur du système
politique des Territoires du Nord-Ouest
Consensus democracy
Consociationalism
Consensus government in Canada
What is Consensus Government?
Differences from Provincial Governments
What is consensus government?
Kevin
O'Brien
What
is consensus government?
Consensus
government not working in the N.W.T.
Révélation
nouvel ordre mondial (Aldous Huxley)
Et si conspiration il y avait ?...
PARIS
PSYOP - INSIDE JOB - MOSSAD ATTACKS
CHARLIE HEBDO
Charlie
Hebdo Terror Attack: Top
Conspiracy Theories
«Charlie Hebdo»: l'affaire agite les
complotistes
Charlie Hebdo Conspiracy Theories - Ignore or Address?
Saveur de syllogisme
29 Drawings Will Make You Question Everything Wrong In
The World
Svali
et les Illuminati
L’Exposé Greenbaum
GOUVERNEMENT
MONDIAL
The
Five Stages Of Collapse, By Dmitry Orlov - Book Review
Face au vide de la pensée politique, les philosophes
entrent en scène
VOX POP - Guy
Nantel : Le droit de vote pour tous?
Vouloir le changement pour le changement...
Sondage
Léger Marketing-Le Devoir - Legault sur les traces du NPD
... Aussi incohérente l'issue du-t-elle en être...
1- 800- DUCEPPE
Lettres
- Les indignés de la langue et ceux de la finance
L'itinérance,
le problème des indignés?
Après
l’occupation
Protesters are still the canary in the coal mine
Toronto’s
protesters have the right to stay put
De
Génération d'idées à Sortie 13 - Le Québec est-il mûr pour
une seconde «Révolution tranquille»?
Un
projet radical - Le pouvoir aux citoyens
Pour
une nouvelle culture politique - Les Marois, Khadir et
Deltell soutiennent Pagé
Je m’indigne, tu t’indignes, êtes- vous indigné?
«
Le message, c’est la protestation »
Une indignation à géographie variable
Réinventer
la politique - François
Brousseau
Mouvance
Occupons Wall Street - Un «jalon historique» dans la
remise en question du capitalisme
OCCUPER LA PLANÈTE
La
rue, la nuit
La queue de poisson
There is no constitutional right to Occupy
Les
projets d’avenir
Notes from the occupation - Margaret Wente
50
penseurs pour un monde nouveau
Crise
démocratique au Québec - Faudrait-il abolir les partis
politiques?
Le
député Sylvain Pagé veut en finir avec le système
britannique
Un
député péquiste propose une nouvelle façon de faire de la
politique
How to win an election: go knock on doors
À
quand des compromis ?
A
pollster’s painful reckoning: ‘How could I have screwed up
so badly?'
La marque "Libérale" appartiendrait-elle tout simplement au
passé ?
Besieged Liberals must find a way to Grit and bear it
Démocratie directe
Une tendance bienvenue
Libre
opinion - Démocratie et «dictature du peuple»
The
pros and cons of public referendums
Et si celle-ci avait pourtant ses limites ?...
Le fléau du populisme
Une nouvelle idée magique
Se pourrait-il donc que notre mode de scrutin ne reflète
tout simplement pas la volonté de la population ?
La
réplique › mode de scrutin - La proposition du PQ nie le
pluralisme politique
Point
chaud - Rae veut réformer le mode de scrutin
Le
Canada
est-il
vraiment
une
démocratie?
-
Charles-Olivier Tremblay
Recomposition
du paysage politique - Des questions pour les
progressistes
Un mode de scrutin à changer
Elizabeth May’s win, the Green collapse and our broken
electoral system
How vote-splitting gave the Tories Ontario – and a
majority
Échanger
son
vote
:
le
nouveau
vote
stratégique
Une
percée du NPD pourrait procurer une majorité à Harper
Harper
et le NPD en hausse
Chicoutimi-Le
Fjord - Convaincre électeur par électeur
Will NDP’s West Coast surge pay off for Tories?
À
qui Layton fera-t-il mal au Québec?
Why everyone – including the Bloc – will join the NDP
pile-on
Le Bloc redoute la division du vote
Layton
ne croit pas que sa montée aide les conservateurs
Coalitions: A way of the world Canadians don't embrace
Democratic reform should be the central issue of this
election
For
an
electoral
system
that
works,
look
Down
Under
-
Jeffrey
Simpson
Et si la proportionnelle s'avérait en fait la solution ?
L'Association pour la revendication des droits
démocratiques
Des
militants manifesteront pour la proportionnelle
Le mensonge serait-il donc indissociable de l'exercice du
pouvoir ?
In Ontario, we're bugs headed for an economic windshield
First
the election, then the truth - Jeffrey Simpson
There's no shelter from the world's economic storm -
JEFFREY SIMPSON
Ontario election promises: Now you see ’em, now you don’t
- JEFFREY SIMPSON
Great
expectations
make
for
bad
politics - Lawrence Martin
Good tax policy doesn’t sell itself – it also needs a good
name
En ne se donnant même pas la peine de nous expliquer comment
ils comptent arriver à remplir leurs engagements, nos partis
politiques ne se moquent-ils pas tout simplement de nous ?
Le fléau de la cohérence
Making
it
up
on
the
fly
in
a
desperate
bid
for
votes
-
Jeffrey
Simpson
Des
questions
sans
réponse
La valse des milliards
Harper
fait-
il
confiance
à
l’univers?
Why the parties' federal budget projections are less than
credible
Le
chef
du
PCC
refuse
de
donner
des
précisions
Franc
jeu
Harper
refuse d'expliquer les coupes prévues dans son programme
Why
extremist
base
politics
are
the
real
obstacle
to
U.S gay rights
Are
your
politics
hard-wired?
Démocratie
L’erreur des électeurs?
Une
habitude qui se perd
L’intérêt
de
TOUS
les
Canadiens
?
Les
méthodes du maire Drapeau
Mythes
et
clichés
électoraux
As voter numbers
decline, online voting would help boost engagement -
Globe Editorial
Élections
Why this campaign has been a boon to democracy
Élections
fédérales - Dans quel siècle sommes-nous ?
La
campagne
des
Tim
Hortons
Election
Ringside,
April
26:
The
NDP's
Quebec
retreat
Canadian
voices
speak
about
the
world,
even
if
our
politicians
don’t
An
election
is
war
by
other
means
-
Tom
Flanagan
Be
a
smart
voter
–
Canada
needs
you
Five
reasons
Ottawa
is
turning
you
off
Public
opinion
turns
when
you
least
expect
it
Sondages
ThreeHundredEight.com
- Une faille dans la matière première
Presque
dans
le
mille
Commissions d'enquête
Here’s the right way to reform health care
À
surveiller ou à oublier en 2012 -
Chantal Hébert
How
do leaders without seats reach the Commons?
Mark Carney: The man who speaks the truth - JEFFREY
SIMPSON
Le
pantin- Michel David
Famous last words: Gaffes that have sunk political
campaigns
How parliamentary experience plays into NDP leadership
race
Le
syndrome de l’homme fort
Want to feel better about Harper? Look around you - Gerald
Caplan
Perspectives
- Les indignés
Inondations
en Montérégie - Faire comme avant
Why
did
all
the
West’s
big
centrist
parties
go
down
the
drain?
Noisy differences,
quiet agreements with Harper-
Jeffrey Simpson
Economic impact of NDP win? Not much
The paranoid can't
handle the truth
Y a- t- il trop d’avocats en politique?
Tant qu’à voter pour un gros cave...
The
incredible
power
of
civil
disobedience
Révolution?
Sans aucun doute
Un
groupe veut faire invalider la Loi élecorale en Cour
d'appel
Confusion des rôles
Five
years
later,
Harper
has
made
Canada
more
conservative
Five years later, Harper has found the sweet spot
Whistlin’
past
the
graveyard
of
conservative
vows
-
Jeffrey
Simpson
Vote
Liberal or suffer again under Tory thumb, Ignatieff says
Believe
me, you can’t trust anyone-
Gerard Caplan
B.C. Dippers, Kory's kickers and anonymous Liberals
It’s
time
for
the
‘falling
on
my
sword’
ritual
-
Jeffrey
Simpson
Let’s
have
a
mature
discussion
about
public
finances
-
Jeffrey
Simpson
Life
cycle
of
an
opposition
leader
-
Jeffrey
Simpson
Entrevue
- « Le produit Berlusconi est périmé, mais il n'y a pas de
produit de remplacement »
Trop d’élus, trop de maires
Malheur à qui dit la vérité
La politique ne devrait-elle pas pourtant se résumer à autre
chose qu'à chercher la confrontation de tous bords et tous
côtés ?...
Après
la
pluie...
Jean
Lapointe
fait
ses
adieux
au
Sénat
A
cabinet manual could protect us against abuses of power
How Tories could do transparency
Se pourrait-il donc que les pétitions soient bel et bien
capables d'avoir un véritable effet politique, après tout
?...
Online
petition demands Champlain Bridge be rebuilt
Pétition
sur le site de l'Assemblée nationale - Un citoyen réclame
en ligne la démission de Pierre Moreau
Le
PLQ
veut
bloquer
les
futures
pétitions
Revigorer
la
démocratie
La
souveraineté
du
citoyen
En
bref - Pétition falsifiée: pas d'enquête
Succès
monstre d'une pétition anti-Charest
Stéphane Gendron, fou des villages
Senior government liars deserve to be outed
Our
irrationally
rational
airport
security
rationale
-
Jeffrey
Simpson
La désertion du citoyen
Le courage de dénoncer
Lies, statistics and … damned budget spinning
Une histoire un peu différente...
De
mieux en mieux
There’s
good
reason
the
masses
are
revolting
Le
maire
de
Toronto
propose
un
programme
pragmatique
Stop
polarizing our discourse - Preston Manning
Maxime
Bernier
wants
to
have
an
adult
conversation
-
Globe
Editorial
Les
dissidents
The
caving
of
three
provincial
Grit
fortresses
Dear
Toronto:
a
warning
from
your
Ottawa
cousins
All
for
one,
and
one
for
all
Parlons des vraies choses, M. Bolduc
And what about Rep by Pop ?
Carte
électorale - Le poids des régions
No excuse for electoral inequality
Longueuil’s downsizing plan needs a second look
Après
l'Église, la Politique
Rob
Ford
and
the
loss
of
hope
The fiscal drag in Ontario is bad – why won’t our
politicians say so? - Jeffrey Simpson
Targeting
lobbyists
is
good
politics,
but
is
it
good
policy?
The Rob Ford phenomenon
Meanwhile in New Brunswick..
Why
incumbents
are
down
across
the
board
Perspectives
- L'entre-Bush
Fins
de règne... -
Chantal
Hébert
Les
valises
Messing with politicians’ pensions can have unintended
consequences
La vie politique
Member
of
Parliament
–
there’s
no
job
like
it
-
Jeffrey
Simpson
The trouble with the political lifer - Jeffrey Simpson
Un
été de bullshit
The disintegration of the welfare state
Rude and crude,
eschewed - Ed Broadbent
How to fix Question Period
Reform
Question
Period,
but
keep
the
cut
and
thrust
Can
Parliament
be
fixed?
La
déchéance parlementaire - Discipliner partis et députés ne
suffira pas
The
answer
to
our
unruly
Question
Period?
-
Preston
Manning
Parliament
must
be
trusted
with
state
secrets
Perspectives
- Cépamoicélui
Économie: le syndrome A(H1N1) - Alain Dubuc
Premier Campbell: It’s
time for a change - Jeffrey Simpson
Les nouveaux gourous - Alain Dubuc
Le
militant-sénateur
-
Yves Boisvert
Le parcours du pénitent - Lysiane Gagnon
Fair Britannia, splashing around in coalition waters
L'amour
au
temps
des
volcans
-
Rima Elkouri
We're
all humbled by a volcano's power
Amenez-en
des
scandales!
-
Nestor
Turcotte
Lettres
- Climat politique nauséabond
D'une
vache
à
l'autre
-
Mario Roy
We're
Canadians,
not
Vulcans
Avatar
and the politics of our time - Rick Salutin
Régis Labeaume incarne le refus de l'élitisme, selon un
chercheur
Les temps sont durs
Les
parlements,
un
cirque?
Génération «ex» - Alain Dubuc
Perspectives - Corruption discrète
State capitalists are having their day
Dictatures
2010
Le modèle chinois
Perspectives
- Damnée démocratie
2009
vue par les Québécois: Obama, la Caisse de dépôt et
l'ADQ
L'année de A à Z - Yves Boisvert
Mon année en 10 paragraphes - Rima Elkouri
2009
en quelques flashs - Patrick Lagacé
La culture en 2009 - Pierre Foglia
La
violence acceptable - Mario Roy
Le
service public - Nathalie Collard
Le
monde désabusé par le capitalisme
En bref - Tibet: affaire classée
Le
maire
Charlie
Brown
-
Stéphane Laporte
À
quoi sert une commission d'enquête? - Yves Boisvert
Ascenseur et anarchie -
STÉPHANE LAPORTE
Pandémie de cynisme -
Richard Vigneault
DÉMOCRATIE EN PÉRIL - NORMAND
PERRY
L'indécence
- VINCENT MARISSAL
Aveuglement fiscal volontaire -
VINCENT MARISSAL
PAS PARFAIT, MAIS BEAUCOUP PLUS PROPRE -
VINCENT MARISSAL
Sylvie Roy, inspectrice Gadget -
PATRICK LAGACÉ
Marre des gouvernements minoritaires ANDRÉ PRATTE
La candeur, nue et brute - PATRICK
LAGACÉ
Éloge de la candeur - Patrick Lagacé
Une
commission, mais laquelle? - Alain
Dubuc
UN PRIX EXORBITANT -
Yvan Loubier
Sexy, mensonges et magnétophone ANDRÉ PRATTE
Chacun son torchon
- André Pratte
Une amende pour les non-votants?
La carotte avant le bâton -
VINCENT MARISSAL
De l'asphalte et des hommes - PATRICK
LAGACÉ
RIP pour la RP - LYSIANNE
GAGNON
La résurgence du
politique - LOUIS BERNARD
Police : Le règlement, le jugement - PATRICK LAGACÉ
Ni l’ADQ ni le PLQ n’y voient de problème
Penser, activité principale des villes
modernes
Fin de session pépère
- VINCENT MARISSAL
Un simulacre de démocratie
Le CA de l’UMQ représentatif
Le courage du nom - ANDRÉ PRATTE
Bixi, blogue et bullshit - PATRICK
LAGACÉ
RÉPLIQUE Non aux
certificats d’illégalité
Le courage de ses convictions
- ANDRÉ PRATTE
Qui assumerait les fonctions de premier
ministre en cas d’incapacité à gouverner ?
- Malorie B eauchemin
VOTES D’AÎNÉS INAPTES Une enquête est
demandée - Ariane Lacoursière
La démocratie - Pierre Foglia
Le Parlement, qu'ossa donne? - André Pratte
Jets d'oeuf et gaz fumigènes au Parlement ukrainien
|
LE DEVOIR
L'homme de l'année
Le
bon
vieux
temps
-
Michel
David
De
l'engagement politique
S'engager à gauche sans être
partisan de la souveraineté: mission impossible?
THE GAZETTE
GLOBE AND MAIL
***
L'ACTUALITÉ
TIME MAGAZINE
|
Saint Gabriel, péchez pour nous
Changer le
monde
The Synergy Engine
11 suggestions pour rénover la démocratie
List
of countries using proportional representation
La démocratie sous l’oeil des mathématiciens
Blue-ribbon panel
Noms de partis réservés (auprès du DGE)
MACHIAVEL- Le Prince (extraits)
|
|
Pandémie de cynisme - Richard
Vigneault
Les élus ne
sont pas tous pareils, pas tous pourris
Le t aux de vaccination contre la grippe A( H1N1) sera
probablement supérieur au taux de participation aux élections
municipales à Montréal. Dans l’état actuel des choses, on ne
s’étonnera pas que les Montréalais tiennent plus à leur santé
qu’à leur démocratie. Cette dernière est fort mal en point. Le
constat est navrant : le niveau de confiance dans les
politiciens est inversement proportionnel au taux de cynisme
de la population.
PHOTO ROBERT SKINNER, LA
PRESSE
Quelque 5,25 % des électeurs inscrits
se sont rendus voter hier à Montréal. C’est presque deux
fois plus qu’en 2005, alors qu’à peine 2,9 % des Montréalais
avaient participé au vote par anticipation.
Toutefois, en matière de cynisme, il y en a qui sont plus
atteints que d’autres ! Il en est ainsi de Benoit Labonté. I l
a omis de porter le masque, i l a toussé, i l a éternué et
aujou rd’hui, i l blâ me t out le monde d’avoi r l a gr i ppe.
A-t - i l voulu s’acheter une conscience en cédant la première
place de son parti à Louise Harel ? On aura compris que pour
se poser en victime, i l j uge nécessaire d’a f f i r mer que
tous les autres sont coupables ! Le comportement de Benoit
Labonté aura, au final, contribué à nourrir le cynisme ambiant
comme peu d’événements l’ont fait jusqu’à présent.
Pourtant, pour une poignée de Labonté qui avouent eux-mêmes
avoir pris quelques l icences avec l’éthique ou les règles en
vigueur, combien t rouve-t-on de c itoyens honnêtes qui
s’engagent en politique avec idéalisme et désintéressement ?
La plupa r t d’entre eux renoncent à la quiétude d’une vie
privée, d’une vie de famille, d’une vie professionnelle, ou
encore d’un revenu plus élevé pour se dévouer au service de
leu r s concitoyens. La plupart des élus acceptent des
responsabilités pour lesquelles ils récoltent pas mal plus
d’ingratitude que de reconnaissance.
C’est pourquoi les gestes répréhensibles dévoilés par les
médias ou les cas d’allégations de collusion ou de corruption
qui font les manchettes exigent sans doute qu’on aille au fond
des choses, mais ne justifient nullement qu’on condamne ou
qu’on suspecte par association toute la classe politique.
Il y a
probablement de mauvais politiciens comme il y a de mauvais
citoyens. Des gens qui pensent qu’ils sont au-dessus des lois,
des gens qui c roient que ces mêmes lois sont f a i t es pour
les autres, qui ne paient pas leurs impôts ou leurs taxes.
Mais de là à dire, tous pareils, tous pourris, i l y a une
marge. La très grande majorité des politiciens, comme la très
grande majorité des citoyens respectent les lois. Si ces lois
sont transgressées, nos institutions disposent des verr ous
nécessaires pour empêcher qu’elles puissent l’être à nouveau.
Dans le contexte actuel, de nombreux citoyens s’apprêtent à
bouder le scrutin du 1er novembre. Ils donneront ainsi raison
à cet entrepreneur de Boisbriand, épinglé par l’émission
Enquête de Radio-Canada et qui souhaitait convaincre
l’opposition de renoncer à une élection. Voilà au contraire
une raison supplémentaire pour aller voter
Ne pas voter n’est pas un geste innocent. Ne pas
voter, c’est affirmer que rien ne peut changer. C’est
tout simplement remettre en question le modèle de démocratie
sur lequel la vie en société est fondée. Le cynisme et le
sarcasme ne doivent pas se substituer au droit et au devoir de
participer à la vie démocratique, ne serait-ce que pour aller
faire une croix sur son bulletin et le poser dans l’urne.
Moins il y aura d’électeurs, moins l e s pouvoi r s pol i t i
ques au r ont le mandat et la force nécessaires pour combattre
la corruption. Si le combat contre la corruption exige de plus
grands efforts et une plus grande vigilance de la part de nos
gouvernements, la lutte contre le cynisme passe par une plus
grande participation des citoyens au processus démocratique.
DÉMOCRATIE EN PÉRIL - NORMAND PERRY
Lorsque les
citoyens se désintéressent de la politique municipale, les
groupes d’intérêts comblent le vide
À voir et à lire tout ce qui se passe dans le monde de la
politique municipale au Québec ces jours-ci, particulièrement
à Montréal, il faut se demander où est située la racine du mal
dans notre système démocratique.
PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES
LA PRESSE
Tant et aussi longtemps que les gens
bouderont les urnes et qu’ils déserteront les lieux des
débats, notre système démocratique est condamné à une mort
en douce, mais certaine.
Lorsque le t au x de pa r t i c i pation au x élec t ions
variait entre 30 % à 45 % en 2005, et que les sall e s des c
onseils municipau x s ont déser t é e s pa r l e s c ont r i
buables , f aut-i l s ’ é t on ner que d i ve r s g r oupes d
’ i nt é r ê t s s ’ i ngèrent de manière i n s i - dieuse
dans la chose publique devant un tel vide ? Les conséquences
de cette désertion démocratique sont graves et mettent en
péril non seulement l’équilibre des forces en présence aux
divers paliers de gouvernement, mais elles mettent en danger
le système démocratique lui-même.
Les gens se scandalisent, s’époumonent à pester contre la
classe politique. Ils font preuve de cynisme ( j ustifié ou
non) face aux personnes risquant gros dans une carrière en
politique (tranquillité de la vie de famille, sécurité
personnelle, réputation). Mais, en même temps, lorsque ces
gens-l à a ba ndon nent leur droit et devoir de vote, cette i
ncohérence s er t pa r f a i t ement les groupes d’intérêts
qui c herc hent à i n f i l t r e r i n s i d i e u s e me n t
les d i verses c ouches des organisations politiques au pays.
Qu’est-i l préférable : vivre une démocratique imparfaite, que
l’on peut améliorer qu’avec notre participation, ou bien
abandonner la chose publique à la dictature, aux oligarques,
aux tyrans ou au totalitarisme ?
Les vieux
philosophes grecs de l ’A ntiquité, qui ont i nventé l a
démocratie de t outes pièces , ont c r u qu’elle ét a it ( et
est t oujours) le moins mauvais de tous les systèmes de
gouvernance. Ce que Sir Churchill a répété à maintes reprises
durant sa longue c a r r ière politique pa r a i l leu r s .
Même Platon aurait affirmé que la gouvernance de la cité doit
être confiée aux sages, aux philosophes du temps. Pourquoi ?
Parce que ces intellectuels de l’époque étaient probablement
les seuls à ne pas avoir d’intérêts financiers personnels à
défendre ou, mieux encore, à faire croître.
Cela a-t-il tellement changé aujourd’hui, près de 2500 ans
plus tard ? Pas tellement. Si on ne laissait pas la chose
publique entre les mains de quelques-uns, qui défendent des
intérêts autres que ceux de la cité, on verrait un peu plus de
lumière au bout du tunnel. Mais tant et aussi longtemps que
les gens bouderont les urnes, qu’ils poursuivront la désertion
des lieux des débats (salles des conseils municipaux,
assemblées législatives ou Chambre des communes) et qu’ils
refuseront de s’impliquer dans le débat public, notre système
démocratique est condamné à une mort en douce, mais certaine.
Les oligarchies ayant marqué l’histoire de l’ Europe au
Moyen-Âge vont refaire leurs nids à une échelle beaucoup plus
grande, sans que personne en nulle part ne puisse dire quoi
que ce soit, parce qu’on aura assassiné la démocratie,
c’est-à-dire l’expression même du peuple par le peuple.
Pourquoi notre système démocratique est-il devenu poreux à la
corruption ? Tout simplement parce que nous ne nous mêlons
plus de nos affaires. Or la chose publique est l’affaire de
tous et de chacun des contribuables que nous sommes. Lorsque
nous décidons de ne pas nous occuper de politique pour mille
et une raisons, alors soyons assurés qu’elle va s’occuper de
nous et certainement pas de la façon dont on voudrait que cela
soit fait.
Ce n’est pas en se croisant les bras que l’on gagne des
batailles, mais en combattant, et pas autrement. Alors si les
scandales financiers et la corruption nous fâchent,
impliquons-nous de la bonne manière avec les armes offertes
par la démocratie : la prise de parole publique et l’exercice
du droit de vote !
Aveuglement fiscal volontaire - VINCENT MARISSAL
Fidèle à sa
réput ation d’agitateur politique et de brasseur de cage trop
tranquille, le président de la Fédération des médecins
spécialistes, Gaétan Barrette, a la ncé u n pavé da n s la mare
cette semaine en affirmant qu’il est temps que le Québec fasse
un débat sur l’euthanasie.
Le meilleur ennemi du Dr Barrette, le ministre de la Santé, Yves
Bolduc, a saisi la balle au bond pour exprimer son accord, ce
qui doit bien être une première entre les deux hommes!
Reste maintenant à voir si le débat si courageusement relancé
s’éteindra (encore une fois) dans le malaise tenace du milieu
médical et la peur chronique de déplaire du gouvernement. Mais
pour le moment, il faut saluer l’audace de MM. Barrette et
Bolduc.
Un autre sujet, moins émotif mais presque aussi tabou, tente
valeureusement de percer dans le paysage politique ces tempsci :
les taxes. Et il faut aussi saluer le courage de ceux qui ont
accroché le grelot fiscal.
On dit souvent à la blague que, dans la vie, il n’y a que deux
certitudes : payer des taxes et mourir. Pourtant, les
politiciens, de tout temps, ont bien du mal à parler ouvertement
de ces deux sujets. Peutêtre parce que, dans le fond, la
population ne veut pas vraiment en entendre parler.
Mis à part cette blague, il n’y a évidemment aucun rapport entre
euthanasie et taxes, sinon que le contexte actuel ne nous permet
plus d’éviter de tels débats.
Le vieillissement de la population, la croissance incessante des
coûts de la santé et le dilemme entre traitement et acharnement
thérapeutique imposent une réflexion froide sur l’euthanasie,
tout comme la détérioration rapide des finances publiques rend
incontournable le débat sur les taxes, les impôts et les tarifs.
Même si la population préfère ne pas en parler. Même si le sujet
n’est pas rentable politiquement.
Laissons la mort de côté pour le moment ; parlons taxes.
Lors de la présidentielle américaine de 1984, le candidat
démocrate Walter Mondale avait causé une commotion en affirmant
que l’ampleur du déficit ne laisserait d’autre issue à la
prochaine administration, la sienne ou celle de Ronald Reagan,
que d’augmenter les impôts. « Reagan ne vous le dira pas, mais
moi, je vous le dis », avait lancé M. Mondale, faisant le pari
de la franchise.
Le candidat démocrate avait gagné des points dans les jours
suivant sa déclaration, mais il s’était ensuite effondré devant
Ronald Reaga n, qui avait décidé de peindre un tableau
économique beaucoup plus rose.
La suite est connue : le déficit a continué de s’aggraver sous
Reagan, au point où son successeur, George Bush père, a dû
infliger aux Américains une hausse d’impôts historique malgré sa
fameuse promesse lors de la campagne électorale de 1988 («Read
my lips», vous vous souvenez?).
Walter Mondale
avait raison, mais les Américains ont préféré la joviale version
de Ronald Reagan, puis les promesses de Bush... pour finalement
virer Bush en 1992 parce qu’il les avait trompés !
Un vieux dicton écossais résume parfaitement l’aveuglement
fiscal volontaire des électeurs américains : « Si tu me trompes
une fois, honte à toi. Si tu me trompes une deuxième fois, honte
à moi. » Cela s’applique aussi ici, d’ailleurs.
En politique, c ’est l’évidence, il n’a jamais été payant de
parler de hausse de taxes et d’impôts. Parlez-en à Michael
Ignatieff, qui se débat depuis des mois parce qu’il a vaguement
laissé entendre qu’un gouvernement libéral pourrait être forcé
d’augmenter les impôts pour rétablir l’équilibre budgétaire.
En fa it, tout ce que M . Ignatieff a dit l’hiver dernier, c’est
qu’il ne peut d’emblée exclure des hausses d’impôts.
La semaine dernière, un haut dirigeant libéral a indiqué à La
Presse Canadienne que M. Ignatieff s’apprêtait à parler
ouvertement de hausses d’impôts aux Canadiens, ce qui a provoqué
un démenti empressé du principal intéressé.
Pourtant, quelqu’un croit-il vraiment que l’on pourra éponger un
déficit de 60 milliards sans augmenter les revenus du
gouvernement ou réduire radicalement les dépenses?
Avec le soudain et spectaculaire retour des déficits, le Canada
et le Québec devraient répondre franchement à cette q ue s t io
n , c o m me Wa lte r Mondale il y a 25 ans, plutôt que de
mettre les lunettes roses de Ronald Reagan.
On peut croire, comme les conservateurs à Ottawa, que le retour
à la croissance seule effacera l’impressionnant déficit que nous
sommes en train de creuser, ou affirmer, comme le gouvernement
Charest à Québec, que nous n’y arriverons pas sans nouveaux
revenus (augmentation de 1% de la TVQ et des tarifs
d’HydroQuébec, notamment).
La deuxième hypothèse est certes plus désagréable, mais
néanmoins beaucoup plus crédible.
Même chose à Montréal. Le maire sortant Gérald Tremblay refuse,
contrairement à son adversaire Louise Harel, de tomber dans la
facilité et le racolage électoral en promettant un gel des
taxes.
«Compte tenu de la conjoncture économique, des taux d’intérêt
imprévisibles et de la baisse de revenus appréhendée, il est
totalement irresponsable de promettre un gel de taxes pour 2010
», a expliqué M. Tremblay.
Ce n’est certainement pas ce que voudraient entendre les
électeurs montréalais, mais cela a le mérite – rare en politique
– d’être franc et honnête.
PAS PARFAIT, MAIS BEAUCOUP PLUS PROPRE -
VINCENT MARISSAL
Dans la
grande majorité des pays démocratiquement immatures, on
mesure généralement les progrès politiques par la tenue
d’élections libres et harmonieuses.
Ici, au Canada, on se plaint, au contraire, de voter trop
souvent! Comme quoi, nos malheurs sont bien relatifs.
Le droit de voter, ici, a été acquis pour tous il y a
longtemps. En fait, le plus grave problème qui pèse ces
années-ci sur notre système démocratique n’est pas l’accès
aux urnes, mais plutôt le fait que les électeurs sont de
plus en plus nombreux à les bouder.
Pourtant, notre régime démocratique, bien qu’imparfait,
s’est grandement assaini depuis cette sombre époque pas si
lointaine où on achetait des votes avec des frigidaires.
La Grande noirceur de Duplessis s’accompagnait d’un système
de financement et de rétribution particulièrement opaque et
tous les efforts déployés ces jours-ci pour réhabiliter le «
Cheuf » ne changeront rien à ces tristes souvenirs.
Maurice Duplessis, qui était aussi transparent dans ses
intentions que les finances de son parti étaient opaques, ne
disait-il pas lui-même « Un pont, c’est bon pour deux
élections » ? Ou était-ce trois élections? Peu importe,
l’idée de base, c’est que l’on pouvait « acheter » des votes
en région avec des bouts d’asphalte, une méthode utilisée
aujourd’hui encore avec un certain succès. Suffit de suivre
le « Festival du cône orange » au Québec ces temps-ci ou de
suivre la trace des milliards laissés dans le sillage du
gouvernement conservateur de Stephen Harper.
Aujourd’hui, on est plus subtil, on appelle ces orgies de
travaux publics: « programme de stimulation économique »,
mais il reste qu’aucun politicien ne lève le nez sur une
bonne vieille pelletée de terre dans sa circonscription.
On ne peut pas empêcher un gouvernement élu de dépenser de
l’argent public dans de grands projets, même si ceux-ci sont
souvent récupérés à des fins électoralistes. Ce que l’on
doit empêcher (dans la mesure du possible, ne soyons pas
naïf), ce sont les renvois d’ascenseur entre le parti au
pouvoir et les entreprises obtenant des contrats du
gouvernement (et vice-versa).
À ce chapitre, notre régime démocratique restera toujours
imparfait (là où il y a une piasse à faire…). Les « affaires
» qui secouent l’administration Tremblay à la Ville de
Montréal le démontrent de façon évidente.
Cela dit, les incurables cyniques pour qui tout est pourri
au royaume de la politique nient les immenses progrès
réalisés depuis 30 ans pour boucher le pipeline entre argent
privé et partis politiques.
Le mouvement est d’abord venu du Québec (certains disent que
c’est parce que les cas de favoritisme étaient devenus
endémiques ici), sous René Lévesque, qui avait fait de la
réforme du financement des partis politiques une priorité.
En 1977, soit un an après avoir pris le pouvoir, le
gouvernement Lévesque faisait adopter une nouvelle loi sur
le financement. Cette loi a profondément modifié les moeurs
politiques au Québec et René Lévesque la considérait, à
juste titre, comme la plus importante contribution de son
bilan en tant que premier ministre. Cela fait donc plus de
30 ans que le Québec a adopté le principe selon l eque l s
eul s les citoyens peuvent financer les partis politiques
(avec un plafond, question de ne pas avantager les gros
donateurs). La loi sur le financement des partis politiques
introduisait aussi l’obligation pour les partis de produire
des rapports financiers, ce qui semble être aujourd’hui
l’exigence la plus élémentaire.
La transparence des partis politiques et l’érection d’un mur
entre intérêts privés et politiciens semblent aussi relever
de l’évidence. On oublie toutefois que l’assainissement de
ces pratiques n’est venu que 25 ans plus tard à Ottawa,
lorsque Jean Chrétien a décidé de s’inspirer de son vieil
ennemi, René Lévesque.
C’est
difficile à croire aujourd’hui, puisque tout le monde parle
d’éthique et de transparence en politique, mais il était
encore possible pour une entreprise, il y a peine sept ans,
de déverser des centaines de milliers de dollars sur un
parti politique ou sur un candidat à la direction d’un
parti. Certains, sans surprise, ne s’en privaient pas,
d’ailleurs.
Da ns s a pr e - mière mout ure, la l oi fédérale
n’encadrait que le financement des pa r t i s politiques. On
lui ajoutera plus tard des dents pour resserrer davantage
les dons privés et aussi pourmettre de l’ordre dans les
courses à la direction des partis. Il y a sept ans à peine,
un ministre ambitieux pouvait réunir, tout à fait
légalement, de généreux donateurs dans un hôtel pour un
cocktail de financement et en ressortir trois heures plus
tard avec quelques dizaines de milliers de dollars en poche
sans avoir de comptes à rendre à qui que ce soit. Sauf,
peut-être, à ces aimables bienfaiteurs, qui attendaient
nécessairement un geste de reconnaissance. Le problème était
là, justement.
Dans la dernière année de sa longue quête au poste de chef
du Parti libéral, Paul Martin avait amassé des dons
supérieurs à 10 millions, dont quelques dons spectaculaires
de grandes entreprises. Pourtant, il n’y avait même pas eu
de course à proprement parler, puisque M. Martin étais
assuré de devenir chef.
Dans cette fausse course, quatre autres ex-ministres (Sheila
Copps, John Manley, Allan Rock et Brian Tobin) avaient eux
aussi amassé des centaines de milliers de dollars en dons,
sans être soumis aux rigueurs de la loi.
Le plus ironique, c’est que ce sont les libéraux, accros des
dons d’entreprise, qui ont le plus souffert, et qui
souffrent encore le plus, du resserrement des règles de
financement. À l’époque, les organisateurs libéraux étaient
furieux contre Jean Chrétien.
On a prêté beaucoup d’intentions à Jean Chrétien (notamment,
qu’il voulait embêter Paul Martin en fermant le robinet)
mais il n’en demeure pas moins que l’ancien premier ministre
a fait un geste important et nécessaire.
Le sujet est de nouveau d’actualité puisque Stephen Harper a
promis de supprimer le financement public aux partis
politiques (1,95$ par vote obtenu, par année, pour remplacer
en partie les dons privés) s’il est réélu. Selon Stephen
Harper, les partis fédéraux ne devraient être financés que
par les dons de leurs militants, ce à quoi s’opposent les
autres partis, qui affirment que cela ouvrira la porte aux
magouilles et aux contournements de la loi. Il en sera
certainement question au cours de la prochaine campagne
électorale.
La question du financement des partis politiques occupe
aussi beaucoup d’espace sur la scène municipale, reconnue, à
juste titre, comme le far west de la politique. Pensez
seulement qu’il est toujours possible pour un parti
politique municipal de recueillir jusqu’à 20% du total de
ses revenus autonomes sous la forme de dons anonymes!
Tous les partis municipauxàMontréal ont promis de durcir les
règles du financement, mais il est honteux que l’héritage de
René Lévesque ne se soit pas imposé au monde municipal plus
tôt.
Le modèle existe pourtant, puisqu’en matière de financement
des partis politiques, le Canada et le Québec ont une
longueur d’avance sur ce qui se fait ailleurs.
Aux États-Unis, les dons privés représentent encore
aujourd’hui la part du lion du financement des partis et des
candidats. Dans la course à la présidence, les candidats
peuvent renoncer aux dons privés et recevoir une aide
publique (modeste). Ces campagnes sont toutefois tellement
coûteuses qu’il est pratiquement impossible de renoncer aux
dons privés.
On a beaucoup parlé du succès phénoménal de Barack Obama
auprès de la base, des vrais Américains qui lui ont donné de
l’argent. C’est vrai, mais on oublie que sans de riches
contributeurs (dont la présidente de sa campagne de
financement, Penny Pritzker, milliardaire de Chicago, membre
de la famille fondatrice de la chaîne d’hôtels Hyatt),
Barack Obama se serait fait bouffer par le clan Clinton dès
le début des primaires.
Dans sa longue marche vers la présidence, Barack Obama a
récolté plus d’un demi-milliard de dollars et ses stratèges
avouent que l’argent de la base, amassé notamment grâce à
l’internet, est arrivé après la victoire en Iowa.

Sans dons privés, il n’y aurait pas eu de président Obama.
Au Canada, Stephen Harper a réussi en 2006 à battre la
puissante machine libérale grâce, en grande partie, aux dons
de « madames à 20$ », comme disent les organisateurs.
Marre des gouvernements minoritaires ANDRÉ PRATTE
Marre des minorités ANDRÉ PRATTE
Selon un sondage
Harris/ Décima réalisé pour La Presse Canadienne, 64% des
Canadiens souhaitent que le prochain gouvernement du pays soit
majoritaire. Ce sentiment domine partout au pays. Au Québec, 63%
des électeurs espèrent un gouvernement fédéral majoritaire
contre seulement 23% qui veulent un gouvernement minoritaire.
Comme les autres, les électeurs bloquistes souhaitent une
majorité, même si un tel scénario exigerait que le parti de
Gilles Duceppe perde plusieurs sièges.
En somme, les Canadiens en ont marre des minorités. En quatre
ans, leur opinion sur le sujet a changé du tout au tout.
Pourquoi? Le sondage ne le dit pas, mais on peut avancer des
hypothèses. Les Canadiens espéraient sans doute qu’un
gouvernement minoritaire serait moins arrogant, tiendrait
davantage compte, au quotidien, de leurs préoccupations. Ils
souhaitaient aussi, peut-on penser, que les partis politiques
seraient amenés à collaborer davantage entre eux.
Or, ce n’est pas ce qui s’est passé. Stephen Harper a choisi de
gouverner comme s’il était majoritaire, défiant continuellement
l’opposition. Il a fallu son quasirenversement de l’automne
dernier pour le ramener (temporairement) à de meilleures
dispositions.
Par ailleurs, les Parlements minoritaires n’ont pas produit
moins, mais plus de partisanerie. Depuis cinq ans, les Canadiens
ont assisté à une succession de psychodrames politiques qui ont
abouti à trois élections générales (bientôt quatre). Les
illusions qui leur restaient sur la sagesse des politiciens se
sont dissipées.
Marre des
gouvernements minoritaires, donc. Selon Jeff Walker,
vice-président principal de Harris/ Decima, « comme beaucoup
de gens souhaitent un gouvernement majoritaire, on pourrait
voir davantage de vote stratégique lors des prochaines
élections ». Il faudrait toutefois un vote stratégique massif
pour que le phénomène produise un gouvernement majoritaire.
Les plus récents sondages indiquent plutôt que si des
élections avaient lieu aujourd’hui, le prochain gouvernement
serait minoritaire, conservateur ou libéral.
D’ailleurs, la conjoncture politique n’est pas favorable à la
formation d’une majorité. Aucun des deux grands partis
nationaux n’est en position de balayer l’Ontario, tandis
qu’une majorité des sièges du Québec leur échappe en raison de
la domination du Bloc québécois. Or, pour obtenir la majorité
des sièges au Canada, il faut ou bien remporter la presque
totalité des comtés en Ontario, ou bien gagner dans un bon
nombre de circonscriptions à la fois en Ontario et au Québec.
Ni l’un ni l’autre de ces scénarios ne semble sur le point de
se réaliser.
Le Canada est généralement mieux dirigé par un gouvernement
majoritaire que par une gouvernement minoritaire. Un
gouvernement majoritaire est davantage capable de prendre les
décisions difficiles qui s’imposent et il peut mieux tenir
compte des besoins à long terme du pays. Il assure une saine
stabilité politique.
Décisions difficiles, stratégie à long terme, stabilité :
n’est-ce pas précisément ce dont le Canada aura besoin au
sortir de la crise économique?
La candeur, nue et brute - PATRICK LAGACÉ
Pour une rare
fois où on sait ce qu’une ministre pense vraiment, peut-être
qu’on devrait lui foutre la paix. La féliciter, même.
Tout , en pol itique, est scénarisé. Tout est mis en scène. Tout
est pensé, organisé, prévu. Chaque mot , pesé. Chaque i mage,
soupesée.
Ils font tous ça. Libéraux, néodémocrates, péquistes. Tous.
Je ne dis même pas que c’est mal
Je dis qu’il n’y a à peu près j amais de candeur dans le
politique.
Qu’un politicien soit en conférence de presse, en entrevue
intime chez Josélito, sur une tribune devant ses militants, en
entrevue serrée chez Arcand, répondant à une question en
Chambre: il calcule.
Il choisit soigneusement ses mots.
Il pense aux conséquences de ces mots.
Pensez-vous qu’i ls disent « Québécois zé Québécoises » pour le
fun?
À la fin, ça donne un discours politique lisse, prévisible,
blanchi à l’eau de Javel.
Le fond de la pensée des politiciens ?
On ne le conna ît vraiment.
Je ne dis même pas que c’est une mauvaise chose : peut-être
j ama is que le peuple est à blâmer, en fait. Peut-être que nous
ne sommes pas capables de vivre avec des élus qui nous disent
des trucs bruts, sans fard.
Le résultat ? Une mise en scène perpétuelle. À ce chapitre,
j’adore l’image de Laura Penny, auteure en 2005 de Your call is
important – the truth about bullshit, à propos du discours
public : « Le nombre de personnes travaillant à partir d’un
scénario de nos jours nous encourage à considérer chaque
déclaration publique comme de la comédie, une culture entière
calquant un théâtre d’été. Faisons un show! La division du
travail rhétorique signifie que les cerveaux qui pensent aux
mots n’ont pas besoin de les prononcer; et que ceux qui les
prononcent en public n’ont pas à y penser. Tout ça pour mieux
dissocier ces mots de la réalité… »
Ce qui nous amène au cas de cette blonde ministre, Lisa Raitt.
Mme Raitt est députée ontarienne, ministre fédérale des
Ressources naturel les. Son ancienne attachée de presse, d’un
naturel oublieux, a un jour perdu son enregistreuse.
Dans le disque dur de ce petit appareil: des propos à bâtons
rompus entre l’attachée de presse et la ministre.
La ministre évoque la pénurie des isotopes médicaux, ces
particules produites par un réacteur nucléaire basé en Ontario.
Les particules servent, au Canada et ailleurs, à détecter des
cancers et des maladies du coeur. La pénurie, causée par des
pépins, dont des fuites, dans le réacteur, a des effets
désastreux dans le système de santé.
Mais la
ministre Raitt trouve la crise « sexy ». Elle trouve que c’est
une crise simple à expliquer au public.
Ses mots: « Mais c’est sexy. Des fuites radioactives. Le cancer.
»
Et Mme Raitt évoque, sans fard, sans artifices, ce qu’elle
perçoit comme le manque de flair politique de son homologue à la
Santé, Leona Aglukkaq, également impliquée dans le dossier.
Rien de méchant. Rien de vache. Une analyse franche, honnête,
sans maquillage. Le fond de sa pensée, quoi.
Ah! Et Mme Raitt qui tombe dans la fine stratégie. Puisque
Aglukkaq est si timorée dans ce dossier, dit-elle, si nous
gagnons, « nous en retirerons tout le crédit » politique.
J’ai lu les papiers du Halifax Chronicle-Herald, hier matin, en
me levant. Le journal a publié les propos de Mme Raitt, hier.
J’étais furieux. Sexy, une pénurie d’isotopes qui grignote
l’arsenal des médecins dans la guerre contre le cancer ? Phoque,
elle est folle, ou quoi…
J’allais écrire une chronique incendia i re. Une chronique où je
me promenais avec la tête de Mme Raitt au bout d’un piquet.
C’est, après tout , ce qu’une insensible de son genre mérite…
J’ai même prévenu mon boss. Attache tes culottes, boss, ça va
fesser fort…
Puis, je me suis mis à chercher des avis contraires. J’essaie de
faire ça, quand j e suis pompé comme un boxeur avant le grand
combat. Pour me protéger de moi-même.
Un ami, journaliste politique : « Toi, si on t’enregistrait
quand tu parles d’un gros fait divers, d’une grosse histoire?
Seraistu fier de tout ce que tu dis, si c’était publié? »
Une amie, ex-politicienne : « Évidemment, la chose la plus
facile à faire, c’est de la planter. Mais je relis ce qu’elle
dit et c’est pas si fou. C’est cru, mais pas si fou… »
À la fin de journée, je n’avais plus de chronique. Enfin, je
n’avais plus cette chronique où je jouais au soccer avec la tête
d’une ministre conservatrice.
On l’a dit insensible. Je ne peux pas le croire. C’est peutêtre
utile, politiquement, de dire de Mme Raitt qu’elle se fiche des
victimes de cancer, mais ça ne se peut pas. Je n’y crois pas.
Cette saloperie de maladie est universelle. On connaît tous
quelqu’un qui a été touché, qui l’a combattu. Et qui en est
mort. Tous. Mme Raitt aussi, j’en suis sûr
Non, à la fin, ce qui nous frappe, dans ces paroles prononcées à
bâtons rompus, dans ces paroles qui n’étaient pas prononcées
pour dégustation publique, c’est le rare spectacle de la mise en
scène qui déraille.
Pour une rare fois, on entend une politicienne nous livrer le
fond de sa pensée, sans suivre le texte écrit pour elle par des
stratèges anonymes au bureau du premier ministre.
Au-delà de ce que Lisa Raitt a pu dire, ce qui nous choque,
c’est cette candeur nue, cette candeur nue et brute, cette
candeur à laquelle nous ne sommes pas habitués venant de nos
élus.
Cachez cette vérité que je ne saurais voir, quoi…
Bref, pour une rare fois où on sait ce qu’une ministre pense
vraiment, peut-être qu’on devrait lui foutre la paix. La
féliciter, même.
UN PRIX EXORBITANT - Yvan Loubier
On ne doit pas
forcer un politicien à vendre ses intérêts dans une entreprise
L’auteur est économiste et conseiller senior au cabinet de
relations publiques National. Dans quelques jours, les députés
de l’Ass e mblée n a t i o n a l e reprendront le débat autour
du projet de loi 48, projet instaurant de nouvelles règles
d’éthique et de déontologie pour les députés, les ministres et
le premier ministre. Il sera certes important tout au cours
des travaux de garder le cap sur la transparence et
l’intégrité, de même que sur les mesures qui éviteront aux
élus de se retrouver en situation de conflit d’intérêts ou
d’apparence de conflit d’intérêts. Mais il sera également
important que soit maintenu, à la fin du processus législatif,
un équilibre entre ces préoccupations, légitimes et
essentielles, et les contraintes qui pourraient être imposées
aux titulaires de charges publiques issus du milieu des
affaires.
PHOTO JACQUES BOISSINOT,
ARCHIVES PC
À la demande de Jean Charest, David
Whissell (à gauche) a dû choisir entre son poste de ministre
du Travail et ses intérêts dans une société d’asphaltage,
ABC Rive-Nord. Il a préféré son entreprise, et a dû remettre
sa démission le 9 septembre dernier.
Il ne fait aucun doute que l’instauration d’un code de
conduite et de déontologie pour les élus, de même que la
création d’un poste de commissaire à l’éthique redevable au
Parlement et doté du pouvoir de mener des enquêtes et
d’imposer des conditions, doivent devenir la pierre angulaire
de cette réforme.
De même, l’obligation pour tous les élus de l’Assemblée
nationale de déclarer leurs intérêts dans une entreprise qui
pourrait participer à un marché avec le gouvernement et
confier ces intérêts à une fiducie sans droit de regard, va de
soi. Tout doit être mis en oeuvre pour éviter que des
ambiguïtés ne s’installent quant à la conduite des affaires
publiques, dans le seul intérêt du public.
Mais certa i
ns suggèrent qu’on aille plus loin encore et qu’on oblige tout
titulaire de charges publiques à vendre les intérêts dont il
dispose dans une société privée, par exemple une PME
familiale, sous peine de ne pouvoir exercer son ministère,
comme le prévoyaient les anciennes règles. Si l’on cherchait
une façon d’éloigner encore une fois de l’Assemblée nationale
les rares candidatures issues du milieu des affaires, on ne
s’y prendrait pas autrement.
Déjà , l ’ i mpl i c a t i o n pol i t i que demande d’énormes
sacrifices sur le plan familial et au chapitre de la vie
sociale. Ce n’est pas toujours une fonction qui est
gratifiante si on en croit les sondages qui placent depuis
toujours les politiciens en tête de queue de l’appréciation
populaire. Il faut apprendre à vivre constamment avec les
critiques, les intrusions dans la vie privée et l’adversité;
un environnement que peu d’entre nous accepteraient dans leur
vie « normale ».
Peut-on demander en plus aux quelques entrepreneurs qui
pourraient être attirés par la politique, quelques-uns des
dirigea nts des 24 0 0 0 0 PME qui continuent de construire le
Québec économique avec force et conviction, de liquider leurs
entreprises familiales ? Peuton exiger d’eux de renoncer au f
ruit du travail de plusieurs générations et au patrimoine
qu’ils désirent léguer à leurs enfants ? C’est payer très
cher, c’est payer trop cher !

Ave c l e s é n o r mes d é f i s q u e nous aurons à relever
au cours des prochaines années, le Québec ne peut se passer de
candidatures de choix, d’expertises, d’expériences et
d’horizons divers. Cette diversité ref lète la composition de
la société québécoise. Elle enrichit la gouvernance, détermine
la qual ité des délibérations des élus et l’efficacité de
leurs actions. Nous n’avons ni le droit, ni les moyens de
l’exclusion.
Sexy, mensonges et magnétophone ANDRÉ PRATTE
Les partis de
l’opposition sont mal placés pour dénoncer le gouvernement
Harper.
La ministre fédérale des Ressources naturelles, Lisa Raitt, a
fait hier ce qu’elle aurait dû faire la veille: elle s’est
excusée pour avoir qualifié de « sexy » le problème
d’approvisionnement en isotopes médicaux. Le commentaire a beau
avoir été fait en privé et enregistré à son insu, il n’en était
pas moins choquant, surtout pour les centaines de personnes dont
les tests d’imagerie médicale seront reportés à cause de la
pénurie provoquée par la panne du réacteur nucléaire de Chalk
River.
Cela dit, les politiciens qui dénoncent le commentaire de Mme
Raitt font preuve d’une hypocrisie éhontée. Lequel d’entre eux
ne s’est pas déjà réjoui d’une mauvaise nouvelle qui allait
embarrasser ses adversaires?
Les politiciens jouent sur deux terrains à la fois, celui de
l’intérêt public et celui de l’intérêt partisan, et passent
constamment de l’un à l’autre. Sur le terrain partisan, il est
permis, il est même exigé de faire flèche de tout bois. C’est
ainsi que la ministre peut à la fois être sensible au calvaire
vécu par les personnes atteintes de cancer – la maladie a tué
son père et son frère – et se frotter les mains en pensant à
l’avantage politique qu’elle pourrait retirer de sa gestion de
la crise.
Les partis de l’opposition n’allaient pas rater l’occasion
d’exploiter l’affaire en mettant la pénurie sur le compte de la
négligence du gouvernement Harper. Or, les choses sont loin
d’être aussi simples. Si le réacteur nucléaire de Chalk River
n’a pas été remplacé par une installation moderne, c’est que les
réacteurs MAPLE construits par Énergie Atomique du Canada (EACL)
n’ont jamais été mis en marche en raison d’irréparables défauts
techniques. Le problème est tout simplement devenu, à court
terme, insoluble.
D’autant plus
que ce problème n’est pas canadien, mais mondial, comme l’ont
souligné l’Agence internationale de l’énergie atomique et
l’OCDE. La planète peut compter sur seulement six réacteurs
pour la production d’isotopes médicaux, tous construits il y a
plus de 40 ans et donc tous sujets à des pannes et à de
longues périodes d’entretien.
La construction de nouvelles installations s’impose, mais
comme chacun sait, bâtir un réacteur atomique nécessite
plusieurs années d’études, de consultations et de travaux.
Selon les spécialistes, on ne peut espérer la contribution de
nouvelles sources de production avant cinq à 10 ans.
Les partis de l’opposition sont particulièrement mal placés
pour dénoncer le gouvernement actuel. Les libéraux parce que
c’est sous leur règne qu’ont été prises les décisions menant
au fiasco des MAPLE. La vérificatrice générale, Sheila Fraser,
a d’ailleurs souligné que les problèmes d’Énergie atomique du
Canada « datent de longtemps ».
Pour ce qui est du NPD et du Bloc québécois, ils se sont
toujours farouchement opposés au développement de la filière
nucléaire au Canada. Or, pas de filière nucléaire, pas de
production d’isotopes.
Malheureusement, toutes ces subtilités qu’on appelle... les
faits n’ont pas leur place sur le terrain partisan où règnent
le simplisme et la démagogie. Si en janvier le dossier des
isotopes paraissait « sexy » aux yeux de Mme Raitt, c’est pour
l’opposition qu’il l’est devenu aujourd’hui. Et tant pis pour
l’intérêt public.
Chacun son torchon - André Pratte
Un dépliant
envoyé par le Parti conservateur dans les circonscriptions
bloquistes a suscité de vives critiques. Au Bloc, on l’a
qualifié de « torchon démagogique et grossier ». Avec raison.
Le dépliant en question accuse les députés du BQ d’avoir voté
« contre la protection des enfants » et de préférer des «
sentences bonbons » contre les criminels qui s’en prennent aux
enfants. Les conservateurs font là référence au projet de loi
C-268. Ce texte propose une peine minimale de cinq ans
d’emprisonnement pour une personne reconnue coupable de traite
d’enfants. Présenté par une députée conservatrice, le projet
de loi a reçu l’appui des libéraux et du NPD; le Bloc a voté
contre. Selon le porte-parole bloquiste en matière de Sécurité
publique, Serge Ménard, il vaut mieux laisser aux juges la
latitude d’imposer la sentence appropriée à chaque cas, un
point de vue parfaitement légitime qui n’équivaut d’aucune
façon à « voter contre la protection des enfants. »
Oui, ce dépliant est un « torchon démagogique ». Les
bloquistes sont toutefois mal placés pour jouer les vierges
offensées, eux qui ont passé la dernière campagne électorale à
accuser les conservateurs de vouloir envoyer des enfants en
prison.
Rappelons les faits. Stephen Harper avait suggéré que les
jeunes contrevenants coupables de crimes violents soient
automatiquement soumis à des peines pour adultes. On pouvait
être d’accord ou non avec l’idée – nous y étions opposés –
mais on ne pouvait pas prétendre que M. Harper rêvait
d’envoyer de la « jeune chair en prison ». C’est pourtant ce
qu’a soutenu Gilles Duceppe, négligeant de dire que les jeunes
seraient détenus, comme c’est le cas aujourd’hui, dans des
lieux de garde pour adolescents, passant aussi sous silence le
fait que le projet conservateur prévoyait une exception pour
le Québec.
Le chef
bloquiste a également accusé les conservateurs de faire partie
de la « même gang » que les républicains de George W. Bush «
qui laissent derrière eux la désolation économique et le feu
et le sang dans le monde. » Chacun son torchon.
Le problème, ce n’est pas que les conservateurs apprécient la
publicité négative, mais notre culture politique qui carbure
au simplisme et à l’insulte. Quand la chef du PQ, Pauline
Marois, qualifie Clément Gignac de traître parce que le
nouveau député libéral a brièvement travaillé au ministère
fédéral des Finances, elle franchit allégrement la frontière
de la démagogie. Quand le premier ministre, Jean Charest,
prétend que sa vis-à-vis « souhaite du tort aux citoyens du
Québec pour faire avancer la cause de la souveraineté », il
fait de même.
On aimerait croire, comme Talleyrand, que « tout ce qui est
exagéré est insignifiant ». De toute évidence, nos politiciens
pensent le contraire. « Il faut lever le ton pour s’assurer
qu’on parle des vraies affaires », s’est déjà défendu le
libéral Denis Coderre. On ne peut s’empêcher de sourire quand
on l’entend aujourd’hui déplorer le contenu du dépliant
conservateur, soutenant qu’« il y a un niveau où il ne faut
pas aller ». Vraiment, M. Coderre ?
Les politiciens sont convaincus de l’efficacité de la
démagogie. C’est aux électeurs de leur prouver qu’ils ont
tort.
Une amende pour les non-votants?
L’indifférence
des jeunes et la perception des politiciens expliqueraient la
participation moindre aux élections
— De moins en moins de Canadiens se rendent aux urnes le jour
d’un scrutin. L’indifférence des jeunes et la perception
négative des politiciens expliqueraient, en partie, la défection
de la population vis-à-vis le processus électoral, estiment des
experts.
Un peu plus de la moitié des électeurs admissibles a voté lors
de récentes élections fédérales et provinciales au pays. Au
cours des deux dernières décennies, le taux de participation a
décliné de manière constante au Canada, si bien que lors des
élections fédérales, en octobre, il a atteint 58,8%. C’était la
première fois qu’il passait sous la barre des 60% depuis la
naissance de la fédération.
Selon un professeur du département de science politique de
l’Université de Toronto, Lawrence LeDuc, des raisons
démographiques expliquent ce faible taux de participation au
pays, puisque les jeunes se rendent moins aux urnes que leurs
aînés. M. LeDuc a réalisé de nombreuses études pour le compte
d’Élections Canada sur la faible participation électorale.
Listes électorales
Il croit que rien n’incite les jeunes à aller voter,
contrairement aux générations précédentes, qui se sentaient
davantage concernées par les enjeux politiques importants comme
la guerre ou la dépression.
Un collègue de
l’Université de Toronto, Nelson Wiseman, croit quant à lui que
les listes électorales font partie du problème. Selon lui,
l’ancien système de recensement des électeurs, où l’on faisait
du porte-à-porte pour s’assurer que les électeurs en mesure de
voter étaient bien inscrits sur les listes, était plus efficace
que le système actuel.
De plus, les partis politiques préfèrent plutôt profiter du
temps à leur disposition avant les élections pour déployer des
campagnes publicitaires. Cellesci auraient un impact important
sur la perception négative du public à l’égard des politiciens,
selon une étude publ iée en 2003 pour le compte d’Élections
Canada et menée par M. Leduc et Jon Pammett, de l’Université de
Carleton à Ottawa.
L e c ha ngement da ns
la manière dont les médias couvrent les campagnes électorales
aurait également un impact sur le taux de participation des
électeurs, selon M. Wiseman.
Les chercheurs croient qu’imposer une amende à ceux qui
s’abstiennent de voter, comme c’est le cas en Australie,
pourrait faire augmenter la participation électorale au Canada.
Ils estiment également qu’il faudrait mettre davantage l’accent
sur les enjeux importants lors d’élections, puisque, selon eux,
la plupart des gens sentent que les choses ne changeront pas
vraiment.
La carotte avant le bâton - VINCENT MARISSAL
Les partis
politiques rebutent les jeunes, qui boudent les partis
politiques, ceux-ci ne représentent donc pas les jeunes, qui,
eux, ne se reconnaissent pas dans les partis politiques.
Une amende pour les non-votants ? C’est mon j ournal qui
posait la question dans son numéro de mercredi, reprenant
ainsi les conclusions d’universitaires sur l’apathie des
jeunes électeurs au Canada.
Selon des professeurs de sciences politiques réunis à
Vancouver, dont Lawrence LeDuc, de l’Université de Toronto, «
l’indifférence des jeunes et la perception négative des
politiciens expliqueraient, en partie, la défection de la
population vis-à-vis le processus électoral ».
Ces conclusions ne sont pas très surprenantes. Ce qui l’est,
c’est que l’on propose du même souffle de punir les électeurs,
donc surtout les jeunes, qui boudent les urnes.
Qu’est-ce qui vient en premier : l’indifférence des jeunes ou
la perception négative des politiciens ? L’indifférence ne
seraitelle pas créée par l’image négative des politiciens ?
Si on part du principe que les jeunes ne s’intéressent pas à
la politique et que, de ce fait, ils se font une idée négative
des politiciens, on fait fausse route. En fait, les jeunes
réagissent à ce qu’ils voient : un milieu peu stimulant, fermé
sur lui-même, peuplé de gens beaucoup plus âgés qu’eux, qui ne
parlent pas des sujets qui branchent la jeunesse. Un milieu,
aussi, trop souvent éclaboussé par des scandales sordides et
qui carbure au concentré de cynisme.
Je n’ai pas fait de savantes études doctorales sur le sujet,
mais c’est ce que j’observe sur le terrain depuis une
quinzaine d’années. C’est aussi ce que les jeunes de
Forum-Jeunesse, qui m’ont fait l’honneur de m’inviter comme
conférencier le week-end dernier en Abitibi, m’ont répété en
choeur, moi qui venais de leur faire l’éloge de l’engagement
politique pendant deux heures.
Je comprends fort bien vos réticences, et elles sont fondées,
leur ai-je dit, mais vous ne changerez pas le jeu politique en
restant sur les lignes de côté. Chaque génération est porteuse
de ses propres priorités. Les jeunes peuvent bien accuser les
baby-boomers d’avoir fait le vide autour d’eux, mais il faut
reconnaître que les moins de 40 ans ne se bousculent pas pour
combler ce vide.
En fin de soirée, trois jeunes filles m’ont abordé pour me
dire : « Vous savez, les partis politiques ne nous intéressent
pas, on ne s’y retrouve pas, c’est pour cela que l’on milite
dans une organisation non partisane ».
De t oute évidence, mon long exposé n’a pas su les convaincre
!
Nous sommes ici devant un cercle vicieux : les partis
politiques rebutent les jeunes, qui boudent les partis
politiques, ceux-ci ne représentent donc pas les jeunes, qui,
eux, ne se reconnaissent pas dans les partis politiques.
Résultat : les
partis politiques font les débats des parents des jeunes
électeurs. La confrontation souverainiste-fédéraliste, par
exemple, qui continue d’occuper beaucoup d’espace, mais dans
laquelle les jeunes ne se reconnaissent plus. Pourquoi en
est-il ainsi? D’abord parce que les partis politiques sont
devenus des « business », des organisations fermées mues par
des réflexes corporatistes et dirigés par une poignée de «
chums », des technocrates dont le principal but est de
maintenir le calme dans les troupes et dont le seul objectif
est le pouvoir.
En bref, les partis politiques sont devenus « plates ». Même
le Parti québécois, jadis haut lieu des débats épiques sur
l’avenir du Québec et des grandes réformes.
Les scandales et le cynisme ambiant n’aident certainement pas
non plus à faire monter la cote des partis politiques auprès
des jeunes. En voyant Brian Mulroney slalomer pendant six
jours entre les questions d’une commission d’enquête, combien
de jeunes (et de moins jeunes, d’ailleurs) se sont dit : plus
ça change, plus c’est pareil en politique…
La relève fait défaut en politique, c’est l’évidence, mais le
manque d’élévation des politiciens de carrière n’a rien pour
attirer les jeunes talentueux.
Prenez Montréal, par exemple, où seulement de 20 à 30% des
jeunes électeurs ont voté aux dernières municipales.
Pensezvous vraiment que le manque de leadership et les odeurs
de scandale qui flottent à l’hôtel de ville sont de nature à
inciter de jeunes brillants à se lancer à la rescousse de leur
ville ? Ou même d’aller voter aux prochaines élections, en
novembre ?
Le mode de scrutin comme tel explique aussi en partie
l’apathie des jeunes électeurs. Pour des jeunes branchés en
permanence, il y a quelque chose d’archaïque à devoir faire la
queue dans un sous-sol d’église entre 8h et 20h pour aller
griffonner un bout de papier.
Le fait de ne pas compter les abstentions comme telles
indispose aussi certains jeunes, qui aimeraient que l’on
considère leur geste comme une décision politique (au Canada
et au Québec, il n’y a pas de case « abstention » ou « aucun
de ces partis », on met tous les bulletins non conformes dans
« votes rejetés »).
On a beau répéter que « voter, c’est un devoir », il reste que
c’est d’abord et avant tout un droit et, par conséquent, le
droit, aussi, de ne pas voter.
I nf liger des amendes forcerait sans doute plus d’électeurs à
voter. Il s’agit toutefois de la voie de la facilité qui
permet, commodément, d’oublier que le problème, c’est la
politique, pas les électeurs.
Cela ne ferait rien non plus pour inciter la relève à se
lancer en politique.
Pour attirer les jeunes vers les urnes, la carotte vaudrait
certainement mieux que le bâton.
RIP pour la RP - LYSIANNE
GAGNON
(NED :
Disons que je n'ai simplement pas de mot pour exprimer à quel
point je suis dans le plus total désaccord avec ce qui suit
!...)
La formule de
la représentation proportionnelle comporte le risque
d’engendrer des gouvernements minoritaires, par définition
instables, de même qu’un climat de politicaillerie incessante.
L’ un des résultats des élections provinciales en
Colombie-Britannique, qui viennent de reporter au pouvoir le
gouvernement Campbell, aura été d’enterrer pour longtemps
l’idée du scrutin à la représentation proportionnelle. C’est
beaucoup mieux ainsi, car une telle réforme, démocratique en
apparence, risque d’entraîner plusieurs effets pervers, dont
une succession de gouvernements minoritaires.
Les
électeurs de Colombie-Britannique, qui viennent de réélire
Gordon Campbell, ont rejeté à 61% l’idée du scrutin à la
représentation proportionnelle.
L’idée a déjà été défaite en Ontario. En Colombie-Britannique,
c’était la deuxième fois que cette réforme était proposée,
après avoir été battue de justesse il y a quatre ans. Ses
partisans espéraient qu’avec une meilleure information, la
proposition pourrait franchir le seuil des 60% requis. Le
gouvernement a consacré 1 million de dollars à une grande
campagne d’« éducation populaire », la somme étant également
répartie entre les deux camps. Mais le résultat du second
référendum fut de faire reculer le projet, qui n’a reçu que
39% d’appuis, et a été rejeté dans la plupart des
circonscriptions.
De deux choses l’une: ou les électeurs de la côte Ouest ont
trouvé la proposition STV (pour « single electoral vote »)
trop complexe et confuse – ce qu’elle était en effet; ou la
cacophonie qui règne aux Communes, depuis que s’y succèdent
les gouvernements minoritaires, les a pour de bon détournés de
l’idée.
Aucun gouvernement ne voudra rééditer ce genre de référendum,
pas plus au Québec qu’ailleurs, où les mêmes réticences se
feraient sentir. De toute façon, qui parle encore de la
représentation proportionnelle, à part les partis marginaux
pour lesquels elle représente le seul espoir? Tant le PQque le
PLQont rêvé chacun son tour à cette réforme, pour l’envoyer
aux orties dès que le système actuel recommençait à les
avantager.
En 1973,
après s’être retrouvé avec seulement six députés bien qu’il
ait obtenu 30% du vote, le PQ ne jurait que par la RP… pour
l’oublier prestement une fois au pouvoir. En 1998, ce fut au
tour des libéraux de flirter avec l’idée: la distorsion
induite par le système traditionnel leur avait fait perdre les
élections bien qu’ils aient reçu 28 000 votes de plus que le
PQ. (L’ADQ s’en tirait encore plus mal, avec un seul député
pour 12% du vote.) Mais d’élections en élections, le
rééquilibrage s’effectue, et les perdants redeviennent les
gagnants…
La formule de la représentation proportionnelle comporte le
risque d’engendrer des gouvernementsminoritaires, par
définition instables, de même qu’un climat de politicaillerie
incessante marqué par des renversements de gouvernement et des
élections à répétition. Cette formule a d’autres désavantages
qui, au bout du compte, ne servent pas la démocratie.
D’abord, elle contribue à rendre une partie des députés
redevables aux appareils des partis plutôt qu’à l’électorat,
car les « députés » choisis pour combler l’écart entre le
nombrede sièges et le vote populaire sont ceux que la
direction du parti inscrit sur une liste par ordre de priorité
– un choix qui échappe à la volonté des électeurs.
Plus subtile est l’autre conséquence des scrutins à la
proportionnelle: ce système favorise l’éclosion des partis
sans assise populaire, voués à une cause unique. S’ils étaient
assurés d’avoir un certain nombre de députés (plus, en tout
cas, que dans le système actuel), leurs militants n’auraient
aucun intérêt à s’intégrer aux grands partis pour faire
avancer leurs idées. Or, la meilleure façon de faire bouger
les choses, c’est d’influencer les partis qui ont réellement
des chances de former le gouvernement.
Qu’il s’agisse de l’environnement, des droits des femmes ou
des droits des gais, les causes progressistes sont toujours
mieux servies si elles font leur chemin dans les partis de
gouvernement que si elles restent la chose d’une poignée de
militants dissociés de l’électorat majoritaire.
Police : Le règlement, le jugement - PATRICK LAGACÉ
Chaque jour,
des centaines de policiers québécois choisissent de ne pas
appliquer un règlement. Ils font preuve d’un truc qui ne
s’enseigne pas à l’École de police. De jugement.
Mercredi s oir dernier, station de métro Montmorency, Lavaldes
- Rapides . Bel a Kosoian, 38 ans, commet le genre de délit
qui menace la stabilité de Laval, qui fut il y a de cela bien
longtemps « la ville de l’avenir ».
Elle est debout dans l’escalier roulant ET ELLE NE TIENT PAS
LA RAMPE.
C’est grave. Je sais. Reprenez votre souffle.
Pourtant, les pictogrammes du métro sont clairs: le petit
bonhomme tient la rampe. Un jour, peut-être portera-t-il un
casque. Mais il n’en porte pas. Pour l’instant.
Bela Kosoian cherche donc de l’argent dans son sac, debout
dans l’escalier roulant qui l’emmène vers le poste du
guichetier.
Deux valeureux policiers de Laval interpellent alors Bela
Kosoian. Un des agents lui dit de tenir la rampe. Je cite le
texte de Martin Croteau, qui a écrit sur l’affaire, dimanche,
dans La Presse :
Au début, la mère de deux enfants n’avait aucune idée de ce
que lui demandaient l’agent et son partenaire. Ils ont dû
répéter deux ou trois fois avant qu’elle comprenne ce qu’ils
exigeaient. « Je lui ai répondu que je n’avais pas une
troisième main pour tenir la rampe », a-t-elle relaté.
Est-ce baveux? Oui. Est-ce sarcastique? Mets-en.
J’aurais fait la même chose. Je ne suis pas le seul.
Parce que c’est tatillon. Parce que c’est téteux. Parce que
c’est une niaiserie, de ne pas tenir la rampe, dans un
escalier roulant, dans le grand totem des délits.
J’entends d’ici des émules du Schtroumpf à lunettes me dire: «
Ah! c’est le règlement. Elle n’avait qu’à respecter le
règlement. »
O. K., merci, les Schtroumpfs à lunettes.
Mais c’est un règlement idiot. Et, chut, ne le répétez pas:
chaque jour, des centaines de policiers québécois choisissent
de ne pas appliquer un règlement, une loi, une directive. Ils
font preuve d’un truc qui ne s’enseigne pas à l’École de
police de Nicolet.
De jugement.
Revenons à l’interaction entre Mme Kosoian et les deux
policiers de Laval. Le ton monte. S’ensuit une arrestation
virile: la botte d’un policier sur le pied de la mère de
famille, les menottes, la cellule de la station de métro et
tout et tout...
Contravention : 100 $ pour avoir désobéi à une directive ou un
pictogramme.
Et 320$ de bonus pour entrave au travail d’un inspecteur dans
le cadre de ses fonctions.
Répétez après moi : servir et protéger...
J’en connais,
des policiers. Pas des tonnes. Quelques-uns. Des tripeux. Le
genre à courir dans des ruelles après des bandits. Et à aimer
ça!
Or, jamais, jamais, jamais ceux-là ne perdraient leur temps à
même commencer à penser à dire à une usagère du métro qui NE
TIENT PAS LA RAMPE DE L’ESCALIER ROULANT qu’elle commet un
délit.
Pourquoi? Parce que ces policiers-là ont trop de jugement,
justement , pour s’abaisser à appliquer des règlements
surréalistes. Pour emmerder les citoyens qu’ils sont censés
protéger.
Nathalie Laurin est relationniste pour la police de Laval.
Elle aurait pu, devant le dérapage du métro Montmorency, dire
ceci : pas de commentaires. Ou rester collée sur les faits.
Sauf que non. L’agente Nathalie Laurin, exemplaire de
solidarité avec les deux génies du métro, en a remis une
couche. Sa déclaration à Radio-Canada: « Cette dame-là a
enfreint des règlements du métro. Je comprends que oui, c’est
peutêtre beaucoup d’argent, mais comme je vous dis, on est là
pour faire respecter les règlements. Et elle est chanceuse
finalement qu’elle ne se retrouve pas avec des accusations
criminelles en plus. »
Décortiquons la déclaration de Nathalie Laurin. Celle-ci nous
dit, en parlant de la délictueuse Mme Kosoian, qu’« elle est
chanceuse finalement qu’elle ne se retrouve pas avec des
accusations criminelles en plus ».
Troublant. Pourquoi insinuer que Mme Kosoian a commis un acte
criminel ?
Si la police de Laval considère que Bela Kosoian a commis un
acte criminel – non précisé par Mme Laurin –, qu’on transmette
le dossier à la Couronne. Point final.
Et si elle n’a pas commis d’acte criminel, les relationnistes
de la police de Laval n’ont pas à dire de Mme Kosoian qu’elle
est « chanceuse » de ne pas être accusée.
Ni à sous-entendre qu’elle aurait pu l’être.
Je cite encore Nathalie Laurin, qui a dit à mon confrère
Croteau: « Si la dame avait dit " D’accord, pardon" et qu’elle
avait mis sa main sur la rampe, ça se serait terminé là,
a-t-elle expliqué. C’est son entêtement à refuser de mettre sa
main sur la rampe... Quand les policiers le lui ont répété
deux ou trois fois, à ce moment, elle était évidemment en
infraction et ils n’avaient pas le choix d’appliquer ce
règlement. »
O. K. Là, la tête me tourne. Là, je ne comprends plus.
On l ’ appl ique ou on ne l’applique pas, le règlement, Mme
Laurin?
C’est quoi , l’infraction de Mme Kosoian? Ne pas avoir tenu la
rampe ? Ou ne pas avoir dit « D’accord, pardon » ? Ou son «
entêtement » ?
Faudrait se brancher.
L’agent qui a signé la contravention remise à Bela Kosoian
s’appel le Camacho. Prénom inconnu. J’espère qu’il est fier,
ce matin. Tout comme son équipier.
Parce que c’est à cause d’interventions stupides comme cel le
qu’ i ls ont menée que bien des gens méprisent la police.
Qu’ils croient qu’un power trip sommeille en chaque flic.
Je me mets dans sa tête, à Camacho. Tout jeune, il voulait
être flic, j’imagine. Pourquoi ? Pour donner des tickets à des
femmes qui ne tiennent pas la rampe dans le métro?
C’est pour ça que l’histoire de Mme Kosoian est universelle.
Parce qu’elle renvoie à la délicate notion de jugement chez
les policiers.
C’est
pour ça que l’histoire de Mme Kosoian est effrayante. Parce
que ces gens-là ne traînent pas qu’un calepin à constats
d’infraction. Ils portent aussi un gun.
Ni l’ADQ ni le PLQ n’y voient de problème
Relation
amoureuse entre François Bonnardel et Nathalie Normandeau
— Jean Charest savait que Nathalie Normandeau entretenait une
relation amoureuse avec le député adéquiste François Bonnardel
lorsqu’il l’a nommée vice-première ministre à la midécembre. Il
est « très à l’aise avec la situation » et dit avoir une «
confiance totale » en sa ministre.
François
Bonnardel n’avait informé ni son chef ni ses collègues députés
de sa relation avec Nathalie Normandeau, vicepremière ministre
du Québec, avant que des journalistes soulèvent la question et
que l’histoire fasse les manchettes. Pour sa part, Jean
Charest était au courant pour Mme Normandeau.
« Mme Normandeau m’a informé à la première occasion qu’elle
fréquentait M. Bonnardel », a affirmé le premier ministre,
refusant de préciser si c’était longtemps avant la mi-décembre.
« Je n’ai jamais eu d’inquiétude sur les conséquences de sa
relation. »
Une histoire entre une ministre libérale et un député adéquiste,
« ce n’est peut-être pas ce à quoi on s’attendait, mais l’amour
est plus fort que la politique. (...) Avant la politique, il y a
la vie ».
Cette relation ne cache aucune tentative visant à convaincre M.
Bonnardel de changer de camp, a indiqué M. Charest.
Nathalie Normandeau, qui a elle-même levé le voile sur cette
relation mercredi, estime que « ce n’est pas une question
d’éthique que d’aimer quelqu’un. Je suis engagée dans une
relation avec un collègue d’une autre formation politique. On
est conscients de tout ce que ça implique. M. Charest me fait
confiance. Et moi tous les jours, j’ai la responsabilité
d’honorer sa confiance ».
De soncôté, FrançoisBonnardel n’avait informé ni son chef ni ses
collègues députés de sa relation avant que des journalistes
soulèvent la question et que l’histoire fasse les manchettes. Il
leur en a parlé hier. « Je suis très serein face à la relation
que j’ai avec Nathalie. Je ne veux pas que personne ne doute de
mon éthique de travail et de mon professionnalisme. » Gilles
Taillon était au courant de la situation depuis un certain
temps. M. Bonnardel assure que sa relation amoureuse n’a aucun
lien avec sa décision de renoncer à la direction de l’ADQ.
Le député de
Shefford assure qu’il ne passera pas dans le camp libéral. « Je
suis un adéquiste dans l’âme, et je vais le rester. »
L’a n de r n i e r , N a t h a l i e Normandeau a versé 1000 $,
à même son budget discrétionnaire, à la Fondation François
Bonnardel, qui vient en aide aux organismes communautaires de la
circonscription de Shefford. C’était avant le début de leur
relation, a dit M. Bonnardel.
Il a donné un exemple pour prouver que Mme Normandeau ne lui
ferait pas de faveur dans le traitement de ses dossiers. Au
début de mars, la ministre des Affaires municipales a transféré
la Ville de Bromont à la MRC de Brome-Missisquoi, « ce que je ne
souhaitais pas », a-t-il dit.
« On est des humains »
Ni la chef intérimaire, Sylvie Roy, ni le président du caucus
adéquiste, Janvier Grondin, n’en veulent à M. Bonnardel d’avoir
omis de les informer avant. Ils sont satisfaits de la profession
de foi adéquiste de leur collègue. Cette relation « ne pose
aucun problème. On n’a pas à prendre de mesures particulières »,
a dit Mme Roy.
« C’est la vie privée, a affirmé son collègue Janvier Grondin.
On a droit de faire un peu ce qu’on veut. On est des humains.
Moi, je suis un peu embêté. Je me dis que, quand on va en
politique aujourd’hui, faudrait-il passer chez le médecin se
faire castrer pour ne pas regarder les autres chevaux? »
« Ça ne me surprend pas du tout » que François Bonnardel ait
succombé au charme de Nathalie Normandeau. « Un homme normal
regarde les belles femmes. Et Mme Normandeau est une belle femme
», a-t-il lancé.
Penser,
activité principale des villes modernes
« La somme de
la richesse, c’est davantage la connaissance et les idées
nouvelles que l’accumulation du capital. »
Le dynamisme des métropoles repose de plus en plus sur leur
capacité à générer des idées.
Ainsi pense Robert E. Lucas, lauréat du prix Nobel d’économie
de 1975 et conférencier d’ouverture du 34e congrès de
l’Association des économistes québécois. Les travaux qui se
poursuivent aujourd’hui portent sur les grandes villes en tant
que locomotives du développement économique et sur
l’évaluation du rôle de Montréal.
« Les gens des grandes villes sont de plus en plus occupés non
pas à fabriquer, mais à penser ou à converser, a-t-il indiqué
pour lancer la réflexion des quelque 350 congressistes. C’est
devenu l’activité principale des villes modernes. »
Il a ainsi donné l’exemple du New York Times, réputé quotidien
conçu et produit dans la Grosse Pomme, mais imprimé au
NewJersey, là où les terrains coûtentmoins cher.
Avant d’évoquer cette idée qu’il n’est pas seul à promouvoir,
M. Lucas avait brossé à gros traits les grandes étapes de la
croissance économique. Jusqu’à la révolution industrielle, les
villes vivaient des surplus de l’agriculture et abritaient
surtout les grands propriétaires terriens, leur personnel et
les savants à leur service. Croissances démographique et
économique allaient de pair.
La révolution
industrielle a accéléré la création de richesse en attirant
dans les villes de plus en plus de paysans, jusque-là
astreints à cultiver de manière peu productive.
Sortir la majorité des gens de la production agricole est donc
une condition préalable à la création soutenue de richesse.
Cette idée n’est cependant pas nouvelle: Karl Marx l’a
explorée longuement dans Le Capital. C’est encore vrai de nos
jours dans les économies en développement: des familles sont
prêtes à quitter leurs terres dans l’espoir d’une meilleure
condition, quitte à s’entasser des années durant dans des
bidonvilles, a noté M. Lucas, farouche défenseur du
libéralisme économique.
Il a aussi établi une relation statistique entre le dynamisme
des villes et la croissance. « La somme de la richesse, c’est
davantage la connaissance et les idées nouvelles que
l’accumulation du capital », a-t-il soutenu.
Les villes restent le moteur de la croissance, car c’est en
elles que naissent les technologies et que fleurissent les
idées novatrices. Cela suppose aussi qu’elles évoluent dans un
environnement ouvert, favorable au commerce et aux échanges,
a-t-il rappelé. La ville nourrit aussi l’agriculture grâce à
la mise au point de technologies. Cela suppose cependant que
les travailleurs agricoles soient suffisamment instruits pour
se les approprier. Voilà pourquoi, à ses yeux, certains États
assez bien gouvernés comme la Thaïlande n’ont pas les mêmes
succès économiques que la Corée ou laMalaisie voisines.
L’économiste, toujours actif à l’Université de Chicago, a
enfin noté que même avec les villes qui génèrent les
meilleures idées, les économies les plus avancées auront une
croissance contenue à 2% ou 3%, ce qui reste supérieur à
l’augmentation de leur population. « Elles n’ont pas de
rattrapage ou d’adaptation à faire. »
M. Lucas a été présenté aux congressistes par le
vice-président de l’Institut économique de Montréal, Marcel
Boyer, comme « l’économiste le plus influent des 40 dernières
années ». M. Boyer a euM. Lucas comme professeur pour ses
études de doctorat à Pittsburgh.
Fin de session pépère - VINCENT
MARISSAL
C’est
probablement le propre d’une société paisible et sans
histoire que de se faire des petites peurs,
périodiquement, avec ce qui pourrait arriver.
Fin de saison politique, ça sent déjà les vacances à
Ottawa et Québec. Après une fin 2008 hyperactive dans les
deux capitales, le printemps aura été plutôt pépère. Il se
passe beaucoup de choses, mais rien de crucial. En
politique, l’hibernation se fait en été
Nous y sommes donc, entre deux élections à Ottawa, et près
de l’anniversaire des six mois de Jean Charest III à
Québec.
Parlant de Jean Charest, son parti tiendra un conseil
général cette fin de semaine à Laval, un événement que les
autorités du PLQ veulent calme et harmonieux. Ils veulent
parler de développement énergétique, une filière qui a
réussi jadis à Robert Bourassa. Bref, un petit happening
sans histoire comme les aiment les partis au pouvoir.
Personne n’en parlera ouvertement dans les corridors du
Sheraton Laval, mais plusieurs libéraux se demandent tout
de même combien de conseils généraux se tapera encore Jean
Charest.
Des sources au sein du PLQ m’ont confié récemment que la
question de la succession de Jean Charest fait beaucoup
jaser au sein des instances du parti et que certains se
préparent même pour du mouvement en 2010.
J’avais, il y a quelques semaines, évoqué les noms de
Raymond Bachand, Line Beauchamp et Jean-Marc Fournier. Des
militants libéraux se sont empressés de rajouter le nom de
Nathalie Normandeau à ma courte liste. Avec raison. La
vice-première ministre peut compter sur de solides appuis,
notamment chez les jeunes et les femmes du PLQ.
De plus, j’ai appris depuis que Daniel Johnson (eh oui,
Daniel Johnson) nourrit toujours quelque ambition secrète
de retour. En fait, pas si secrète que ça puisqu’il a
approché la CommissionJeunesse du PLQ pour tâter le
terrain il y a quelque temps et que certains de ses
partisans ont mis des lignes à l’eau. Juste au cas…
Petits moyens, petite campagne
Cible privilégiée des conservateurs dans une nouvelle
série de publicités négatives, le chef libéral Michael
Ignatieff a modestement répondu – à la mesure des modestes
moyens du PLC– par une pub internet.
Modestement, le PLC demande aussi à ses membres de
participer à la contre-attaque en créant des publicités
positives vantant leur chef et de les mettre en ligne sur
YouTube.
Le gagnant du meilleur spot de 30 secondes sur YouTube
gagnera une modeste somme de 308$, soit une modeste
contribution de 1$ pour chacune des 308 circonscriptions
du pays.
Les sondages sont bons, mais les temps sont durs…
La barre est haute
Accablés par de très mauvais sondages depuis quelque
temps, les conservateurs n’étaient pas peu fiers d’avoir
réuni plus de 2000 personnes, mercredi soir, à Montréal à
l’occasion d’une visite de leur chef.
Avec raison. Il y avait longtemps que l’on avait vu autant
de militants réunis pour un évél’impression que la
question du voile dans la sphère publique québécoise est
un grave problème social au Québec.
C’est probablement le propre d’une société paisible et
sans histoire que de se faire des petites peurs,
périodiquement, avec ce qui pourrait arriver. Que de
s’imaginer que derrière le voile d’une infime minorité de
femmes discrètes se cachent les pires scénarios. Comme le
déferlement de hordes d’intégristes dans nos terres, alors
que dans les faits, toute cette histoire n’en est pas une,
comme l’ont écrit si justement Bouchard et Taylor.
N’empêche,
les
gardiens de l’Identité sont remontés au créneau pour vous
protéger de votre nement au Québec, tous partis politiques
confondus.
La barre est maintenant très haute pour le prochain grand
événement politique du printemps, la soirée de financement
de Michael Ignatieff, le 4 juin au Sheraton du
centre-ville.
On verra alors si les libéraux ont la même capacité de
mobilisation que les conservateurs et si les succès de M.
Ignatieff dans les sondages peuvent se transformer en
espèces sonnantes et trébuchantes.
Cachez ce voile...
À lire les journaux des derniers jours, notamment les
pages Forum de La Presse de jeudi, un visiteur étranger
aurait vraiment propre tolérance. Pauline Marois et Louise
Beaudoin en tête, qui veulent interdire le port du voile
dans la fonction publique.
Le zèle laïque de mesdames Marois et Beaudoin amène deux
questions :
– Symbole religieux pour symbole religieux, êtes-vous
d’accord pour décrocher le crucifix du Salon bleu de
l’Assemblée nationale ? Je n’ai jamais été « confronté » à
une fonctionnaire à foulard, mais chaque fois que j’entre
à l’Assemblée nationale, la grosse croix au-dessus du
fauteuil du président me saute aux yeux comme un néon dans
une chambre noire.
– Accepteriez-vous qu’une musulmane voilée, dûment élue
par son association de circonscription, fasse campagne
pour le PQ, comme Monia Mazig et Samira Laouni l’ont fait
pour le NPD en 2004 et 2008? Et si elle est élue,
pourrait-elle siéger avec son voile?
On prend un café pour en discuter, si vous voulez. C’est
moi qui invite.
Mario le journaliste
Il n’existe pas d’ordre professionnel de journalistes au
Québec et bien que le débat revienne périodiquement, le
consensus dans la profession s’y oppose.
J’adhère, mais si j’entends encore une fois Mario Dumont
dire qu’il est « journaliste », comme il l’a fait mercredi
lors du passage de Stephen Harper à Montréal, je vais
lancer le mouvement québécois contre le mélange des
genres.
Parce que c’est de ça dont il est question: le mélange des
genres.
Les ex de RDI ( Frulla, Grégoire et Charbonneau) n’ont
jamais prétendu être autre chose que des commentateurs,
pas des journalistes. Quant à Jean Lapierre, le
chroniticien par excellence au Québec, il a toujours
refusé, en toute décence, le titre de journaliste.
Mario Dumont ne vient pas de devenir journaliste, à peine
deux mois après avoir quitté son seul job à vie (la
politique), du simple fait qu’il s’apprête à commenter
l’actualité dans une émission de TV à TQS.
Il y a un titre pour ça: commentateur. Ce n’est pas pire
ou mieux que journaliste, c’est juste plus précis.
Un simulacre de démocratie
Une
résolution sur la consigne adoptée sans débat et sans vote
aux assises de l’Union des municipalités
Ce que je veux dénoncer, c’est le manque de représentativité
au sein d’un organisme soidisant fondé sur le principe de
démocratie.
L’auteur est conseiller municipal à Saint-Eustache et
secrétairetrésorier du conseil d’administration de
Tricentris, un centre de tri. Il a fait parvenir cette
lettre au président de l’Union des municipalités du Québec,
Robert Coulombe. M. Coulombe, j ’ ai par t icipé ave c
enthous i a sme au x assises de l’ UMQ à l’atelier intitulé
« La consigne, outil du passé ou de l’avenir ? » Présidé par
Denis Lapointe, l’atelier a permis une bonne discussion sur
l’opportunité d’élargir ou non la consigne sur les
contenants à remplissage unique (CRU). Les discussions ont
été soutenues par des personnes-ressources de tous horizons
et d’opinions différentes face à la question.
Considérant les questions posées et les opinions émises
durant l’atelier, il serait fallacieux de prétendre qu’un
consensus a été exprimé par les participants. Aucun vote n’a
d’ailleurs eu lieu, ni même de vote indicatif.
Or, à l’occasion de l’assemblée générale de l’UMQ, une
résolution de deux pages précisant que l’Union était
favorable à l’élargissement de l’application de la consigne
a été présentée et adoptée en toute hâte, et cela sans appel
au vote. Cette résolution provenait d’un « caucus d’affinité
» c’est-à-dire d’un sous-groupe de municipalités au sein de
l’Union. La formule des caucus d’affinité a sûrement sa
raison d’être afin que les villes ayant des préoccupations
ou des dossiers communs puissent discuter et prendre
position. Mais je crois que leur représentativité est
discutable dans le cas d’un dossier qui touche l’ensemble
des municipalités membres.
Finalement,
je m’explique mal ce communiqué de l’UMQ émaillé des propos
de Denis Lapointe et présentant comme position officielle de
l’Union l’appui à la consigne et à son élargissement aux
bouteilles de vin et aux bouteilles d’eau en plastique.
Comme plusieurs, je ne partage aucunement l’opinion exprimée
dans ce communiqué, mais la présente lettre n’a pas pour
objet d’exposer mes vues sur la question. Ce que je veux
dénoncer, c’est le manque de représentativité au sein d’un
organisme soi-disant fondé sur le principe de démocratie.
Une résolution présentée par un sous-groupe de municipalités
a ainsi été adoptée en plénière sans débat et sans vote et
on s’en est servi pour déclarer par communiqué la position
officielle de l’UMQ, et donc de tous ses membres.
J’aimerais vous rappeler que 60municipalités sont membres de
Tricentris, qui traite aussi les matières recyclables de 40
autres municipalités clientes. Au total, près d’un million
et demi de Québécois sont desservis par Tricentris et la
plupart des 60 villes membres de Tricentris font également
partie de l’UMQ. Tout comme moi, les représentants de ces
municipalités n’ont pas pu voter, aux assises de l’UMQ, sur
la question de la consigne. Je sais à ce titre que nombre
d’entre eux s’y opposent.
Faut-il en déduire que tout était joué d’avance? Qu’on a eu
droit à un simulacre de démocratie pour faire passer une
résolution écrite à l’avance? Je m’interroge grandement
quand je vois agir ainsi des représentants de citoyens, élus
démocratiquement par surcroît.
Le CA de l’UMQ représentatif
Aucune résolution n’est adoptée sans débat et à la toute
hâte
L’UMQ
célèbre cette année le 90e anniversaire de son histoire.
Elle s’est toujours fait un devoir de permettre à ses
membres
d’exprimer leur opinion.
L’auteur est président de l’Union des municipalités du
Québec et maire de Maniwaki. Il réplique à la lettre de
Daniel Goyer, conseiller municipal de SaintEustache, qui
a été publiée le 23 mai. M. Goyer, j’ai lu avec intérêt
la lettre dans laquelle vous exprimez de sérieux doutes
quant aux règles régissant le déroulement de l’assemblée
générale annuelle de l’Union des municipalités du
Québec. Vous allez même jusqu’à dénoncer « le manque de
représentativité au sein d’un organisme soi-disant fondé
sur le principe de démocratie ».
Vos propos méritent une importante mise au point. Tout
d’abord, sachez que la résolution sur l’élargissement de
la consigne sur les contenants à remplissage unique
(CRU), qui a été, selon vous, adoptée en toute hâte et
sans vote, n’a justement pas été adoptée ! Pour être
accueillie, elle nécessitait un proposeur et un
appuyeur. Comme le stipulent les règlements généraux de
l’Union, « toute nouvelle question non prévue à l’ordre
du jour d’une assemblée ordinaire peut être reçue et
débattue, mais ne sera pas soumise au vote. Elle sera
plutôt référée au conseil d’administration pour prise en
considération ».
Ce fut le cas de cette résolution proposée par le caucus
des cités régionales de l’UMQ et appuyée pour qu’elle
soit retenue et déférée, pour analyse et décision
éventuelle, à la prochaine réunion du conseil de
l’Union. Telles en font foi les minutes de cette
assemblée générale tenue dans le cadre de nos assises
annuelles, le 16 mai dernier.
J’aimerais
vous rappeler que le consei l d’administrat ion de l’UMQ
est représentatif du monde municipal québécois, étant
formé de 4 4 mai res et mai resses de municipalités de
toutes tailles et de toutes les régions du Québec, élus
par leurs pairs membres de l’Union. À ses réunions,
aucune résolution présentée par une de ses Commissions
pol itiques – également formées d’élus munic i pau x et
de per sonnes-ressources – n’est adoptée sans analyse,
débat et à la toute hâte. L’ UMQ c élèbr e c e t t e
année le 90e anniversaire de son histoire. Elle s’est
toujours fait un devoir de permettre à ses membres
d’exprimer leur opinion.
Vous avez raison, le dossier de la consigne concerne
l’ensemble des municipal ités membres de l’ UMQ et c’est
pourquoi il y a bien longtemps qu’elles examinent cette
question, notamment au sein de notre Commission de
l’environnement. De ces réflexions est issue une
résolution adoptée par le conseil d’administration de
l’UMQ en 2006, qui demandait au gouvernement du Québec
d’ajouter les contenants de vins et de spiritueux de la
SAQ au système public de consignation, et une autre,
adoptée en 2008, qui réitérait à la ministre du
Développement durable, de l’Environnement et des Parcs,
sa demande d’ajouter les bouteilles d’eau au système
public de consignation. Il n’y a ici rien de nouveau.
L’UMQ a toujours eu comme position la responsabilisation
complète de l’industrie pour les biens qu’elle met en
marché.
Lorsque vous vous expliquez mal le communiqué émis par
l’UMQ sur le sujet, vous avez la réponse au deuxième
paragraphe de celuici. Elle n’a que réitéré sa position
dans ce dossier, en réaction aux commentaires entendus
au cours des dernières semaines voulant que la consigne
sur les contenants à remplissage unique, en place depuis
1984 au Québec, pourrait être abandonnée. L’Union
demeure une alliée indéfectible de la collecte sélective
des matières recyclables et considère que la consigne et
la collecte sont des systèmes complémentaires essentiels
à la réduction à la source.
Le courage du
nom - ANDRÉ PRATTE
En démocratie,
il n’est pas seulement fondamental que chacun puisse s’exprimer.
Il est essentiel aussi que chacun agisse à visage découvert. Le
secret et l’anonymat sont les refuges de ceux qui trompent ou
n’osent pas affronter l’opinion. Ceux-là ne sont pas
d’authentiques démocrates.
Dans le cadre de la restructuration de Chrysler, certains
créanciers qui tentent de bloquer le processus – donc de pousser
Chrysler à la faillite – ont demandé au juge de préserver leur
anonymat. Qualifiés de « spéculateurs » par le président Obama,
ces fonds d’investissement et de retraite ont dit craindre que
des personnes mécontentes s’en prennent à leur personnel. Le
juge a estimé cet argument peu convaincant et a forcé les
créanciers à dévoiler leur identité. L’avocat de Chrysler a
ainsi résumé les risques de l’incognito: « L’anonymat nourrit
l’irresponsabilité. »
Cela est vrai dans les situations les plus graves comme les plus
bénignes. Pourquoi tant de blogueurs tiennent-ils à cacher leur
identité? Sans doute le recours au pseudonyme permet-il plus de
licence. Lovequeen18 peut insulter, inventer, écrire sans se
soucier de l’orthographe. On gagne en cacophonie, pas en
démocratie.
Le j ournal isme pol it ique s’abreuve aux sources anonymes.
Dans plusieurs cas, c’est inévitable et justifié: ces sources
permettent de déterrer les scandales. Si ces gens sortaient de
l’ombre, ils s’exposeraient aux représailles. Dans d’autres
circonstances, politiciens et membres du personnel politique
profitent de l’anonymat pour glisser des « confidences » dans
l’oreille des journalistes. Il faut mettre le mot confidences
entre guillemets : en réalité, pour des motifs personnels ou
partisans, la source veut que l’information soit publiée mais
sans qu’on sache qu’elle vient d’elle. Pourquoi faire de la
politique si on n’a pas le courage de ses opinions?
Les
entrepreneurs et les financiers composent une partie importante
de l’élite québécoise. Quand les entend-on prendre position sur
quelque enjeu public ? Aux yeux de Québec inc., le silence est
toujours d’or.
Dans le milieu des affaires pourtant, on ne se gêne pas pour
critiquer le manque de courage politique des élus. Or, on
devrait reconnaître que les politiciens, eux, s’exposent
quotidiennement à la critique publique. Ils doivent sans cesse
convaincre, expliquer, justifier. Ils n’affrontent pas seulement
un conseil d’administration ou quelques analystes, mais des
millions de personnes. Chacun de leur geste, chacune de leurs
dépenses est épiée et autopsiée.
Combien de gens d’affaires accepteraient de se plier à un tel
examen? Les comités de rémunération seraient-ils aussi généreux
pour les patrons d’entreprise si les médias publiaient à chaque
occasion le nom et la photo des personnes qui y siègent?
Décider, agir, affirmer, critiquer, dénoncer: autant de choses
bien plus faciles à faire sous le couvert de l’anonymat. Les
démocrates engagés persistent et signent.
Bixi, blogue et
bullshit - PATRICK LAGACÉ
Créer un faux
blogue animé par des personnes qui n’existent pas, sans jamais
révéler qu’il s’agit là d’un rouage d’une campagne de
marketing, est-ce une arnaque?
C’est l’histoire d’un blogue sur le vélo. Créé quelque part en
2008 par trois Montréalais : Mélanie Gomez, Jean-Michel
Simoneau et Pénélope Riopelle. Nom du blogue : « À vélo
citoyens ».
Pour
faire la promotion du Bixi, le service de vélo
libre-service, la firme Morrow Communications a créé de
toutes pièces un blogue intitulé « À vélo citoyens». Les
trois animateurs de ce blogue sont des personnages
complètement inventé.
Ce blogue, c’est une idée née « spontanément », quand ces
trois cyclistes se sont rencontrés « de manière fortuite »,
expliquent-ils sur « À vélo citoyens ».
L’idée? Promouvoir le vélo comme principal moyen de transport
à Montréal. Ce sont les mots de Mélanie, Jean-Michel et
Pénélope eux-mêmes.
Un bon blogue, je dois le dire. Mis à jour souvent. Bien
écrit. Sujets variés.
Les trois amis se sont investis dans cette aventure web.
Mélanie a même produit des clips pro-vélo très bien faits,
pour le blogue. JeanMichel allait intervenir sur d’autres
blogues, allait commenter des textes du Devoir, invitant les
lecteurs à venir lire « À vélo citoyens ».
Pour faire la promotion du blogue, Gomez, Simoneau et Riopelle
ont créé une page Facebook. Nombre de membres : 1300. Les
trois cyclistes avaient, chacun de leur côté, une page
Facebook. Mélanie Gomez étant la plus prolifique : 1400 amis.
Les efforts de Gomez, Simoneau et Riopelle ont été
récompensés, en juillet 2008. Leur blogue a sorti, en
exclusivité, un petit scoop: une photo du prototype du Bixi,
le vélo libre-service parrainé par la Ville de Montréal,
envoyée par un informateur.
Sur la photo, on voit un type chauve chevauchant le Bixi, sous
la pluie.
Quelques jours plus tard, Stationnement de Montréal confirme
au blogue « À vélo citoyens » qu’il s’agit bel et bien d’un
prototype du Bixi. C’est Alain Ayotte, vice-président de
Stationnement de Montréal, qui chapeaute l’implantation du
Bixi, qui accorde l’entrevue au blogue.
Voilà. C’est l’histoire, en apparence banale, d’un blogue
animé par des citoyens passionnés.
Il n’y a qu’un petit pépin dans l’histoire que je vous raconte
ci-haut. Tout est faux. Le blogue n’est pas une idée née «
spontanément ». La rencontre des trois cyclistes-blogueurs
n’est pas « fortuite ». Pour une raison bien simple: ils
n’existent pas!
Gomez, Simoneau et Riopelle ont été créés au 1434, rue
SainteCatherine Ouest, l’adresse de Morrow Communications,
propriété d’André Morrow, qui assure le marketing, les
communications stratégiques ou publicitaires de nombreux
clients privés et publics.
La boîte de M. Morrow a créé le faux blogue et les faux
citoyens pour le compte de son client, Stationnement de
Montréal, afin de mousser l’arrivée de Bixi, le service de
vélo libre-service lancé ce matin.
Question: ce blogue est-il une arnaque?
Jacques Nantel, prof aux HEC, spécialiste du marketing, écoute
l’histoire que je viens de vous raconter. Qu’en pense-t-il ?
« C’est astucieux, on peut s’entendre là-dessus. Ça joue dans
la zone non tracée du web 2.0. C’est à la limite de l’éthique.
Mais je ne suis pas prêt à dire que c’est hautement
condamnable. »
Pour l e prof Na ntel , le faux blogue créé par Morrow
Communications s’inscrit dans la lignée du marketing de
guérilla, « qui est undercover » et représente une technique «
qu’on risque de voir de plus en plus dans la prochaine
décennie ».
– Le vrai du faux est difficile à distinguer…
– Oui, dit Jacques Nantel. Et c’est là que le web 2.0 est à la
fois pernicieux et fascinant.
Créer un faux blogue animé par des personnes qui n’existent
pas, sans jamais révéler qu’il s’agit là d’un rouage d’une
campagne de marketing, est-ce une arnaque?
Chez Morrow Communications e t chez St a t i onnement de
Montréal, où on a reconnu que le blogue « À vélo citoyens » a
été créé de toutes pièces, ma question a été accueillie avec
indignation.
André Morrow, qui a eu le contrat de la promotion du Bixi via
un appel d’offres: « On a fait du marketing viral, pour faire
connaître le principe du vélo en libre-service, en partant de
passionnés de vélo, pour susciter de l’intérêt, pour créer un
buzz. »
Michel
Philibert, directeur, communications-marketing, chez
Stationnement de Montréal : « La stratégie virale, ça fait
partie de la pub. Non, ce n’était pas de la manipulation. La
manipulation, c’est mercantile. Stationnement de Montréal,
c’est privé, mais Bixi est un service public. On veut que ça
marche. »
Morrow: « Je n’ai aucun problème avec ce blogue, avec cette
campagne. Il n’y a pas eu de malversations. C’est legit. »
MM. MorrowetPhilibert, interviewés séparément, ont insisté sur
le côté « positif » du Bixi, qui vise à pousser les
Montréalais à faire du vélo. Positif dans le sens de
bon-pour-l’environnement, bon-pour-la-santé.
Ma réponse à MM. Morrow et Philibert : là n’est pas la
question.
Le public a été trompé. Jamais on n’a dit aux lecteurs du
blogue, aux 1300 membres de la page Facebook d’« À vélo
citoyens », aux 1400 amis de « Mélanie Gomez », qu’ils
participaient à un effort de marketing souterrain.
Pour André Mor row, qui conseille à l’occasion le maire Gérald
Tremblay, la création des personnages Gomez, Simoneau et
Riopelle n’a rien de répréhensible. « Il y a des personnages
sur Twitter et sur YouTube aussi. Il n’y a rien de mal à ça. »
Dans les bureaux de Stationnement de Montréal, j’ai évoqué la
« rencontre fortuite » de Gomez, Simoneau et Riopelle, décrite
sur le blogue.
– C’est de la manipulation, ça, non? – Le mot est gros… – Et
ces trois « personnes », qui interagissaient avec les
internautes ? – C’est, dit M. Philibert, une façon de
rejoindre les gens.
– Mais c’est un mensonge, ils n’existent pas!
– Si on avait fait un blogue hébergé par Stationnement de
Montréa l , personne n’aurait été intéressé. Et puis, ça se
fait ailleurs… – Où? – Je ne sais pas. Mais ça
se fait.
Michel Philibert a raison. Déguiser une campagne de marketing
en mouvement de citoyens qui s’impliquent « spontanément », ça
se fait.
Aux États-Unis, on appelle ça de l’astroturfing. Pour
AstroTurf : du gazon artificiel. Par opposition aux mouvements
citoyens, qu’on qualifie de « grassroot ». Traduction: issus
du gazon, du terreau. On appelle aussi ça du « sock puppeting
», où un internaute se crée une fausse identité, une
marionnette virtuelle, pour parler de lui-même.
La grande firme de relations publiques Edelman, par exemple, a
été publiquement humiliée pour délit d’« astroturfing » et de
« sock puppeting » : elle animait subrepticement des blogues
de faux citoyens faisant la promotion d’un de ses clients,
Wal-Mart.
Et ces deux pratiques de l’ombre sont prohibées, sans qu’on y
réfère par leurs noms, par le code d’éthique du Public
Relations Society of America.
A lors, ce f a u x bl o g ue cycl iste animé par Mor row
Communications, pour le compte de Stationnement de Montréal,
est-ce une arnaque, M. le chroniqueur?
Eh bien ! laissez-moi citer Harry G. Frankfurt, prof de
philosophie à l’Université Princeton. L’homme a écrit un livre
sur – sans blague – la bullshit (1). En entrevue, il a eu ces
paroles de sagesse :
« L’augmentation du niveau de bullshit dans la vie
contemporaine s’explique par l’intensité du marketing dans la
société contemporaine… »
Et qu’est-ce que la bullshit, au fait, professeur ?
« Il s’agit d’un manque de considération pour ce qui est vrai
et ce qui est faux. »
Ça décrit parfaitement ce qui a été concocté pour vous faire
aimer de façon subliminale le vélo libreservice qui est lancé
aujourd’hui. Un manque de considération pour ce qui est vrai
et pour ce qui est faux.
De la bullshit, créée pour un produit unique et louable: le
Bixi.
Mais de la bullshit quand même.
RÉPLIQUE Non aux
certificats d’illégalité
La visibilité
des Hells facilite la collecte de renseignements Les listes
noires
Au
lendemain d’une déclaration judiciaire incriminant tous ceux
qui affichent les couleurs des Hells, parions que les
motards vont changer d’appellation.
L’auteur est avocat. Le chroniqueur Yves Boisvert propose que
la justice puisse décerner des certificats d’illégalité aux
hors-la-loi notoires que sont les Hells Angels. À son avis,
c’est « simple, juridiquement solide, socialement utile,
policièrement pertinent et, en plus, populaire. » Va pour
l’argument de la popularité. Pour le reste, l’argumentaire
porte à faux.
De l’aveu même d’un policier spécialisé en la matière, la
visibilité des Hells facilite la collecte de renseignements.
Les mariages, les funérailles, les expéditions de moto, le
va-et-vient aux bunkers permettent aux escouades policières
d’enrichir l’album de famille.
Certes, les policiers n’ont jamais eu besoin de voir et revoir
des images de Mom Boucher en costume de motard pour soupçonner
qu’il était un mauvais garçon. Cependant, c’est toujours utile
de pouvoir repérer et identifier les sympathisants des Hells,
les apprentis et les hommes de main, y compris leur escorte.
Après avoir décapité la pieuvre, les policiers ont grand
intérêt à connaître la relève.
Inspiré par la loi antiterroriste, Yves Boisvert propose
l’adoption d’une loi permettant à un juge de déclarer une
organisation illégale. En somme, la justice dresserait une
liste noire des hors-la-loi. Il s’agit d’un doublon puisque
des jugements ont déjà reconnu que des membres des Hells
constituaient une organisation criminelle.
Quelle est
donc l’utilité de cette démarche? Au lendemain d’une
déclaration judiciaire incriminant tous ceux qui affichent les
couleurs des Hells Angels, parions que les motards vont
changer d’appellation. Ça pourrait être les Black Angels. La
palette des couleurs est large. Chaque déclaration judiciaire
subséquente interdisant une appellation serait peut-être
suivie d’une nouvelle appellation. Ce jeu du chat et de la
souris ne servirait en rien l’administration de la justice.
Quant à la saisie et la confiscation des produits de la
criminalité, les forces policières ont à leur disposition des
pouvoirs dont ils font usage sans ménagement. À ce jour, les
policiers ont souvent soustrait aux Hells la partie visible et
palpable de leurs gains illégaux. Pour le reste, une liste
noire ne permettrait pas d’en faire davantage à ce chapitre.
À propos de la rafle policière survenue pendant la crise
d’Octobre en 1970, Yves Boisvert estime que le « problème
n’est pas dans la déclaration d’illégalité : il est dans le
fait qu’on avait suspendu les libertés civiles… » Minute! La
liste noire dressée par les forces policières visait les «
sympathisants » du FLQ, au même titre que les principaux
acteurs de l’organisation terroriste. L’abus fut rendu
possible par la discrétion reconnue aux policiers de décider
qui était un « sympathisant ». Ce dérapage n’a rien à voir
avec la suspension des libertés civiles et de l’habeas corpus.
Si la proposition formulée par Yves Boisvert devait être
envisagée par le législateur, il y aurait lieu d’être inquiet.
La technique des listes noires permet parfois des dénis de
justice. La déveine du citoyen canadien d’origine
soudanaiseAbousfianAbdelrazik en témoigne. Sorti de prison,
sans jamais avoir été jugé, ce malheureux réside à l’ambassade
canadienne au Soudan depuis un an. Son nom figure sur une
liste d’interdiction de vol de l’ONU. La Canada a tenté sans
succès, en 2007, de faire biffer son nom.
Curieusement, le ministre des Affaires étrangères Lawrence
Cannon refuse de lui donner un passeport, aumotif que cet
homme pose un risque pour la sécurité nationale. Pourtant, la
GRC et le Service canadiende renseignement (SCRS) ont indiqué
que rien ne permettait d’associer Abdelrazik à des activités
criminelles.
La
justice administrée à coup de listes noires donne ouverture au
détestable concept de culpabilité par association, lequel
repose habituellement sur des soupçons et des informations non
vérifiables. Parlez-en à Maher Arar!
Qui assumerait les fonctions de premier
ministre en cas d’incapacité à gouverner ? - Malorie
B eauchemin
OTTAWA
Différentes mesures ont été instaurées pour éviter un
flottement comme celui qui s’est produit en 1891, après la
mort de John A. Macdonald, alors que le Canada s’est
retrouvé sans premier ministre pendant près de 10 jours.
Le malaise qu’a connu le président français, Nicolas
Sarkozy, dimanche dernier en faisant du jogging a mis en
lumière le protocole prévu si le chef de l’Hexagone devenait
incapable de gouverner. La Constitution du pays prévoit que
le président du Sénat occupe « provisoirement » les
fonctions de chef d’État si le titulaire dûment élu au poste
ne peut pas s’en charger. En cas de décès, une nouvelle
élection présidentielle doit avoir lieu entre 20 et 35 jours
après que le Conseil constitutionnel, plus haute instance
juridique du pays, a constaté le caractère « définitif » de
la vacance du pouvoir.
Le
président français Nicolas Sarkozy a connu un malaise en
faisant son jogging dimanche. L’incident a mis en lumière
le protocole prévu par la Constitution en cas d’incapacité
du chef d’État à gouverner. De telles mesures existent
aussi au Canada, où le gouverneur général a la
responsabilité de nommer un successeur au premier
ministre.
Et chez nous, comment les choses se dérouleraient-elles ? Au
Québec et au Canada, certaines précautions ont été prises au
cas où le premier ministre ne pourrait plus, peu importe la
raison, exercer ses fonctions.
Le système parlementaire prévoit que si un premier ministre
meurt ou démissionne sans préavis, le gouverneur général ou
le lieutenant-gouverneur (dans le cas des provinces) doit
consulter les « membres éminents » du parti au pouvoir afin
de nommer la personne « dont il juge les chances les
meilleures » de former un gouvernement « qui puisse
commander une majorité à l’assemblée », explique le site du
Parlement fédéral. De facto, c’est le gouverneur général qui
a la responsabilité de s’assurer de la continuité du
gouvernement.
Différentesmesures ont toutefois été instaurées au fil du
temps pour éviter un flottement comme celui qui s’est
produit en 1891, après la mort de John A. Macdonald, alors
que le Canada s’est retrouvé sans premier ministre pendant
près de 10 jours.
Au Canada,
le titre de « vicepremier ministre », instauré en 1977
seulement, est un poste honoraire et sans responsabilité
formelle. D’ailleurs, Stephen Harper, à son arrivée au
pouvoir, en 2006, n’a pas nommé de vicepremier ministre et
n’en a toujours pas. Par contre, il a prévu des successeurs
dans une liste datée du 30 octobre 2008 ( peu après sa
réélection). La « liste des ministres qui seront autorisés à
agir au nom du premier ministre en cas d’impossibilité de
celuici d’exercer les fonctions de sa charge » désigne, dans
l’ordre, les ministres Lawrence Cannon, Jim Prentice, Chuck
Strahl, Peter MacKay et Stockwell Day.
« Il est nécessaire d’obtenir l’approbation de la
gouverneure générale à chaque mise à jour », peut-on lire au
bas de la liste du Conseil privé.
Au Québec, quatre premiers ministres sont morts en fonction.
Il s’agit de Félix-Gabriel Marchand (mort en 1900), de
Maurice Duplessis (1959) et de son successeur, Paul Sauvé
(1960), et de Daniel Johnson père (1968).
Chaque fois, c’est un des ministres du cabinet qui a pris le
relais. Bien que la fonction existe depuis plus longtemps,
la Loi sur l’exécutif, promulguée en 1976, prévoit la
nomination à Québec d’un vice-président du conseil exécutif,
lequel doit exercer les fonctions et pouvoirs du premier
ministre en son absence. Depuis 1994, cette personne détient
le titre de vice-premier ministre. Depuis 2007, la personne
qui remplacerait le premier ministre en cas de problème est
Nathalie Normandeau, actuelle ministre des Ressources
naturelles.
VOTES D’AÎNÉS INAPTES Une enquête est demandée
- Ariane Lacoursière
Des
associations de personnes âgées ont réclamé, hier, que le
Directeur général des élections enquête sur le fait qu’on ait
fait voter des aînés gravement atteintes de la maladie
d’Alzheimer.
La semaine dernière, La Presse a relaté l’histoire d’Annette,
résidante de Saint-Lambert atteinte de la maladie d’Alzheimer,
qui a voté dans un bureau de vote itinérant le 24 octobre,
alors qu’elle ne reconnaît plus ses enfants et n’est même plus
capable de tenir un crayon.
Depuis, La Presse a reçu plusieurs témoignages qui dénoncent
pareilles situations. Bianca Battistini, qui se présentait
comme conseillère dans le district Marie-Rivier, à Sherbrooke,
a été témoin de ce qu’elle appelle un «vote forcé».
Dans son district, sept résidences pour personnes âgées ont
reçu la visite d’un bureau de vote itinérant, dont le CHSDL
Saint-Vincent-de-Paul. Mme Battistini connaît très bien cet
établissement puisqu’elle s’y rend tous les midis pour faire
manger son père.
Quand Mme Battistini a obtenu la liste des gens qui avaient
voté grâce à ce bureau itinérant, elle a été très surprise d’y
voir les noms de 70 pensionnaires du CHSLD
SaintVincent-de-Paul. «La majorité des gens qui habitent là ne
savaient même pas qu’il y avait des élections! Je n’en
revenais pas!» raconte Mme Battistini.
Toujours dans le district de Mme Battistini, la Résidence
Murray a aussi reçu la visite d’un bureau de vote itinérant.
Mais le propriétaire, PierreChapdelaine, a refusé de faire
voter tous ses pensionnaires. «Aux dernières élections
provinciales et fédérales, des gens totalement inaptes avaient
voté. Je ne voulais pas que ça se reproduise», raconte M.
Chapdelaine.
« Certains
résidants atteints d’alzheimer se rendaient dans l’isoloir
avec une personne pour les aider. Ils ne savaient même pas
ce qu’ils faisaient! La personne qui les accompagnait aurait
pu leur faire écrire n’importe quoi », ajoute la directrice
adjointe de la Résidence Murray, Micheline Aubut.
Mme Aubut a tenté de convaincre le personnel électoral de ne
pas faire voter les gens trop confus. «On m’a répondu que
s’ils savaient leur nom, ils pouvaient voter!» dit-elle.
L’Association québécoise de défense des droits des personnes
retraitées et préretraitées (AQDR) a dénoncé, hier, «le fait
que des scrutateurs peu scrupuleux aient "tenu le crayon"
pour faire voter des personnes âgées atteintes d’alzheimer
». «On demande au DGE d’enquêter là-dessus et de corriger la
situation», dit le président de l’AQDR, Benoît Laprise.
L’Association des retraitées et retraités de l’éducation et
des autres services publics du Québec (AREQ) a aussi dénoncé
cette « usurpation du vote ». «Nous ne voulons pas que le
vote itinérant disparaisse. Mais si la personne ne le
demande pas et ne sait même pas qu’elle vote, elle ne
devrait pas voter!» commente la présidente de l’AREQ,
Mariette Gélinas.
La Fédération de l’âge d’or du Québec (FADOQ) demande elle
aussi l’intervention du DGE. «Comment ces personnes
peuvent-elles faire un choix éclairé? Et physiquement, si
elles ne peuvent même plus tenir un crayon, comment
peuvent-elles voter?» demande le directeur général de la
FADOQ, Danis Prud’homme.
Pour sa part, le président du Regroupement québécois des
résidences pour aînés, Yves Desjardins, croit qu’il y a une
limite à « faire sortir le vote ». «Si le DGE enquête, nous
pourrons l’aider», affirme-t-il.
Au bureau du DGE, on dit traiter le dossier comme une
plainte. Car la famille d’Annette a porté plainte au DGE la
semaine dernière. « Nous en sommes au stade des
vérifications », indique le porte-parole du DGE, Denis Dion.