Pour le droit de vote !
En tant que représentant du Parti Vert dans Chicoutimi-Le Fjord lors des présentes élections, j'ai été amené récemment à me poser certaines questions, que voici d'ailleurs.
Comment se fait-il qu'en 2011, on n'ait pas encore le droit de vote, et ce dans un pays supposément démocratique comme le Canada ? On me répondra sans doute que l'on ne serait justement pas en élection si l'on n'avait pas le droit de vote ; or, de quel genre de droit de vote s'agit-il, lorsque l'on ne se retrouve en fait qu'à pouvoir choisir entre deux options, même s'il peut se présenter cinq candidats et plus encore ? Car dans notre bon vieux système uninominal à un tour, comment peut-on faire autrement que de voter pour le « moins pire » des deux candidats ayant le plus de chance d'obtenir le plus de voix, si l'on ne veut pas, en privant d'une voix ce « moins pire » des candidats, se trouver à ne faire ni plus ni moins qu'à donner une voix d'avance à nul autre qu'au pire candidat possible, en bout de ligne ? Et dans la mesure où une proportion significative, sinon une majorité de la population ne vote pas nécessairement pour le candidat de son choix, peut-on vraiment parler d'une démocratie digne de ce nom ?...
Et d'ailleurs, comment se fait-il que le Canada, en s'accrochant à un système de scrutin aussi archaïque qu'anti-démocratique, fasse justement figure de vieux dinosaure refusant de disparaître, dans un monde où la presque totalité des pays moindrement avancés se sont déjà dotés d'un système de représentation proportionnelle ? Alors pourquoi ne pas faire en sorte que l'on puisse nous aussi dire que s'il y a eu 10 % de votes pour le Parti Vert, par exemple, alors cela devrait se traduire par l'obtention pour ce parti de 10 % des sièges au Parlement ? Et surtout, pourquoi ne pas faire en sorte de n'avoir pas d'autres questions à nous poser, au jour du vote, que de savoir quel parti nous souhaiterions choisir pour nous représenter, tout simplement ?
Et en l'absence d'un tel système, comment se fait-il donc que les candidats des partis progressistes (ou autrement dit « non-conservateurs »....) n'auront pas su jusqu'ici se montrer capables de travailler ensemble, en évitant par exemple de présenter de candidat dans une circonscription susceptible d'être remportée par un autre candidat progressiste ? N'avons-nous vraiment pas trouvé mieux à faire que de nous diviser entre nous ? Et d'ailleurs, comment se fait-il que les partis progressistes ne soient pas présentement au pouvoir à Ottawa, alors qu'ensemble ils recueillent pourtant plus de 60 % des votes ? Croyons-nous pourtant faire honneur à la démocratie en gardant au pouvoir un parti qui ne représente somme toute d'une minorité d'électeurs ? Ou autrement dit, comment avons-nous donc pu nous complaire à passer les trois dernières années sur les banquettes de l'opposition, et laisser ainsi le pays aux mains de ce qui s'avère sans doute l'un des pires gouvernements de son histoire, alors qu'à n'importe quel moment nous aurions pu former une coalition et mettre fin à cette triste comédie ? Ou autrement dit, combien de misère nous faudra-t-il encore endurer pour nous rappeler que l'on ne peut que se nuire à force de nous diviser ? Stepen Harper ne fut-il pas pourtant le premier à le réaliser, alors qu'il a cherché avant toute chose à effectuer l'union des Conservateurs, ce qui lui a d'ailleurs permis de mener le pays à sa guise depuis les cinq dernières années ? Et n'est-ce pas d'ailleurs la première chose qu'auront apparemment compris les progressistes aux États-Unis, qui auront donc tôt fait de tous se regrouper sous la bannière du Parti Démocrate ? Qu'y a-t-il pourtant de si compliqué à comprendre dans l'adage qui dit que « l'union fait la force » ? Et comment une telle lutte fratricide pourrait-elle donc mener à quoi que ce soit ?
Et tant que les partis ne seront pas capable de faire preuve de la stratégie la plus élémentaire, alors faudra-t-il vraiment s'étonner que la population elle-même n'ait d'autre choix que de prendre alors la relève ? Ou autrement dit, si la classe politique se montre incapable de remplir ses propres responsabilités, alors qui, sinon la population elle-même peut donc s'assurer que le travail soit fait, en bout de ligne ? Ne peut-on pas pourtant trouver mieux que de demander à la population de faire le travail à la place des politiciens ? Ne serions-nous pas plutôt supposés donner l'exemple, en commençant par tout simplement démontrer que l'on est capables de travailler ensemble ? Car si cela fait partie des premières choses qu'apprennent les enfants de maternelle, alors ne serait-on pas en droit d'en attendre au moins autant de ceux qui, après tout, sont sensés représenter toute la population ?
J'espère que nous pourrons tous prendre le temps de réfléchir à de telles questions après l'élection... Et de toute façon, on peut se dire que l'on aura tout le temps d'y réfléchir, dans la mesure où nos actions éparpillées et égocentriques n'auront pu faire autrement que de mener Stephen Harper tout droit vers le gouvernement majoritaire que la plupart des Canadiens disent pourtant redouter. On pourra alors se féliciter nous-mêmes pour avoir provoqué la dernière chose que l'on aurait voulu voir arriver !
C'est drôle, parce que tout cela me fait étrangement penser à ce qui peut se passer au niveau de l'environnement, remarquez...
Charles-Olivier Tremblay,
Candidat pour le Parti Vert dans Chicoutimi-Le Fjord