Droits et
libertés
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Voir aussi : Immigration et racisme...
Plan to stanch flow of ‘conflict minerals’ from Congo
causes turmoil
Lettres
- Goliath a gagné !
Poursuite-bâillon
- Encore une fois le bâillon contre Noir Canada!
Noir
Canada - Entente entre Barrick Gold et Écosociété
Course
à la chefferie du NPD - Un candidat propose une union ad
hoc
Peru revokes licence of Canadian mining firm Bear Creek
Émeutes
meurtrières
-
Le
Pérou
a
révoqué
le
permis de la minière canadienne Bear Creek Mining
The
worldwide
revolution
of
angry
apartment
owners
115
millions d'enfants risquent leur santé ou leur vie au
travail
ENFANTS ÀVENDRE
Executions
on
the
decline
En
bref - Tortures au Soudan
Rapport
annuel - La torture perdure dans le monde
La mondialisation doit-elle nécessairement se faire aux
dépens de l'homme comme de l'environnement ?...
Travail
forcé - L'ONU dénonce l'impunité au Brésil
La France serait-elle donc en train de renier les fondements
même de sa République ?...
Le sentiment de vivre « hors de la République »
De
partisans à parias: les autorités françaises s'attaquent
aux «hooligans»
Leave every stone unturned
Se trouverait-on à assister à ni plus ni moins qu'une
érosion de la démocratie, et des droits démocratiques à
travers le monde ?...
As freedom blooms in the East, it's withering in the West
L'arbitraire
en Iran et en Biélorussie - Le mépris
Voter,
qu'ossa donne?
Repères
- Corset électoral en Égypte
Democracy promotion? Poof, it’s vanished …
Quelqu'un pourrait-il expliquer à la dictature extrémiste
iranienne ce que représente la notion même des droits de
l'homme ?...
L'Iran confirme la suspension de la lapidation de Sakineh
Iranienne
condamnée à mort - Des personnalités lancent un appel
Justice
iranienne - Aveux «forcés» d'une femme qui risque d'être
lapidée à mort
West
must keep up the pressure on Iran
Sakineh
Mohammadi ne sera pas lapidée, indique Téhéran
Alexandrie
se rebelle face à la torture policière
Dans
six pays africains - Fini le recours aux enfants soldats
Justice
est réclamée pour le meurtre de Mexicains critiques de
mines canadiennes
La porte du non-retour
L'esclavage existe toujours en Afrique, dénonce Michaëlle
Jean
Les petits esclaves de Dakar
Sénégal
: Mendier pour éviter les coups
Droits
de l'homme: RDC, Nigéria et Soudan derniers de classe
Un
accommodement génital
La circoncision, un rituel dangereux en Afrique du Sud
Enquêteur
correctionnel du Canada - Les prisons fédérales
impuissantes devant la maladie mentale
Le
sens des priorités
Les prisons sont surpeuplées, disent agents et détenus
Prison de Québec: un règlement de comptes à l'origine de
l'émeute
Vieillir
en
prison
-
Michèle Ouimet
Il y a davantage de suicides dans les
prisons du Québec - Émilie Côté
Inde : QUATRE GARÇONS POUR 70$ - Philippe
Mercure
Un détenu malade poursuit le fédéral
- Agnès Gruda
CAMPING FORCÉ À BORDEAUX - Isabelle
Hatchey
LA SOLUTION N’EST PAS DANS LE BÉTON -
Isabelle Hatchey
Voir aussi Prisons californiennes : Surpopulation,
émeutes et chaos
Clandestins morts en mer La ligne dure de
Berlusconi critiquée
Et si l'on se mettait à réellement reconnaître les droits de
l'enfant, et surtout à agir en conséquence ?...
Celebrities
unite to to raise awarenees
La Russie éprouverait-elle donc un petit problème avec la
démocratie ?
Tant qu’il y a du savon, tout va
Russie
- Medvedev lâche du lest
La « verticale du pouvoir » poutinienne ébranlée
La
nouvelle coqueluche de l’opposition russe libérée
Vladimir Poutine ne plie pas
Russie
- Moscou veut contrôler l'Internet
Manifester pour Poutine, une activité lucrative
Manifestations
en Russie - Le sursaut
Putin
loyalist steps down as speaker of Russian parliament
Russie
- Medvedev veut une enquête sur les fraudes électorales
Élections
législatives en Russie - Fraude massive
Législatives
russes - Le parti de Poutine a du plomb dans l'aile
Prokhorov’s entry into Russian race could complicate
Putin’s plans
Un
milliardaire contre Poutine
La rue russe se rebelle
Le tsar ébranlé
De rock star politique à prisonnier d’opinion
Un printemps russe en plein hiver électoral ?
Le camp Poutine en net recul
Élections sans suspense
Le scrutin de toutes les fraudes
L’économie russe et la démocratie
Waiting for the next Russian revolution
Vladimir
Putin, the man who would be czar
Gorbatchev craint le retour de Poutine
Le seul chef
Chaises musicales à la russe
Russie
La Russie vient à la rescousse de la Syrie
Le
cauchemar d’un soldat russe
Le blogueur qui en savait trop
La
vindicte
de
Poutine
Khodorkovski
attend sa peine - La Russie prie l'Occident de se mêler de
ses affaires
Medvedev,
ultime
espoir
de
Khodorkovski
Les
États-Unis
se
méfient
de
la
Russie
Putin at centre of U.S. concerns on Russia’s direction:
WikiLeaks
Terreur
en Russie
L’épine
au
pied
du
Kremlin
Le
journal qui n’aimait pas Poutine
Russie
- Le maire déchu de Moscou dénonce le régime
Russie:
sauver une forêt à ses risques et périls
L'Erin Brockovich de Russie
Les nationalistes russes optent pour le terrorisme
RUSSIE La Cour bannit la peine de mort
La peine capitale pourrait être réintroduite en Russie
Tchéchénie : La dirigeante d’une ONG
assassinée - Frédérick
Lavoie
Les larmes de Natalia
Estemirova - Laura-Julie Perrault
Russie : Indignation et
hommage inattendu
Russie : Militante assassinée
Europe de l'Est
Opposants derrière les barreaux
Et se pourrait-il que la Chine ait en effet un sérieux
problème avec toute la question des droits de l'homme ?...
China
asked to rescue the world – but what about its own people?
« Une vraie escroquerie »
Growing ‘Occupy’ movement makes China nervous
China's
hit-and-run morality
In Foshan, China, a street without a heart - Globe
Editorial
La petite Chinoise et l’indifférence
Chinese migrants are second-class citizens
China offered Gadhafi huge stockpiles of arms: Libyan
memos
On human rights, China
enforces the sound of silence - Globe Editorial
Des
scènes
d’émeutes
«
effrayantes
»
À
force d'abuser, l'État chinois fait exploser la colère
La
crainte
du
printemps
arabe
Rounding
up
the
usual
suspects
Les
mandarins inquiets
L’empereur
chinois
et
son
rouleau
compresseur
When
did
basic
human
values
become
un-Chinese?
La
Chine
en
guerre
contre
le
Nobel
AMIS DE LA CHINE
Transition
ou
impasse
?
Six
pays
boudent
le
Nobel
de
la
paix
China
continues spat with Norway over Nobel Prize pick
Froid diplomatique entre la Chine et la
Norvège
Getting
around
the
Great
Firewall
of
China
Le
monde
et
les
temps
changent
-
Marc Cassivi
Combien
de personnes exécutées en Chine en 2009?
Alerte
au «gendericide»
Yes,
Chinese
have
rights
–
in
theory
Why
is
Tibet
still
an
issue?
Beijing
has
only
itself
to
blame
One
country, two systems, thousands of marchers
Why Google isn't racing from China
Google,
China and a wake-up call to protect the Net
Victims
two
ways
in
China
La
police interdit le premier concours de beauté gai en Chine
Google
menace
de
quitter
la
Chine
Britannique
exécuté: il voulait sauver le monde avec un lapin
Des
Chinois s'immolent pour éviter l'expropriation
La place Tiananmen quadrillée
La place Tiananmen, une péripétie taboue en
Chine - Tristan de Bourbon
La liberté n’est plus ce qu’elle
était - AGNÈS GRUDA
Tiananmen: la faute à l’inflation
- MATHIEU PERRAULT
LA MÉMOIRE SUR TOILE
Tian An, enfant de Tiananmen
Une crainte exagérée La faible
proportion de contenu local dans les exportations de
la Chine rend la dégringolade moins catastrophique
Chine : Les exécutions alimentent
les greffes
The Chinese Confucian Party?
... quand ce n'est pas la démocratie en tant que telle,
aussi fondamentale la volonté du peuple devrait-elle
pourtant s'avérer pour un soi-disant parti du peuple ?...
China
says
yes
to
democracy,
eventually
Et même de ce côté, se pourrait-il donc que du progrès
puisse pourtant être espéré ?...
L’ouverture
Le
Nobel de la paix à Liu Xiaobo - La Vérité
Liberté
chinoise, liberté tout court
This year's winner deserves the peace prize
Nobel
de la paix: un dissident chinois honoré
La
communauté internationale exhorte la Chine à libérer le
Nobel de la paix
Les dissidents
Police
force wife of China's Nobel Prize winner from home, black
out TV coverage
Le
Nobel de la paix au dissident chinois Liu Xiaobo
China
turns
a
page
on
independent
journalism
In
China,
a
step
toward
justice
En
bref - Tiananmen: le calme
À moins qu'on ne puisse surtout parler que "d'écrans de
fumée" ?...
In
China,
a
tortuous
road
to
the
rule
of
law
La
censure chinoise: Zhongnanhai à l'écoute
Corée du Nord
La
pire
geôle
du
monde
Les Indiennes se rebiffent contre la collecte manuelle
d'excréments
Et que dire du droit à la démocratie ?...
De grands espoirs placés en ElBaradei
ElBaradei rentre en Égypte faire
campagne pour la « démocratie »
Mali: le difficile chemin vers l'égalité des sexes
Et comment l'abolition de l'homophobie ne pourrait-elle pas
s'avérer profitable pour tous ?...
L’intimidation
Le
droit au placard
Les alliés involontaires
The UN coaxes the world toward universal gay rights
Gai,
arabe
et
en
danger
Rudy
et
la
maladie
des
Blancs
Montrer
ses fesses: pas normal, mais bienvenu!
Fierté
gaie: un défilé de toutes les couleurs
Homosexualité
africaine: la chasse aux sorcières
São
Paulo: la plus importante «gay pride» au monde
Le
jeune gai rejeté
L'enfer,
c'est l'école!
L'homophobie
ordinaire
Les
enfants d'un couple homosexuel exclus d'une école
La
sodomie reste interdite en Malaisie
L'Amérique
latine se met à l'heure des droits homosexuels
Les couples homosexuels
d’Uruguay autorisés à adopter des enfants
Plumes et paillettes sur fond de lutte contre les
préjugés - Daphné Cameron
Washington
invite à bloquer une loi anti-homosexuels
Orientation sexuelle en
entreprise : Affirmer la différence - Caroline
Rodgers
Les homosexuels ostracisés
Le Québec, paradis du mariage
gai
L’homophobie continue de faire
des ravages en France - MARC THIBODEAU
ISRAËL Attentat homophobe
La fierté gaie se fait discrète,
à Jérusalem
L’Inde dépénalise l’homosexualité
- Philippe Mercure
MARIAGES GAIS EN RUSSIE Début d’un
combat inégal
RUSSIE Défilé gai dispersé
Embaucher une personne handicapée, c’est
facile ! - Caroline Rodgers
Le roi cool perd son sang-froid
- Laura-Julie Perrault
Le FLQ? Bof - YVES BOISVERT
FRANCE - Nouvelle croisade contre l’excision
« Nous préférons mourir »
La Révolution de Jasmin démontrerait-elle donc que la
liberté d'expression serait possible, et ce même dans le
monde arabe ?...
Les
médias dans les pays arabes: entre censure et cassure
La
liberté
n’est
plus
où
elle
était...
Fini
la
censure
Et que dire de la liberté d'expression ?...
Nous
sommes tous des « Charlie Hebdo »
La
liberté
n’est
plus
où
elle
était...
La
société de Zambito déboutée: une poursuite jugée abusive
Another
assault on free speech
Drame humain à Gaza : le propriétaire change son
fusil d'épaule
Drame humain à Gaza: l'expo est menacée
Voir aussi Mais ceci dit, ne devrait-il pas aussi y
avoir certaines limites à la liberté d'expression ?...
... et de ses limites ?
Jusqu’où peut- on aller trop loin?
Should free speech trump hate laws? Yes - MARGARET WENTE
... Et peut-on vraiment parler de liberté d'expression sans
liberté de presse ?...
Ce
drôle de pays
Press freedom wins a measured victory
La
victoire du bon sens
«UNE GRANDE VICTOIRE»
La
Cour suprême confirme l’importance de la protection des
sources des journalistes
Press
freedom
meets
its
match
on
a
Scottish
golf
course
Pour
journalistes avertis seulement
État
critique
symptomatique
-
Nathalie Petrowski
Journalistes
sous surveillance aux États-Unis
Journalists'
sources need better protection than that better
Le
droit de protéger les sources n'est pas absolu
La victoire dans la défaite - Yves Boisvert
Pressing
ahead
on
journalistic
freedom
Affaire
Julie Couillard : TVA et Gesca se livrent une guerre de
réputation
Les
journalistes
doivent-ils
être
intégrés
dans
l'armée?
-
Michèle Ouimet
Sarkozy
furieux de «l'inconscience» des journalistes
Une
victoire - André Pratte
Les journalistes mieux outillés contre les poursuites
Polygone et la liberté d’enquêter - YVES
BOISVERT
PROTECTION DES SOURCES JOURNALISTIQUES - Deux visions
s’affrontent enCour suprême
La Cour d’appel duQuébec donne raison à La
Presse - Karim Benassaieh
Feu le journalisme d’enquête?
La censure dans tous ses
états - Pierre Trudel
... ou de la protection des sources ?...
Journaliste
délateur ou bon citoyen?
Et le conflit au Journal de Montréal tendrait-il donc à
démontrer que, même au Québec, la profession de journaliste
puisse être réellement menacée ?...
DEUX ANS DE SA VIE
Le
tabou
des
scabs
virtuels
Congrès
de la Fédération professionnelle des journalistes du
Québec - Défoulement collectif contre l'empire
Et surtout, n'aura-t-il pas permis en fait de démontrer les
limites du syndicalisme ?...
RUE FRONTENAC DE L’UTOPIE AU CAUCHEMAR
La
fin
des
illusions
Et surtout, existe-t-il toujours cette chose que l'on
appelle la liberté d''information ?...
États-Unis:
la taupe présumée de WikiLeaks comparaît devant la justice
militaire américaine
Transparence : la trahison d’obama
Statscan’s
budget
should
be
increased
by
$100-million
«
Inhumain » ou « normal » ?
Le
soldat
Manning
se
dit
victime
de
mauvais
traitements
L'informateur
de WikiLeaks serait maltraité
Et notamment, Wikileaks se serait-il donc fait le champion
de la liberté de l'information ?...
La
fin de Wikileaks
Il y a trop de secrets d’État
L’année
WikiLeaks
Just
watch
us:
The
utopian
dream
of
total
openness
Le
brouillard
Médias
- Les leçons de WikiLeaks
WikiLeaks,
et puis après?
Julian
Assange, l'ennemi public numéro un
«
La divulgation est une bonne chose »
Dans la ligne de mire deWashington
We shouldn’t be embarrassed by hard truths - Jeffrey
Simpson
Attempt
to
prosecute
WikiLeaks
would
likely
fail
WikiLeaks:
Not
all
hypocrisies
are
equal
WikiLeaks
accepte
les
«
règles
du
jeu
»
des
journaux
Diplomacy
will never be the same
Les
«Gorges profondes» du web
WikiLeaks: Julian Assange, apôtre de la transparence
L'inaccessible
information
«publique»
-
Yves Boisvert
WikiLeaks
site fills critically important need
... ou pourrait-il donc lui arriver de causer parfois plus
de tort qu'autre chose ?...
Victime
de WikiLeaks, un journaliste éthiopien forcé à l'exil
WikiLeaks
publie tous ses câbles et est fortement critiqué par les
médias
WikiLeaks' Assange equates government with conspiracy
Breakaway
WikiLeaks
staff
form
new
service
Keeping
secrets
too
safe:
the
irony
of
WikiLeaks
WikiLeaks just made the world more repressive
A window into his mindset
The dark side of the Web
WikiLeaks suspect thought actions might ‘actually change
something’
La transparence radicale
Le Divulgateur
À
cause des révélations de WikiLeaks - Les diplomates
américains tournent en rond
Le
11
septembre
de
la
diplomatie
mondiale
?
«
Absurde
!
»
WikiLeaks
Les ravages de WikiLeaks
Repères
- Le temps des secrets
Révélations
de WikiLeaks - Beaucoup d'artifices, peu de conséquences
La
transparence en question
WikiLeaks
just
made
the
world
more
repressive
Vain, shady and stupendously fat: Latest WikiLeaks like a
teen's diary
WikiLeaks is gossip, not whistleblowing
Et quoi qu'il en soit, l'aventure toucherait-elle donc à sa
fin ?...
Assange
sous
les
verrous
WikiLeaks
– Julian Assange placé en détention provisoire dans
l’attente d’une éventuelle extradition
L’étau se resserre autour d’Assange
Longue vie au «Devoir» - André Pratte
La Presse et le pétrole - André Pratte
Le droit à la controverse - YVES BOISVERT
Tous
des paparazzis - Patrick Lagacé
Quand les médias gobent des canulars - Mali
Ilse Paquin
Et si l'avenir du journalisme ne pouvait vraiment faire
autrement que de passer par la gratuité de l'information ?
Qui peut prédire l’avenir des médias ?
Et d'ailleurs, que peut-on donc faire pour sauver le
journalisme ?...
Les
journaux
doivent
trouver
leur
pop-
corn
Gratuit
ou
payant?
Le
journalisme sans romantisme
Le
Monde.fr: interactif et... rentable
Le
mystérieux avenir du journalisme
Les
dépenses publicitaires en ligne vont dépasser celles de la
presse
Canwest
se trouve un sauveur
Une
offre
pour
The Gazette
Canwest
largue ses journaux
Plus
que de l'info - Ariane Krol
Un tsunami frappe le
journalisme, selon la ministre St-Pierre
Le drôle de lock-out du J de M - Yves Boisvert
Journal de Montréal: un an de lock-out
Quebecor et le Conseil de presse: un départ injustifié -
John Gomery
Et que peut-on dire de notre journal préféré ?...
Concours canadien de journalisme: La Presse six
fois finaliste
Voir aussi Et au fait, pourrons-nous même toujours
compter sur notre journal préféré ?...
Lettres
- Et Power/Gesca dans tout ça?
L’autre crise
Conflits
d'intérêts à surveiller... -
Norman Spector
Scandale
des
écoutes
- Rupert Murdoch ne se sent pas responsable
Plus
puissant
qu’un gouvernement
Les aveugles
The
real
tabloid
scandal
is
media
ownership
Le
scandale
de
News
of
the
World - Une crise qui secoue partis et médias
L’ex- premier ministre et sa famille ont été ciblés
New
rules for Quebec journalists are a bad idea
Le piège du corporatisme
Le
rapport Payette et les journalistes
Le
rapport Payette | L'information au Québec : un intérêt
public
Chronique
d’un
suicide
journalistique
Se pourrait-il donc que la censure ne soit jamais bien loin,
et ce même au sein de nos chères démocraties ?...
Le
filtrage de l'internet gagne du terrain en France
Le professeur Cornett et la fosse aux lions - Rima Elkouri
Et les restrictions envers l'internet ne se trouvent-elles
pas surtout à prouver la capacité de celui-ci à faire
progresser les idées, quitte à risquer ainsi de menacer
l'ordre établi ?...
La Corée du Nord sur Twitter
Et jusqu'à quel point peut-on se permettre, au nom de la
lutte au piratage, de restreindre ce qu'il semble maintenant
convenu d'appeler le "libre internet" ?...
Journée de protestation sur le web
Une noirceur de 24 heures pour Wikipédia
PROTECT IP Act
Protect IP
Power n'exclut pas que les sites internet de Gesca
deviennent payants
Le début de la fin de la gratuité? - Nathalie Collard
Le
pari de la gratuité
Et pourquoi le droit des créateurs devrait-il donc venir
brimer le droit des utilisateurs ?...
How
the
new
copyright
bill
will
affect
Canadian
culture
Droit
d'auteur ou droit d'utilisateur ?
Le verrou - Ariane
Krol
Et se pourrait-il donc que le gouvernement conservateur ait
finalement réussi à donner l'impression qu'il se moque des
créateurs autant que des utilisateurs ?...
Culture équitable
Des
gens
sans
gêne
ENAUTOBUS...
SUR
LA
C-
32
Le projet de loi C- 32 en sept questions
Droits
d'auteur - L'élite de la chanson monte au créneau
Pas
de
culture
sans
créateurs
En fait, pourrait-on commencer à se préoccuper un peu du
droit des utilisateurs, de façon générale ?...
Un retard considérable
Paying
so
much
for
bandwidth,
getting
so
little
Majority
scoffs at usage-based Internet billing in poll
Why
not
a
metered
Internet?
UBB?
Oh,
it
stands
for
Unbelievable
Business
Baloney
Editorial:
CRTC Internet ruling hurt the little guy
Usage-based billing. And cooing
A
metered Internet is a regulatory failure
Et ne devrait-on pas en fait commencer par parler d'un
certain droit à la concurrence ?....
Le
Big
Brother
Internet
- Davantage de concurrence
Musique et financement
The
end
of
‘free’
is
sweet music for artists
Musique
en ligne - Le libre prix
Fausse
panique
de
l’industrie
?
Amazon
contre
iTunes
Rentabiliser
la gratuité - Ariane Krol
A musical divide - Globe editorial
Via P2P, les Québécois téléchargent québécois
Des pirates suédois au Parlement européen?
Les artistes et l’internet
- LYSIANE GAGNON
La gratuité a un
prix ARIANE KROL
Visa le noir, tua le blanc
UNE HISTOIRE CENSURÉE - Marc Cassivi
Mais ceci dit, ne devrait-il pas aussi y avoir certaines
limites à la liberté d'expression ?...
Forums
de
discussion
et
diffamation
-
Yves Boisvert
Blogues:
pourquoi tant de haine?
La liberté d’expression virtuelle a ses
limites - Isabelle Audet
Et finalement, que dire du droit à une vie privée ?...
« J’ai fait ce que j’ai cru bon »
We’d need to quit more than Facebook
Big
Brother
est
partout
-
Patrick Lagacé
Google
enjoint de respecter la loi
Google
va-t-il
quitter
l'Europe?
Washington
condamné pour écoutes illégales
Voir aussi Vie privée
Facebook plie devant Ottawa - Hugo de
GrandPré
Vers
une
politique internationale sur le Web?
For
the
UAE,
BlackBerry
brings
vice
and
diminishes
virtue
BlackBerry
en Arabie saoudite - RIM accepte de livrer les codes de
tous les utilisateurs aux autorités
Les
accommodements de RIM
Détente
with
Saudis
buoys
hope
for
RIM’s
future
in
Arab
world
Le
secret du BlackBerry
Keeping
secrets from tyrants
Le village où l'électricité tousse - Patrick Lagacé
Dans la cour des malchanceux - Pierre Foglia
Manque
de compassion
Le
Club Compassion sur le trottoir
Clear
the air around pot laws
Quatre
Clubs Compassion fermés à Montréal
Les pushers sont contents - Patrick Lagacé
Et qu'en est-il en ce qui concerne les droits des animaux,
pendant qu'on y est ?
L’abattage rituel mieux encadré pour
éviter la souffrance des animaux
Your
Pet Is a Global Warming Machine
Idée
reçue : les animaux domestiques ne polluent pas
Le coût écologique de ton animal de compagnie
Animal de compagnie
Votre animal domestique est-il écolo ?
Nos animaux domestiques ont aussi une empreinte
écologique!
Chiens, Chats : L'impact écologique de nos animaux de
compagnie
MAN
Do
fish have feelings too? It's a slippery question for
science
Un
hommage éléphantesque.
Chien en Italie
fréquente l’église depuis que son
propriétaire est décédé
Peter
Singer, la souffrance animale, la poule... et l'oeuf
Des
sanctions plus sévères pour contrer la maltraitance
d'animaux
Pourquoi ce retard au Québec ?
Maltraitance d'animaux: des amendes plus salées
Human
angst, animal emotions
Des amendes salées... ou la prison
On traîne la patte
Et si les animaux ont des droits, de quel droit pouvons-nous
les élever pour les manger ?
Humpback
Whale Shows AMAZING Appreciation After Being Freed From
Nets
25 photos adorables qui reflètent l’amour parental dans le
règne animal
How
Wolves Change Rivers
Je
mange moins de viande
Un rapport effrayant sur la viande
Sustainability
of meat-based and plant-based diets
Organic Growing: Supporting Animal Farms?
Contrasting Harms: Vegan Agriculture versus
Animal Agriculture
Because
It’s the Only Way to End World Hunger
The Environmental Impact of a Meat-Based Diet
What Vegan or Veganic Farming Actually Looks Like:
Huguenot Street Farm (Video)
TROPHIC ISSUES
Documentaire à TVA : La
face cachée de la viande démystifie le
végétarisme (VIDÉO)
"Le Jugement"
Meat Production Wastes Natural Resources
La face cachée de la viande
The
food we were born to eat: John McDougall
at TEDxFremont
La loi de la nature dit de
ne tuer que quand vous avez faim !
Un monde de végétariens
?
La
face cachée de la viande - Bande annonce (fr)
Adopter les lundis sans viande!
Learning to live on a crowded planet
Peter
Singer, la souffrance animale, la poule... et l'oeuf
|
Les
100 ans du Devoir - Toujours pertinent
1910
-
Henri
Bourassa
crée
Le
Devoir
pour
combler
un
vide
dans
l'offre
d'information
10 janvier 1910 - Fais ce
que dois
De 1910 à 1940 -
«Indépendants nous resterons»
Informer,
une passion qui ne se dément pas
100 ans de vie politique au Québec
Le Devoir salué pour son indépendance à l'Assemblée
nationale
La
Chine renouvelle la licence de Google
Perdant-perdant - Sophie
Cousineau
Bravo,
Google!
-
Patrick Lagacé
Google vs Chine : Ne pas perdre la face
THE GAZETTE
Google
challenges China's regime
GLOBE AND MAIL
***
L'ACTUALITÉ
TIME MAGAZINE
|
Did cooking allow for the
increase in human brain size?
Are we meat eaters or vegetarians? Part II
Were
Humans Meant to Eat Meat?
The Comparative Anatomy of Eating
Eating meat led to smaller stomachs, bigger brains
Why Stone Tool Making and Meat Eating Were So Significant
in Human Evolution
The role of meat-eating in evolution
7 Reasons to Eat Beef You Are Not Aware Of
Big Brains Require An Explanation, Part I: Why Did Humans
Become Smarter, Not Just More Numerous?
Self-defence:
What's acceptable under Canadian law?
SELF
DEFENSE AND CANADIAN LAW : How much force is "reasonable
force"?
More
Misconceptions about Canadian Law and Self Defence
Canadian Criminal Law/Defences/Self-Defence
and Defence of Another
|
|
QUATRE GARÇONS POUR 70$ - Philippe Mercure
Acheter un
enfant comme on achète du riz ou une paire de souliers? C’est
ce qu’ont réussi à faire deux journalistes indiens lors d’une
enquête retentissante qui a braqué les projecteurs sur le
trafic d’enfants qui sévit dans leur pays. Que ce soit pour le
BANGALORE — Le 4 juin dernier, à Bangalore, dans le sud de
l’Inde, B V Shiva Shankar et Suresh M R se rendent près de la
gare pour faire des emplettes.
PHOTO SATISH BADIGAR
Les quatre garçons vendus aux
journalistes : Manu, Nanda, Varun et Dilip. Comme de
nombreux jeunes, ils sont partis en ville, à Bangalore, dans
l’espoir de trouver de meilleurs emplois. Mais ils sont
plutôt tombés aux mains des trafiquants d’enfants... avant
d’être secourus par les journalistes. Ils ont ensuite été
remis à l’organisation gouvernementale Child Welfare
Committee.
Mais ce ne sont pas les saris de soie, babioles de plastique
et autre statues de dieux hindous qui les intéressent.
Les deux hommes sont là pour un autre typedemarchandise: les
enfants. Ils n’ont pas à chercher longtemps. Un homme qui se
présente sous le nom de Ravi vient bientôt à leur rencontre,
accompagné de trois acolytes. Les hommes ont quatre garçons à
vendre. Prix à l’unité : 1200 roupies indiennes (un peu moins
de 30$ CAN).
Les acheteurs examinent les garçons. Négocient. Puis tendent
trois billets de 1000 roupies et repartent avec les quatre
enfants.
L’opération n’a duré que quelques minutes. Prix total déboursé
: 70 $ CAN.
Deux jours plus tard, des photos de Ravi et sa bande en train
de vendre des enfants font le tour du pays. B V Shiva Shankar
et Suresh M R ne sont pas des propriétaires de restaurant à la
recherche de main-d’oeuvre bon marché comme ils l’ont fait
croire aux trafiquants. Ils sont journalistes au quotidien Mid
Day de Bangalore.
En plus de
mener à sept accusations criminelles, l’enquête de Mid Day a
braqué les projecteurs sur un fléau omniprésent en Inde, mais
que policiers, politiciens et citoyens préfèrent souvent
ignorer par peur, laxisme ou intérêt.
Manu, Nanda, Varun et Dilip, les quatre garçons « achetés »
lors de l’opération, ont quant à eux été remis à
l’organisation gouvernementale Child Welfare Committee (voir
autre texte).
« Oui, les gens savaient déjà que le trafic d’enfants existe
en Inde, explique le journaliste B V Shiva Shankar à La
Presse. Mais tout le monde a été choqué de voir ça dans les
médias. Aujourd’hui, les autorités ne peuvent plus dire: on
n’est pas au courant. »
Surtout que l’enquête de Mid Day a révélé que l’un des
trafiquants impliqués est justement... un policier.
Des gamins très utiles
Difficile de dire exactement combien d’enfants font l’objet
d’un trafic en Inde. Mais partout au pays, les organisations
non gouvernementales sonnent l’alarme: malgré les lois qui
condamnent le trafic, celui-ci continue de se dérouler au
grand jour.
Bangalore, une ville en pleine expansion où la demande pour
les enfants semble intarissable, est devenue l’une des plaques
tournantes du trafic au pays.
Vasudeva
Sharma y dirige l’organisme Child Welfare Committee, qui a
recueilli les enfants achetés par les journalistes.
PHOTO SATISH BADIGAR
Les
journalistes se sont fait passer pour des propriétaires de
restaurant à la recherche de main-d’oeuvre bon marché pour
acheter les quatre enfants. Les photos de la transaction,
qui s’est déroulée à la gare de Bangalore, ont fait le
tour du pays.
« Si tant d’enfants font l’objet d’un trafic en Inde, c’est
parce qu’ils peuvent servir à plein de choses », a expliqué
M. Sharma à La Presse, conscient du caractère choquant de
ses propos.
Nettoyer des planchers, cuisiner, servir les clients: dans
les restaurants et les hôtels, mais aussi les usines et les
fermes, les enfants travaillent pour des salaires
dérisoires.
Les mineurs sont aussi prisés au sein de ce que M. Sharma
appelle « l’industrie de la chair ». « Tant les garçons que
les filles sont en grande demande pour la prostitution. Et
de plus en plus d’enfants nous parlent de pornographie. »
Pour
d’autres, la valeur d’un enfant réside dans son foie ou ses
reins. « Le trafic d’organes n’est probablement pas aussi
répandu qu’on le dit, croit M. Sharma. De notre côté, on ne
le voit pas vraiment. On a cependant des indices que ça
existe. »
D’autres enfants sont vendus, achetés ou volés pour
alimenter les réseaux d’adoption illégale. « I ls demeurent
en Inde ou partent vers l’étranger, dit M. Sharma. Bien des
gens ne veulent pas passer par le long processus de
l’adoption légale. Tout ce qu’ils veulent, c’est un enfant.
»
Facilité déconcertante
Le journaliste B V Shiva Shankar affirme avoir été renversé
de pouvoir acheter des enfants en plein jour, à deux pas
d’un poste de police. « La facilité de notre opération est
un signe de la profondeur des réseaux et de leur niveau
d’organisation », croit-il.
Son collègue Suresh M R, lui, est inquiet pour une autre
raison. « Les trafiquants ne nous ont jamais rien demandé,
dit-il. Ils ne nous ont pas demandé qui nous étions, ni la
raison exacte pour laquelle nous voulions des enfants. Ils
ont pris l’argent, point. C’est probablement ce qui fait le
plus peur. Vous pouvez aller à la gare et dire : je veux des
enfants. Et vous allez en avoir. Et vous pouvez en faire ce
que vous voulez. »
Le rêve d’une vie meilleure
BANGALORE
— Mahamed Allaudhin ravale ses pleurs et lève les yeux. «
Je vais vous raconter mon histoire », annonce-t-il.
Mahamed a 12 ans. Son histoire, c’est pratiquement la même
que celles des dizaines de garçons qui l’entourent.
Nous avons rencontré Mahamed dans les locaux de
l’organisme gouvernemental Child Welfare Committee
(CWC).Tous les garçons de Bangalore retrouvés seuls ou
extirpés des réseaux illégaux dans lesquels ils sont
tombés aboutissent dans cet immense orphelinat temporaire.
En ce mardi matin, une trentaine de nouveaux arrivants
attendent d’être interrogés par les bénévoles du CWC. Si
certains jouent et se chamaillent, la grande majorité
regarde par terre en pleurant, l’air complètement perdu.
Mahamed est né au Bihar, l’État le plus pauvre de l’Inde.
Après un voyage en train de plusieurs jours, il est
débarqué à Bangalore, seul au milieu d’une métropole où la
langue de la majorité, le kannada, ne lui dit rien.
Que diable fait-il là? « Je suis venu étudier »,
déclare-t-il en bombant le torse. Ses parents? Il ne les a
pas avertis de son grand départ.
La suite du récit est confuse. Il est question d’un cousin
qui fabrique des sacs de cuir et que Mahamed a essayé de
retrouver. Comment s’est-il retrouvé au CWC? Il est
incapable de l’expliquer. Les bénévoles, qui reçoivent
entre 20 et 70 garçons chaque semaine, ne s’en souviennent
pas non plus.
ONG c. trafiquants
Mahamed a eu de la chance. Les ONG ont réussi à mettre le
grappin sur lui avant que les réseaux de trafiquants ne le
fassent. À la gare de Bangalore, les deux groupes jouent
carrément de vitesse pour recueillir les dizaines
d’enfants qui débarquent immanquablement chaque jour en
ville, poussés par des rêves naïfs d’une vie meilleure.
« Des
trafiquants ont déjà attaqué des ONG qui tentaient d’aider
les enfants », affirme le journaliste B V Shiva Shankar.
Au CWC, des bénévoles interrogent les enfants, les
encourageant à coups de sourires à sortir de leur
coquille. « On cherche à avoir un nom de village, le nom
des parents, un numéro de téléphone », dit Vasudeva
Sharma. Un travail de détective qui se déroule tantôt en
kannada ou en hindi, tantôt en tamoul ou en marathi.
Si la famille peut être retracée et qu’elle est en mesure
d’accueillir l’enfant, il y est renvoyé. Sinon, il demeure
à l’orphelinat jusqu’à ce qu’on lui trouve une famille
d’accueil.
Si le trafic d’enfants est si florissant en Inde, c’est en
grande partie parce qu’il est alimenté par un flot
incessant d’enfants qui, poussés par la pauvreté,
convergent vers les villes.
Pauvreté et ignorance
« Le trafic d’enfants en Inde doit être compris du point
de vue économique, social et culturel », dit M. Sharma,
selon qui la pauvreté et l’ignorance amènent même certains
parents à vendre leurs propres enfants.
« Les gens ne vont pas au marché pour vendre leurs
enfants. Ça ne se fait pas comme ça, s’empresse-t-il de
préciser. Pensez-y : vendre votre maison, votre voiture ou
votre terre, c’est déjà émotif. Alors vendre votre propre
enfant... C’est pour ça que ça se fait de façon détournée,
de façon déguisée. »
C’est ainsi, explique-t-il, qu’une famille pauvre se
laissera convaincre de laisser partir sa fille vers une «
bonne maison » en échange d’un peu d’argent.
« Ce sont des gens non instruits qui se font berner par de
fausses promesses, dit M. Sharma. Ceux qui ont du pouvoir
trouvent toujours le moyen d’abuser de ceux qui n’en ont
pas. Et le trafic d’enfants n’est qu’une manifestation de
cet abus. »
La peur, le carburant des trafiquants
BANGALORE — Suresh M R est inquiet. Avec son collègue,
ce journaliste qui a « acheté » des enfants planifie
maintenant un deuxième volet à son enquête.
« Nous allons vérifier si, quelques mois plus tard, le
trafic se fait toujours aussi ouvertement », dit-il. Le
hic, c’est que les deux journalistes risquent maintenant
d’être reconnus des malfaiteurs.
« On se frotte à la grosse mafia, lance-t-il. Tout le
monde les soutient. Et nous, on est seuls à se battre
pour une cause. »
Que le moins peureux gagne
Son
collègue B V Shiva Shankar est plus confiant. «
Maintenant, eux aussi ont peur. Et je fais le pari
qu’ils ont plus peur de nous que nous avons peur d’eux.
»
« Il faut être confiant et faire face aux conséquences,
ajoute-t-il. On a commencé quelque chose et il faut
continuer. »
Parce que la peur, dit-il, est justement le carburant
qui permet aux trafiquants de poursuivre leurs
activités.
« Les lois sont là et les plans d ’ a c t i on e x i s t
e nt , c on f i r me Vasudeva Sharma, de Child Welfare
Committee. Mais il reste à les appliquer. Trop de
policiers ferment les yeux. Et les cours de justice ne
prennent pas ces cas assez au sérieux. Les peines et les
amendes ne sont pas suffisantes. »
Il y a davantage de suicides dans les prisons du
Québec - Émilie Côté
Le Québec
demeure la province où le taux de suicide des détenus est le
plus élevé, révèle une récente étude du ministère de la
Sécurité publique. Même si la moyenne annuelle a diminué de
moitié de 2003 à 2008, par rapport aux cinq années
précédentes, la situation «semble peu reluisante», peut-on
lire dans le rapport.
En 20 0 4 -20 05, le tau x de suicide était de 15 pour 10 000
détenus dans les établissements provinciaux au Québec, contre
quatre dans les autres provinces et huit dans les pénitenciers
fédéraux. Des 130 suicides survenus dans les pénitenciers
fédéraux de 1992 à 2000, 55 (42 %) étaient survenus au Québec.
« Ces données confirment sans équivoque le fait que les hommes
au Québec, tant dans la population que dans les établissements
fédéraux et provinciaux, se suicident davantage que ceux des
autres provinces canadiennes », écrivent les auteurs de
l’étude, Pierre Lalande et Guy Giguère.
Mais la moyenne annuelle de suicides dans les établissements
provinciaux du Québec est passée de 12,7, pour la période de
1997 à 2002, à 6,2 par année, pour la période de 2003 à 2008.
« Il est encore trop tôt pour parler d’une nette tendance à la
baisse (…) mais il n’en demeure pas moins que les Services
correctionnels ont implanté un programme de prévention du
suicide », écrivent les auteurs, ajoutant que le ministère de
la Sécurité publique a aussi inclus cette problématique dans
son Plan stratégique.
Depuis mars 2005, toute tentative de suicide doit être
signalée. En 2005-2006, 16 tentatives ont été recensées, dont
seulement deux faites par des femmes. L’année suivante, on en
dénombrait 21, puis 13 en 20072008, donc un cas féminin. Les
moyens utilisés ont été la strangulation ou la lacération.
L’étude
souligne qu’aucun cas d’intoxication n’est recensé. Selon les
auteurs, «le mode de collecte de données concernant les
tentatives de suicide doit être revu», car les données
actuelles sont «peu fiables». «Il sera certainement important
d’être plus vigilant dans la collecte des données afin
d’améliorer la prévention du suicide et de suivre l’évolution
des tentatives.»
Les auteurs se sont penchés sur 63 des 65 suicides survenus
dans les établissements de détention du Québec du 1er janvier
2001 au 31 décembre 2006. Aucun n’a été commis par une femme.
Dans tous les cas, le moyen utilisé était la pendaison.
Si 56% des prisonniers qui se sont enlevé la vie étaient en
attente de procès, 44% étaient condamnés, alors que neuf
personnes sur 10 en étaient au moins à leur deuxième
expérience d’incarcération.
Les problèmes de consommation d’alcool ou de drogue touchaient
75% des personnes suicidées, «ce qui mérite une attention
particulière », disent les auteurs. Et si la moitié des
personnes avaient des problèmes de violence et de santé
mentale, au moins six sur 10 avaient des antécédents
suicidaires.
L’étude revient sur les « éléments clés » de la prévention
selon l’Organisation mondiale de la santé, soit la formation
du personnel par rapport au suicide, le dépistage du risque
chez les détenus, l’observation et la gestion du suivi.
P ou r P ier re L a la nde et Guy Giguère, le personnel des
pénitenciers doit « toujours garder à l’esprit que le suicide
d’un détenu ne doit pas être interprété comme étant le
résultat d’une simple fatalité ».
Un détenu malade poursuit le fédéral -
Agnès Gruda
Le
gouvernement l’empêche d’être suivi par son médecin
Ces dernières semaines, l’état de Richard Harnois s’est
détérioré à un point tel qu’il a dû être dépêché à la Cité de
la Santé de Laval, pour des examens neurologiques. Il y est
toujours, sous la garde de gardiens de prison.
La voix au bout du fil exprime une souffrance insoutenable. «
Je suis tanné de vivre comme ça. Je suis tanné de brailler. Je
veux juste qu’on me soulage. Je veux voir mon docteur. »
Richard
Harnois,
37 ans, détenu à Laval, constitue, à lui seul, une véritable
encyclopédie médicale. Il est atteint du sida et d’hépatite
C, il ne marche plus et il est incontinent. Il souffre aussi
de spasmes et de « chocs électriques » au cerveau.
L’homme qui parle ainsi s’appelle Richard Harnois. Il a 37 ans
et constitue, à lui seul, une véritable encyclopédie médicale.
Il est atteint du sida et d’hépatite C, il ne marche plus et
il est incontinent.
Il souffre aussi de spasmes et de « chocs électriques » au
cerveau. Quand ça se produit, ses phrases s’étranglent dans
une sorte de grincement métallique. Il dit ressentir une
douleur atroce.
Cette douleur et ces spasmes ne disparaissent jamais tout à
fait. Mais Richard Harnois affirme qu’il souffrait beaucoup
moins quand il recevait le cocktail de médicaments prescrit
par son médecin, Jean Robert.
Le problème, c’est que l’Établissement Leclerc, la prison de
Laval où i l a échoué au printemps, ne lui permet de choisir
ni son médecin ni son traitement.
Le médecin affilié à la prison a changé le plan de soins de
Richard Harnois. Plus d’interféron qui soignait son foie. Plus
d’hydromorphine qui soulageait sa douleur. Plus de THC,
l’extrait de cannabis qui contrôlait ses nausées.
M. Harnois a même dû se battre pour recevoir de l’eau
distillée qui prévient ses plaies à la bouche. Ou des bananes
qui atténuent ses diarrhées, et qui avaient été prescrites par
le Dr Robert.
« C’est humiliant et dégradant », a dit Richard Harnois dans
une conversation téléphonique avec La Presse, cette semaine.
Le patient dépérit
Ces dernières semaines, l’état de Richard Harnois s’est
détérioré à un point tel qu’il a dû être dépêché à la Cité de
la Santé de Laval, pour des examens neurologiques. Il y est
toujours, sous la garde de gardiens de prison. Et il ne reçoit
toujours pas le traitement prescrit par celui qu’il considère
comme son médecin.
« C’est épouvantable ce que je vis, dit-il de sa voix
entrecoupée de spasmes. J’ai des chocs électriques aux
trois-quatre minutes, ça part dans les muscles des bras et ça
monte jusque dans la tête. »
« Si je
prenais mes anciens médicaments, c’est clair que j’aurais
moins de tics. »
Richard Harnois n’est pas un enfant de choeur. Il a un passé
de toxicomane et de petit criminel. Il y a deux ans, il a été
condamné à plus de trois ans de prison pour une série de vols
qualifiés. En libération conditionnelle depuis août 2008, il a
été réincarcéré en avril pour bris de condition.
Mais Richard Harnois est aussi un très grand malade. « Ce
patient dépérit à vue d’oeil, il requiert des soins pal l iat
i fs » , est i me son médecin, le Dr Jean Robert, qui a été
dans le passé l’un des cofondateurs de la clinique Actuel.
Richard Harnois ne comprend pas pourquoi ces soins lui sont
refusés. « J’ai fait des erreurs dans ma vie, mais je n’ai tué
personne, dit-il. Ça a pas d’allure ce qu’ils me font, c’est
moi qui souffre, c’est pas eux. »
Requête
Richard Harnois a intenté la semaine dernière une poursuite
judiciaire contre le gouvernement fédéral, demandant qu’on lui
permette d’être de nouveau suivi par son médecin.
« Nous croyons que le médecin qui le suit depuis 15 ans est la
personne la plus compétente pour le soigner », dit son
avocate, Isabelle Turgeon.
Elle a aussi déposé une requête en injonction interlocutoire,
réclamant que le détenu puisse être suivi par son médecin en
attendant l’issue du procès.
Le traitement infligé à Richard Harnois porte atteinte à la
dignité humaine, il est cruel et inusité, et il contrevient à
la Charte des droits et libertés, affirme la demande
d’injonction.
« Mon client veut être suivi par SON médecin traitant,
explique l’avocate, du cabinet Grey Casgrain. Il a le droit de
choisir son médecin, il a un lien de confiance avec lui. »
Ce droit qui appartient aux gens libres ne doit pas
disparaître derrière les barreaux, plaide-telle. « Pourquoi ce
détenu serait traité différemment d’un autre patient ?
demande-t-elle. Les politiques carcérales doivent-elles dicter
les actes professionnels des médecins? »
La soeur de Richard Harnois, Isabelle, se pose les mêmes
questions, dans ses mots à elle. « Je pleure chaque fois que
je vois mon frère. Il était mieux soigné avant. Le médecin qui
l’a suivi s’en est toujours bien occupé, les autres sont en
train de le maganer. »
CAMPING FORCÉ À BORDEAUX - Isabelle Hatchey
La prison
n’est pas une colonie de vacances. Mais il y a des limites à
ce qu’un détenu peut endurer. À Montréal, la prison de
Bordeaux est si surpeuplée que les hommes qui y purgent une
peine intermittente, les fins de semaine, sont maintenant
forcés de d
« Il faut toujours que tu te tiennes en état d’alerte. C’est
stressant, ce n’est pas vivable. »
Patrick Samson a passé 24 jours à Bordeaux en mars. Les 24
jours les plus longs de sa vie. On lui a enlevé ses
antidépresseurs d’un coup sec. Il a contracté des champignons
en s’appuyant sur des coussins crasseux. Surtout, il a eu
peur. Très peur, entre les murs de cette prison provinciale
qui, plus que jamais, craque de partout. « Il faut toujours
que tu te tiennes en état d’alerte. C’est stressant, ce n’est
pas vivable. J’aurais préféré faire mon temps en isolement. Ça
aurait été moins de trouble. »
M. Samson, peintre en bâtiment de 36 ans, a écopé d’une peine
de prison pour conduite en état d’ébriété. Il se dit «
chanceux » d’avoir eu droit à une cellule, qu’il partageait
avec un autre détenu dans un coin tranquille.
Bordeaux déborde. À tel point que les hommes qui y purgent une
peine « intermittente », les fins de semaine, dorment
désormais cordés les uns contre les autres sur de minces
matelas installés par terre. Ils sont des dizaines entassés
dans une salle de l’aile D, où ils se partagent deux toilettes
qui deviennent vite insalubres.
Déjà critique, la situation a encore empiré après l’opération
SharQc, qui a mené à l’arrestation de près de 120 Hells Angels
à la mi-avril. Les motards ont tous été écroués à Bordeaux,
près du Centre de services judiciaires Gouin, où ils doivent
être jugés. Les autres détenus ont dû leur céder leur place.
Des dizaines d’entre eux ont été transférés ailleurs en
province, parfois jusqu’à Baie-Comeau.
Mais on n’a fait que déplacer le problème. Partout au Québec,
la population carcérale explose. Et la situation empire au fil
des ans, selon des chiffres que La Presse a obtenus. Le nombre
de détenus a augmenté de 30% depuis une décennie. Désormais,
ils sont plusieurs centaines en trop à s’entasser dans les 17
prisons de la province, si bien que, en 20082009, le taux
moyen d’occupation carcérale atteint 116%.
Bombe à retardement
Il s’agit d’une véritable bombe à retardement, selon Bertrand
St-Arnaud, critique péquiste en matière de sécurité publique.
« La situation est dangereuse et potentiellement explosive »,
a-t-il dit le 15 mai à l’Assemblée nationale.
Les gardiens
sont à bout de souffle. La vente de drogue à l’intérieur
desmurs est deplus enplusdifficile à réprimer, tout comme les
actes de violence, pratiquement inévitables dans une telle
promiscuité.
« I l a fallu qu’un viaduc s’écroule à Laval avant que le
gouvernement décide de rénover nos infrastructures routières,
rappelle M. St-Arnaud. Quel drame attendil pour passer à
l’action et adopter des mesures rapides et énergiques pour
résoudre le problème de la surpopulation carcérale? »
Conditions exécrables
Dans un courriel envoyé à Jacques Dupuis, ministre de la
Sécurité publique, et adressé en copie conforme à M. StArnaud,
un homme emprisonné à Bordeaux pour une peine de 14 jours à
purger les week-ends décrit des conditions dignes d’un camp de
réfugiés.
« Je suis arrivé le samedi matin dans une salle réservée aux
personnes qui doivent purger leur peine de fin de semaine. La
salle était pleine à craquer, il n’y avait aucune place pour
que je puisse m’installer. J’ai dû passer la journée assis sur
une table à pique-nique. » « Le soir venu, pour s’assurer que
tout le monde puisse s’étendre sur les matelas qui sont
fournis uniquement vers 22h, les personnes ont dû coucher dans
le corridor de la salle et même dans l’espace de rangement de
ces matelas, poursuit le détenu. Au total, nous étions 102
dans une salle qui peut en contenir, selon moi, 60. Il n’y a
pas de douche, il n’y a que deux urinoirs, deux toilettes,
deux lavabos. »
Selon Stéphane Lemaire, pré sident nat i ona l du Syndicat des
agents de la paix en services correctionnels, des hommes
dorment à même le sol dans toutes les prisons du Québec, faute
de places en cellule. On épargne ce camping forcé aux détenus
qui ont des problèmes de santé mentale, mais le classement
reste sommaire. « Ceux qui se promènent tout nus et qui
parlent à des fantômes, on ne les met pas avec les autres.
Mais ça s’arrête là. Un fraudeur et un tueur peuvent se
retrouver dans le même secteur. L’espace d’une nuit, cela peut
arriver. »








En ma i , l e minist re Dupuis a souligné que des rénovations
à Bordeaux permettront l’ajout de 250 nouvelles places cet
été. Il s’est aussi félicité du fait que les criminels purgent
désormais leur peine. « Avant, les gens arrivaient à la prison
le samedi matin, signaient un livre et étaient remis en
liberté, a-t-il rappelé. Les conditions ne sont pas idéales,
j’en conviens, et on travaille à les améliorer. Mais il reste
que les gens qui sont condamnés pour facultés affaiblies
aujourd’hui, sous un gouvernement libéral, purgent leur peine.
»
Des prisons mobiles
En attendant
la construction de nouvelles prisons, des centaines de détenus
sont incarcérés dans... des prisons mobiles.
Quatre « bâtiments modulaires temporaires », ou BMT, ont été
construits il y a quelques mois dans l’enceinte des prisons de
Québec, d’Amos, de TroisRivières et de Sherbrooke. Ils
permettent de loger324 détenus, parmi les moins dangereux.
« Des BMT, c’est un peu comme des maisons mobiles ou des camps
de bûcherons », explique Stéphane Lemaire, président national
du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels.
« On ne veut pas qu’ils servent à héberger n’importe qui. Ils
ne sont pas assez sécuritaires. Ils n’y a pas de barreaux aux
fenêtres, et leurs murs sont en gypse. »
Les BMT ont
permis de « mettre un peu de baume » sur les plaies des
gardiens de prison, selon le syndicaliste. « Mais ils n’ont
pas réglé le problème de surpopulation. On veut qu’ils restent
une solution temporaire. »
Dans un rappor t publié mardi, la protectrice du citoyen,
Raymonde Saint-Germain, dit craindre que les détenus qui
répondent à tous les critères de sélection ne soient
transférés dans ces modules comme des pions.
« Pour combler ces nouvelles places, les personnes au profil
recherché viendront aussi d’établissements n’ayant pas de
bâtiments modulaires, liton dans le rapport. Ces transferts
pourraient générer des effets néfastes (éloignement des
proches et des ressources communautaires de la région
d’origine, discontinuité des services médicaux, etc.) sur les
conditions d’incarcération des personnes touchées par cette
mesure. »
LA SOLUTION N’EST PAS DANS LE BÉTON -
Isabelle Hatchey
Quatre
nouvelles prisons seront construites d’ici cinq ans pour
tenter de régler le problème toujours plus grave de
surpopulation carcérale au Québec. Mais pour ceux qui
côtoient les détenus au quotidien, la solution n’est pas
dans le béton.
Les prisons seront construites à Amos, à Sept-Îles, à
Roberval et en Montérégie, au coût d’un demimilliard de
dollars. Elles procureront 400 places supplémentaires.
« Ces prisons, on va finir par les remplir, et il y aura
encore un problème de surpopulation », prédit Suzanne
Gravel, coordonnatrice du Groupe de défense des droits des
détenus de Québec.
Même si le taux de criminalité diminue au Québec, la
population carcérale augmente sans cesse. Ce paradoxe
s’explique en partie par les frappes policières contre la
mafia, les motards et les gangs de rue, mais surtout par
le meurtre du jeune Alexandre Livernoche par Mario
Bastien, au moment où ce dernier bénéficiait d’une absence
temporaire de prison.
« Avant cette affaire, on utilisait les absences
temporaires pour gérer la surpopulation, explique Stéphane
Lemaire, président du Syndicat des agents de la paix en
services correctionnels du Québec. On laissait sortir les
détenus n’importe comment, sans supervision. Depuis, ce
n’est plus aussi facile. »
Personne
n’est contre le fait que les criminels purgent leur peine,
dit Mme Gravel. Sauf qu’il ne s’agit pas seulement
d’emprisonner les gens. « On peut se péter les bretelles
en se disant que les détenus purgent leur peine, mais
c’est se mettre la tête dans le sable. Il faut travailler
à la source du problème. »
Éteindre des feux
Or, les programmes de réinsertion sociale sont négligés,
interrompus ou abandonnés, justement en raison de la
surpopulation carcérale. « Dans les prisons, les locaux
qui servaient à la réhabilitation ont été transformés en
dortoirs. Les agents sont comme des pompiers. Ils
éteignent des feux. C’est tout ce qu’ils font. »
Dans son dernier rapport , publié mardi , la protectrice
du citoyen, Raymonde SaintGermain, déplore que le
gouvernement tarde à se doter d’un plan pour la création
de services de réinsertion sociale. Elle s’étonne du fait
qu’il n’a même pas d’inventaire des programmes déjà
offerts dans les prisons.
C’est pourtant la sécurité de la population qui est en
jeu, souligne Mme Gravel. Sans réhabilitation, le risque
de récidive est plus grand. « Bien des détenus finissent
par sortir sans avoir entrepris la moindre thérapie. Si on
refuse de les libérer avant la fin de leur peine parce
qu’on les juge trop dangereux, sachez que, quatre mois
plus tard, ils vont sortir quand même. Et le travail
n’aura pas été fait. »
RUSSIE La Cour bannit la peine de mort
SAINT-PÉTERSBOURG
— La Cour constitutionnelle russe a interdit hier
l’application de la peine de mort en Russie, déjà
suspendue depuis 1996 par un moratoire, alors que les
appels se multiplient pour son abolition définitive.
«L’application de la peine de mort à partir du 1er
janvier 2010 (date de l’échéance du moratoire) est
impossible», a déclaré le président de la haute
juridiction, Valeri Zorkine, lors d’une audience à
Saint-Pétersbourg.
Il s’agit d’une « décision définitive et sans appel »,
a-til ajouté lors d’une conférence de presse, soulignant
que la balle était désormais dans le camp de la Douma,
la chambre basse du Parlement.
En
vertu du moratoire, la peine de mort n’est plus
appliquée en Russie, mais elle n’a jamais été abolie,
malgré l’engagement pris par ce pays en 1996 au moment
de son adhésion au Conseil de l’Europe.
À l’issue de l’audience, le représentant du président
russe Dmitri Medvedev à la Cour constitutionnelle,
Mikhaïl Kroutov, a laissé entendre que le pouvoir
était favorable à l’abolition, mais l’opinion russe,
pas encore prête.
« La société a besoin de temps pour accepter la
nécessité de l’abolition de la peine de mort», a-t-il
souligné. Une large majorité de la population russe –
62%, selon un sondage réalisé en juin par l’institut
indépendant Levada – reste favorable à la peine
capitale.
La dirigeante d’une ONG assassinée -
Frédérick Lavoie
Rayana
Sadoulaeva, responsable d’une organisation non
gouvernementale tchétchène, a été retrouvée assassinée
avec son mari hier près de Grozny. C’est la deuxième
en un mois. En dépit de la levée du régime d’opération
antiterroriste en avril, les violences
GROZNY — Ça s’est passé lundi en plein après-midi, en
plein centre-ville de Grozny, capitale de la
Tchétchénie. Cinq hommes sont entrés dans le bureau de
Sauvons la génération !, une organisation humanitaire
locale qui s’occupe de la réadaptation d’enfants
handicapés victimes de près de deux décennies de
guerre et de violence continues dans la république
autrefois indépendantiste.
PHOTO MUSA SADULAYEV,
ASSOCIATED PRESS
En
Tchétchénie,
des femmes ont exprimé leur peine, hier, en réaction
à l’assassinat de la travailleuse humanitaire Rayana
Sadoulaeva. Son corps et celui de son mari ont été
retrouvés dans le coffre de leur voiture.
Ils se sont présentés à Rayana Sadoulaeva, la
directrice, comme « membres des forces de l’ordre »,
sans montrer de pièce d’identité ni fournir de mandat
d’arrêt. Ils sont repartis avec la femme de 34 ans et
son mari, Alik Djibraïlov.
Un autre membre de l’organisation présent dans le
bureau n’a pas été appréhendé par les agents anonymes.
C’est lui qui a tout raconté.
Au petit matin hier, la voiture abandonnée du couple a
été retrouvée dans un village en périphérie de la
capitale. Dans le coffre gisaient leurs corps sans
vie. La communauté d’humanitaires de Grozny est sous
le choc. En moins d’un mois, elle a perdu deux
travailleuses acharnées.
Le 15 juillet dernier, Natalia Estemirova,
collaboratrice de l’ONG russe de défense des droits de
l’homme Memorial, avait été assassinée dans des
circonstances similaires.
Ma i s
cont r a i rement à Estemirova, Rayana Sadoulaeva (
surnommée Zarema) n’était pas une critique du
président autoritaire tchétchène pro-russe Ramzan
Kadyrov. « Elle s’occupait d’enfants handicapés et
n’avait jamais fait de déclaration contre le pouvoir
», souligne Zaynap Gachaeva, présidente de l’ONG Écho
de la guerre. Elle collaborait même avec les autorités
pour plusieurs projets. À neuf, mais pas à l’abri
À Grozny, les traces de la guerre ont presque
totalement disparu. Sous les ordres du jeune Kadyrov
et avec l’argent de Moscou, la capitale rasée par les
bombardements russes a été reconstruite à neuf, à
faire l’envie de n’importe quelle autre ville du pays.
Mais assise dans l’un des nouveaux cafés modernes de
l’avenue Poutine, renommée par Kadyrov en l’honneur de
celui qui a déclenché le deuxième conflit en Tchét
chénie, Zaynap Gachaeva s’inquiète.
« Nous vivons maintenant dans de bonnes conditions.
Tout est beau, mais ce genre de chose arrive. Nous
sommes sans défense. »
Les militants des droits de l’homme à Grozny excluent
une implication personnelle du président et de sa
milice dans le double meur t re, contrairement à celui
d’Estemirova un mois plus tôt. Sous le couvert de
l’anonymat, par crainte de représailles, certains
d’entre eux accusent plutôt les « hommes à épaulettes
» russes de vouloir déstabiliser à nouveau la
Tchétchénie.
« La levée du régime d’opération antiterroriste
n’était avantageuse que pour les civils, explique une
humanitaire. Une partie des militaires ne veut pas la
paix. Certains vivaient du chaos en Tchétchénie,
obtenaient des primes et beaucoup d’autres avantages.
»
Si ce double meurtre ne fait pas exception à la règle
qui a cours en Tchétchénie, les coupables ne seront
jamais jugés.
Les larmes de Natalia Estemirova
- Laura-Julie Perrault
Tchétchénie
Une militante des droits de l’homme assassinée
Nombreux sont les journalistes et les militants des
droits de l’homme qui ont perdu la vie dans la foulée
de la guerre de Tchétchénie. La dernière en date,
Natalia Estemirova, a été assassinée mer
Nazran. 2002. La guerre de Tchétchénie bat son plein
quand, comme un cheveu sur la soupe, j’arrive dans le
bureau de l’organisme Memorial à Nazran en Ingouchie,
république voisine de la Tchétchénie. « Est-ce que
quelqu’un peut me mettre à jour sur la situation des
droits de l’homme ? » Natalia Estemirova n’a pas
répondu à ma question. Elle m’a simplement souri en me
faisant signe de m’asseoir.
Le Ritz-Carlton de Jakarta, où
a eu lieu la seconde explosion. Bien que le double
attentat n’ait pas été revendiqué, le groupe
islamiste Jemaah Islamiyah, soupçonné de liens avec
Al-Qaeda, pourrait en être l’auteur.
Il valait d’ailleurs mieux être assis pour écouter ce
que cette militante des droits de l’homme mi-russe,
mi-tchétchène avait à raconter.
Calmement, cette mince brunette aux pommettes
saillantes a commencé à énumérer sur un ton quasi
monocorde toutes les horreurs dont elle a été témoin
en tant que rapporteuse pour Memorial.
Organisme fondé pour répertorier les crimes contre
l’humanité commis par le régime soviétique, Memorial
est devenu le principal chien de garde des droits de
l’homme en Russie après la tombée du communisme. La
guerre de Tchétchénie l’a obligée à concentrer ses
activités dans le nord du Caucase.
Professeure d’histoire et journaliste pigiste à ses
heures, Natalia Estemirova s’est jointe à
l’organisation en 2000 quand elle a réalisé que
l’assaut que menait l’armée russe contre la
Tchétchénie, sous les ordres de Vladimir Poutine,
n’avait rien à voir avec le premier épisode de la
guerre (19961999), sous la conduite de Boris Eltsine.
Après 1999, les médias ont été interdits de territoire
en Tchétchénie et les violations des droits de l’homme
se déroulaient loin des yeux du monde.
Dans
ses fonctions de rapporteuse, Natalia Estemirova
recevait tous les appels des femmes qui ne trouvaient
plus leurs fils et leur mari. Elle enquêtait sur les
disparitions. (À ce jour, Memorial en a répertorié
3000.) Elle talonnait les autorités russes pour
obtenir des réponses. La plupart du temps, ses
recherches la menaient à un cadavre.
Calme olympien
Le calme olympien avec lequel elle racontait les
horreurs de cette guerre était décontenançant. Mais il
cachait une tristesse difficile à dissimuler. Pendant
notre premier entretien, un collègue avait glissé à
Mme Estemirova un petit morceau de papier. Elle
l’avait doucement déplié tout en me parlant. Des
larmes avaient coulé sur son visage, mais ne l’avaient
pas empêchée de continuer l’entrevue.
Quelques minutes plus tard, elle m’avait expliqué le
contenu de la missive : des adolescents tchétchènes
avaient été tués puis défigurés pendant une opération
russe visant à débusquer les « terroristes ». « Je les
connaissais, ces jeunes. Tout ce qu’ils aimaient,
c’était les tracteurs et leur famille. Ils n’ont
jamais fait partie de la rébellion armée. »
Depuis cette première rencontre en 2002, j’ai reparlé
à Natalia Estemirova à quelques reprises au téléphone.
Au cours des ans, elle est devenue une des principales
sources d’information des journalistes qui
s’intéressaient à cette guerre, dont Anna
Politkovskaïa, sa grande amie, elle aussi assassinée
en 2006.
Au bout du fil, j’entendais toujours cette même voix
empreinte de calme et de tristesse. Mais jamais de
colère. Pour faire son travail, soit mettre à
l’épreuve les militaires russes, les dirigeants
tchétchènes à la solde de Moscou et les rebelles
armés, Natalia Estemirova n’avait qu’une arme: son
sang-froid.
Indignation et hommage inattendu
— Le
président russe Dmitri Medvedev a rendu hommage hier à
la militante pour les droits de l’homme Natalia
Estemirova, assassinée la veille, alors que les
pressions occidentales s’accentuaient pour que les
meurtriers soient trouvés.
PHOTO OXANA ONIPKO,
AFP
À
Moscou, hier, des manifestantes ont tenu des
portraits de la militante pour les droits de l’homme
Natalia Estemirova, en signe de protestation contre
son assassinat. Elle avait été enlevée mercredi à
Grozny, capitale de la Tchétchénie, avant d’être
trouvée tuée par balles en Ingouchie voisine.
« Il est évident que son assassinat est lié à son
activité professionnelle, qui était utile pour tout
État normal », a déclaré M. Medvedev au cours d’une
conférence de presse avec la chancelière allemande,
Angela Merkel, à Munich.
« Elle disait la vérité ouvertement, parfois avec
sévérité en parlant des autorités. Mais c’est pour
cela qu’on apprécie les défenseurs des droits de
l’homme », a-t-il poursuivi.
Cet hommage, rare en Russie où les militants des
droits de l’homme passent le plus souvent pour des
marginaux, tranche avec le cynisme affiché par son
prédécesseur, Vladimir Poutine, après l’assassinat de
la journaliste Anna Politkovskaïa en octobre 2006.
Réagissant dans le même contexte, une visite
officielle en Allemagne, M. Poutine avait déclaré que
la « capacité d’influence » de la journaliste était «
insignifiante » et que sa mort « nuisait plus au
pouvoir en Russie et en Tchétchénie (...) que ses
publications ».
Sur ce point, Dmitri Medvedev n’a pas utilisé une
rhétorique très éloignée, qualifiant de « provocation
» l’assassinat de Natalia Estemirova et jugeant «
primitives » et « inacceptables » les accusations
portées à l’encontre de Ramzan Kadyrov, l’homme fort
de Tchétchénie.
Selon l’organisation non gouvernementale Memorial,
pour laquelle travaillait la victime, le coupable ne
fait pas de doute : « Nous le connaissons tous – son
nom est Ramzan Kadyrov », a déclaré Oleg Orlov,
responsable de l’ONG à Moscou.
Ramzan Kadyrov « menaçait Natalia, l’insultait et la
considérait comme une ennemie personnelle », a-t-il
dit. « Nous ne savons (simplement) pas s’il a lui-même
donné l’ordre ou si ses collaborateurs l’ont fait pour
faire plaisir à leur chef. »
L’intéressé
a accusé pour sa part les meurtriers « de ne pas
pouvoir se résigner à l’idée que l’ordre et la paix
sont revenus en Tchétchénie », tandis que le
responsable des droits de l’homme en Tchétchénie
annonçait vouloir porter plainte contre M. Orlov.
Danslasoirée, NataliaEstemirova a été inhumée dans le
village tchétchène de Kochkeldy, à côté de son père,
en présence de proches, de collègues, d’amis et de
villageois, selon l’agence RIA Novosti.
Elle avait été enlevée mercredi à Grozny, capitale de
la Tchétchénie, avant d’être retrouvée tuée par balles
en Ingouchie voisine.
Sa mort brutale a soulevé émotion et indignation en
Occident, trois ans après celle d’Anna Politkovskaïa,
tandis qu’en Russie, les journaux télévisés avaient
opté pour une couverture très sobre, sinon neutre, de
l’événement.
Le président russe a assuré que la mort de la
militante ne resterait pas « impunie ». « Je suis sûr
que les meurtriers seront trouvés » et jugés, a-t-il
dit.
La plupart des meurtres de journalistes et de
défenseurs des droits de l’homme n’ont jamais été
élucidés en Russie, sans parler des enlèvements et des
meurtres qu’ils dénonçaient.
Après Washington et l’Union européenne la veille, la
chancelière allemande a insisté sur la nécessité d’une
enquête. « Je crois que du côté russe tout doit être
fait pour arrêter les meurtriers », a-t-elle souligné,
évoquant « le meurtre d’une femme courageuse ».
ÀGenève, le HautCommissaire de l’ONU pour les droits
de l’homme, Navi Pillay, a appelé les autorités russes
à mener une enquête « approfondie, transparente et
indépendante ».
Ce meurtre ressemble fort à un désaveu de la politique
du Kremlin en Tchétchénie, où Dmitri Medvedev avait
proclamé la fin de l’opération « antiterroriste » en
avril après des années de conflit entre
indépendantistes et forces pro-russes.
Russie Militante assassinée
Une
militante russe des droits de l’homme, Natalia
Estemirova, qui dénonçait la poursuite des exactions
en Tchétchénie officiellement pacifiée, a été enlevée
et assassinée hier, un crime qui a « indigné » le
président russe, Dmitri Medvedev. Le corps de Natalia
Estemirova, de l’ONG Memorial, dont l’enlèvement avait
été annoncé un peu plus tôt par l’organisation, a été
découvert dans une forêt près de Nazran, principale
ville d’Ingouchie. « Le corps porte des traces de
blessures à la tête et à la poitrine », a indiqué le
comité d’enquête du Parquet.
– AFP
LA GÉNÉRATION POST-RÉVOLUTION
Avec
des jeunes aux moeurs et aux valeurs complètement
différentes de celles de la génération précédente, la
Chine vit en quelque sorte ses années 60. Des couples
divorcent, des homosexuels veulent sortir du placard
et les jeunes prennent des décisions sans
l’approbation de leurs parents. Ils vivent avec les
restrictions du régime communiste, mais ils ne s’en
plaignent pas trop, car ils sont heureux de participer
à l’effervescence de leur pays. Mais auront-ils le
blues après cette lune de miel?
à partir de la page 1 Miao Wong
arrive dans le café avec son MacBook. Elle porte un
legging noir, un chemisier fleuri et des talons hauts.
Avec ses cheveux noirs lisses qui glissent jusqu’au
bas de son dos, elle a beaucoup de style.
PHOTO
ÉMILIE CÔTÉ, LA PRESSE
GRAPHISME CATHERINE BERNARD De jeunes artistes bavardent
aux abords des canaux du village touristique Xitang
situé au nord de la province du Zhejiang, à deux
heures de route de Shanghai. Xitang, construit tout
autour de canaux provenant de neuf rivières, attire
beaucoup de peintres paysagistes.
La jeune femme de 25 ans est responsable des
communications pour la seule étiquette de musique
électronique en Chine, Acupuncture Records. Quand, par
courriel, nous lui avons demandé une entrevue à Pékin,
elle était paradoxalement… à Montréal.
« J’ai rencontré des gens du festival MUTEK et des
organisateurs des soirées I Love Neon, nous at-elle
raconté à peine deux jours après son retour en Chine.
Tu connais La Buvette chez Simone? C’est maintenant un
de mes restaurants préférés! »
Miao aime autant le restaurant de l’avenue du Parc, à
Montréal, que nous aimons celui où elle nous a donné
rendez-vous, le Luce Cafe. Terrasse, grandes tables de
bois et café au lait délicieux, nous sommes à Pékin,
mais nous pourrions tout aussi bien être dans un café
du Mile End.
Miao est allée à l’université. Son anglais est
parfait. Mais la jeune femme est née dans un milieu
qui est aux antipodes de son mode de vie branché et
urbain. « Je viens du nord-est de la Chine,
racontet-elle. Mes parents se sont séparés quand
j’étais très jeune et j’ai grandi avec ma mère. »
À l’époque, les enfants élevés dans une famille
monoparentale était rares. « Avant, le divorce était
considéré comme un déshonneur, explique-t-elle. Mon
père était un artiste, ma mère n’aimait pas ça… Mais
je ne pense pas que le divorce de mes parents a eu un
impact sur moi, sauf peut-être pour mon indépendance.
»
Comme beaucoup de Chinois de sa génération, Miao s’est
heurtée aux idées plus conservatrices de la génération
de sa mère qui, elle, a grandi dans la Chine grise
avec son uniforme Mao. « J’ai toujours été intéressée
par les arts, et ma mère était contre ça. Elle me
disait que je n’aurais pas de job. »
En
2000, Miao a décidé d’en faire à sa tête et de
déménager à Pékin pour aller à l’université. En Chine,
ce n’est pas facile de faire le saut dans la grande
ville. Il faut obtenir des permis de résidence (un
hukou), qui facilitent notamment l’accès à l’éducation
et aux services de santé. Il y a des contrôles de
population pour limiter l’exode rural.
Pour Miao, découvrir la capitale moderne et agitée de
la Chine a été un éveil. « Pour moi, Pékin a été une
liberté. J’ai été exposée à l’underground… J’ai connu
des écrivains, des musiciens, des designers et des
graffiteurs. »
L’an dernier, au mois de mars, Miao a quitté un emploi
en marketing pour se consacrer entièrement à
Acupuncture Records. La musique des cinq DJ que la
maison représente est vendue sur iTunes et Beatport. «
Nous apprenons sur le tas. Nous sommes les premiers à
créer un modèle d’affaires pour les DJ chinois. Ce qui
est intéressant pour nous, c’est que nous partons de
zéro. Nous bâtissons quelque chose. »
Miao nous montre des photos du premier festival de
musique électronique qu’Acupuncture Records a organisé
à Pékin. « J’ai donné et je donne beaucoup à
Acupuncture. C’est la première fois que je suis aussi
passionnée par quelque chose, explique la jeune
attachée de presse. J’aime les arts, mais je ne suis
pas une artiste. Acupuncture me permet d’être aussi
près des arts que je peux. – Et le communisme, Miao? »
La jeune femme prend une grande respiration avant de
répondre. « Dans chaque pays, le gouvernement a des
préoccupations. Cela peut être la sécurité », dit-elle
d’abord avec ironie, en parlant des États-Unis.
« À l’étranger, les gens pensent que nous n’avons pas
de liberté parce que des sites internet sont fermés et
qu’il y a des restrictions. Mais à certains égards,
nous avons plus de liberté. Les bars ferment tard et
on peut y fumer », ajoute-telle encore à la blague.
« C’est certain que les artistes ne peuvent pas écrire
carrément que le gouvernement est mauvais. Mais dans
798 Space (le célèbre district artistique de Pékin –
voir autre texte), il y des oeuvres controversées. On
sait où est la limite et on est libre là-dedans. Ce
n’est pas si terrible. »
Pour rien au monde Miao ne changerait de vie ou de
pays. « Il y a tellement de changement, de choses qui
se passent en ce moment, en Chine! Ici, il n’y pas eu
d’années 60, 70 et 80. Le rattrapage se fait à une
vitesse que la planète n’a jamais vue. Je me sens
privilégiée
La place Tiananmen quadrillée
— De nombreux
dissidents ont été emmenés hors de Pékin ou confinés chez eux
hier à la veille du 20e anniversaire de la sanglante répression
des manifestations en faveur de la démocratie dans la nuit du 3
au 4 juin 1989.
La place Tiananmen, coeur de la révolte du « Printemps de Pékin
», quadrillée par des centaines de policiers, est restée fermée
au public toute la journée, a constaté l’AFP.
Qi Zhiyong, qui a perdu sa jambe gauche dans la répression de
1989, a été emmené de force hors de la capitale, après avoir
refusé de partir de son plein gré.
« Tous les
jours, c’est dans une voiture de police que je dois emmener ma
fille à l’école mais, aujourd’hui, après l’avoir accompagnée, la
police a refusé de me laisser sortir de la voiture », a expliqué
le dissident dans un texto. « Ils sont en train de me conduire
hors de Pékin. Ils vont saisir mon téléphone », a-t-il aussi
écrit, avant qu’il ne devienne impossible de le joindre.
La secrétaire d’État américaine Hillary Clinton a appelé hier
les autorités chinoises à publier les noms des personnes tuées,
disparues ou arrêtées lors de la répression de 1989, dans un
communiqué lu par un porte-parole à Washington.
Le sujet des événements de 1989 reste tabou en Chine, où le 4
juin est tous les ans tendu. Mais « cette année, la police prend
des mesures beaucoup plus radicales », a estimé Nicholas
Bequelin, de l’organisation de défense des droits de l’homme
Human Rights Watch à Hong Kong. Amnistie Internationale a pour
sa part recensé plusieurs figures de la dissidence ayant eu des
démêlés avec la police dans tout le pays.
La Chine a par ailleurs censuré les informations des télévisions
étrangères sur Tiananmen et bloqué des services internet comme
Bing, le nouveaumoteur deMicrosoft, Hotmail et le réseau social
Twitter.
La place Tiananmen, une péripétie taboue en Chine - Tristan de
Bourbon
La plupart des
jeunes Chinois ne savent rien du 4 juin. Cet effacement de la
mémoire collective est favorisé par les générations
précédentes, craintives, et par les élites du pays, favorables
à l’intervention de l’armée.
« Mon grand-père m’a dit que ce n’était pas bon que je sache
ce qui s’est passé là-bas, car je pourrais avoir ensuite une
mauvaise image du gouvernement et du Parti communiste ! »
raconte un étudiant en informatique de 24 ans qui vit à
Canton.
COLLABORATION SPÉCIALE PÉKIN « Le 6/4 ? Qu’est-ce que c’est ?
Le 4 juin? Euh, non, je ne vois pas. Le 4 juin 1989? J’avais 3
ans, vous imaginez bien que je ne sais pas de quoi il s’agit!
» Le regard de l’étudiante, qui désire rester anonyme comme
toutes les personnes interrogées à ce sujet, est vide.
Vaguement interrogateur, mais vide.
PHOTO CATHERINE HENRIETTE,
ARCHIVES AFP
Un étudiant chinois demande aux
soldats de rentrer à la maison alors que la foule inonde le
centre de Pékin, le 3 juin 1989.
La jeune femme dit avoir entendu parler de cette journée à
l’école, dans ses livres d’histoire. En revanche, ni les
membres de sa famille, ni ses camarades d’université n’ont
jamais abordé ce sujet avec elle. Cette méconnaissance d’un
événement majeur pour l’évolution et l’image de la Chine
contemporaine pourrait être exceptionnelle ; elle est au
contraire devenue la norme.
Le silence des adultes se radicalise parfois pour se
transformer en refus de témoigner. « J’ai posé quelques
questions à propos du 4 juin à ma tante, qui habite depuis
toujours près de la place Tiananmen, mais elle a refusé de me
raconter quoi que ce soit ! » raconte un étudiant en
informatique de 24 ans qui vit à Canton. « Mon grand-père m’a
dit que ce n’était pas bon que je sache ce qui s’est passé
làbas, car je pourrais avoir ensuite une mauvaise image du
gouvernement et du Parti communiste ! » Cette anecdote est
revenue dans la bouche de nombreux étudiants dont la famille
cache volontairement ce qu’elle sait sur la question.
Toute l a population chinoise ne semble pourtant pas réduite à
cette ignorance et à ce silence. L’élite du pays connaît et
perçoit le 4 juin bien différemment.
Cet
entrepreneur de 35 ans, qui a vécu aux ÉtatsUnis pendant t
rois ans avant de revenir récemment à Pékin, assure que le
sujet n’était pas tabou dans sa famille.
Fils de hauts fonctionnaires, il explique que la politique
s’est toujours trouvée au centre des repas familiaux. « Les
demandes des étudiants étaient au départ raisonnables, et
elles étaient d’ailleurs soutenues par l’ensemble de la
population ainsi qu’un nombre important des dirigeants,
analyse-t-il. Elles se sont ensuite radicalisées. Le
gouvernement n’a alors pas eu le choix de déclarer l’état
d’urgence et d’envoyer l’armée sur la place. »
Les jeunes répètent ces arguments dans les mêmes termes, voire
les mêmes phrases, comme s’ils les avaient appris par coeur.
La propagande scolaire confirme une fois de plus son
efficacité.
Elle s’effrite parfois lorsque ces anciens bons élèves sortent
de la théorie et sont placés devant les images tournées le 4
juin sur la place Tiananmen et dans les rues de Pékin. « Quoi?
Les soldats ont tiré comme ça? Mais ce n’est pas possible, ce
sont des assassins ! » À côté, un licencié en sciences
politiques de l’Université de Pékin explique en revanche
calmement : « Cela n’est pas grand-chose. Quelques morts, au
pire quelques centaines, qu’est-ce au regard de la population
totale du pays ? Et puis, vous percevez cette journée du 4
juin 1989 comme un moment important de l’histoire de Chine
alors qu’elle n’en est qu’un épisode, une péripétie qui finira
par être oubliée. »
La liberté n’est plus ce qu’elle était
- AGNÈS GRUDA
ANALYSE
Ce n’est pas seulement un affrontement entre le peuple et
ses dirigeants. Ce sont aussi les tensions internes qui, en
cette époque qui annonce la fin de la guerre froide,
opposent réformateurs et conservateurs dans les plus hautes
instances du pays.
La scène se passe à Pékin un jour demai 1989. Mikhaïl
Gorbatchev, qui dirige alors une Union soviétique au bord de
l’éclatement, vient d’arriver en Chine pour des discussions
cruciales sur le rapprochement entre les deux grandes
puissances communistes.
Mais les dizaines de journalistes occidentaux qui le suivent
dans cette rare mission découvrent que, en fait, l’Histoire
est dans la rue.
Loïc Tassé étudie alors à l’Institut des langues de Pékin.
Il y fréquente de jeunes Chinois assoiffés de changement au
point de se lancer à corps perdu dans un mouvement de
protestation contagieux qui culmine sur la place Tiananmen.
Ce jour de mai 1989, il y a un million de personnes dans la
rue, et pas seulement des étudiants. C’est d’ailleurs un
ouvrier de l’Usine électronique no 2 qui fait monter Loïc
Tassé sur son vélo, alors que l’étudiant québécois tente de
rejoindre la grande place de la capitale.
Le vélo traverse une ville euphorique. « Des gens chantaient
L’Internationale, tous nous applaudissaient, même des
enfants de maternelle », se souvient Loïc Tassé, qui
enseigne aujourd’hui les sciences politiques à l’Université
de Montréal.
À un moment, le j eune Québécois se hisse sur le camion
d’une fabrique de boissons gazeuses où il fait une rencontre
dont il se souvient encore aujourd’hui : celle d’un
apparatchik communiste venu se joindre aux manifestants.
L’homme dénonce le régime corrompu, parle de liberté et de
démocratie. Puis il lui montre un bout de papier déchiré en
deux. « Vous voyez, c’est ma carte du parti », dit-il.
Ce qui frappe alors Loïc Tassé, c’est que l’homme a pris la
peine de garder les deux morceaux de cette carte, qui prouve
son adhésion à l’élite dirigeante. « Des morceaux de papier,
ça se recolle », pense-t-il, en se disant que ce
protestataire se réserve une petite porte de sortie...
L’anecdote montre que tout n’était pas si clair dans ce
mouvement, écrasé dans le sang le 4 juin 1989. Ces
manifestants qui faisaient la grève de la faim avaient des
appuis au gouvernement et même dans l’armée. Ce qui se
jouait alors, ce n’était pas seulement un affrontement entre
le peuple et ses dirigeants. C’étaient aussi les tensions
internes qui, en cette époque qui annonçait la fin de la
guerre froide, opposaient réformateurs et conservateurs dans
les plus hautes instances du pays.
D’un côté, les faucons du premier ministre Li Peng. De
l’autre, les réformistes du secrétaire général du Parti
communiste, Zhao Ziyang. Et en retrait de la mêlée, le grand
leader Deng Xiaoping.
Chicanes au
sommet
Dans ses mémoires, qui viennent de paraître, quatre ans
après sa mort*, Zhao Ziyang relate les tractations au sommet
qui se sont déroulées pendant ces jours intenses du
printemps 1989. Il note que, à un moment, le mouvement
étudiant paraissait s’essouffler. Les « faucons » ont alors
jeté de l’huile sur le feu.
« Li Peng cherchait une excuse pour écraser les manifestants
», accuse-t-il dans ce livre, enregistré en secret dans la
résidence surveillée où il a terminé sa vie. C’est de cette
retraite qu’il a vu la Chine construire son modèle actuel.
Libéralisation économique effrénée d’une part, répression
politique de l’autre…
L’Histoire aurait-elle pu tourner autrement ? Peutêtre.
Mais, rétrospectivement, rares sont les Chinois qui
regrettent ce dénouement, pense Loïc Tassé.
Dans ce pays où « tout le monde s’enrichit et tout le monde
a l’espoir de s’enrichir », la prospérité rend
l’autoritarisme acceptable. Oui, les gens sont toujours
exaspérés par la corruption qu’ils dénonçaient en 1989, mais
pas assez pour mettre en péril les acquis économiques des 20
dernières années.
Il y a autre chose. Depuis 20 ans, les Chinois ont pu voir
le sort qu’a connu Gorbatchev, leur visiteur de mai 1989.
Son pays s’est disloqué. La Russie a raté son virage
démocratique. Quant à l’espoir de s’enrichir, il est
l’affaire d’une infime élite.
Tout compte fait, la majorité des Chinois se disent que le
régime, aussi autoritaire soit-il, leur profite plutôt bien,
merci. D’ailleurs, leur espace de liberté personnelle
s’élargit à tout petits pas.
Qui se bat encore pour la démocratie en Chine ? De rares
dissidents, durement réprimés. Et… Zhao Ziyang, avec son
livre posthume, qu’il termine en affirmant : « Le système
parlementaire occidental est le meilleur système qui soit. »
Mais lui, il peut dire ce qu’il veut. Il ne risque plus
rien.
Tiananmen: la faute à l’inflation -
MATHIEU PERRAULT
Le massacre
de la place Tiananmen n’aurait probablement pas eu lieu si
les dirigeants chinois réformistes n’avaient pas précipité
le passage à une économie de marché. L’inflation galopante
et une panique bancaire ont provoqué des manifestations
monstres, qui ont nourri le courage des étudiants
pro-démocratie. Face à ces troubles sociaux, le camp
réformiste n’a pas su résister aux assauts des
conservateurs, qui ont repris le contrôle du gouvernement
chinois, réprimé les manifestants dans la violence, et
annulé pendant trois ans les réformes de marché.
Telle est la thèse de Zhao Ziyang, qui était secrétaire
général du Parti communiste chinois jusqu’en mai 1989. Mort
en 2005, il a passé les 16 dernières années de sa vie
emprisonné dans son domicile, parce qu’il s’opposait à
l’intervention de l’armée à Tiananmen. Sa famille vient de
faire publier en anglais ses mémoires enregistrées en
secret, sur des cassettes audio cachées parmi les jouets de
ses petits-enfants. Le livre, Prisoner of the State, jette
une lumière prosaïque sur ce terrible événement.
L’un des premiers dirigeants à arborer presque
systématiquement le complet-cravate à l’occidentale, M. Zhao
fait en quelque sorte son mea-culpa, en plus de régler ses
comptes. En gros, il admet deux fautes, l’une économique,
l’autre politique.
Les erreurs économiques sont à la base de l’escalade qui a
mené à Tiananmen.
M. Zhao
admet qu’il aurait dû être plus prudent dans les réformes de
marché, pour éviter d’angoisser la population. Il pense
qu’obliger les banques à verser des taux d’intérêt plus
élevés aux épargnants aurait augmenté leur capital, et donc
limité les peurs de banqueroute. Pour limiter l’inflation,
il préconise rétrospectivement un programme de vente des
logements sociaux, ce qui aurait diminué l’argent en
circulation, et une limitation du programme
d’infrastructures, qui aurait diminué la pression sur les
prix des matières premières.
Arrivé au sommet après une série de postes prestigieux en
région, son pouvoir dépendait totalement du dirigeant
suprême Deng Xiaoping, ce qui le rendait vulnérable aux
attaques de la vieille garde communiste, laquelle était
hostile aux réformes économiques de Deng et de son bras
droit Zhao. Ce manque d’appuis politiques l’a empêché de
gagner le bras de fer sur Tiananmen.
En 1987, un autre dirigeant réformiste recruté par Deng, Hu
Yaobang, avait été évincé du pouvoir à cause de ses réformes
économiques. Il est mort en avril 1989, en plein milieu des
manifestations contre l’inf lation. Comme Hu Yaobang avait
aussi proposé des réformes démocratiques au sein du PCC, des
étudiants ont voulu commémorer son décès en guise de
protestation politique. Ils se sont mêlés aux centaines de
milliers de manifestants économiques à Pékin, et la
puissance du nombre les a enivrés, avance Prisoner of the
State.
Zhao Ziyang ne craignait pas outre mesure les manifestants,
convaincu que le ralentissement des réformes calmerait
rapidement les inquiétudes populaires. Il n’a pas annulé un
voyage prévu en Corée du Nord, décision funeste. Pendant son
absence, un membre de la vieille garde, Li Peng, a commandé
un rapport de la situation aux autorités municipales
pékinoises. Le rapport était alarmiste, et Li Peng s’en est
servi pour convaincre Deng Xiaoping qu’il fallait sévir.
Deng s’est laissé convaincre, selon M. Zhao, parce qu’il
avait les manifestations en horreur – son propre fils avait
été tué durant la Révolution culturelle des années 60. Li
Peng avait une dent contre Zhao Ziyang parce que ce dernier
lui avait promis l’élection au Comité central du PCC, mais
n’avait pas pu honorer sa promesse.
Défait, Zhao Ziyang s’est rendu sur la place Tiananmen à la
mi-mai pour convaincre les étudiants de cesser l’occupation
de leur propre gré. Il leur a dit que la grève de la faim
que plusieurs menaient alors finirait mal, une allusion
voilée à la possibilité d’une intervention militaire. Les
étudiants ne l’ont pas écouté.
LA MÉMOIRE SUR TOILE
Un homme, un
char d’assaut. Une image qui a marqué l’histoire. Le 4 juin
1989, l’armée chinoise met brutalement fin au mouvement de
protestation de milliers d’étudiants, d’ouvriers et
d’intellectuels. Cette répression brutale a marqué à jamais de
nombreux
« Je voulais montrer ce qui s’est passé pendant les événements
de Tiananmen. C’est mon angle, une petite partie de la vraie
histoire », dit l’artiste aujourd’hui âgé de 44 ans.
Quelques pas dans l’appartement du peintre montréalais Liuyi
Wang permettent de comprendre qu’un certain 4 juin – le 4 juin
1989 – a eu l’impact d’une bombe dans sa vie. Les murs sont
monopolisés par d’immenses tableaux. Dans le salon, on voit un
couple qui essaie d’échapper au gaz lacrymogène. Dans le
corridor, un char d’assaut kaki semble foncer sur celui qui
l’observe.
Le
peintre montréalais Liuyi Wang a assisté aux événements de
Tiananmen. Ses oeuvres reflètent ce qu’il a vu.
« Je voulais montrer ce qui s’est passé pendant les événements
de Tiananmen. C’est mon angle, une petite partie de la vraie
histoire », dit l’artiste d’origine chinoise aujourd’hui âgé
de 44 ans.
Il y a 20 ans, il n’avait jamais entendu parler de
Côte-desNeiges, le quartier qu’il habite aujourd’hui. Il
vivait avec ses parents dans un quartier de Pékin, à un jet de
pierre de la place Tiananmen. « Je suis né à Pékin, j’ai
grandi à Pékin, j’ai fait mes études et j’ai travaillé à Pékin
», énumère-t-il fièrement. Pas de doute, il a toujours la
capita le chinoise tatouée sur le coeur.
Quand, en avril et en mai 1989, des étudiants ont transformé
la place Tiananmen en campement de protestation contre le
régime communiste, qu’ils jugeaient corrompu et trop peu
démocratique, Liuyi Wang a pris l’habitude de leur rendre
visite une fois de temps en temps.
« Le succès des manifestations nous montait à la tête. Nous
étions complètement euphoriques », dit-il aujourd’hui pour
justifier plusieurs des risques qu’il a pris à l’époque.
Dès la fin du mois d’avril 1989, le gouvernement chinois avait
laissé entendre dans les journaux que l’armée pouvait
intervenir à tout moment, par la force, pour mettre fin aux
manifestations.
L’avertissement n’avait en rien calmé les ardeurs des
étudiants et de leurs sympathisants. « Personne ne croyait que
l’armée allait ouvrir le feu sur nous », laisse tomber Liuyi
Wang en haussant les épaules.
Il a commencé à y croire quand un Pékinois qui tentait de
freiner l’avancée des soldats dans une rue de la ville a été
touché d’une balle au genou. « Nous avons vu qu’elles
n’étaient pas en caoutchouc. Nous avons ramassé des balles par
terre pour prouver que tout ça avait bien eu lieu »,
raconte-t-il.
Montréalais depuis 10 ans, Liuyi Wang ne prétend pas avoir été
une figure de proue du mouvement pro-démocratie, qui a cru
l’espace de deux mois pouvoir changer la Chine de Mao.
Il fait partie des Pékinois qui ont été témoins de l’horreur.
Ces derniers n’ont pas été épargnés quand l’armée a eu
l’ordre, le 4 juin 1989, de mettre fin à la dissidence.
Selon plusieurs rapports, la plupart des victimes – on les
estime à plusieurs centaines – n’ont pas été tuées sur la
place Tiananmen, mais dans les rues de Pékin qu’ont empruntées
les chars d’assaut.
Au moment des événements, plusieurs de ses proches lui avaient
recommandé de ne pas prendre de photos. Ils étaient convaincus
que la possession d’un appareil pourrait attirer vers lui le
canon d’un fusil. Il les a écoutés et s’est contenté de graver
des centaines d’images dans sa mémoire. Pendant 17 ans, elles
y ont somnolé. Puis, il y a trois ans, il a dégoupillé ses
souvenirs. Il en a tiré des toiles en format géant et un
projet de film d’animation. « L’humain est comme un animal.
Nous oubl ions l ’ histoi re et nous retrouvons l’espoir. Mais
c’est un faux espoir, croit le peintre. Le gouvernement
chinois est de plus en plus fort. Le régime peut se
libéraliser un peu, mais il désire toujours contrôler la
population, et ça, il ne faut jamais l’oublier ».
L’homme de Tiananmen, ou encore l’homme au tank, est le surnom
qu’on a donné à ce Pékinois anonyme, filmé et photographié par
plusieurs médias occidentaux alors qu’il s’efforçait de
bloquer la progression d’une colonne de chars de l’Armée
populaire de libération, le 5 juin 1989. On ignore ce qu’il
est advenu de lui, mais son geste symbolise encore aujourd’hui
la résistance face à la répression.
Tian An, enfant de Tiananmen
La
répression de la place Tiananmen a englouti des centaines
de vies et en a transformé des milliers d’autres. Vingt
ans après la fin abrupte du mouvement prodémocratique
chinois, deux anciens manifestants et leur fille se
souviennent de l’événement qui a
En chinois, son nom signifie « paix paradisiaque ». Mais
Tian An sait bien que ce n’est pas pour une raison
poétique que ses parents l’ont nommée ainsi. « À l’école
secondaire, tout le monde m’appelait Place Tiananmen »,
dit, au bout du fil en riant, l’étudiante de 19 ans.
PHOTO CATHERINE
HENRIETTE, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE
Une
photo des manifestants de la place Tiananmen prise le 3
juin 1989.
Ses petits partenaires de classe avaient visé juste.
Journalistes à l’époque, son père, Qingquan He, et sa
mère, Bin Bin Chang, ont manifesté pendant des mois en
1989 sur la plus grande place du monde auprès de centaines
de milliers de jeunes Chinois de leur âge qui réclamaient
des réformes démocratiques. Leur fille est née en mars
1990, soit exactement neuf mois après l’intervention de
l’armée pour disperser les protestataires.
« Tian An a été conçue pendant les événements de
Tiananmen. C’est un moment très spécial de nos vies et
nous voulions nous en souvenir », raconte Qingquan He,
joint à Pékin.
« Violence inimaginable »
Homme d’affaires couronné de succès, M. He est
l’incarnation même de la Chine d’aujourd’hui. Mais il ne
cache pas qu’il y a eu des monts et des vaux entre la
répression sanglante qui a eu lieu dans la nuit du 3 au 4
juin et sa vie actuelle.
Cette
nuit-là, les jeunes mariés étaient dans les rues de Pékin
et ont assisté à l’horreur : les chars d’assaut, les
blessés jonchant le sol, la peur d’y laisser leur peau. «
La violence a atteint un sommet inimaginable », s’exclame
Bin Bin Chang.
Les deux journalistes n’ont pas été blessés, mais ils ne
s’en sont pas sortis indemnes pour autant. Leur soutien au
mouvement étudiant ainsi qu’une entrevue qu’ils ont
accordée à la journaliste Alexandra Szacka, qui couvrait
les événements pour Télé-Québec (appelé RadioQuébec à
l’époque), les a mis dans le pétrin auprès des autorités.
La journaliste québécoise, qui s’était liée d’amitié avec
le couple, a aidé Mme Chang à obtenir un visa pour le
Canada et l’a hébergée pendant sa grossesse. Resté
derrière, Qingquan He a perdu son emploi dans le quotidien
anglais de Pékin. Heureusement, il a pu rejoindre sa femme
à Montréal quelques semaines avant l’arrivée au monde de
Tian An.
Vingt ans moins neuf mois plus tard, beaucoup d’eau a
coulé sous les ponts de la famille sino-canadienne. Tian
An étudie aujourd’hui les communications à l’Université
York et se fait appeler « Annie An ». Avant d’entreprendre
ses études universitaires, elle a vécu 10 ans en Chine.
Ses parents, divorcés depuis 1997, ont refait leur vie. Si
son père vit aujourd’hui à Pékin, sa mère, elle, est
ingénieure en informatique à Vancouver. Tous les deux
avouent qu’ils repensent quotidiennement à Tiananmen. «
Que se serait-il passé si nous avions réussi à renverser
le régime communiste? La Chine se serait-elle désintégrée
? Y aurait-il eu une guerre civile? On a vu ce qui s’est
passé en Union soviétique », se demande Qingquan He. «
Même si ce mouvement a échoué, la manière de penser des
Chinois n’a plus jamais été la même. Et les choses se sont
améliorées en Chine depuis », remarque pour sa part Mme
Chang. Elle se désole cependant de voir que la génération
de sa fille s’intéresse plus à la consommation qu’à la
politique.
Et que dit Tian An de tout ça ? Celle qui a aujourd’hui
l’âge des manifestants de 1989 est-elle fière du combat
qu’ont mené ses parents ? Au bout du fil, la jeune femme
esquive la question. « J’aimerais savoir ce qu’il s’est
vraiment passé à la place Tiananmen. Les médias
occidentaux ne sont pas objectifs à l’endroit de la Chine.
Je pense que la démocratie n’y
fonctionnerait pas. Il y a trop de gens, comme mes
cousins de la campagne, qui ne sont pas assez
instruits pour faire des choix judicieux
». Autres temps, autres discours.
Chine : Les exécutions alimentent les greffes
En Chine,
la majorité des organes greffés proviennent des condamnés
Depuis des a n nées, la rumeur circulait. Hier, dans un
article du quotidien officiel anglophone China Daily, un
haut responsable gouvernemental chinois a admis que 65 %
des organes greffés en C h i ne prov ien nent de condamnés
exécutés.
L’origine
des
corps utilisés pour la populaire exposition Bodies a été
le sujet d’une controverse, car certains se demandaient
s’ils n’étaient pas ceux de personnes exécutées en
Chine. Maintenant, un haut responsable chinois a reconnu
que les organes utilisés pour les greffes proviennent la
plupart du temps de condamnés à mort.
L’a r t ic le d u q u o t id ie n , qu i at t r ibue ce c
h i f f re à des experts du secteur de la santé, constitue
un aveu inhabituel du rôle j oué par les condamnés à mort
dans le domaine des greffes en Chine.
L e j ou r na l cite le v ice - ministre de la Santé Huang
Jiefu, qui rappelle que le consentement écrit des prison n
iers conda m nés est requis, mais reconnaît qu’ils ne sont
« manifestement pas une source convenable pour les greffes
d’organes ».
Depuis 20 07, un décret interdit les dons d’organes de
personnes sans relations familiales ou affectives avec le
greffé, mais la législation ne semble pa s avoi r fa it
baisser le nombre d’organes prélevés sur des condamnés à
mort ou fournis par le marché noir.
Afin de tenter de remédier à la « longue dépendance » du
pays à l’utilisation d’organes de condamnés à morts
exécutés, la Société chinoise de la Croix-Rouge a lancé
mardi un système national de don d’organes, explique le
quotidien. Un fonds a été établi pour compenser
financièrement les familles des donateurs volontaires.
Selon des
ex per ts c ités par la BBC, cette nouvelle approche a
cependant peu de chances de réussir dans u ne c u lt u re
réticente au prélèvement d’organe après la mort.
Dans le passé, la Chine ava it déjà ad m is que les reins,
les foies, les cornées et d’autres organes étaient
prélevés couramment sur des prisonniers exécutés, mais
sans chiffrer le nombre d’organes ainsi récupérés.
Les dons volontaires ne répondent pas à la demande en
Chine. Seulement 1 % environ du million de personnes qui
nécessitent une greffe obtien nent l’orga ne attendu.
En reva nche, le ma rché noir est prospère, avec des
person nes contraintes à donner ou abusées par les
trafiquants, qui fabriquent les doc u ments adéquats
illégalement.
La Chine exécute plus de prisonniers que tout autre pays
au monde, avec 470 exécutions en 2007 et 1718 en 2 0 0 8 ,
selon A m n istie internationale. Ces chiffres ne sont pas
confirmés par l’État, qui considère que le nombre
d’exécutions est un secret d’État.
De grands espoirs placés en ElBaradei
«
Celam’inquiète vraiment que les gens soient désespérés
au point de considérer une seule personne comme leur
sauveur. »
LE CAIRE— Le retour au Caire de Mohamed ElBaradei,
exchef de l’Agence internationale de l’énergie atomique
(AIEA), Prix Nobel de la paix 2005 et candidat possible
à la présidentielle de 2011, a dynamisé la scène
politique, mais beaucoup se demandent s’il est le «
sauveur » que l’Égypte attend.
POHOTMOHAMMEDAHMED,
ARCHIVE ASSOCIATED PRESS Mohamed ElBaradei, ancien chef
de l’Agence internationale de l’énergie atomique et
PrixNobel de la paix 2005, a été accueilli en héros
vendredi par plus de 1500 de ses partisans à
l’aéroport du Caire.
Accueilli en héros vendredi par plus de 1500 de ses
partisans à l’aéroport du Caire, M. ElBaradei, 67 ans, a
plusieurs fois appelé à une démocratisation du régime en
Égypte depuis son départ de l’AIEA, en 2009.
Après qu’il eut commencé à se mêler de politique
interne, ses partisans ont vu en lui un « sauveur » qui
pourrait sortir le pays de sa léthargie politique, alors
que les médias gouvernementaux se sont retournés contre
lui, l’accusant de ne rien connaître à l’Égypte.
M. ElBaradei, lui, dit se considérer comme un «
instrument du changement ». « Je suis contre l’idée d’un
sauveur, cela n’existe pas », a-t-il déclaré à la chaîne
privée Dream.
« Cela m’inquiète vraiment que les gens soient
désespérés au point de considérer une seule personne
comme leur sauveur. Je voudrais que l’Égypte se sauve
par ellemême, a-t-il ajouté. Si les gens veulent changer
ce pays, tout le monde doit participer pour montrer sa
volonté. »
Les limites du régime
Mais certaines voix, même au sein de l’opposition, ont
mis en garde M. ElBaradei contre trop d’optimisme, en
particulier concernant son appel à des amendements
constitutionnels pour lever les restrictions pesant sur
les candidats à la présidentielle.
« Le
régime n’accédera jamais à cette demande », a affirmé
Mohammed Habib, figure des Frères musulmans, principal
groupe d’opposition, dans le quotidien indépendant
Al-Masri Al-Yom.
La Constitution telle qu’elle est aujourd’hui rend quasi
impossible une candidature de M. ElBaradei : elle impose
aux candidats indépendants d’obtenir l’appui de 250
élus, dont au moins 65 membres de l’Assemblée nationale,
25 du Conseil consultatif (Sénat) et au moins 10 élus
municipaux.
«Le peuple égyptien cherche un sauveur pour le tirer de
cette situation de désespoir et de frustration. Il le
trouve peut-être en ElBaradei, mais il doit se rendre
compte que le chemin est long et difficile et qu’il
requiert du travail», a ajouté M. Habib.
Hosni Moubarak dirige l’Égypte depuis 1981. Le régime a
privilégié la stabilité politique mais la corruption est
endémique, la pauvreté touche une grande partie de la
population et les inégalités sociales sont profondes. Le
pays est en outre en état d’urgence depuis près de 28
ans.
M. ElBaradei a trouvé un soutien en Amr Moussa, chef de
la Ligue arabe, qui n’avait lui-même pas exclu l’an
dernier de se présenter. Selon M. Moussa, « tout le
monde veut du changement. Nous sommes inquiets de
l’avenir de l’Égypte et c’est notre droit ».
Autre appui du Prix Nobel de la paix 2005, l’écrivain
Alaa el-Aswany, auteur du célèbre Immeuble Yacoubian. «
Des milliers d’Égyptiens se sont rassemblés à l’aéroport
pour l’accueillir » en dépit des avertissements des
services de sécurité, dit-il.
Ceux qui sont allés à l’aéroport ne sont pas « des
politiciens, mais des Égyptiens ordinaires venant de
classes sociales diverses, des musulmans, des chrétiens
et des femmes, a-t-il ajouté. Pour des millions
d’Égyptiens, ElBaradei est devenu le symbole de l’espoi
r et du changement ».
ElBaradei rentre en Égypte faire campagne
pour la « démocratie »
« Je
suis prêt à me lancer dans la vie politique égyptienne,
à condition qu’il y ait des élections libres. »
LE CAIRE— Le Prix Nobel de la paix 2005Mohamed
ElBaradei, qui veut entamer une carrière politique en
Égypte, est arrivé hier au Caire, où des centaines
demilitants de l’opposition l’ont accueilli en
l’appelant à devenir président du pays.
PHOTOKHALEDDESOUKI,
AFP De
1500 à 2000 partisans ont afflué à l’aéroport du
Caire, hier, pour saluer l’arrivée deMohamed ElBaradei
en Égypte.
L’ancien chef de l’Agence internationale de l’énergie
atomique n’a fait aucune déclaration à sa sortie de
l’aéroport, rendue difficile par la présence de nombreux
partisans et de représentants de la presse, qui
bloquaient la sortie du terminal d’arrivée.
Selon des témoins, de 1500 à 2000 partisans avaient
afflué à l’aéroport en dépit d’informations selon
lesquelles les services de sécurité allaient empêcher
tout rassemblement. Aucun incident n’a été signalé.
Arborant des drapeaux égyptiens et des portraits de M.
ElBaradei, plusieurs centaines de militants de
l’opposition ont scandé « ElBaradei va demander des
comptes aux voleurs » ou « Oui à ElBaradei président de
la République ».
Plusieurs
figures connues en Égypte, dont le romancier Alaa
al-Aswani et un présentateur vedette de la télévision,
Hamdi Kandil, ainsi qu’un dirigeant du mouvement
d’opposition Kefaya, George Ishaq, se trouvaient
également à l’aéroport.
M. ElBaradei, 67 ans, a multiplié ces derniers mois les
déclarations appelant à une démocratisation du régime du
président Hosni Moubarak, en place depuis 29 ans.
Jeudi , il a réaffirmé sa détermination à faire tout ce
qu’il peut « pour que l’Égypte avance vers la démocratie
et le progrès économique et social ».
« Je souhaite être un instrument pour le changement »,
a-t-il déclaré à la chaîne égyptienne privée Dream.
«Je suis prêt à me lancer dans la vie politique
égyptienne, à condition qu’il y ait des élections
libres, et le premier pas dans cette direction est un
amendement de la Constitution afin que je puisse me
porter candidat (à la présidentielle en 2011) et que
d’autres puissent faire de même», a-t-il expliqué.
Les couples homosexuels d’Uruguay autorisés à
adopter des enfants - Yanina Olivera
MONTEVIDEO
— Le Sénat uruguayen a donné hier son feu vert définitif à
l’adoption par les couples homosexuels, une première dans
cette région plutôt conservatrice, où ce petit pays de 3,4
millions d’habitants ne cesse de jouer les pionniers en
matière de moeurs.
« ( Le texte) a été approuvé avec les votes du Frente
Amplio (la coalition de gauche au pouvoir) et du Parti
colorado (opposition de droite) », a déclaré la sénatrice
Margarita Percovich. Une autre formation de l’opposition,
le Parti national (centre droite), a en revanche voté
contre.
Le Sénat avait déjà approuvé le texte en première lecture
le 15 juillet, mais il a dû le voter à nouveau, en raison
des légères modifications de forme faites par les députés,
lorsqu’ils l’ont adopté à leur tour le 27 août.
Cette réforme est décriée par l’Église catholique. « Notre
position est que l’adoption doit se faire dans le cadre
d’une famille, avec un couple formé d’un homme et d’une
femme », a déclaré l’évêque Pablo Galimbertti.
Seule une
poignée de pays dans le monde ont déjà autorisé les
couples homosexuels à adopter des enfants. En Europe, le
premier a été les Pays-Bas en 2001. Quinze ans plus tôt,
deux Américaines avaient pu légalement adopter un enfant
en Californie.
En Amérique latine, plus grande région catholique de la
planète avec plus de 500 millions de fidèles, cette
décision s’apparente à une grande première.
L’Uruguay s’était déjà démarqué de ses voisins plutôt
conservateurs sur le plan des moeurs en autorisant l’an
dernier l’union civile entre homosexuels. En décembre, le
Sénat a aussi approuvé un projet de loi autorisant les
transsexuels à modifier leur état civil afin d’être en
conformité avec leur apparence, dès l’âge de 12 ans et
sans l’accord des parents. Le texte doit cependant encore
être approuvé par la Chambre des députés, ce qui pourrait
intervenir dans les prochains jours.
En mai, Tabaré Vazquez, premier président de gauche de
l’histoire de l’Uruguay, a également aboli une règle qui
interdisait aux homosexuels l’accès aux écoles militaires
en raison de leur « trouble d’identité ».
En revanche, les Uruguayennes n’ont toujours pas le droit
d’avorter. À la surprise générale, le président et ancien
médecin Tabaré Vazquez avait opposé l’an dernier son veto
à un projet de loi légalisant l’interruption volontaire de
grossesse, invoquant des « principes éthiques ».
Plumes et paillettes sur fond de lutte contre les
préjugés - Daphné Cameron
Pour
célébrer les victoires du mouvement gai ou pour rappeler
les luttes qu’il reste à mener, plusieurs milliers de
personnes ont assisté au défilé de la fierté gaie, hier
aprèsmidi à Montréal. Un cortège bigarré marqué par les
paillettes, le cuir et les plumes, mais aussi par
l’absence de personnalités des milieux culturel et
sportif.
PHOTO DAVID BOILY, LA
PRESSE
Comme
chaque
année, les tenues olé olé étaient de mise hier au
défilé.
Une trentaine de politiciens, dont Gérald Tremblay, Gilles
Duceppe, Yolande James et Françoise David, ont pourtant
participé à la manifestation.
« Il y a eu des années où il y avait davantage de
représentants du monde culturel », a admis le président de
Gai Écoute et de la fondation Émergence, Laurent
McCutcheon. « Mais pour ce qui est du milieu du sport, on
essaie tout le temps d’en avoir, sans jamais y parvenir.
C’est pourquoi, l’an prochain, le thème de la Journée
internationale contre l’homophobie sera le sport. »
« Avez-vous déjà entendu parler d’un joueur de hockey
homosexuel? » a lancé Kevin Lavoie, spectateur et
intervenant communautaire, en marge du défilé. « Je pense
que la réponse démontre le chemin qu’il nous reste à
faire. »
Poursuivre les efforts
Il y a 30 ans, 200 gais s’étaient fait huer lors de la
première mani festation pour défendre leurs droits à
Montréal. Hier, plusieurs milliers de personnes se sont
massées le long du boulevard René-Lévesque pour acclamer
le défilé dans une ambiance festive et décontractée.
Malgré
les changements de mentalité, la lutte pour faire
progresser les droits des homosexuels, transsexuels et
transgenres est toujours d’actualité, croit la présidente
d’honneur des célébrations de la Fierté de Montréal,
elle-même transsexuelle et homosexuelle : « Un peu comme
le sexisme ou le racisme, l’homophobie est une chose qui
prend du temps à contrer. Lorsqu’on pense que, dans le
monde, un transsexuel est assassiné tous les trois jours,
on ne peut pas dire que la lutte pour l’acceptation est
terminée. »
Souligner des anniversaires
Cette année, les organisateurs ont voulu souligner le 40e
anniversaire de la révolte de Stonewall, ce bar
new-yorkais fréquenté par des homosexuels qui fut le
théâtre d’une descente de police en 1969 et qui a engendré
des émeutes qui ont duré trois jours.
Elle visait également à fêter le 40e anniversaire de la
loi omnibus, qui a décriminalisé les relations sexuelles
entre personnes de même sexe. « C’est un événement festif,
mais c’est également un événement politique », a précisé
Laurent McCutcheon.
Ainsi , les slogans pour dénoncer l’emprisonnement ou les
mauvais traitements infligés aux gais dans le monde ont
côtoyé les drag queens ou les chars allégoriques sur
lesquels se trémoussaient des hommes en tenue olé olé.
« C’est le fun de voir comment la cause progresse, mais
presque tout ce qu’on voit aujourd’hui ref lète les
préjugés que l’on tente de combattre quotidiennement », a
déploré une spectatrice, Sophie Lalonde.

Le défilé s’est terminé par un spectacle musical au parc
Émilie-Gamelin.
Orientation sexuelle en entreprise : Affirmer
la différence - Caroline Rodgers
On pourrait
penser que la communauté lesbienne, gaie, bisexuelle et
transgenre, que l’on résume maintenant par l’anagramme LGBT
dans les entreprises, a déjà mené tous ses combats.
Pourtant, un sondage effectué l ’an dernier auprès des
employés LGBT de Samson, Bélair, Deloitte& Touche
révélait que cette communauté était l’une de celles qui se
sentaient les moins intégrées, selon les perceptions des
répondants.
« Ils n’avaient pas l’impression qu’ils avaient le support
des leaders du cabinet dans la reconnaissance de ce qu’ils
étaient comme communauté », explique MarcAndré Nadeau,
associé, Conseils financiers.
Pour y
remédier, onamis enplace un comité LGBT qui a présenté un
plan d’action à la haute direction afin de changer ces
perceptions.
Selon M. Nadeau, même si les droits des LGBT sont reconnus
officiellement depuis plusieurs années et qu’ils peuvent,
par exemple, faire bénéficier des avantages sociaux à leur
conjoint de même sexe, un travail en amont doit être fait.
Aujourd’hui , beaucoup de grandes entrepr ises ont un comité
LGBT qui organise diverses activités. Cel les-ci vont du
réseautage professionnel aux activités caritatives, en
passant par les sorties sociales.
« Mais ce n’est pas un club social, dit Richard Côté,
conseiller en assurances collectives et en diversité en
milieu de travail. Il y a un aspect qui est directement en
ligne avec les objectifs d’affaires et les intérêts de
l’entreprise. On cherche à appuyer nos employés pour qu’ils
soient meilleurs dans leur travail. »
Les homosexuels ostracisés
J’aimerais
grossir les rangs des 3% qui donnent du sang
Aux États-Unis, on suggère d’exclure
seulement les hommes ayant eu une relation sexuelle
avec un autre homme dans
la dernière année. Ici, nous stagnons toujours.
L’auteur habite à Montréal.
Plusieurs
personnes
ne peuvent faire don de leur sang. C’est le cas de ceux
qui prennent des antibiotiques, des femmes qui ont
accouché il y a moins de six mois, des diabétiques qui
prennent de l’insuline... et des hommes homosexuels.
Donnez du sang. Donnez la vie. Environ 97% y pensent, 3%
le font: autant de slogans qui nous rendent moralement
coupables de ne pas donner un peu de notre sang au moins
une fois par année.
Malheureusement, plusieurs personnes sont exclues du don
de sang, selon la liste publiée sur le site d’Héma-Québec:
ceux qui prennent des antibiotiques, les femmes qui ont
accouché il y a moins de six mois, les diabétiques qui
prennent de l’insuline, etc.
Cette liste n’est cependant pas exhaustive: il manque
l’exclusion des hommes homosexuels. En fait non, une
infirmière m’a déjà dit que les homosexuels n’étaient pas
exclus, « seulement les hommes qui ont eu une relation
sexuelle avec un autre homme depuis 1977 ».
Voilà qui est pire: non seulement on rejette les
homosexuels, sauf ceux qui s’abstiennent depuis 32 ans
(!), mais aussi tous les hommes qui, ne serait-ce qu’une
fois, ont fait une expérience avec un autre homme.
Cette loi
fédérale a été instaurée en 1983, afin de protéger les
receveurs de sang de l’épidémie de VIH/Sida, mal peu connu
à l’époque, qui était encore long à détecter.
Il est vrai que l’énorme majorité des malades étaient
homosexuels, une clientèle peu portée à se protéger. Mais
les temps ont changé, les homosexuels ont pris de
nouvelles habitudes, les jeunes sont beaucoup plus
conscients des risques, ils se font tester régulièrement,
en discutent entre eux.
De plus, du côté des institutions, les tests sont beaucoup
plus rapides et précis, la maladie peut passer bien plus
difficilement, et désormais trois semaines suffisent entre
le moment de l’infection et celui oùon peut détecter la
maladie.
Ce règlement ostracise tous les hommes qui, une fois
seulement, ont eu un contact sexuel avec un autre homme et
contribue à l’idée, très répandue dans la population, que
les homosexuels sont année, ici, nous stagnons toujours.
Même si le risque n’était augmenté que d’un sur 50
millions en comptant les homosexuels dans les donneurs
potentiels (Dominique Nancy, Doit-on interdire les seuls
responsables de la propagation du VIH/sida.
Alorsqu’auxÉtats-Unis les principales agences de collecte
de sang suggèrent à l’administration d’exclure seulement
les hommes ayant eu une relation sexuelle avec un autre
homme dans la dernière à vie aux homosexuels de donner du
sang? Forum, Université de Montréal, Vol 40, No 27, 10
avril 2006).
Je suis né en 1985. Je suis homosexuel. Je fais partie des
97% qui y pensent, mais j’aimerais bien mieux aller
grossir les rangs des 3% qui le font.
Le Québec, paradis du mariage gai
Près de 15%
des 2209 mariages de couples de même sexe célébrés depuis
l’adoption de la loi sur le mariage gai, en 2004, étaient le
fait de gens provenant de l’extérieur du Québec. Ces 310
mariages célébrés entre des étrangers montrent que le Québec
est devenu une « destination mariage » dans le monde gai,
croient les démographes de l’Institut de la statistique du
Québec.
Cinq ans après l’adoption de la loi sur le mariage gai, l’ISQ
a produit un document faisant le bilan du phénomène. Le nombre
de mariages entre gens de même sexe a atteint un sommet en
2006, année où 621 couples de même sexe se sont unis. Depuis
2006, le nombre de mariages a diminué, se situant chaque année
sous la barre des 500 célébrations.
« C’est ce qui s’est passé dans tous les pays où on a adopté
le mariage gai, souligne Martine StAmour, démographe à l’ISQ.
Il y a eu une sorte de rattrapage, de la part des couples qui
voulaient se marier depuis longtemps et ne pouvaient pas le
faire. Et ensuite, le nombre de mariages est resté stable. Au
Québec, on est les champions de l’union libre, et ça vaut
aussi pour les couples de même sexe. »
Les époux de même sexe sont donc maintenant un peu plus
jeunes, en moyenne, qu’en 2004. La plupart d’entre eux se
marient pour la première fois. Le quart des couples de même
sexe ont opté pour une cérémonie religieuse.
Et, fait à
noter, pas moins de 15% de ces mariages, soit 310 célébrations
depuis cinq ans, impliquaient deux personnes qui ne résident
pas au Québec. La loi provinciale est ainsi faite qu’un couple
peut se marier sans résider sur le sol québécois. Chez les
couples de sexe opposé, les mariages de non-résidants comptent
pour seulement 5% des célébrations. On peut donc en déduire,
souligne Mme St-Amour, que le Québec est devenu une «
destination mariage » pour les gais.
« Le Québec a été l’un des premiers territoires à légaliser le
mariage gai », rappelle la démographe.
De fait, un petit tour sur l’internet montre que le Québec
revient régulièrement dans les sites de référence gais qui
traitent de mariage. Le site Lesbian life indique qu’il est
facile de se marier au Québec, moyennant un délai de 20 jours.
Le Gay and lesbian wedding directory donne plusieurs adresses
pour les mariages gais : salles de réception, photographes.
Le révérend Bernard Cantin, qui dirige « Le nouveau penseur »,
une organisation de célébrants de mariages détachés de toute
confession religieuse, a marié une dizaine de couples gais par
an depuis 2004. Certains d’entre eux venaient effectivement de
l’étranger, surtout des ÉtatsUnis. « C’est arrivé quelques
fois. Surtout des femmes qui venaient de certains États des
États-Unis assez réfractaires au mariage gai », souligne-t-il.
L’homophobie continue de faire des ravages en
France - MARC THIBODEAU
Alors que les
stars défilent sur la Croisette, deux policiers homosexuels
viennent de mettre en lumière un aspect plus sombre de la vie
cannoise en dévoilant le harcèlement dont ils sont victimes.
Leur retentissante sortie survient alors qu’un nouveau rap
« Il y a un manque total de confiance des homosexuels tant
envers la police que la justice. »
Guillaume espérait amour et compréhension en avouant son
homosexualité à ses parents. Il a plutôt eu droit à une
déferlante de haine qui l’a ultimement poussé au suicide.
« La
visibilité accrue des lesbiennes et des gais ne doit pas
masquer la permanence et la violence d’une homophobie
présente à tous les niveaux de la société (française) »,
lance Jacques Lizée, président de SOS homophobie. Ci-dessus,
manifestation gaie la semaine dernière à Paris, à l’occasion
de la journée internationale contre l’homophobie.
« Les homosexuels devraient retourner dans les camps de
concentration », s’est vu répondre le Français de 27 ans, qui
a été agressé physiquement par son père, rendu furieux par ses
aveux.
Traumatisé par ce rejet, il sollicite le soutien de SOS
homophobie, une ONG qui tient une ligne d’écoute. La démarche
n’a pas suffi pas à calmer le mal-être du jeune homme, qui
s’est enlevé la vie l’an dernier, quelques heures après un
ultime entretien avec l’un des bénévoles.
« Nous avons été très secoués par ce cas même s’il a laissé
après sa mort une note pour dire que nous l’avions beaucoup
aidé », relate le président de SOS homophobie, Jacques Lizée.
La fin tragique de Guillaume ( nom f i c t i f ) confirme, si
besoin était, que l’homophobie continue de faire des ravages
dans le pays, souligne le militant, qui réclame une action
accrue de sensibilisation du gouvernement.
« La visibilité accrue des lesbiennes et des gais ne doit pas
masquer la permanence et la violence d’une homophobie présente
à tous les niveaux de la société », relève M. Lizée, qui a
rendu public la semaine dernière le rapport annuel de
l’organisation pour 2008.
Basé sur plus de 1200 témoignages téléphoniques recueillis en
cours d’année, il démontre que l’homophobie demeure une
problématique particulièrement importante en milieu de
travail.
Jouer à l’autruche
Un sondage récent a démontré qu’environ 40% des homosexuel s
sur le mar ché du travail estimaient avoir été victimes
d’insultes ou de brimades découlant de leur orientation sexuel
le. Or, pratiquement aucun cas ne se retrouve devant les
tribunaux.
« Il y a un manque total de confiance des homosexuels tant
envers la police que la justice... Beaucoup préfèrent se taire
ou porter plainte pour harcèlement sans évoquer explicitement
leur homosexualité pour faire cesser les abus », relate M.
Lizée.
Ceux qui vont
de l’avant , ajoute-t-il, peinent à recueillir des témoignages
d’appui puisque leurs collègues craignent souvent d’être mal
vus de la direction en dénonçant une situation problématique.
« Comme il n’y a pratiquement pas de plainte, on se bute à un
déni total par les gens qui pourraient faire quelque chose
(syndicats, directions d’entreprise, etc). Ils préfèrent jouer
à l’autruche », indique le militant.
La problématique de l’homophobie en milieu de travail concerne
notamment la police. « Chaque année, nous recueillons de
nouveaux témoignages concernant des cas de harcèlement entre
collègues », indique M. Lizée (voir autre texte).
Propagande haineuse
Malgré les demandes de SOS homophobie, les écoles de formation
de la police n’ont pas intégré de volet relatif à la
discrimination qui permettrait de faire reculer les préjugés
dans le milieu, dit-il.
Le Syndicat national des policiers municipaux dénonce, de son
côté, la persistance d’une « mentalité de machos » qui veut
qu’il faut « être un homme viril pour être dans la police » ou
encore que les homosexuels sont « faibles ».
SOS homophobie se préoccupe également de la « très forte
progression » du nombre de plaintes concernant l’internet.
« C’est un lieu de l’anonymat où se déchaînent des propos
homophobes d’une très grande violence », souligne
l’organisation, qui recense, dans son rapport, plusieurs
exemples problématiques relevés sur des sites de réseautage,
des forums ou des blogues.
Le document reproduit notamment une bande dessinée montrant
une enseignante qui présente à ses élèves un couple d’hommes
flanqués de diablotins.
Les trois personnages « ont des traits qui rappellent les
caractères antisémites des années 30 », relève SOS homophobie,
qui déplore le fait que certains opérateurs de sites évoquent
la liberté d’expression pour refuser de sévir contre les
homophobes.
« Il y a encore du travail à faire en France pour distinguer
liberté d’expression et propagande haineuse », souligne M.
Lizée.
« C’est bizarre, ça sent la merde tout à coup »
PARIS —
Nicolas Persec a décidé de briser le silence pour tenter de
mettre le holà au comportement abusif de collègues homophobes
qui le tançaient en raison de son orientation sexuelle.
De concert avec un autre agent gai qui a tenté de se suicider
à deux reprises pour se soustraire aux railleries et aux
insultes, le policier municipal cannois vient de déposer une
plainte pour harcèlement, profitant du festival de cinéma pour
obtenir un large écho médiatique.
Les difficultés, relate-t-il en entrevue, ont débuté en 2007
lorsque l’autre plaignant, Alain Marty, s’est absenté du
travail pour une longue période en raison de problèmes de
santé.
Un noyau de collègues a alors fait courir la rumeur que la
véritable raison de son absence était qu’il était porteur du
virus du sida.
Ce même noyau – qui regroupait une dizaine de policiers
affectés au service de nuit – a refusé de patrouiller avec M.
Marty à son retour au travail. « Ils disaient que c’était
dangereux parce qu’il avait le sida », relate M. Persec.
Dans la
foulée, les agents en question cherchent à confirmer que ce
dernier est aussi homosexuel en le questionnant avec
agressivité. « L’un d’eux m’a demandé: "Alors, t’es pédé ou
pas?"» relate-t-il.
Ostracisme
Le policier de 35 ans se voit rapidement ostracisé à son tour.
Et soumis à de fréquentes injures. « Quand j’arrivais dans une
pièce, j’avaisdroitàdesréflexions du genre: "C’est bizarre, ça
sent la merde tout à coup, ça pue" », relate M. Persec.
Le policier affirme qu’il s’est finalement résigné à porter
plainte après avoir tenté en vain, à plusieurs reprises,
d’obtenir que sa hiérarchie s’en mêle.
La mairie de Cannes a proposé au cours des derniers jours de
payer les honoraires d’avocat des plaignants, qui ont déjà été
entendus par les membres de l’Inspectiongénéralede la police
dans le cadre de l’enquête.
« C’est toute la police municipale de Cannes qui va être prise
dans la tempête », commente le vice-président du Syndicat
national des policiers municipaux, Frédéric Foncel, qui
dénonce le comportement homophobe des agents mis en cause.
ISRAËL Attentat homophobe
Israël
était sous le choc hier après l’attaque sans précédent
d’un centre d’aide à des adolescents homosexuels à
Tel-Aviv, qui a tué deux personnes et en a blessé 15.
Samedi soir, un inconnu masqué et vêtu de noir a ouvert le
feu à l’arme automatique sur un groupe de jeunes de la
communauté des gais et lesbiennes à l’intérieur du centre,
situé en plein centre de Tel-Aviv, avant de s’enfuir. Un
jeune homme de 26 ans et une jeune fille de 17 ans ont été
tués. Un millier de personnes ont défilé dans l’aprèsmidi
hier près du centre d’aide pour protester contre
l’attaque, dénonçant un « crime odieux ».
La fierté gaie se fait discrète, à Jérusalem
— Plus de
2000 personnes ont pris part, hier, de façon discrète, à
la 8e Gay Pride de Jérusalem, le traditionnel défilé
homosexuel, dont le déroulement dans la ville sainte avait
suscité l’ire de la communauté ultra-orthodoxe.
Contrairement au flamboyant défilé tout en couleurs et
musiques qui s’est tenu à la mi-juin à Tel-Aviv, les
organisateurs de celui de Jérusalem étaient déterminés à
adopter des tenues qui ne choqueraient pas les groupes
religieux.
Certaines personnes qui ont enlevé leur T-shirt ont
notamment été rappelées à l’ordre.
« Fier
d’être gai et religieux », pouvait-on lire sur une
banderole.
Plusieurs groupes religieux et de droite avaient décidé,
plus tôt d’annuler une manifestation contre le défilé. Des
dizaines de personnes ont cependant exprimé leur colère en
arborant des banderoles sur lesquelles on pouvait lire: «
Adam et Ève, pas Adam et (St) eve ».

Aucun incident significatif n’a été signalé. La radio
publique a juste fait état de l’arrestation d’une personne
ayant lancé un oeuf sur les participants à la parade.
L’Inde dépénalise l’homosexualité -
Philippe Mercure
« En Inde,
ça prend des couilles pour dire que vous êtes gai. Il faut
être un vrai homme. »
BANGALORE— « Hé man! Tu sais quoi? Je suis légal! »
PHOTO ARKO DATTA, REUTERS
Des
homosexuels ont célébré le jugement d’un tribunal de Delhi
qui a dépénalisé l’homosexualité en Inde.
L Romal M Singh éclate de rire et se renverse dans son sofa.
À la télé, on diffuse la nouvelle historique: hier, la Haute
Cour de Delhi a décriminalisé l’homosexualité en Inde,
jusque-là passible de 10 ans d’emprisonnement.
« Une immense, immense décision », dit M. Singh, 22 ans,
dont l’appartement de Bangalore s’est rapidement rempli
d’amis venus le « féliciter » pour son nouveau statut.
La Haute Cour de Delhi a jugé que l’article 377 du Code
pénal indien, qui criminalise l’homosexualité et les
relations sexuelles « contre nature », représente une «
violation des droits fondamentaux ». L’article datait de
l’époque ou l’Inde était une colonie britannique.
La décision ne s’applique qu’à la capitale, New Delhi. Mais
les gais de partout en Inde ont célébré, hier, s’attendant à
ce qu’elle fasse boule de neige.
À Bangalore, un rassemblement s’est organisé au United
Theological College pour fêter la chose. En soirée, une
trentaine de gais se sont aussi réunis au bar NASA, un
estaminet surréaliste bâti en forme de vaisseau spatial,
pour souligner l’événement à grands coups de pintes de
bière.
À la télévision, pendant ce temps, les principaux leaders
religieux, autant hindous et musulmans que chrétiens,
dénonçaient la décision, affirmant que l’Inde succombe aux
valeurs occidentales et tourne le dos à ses traditions.
Omi Gurung,
un jeune styliste de mode de 23 ans qui tient un blogue
traitant des questions homosexuelles, était tout simplement
euphorique. « Beaucoup de gens se sont battus pour ça au fil
des années, et plusieurs y ont laissé leur vie », a-t-il
dit, soulignant que les suicides chez les homosexuels sont
fréquents en Inde.
Le jeune gai a grandi à Bangalore et dit ne pas avoir
souffert de discrimination. Il avoue cependant qu’il lui a
fallu du courage pour sortir du placard dans une société où
la religion et les traditions dictent encore les
comportements.
« En Inde, ça prend des couilles pour dire que vous êtes
gai. Il faut être un vrai homme », lance-t-il en riant.
L Romal M Singh, lui, a annoncé son orientation sexuelle à
sa mère à l’âge de 16 ans. Il croit que sa réaction est
typique de bien des familles indiennes de la classe moyenne.
« Elle m’a dit que c’était bien correct. Sauf qu’elle m’a
aussi averti qu’il n’y avait aucun motif d’en être fier et
l’a toujours caché. Elle est encore déchirée entre ses
convictions religieuses et son désir d’être une bonne mère.
»
Omi Gurung rappelle que si les gais sont bien acceptés dans
les grandes métropoles du pays, il en est tout autrement
dans les campagnes, où vivent 70% des Indiens.
« Le jugement va enfin permettre aux gais des régions
rurales de respirer un peu », dit M. Gurung, qui croit que
les autorités perdront ainsi l’argument qui leur permettrait
de réprimer l’homosexualité par la peur et de faire du
chantage.
MARIAGES GAIS EN RUSSIE Début d’un
combat inégal
Un premier
couple lesbien a tenté sans succès de s’unir dans un bureau de
mariages de Moscou hier. Dans une ville où le maire déclare
publiquement que l’homosexualité est « l’oeuvre de Satan », le
combat des gais n’a rien de joyeux
COLLABORATION SPÉCIALE MOSCOU— Dans une salle exiguë du ZAGS
(bureau des mariages) de l’arrondissement de Tver, des
portraits de jeunes mariés tout sourires pendent aux murs.
Celui des deux Irina n’y sera pas.
Interdites
de
mariage en Russie, Irina Fedotova — à droite — et Irina
Chpipitko iront s’unir pour le meilleur et pour le pire à
Toronto cet été.
Devant plusieurs journalistes étrangers – et quelques russes
–, Irina Chapitko et Irina Fedotova, qui partagent leur vie
depuis cinq ans, se sont vu refuser leur demande
d’enregistrement de mariage. Selon le Code de la famille
russe, un mariage ne peut consister qu’en l’union volontaire
d’un homme et d’une femme.
L’une en costumeblanc l’autre en noir, les deux femmes
s’attendaient à ce verdict. Elles ont d’ailleurs déjà prévu
aller se marier à Toronto cet été. Elles tenaient tout de même
à faire ce geste symbolique.
« Nous ne voulons pas nous cacher », dit Irina Chapitko, 32
ans, qui tient unsalonde beauté. « Nous voulons être une
famille comme les autres, poursuit sa conjointe, agente de
relations publiques, de deux ans sa cadette. Et bien sûr que
nous voulons des enfants! »
De retour de Toronto, les deux Irina se lanceront dans une
nouvelle bataille pour faire reconnaître leur mariage en
Russie. Selon leur avocat, le militant gai Nikolaï Alekseev,
rien dans le Code de la famille ne précise que seules les
unions hétérosexuelles conclues à l’étranger peuvent être
reconnues.
Pour Nikolaï Alekseev, il ne s’agit que d’une bataille parmi
d’autres dans la guerre qu’il mène pour l’avancement des
droits des homosexuels en Russie.
Violence
Depuis quatre
ans, la mairie de Moscou refuse systématiquement d’autoriser
la tenue d’un défilé de la fierté gaie dans la capitale.
Lorsque les organisateurs ont fait fi de cette interdiction,
les participants ont été passés à tabac par des militants
nationalistes et religieux.
« L’homophobie est très forte en Russie parce qu’elle est
soutenue par les autorités », souligne M. Alekseev. Et lorsque
des personnalités font des déclarations homophobes, « elle
décuple », dit-il, en référence aux propos du maire de Moscou,
Iouri Loujkov, qui a qualifié les défilés gais d’« armes de
destruction massive » utilisée par l’Occident pour détruire la
Russie.
Samedi prochain, le mouvement homosexuel tiendra encore une
fois son défilé en dépit de l’interdiction. M. Alekseev espère
que la finale du concours Eurovision, qui a lieu le même jour
à Moscou, permettra d’attirer l’attention des médias
internationaux sur la situation des gais en Russie. Un
participant néerlandais, ouvertement homosexuel, a d’ailleurs
déjà annoncé qu’il boycotterait la finale si le défilé se
terminait dans le sang.
Poutine et les terroristes
Quelques heures après la cérémonie de mariage avortée, un
groupe d’associations nationalistes apportait son soutien à la
mairie lors d’une conférence de presse.
« Nous ne sommes pas contre les gais en tant que tels. Chaque
personne a ses péchés. Nous sommes contre la légalisation du
péché », a expliqué Mikhaïl Nalimov, président de Jeunesse
orthodoxe unie. Selon lui, l’homosexualité est un phénomène
importé d’Occident qui corrompt la société russe.
Dmitri Terekhov, vice-président de l’organisation, a été plus
violent dans ces commentaires, qualifiant le défilé gai de «
défilé des sodomites » et l’homosexualité de « terrorisme
spirituel ». Reprenant une citation célèbre de Vladimir
Poutine visant les « terroristes tchétchènes », M. Terekhov a
appelé à « buter jusque dans les chiottes » le mouvement gai,
précisant par la suite qu’il s’agissait d’une « image » et
qu’il n’incitait pas à la violence.
Nikolaï Alekseev croit savoir pourquoi la mairie et les
nationalistes ne veulent pas de défilé gai. « Ils ont peur que
le reste du monde voie qu’il n’y a rien d’amoral dans notre
défilé et qu’ils n’ont donc aucune raison de l’interdire. »
RUSSIE Défilé gai dispersé
La police russe a dispersé hier une manifestation interdite
qui tentait de tirer parti de l’organisation à Moscou dans la
soirée de la 54e finale de l’Eurovision pour promouvoir la cause
homosexuelle. Une quarantaine de militants gais ont été
interpellés. Cette démarche n’est pas une surprise, l’un des
responsables du ministère russe de l’Intérieur ayant répété
vendredi que le rassemblement, baptisé « Gay pride slave » par
ses organisateurs, était interdit et que la police entendait
agir à son encontre « en application stricte de la loi ».
Embaucher une personne handicapée, c’est facile
! - Caroline Rodgers
Quand Michel
De Césaré a passé ses premières entrevues d’embauche, dans les
années 70, ses employeurs potentiels avaient de bien drôles de
questions !
Ils se souciaient parfois davantage de savoir comment ce
diplômé en mathématiques et en informatique ferait pour se
rendre au petit coin avec son fauteuil roulant que de ses
compétences.
« Je leur disais, mais ça n’a rien à voir avec l’emploi ! » se
souvient-il. À force de se heurter à des portes closes, il en
a eu assez. En 1976, il a créé l’ Étape, un centre d’emploi
pour les personnes handicapées qui a encore pignon sur rue.
Puis, en 1981, ce fut l’Année internationale des personnes
handicapées. C’est alors que M. De Césaré a décroché un poste
dans la fonction publique fédérale, car le gouvernement
cherchait à augmenter la représentativité de ces personnes au
sein des ministères.
Il est aujourd’hui agent de vérification de conformité pour la
Commission canadienne des droits de la personne. Son t ravail
consiste à visiter les employeurs relevant du fédéral pour
vérifier si leurs façons de faire ont un impact négatif sur
les minorités.
Il constate que les mentalités ont beaucoup évolué avec le
temps, grâce aux campagnes de sensibilisation. Mais si les
employeurs sont aujourd’hui plus ouverts à l’embauche de
personnes handicapées, il y a encore du travail à faire !
Un taux d’emploi inférieur
Les chiffres ne mentent pas. Sur les 750 000 personnes
handicapées du Québec, environ 400 000 sont aptes au travail,
mais seulement 120 000 ont un emploi. Leur taux d’emploi est
de 35%, alors que celui du reste de la population est de 70%.
Cette situation est due, entre autres, à un manque
d’information, selon Martin Prévost, coordonnateur du
Regroupement des organismes spécialisés pour l’emploi des
personnes handicapées (ROSEPH).
« Plusieurs employeurs ne sont pas conscients du potentiel des
personnes handicapées ou, encore, ils doutent de leurs propres
capacités en tant qu’employeurs à les accueillir adéquatement
au sein de leur organisation », dit-il.
Il est pourtant moins compliqué qu’on ne le croit d’embaucher
un travailleur handicapé. Mais les entreprises ignorent
l’existence des ressources à leur disposition pour faciliter
les choses. Un grand nombre d’organismes spécialisés, dont les
membres du ROSEPH, sont là pour les aider à sélectionner les
candidats, à adapter les postes de travail et à naviguer dans
les formalités administratives pour recevoir des subventions.
Ces mesures
d’aide iront d’ailleurs en augmentant au cours des prochaines
années. Le gouvernement du Québec s’est engagé, en mai, à
investir 102 millions pour réduire de moitié l’écart entre le
taux d’emploi des personnes handicapées et celui du reste de
la population d’ici 2018. Et la pénurie de travailleurs
pourrait constituer un allié de taille dans l’atteinte de cet
objectif !
« Les perceptions vont changer. On n’embauche pas une personne
juste parce qu’elle est handicapée, mais parce qu’elle a des
compétences, dit Claude Seguin, directeur général du Comité
d’adaptation de l a main-d’oeuvre (CAMO). Les employeurs ne
doivent plus voir les travailleurs handicapés comme un
problème, mais comme un élément de solution à un problème, la
pénurie d’employés. »
Des compétences à revendre
Quand on n’a pas d’expérience avec les personnes handicapées,
on les voit davantage à travers leurs limitations qu’à travers
leurs compétences, ajoute M. Seguin. « Des images nous
viennent dans la tête, un fauteuil roulant ou une canne
blanche. » Mais il y a pourtant du talent et des compétences à
revendre chez ces travailleurs.
En mars, le CAMO organisait la Journée Contact, une foire de
l’emploi réunissant employeurs et personnes handicapées à la
recherche d’un travail. Sur les 800 candidats présents, 40%
détenaient un diplôme universitaire, 24 % un diplôme du
collégial, 14 % étaient diplômés d’un cours professionnel et
22% avaient terminé leur secondaire. « Ces profils
correspondent très bien aux besoins du marché du travail
actuel », dit Claude Seguin.
L’e n nu i , c ’ e s t que plusieu r s employeurs ne savent
pas par où commencer. Qu’ils se le disent : ils ne sont pas
seuls dans cette aventure. Les organismes préparent le terrain
et travaillent avec les personnes handicapées pour améliorer
leurs chances de s’intégrer.
L’organisme AIM-Croit, par exemple, fait une sélection étroite
des candidats en fonction de la description de postes et
propose ceux qui sont vraiment capables d’effectuer les tâches
demandées. On visite même les lieux de travail pour évaluer
les besoins. En parallèle, des ateliers de formation sont
offerts aux candidats, entre autres sur la façon de présenter
son handicap à un employeur potentiel.
Au Centre de réadaptation LucieBruneau, on travaille avec les
personnes devenues handicapées à la suite d’un accident, pour
les aider à réintégrer leur ancien emploi. Si c’est
impossible, on les dirige vers d’autres occupations en
fonction de leurs capacités.
Pour les jeunes adultes handicapés de naissance, on propose
une démarche d’orientation professionnelle qui tient compte de
leurs limitations physiques, mais aussi de leurs intérêts et
aspirations.
Avec tous ces services, i l n’y a vraiment plus aucune raison
pour se priver d’un tel bassin de talents et de compétences.

Si l’on est ouvert aux mesures d’accommodements, comme
l’adaptation des postes de travail ou des horaires, on se
retrouvera avec des employés très motivés qui, souvent,
demeurent longtemps fidèles à l’entreprise une fois qu’ils ont
trouvé un emploi à la mesure de leurs aspirations.
Le roi cool perd son sang-froid -
Laura-Julie Perrault
Cet été, le
Maroc célèbre le 10e anniversaire du règne de Mohammed VI, le
jeune roi qui a succédé à son père, le très autoritaire Hassan
II. Par conséquent, c’est l’heure des bilans. Un magazine
indépendant a cependant appris à ses dépens que tous les exa
« Le processus de liberté de la presse est irréversible au
Maroc, mais les hebdomadaires TelQuel et Nichane ont oublié que
la monarchie marocaine ne peut faire l’objet d’un débat, même
par voie de sondage. »
Les presses étaient encore chaudes quand, samedi dernier, les
autorités marocaines ont saisi 100 000 exemplaires du magazine
indépendant TelQuel et de sa version arabe, Nichane, pour les
détruire. Le crime reproché au magazine? Avoir fait subir au roi
du Maroc son premier examen populaire.
PHOTO REUTERS
Le 31 juillet dernier, le roi Mohammed
VI a célébré le 10e anniversaire de son accession au trône.
S’il a pris quelques libertés avec la tradition marocaine dès
le début de son règne, il n’a pas encore transformé la
monarchie de l’intérieur.
Pour marquer le 10e anniversaire du règne de Mohammed VI, le
jeune roi qui a succédé à son père, Hassan II, le magazine a
décidé d’étudier le souverain sous toutes ses coutures.
Pendant plusieurs semaines, TelQuel a publié des enquêtes
remplies de détails sur les finances personnelles, les décisions
et la vie privée de celui que les Marocains ont rebaptisé M6. À
l’ère de Hassan II, le roi autoritaire, une telle liberté de la
presse aurait été impensable.
Cette semaine, TelQuel devait publier le dernier pan de ce grand
portrait : un sondage mené auprès de 1108 Marocains sur le
travail de leur roi. Le quotidien français Le Monde s’était
associé à cette aventure.
Les résultats étaient grandement favorables au roi : 91% des
sondés avaient une opinion positive de son règne. Néanmoins, les
autorités marocaines sont intervenues pour que ces données
n’arrivent pas jusqu’à la population marocaine: le magazine a
été détruit avant sa distribution. La vente du Monde du 4 août a
été interdite au Maroc.
« Le processus de liberté de la presse est irréversible au
Maroc, mais les hebdomadaires TelQuel et Nichane ont oublié, en
publiant leur sondage sur le roi Mohammed VI, que la monarchie
marocaine ne peut faire l’objet d’un débat, même par voie de
sondage », a dit à l’AFP le ministre de la Communication, Khalid
Naciri, pour expliquer sa décision.
« On doit pouvoir le critiquer »
L’éditeur du magazine, Ahmed R. Benchemsi, ne voit pas les
choses du même oeil. « Si sion existe au Maroc, mais cet
incident permet de voir qu’elle n’est pas garantie. Le processus
de démocratisation est loin d’être terminé », ajoute-t-il. Le
Monde et l’organisation Reporters sans frontières ont condamné
l’acte de censure. le roi dit qu’il est un monarque exécutif, il
doit pouvoir subir l’évaluation de son peuple. On doit pouvoir
le critiquer. Il n’y a pas de loi qui interdise un sondage »,
tonne l’éditeur de la publication visée, joint par La Presse au
téléphone.
« Certes, la
liberté d’expres-
Selon le politologue marocain Mohamed Tozy, le magazine marocain
savait pertinemment dans quelle bataille il se lançait en
commandant le premier sondage sur le roi de l’histoire du
royaume marocain.
« Il y a depuis des années une bataille pour le rapport de force
entre la monarchie et la presse. Si le roi avait accepté ce
sondage, il aurait aussi accepté de se soumettre à la sanction
populaire », explique l’auteur de Monarchie et islam politique
au Maroc. L’ex per t de l a pol i t ique marocaine note que,
malgré les quelques réformes sociales que Mohammed VI a mises de
l’avant et qui le distinguent de son père, il a refusé à ce jour
de transformer la monarchie de l’intérieur.
« L’inst itut ion monarchique a été dessinée par Hassan II.
Mohammed VI ne s’éloigne pas du plan qui a été tracé »,
estime-t-il.
Trop de droits aux femmes
D’ailleurs, les résultats censurés du sondage de TelQuel
montrent que les Marocains sont loin de lui en tenir rigueur.
Trois Marocains sondés sur quatre estiment que le roi est une
personne « sacrée ». Un répondant sur deux croit que la
monarchie est « démocratique ».
En fait, la principale critique qu’a reçue le roi dans ce
sondage concerne l’initiative pour laquelle il a été le plus
félicité sur la scène internationale, soit la réforme de la
Moudawana, le code marocain de la famille qui régit des
questions comme l e mar i age , l e divor c e e t l’héritage.
La réforme de Mohammed VI a fait faire des bonds de géant aux
droits des femmes en leur permettant notamment d’obtenir le
divorce, en les affranchissant de la tutelle de leur père et en
rendant pratiquement impossible la polygamie.
Interrogés sur cette réforme, 49% des répondants ont dit que le
roi avait donné trop de droits aux femmes.
Tutoyer Sa Majesté
« Le roi cool.
» C’est le titre qu’avait donné en 2000 le magazine américain
Time à Mohamed VI quand ce dernier, devenu roi à 35 ans, lui a
accordé sa première entrevue.
Avec son visage de chérubin, son large sourire et son amour
avoué pour la motomarine, les bolides et les vacances de ski,
le jeune roi projetait une image à mille lieues de son père
austère. Dans les premières années de son règne, il a plus
d’une fois secoué le protocole, notamment en épousant en 2002
une jeune roturière de 24 ans, Lalla Salma, qu’il a présentée
en public. Du jamais vu au sein de la monarchie marocaine.
En privé, Mohammed VI laisse aussi parfois tomber le décorum.
Le rockeur français Johnny Hallyday, qui l’a reçu à manger à
la maison, lui a demandé comment s’adresser à lui. Le roi l’a
encouragé à l’appeler « Majesté » tout en le tutoyant.
Mais malgré
ces quelques passe-droits, Mohammed VI est surtout resté
fidèle à la tradition. Il n’a notamment rien changé au rite
d’allégeance annuel, la bey’a, au cours duquel des dignitaires
lui baisent la main.
1,3 million par jour
Le jeune roi n’a pas non plus mis la pédale douce sur les
dépenses de la monarchie. L’entretien de ses 12 palais coûte
1,3 million par jour, au dire du magazine Forbes, qui a classé
Mohammed VI, avec sa fortune personnelle de 3,4 milliards, au
septième rang des monarques les plus riches au monde.
Malgré ces coffres bien remplis, l’État marocain finance
généreusement la monarchie. En 2005, 311 millions sont passés
des poches des Marocains à celles de leur roi, selon TelQuel.
Cette somme est 17 fois plus importante que celle accordée par
l’État à la reine d’Angleterre.
L’informateur « MaChouette » a-t-il droit à
l’anonymat ?
OTTAWA —
La Cour suprême a entendu, hier à Ottawa, une cause qui
l’appelle à se prononcer sur la protection des sources
journalistiques.
Il s’agit d’une requête du Groupe Polygone, qui cherche à
connaître l’identité d’un informateur surnommé « Ma
Chouette » qui a permis au journaliste Daniel Leblanc, du
Globe and Mail, d’obtenir de nombreuses informations en
marge du scandale des commandites.
Le Groupe Polygone est poursuivi pour 35 millions par le
gouvernement fédéral à la suite de ce scandale.
Polygone
dema nde au x t ribunaux de forcer Daniel Leblanc à
dévoiler l’identité de son informateur.
Il a toujours refusé, s’exposant à une condamnation pou r
outrage au t r i bu n a l e t à u ne p e i ne
d’emprisonnement.
Les juges du plus haut tribunal du pays ont notamment
demandé des éclaircissements sur la nature de la
protection qui devrait être accordée aux sources
journalistiques, s’interrogeant sur le bien-fondé d’une
protection absolue.
Les avocats au dossier ont convenu de la nécessité de
pondérer une telle protection des sources.
Polygone et la liberté d’enquêter - YVES
BOISVERT
Enfin. Enfin
un peu de bon sens dans le dossier Polygone, ce sous-produit
du scandale des commandites. Et enfin un mot d’ordre puissant,
clair, à l’usage des tribunaux québécois concernant la liberté
de la presse.
Le j ugement rendu la semaine dernière par trois juges de la
Cour d’appel ne concerne qu’un élément bien secondaire du
scandale des commandites. Mais les principes qui y sont
énoncés ne l’avaient pas encore été aussi bien par une cour du
Québec. Et comme il s’agit du plus haut palier judiciaire
québécois, le message devrait porter.
Sur le point central , la Cour d’appel répète ce que la Cour
suprême a dit depuis longtemps: ce n’est qu’en dernier recours
qu’un juge peut empêcher la publication d’une information, pas
simplement « au cas où ». Il y a pourtant 15 ans que la Cour
suprême a dit qu’on avait eu tort d’interdire la diffusion
d’un docudrame sur l’orphelinat Mount Cashel, édictant du même
coup un test rigoureux à l’usage des tribunaux pour décider
des ordonnances de non-publication.
Le milieu judiciaire résiste pourtant. Les médias y sont
largement vus comme des mouches du coche qui au mieux ne
nuiront pas, et au pire peuvent faire dérailler des
négociations, interrompre des procédures, en un mot, nuire à
ce qu’on appelle « la bonne administration de la justice ».
Quel soulagement, donc, de voir la Cour d’appel rappeler à
quoi peut bien servir ce droit constitutionnel.
Deuxièmement, la Cour d’appel dit ceci qu’elle n’a jamais dit
aussi clairement : les médias ont le droit de diffuser des
informations confidentielles, même si la source d’information
a violé un engagement de confidentialité.
Autrement dit, les médias ne sont pas liés par les engagements
de confidentialité des autres. Dans la mesure où ils diffusent
une information d’intérêt public, les médias ont par faitement
le droit de révéler des informations confidentielles.
Cela tombe peut-être sous le sens pour le commun des mortels,
mais dans le milieu juridique c’est loin d’être le cas.
Comme le dit le juge Allan Hilton dans ce jugement, «
interdire aux journalistes d’utiliser des informations
confidentielles aurait pour effet de limiter sérieusement,
sinon d’anéantir, leur capacité d’enquête et de cueillette
d’information ».
Le juge Pierre Dalphond en rajoute: « En démocratie véritable,
cette liberté de diffuser ne se limite pas aux informations
rendues publiques par le gouvernement de temps à autre, mais
aussi à celles que le journaliste obtient sans poser un geste
illégal. Cela comprend les informations obtenues d’une source
qui manque à une obligation de confidentialité imposée à elle,
mais non aux journalistes. »
I l va encore plus loin : « L’histoire démontre que la
préservation de la démocratie, incluant le respect de la règle
de droit, n’est parfois possible que grâce à des fuites à un
journaliste par des sources non autorisées à les communiquer.
» Il cite notamment le Watergate, mais aussi le scandale des
commandites.
Avec un tel
raisonnement, j’ajouterais que la confidentialité des sources
journalistiques est indispensable. Il va de soi également que
les manoeuvres de Polygone pour tenter d’identifier la source
du journaliste Daniel Leblanc (« MaChouette ») devraient être
empêchées.
Mais cela, la Cour d’appel ne le dit pas parce que ce n’était
en cause. Ne boudons
pas notre plaisir pour autant.
Revenons en a r r i è r e . Polygone est une des firmes
poursuivies par le gouvernement fédéral pour avoir obtenu des
millions illégalement dans le cadre du programme des
commandites. Ottawa réclame 35 millions à Polygone.
Polygone prétend que l’action est prescrite : Ottawa aurait
trop tardé à poursuivre. Pour le démontrer, elle veut
identifier la source du journaliste Leblanc, peut-être haut
placée au gouvernement, pour montrer qu’on avait pleinement
connaissance du problème plus de trois ans avant le dépôt de
la poursuite.
Polygone, avec l’accord du juge, a interrogé une série de
personnes pour savoir si elles sont MaChouette. Le Globe&
Mail (où travaille Leblanc) ne l’a appris que plus tard et
tente sans succès d’intervenir depuis.
En parallèle à cette histoire de sources, Leblanc a publié
dans le Globe un article révélant que Polygone tentait de
régler à l’amiable avec Ottawa pour 5 millions. Polygone s’est
plaint de cet article et le juge Jean-François de Grandpré,
sans même entendre le Globe, a interdit à Leblanc d’écrire une
autre ligne sur le sujet. La Cour suprême va se pencher sur
cette ordonnance cet automne, mais la Cour d’appel fait un
détour pour souligner que le juge l’a émise de son propre
chef, sans entendre le Globe – ce qui est bien sûr
inadmissible autant qu’illégal.
Puis, ce printemps, c’est le collègue Joël-Denis Bellavance
qui écrit dans La Presse sur les négociations entre Ottawa et
Polygone. Nouvelle ordonnance, mais cette fois au moins
l’avocat de Gesca a pu plaider.
Le juge de Grandpré estime que La Presse a « avalisé » la
faute de la source gouvernementale qui a violé la
confidentialité des négociations avec Polygone. Pour la bonne
marche des négociations, La Presse ne peut donc plus publier
d’information confidentielle.
C’est cette décision que vient de casser la Cour d’appel.
D’abord en disant que le juge de Grandpré n’a pas appliqué le
test que tout juge devrait appliquer avant de limiter la
liberté de la presse. Ensuite en déclarant que les médias ne
sont pas liés par les engagements de confidentialité des
autres – ce qui reviendrait à nier le journalisme d’enquête.
Dans ce cas-ci, en outre, le seul fait confidentiel était la
reprise des négociations.
Voilà un jugement qui remet de l’ordre dans les principes et
qui reconnaît l’importance fondamentale de l’enquête
journalistique. Enfin.
La Cour d’appel duQuébec donne raison à La Presse
- Karim Benassaieh
Dans ce qui
constitue une victoire « majeure » pour le droit du public à
l’information, la Cour d’appel du Québec a donné raison hier
à La Presse et à son journaliste Joël-Denis Bellavance dans
la cause les opposant au Groupe Polygone.
De façon unanime, les trois juges de la Cour d’appel ont
notamment décidé que les journalistes ont le droit de
diffuser une information, même si leur source l’a obtenue ou
transmise en commettant une faute. « Interdire aux
journalistes d’utiliser des informations confidentielles
aurait pour effet de limiter sérieusement, sinon anéantir,
leur capacité d’enquête et de cueillette d’information »,
écrit le juge Hilton.
« C’est donc à tort que le juge de première instance
(affirme) que les journalistes recevant des informations
d’une source (qui viole) une obligation de confidentialité
ne peuvent les diffuser légalement, ajoute plus loin le juge
Dalphond. Une telle règle n’existe pas au Canada. »
Selon l’avocat de dans ce dossier, Christian Leblanc, le
plus haut tribunal au Québec a rendu une décision historique
en matière de liberté d’expression et de droit à
l’information. « Il n’y a aucune décision québécoise, même
canadienne, là-dessus. C’est une première. La Cour d’appel
vient clarifier ce qui est une grande victoire pour la
liberté de presse. Si un journaliste obtient une information
d’une source qui l’a peut-être obtenue de façon illégale, on
peut quand même la publier. Le juge de première instance
prétendait qu’on avalisait ainsi une faute. Si c’était le
cas, des affaires comme le Watergate n’auraient jamais vu le
jour. »
En avril dernier, le juge JeanFrançois de Grandpré, de la
Cour supérieure, avait interdit à La Presse de diffuser
toute information sur les négociations entre le Groupe
Polygone, un acteur du scandale des commandites, et le
gouvernement fédéral. Le 1er avril, La Presse avait publié
un article révélant que l’entreprise avait relancé
discrètement les négociations et proposait de rembourser
cinq millions sur les 39 millions reçus dans le cadre du
programme des commandites. Cette dernière information
financière reprenait essentiellement les termes d’un article
du Globe and Mail datant de l’automne 2008 – qui avait
d’ailleurs valu à l’époque au quotidien torontois une
ordonnance de non-publication.
En avril
dernier, estimant que son droit à la vie privée et la bonne
administration de la justice étaient menacés, Groupe
Polygone avait demandé et obtenu une ordonnance interdisant
à La Presse d’évoquer ces négociations. Le juge de Grandpré
avait notamment statué que l’information obtenue par les
journalistes provenait manifestement d’une source
gouvernementale liée par un devoir de confidentialité. Ce
devoir ayant été brisé, le journaliste « acquiert donc
l’information suite à la commission d’une faute qu’il n’a
pas le droit d’avaliser », a estimé en première instance le
juge de Grandpré.
Faux, a rétorqué hier la Cour d’appel. Que ce soit pour le
Watergate ou le scandale des commandites, « l’histoire
démontre que la préservation de la démocratie (…) n’est
parfois possible que grâce à des fuites à un journaliste par
des sources non autorisées à les communiquer », dit le juge
Dalphond.
« C’est un jugement majeur, estime Philippe Cantin, éditeur
adjoint à La Presse. On se réjouit beaucoup de voir que le
droit du public à l’information a été affirmé aussi
clairement. Pour nous, ce jugement confirme que le droit du
public est un droit reconnu dans notre jurisprudence. Et que
notre capacité à mener des enquêtes journalistiques
essentielles à la démocratie est reconnue avec force. »
Les avocats de Groupe Polygone, devenu Malcolm Media, ont 30
jours pour porter la décision en appel. La cause du Globe
and Mail, toujours sous le coup d’une ordonnance de
non-publication similaire depuis novembre 2008, sera par
ailleurs entendue en Cour suprême le 21 octobre prochain. En
cas d’appel de Groupe Polygone, la Cour suprême pourrait
regrouper les deux causes, qui soulèvent essentiellement les
mêmes règles de droit.
PROTECTION DES SOURCES JOURNALISTIQUES - Deux visions
s’affrontent enCour suprême
« Si les
sources se retrouvent exposées, ça va en refroidir plusieurs
de briser le silence. »
— Deux visions diamétralement opposées se sont affrontées
hier, en Cour suprême, qui entendait la première de deux
importantes causes susceptibles de changer les pratiques
journalistiques.
La
Cour suprême du Canada doit trancher la délicate question de
la protection des sources journalistiques. Une décision
susceptible de changer les pratiques journalistiques.
Le plus haut tribunal du pays se penchait ainsi sur le cas du
quotidien National Post et de son journaliste Andrew McIntosh,
qui refusent de remettre aux autorités un document obtenu
d’une source confidentielle, dans le dossier du Shawinigate.
La veille, la Cour suprême avait accepté d’entendre en octobre
prochain la cause opposant le journaliste du Globe and Mail
Daniel Leblanc à l’agence de publicité Polygone, qui réclame
de connaître l’identité de la source surnommée Ma Chouette, à
l’origine d’une partie des révélations qui ont levé le voile
sur le scandale des commandites.
Tour à tour hier, les avocats du quotidien torontois, d’autres
médias et des groupes de défense des libertés civiles ont
plaidé l’importance de la protection d’une source qui fournit
de l’information à un journaliste sous le sceau de la
confidentialité.
« Si les sources se retrouvent exposées, ça va en refroidir
plusieurs de briser le silence », a souligné Me Brian MacLeod
Rogers, représentant l’Association canadienne des journaux.
« La charte protège la liberté de la presse, et dans cette
garantie il y a aussi selon nous le droit de protéger les
sources des journalistes, a renchéri Me Daniel Henry, avocat
de la Société RadioCanada. Sans source, il y aura moins
d’histoires importantes et de reportages d’intérêt public. »
Plus de 35 États américains ainsi que des pays européens ont
déjà modifié leur cadre législatif pour y inclure certaines
formes de protection des sources journalistiques, ont plaidé
les avocats du National Post. Le Canada ne dispose pas de
telles lois.
Pas au-dessus des lois
En Cour suprême, le procureur de la Couronne a rétorqué que
les journalistes, si utiles à la société qu’ils soient, ne
peuvent pas se prétendre au-dessus des lois.
« La question n’est pas de définir si les médias jouent un
rôle fondamental dans notre démocratie. C’est le cas. La
question est de savoir si, au nom de la relation privilégiée
journaliste-source, ce rôle place les journalistes et ceux qui
leur fournissent des informations au-dessus de la loi », a
souligné Me Robert Hubbard, en introduction de son plaidoyer.
Dans la cause en question, la Gendarmerie royale du Canada,
arguant que le document de M. McIntosh est un faux, a obtenu
en 2002 un mandat de perquisition pour obliger le rédacteur en
chef du journal à remettre le document et l’enveloppe dans
laquelle il a été reçu, afin d’analyser les empreintes et
d’identifier la source. Le National Post a toujours refusé de
se plier à l’ordre de la Cour. Sur la base des informations
contenues dans le document en question, M. McIntosh avait
révélé que l’ancien premier ministre Jean Chrétien s’était
placé en situation de conflit d’intérêts en intervenant auprès
de la Banque de développement du Canada pour qu’elle alloue un
prêt à l’Auberge Grand-Mère, située dans sa circonscription de
Shawinigan.
Les neuf juges de la Cour suprême ont pris la cause en
délibéré. La décision pourrait prendre jusqu’à plusieurs mois
avant d’être rendue publique.
Difficile de trancher
Pour le spécialiste en droit de l’information de l’Université de
Montréal, Pierre Trudel, les tribunaux pourraient avoir beaucoup
de difficulté à trancher les causes d’Andrew McIntosh et de
Daniel Leblanc, dans lesquelles « deux logiques s’affrontent: la
liberté de la presse et la capacité des tribunaux à rendre
justice ».
« Dans des situations où de tels droits s’affrontent, il est
rare qu’on réussisse à avoir une règle qui détermine, une fois
pour toutes, quel principe doit l’emporter sur l’autre, souligne
le professeur Trudel. On est en présence de droits fondamentaux
tout aussi légitimes l’un que l’autre. »
La complexité, selon lui, réside aussi dans le fait qu’il n’y a
aucune règle qui régit la profession journalistique,
contrairement aux médecins ou aux avocats, par exemple, qui sont
tenus au secret professionnel.
Personne n’est au-dessus des lois, certes, mais « est-ce que la
loi peut imposer des contraintes aussi lourdes à la liberté de
la presse? » s’interroge-t-il.
À la Fédération professionnelle des journalistes du Québec
(FPJQ), on a tranché. Le moment est venu, selon le président,
François Bourque, de légiférer pour protéger la confidentialité
des sources.
« Ça n’a plus de bon sens de continuer à aller faire des
batailles chaque fois en Cour pour être capable de protéger du
matériel journalistique. Il est temps de trouver une solution
permanente », dit-il.
La FPJQ a mis sur pied un groupe de travail, en collaboration
avec les principaux médias québécois, pour établir les balises à
l’intérieur desquelles les journalistes doivent pouvoir, dans
l’intérêt public, protéger leurs sources.
« Dans un contexte où les gouvernements ferment l’accès à
l’information, poussent à des niveaux inégalés la culture du
secret, c’est de plus en plus important que les journalistes
puissent avoir accès à des sources de l’intérieur », explique le
président de la FPJQ.
Déjà, il craint que les procédures judiciaires en cours ne
refroidissent les ardeurs de dénonciateurs potentiels, et ce,
aux dépens de l’intérêt public.
Feu le journalisme d’enquête?
YVES BOISVERT CHRONIQUE
Dans le cas de négociations impliquant les fonds publics, en marge
du plus grand scandale politique des 10 dernières années, on peut
plaider l’intérêt public. Si, par exemple, on apprend que le
règlement risque de se faire pour une somme dérisoire.
Vendredi, le juge JeanFrançois de Grandpré a
rendu un jugement qui, s’il était suivi, rendrait illégales à peu
près toutes les enquêtes journalistiques.
Selon son raisonnement, un journaliste qui transmet une
information obtenue grâce à un bris de confidentialité commet une
faute. C’est ce qu’il écrit dans son jugement rendu contre La
Presse et le journaliste Joël-Denis Bellavance, à la demande du
Groupe Polygone.
Or, au risque de faire de la peine au juge de Grandpré, le
journalisme d’enquête consiste précisément à dévoiler des
informations importantes qui sont cachées du public. Pour cela, on
doit obtenir des confidences. Des confidences de gens normalement
tenus au secret par une loi, un règlement ou un engagement.
Prenons un exemple énorme: le Watergate. L’enquête
journalistique qui a entraîné la chute du président des
États-Unis, il y a 35 ans, était fondée en partie sur les
confidences du numéro 2 du FBI – surnommé Deep Throat –, qui s’est
dévoilé en 2005.
Il va de soi qu’un policier est tenu légalement au secret des
enquêtes qu’il mène. Il peut perdre son emploi s’il viole ce
secret.
VMais il se trouve des gens comme William Mark Felt (Deep
Throat) qui estiment à un certain moment de leur carrière que
l’intérêt supérieur de la nation leur commande de violer un secret
auquel ils sont légalement tenus. Dans son cas, il voyait que la
Maison-Blanche tentait d’étouffer le scandale en contrôlant le
FBI, et comme c’était un policier honnête, il a décidé de faire en
sorte que le public sache la vérité sur l’opération de camouflage
du président Nixon.
Il l’a fait au péril de sa carrière et de sa sécurité.
C’était, si on restreint bêtement la portée de son geste, un acte
incontestablement illégal. Mais c’était aussi un acte de courage
remarquable qui servait l’intérêt public.
L’affaire décidée par le juge de Grandpré vendredi n’est pas
le Watergate, mais elle est un sousproduit du scandale des
commandites. Polygone et son président Luc Lemay sont présentement
poursuivis (avec d’autres firmes) par le gouvernement fédéral, qui
leur reproche d’avoir touché des dizaines de millions en exagérant
les factures dans le cadre du scandale des commandites.
On sait que Polygone, pour se défendre, plaide que le
gouvernement a trop tardé à poursuivre. Pour cela, Polygone veut
connaître la source du journaliste Daniel Leblanc, du Globe and
Mail, un de ceux qui ont fait éclater le scandale.
Au fait, cette source (MaChouette) n’a-t-elle pas violé un
engagement de confidentialité si elle est une employée de la
fonction publique? Un fonctionnaire ne peut à peu près rien
révéler à un journaliste sans violer 50 articles de loi ou de
règlement…
Qui dira que cette source n’a pas rendu un prodigieux
service aux Canadiens ?
Toujours est-il que notre collègue Bellavance a écrit, le 1er
avril , que Polygone était en train de négocier un règlement à
l’amiable avec le gouvernement. Il a révélé les sommes qui étaient
discutées selon « une source gouvernementale ».Ces
négociations, comme toute négociation pour régler un litige, sont
confidentielles. Polygone n’était pas du tout content de voir
qu’une source à Ottawa donnait des informations aux journalistes,
l’avocat du procureur général non plus. D’autant que Leblanc avait
lui aussi écrit, l’automne dernier, sur ces négociations, ce qui
avait fait bondir le juge de Grandpré. Le juge lui avait
d’ailleurs intimé l’ordre de ne plus le faire, sans même laisser
plaider l’avocat du Globe and Mail.
Mais cette fois-ci, l’avocat de La Presse a pu amplement
s’exprimer, comme quoi la liberté de presse avance. Il n’a
cependant pas convaincu le juge, qui a émis une ordonnance à La
Presse lui interdisant d’écrire quoi que ce soit sur ces
négociations.
En soi, ce n’est pas un jugement surprenant. Il est vrai que
les règlements deviendraient difficiles si les négociations
étaient sans cesse rapportées dans les médias. Il y a une réelle
valeur à protéger ces négociations.
Ce qui est consternant, cependant, c’est que le juge décrète
cette ordonnance comme si c’était un absolu, sans prendre en
considération les enjeux d’intérêt public qui dépassent le cadre
de la cause, sans les mettre en balance.
Et puis il y a ce passage, où le juge écrit que le
journaliste qui acquiert une information « suite à la commission
d’une faute » n’a « pas le droit de l’avaliser ». Le journaliste
doit en effet présumer que son information émane d’une personne
qui viole un secret.
Pourtant, le secret est déjà violé par la communication avec
le journaliste – qui, lui, n’est tenu à aucun secret. Une fois que
le journaliste est en possession de cette information, peu importe
d’où elle émane, deux questions se posent : est-elle vraie ?
Est-elle d’intérêt public? Si c’est le cas, il devra normalement
la publier. On fait ça tous les jours, des reportages des faits
divers aux affaires politiques.
Dans le cas de négociations impliquant les fonds publics, en
marge du plus grand scandale politique des 10 dernières années, on
peut plaider l’intérêt public. Si, par exemple, on apprend que le
règlement risque de se faire pour une somme dérisoire.
Je conçois que d’un point de vue de gestion judiciaire
stricte, tout ce qui nuit à un règlement est à éviter. Mais le
juge de Grandpré aurait au moins pu considérer les autres enjeux
qui dépassent les murs de sa salle d’audience. Qu’au moins on
sente qu’ils ont été mis dans la balance.
Ce n’est pas le cas. On se retrouve au final avec une
décision qui nie l’essence même de la fonction d’enquête du
journaliste et qui, juste pour ça, est insensée.
La censure dans tous ses états - Pierre
Trudel
Il est temps
de baliser le droit à la réputation en limitant son
application aux propos diffusés de mauvaise foi ou par incurie
La mise en demeure à l’encontre du livre de Mario Pelletier
sur la Caisse de dépôt illustre la démesure que prend le
droit des entreprises.
LL’auteur est professeur de droit de l’information au Centre
de recherche en droit public à la facultéde droit de
l’Université de Montréal. e triste épisode de la censure du
livre La Caisse dans tous ses états démontre la nécessité
d’assurer une protection significative contre la censure
préalable. Au Québec, les gestionnaires des entreprises et des
organismes publics ont la liberté de dépenser les biens de la
collectivité pour entreprendre des poursuites contre ceux qui
sont en désaccord avec leurs décisions.
Utilisant l’argent de l’ensemble des citoyens qui y versent
une partie de leurs épargnes, les autorités de la Caisse de
dépôt servent à l’éditeur une mise en demeure visant à
s’opposer à la parution d’un livre critique sur certains
aspects de la gouvernance de l’institution publique. Dans
cette mise en demeure, il n’y a pas de démonstration que le
livre comporterait des affirmations fautives; uniquement des
allégations de propos « vexatoires » et possiblement
embarrassants pour certains gestionnaires.
N’ayant pas
les moyens de soutenir une bataille judiciaire, l’éditeur
s’empresse d’obtempérer et demande à ses distributeurs de
retirer les exemplaires du livre déjà en librairie. Ce
phénomène est désigné aux États-Unis par l’expression « effet
réfrigérant » sur la liberté d’expression: sans même à avoir à
démontrer en quoi le propos est abusif, on censure! Sans même
que les juges aient été invités à déterminer si le contenu de
l’ouvrage enfreint quelque loi, le public aura été privé d’un
regard critique sur une institution publique. Les tribunaux
américains ont cherché à enrayer la tentation de se servir du
droit à protéger sa réputation pour museler l’expression
légitime des autres. Au Canada, on choisit de célébrer
béatement le droit à la réputation sans se préoccuper des
dérives qu’il permet.
Les législateurs et certains défenseurs des droits de la
personne tolèrent le déséquilibre en faveur du droit à la
réputation invoqué par ceux qui ont intérêt à faire taire les
critiques. L’étendue excessive que l’on accorde au Québec au
droit à la réputation permet pratiquement d’intenter un
recours à l’encontre de tout propos qui nous déplaît ou que
l’on souhaite réduire au silence. À l’égard des personnalités
publiques, il est difficile de départager ce qui relève de la
juste critique et ce qui constitue de la diffamation. Cette
ambiguïté joue invariablement contre l’exercice de la liberté
d’expression. Il est grand temps que l’on balise le droit à la
réputation en limitant son application aux seuls propos
diffusés de mauvaise foi ou par incurie.
L’épisode récent de la mise en demeure à l’encontre du livre
de Mario Pelletier sur la Caisse de dépôt illustre la démesure
que prend le droit des entreprises de faire taire ceux qui les
critiquent. Les droits qui limitent la liberté de s’exprimer
doivent être définis de façon suffisamment nuancée pour ne pas
servir de prétexte à n’importe quelle tentative de museler les
points de vues opposés. Il est grand temps d’abandonner des
lieux communs au sujet de la nécessité de garantir le « droit
à la réputation » des personnes et de s’assurer que celui-ci
cesse d’être utilisé comme un ciseau de censure à la
disposition de ceux qui ont les moyens (les leurs… et souvent
ceux des autres!) de faire taire les critiques.
Un tsunami frappe le journalisme, selon la
ministre St-Pierre
— Inquiète
de la disparition de l’édition dominicale de La Presse, la
ministre de la Culture et des Communications, Christine
St-Pierre, estime qu’un tsunami frappe actuellement la
profession de journaliste.
Questionnée sur la décision du groupe de presse Gesca, Mme
StPierre a témoigné hier sa tristesse et son inquiétude
pour l’avenir du journalisme.
La ministre a indiqué que la fin de la publication de La
Presse le dimanche, dès juillet prochain, s’ajoute à une
longue liste de mauvaises nouvelles qui ont affecté les
journalistes du Québec. Elle a cité la fermeture de la
salle de rédaction de TQS, les compressions à Radio-Canada
et le lock-out décrété au Journal de Montréal.
« C’est tout le bouleversement qu’il y a dans le milieu de
l’information qui est inquiétant parce que c’est la
diversité des voix (qui est en jeu) et ce qui va se passer
dans l’information locale et régionale, il y a un tsunami
», a-t-elle commenté.
Mme
St-Pierre estime qu’une analyse de la profession est
rendue nécessaire par la transformation des habitudes des
consommateurs qui se tournent de plus en plus vers
l’internet pour s’informer.
« Il faut discuter avec les patrons des entreprises de
presse, les syndicats, la Fédération professionnelle des
journalistes du Québec (...) pour faire en sorte que la
population soit bien informée », a ajouté la ministre, qui
a été elle-même journaliste à Radio-Canada pendant plus de
20 ans.
Selon elle, la réflexion à mener sur la profession doit
aussi toucher la pression exercée sur les journalistes
depuis l’avènement des canaux d’information continue et de
l’internet.
« Est-ce que les journalistes ont suffisamment de recul
pour être capables de traiter une nouvelle dans un temps
qui est humainement possible, parce que les journalistes
sont maintenant forcés à faire le métier de façon de plus
en plus vite, ça augmente les possibilités d’erreur »,
a-t-elle conclu.
Être à la fois journaliste et élue, c’est possible
- Marc Thibodeau
PARIS —
Peut-on être à la fois journaliste dans un grand quotidien
national et élue municipale de l’ UMP, parti de la
majorité gouvernementale, sans compromettre sa crédibilité
?
Une double fonc t i on de c e t t e nat u r e s e r a i t
j ugée hérétique dans un quotidien nord-américain, mais
elle ne pose guère problème dans l’ Hexagone, à en juger
par la situation de Martine Perez, journaliste au
quotidien de droite Le Figaro.
L e magazine de gauche Marianne a ironisé récemment sur le
sujet en se moquant d’un article de Mme Perez dans lequel
elle traitait du malaise subi par le président Nicolas
Sarkozy durant une sortie de course à pied.
L’hebdomadaire s’étonnait d’un passage où la journaliste
soulignait la forme physique « particulièrement
éblouissante » du chef d’État et « sa manière d’être
archiprésent sur tous les fronts, apparemment toujours
combatif et ne rechignant jamais devant un déplacement,
une annonce, une prise de position, un combat ».
« La presse cubaine en prendra des leçons », a souligné
Marianne, qui invitait, d’un ton grinçant, le Figaro à
ouvrir ses portes « à des articles rédigés moins souvent
par des groupies présidentielles plus lucides et moins
aveuglées ».
Martine Perez, qui siège dans le 3e arrondissement sous le
nom de son mari, WeillRaynal, estime que la revue
satirique lui fait un procès d’intention qui n’a pas lieu
d’être.
« Je n’ai strictement rien à cacher. Mes activités
politiques sont connues depuis longtemps et ne posent pas
problème avec la direction », souligne la journaliste, qui
ne voit pas de problème éthique avec sa situation.
« Si j
’avais été affectée à l’économie ou à la politique, la
situation serait peut-être différente. Mais j e couvre les
questions de santé publique », souligne Mme Perez, qui
affirme n’avoir jamais mélangé ses deux fonctions. Le
passage sur la forme du chef d’État à l ’origi ne de la
sortie de Marianne ne faisait que relever, dit-elle, un
fait déjà souligné par plusieurs commentateurs.
Le poste dans le 3e arrondissement n’est pas rémunéré,
ajoute la journaliste, qui a été sollicitée pour devenir
candidate UMP il y a plusieurs années en raison de ses
activités dans une association de parents d’élèves. «
Comme tout être humain, j’ai le droit de m’intéresser à la
vie politique », dit-elle.
La direction du journal a refusé de commenter la
situation, se contentant de renvoyer les questions de La
Presse à Mme Perez elle-même.
François Delétraz, qui est délégué du Syndicat national
des journalistes (SNJ) au Figaro Magazine, une entité
distincte du Figaro, ne voit rien de répréhensible à la
situation de Mme Perez.
« Les journalistes peuvent convoiter des responsabilités
civiques », indique le délégué. Le seul cas problématique,
juge-t-il, est celui où la rubrique couverte par le
journaliste touche le secteur où i l est engagé
civiquement.
Dominique Pradalié, secrétaire générale du SNJ, pense que
la situation de Mme Perez donne un « mauvais exemple ».
« Même si elle est d’une honnêteté intellectuelle
irréprochable, les gens qui la voient dans son rôle d’élue
ne peuvent pas imaginer que son honnêteté est totale sur
le plan journalistique », dit-elle. Bref, la simple
apparence de conflit d’intérêts rend sa position
répréhensible.
Le droit à la controverse - YVES BOISVERT
Les médias
sont-ils obligés de ne donner la parole qu’à des gens
consensuels, mesurés, pondérés et bien peignés ?
En rejetant le recours collectif d’un homme prétendant
parler au nom de tous les Noirs du Québec contre
RadioCanada, le juge Marc de Wever a dit non il y a deux
semaines.
Eh oui, c’est encore l’histoire du Doc Mailloux, déclinée
ici sous l’angle de l’atteinte à la réputation de la
communauté noire.
Étonnamment, cette décision est passée à peu près sous le
radar médiatique. Je dis étonnamment parce qu’une décision
dans le sens opposé aurait eu des conséquences
désastreuses et rendu encore plus frileux et conformistes
les réseaux de télévision.
Le CRTC avait blâmé RadioCanada en 2006 pour avoir
provoqué artificiellement une controverse en ayant permis
la diffusion de propos «dénigrants, offensants» du
psychiatre, qui prétendait s’appuyer sur des études
(jamais publiées) pour affirmer que les Noirs ont un
quotient intellectuel moyen inférieur aux Blancs et y
allant d’une explication pseudo-scientifique. Le CRTC a
reproché à Radio-Canada d’avoir provoqué ce débat sans
même convoquer un expert pour le contredire.
Le Collège des médecins, le mois dernier, a conclu que le
médecin avait émis des propos non soutenus par les données
de la science actuelle et était donc coupable de divers
manquements à son code de déontologie (le psy en appelle).
L e vent sou ff la it si fort contre le psychiatre
maintenant déclaré officiellement infâme qu’on pouvait
craindre que le recours collectif entrepris au nom de la
communauté noire soit accueilli.
En fait, le demandeur n’a pas même obtenu la permission de
l’exercer. La poursuite était tardive (plus d’un an), ce
qui déjà réglait le cas. En plus, les « dommages » de
chaque personne sont impossibles à quantifier
objectivement et individuellement et, finalement, de toute
manière, la diffamation collective n’est pas reconnue en
droit québécois. Quand quelqu’un dénigre un groupe très
large, aussi stupides soient les propos, la diffamation se
trouve diluée pour ainsi dire.
O n récla ma it à R ad io - Canada 24 500 $ pour chacun
des 175 000 membres de la communauté. Ce qui ferait 4 287
500 000 (on aurait peutêtre réglé pour 4 milliards tout
rond, remarquez).
S’il fallait que ce genre de recours réussisse, cela
voudrait dire qu’il serait illégal de diffuser des propos
offensant un groupe, même si ces propos sont descendus en
flammes dans la même émission. Car enfin, c’est ce qui est
arrivé au Doc Mailloux : tous les autres invités l’ont
descendu.
On pourrait par exemple imaginer un groupe d’anglophones
poursuivant TVA ou la SRC après la diffusion d’une
entrevue de Pierre Falardeau. Ou n’importe quel média
rapportant des thèses controversées, y compris pour les
critiquer.
Si la peur des poursuites fait en sorte que les médias ne
convoquent plus des personnalités publiques pour les
confronter, on n’aura protégé personne.
Ce n’est
pas en les rendant illégales qu’on combat les idées
fausses. « Le remède ne réside pas dans la dilatation du
concept de diffamation, mais bien dans le débat public et
même le débat public vigoureux », écrit le juge de Wever.
Bien dit.
« Bien connu de la police »
En deux semaines, deux policiers de Montréal ont été
arrêtés pour avoir transmis des informations policières
confidentielles.
La bonne nouvelle, c’est qu’on prend l’affaire
suffisamment au sérieux pour que des accusations
criminelles soient déposées contre eux. Avis à tous les
intéressés…
L a mauvaise, eh bien… c’est justement que c’est très
sérieux. Les banques de données auxquelles les policiers
ont accès contiennent un nombre fabuleux de données
personnelles sur tous les citoyens, avec ou sans casier
judiciaire. On se souvient que les motards payaient des
sources chez des sous-traitants de la SA AQ pour obtenir
des informations sur des ennemis ou des cibles de leurs
opérations.
Le premier cas vise un sergent-détective aux homicides,
Mario Lambert, accusé d’utilisation frauduleuse de
l’ordinateur de police. Les détails ne sont pas connus,
mais c’est un policier d’expérience travaillant sur des
enquêtes majeures.
L’autre cas est peut-être encore plus troublant : l’agente
Nancy Lauzon est accusée du même crime, au profit de son
père, Fernand Lauzon, un homme de 68 ans accusé de trafic
de cocaïne.
Fernand Lauzon, apparemment, est bien connu de la police
même s’il n’a pas d’antécédent judiciaire. Les policiers
l’accusent d’être un important trafiquant de coke dans le
sudouest de Montréal.
Il semble que Lauzon était nerveux et s’inquiétait d’être
suivi par une voiture inconnue. Il a demandé à sa fille
d’en vérifier la plaque. C’était une voiture de police
banalisée… Lauzon a été arrêté dans le cadre de la
méga-opération Axe, ce printemps.
Le fait d’avoir transmis une information, si c’est vrai,
ne veut pas dire que la policière ait été complice de son
père. La mauvaise réputation de ses parents, par ailleurs,
ne devrait sans doute pas empêcher quelqu’un d’être
policier.
Mais comment se fait-il que la policière Lauzon
patrouillait dans le quartier où les complices de son père
trafiquaient (selon les accusations du dossier Axe, du
moins) ? Là, on commence à avoir des doutes sur le sérieux
de l’encadrement et des enquêtes de sécurité au Service de
police de la Ville.
On
dirait que ceux qui devraient consulter le centre de
renseignements policiers ne le font pas toujours. À moins
que l’expression « bien connu de la police » veuille dire
: connu uniquement de l’ordinateur de police, vu que la
police a pris sa retraite… Il me semble que le chef Yvan
Delorme a des réponses à nous donner.
De l’asphalte et des fouille-merdes -
Patrick Lagacé
Je
n’ai pas besoin de sources anonymes pour vous c on f i
r mer que Benoit Labonté n’enverra pas de carte de
Noël à Fabrice de Pierrebourg, le journaliste
lock-outé qui écrit pour RueFrontenac.com. Si le
colistier de Louise Harel a été envoyé en exil par
celle-ci, si sa carrière politique est en miettes, ce
matin, c’est un peu, beaucoup, à cause de Fabrice.
L’histoire des liens entre l ’ o mniconst r uc t e u r
Tony Accurso et le numéro deux de Vision Montréal,
c’est grâce à Fabrice de Pierrebourg qu’elle est
connue. D’autres y ont ajouté de belle façon ces
derniers jours. Mais les premières salves, ce sont les
siennes.
Le premier qui a raconté cette rencontre entre Benoit
Labonté et Tony Accurso, dans un restaurant de
Montréal, en 2008, c’est Fabrice.
Labonté n’était alors pas le numéro deux de Vision de
Montréal. Il était un transfuge, venant de quitter le
parti de Gérald Tremblay. Il briguait le leadership de
Vision Montréal.
Début 2008, Accurso n’était pas encore l’entrepreneur
qui allait mettre subséquemment t ant d’hommes de
pouvoir – Michel Arsenault et Jocelyn Dupuis de la F
TQ , Frank Zampino, numéro deux de la Ville de
Montréal, et Labonté, maintenant – dans le pétrin.
Le premier qui a raconté que Benoit Labonté a
sollicité des fonds de Tony Accurso, c’est encore
Fabrice. Le journaliste a raconté que Labonté, pour sa
campagne au leadership, avait besoin de fric. Accurso,
selon les sources de Fabrice de Pierrebourg, lui en a
donné. En argent comptant et par chèques.
Mon ami devrait, en vertu de tout cela , être content.
Ses nouvelles, qui ont longtemps été ignorées, ont eu
un impact du tonnerre, ce weekend, avec la double ( !)
démission de Benoit Labonté. Et sa répudiation par une
Louise Harel castratrice, hier.
Pourtant, en bon français, ça fait quelques jours
qu’il bougonne, Fabrice, il n’est pas content. I l
bougonne parce que certains journalistes ont repris
l’histoire, son histoire, sans lui en donner le
crédit.
Je
comprends Fabrice. Ça manque toujours de grandeur de
reprendre une nouvelle sans dire d’où ça vient. Ou d’y
ajouter un détail et de prétendre que c’est EXCLUSIF.
Comme d’autres collègues, j’ai été victime de ce genre
de braconnage. Tiens, en 2006, la télé de Radio-Canada
avait repris ce scoop, mon scoop, su r Richa r d
Bergeron, de Projet Montréal, qui croit à certaines
théories du complot à propos de septembre 2001. Sans
citer que ça venait du JdeM. Cheap et fâchant.
Je comprends t a colère, camarade, mais il ne faut pas
oublier l ’essentiel. Et l ’essentiel, c’est que c’est
toi qui a mis une grosse loupe sur Labonté ; si grosse
que l’affaire Labonté-Accurso est devenue impossible à
ignorer.
D’autres médias ont commencé à poser des questions.
Labonté a dû cesser de se réfugier derrière les mises
en demeure de ses avocats. Et d’autres sources, voyant
la pression monter, ont décidé de se mettre à table, à
RadioCanada et à TVA, notamment.
Sans toi, Fabrice, pas sûr que Paul Larocque, un
fleuron de notre profession, se serait intéressé à
cette affaire. Pas sûr que l’as de TVA aurait réussi
ce magnifique botté de transformation : la révélation,
« document officiel » à l’appui, que Labonté a
téléphoné à quelques reprises à Accurso. Et
vice-versa. En cita nt la durée des conversations !
Puis, hier, Larocque a récidivé avec des dates
précises de rencontres entre Labonté et d’autres gens
d’a f fa i res – des entreprises de construct i o n ,
de s e nt r e pr i s e s de génie – ainsi que la somme
totale ainsi accumulée pour sa campagne au leadership
: plus de 200 000 $.
Rien d’illégal, bien sûr. Mais ô combien troublant :
si vous croyez que des gens d’affaires donnent 200
000$ à un candidat au leadership d’un parti municipal
sans rien espérer en retour, alors je vous dis que je
suis la réincarnation de JFK. J’espère que vous allez
croire ça aussi.
L’essentiel, c ’est que des sources parlent. C’est que
TVA, par exemple, mette aussi son gros nez dans cette
soupe infecte remuée depuis des mois par La Presse, Le
Devoir et RadioCanada. Plus il y a de médias qui vont
s’intéresser aux histoires de copinage entre
politiciens et gros joueurs de l’industrie de l’appel
d’offres municipal, plus la lumière sera éblouissante.
Et difficile à ignorer.
Parce qu’on dirait bien que la seule façon de jeter de
la lumière sur le merveilleux monde du copinage entre
les gangs de routes et nos élus municipaux, c’est à
travers les fouille-merdes que sont les journalistes.
Parce que l’État et le Directeur général des
élections, eux, ont égaré leurs flashlights.
Quand les médias gobent des canulars -
Mali Ilse Paquin
Vous
souvenez-vous de l’histoire de la chanteuse Amy
Winehouse dont les cheveux avaient pris feu lors
d’une soirée ? Ce canular a fait le tour du monde.
Le documentariste Chris Atkins voulait démontrer le
manque d’éthique et de rigueur des tabloïds. Son f
LONDRES — Chris Atkins ne dort pas beaucoup ces
joursci. Le réalisateur britannique a été harcelé
par des journalistes enragés. Il a aussi évité de
peu le bâillon de la part des avocats de Max
Clifford, relationniste tout puissant des vedettes
britanniques.
PHOTO KIRSTY
WIGGLESWORTH, ASSOCIATED PRESS
Pour piéger les tabloïds et
mettre en évidence leur exploitation du culte de
la célébrité, le documentariste Chris Atkins a
fabriqué de toutes pièces des histoires au sujet
de vedettes.
« C’est la folie depuis quelques semaines », admet
Chris Atkins.
Son brûlot, Starsuckers, s’attaque à la machine
médiatique et son exploitation du culte de la
célébrité. Il a pris l’affiche hier dans la
controverse.
Pour piéger les tabloïds, le réalisateur a fabriqué
des histoires de toutes pièces. L’une d’elles
mettait en scène la coiffure d’Amy Winehouse qui
avait pris feu à la suite de l’explosion d’un
fusible. Sans aucune vérification, le Daily Mail et
le Daily Star ont publié la fausse nouvelle, qui
s’est retrouvée jusque dans le Times of India.
Chris Atkins est allé plus loin en prétendant
connaître les détails d’opérations esthétiques de
célébrités. Trois journalistes ont voulu le
rencontrer. La publication d’informations médicales
confidentielles est pourtant interdite par
l’organisme d’autorégulation des médias, la Press
Complaints Commission (PCC).
Lors de ces entretiens, les rôles éta ient i nversés
: les journalistes étaient filmés à leur i nsu. I ls
ont promis à Chris Atkins jusqu’à 10 000 £ (18 000 $
CAN) pour une histoire qui ferait la une.
La
journaliste de The People, t i ré à un million
d’exemplaires, confie qu’une réprimande de la PCC
n’est pas un problème. « Si nous nous faisons taper
sur les doigts, nous n’avons qu’à publier une excuse
quelque part et c’est tout. Il n’y a pas d’amende…
En fait, la PCC est dirigée par les éditeurs de
journaux euxmêmes », dit-elle en riant.
Et c’est là que le bât blesse, ex pl ique C h r is A
t k i n s . « L’autorégulation ne fonctionne pas.
Les banques l’ont fait, regardez le résultat ! C’est
une honte nationale », dit-il en entrevue.
Plusieurs tabloïds britanniques ont été poursuivis
en justice ces dernières années. L e s pa r e nt s
de l a pet i t e Maddie McCann ont obtenu des
excuses et une compensation financière du Daily Star
et du Daily Express en 2008. La justice britannique
a aussi été saisie de l’affaire d’une vidéo sexuelle
de Max Mosley, diffusée par News of the World.
« Leurs pratiques sont bien pires que je pensais »,
dit le réalisateur, dont un documentaire sur
l’érosion des libertés civiques sous Tony Blair,
Taking Liberties, l’a fait connaître en 2007.
Le film Starsuckers écorche également un intouchable
de l’industrie du spectacle: Max Clifford. Le
relationniste des sta r s explique devant une caméra
cachée comment il tire les ficelles, facilitant par
exemple les fréquentations de filles mineures par un
acteur libidineux.
Après u ne disc ussion entre les avocats d’Atkins et
de Clifford, ces derniers ont abandonné une
tentative d’injonction. D’autres avocats frappent
toutefois à la porte du documentariste. « Je suis
nerveux mais confiant », dit-il.
Des pirates suédois au Parlement européen?
Porté par la
sympathie pour les quatre gars du site web suédois d’échange
de fichiers Pirate Bay, récemment condamnés à la prison pour «
aide au piratage », le Parti Pirate de Suède pourrait entrer
au Parlement européen la semaine prochaine. La chroniqueu
Je l’aperçois sur le quai du métro, avec un polo mauve où l’on
peut lire Piratpartiet et un ordinateur blanc minuscule sous
le bras. C’est Rickard Falkvinge, 37 ans, fondateur du Parti
Pirate suédois. Il discute avec des passants en leur montrant
des informations sur son portable, qui est en ligne même dans
les tunnels souterrains de Stockholm.
Le
Parti Pirate suédois se nourrit de la révolte générée par le
procès et la condamnation à la prison des créateurs du site
d’échange de fichiers Pirate Bay. Sur la photo, une
manifestation de soutien à leur égard, à Stockholm, à la
mi-avril.
M. Falkvinge, « rédacteur de code source libre » devenu homme
politique, ne s’est pas installé là pour faire campagne. Il
est là parce qu’il a réellement pris le métro, seul, pour se
rendre à notre rendez-vous et, en passant, s’assurer que la
documentation du Parti Pirate au bureau de vote de la gare
centrale est bien rangée et accessible. Leader politique
marginal ? Pas du tout. Lancé en 2006, le Parti Pirate suédois
vole haut actuellement dans les sondages. À la fin du mois de
mai, on lui donnait la troisième place, derrière le Parti
social-démocrate et le Parti modéré (conservateur) avec 7,9%
des intentions de vote. Cela pourrait être assez pour obtenir
un siège au Parlement européen. On le saura lundi.
En Suède, c’est le phénomène politique du moment.
Que veulent les pirates ? C’est un parti qui n’a pas de liens
officiels avec le site web suédois Pirate Bay – « mis à part
la bière occasionnelle ici et là » – mais qui partage tout de
sa philosophie et qui se nourrit de la révolte générée par le
procès et la condamnation à la prison, en avril, de ceux qui
ont mis Pirate Bay sur pied.
Pirate Bay? C’est la référence mondiale en matière de
téléchargement et d’échanges gratuits de fichiers sur le web –
22 millions de membres, des milliards de téléchargements – et
donc la cible de toutes les multinationales du disque, du film
et de leurs avocats, qui s’insurgent de voir leurs contenus
ainsi partagés sans que cela leur rapporte un sou.
Le Parti Pirate suit trois principes, explique son fondateur.
Il milite en faveur de la culture du partage sur le Net, de la
libération du savoir et de la protection de la vie privée. Son
programme ne contient aucune mesure nécessitant un échange
d’argent. Son but n’est pas de prendre le pouvoir, mais de
détenir la balance du pouvoir. Et d’influencer.
En g r os, e x plique M. Falkvinge, il faut que le monde
s’ajuste aux changements structurels profonds qu’oblige
l’internet. Face à cette énorme machine qui permet l’échange
infini d’information, il faut que le citoyen, et non les
grandes compagnies, décide où aller. On laisse quoi se
balader, on protège quoi ?
Le parti, lui, répond : on permet au savoir de circuler, mais
on protège la vie des citoyens. En d’autres mots, oui au
téléchargement et à l’échange gratuit de films, de musique, de
livres de classe ou de formules de médicaments. « Les brevets,
dit M. Falkvinge, tuent des milliers de gens chaque jour en
empêchant la fabrication de certains médicaments. » Mais non à
la circulation et à l’accès aux renseignements personnels des
internautes, que ce soit pour retrouver l’auteur d’un
commentaire sur un blogue ou pour personnaliser le marketing
d’une boutique en ligne.
Le parti
propose, ni plus ni moins, une redémocratisation de l’accès à
la connaissance.
Cette approche anti-big business plaît. Elle plaît notamment
aux jeunes – la moitié des membres du parti ont moins de 25
ans – et aux hommes qui forment la majorité des supporters du
parti de 47 000 membres. « Les partisans contribuent souvent à
coup de 100 couronnes (environ 14 $) », explique le fondateur.
L’approche anti-establishment plaît aussi à certains artistes
et auteurs de contenu.
« Je n’ai jamais vu le Parti Pirate comme un parti hostile aux
créateurs, explique Eva Gabrielsson, conjointe de feu Stieg
Larsson, auteur de la trilogie Millénium, immense succès de
librairie adapté au grand écran. Au contraire. Leur vraie
cible, ce sont les distributeurs, les éditeurs et tous ceux
qui font de l’argent sur le dos des créateurs. »
L’aute u r suédois Lars Gustafsson a lui aussi donné son appui
au parti dans une lettre publiée dans le quotidien Expressen,
où il s’inquiète notamment des multinationales qui tentent de
breveter des organismes vivants.
Les idées lancées par les fondateurs du Parti Pirate font du
chemin. « Ils ne prennent pas position concernant tous les
autres sujets sociaux, mais la discussion qu’ils lancent est
intéressante », commente Margareta Stavling, militante pour le
Parti social-démocrate.
Même l es cons e r vateur s admettent que le parti a lancé une
discussion valable.
« Ils ne disent rien sur les grands enjeux du moment –
libre-échange, crime organisé et protection de
l’environnement, explique Henrik Lundquist, militant du Parti
modéré. Mais il est vrai que je partage certaines de leurs
inquiétudes concernant la protection de la vie privée sur
l’internet. »
Les artistes et l’internet -
LYSIANE GAGNON
Faut-il se
réjouir de ce que l’accès à internet soit considéré comme un
droit fondamental?
Consternation chez les artistes de nombreux pays, qui
comptaient sur la France pour les protéger contre les
téléchargements illégaux. Le Conseil d’État, qui est un peu
l’équivalent de notre Cour suprême, vient de renverser la loi
dite Hadopi du gouvernement Sarkozy, jugeant que la sanction
ultime imposée aux internautes – la coupure de l’accès à
l’internet – allait à l’encontre de la présomption d’innocence
et qu’elle bafouait la liberté d’expression et de
communication.
La
décision du Conseil d’État vient confirmer que les musiciens
et les cinéastes dont les oeuvres se trouvent sur l’internet
sont les seuls travailleurs à qui la société française
refuse le droit d’être rémunérés.
La décision a été reçue comme un soufflet au Sommet mondial du
droit d’auteur, qui se déroulait au même moment à Washington.
Elle vient confirmer que les artistes, notamment les musiciens
et les cinéastes, dont les oeuvres se trouvent sur YouTube et
ailleurs, sont les seuls travailleurs à qui la société refuse
le droit d’être rémunérés.
Le Conseil constitutionnel n’interdit pas tous les recours,
mais il impose à l’État de soumettre les abus, cas par cas, au
jugement d’un tribunal – une procédure trop lourde pour être
efficace.
Cela met fin à un épisode inhabituel dans le monde politique
français. Le projet de loi avait enthousiasmé les créateurs,
et fait du président Sarkozy l’idole provisoire des milieux
artistiques… tandis que les socialistes, qui bataillaient
contre le projet, l’oeil sur l’électorat des jeunes, se
voyaient conspués par leurs alliés de toujours.
Le jugement de
la Cour constitutionnelle ne surprend pas, surtout en ce qui
concerne la présomption de culpabilité instaurée par la loi
Hadopi: le présumé « pirate » aurait dû prouver, chose quasi
impossible, qu’il n’était pas l’auteur du téléchargement
effectué sur son ordinateur… Faut-il pour autant se réjouir de
ce que l’accès à l’internet soit maintenant considéré comme un
« droit fondamental » ? Il me semble que c’est pousser très
loin la notion des « droits ».
Personnellement, j’aurais bien du mal à vivre sans l’internet,
mais tout de même, l’accès à cette technologie est-il du même
ordre que le droit à la vie et aux grandes libertés
fondamentales ? Certainement pas. Même dans un pays moderne
comme la France, il y a des régions qui ne peuvent être
branchées à l’internet ; faut-il comparer leurs habitants aux
prisonniers politiques qui pourrissent dans les geôles des
dictatures? N’y a-t-il pas une limite au nombre de « droits »
dont on peut se prévaloir, dans ce monde où l’on en est rendu
à considérer le « droit à l’enfant » comme un droit
fondamental, ce qui justifierait le défraiement par les
contribuables des coûteux traitements de fertilité, voire ceux
qui permettraient à des femmes de 65 ans d’avoir un poupon
pour égayer leurs vieux jours?
Peut-être le Conseil a-t-il voulu s’inscrire dans l’air du
temps et moderniser le droit en tenant compte de cette
innovation majeure qui a, c’est vrai, bouleversé l’univers de
l’expression et de la communication. Mais alors, que fait-on
de ces artistes que l’internet prive injustement de leurs
droits d’auteur ?
Les socialistes qui ont fait campagne contre la loi Hadopi
n’ont pas apporté de réponse, sinon des affirmations
lapidaires, toutes contestables. Exemple: « La Toile a
instauré l’ère de la gratuité. ». Ou, pire: « Les jeunes n’ont
tout simplement pas les moyens d’acheter des CD. » Alors quoi
? On n’a pas les moyens d’acheter un CD, donc on le vole?
Tolérerait-on ce raisonnement s’il s’agissait d’une automobile
ou d’une paire de baskets?
Le problème reste entier. La « Haute autorité pour la
diffusion des oeuvres et la protection des droits sur
l’internet » (d’où le sigle Hadopi) devra se contenter de
signifier aux pirates de pieux avertissements en espérant que
la pédagogie saura remplacer les sanctions… Mais que vaut une
loi sans dents?
La gratuité a un prix ARIANE KROL
L’objet gratuit
finit souvent par être facturé au consommateur qui croyait
l’avoir obtenu pour rien.
Musique, logiciels, encyclopédie, dictionnaires, articles de
journaux et de magazines, réservation de voyages, petites
annonces…On a tendance à l’oublier, mais la quantité de biens
et services sans frais sur l’internet a progressé de façon
spectaculaire au cours des 15 dernières années. Même en
excluant les contenus piratés, il y en a pour des milliards de
dollars. Une aubaine pour les utilisateurs et une formidable
occasion d’affaires pour les entreprises qui réussissent à
tirer profit de cette tendance. Mais pour toutes les autres
qui voient leur rentabilité s’éroder au contact de cette
gratuité, c’est un défi colossal.
Le rédacteur en chef du magazine Wired, Chris Anderson, vient
de publier un essai détaillé sur le phénomène, intitulé Free.
Les entreprises établies qui cherchent leur place dans cette
nouvelle réalité risquent toutefois de rester sur leur faim.
Free dresse un état des lieux très complet mais fournit bien
peu d’indications sur la route à suivre.
La gratuité comme stratégie n’a rien de nouveau. Qu’il prenne
la forme d’un échantillon de parfum ou d’un cellulaire,
l’objet gratuit finit souvent par être facturé au consommateur
qui croyait l’avoir obtenu pour rien. Et si ce n’est pas son
argent qu’on lui soutire, c’est son temps libre – les minutes
en attendant que le match de hockey continue, par exemple.
Ce qui est
nouveau, ce sont les possibilités qu’offrent la numérisation
et l’internet. De nouveaux venus ont ainsi réussi ce qui était
autrefois impensable: ravir une part de marché avec des
produits et services gratuits – un prix difficile à battre
pour les concurrents établis. Certains services gratuits,
comme Wikipédia, sont réellement désintéressés, mais ce modèle
collaboratif est loin d’être la norme.
Une grande partie des entreprises et des individus qui offrent
une production de calibre professionnel à titre gracieux
espèrent bien tirer profit de l’aventure un jour. La musique
aide les artistes à se faire connaître ou, si c’est déjà fait,
à remplir leurs salles de concert. Les blogues amènent de la
visibilité et de la crédibilité, des revenus publicitaires,
des contrats de livres, de nouveaux clients. Des jeux vidéo en
ligne proposent des options qui rehaussent l’expérience de
base. Le fournisseur finance la gratuité dans l’espoir de se
reprendre ailleurs.
Plusieurs, dont Facebook, Twitter et YouTube, cherchent encore
comment. Bien sûr, il y a aussi des réussites éclatantes. In
Rainbows, l’albumde Radiohead pour lequel les acheteurs
payaient ce qu’ils voulaient, est devenu le plus grand succès
commercial du groupe. Après avoir donné L’Alchimiste et des
traductions d’ouvrages plus récents en version électronique,
Paul Coelho a battu des records de vente en librairie.
Des exemples du genre, Free en recense plusieurs. Mais ce sont
souvent des cas uniques, difficilement transférables. La
majorité des créateurs et des fournisseurs de contenu
cherchent encore un nouveau modèle d’affaires. Et en
attendant, ils paient le prix de cette gratuité qui leur est
imposée. La suite de Free reste à écrire.
FRANCE - Nouvelle croisade contre l’excision
Plus de 50 000
femmes et filles de l’Hexagone ont été mutilées ou sont menacées
de l’être
Le gouvernement français vient de lancer une campagne de
sensibilisation nationale pour lutter contre les mutilations
sexuelles. Objectif: empêcher des milliers de jeunes femmes d’en
être victimes, explique notre correspondant à Paris. « Ni la
tradition ni la coutume ne peuvent justifier une telle remise en
cause des droits fondamentaux. »
PARIS — Des policiers français ont dû intervenir en janvier à
Nevers, dans l’est du pays, après qu’un couple de ressortissants
guinéens eut alerté les pompiers du fait qu’une de leurs filles
perdait beaucoup de sang.
Selon le
chef du service de gynécologie et d’obstétrique du Centre
hospitalier universitaire de Nantes, il n’est pas rare que des
filles nées en France soient excisées au cours d’un voyage
dans le pays d’origine de leurs parents. Ci-dessus, une
campagne de sensibilisation contre l’excision à Abidjan, en
Côte d’Ivoire.
Les parents avaient tenté de couper le clitoris de l’enfant de 7
ans, qui a été conduite dans un état grave à l’hôpital. Ils
risquent aujourd’hui la prison pour leur action.
Au dire des associations qui s’occupent de la problématique de
l’excision, il est désormais exceptionnel que ce type de cas
survienne sur le territoire national. Plusieurs milliers de
jeunes Françaises demeurent néanmoins menacées par une pratique
traditionnelle toujours largement répandue dans plusieurs pays
d’Afrique de l’Ouest.
Selon l e Dr Hen r i - J e a n Philippe, chef du service de
gynécologie et d’obstétrique du Centre hospitalier universitaire
de Nantes, il n’est en effet pas rare que des filles nées dans
l’Hexagone soient excisées au cours d’un voyage dans le pays
d’origine de leurs parents.
Ce fut le cas, relate-t-il, d’une jeune femme de 17 ans qui a
récemment été excisée de force lors d’un voyage en Guinée.
« Elle a vécu l’horreur. On ne pouvait même pas l’examiner au
début. C’est comme si elle avait été victime de torture »,
indique le médecin, qui préside l’organisation Gynécologie sans
frontières.
Lame de rasoir
Un suivi a été entrepris auprès de la mère de la jeune femme
pour s’assurer que ses soeurs ne subiront pas, un jour, le même
traitement.
Il arrive, explique le spécialiste, que les aînés usent de leur
position dominante dans les structures familiales
traditionnelles pour imposer l’excision malgré l’opposition des
parents.
Le gouvernement français, conscient de ces risques, a lancé la
semaine dernière une nouvelle campagne de sensibilisation
nationale pour lutter contre les mutilations sexuelles.
Des brochures et des affiches montrant une lame de rasoir barrée
d’une ligne noire vont être distribuées un peu partout dans le
pays de manière à souligner le caractère « barbare » de ces
pratiques.
« Ni la
tradition ni la coutume ne peuvent justifier une telle remise en
cause des droits fondamentaux », a déclaré la secrétaire d’État
à la solidarité, Valérie Létard, en précisant que plus de 50 000
femmes et fillettes vivant aujourd’hui en France ont été
mutilées ou sont menacées de l’être.
L’approche répressive de l’excision, qui est aujourd’hui
passible d’une lourde peine d’emprisonnement en France, n’a pas
toujours fait consensus, souligne Justine Rocherieux, du Groupe
pour l’abolition des mutilations sexuelles (GAMS).
Dans les années 80, relate-telle, deux camps s’opposaient à ce
sujet. Le premier considérait l’excision comme une violence
inacceptable fa ite aux femmes qui devait être réprimée avec la
plus grande vigueur. L’autre arguait qu’il s’agissait d’une
pratique culturelle traditionnelle qui ne pouvait être dénoncée
sans tomber dans le « racisme, le néocolonialisme ou
l’ethnocentrisme ».
Médecins « aveugles »
Le point de vue répressif a fini par s’imposer, menant à la
condamnation de plusieurs exciseuses d’origine africaine qui
avaient transposé leur pratique en sol français.
Le cas le plus connu est survenu en 1999 lorsque la Cour
d’assises de Paris a condamné à huit ans de prison ferme une
femme d’origine malienne pour avoir excisé une cinquantaine de
fillettes. « La décision a eu un effet très dissuasif », relate
Mme Rocherieux.
Son effet a été renforcé par la sensibilisation du personnel des
centres de protection maternelle et infantile, qui assurent un
suivi des enfants français jusqu’à l’âge de 6 ans. Les examens
du sexe des fillettes ont été systématisés, poussant les parents
les plus déterminés à repousser l’intervention à l’adolescence
pour échapper aux contrôles.
Des efforts de sensibilisation importants ont aussi été faits
auprès des médecins français, qui ont longtemps été « aveugles »
à la problématique de l’excision, relate le Dr Philippe.
Encore aujourd’hui, seules trois des facultés de médecine du
pays incluent une formation à ce sujet dans leur curriculum de
base. « Les choses bougent, mais lentement », indique le
spécialiste.
Le dépistage est d’autant plus important, souligne-t-il, qu’une
intervention chirurgicale relativement simple peut permettre aux
femmes excisées de récupérer une part de la sensibilité perdue
au niveau du clitoris.
« La plupart des femmes que je traite ont été excisées entre 3
et 5 ans et n’ont donc pas de souvenir de l’acte lui-même. Mais
elles ont l’impression d’être anormales et disent qu’elles
veulent être comme les autres Européennes », relate le
praticien.
« On ne m’a pas demandé mon avis »
PARIS — Mame,
qui est d’origine guinéenne, a mis des années à surmonter les
blessures physiques et psychologiques laissées par l’excision
subie à l’âge de 13 ans.
« Pendant très longtemps, il suffisait que je voie une lame ou
un couteau pour que ça me donne la chair de poule », relate en
entrevue la femme de 33 ans, qui habite depuis cinq ans dans
le nord-ouest de la France.
Son père, souligne-t-elle, s’était opposé avec succès pendant
des années à ce qu’elle subisse une telle intervention.
La grand-mère, qui vivait à la campagne en Guinée, a toutefois
fini par avoir le dernier mot en arguant que ses cousines et
elle seraient excisées lors d’une cérémonie commune censée
marquer le passage à l’âge adulte.
« On ne m’a pas demandé mon avis. D’une certaine manière,
j’étais contente de savoir que j’allais sortir de l’enfance.
Mais je ne savais pas ce qui m’attendait. Ils ne me disaient
pas ce que j’allais subir. Ils disaient qu’il fallait le vivre
pour le savoir », relate Mame.
L’excision,
pratiquée sans anesthésie dans des conditions sanitaires plus
que douteuses, a failli lui coûter la vie. « J’ai fait une
hémorragie. J’aurais pu y passer parce qu’il n’y avait pas
d’hôpital dans le secteur... Ils m’ont traitée avec des
plantes et donné de la viande pour compenser la perte de sang
», indique-t-elle.
Le traumatisme a été tel qu’elle est restée pendant près de 10
ans sans se laisser approcher par un homme.
« J’avais l’impression que le mal physique allait rester pour
toujours. Je ne voulais pas qu’on me touche. J’avais peur de
tout », relate Mame, qui a fini par surmonter les séquelles de
l’excision en thérapie.
Aujourd’hui en couple, elle dit vivre une sexualité épanouie.
Et elle tire profit de son expérience pour animer des séances
de « prise de parole » visant à aider d’autres femmes excisées
à en faire autant.
« Ça crée un blocage dans la tête qui est long à surmonter »,
indique-t-elle.
« Nous préférons mourir
»
Des centaines
d’immigrants sans papiers qui vivaient dans l’ombre depuis des
années en Belgique par crainte d’être expulsés ont décidé de
recourir à la grève de la faim pour obtenir le titre de séjour
rêvé. Le gouvernement maintient la ligne dure, craigna
BRUXELLES— Par une belle journée de printemps, des groupes
d’étudiants cassent la croûte sur les terrains verdoyants de
l’Université libre de Bruxelles (ULB), prenant leur dose de
soleil avant de retourner en classe.
Le
gymnase de l’Université libre de Bruxelles (ULB) est occupé
depuis la fin février par plus de 250 immigrants sans
papiers qui ont décidé d’entamer une grève de la faim pour
forcer le gouvernement à les régulariser.
Les sourires et les rires qui résonnent un peu partout
contrastent fortement avec l’ambiance sinistre qui règne, à
quelques mètres de là, dans le gymnase de l’établissement.
Il est occupé depuis des mois par plus de 250 immigrants sans
papiers qui ont décidé, fin février, de radicaliser leur
action en entamant une grève de la faim pour forcer le
gouvernement à les régulariser.
« Cinq mois d’occupation et de démarche politique égal zéro
alors nous préférons mourir », résume une bannière posée à
l’entrée près d’une affiche qui dit: « Papier ou la mort ».
Plusieurs des grévistes, qui ne consomment que de l’eau et du
thé sucré depuis plus de 50 jours, sont gravement affaiblis.
Ils passent leurs journées allongés sur des matelas posés à
même le sol. Ou se traînent dans la salle, le regard hagard.
Quelques enfants courent à gauche et à droite, comme le petit
Félix, 2 ans, qui s’affale en ricanant dans les bras d’un
homme au teint pâle.
Sa mère d’origine équatorienne, Clementina, tente tant bien
que mal de le garder auprès d’elle, mais le petit garçon n’en
a cure. « Les gens se plaignent du bruit, mais que voulez-vous
que je fasse? » demande-t-elle.
La femme de 32 ans a décidé de quitter son pays il y a 10 ans,
après la mort de sa mère, dans l’espoir de pouvoir générer à
l’étranger assez d’argent pour faire vivre sa famille. Elle
raconte en espagnol, presque en murmurant, les ménages
réalisés au noir, les riches propriétaires qui refusent de la
payer après l’avoir exploitée et menacée, la peur de
l’expulsion.
Condition médicale critique
« Nous ne sommes pas des voleurs, ni des criminels... Nous
avons le droit de vivre comme tout le monde », insiste
Clementina, qui alimente son bébé avec la nourriture donnée
par des bénévoles.
« C’est très stressant... Les gens sont désespérés et ils sont
capables de se battre pour un rien », ajoute-t-elle, tandis
qu’un gréviste irrité crie son exaspération.
« Tout le monde est à fleur de peau », confirme Anas, un
sanspapiers originaire du Burkina Faso, qui se désole de la
scène.
« C’est triste
de voir ça. Mais c’est triste aussi de voir des gens qui
passent des années en Belgique sans pouvoir vivre normalement.
Des gens qui finissent par ne plus se sentir humains, à qui on
enlève toute dignité », souligne l’homme de 33 ans.
Comme lui, la plupart des sanspapiers présents maintiennent
qu’ils iront jusqu’au bout pour obtenir un titre de séjour
leur conférant le droit de travailler.
Déjà, plusieurs d’entre eux se trouvent dans une condition
médicale critique. Il y a des hospitalisations « pratiquement
tous les jours », confie un bénévole.
La semaine dernière, un groupe de médecins qui venaient
régulièrement prêter assistance aux sanspapiers a interpellé
publiquement le gouvernement, soulignant que les risques de
séquelles irréversibles devenaient très importants au-delà de
sept ou huit semaines de grève de la faim.
Ligne dure
La ministre de l’Immigration et de l’Asile, Annemie
Turtelboom, maintient malgré tout la ligne dure face aux
grévistes, qui occupent aussi une église du centre-ville.
« Nous avons environ 500 personnes en grève de la faim. Si on
cède, on en aura 5000 demain et 50 000 après-demain »,
indiquait la semaine dernière un porteparole du gouvernement.
Ce qui n’a pas empêché les autorités d’attribuer, quelques
jours plus tard, des cartes de séjour de trois mois à d’autres
grévistes qui occupaient un parking souterrain d’une autre
université de la capitale.
Jaime Achig Pillajo, décorateur d’origine équatorienne qui
milite depuis des années au sein d’une organisation de défense
locale des sans-papiers, souligne que le gouvernement belge
avait mis de l’avant début 2008 une nouvelle politique
d’immigration devant clarifier le processus de régularisation.
La circulaire précisant la marche à suivre n’a cependant
toujours pas été émise, déplore M. Pillajo, qui a obtenu ses
propres papiers il y a deux mois après plus de 10 ans de vie
en situation irrégulière.
« Les sans-papiers ne croient plus aux promesses du
gouvernement. C’est parce qu’ils sont désespérés qu’ils ont
décidé de passer à la grève de la faim », souligne le
porte-parole, qui a longtemps utilisé dans les médias le
prénom d’Alex pour se protéger des autorités.
Selon lui, la ministre de l’Immigration et de l’Asile craint
d’irriter les partisans de son parti flamand, à quelques mois
d’importantes élections régionales, en ouvrant la voie à une
politique d’immigration plus permissive.
Ces considérations politiques exaspèrent au plus haut point
les grévistes de l’ULB. « S’il y a une catastrophe, on ne dit
pas que l’on va s’en occuper après les élections. Or, c’est
bien une catastrophe que l’on voit ici », souligne Anas.
La liberté d’expression virtuelle a ses limites
- Isabelle Audet
Internautes
poursuivis pour des propos jugés diffamatoires
Environ 20 % des Québécois qui utilisent l’internet en
profitent pour exprimer des frustrations. Et si, en diffusant
une opinion en ligne, ils dépassaient les bornes ? La
frontière entre la liberté d’expression et la diffamation est
difficile à tracer. Tant et si bien que TD Assurance offre
maintenant une protection aux internautes en cas de poursuite.
« Tu devrais venir. Qui a dit que dormir dans un logement
moisi était mauvais pour toi ? Horizon pense qu’il n’y a pas
de problème. »
« Les
gens qui veulent exprimer des opinions sur l’internet ne
devraient pas penser qu’en faisant des commentaires
anonymement, tout à coup les règles changent parce qu’ils
sont protégés. On n’est pas plus protégés sur l’internet
qu’ailleurs», dit Fançois Giroux, avocat en litige au
cabinet McCarthy Tétrault.
La remarque, lancée en mai sur le réseau Twitter, était
presque ba na l e . A manda Bonnen invitait « JessB123 » à la
rejoindre, écorchant au passage l’entreprise propriétaire de
son logement.
Le message s’adressait aux 20 personnes abonnées aux
réflexions d’Amanda. Le commentaire a toutefois la issé des
traces sur l’internet. Et Horizon Group Management n’a pas
apprécié.
La jeune femme de Chicago fait désormais face à une poursuite
de 50 000 $ pour avoir « malicieusement » diffusé des propos
diffamatoires au sujet de l’entreprise.
L’a f fa i re se déroule aux États-Unis, dans un système
juridique différent, mais la question du litige sur l’internet
est d’actualité même au Canada, estiment François Giroux et
David Gray, avoc at s a s s ociés en l i t i ge au cabinet
McCarthy Tétrault, à Montréal.
« Il ne faut pas oublier que sur l’internet, sur Facebook ou
ailleurs, on laisse des traces, et que ces traces peuvent être
reprises par d’autres. Ce phénomène ne change pas le droit,
mais il peut entraîner certains défis dans l’application du
droit. Ça, c’est nouveau », explique Me Gray.
Ces der n i er s j ou r s , T D Assurance a mené une campagne
au Canada au sujet des commentaires sur l’internet et des
risques de dérapage. L’entreprise en profite pour annoncer aux
internautes que son assurance responsabilité civile
(complémentaire à l’assurance habitation) apporte une
protection pour « défendre les clients qui se sont mis dans de
fâcheuses situations par suite de quelques frappes du clavier
».
Les i
nternautes sont-i l s , sans le savoir, sur la corde raide ?
Au Canada, il n’y a pas d’explosion de ce type de bataille j
udiciaire, tempère Me Giroux. Il ajoute que pour se protéger
eux-mêmes, les internautes ont toutefois avantage à demeurer
courtois en ligne, comme ils le seraient sur la place
publique. Lorsqu’ils émettent une opinion négative, ils se
doivent aussi d’éviter de déformer les faits.
« Les gens qui veulent exprimer des opinions sur l’internet ne
devraient pas penser qu’en f a i s a nt des c ommentaires
anonymement, tout à coup les règles changent parce qu’ils sont
protégés. On n’est pas plus protégés sur l’internet
qu’ailleurs. Il y a là un faux sentiment de sécurité. »
Culture du commentaire
D’après le sondage mené pour TD Assurance, 9 % des i
nternautes affirment avoir des opinions plus a r rêtées
lorsqu’ils sont derrière leur écran. Les sites de critiques
comme TripAdvisor (pour les voyageurs) et RateMyTeachers (
pour les élèves et les étudiants) présentent des milliers de
commentaires négatifs.
« Elle est horrible. Elle gueule tout le temps », affirme un
élève au sujet d’un professeur d’art dans un collège privé de
Montréal. Les propos s ont négati f s , mais pourraient-ils
valoir des ennuis à l’auteur anonyme ?
Sans se prononcer sur ce cas précis, l’avocat François Giroux
indique qu’il est impossible de déterminer avec précision ce
qui est diffamatoire et ce qui ne l’est pas. « Quand on se
commet publiquement, il y a toujours un risque théorique de
diffamation. Après, tout est affaire de contexte et de
circonstances. Il n’y a pas de réponse qui s’applique à toutes
les situations. »
Vincent Gautrais, professeur de droit et titulaire de la
Chaire en droit des affaires et de la sécurité électronique à
l’ Université de Montréal, appelle toutefois à une certaine
souplesse de la part des personnes ou entreprises visées par
des commentaires négatifs.
« I l y a une tendance un peu énervante qu’ont les juges de
reconnaître la diffa mation, dit-il. On vit dans une société
un peu moumoune. Sur RateMyTeachers.com, j ’ai eu des
commentaires qui n’étaient pas bons sur certains de mes cours.
Eh bien, c’est correct. Que ce soit vrai ou pas, en tant que
personne publique, on doit autoriser une certaine liberté
d’expression. »
Un juge peut autoriser le retrait de commentaires sur le web
Même sous un
nom d’emprunt, les i nternautes sont susceptibles d’être
identifiés s’ils tiennent des propos jugés haineux ou dif fa
matoires. Dans les cas les plus sensibles, un juge peut
autoriser le retrait de commentaires sur le web, ou encore
demander que l’anonymat des utilisateurs ne soit pas
protégé.
« C’est un processus difficile et souvent très coûteux, mais
oui, il est possible de retrouver quelqu’un qui nous nuit
sur l’internet », précise François Giroux, associé en litige
au cabinet McCarthy Tétrault, à Montréal.
Les membres d’un forum de discussion québécois l’ont appris
récemment. Le groupe, déçu de l’administration de la Ville
de Rawdon, a tenu contre des élus des propos que la Cour
supérieure a jugés diffamatoires.
« I l y a sur Quenn Steet (sic) une ordure qui sévit. Ce
mec, c’est le Mal incarné. Il se prend pour un petit Furher
(sic) et il se divertit en éliminant de son entourage ceux
qui refusent à faire du lèchebottes. Sa dernière vacherie,
c’est le génocide de l’équipe de huit gars de loisirs », a
notamment écrit un des membres en juillet 2007, sous le
pseudonyme de Fantôme.
Devant la
nature des commentaires diffusés, la mairesse Louise Major
et son administration ont obtenu la fermeture du forum par
la voie judiciaire.
« Je suis d’accord avec la liberté d’expression, assure Mme
Major. C’est toutefois une valeur tellement précieuse qu’on
ne doit pas la galvauder et faire en sorte que la
diffamation puisse être incluse dans cette liberté
d’expression. »
L’administrateur du forum, Ste phen L ebla nc , e s t l u i
aussi visé par la poursuite. Si c’était à refaire, il
laisserait la gestion d’un tel site à quelqu’un d’autre. «
Avec la loi telle qu’elle est, c’est vraiment trop dangereux
de gérer un forum », a-t-il expliqué à La Presse, avant
d’ajouter que « la justice limite la liberté d’expression au
Canada ».
Les citoyens déboutés en Cour supérieure ont obtenu l ’
autor i s at i on d’i nter j e t er appel du jugement. Ils
seront de retour devant les tribunaux en février 2010.